Archive pour commune et société des sociétés

Leçon zapatiste d’autonomie politique dont les Gilets Jaunes devraient s’inspirer…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 16 septembre 2019 by Résistance 71


Zapatistes + Gilets Jaunes = Convergence

 

L’autonomie zapatiste avance et nous interpelle

 

Jérôme Baschet

 

Septembre 2019

 

url de l’article original:

https://www.lavoiedujaguar.net/L-autonomie-zapatiste-avance-et-nous-interpelle

 

Au Chiapas, le mois d’août a apporté une nouvelle réjouissante qui devrait susciter l’intérêt de toutes celles et ceux qu’atterrent l’emballement productiviste et sa spirale destructrice. Dans un contexte pourtant difficile, marqué par la nécessité de défendre leurs territoires face aux mégaprojets très offensifs du nouveau gouvernement mexicain, les zapatistes ont annoncé d’importantes avancées dans la construction de leurs instances d’autogouvernement, ainsi qu’une nouvelle phase d’échanges et d’interactions avec d’autres luttes, au Mexique et ailleurs.

Quatre nouvelles communes autonomes viennent s’ajouter aux vingt-sept qui existaient depuis 1994 et sept nouveaux caracoles [1], avec leurs « conseils de bon gouvernement » respectifs, s’ajoutent aux cinq déjà créés en 2003. Tout en invitant à participer à la construction de ces nouveaux caracoles (selon des modalités qui seront précisés ultérieurement), le même communiqué, signé par le sous-commandant Moisés, porte-parole de l’EZLN, annonce une impressionnante salve de rencontres, nationales et internationales : un Forum pour la défense des territoires et de la Terre-Mère, avec le Congrès national indigène et le Conseil indien de gouvernement, en octobre prochain ; un festival de cinéma « Puy ta Cuxlejaltic », prolongeant une initiative inaugurée en novembre dernier ; plusieurs rencontres consacrées aux arts, dans la suite des « pARTage pour l’humanité » organisés depuis 2016, mais cette fois spécifiques à chaque domaine, en y incluant la littérature ; une nouvelle rencontre pour débattre des sciences (« ConCiencias »), sans oublier, cette fois, les sciences sociales ; d’autres séminaires pour disséquer la Tourmente qui vient, dans le prolongement des débats engagés en 2015 avec « La pensée critique face à l’hydre capitaliste » ; une rencontre internationale des femmes qui luttent, comme celle que les femmes zapatistes avaient organisées seules, et sans la présence des hommes, en mars 2018 dans le caracol de Morelia [2] ; et d’autres initiatives encore à préciser et à imaginer. Enfin, ce même communiqué appelle à reprendre les discussions en vue de former un Réseau planétaire de résistances et de rébellions, permettant échanges et appui mutuel dans le respect de l’hétérogénéité des manières de penser et de lutter. Si de multiples initiatives en la matière sont souhaitables, les zapatistes indiquent que, plutôt que d’organiser une grande rencontre internationale, comme ils l’ont déjà fait par le passé, ils susciteront, cette fois, de petites rencontres « bilatérales » avec des groupes, collectifs et organisations impliquées dans les luttes sœurs, de par le monde.

On pourra être surpris par ces annonces, surtout si l’on se rappelle que, le 31 décembre dernier, les zapatistes avaient opté pour un repli face aux menaces gouvernementales, non sans rappeler leur capacité à défendre leurs territoires en cas d’attaque. Peut-être le premier geste, défensif et militaire, était-il nécessaire pour tenir les menaces à distance et permettre ensuite de faire un pas de plus dans la construction, civile, de l’autonomie. Sans doute fallait-il éviter de s’enfermer dans le piège d’un retrait et d’un silence trop prolongés. En tout cas, on aurait tort de croire que le contexte a profondément changé et que la tension provoquée par les mégaprojets lancés par Andrés Manuel López Obrador est retombée. Au Mexique, les attaques contre les territoires indiens et les assassinats de ceux qui les défendent se poursuivent. Le fait que les nouvelles initiatives zapatistes soient présentées comme une campagne dénommée « Samir Flores est vivant » — du nom de l’un des responsables indiens de la communauté d’Amilcingo (État de Morelos), froidement assassiné en février dernier pour participer à la lutte contre un projet de centrale thermoélectrique — est le rappel explicite de cette situation [3].

