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Résistance politique: La réponse à 1984 est 1871…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 7 octobre 2012 by Résistance 71

“De nos jours, la propagande intervient nécessairement dans tout ce qui a un peu d’importance sur le plan social, que ce soit dans le domaine de la politique, de la finance, de l’industrie, de l’agriculture, de la charité ou de l’enseignement. La propagande est l’organe exécutif du gouvernement invisible… L’important pour les hommes d’état contemporains n’est pas tant de savoir plaire à l’opinion que de savoir l’amener à partager leurs vues.”

(Edward Bernays, 1928)

 

La manipulation des peuples est une réalité et pas une fiction

 

Par Résistance 71

 

Le 7 Octobre 2012

 

Quel fut le résultat réel de la révolution de 1789 dans notre société ? Pierre Kropotkine dans son excellente analyse “La Grande Révolution 1789-1793” nous dit: “Ces deux grandes conquêtes sont l’abolition du servage et l’abolition du pouvoir absolu, qui ont conféré à l’individu des libertés personnelles dont le serf et le sujet du roi n’osaient rêver, et qui ont amené, en même temps, le développement de la bourgeoisie et du régime capitaliste.” En fait ce ne fut sur la durée, que le remplacement d’une aristocratie par une autre pour la simple et bonne raison que la République est dans son fondement même un principe aristocratique, à savoir, le pouvoir aux “meilleurs”, à ceux qui s’auto-proclament tels et font valider le schéma par le peuple au moyen de l’élection, source de délégation de pouvoir et donc de déni démocratique par une caste sur une autre.

De l’aristocratie à l’oligarchie, il n’y a qu’un pas qui a toujours été franchi dans l’histoire. L’histoire moderne n’est en cela nullement différente.

L’oligarchie politique a toujours eu peur de la masse, qu’elle voit comme une bête qu’il faut garder en laisse, attachée à un poteau. Il a donc toujours été nécessaire de manipuler les peuples afin de les garder dans la “ligne de l’acceptable”, celle des intérêts privés des oligarques et non pas celle de l’intérêt général défavorable à l’oligarchie. La révolution française s’est terminée par le coup d’état de 1799 qui mena Bonaparte au pouvoir. Depuis lors, les successions d’empires, de monarchies constitutionnelles et de républiques n’ont fait qu’amplifier le contrôle et l’assujetissement de l’intérêt général du peuple aux intérêts particuliers du plus petit nombre. Nous vivons, bon an mal an, au travers des régimes politiques, en dictature douce. Celle qui n’engendre pas de goulags, celle qui vit