Les annonces qui viennent d’être faites sont incontestablement un signe de vitalité de l’autonomie zapatiste, capable de se projeter dans de nouveaux espaces qu’il faudra être en mesure de soutenir et de faire vivre, grâce à l’effort de toutes et de tous, et en particulier des nouvelles générations nées depuis le soulèvement de 1994 (« nous avons grandi et nous sommes devenus plus forts », disent les zapatistes, qui insistent aussi sur le rôle majeur des femmes dans les étapes récentes de l’autonomie). Mais il ne faut pas négliger le fait que cette action aux allures « offensives » (quoique civile) répond aussi à un besoin défensif. Elle est un autre moyen de répondre — par la construction et le renforcement des espaces autonomes — aux menaces qu’impliquent les grands projets du gouvernement mexicain, notamment le très mal nommé « Train maya », le « couloir transocéanique » de l’isthme de Tehuantepec (avec notamment les gigantesques parcs éoliens qui affectent les communautés de la côte Pacifique, et dans lesquels EDF est impliquée) ou encore la généralisation de plantations d’arbres fruitiers qui tentent de pénétrer les régions zapatistes. À cela, il faut ajouter le déploiement de la Garde nationale, corps de maintien de l’ordre militarisé tout juste créé par López Obrador : au total, ce sont onze mille nouveaux effectifs qui doivent prendre position au Chiapas, notamment pour contribuer à l’application des politiques migratoires imposées par les États-Unis (mais on peut remarquer que huit de ses treize bases au Chiapas sont situées dans les régions marquées par la présence zapatiste).

Même si on manque pour le moment d’informations sur la manière dont vont s’organiser les nouveaux « centres de résistance autonome et de rébellion zapatiste » [4] naissants, on peut supposer qu’ils répondent à des situations en partie différentes. Dans les zones où l’autonomie zapatiste est implantée depuis longtemps, de nouveaux caracoles devraient permettre d’en reconfigurer et d’en améliorer l’organisation. L’affirmation n’exclut pas, dans certains cas, un geste de défi : l’un des nouveaux centres va s’implanter à San Quintin, à proximité de l’une des principales installations de l’armée fédérale dans la forêt Lacandone, tandis que le Cideci-Université de la Terre, désormais transformé en caracol, regarde directement vers le monde urbain de San Cristóbal de Las Casas. Dans d’autres cas, l’autonomie s’affirme là où, jusqu’à présent, elle n’était pas explicitement présente, par exemple avec deux nouvelles communes autonomes assez éloignées des principales zones d’influence zapatistes : à Motozintla, près de la frontière guatémaltèque, mise à rude épreuve par les diktats trumpistes, et à Chicomuselo, région secouée par la résistance face à l’exploitation minière. Ailleurs, comme à Amatenango del Valle, de nouveaux centres se forment là où les communautés zapatistes étaient déjà bien implantées, mais sans s’être jusqu’à présent constituées en communes autonomes. Enfin, certaines localisations suggèrent une volonté de favoriser une plus grande interaction entre zapatistes et non-zapatistes dans la construction de l’autonomie — par exemple avec le caracol de Tila, petite ville qui s’est déclarée autonome il y a trois ans, sous l’égide du Congrès national indien.

Mais qu’est-ce que l’autonomie pour les zapatistes ? Loin de toute intention de se séparer du Mexique ou de s’enfermer dans une pure identité indienne, il s’agit pour ces femmes et ces hommes, mayas pour la plupart, de défendre une manière de vivre qu’ils ressentent comme leur, qui s’ancre dans un territoire singulier, préserve les liens de solidarité et d’entraide communautaire, fait valoir le respect du vivant qu’impose l’appartenance des humains à la Terre-Mère. Conscients que les politiques étatiques sont les vecteurs de la normalisation économique néolibérale, des grands projets destructeurs et de l’imposition des logiques de marché (transformation de la propriété sociale de la terre en propriété privée, primat des filières agro-industrielles, essor du consumérisme à travers des politiques de crédit agressives, etc.), ils en ont conclu qu’il n’y avait pas d’autre moyen, pour préserver ce à quoi ils tiennent, que d’entrer en sécession vis-à-vis du monde de l’économie et des institutions étatiques qui le soutiennent. C’est pourquoi ils ont élaboré leurs propres formes d’autogouvernement, avec des assemblées et des instances élues au niveau tant des villages et des communes autonomes que des régions qui en permettent la coordination. C’est pourquoi aussi, malgré d’immenses difficultés matérielles et dans un contexte largement adverse, ils ont créé de toutes pièces leur propre système de justice, de santé et d’éducation.

L’autonomie telle que la conçoivent les zapatistes consiste à se gouverner par soi-même, de sorte que la vie quotidienne s’organise conformément aux choix des habitants concernés. Cela suppose de se tenir à distance des institutions étatiques, désormais subordonnées aux logiques économiques qui entraînent le monde vers sa destruction accélérée. L’autonomie zapatiste récuse donc les cadres de la politique classique, fondée sur le principe de la représentation et centrée sur les partis et la compétition électorale pour le contrôle de l’appareil d’État. Elle déploie une autre politique qui part d’en bas, s’ancre dans les lieux de vie concrets et prend pour base la capacité des personnes ordinaires à s’organiser et à décider par elles-mêmes. Refus de la politique d’en haut et quête d’une politique d’en bas : il semble bien y avoir là un terrain d’affinité avec les aspirations qui se sont fait jour durant le soulèvement des GILETS JAUNES. (NdR71: les majuscules sont rajoutées par nos soins). À l’entrée des territoires zapatistes, de modestes panneaux expliquent : « Ici, le peuple dirige et le gouvernement obéit ». N’est-ce pas là l’expression d’une puissance populaire retrouvée et effectivement manifestée, en flagrant contraste avec la dépossession politique de plus en plus largement éprouvée par les habitants des démocraties représentatives ?

Les raisons ne manquent pas de s’intéresser à l’autonomie zapatiste, patiemment construite au cours des vingt-cinq dernières années. C’est aussi pourquoi l’appel à débattre de la formation d’un réseau planétaire de résistances et de rébellions devrait retenir l’attention de celles et ceux qui ne se résignent pas à la destruction du monde et qui considèrent qu’il n’y a pas d’autre moyen, pour tenter de l’interrompre, que de faire croître nos forces pour affronter l’hydre capitaliste et bloquer les rouages du monde de l’économie.

Notes

[1] Le terme signifie « escargot », la spirale étant très importante dans l’imaginaire maya-zapatiste. Les caracoles sont les centres régionaux de coordination où siègent les conseils de bon gouvernement et où sont réalisées les activités politiques et culturelles associant plusieurs communes autonomes.

[2] Voir « Première rencontre internationale, politique, artistique, sportive et culturelle des femmes qui luttent » (8-10 mars 2018, caracol de Morelia, Chiapas).

[3] « Au Mexique, les zapatistes du Chiapas s’opposent aux grands projets nuisibles ».

[4] Cette dénomination nouvelle englobe à la fois les communes autonomes et les caracoles.

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Lectures complémentaires:

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Effondrer le colonialisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

 

Pour une rentrée fructifiante…

Posted in actualité, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés with tags , , , , , , , , , , , , on 1 septembre 2019 by Résistance 71


Moment de zeptoseconde…

 

Résistance 71

 

1er septembre 2019

 

Nous sommes restés à l’écoute durant cette trêve estivale et vous amènerons aujourd’hui et dans les jours qui viennent quelques articles / traductions que nous avons pensés être pertinents pour la suite des évènements de révolte du juste sur le chemin de la mise en place de la société des sociétés.
Nous aurons également  deux nouveaux PDF à vous soumettre sous peu. Comment peut-on rester oisif devant le spectacle affligeant de cette marchandise en décrépitude ? Nous avons toute la mort pour nous reposer nous disait l’autre Georges (Moustaki)…

Durant cette trêve, ce fut notre page bibliothèque PDF qui fut extrêmement bien visitée et nous nous en réjouissons grandement. Un grand nombre des 123 pdf furent téléchargés.

En ce qui concerne les PDF à proprement parler voici le top 5 des téléchargements durant ce mois écoulé:

1- Un Monde sans Cancer, l’histoire de la vitamine B17

2- 20-juillet-1969-20-juillet-2019-50-ans-pour-passer-de-heros-a-zero

3- Manifeste pour la Société des Sociétés

4- Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

5- La_City_de_Londres_au_coeur_de_lempire

Quelques mentions spéciales pour un manifeste regain d’intérêt envers nos traductions des historiens Antony Sutton et Howard Zinn, pour un intérêt marqué envers les deux tomes du « Manuel du sceptique climatique », Ahsraf Ezzat et son mythe de la bible, pour la télé-médecine, bien entendu le toujours très lu Dean Henderson. Egalement bien placés les pdf des textes de Francis Cousin ainsi que celui de notre dossier sur la technologie mortifère 5G…

Merci aux lecteurs d’être restés si actifs en lisant le plus possible.
Plus on en sait et moins on est manipulable. L’oligarchie le sait et c’est bien ça qui l’emmerde. Rien de pire pour elle que d’avoir à faire non seulement avec des esprits critiques capables de voir au travers des écrans de fumée émis par la société du spectacle permanent, mais avec des gens éveillés qui agissent pertinemment pour transformer radicalement (dans la profondeur de l’être) leur réalité sociale.

Le mouvement des Gilets Jaunes va rentrer en phase 2, une phase qui sera plus perceptive et qui mènera à plus de succès de long terme, l’épuration de la fange s’est opérée en phase 1, on sait maintenant plus précisément qui est qui, mais le danger de l’infiltration et de la récupération demeurera toujours présent. C’est ce que le système fait le mieux, la seule chose qu’il sache faire du reste: diviser pour mieux détruire, annihiler, seule condition de sa survie ; créer des antagonismes factices pour nous maintenir dans le politique infantile, nous bloquer en mode violent et réactif, bloquer de fait l’évolution même de la société vers son humanité vraie achevée…

Mais ceci est par trop anticiper, ce sera le sujet d’un de nos pdf à venir, bientôt, très bientôt… Juste histoire de titiller l’intérêt.

 

 

Gilets Jaunes: Le mouvement est-il anarchiste ? (Charles MacDonald, anthropologue CNRS)

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Tout le pouvoir aux Ronds-Points !…

 

Les Gilets Jaunes sont-ils des anarchistes ?

 

Charles MacDonald

Anthropologue / ethnologue, CNRS

 

2 février 2019

 

url de l’article:

http://serpent-libertaire.over-blog.com/2019/01/les-gilets-jaunes-sont-ils-des-anarchistes-par-charles-macdonald.html

 

Un grand nombre d’opinions ont été émises par les politologues, sociologues, historiens et autres sur la nature du mouvement des Gilets Jaunes (GJ). Ce mouvement déconcerte. On ne trouve pas le modèle qui le définirait le mieux. Jacquerie, Mai 68, résurgence des grandes grèves du passé, Nuits Debout, Prise de la Bastille ? Les -ismes (poujadisme, nationalisme, extrémisme de droite ou de gauche, réformisme, fascisme, antifascisme) ne conviennent pas vraiment. Il y a un déficit de vocabulaire. Les intellectuels s’affairent. Mais, dans cette fébrilité conceptuelle, un mot n’est presque jamais prononcé, celui d’anarchisme. Pourquoi ?

A-t-on oublié que le terme « anarchie » signifie simplement « sans chef » ? Les GJ sont-ils sans chefs ? Incontestablement. Des représentants ou porte-parole plus ou moins auto-désignés sont apparus, pour disparaître aussitôt. Les GJ sont-ils encadrés par des partis ou des syndicats ? Evidemment non. Reçoivent-ils des ordres d’une autorité supérieure ? Aucunement. Ils sont donc anarchistes au sens étymologique, simple, primaire du terme. Pourquoi ne pas prononcer ce mot ? Pour des raisons évidentes. Les anarchistes, dans la pensée politique et académique ambiante signifie « casseurs », « voyous » « nihilistes ». Anarchisme signifie, pour la quasi totalité de nos intellectuels dument formatés, chaos et destruction. Ce sens n’est pas le bon.

Et pourtant l’anarchie et l’anarchisme sont des constantes de l’histoire et de l’évolution humaine. Elle peut apparaître sous différentes formes, spontanée, non idéologique (anarchie) ou idéologique, doctrinaire, organisée (anarchisme) mais elle a toujours deux aspects fondamentaux. Le premier, déjà indiqué par son nom, est le refus du pouvoir et de l’institution qui l’incarne suprêmement, l’Etat. L’autre est celui de la création de communautés fondées sur l’entraide, la coopération, l’équivalence radicale de sujets concrets. Or n’est-ce pas exactement ce que l’on observe chez une partie au moins des GJ ? Ces ronds-points qui voient se dresser des cabanes, où l’on se parle, où des individus qui ne connaissaient pas se trouvent et s’accordent, où des commerçants apportent du pain et des croissants, où l’on boit du café dans une ambiance de camaraderie, autour de feux, dans le froid, où finalement l’on retrouve ce grand festin de l’humanité qui est de se retrouver dans la convivialité heureuse. Après, il faut s’organiser, et alors commence un long processus qui transforme l’anarchisme spontané et viscéral en un combat pour le pouvoir où il risque de se perdre.

Les GJ ont surgi de l’indifférenciation, de leur condition d’inférieurs, de leur statut de sujets abstraits et invisibles du tout social. Ils sont devenus des sujets concrets, vivants, et non plus des numéros, des catégories statistiques. Ils ne proposent pas d’abord de slogan politique, de dispositif économique, de mesure administrative. Ils disent : je suis pauvre, je suis humilié. Ils racontent leur histoire. Ils sont devant les caméras des personnes à part entière. Ils parlent à la première personne et disent au grand chef : dégage ! Ils protestent contre l’aliénation dont ils sont victimes. Celle du pouvoir, celle de l’existence. Ils sont, en tout cela, sinon anarchistes, en tout cas « anarches », même s’ils sont aussi beaucoup d’autres choses.

En tout état de cause les GJ veulent plus d’égalité, produisent de la fraternité et rejettent les hiérarchies. Même s’ils sont loin pour une grande part des idées libertaires ou des programmes anarchistes, même s’ils ne se réclament pas de Bakounine, de Proudhon ou de Bookchin, ils appartiennent à la grande mouvance humaine pour laquelle les termes d’anarchie et d’anarchisme doivent être utilisés.

Charles Macdonald est directeur de recherche honoraire en anthropologie au CNRS et auteur notamment de L’ordre contre l’Harmonie. Anthropologie de l’anarchie (Paris, Editions Petra, 2018, https://www.editionspetra.fr/livres/lordre-contre-lharmonie-anthropologie-de-lanarchie).

Le blog de Charles MacDonald

Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

 

Du dernier libelle* de Raoul Vaneigem, à mettre sur tous les ronds-points Gilets Jaunes !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 25 juin 2019 by Résistance 71

« L’État n’est plus rien, soyons tout ! »

 

Résistance 71

 

25 juin 2019

 

(*) Note: libelle, n.m qui provient du latin libellus qui veut dire « petit livre », écrit court, concis, direct et précis de style pamphlet sur un sujet particulier. Le mot « libelle » n’a aucun sens péjoratif étymologiquement.
Vaneigem , en conclusion, qualifie lui-même son petit ouvrage de « libelle ».

Petit livre donc, pétillant et truculent, essai politique imagé, poétique et offrant des solutions quant à un changement radical de paradigme politique pour notre société dictatoriale marchande au bout du rouleau.

Le titre est évocateur comme chaque ouvrage de Vaneigem: « Appel à la vie, contre la tyrannie étatique et marchande » avec en exergue ce cri du cœur: « Le cri des rebelles est le cri de la vie qui renaît. »

Petit format (il tient dans la poche arrière d’un jean) de 86 pages, il est un enchaînement subtil de directs, crochets et uppercuts dans ce vieux sparring partner usé et élimé qu’est la tyrannie étatique et marchande. Il est, comme le suggère peut-être le dessin de couverture, comme une comète en trajectoire de collision avec le vieux monde de l’aliénation et dont l’impact pourrait avoir de lumineuses répercussions… C’est un petit ouvrage qui se lit d’un trait, clair et concis et très complémentaire à la fois de notre « Manifeste pour la société des sociétés » (octobre 2017) et de quelques autres textes que nous vous mettons ci-dessous.

Nous suggérons que des collectes se fassent sur les ronds-points et dans les assemblées Gilets Jaunes pour se procurer ce livre qui devrait rester en permanence sur les ronds-point pour consultation et discussions collectives.
Il coûte 8 « machins » + 2 « machins » de frais de port. Plus que raisonnable en achat collectif.

Une analyse et proposition de solution faites sur mesure pour le Mouvement des Gilets Jaunes. A lire, diffuser et à discuter ensemble sans absolument aucune modération.

Publié par les éditions « Libertalia » de Montreuil (Seine-Saint-Denis)

Cliquez sur ce lien pour vous procurer le livre.

Note: Nous précisons que nous ne touchons absolument rien sur quelque vente que ce soit, nous sommes des adaptes de la gratuité totale, simplement nous pensons que ce livre est idéal et ce qui s’est écrit de mieux dans le contexte pré-révolutionnaire actuel du mouvement des Gilets Jaunes, depuis novembre 2018… Vaneigem y va lui-même de sa petite analyse.

Voici trois citations du livre pour vous mettre l’eau à la bouche, la première est du début du livre, la seconde du milieu et la dernière de la fin :

« Je n’ai rien à dire à quelqu’un qui n’est pas écœuré par la lavasse des vieilleries remises à neuf, par le brouet dont se nourrissent depuis des siècles nos cultures, nos gestes et nos mœurs, par le harcèlement d’une éducation permanente qui s’emploie avec un zèle frénétique à nous désapprendre à vivre. […] Le règne de l’antiphysis – de l’antinature – n’a jamais cessé de s’imposer. Nous en sommes toujours à la réalité d’un corps honoré comme machine à produire et honni comme lieu de vie, de désirs, de jouissance à affiner. »

« La subjectivité radicale est la lutte que chaque être humain mène en tant que sujet contre la détermination du vieux monde d’en faire un objet. […] L’expérience intime de la radicalité, la lutte que je mène pour retrouver en moi les racines du vivant, c’est cela la radicalité. Qui ne mène pas en tant que sujet une guerre endémique contre la menace d’être transformé en objet, en marchandise, abandonne la radicalité au profit du radicalisme. »

« Nous nous acheminons vers deux formes de luttes à la fois distinctes et convergentes. Une résistance, où le refus massif de payer tribut à l’État et à ses banquiers progresse et se radicalise et, dans le même temps, l’instauration et la multiplication de territoires où (non sans pagaille), de nouvelles formes de sociétés, des sociétés autogérées, sont expérimentées. […] Même si la colère des Gilets Jaunes stagne, reflue, réintègre le moule des servitudes anciennes, une grande vague véritablement populaire – et non pas populiste – s’est élevée et a prouvé que rien ne résiste aux élans de la vie… Rien ne m’ôtera de l’idée que Homo œeconomicus, c’est fini ! Le spectacle se termine. »

Bonne lecture et discussions sur les ronds-points et en assemblées !

Tout le pouvoir au Ronds-Points !

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Lectures complémentaires en PDF gratuits à télécharger et/ou à imprimer pour les ronds-points:

L’essentiel-et-l’indispensable-de-Raoul_Vaneigem

L’abbcedaire de Raoul Vaneigem

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Manifeste pour la Société des Sociétés

 

 

Lâcher prise de l’illusion démocratique… L’anarchisme aujourd’hui

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Boycott du cirque électoral !…

 

Editorial du Monde Libertaire N0 1806, avril 2019

 

Comité de Rédaction

 

25 avril 2019

 

Source: 

https://www.monde-libertaire.fr/?article=EDITO_DU_ML_N_1806

 

Halte à la publicité mensongère ! La couverture de ce Monde Libertaire laisserait sous-entendre au lecteur amateur de sensations fortes qu’il allait trouver dans ces pages de quoi ricaner sarcastiquement du vieux monde abattu par quelques cocktails Molotov. Que nenni… Relisez le titre « On préfère l’anarchisme ! », théorie politique qui a pour but de créer une société dans laquelle les individus participent librement et à égalité ; donc de créer l’anarchie, c’est-à-dire l’absence de maître, de souverain (dixit Proudhon). 

Mais l’imagerie populaire préfère caricaturer : il y a eu les bolchéviques représentés un couteau entre les dents et les anarchistes une bombe à la main. Certes, durant une courte période de l’histoire sociale, vers 1890, des anarchistes ont usé de la bombe. Ils étaient minoritaires et pensaient changer le système. Il y eut des morts, toujours ciblés. Mais difficile de trouver une idéologie, une religion ayant moins de sang sur les mains.

Inutile de nous croire responsables de l’incendie de Notre-Dame-du-Fouquet’s. L’anarchisme que nous revendiquons, loin de prôner la destruction pour la destruction, loin de prôner l’absence d’accords ou de contrats entre les individus (ce qui reviendrait à prôner la loi de la jungle), fédère ces individus dans un but d’émancipation et d’égalité sociale. Être dans la marge, c’est être dans le cahier en se contentant de la part étriquée de la page. Comme il n’est pas question de réfléchir à un projet en marge de la société capitaliste, il va de soi qu’il faudra la disparition de celle-ci.

Projet ambitieux ? Certainement mais va-t-on dire aux Algériens, dans la rue pour un autre futur, que leur projet est ambitieux ? Sommes-nous des utopistes ? Bien sûr puisque nous voulons que les enfants aillent à l’école plutôt qu’au fond des mines, nous voulons des journées de labeur qui ne dépassent pas huit heures, nous voulons des congés payés… Ok, ces trois exemples sont déjà réalisés mais lorsqu’en amont, des travailleurs, anarchistes ou non, avaient de telles revendications, ils étaient traités d’utopistes. Après, on les virait, on les embastillait ou on les tuait pour leur apprendre à vivre…

L’anarchisme aujourd’hui ? Certainement la seule théorie crédible pour ne pas foncer dans le mur. Revenir aux sources de l’humanité, c’est-à-dire s’unir pour satisfaire nos besoins, le plus économiquement possible, que ce soit dans l’utilisation des ressources ou dans la somme d’heures de travail à effectuer pour y parvenir. Vous allez dire, et vous aurez raison, que le dossier traite beaucoup plus du passé que du présent. Le présent est en construction, des expérimentations apparaissent çà et là et il est difficile de toujours trouver le temps d’écrire. Que cela ne vous empêche pas de prendre le temps de lire.

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Six textes fondamentaux sur R71 pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes 19ème round: Temps de penser à l’avenir sous forme de vision…. commune (avec Pierre Kropotkine version PDF)

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 22 mars 2019 by Résistance 71

« Associez-vous aux compagnons dont la terre est menacée comme la vôtre par les usiniers, les amateurs de chasse, les prêteurs d’argent ; oubliez toutes vos petites rancunes de voisin à voisin, et groupez-vous en communes où tous les intérêts soient solidaires, où chaque motte de gazon ait tous les communiers pour défenseurs. À cent, à mille, à dix mille, vous serez déjà bien forts contre le seigneur et ses valets ; mais vous ne serez pas encore assez forts contre une armée. Associez-vous donc de commune à commune et que la plus faible dispose de la force de toutes. Bien plus, faites appel à ceux qui n’ont rien, à ces gens déshérités des villes qu’on vous a peut-être appris à haïr, mais qu’il faut aimer parce qu’ils vous aideront à garder la terre et à reconquérir celle qu’on vous a prise. Avec eux, vous attaquerez, vous renverserez les murailles d’enclos ; avec eux, vous fonderez la grande commune des hommes, où l’on travaillera de concert à vivifier le sol, à l’embellir et à vivre heureux, sur cette bonne terre qui nous donne le pain. »
~ Élisée Reclus ~

 

Résistance 71

 

22 mars 2019

 

Les rounds s’enchaînent et se durcissent. Quel avenir pour le mouvement des Gilets Jaunes ? Au-delà quelle avenir pour notre société ?

Depuis le 17 novembre 2018, et bien avant pour certains, il est devenu absolument évident que solutions il n’y a point dans le système étatico-capitaliste, résultante de l’oppression mise en place par la minorité sur la majorité quelque part au cours du néolithique, pour plus d’infos là-dessu, voir ici et

Alors que faire ? Connaître l’histoire, l’analyser, en tirer les leçons et aller de l’avant pour l’émancipation de la société humaine à l’échelle PLANETAIRE.
Nous vous proposons ici une présentation et une analyse d’un concept et son application pratique: celui de la Commune. Si celle de 1871 a échoué dans un contexte historique particulier, l’idée n’en est pas moins valide et fut mise en place en d’autres lieux, d’autres temps: les premiers soviets russes de 1905 à 1917, les conseils ouvriers italiens de 1920, l’Espagne révolutionnaire de 1936, les conseils ouvriers de Budapest en 1956, une certaine partie de mai 1968, ces brouillons ont tous échoué non pas parce qu’ils n’étaient pas viables , mais parce que la conjoncture politico-historico-économique ne s’y prêtait pas et aussi parce que des forces étatiques parfois antinomiques se liguèrent pour les défaire.

Plus près de nous, le concept de Commune, certes adaptés aux besoins culturels des endroits, existe et perdure depuis 1994 au Chiapas zapatiste et depuis 2011 au Rojava kurde avec le Confédéralisme Démocratique.
Ceci n’enlève rien à la force et à la justesse de l’idée de la commune libre, du peuple s’organisant solidairement pour retrouver son essence organique, son être noyé depuis des millénaires dans l’avoir.

A cet effet, Gilets Jaunes et sympathisants, nous vous proposons cette (re)lecture de Pierre Kropotkine sur le concept de la « Commune » et son analyse de la « Commune de Paris de 1871 », textes parus en 1880 et 1881 dans une mise en page de Jo de JBL1960.

Texte à lire et diffuser sans aucune modération ! Bonne lecture !

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris (PDF)

 

 

Note de R71: de manière tout à fait coïncidentelle, cette présentation du PDF de Kropotkine sur la Commune constitue le 5000ème article publié sur Résistance 71 depuis Juin 2010…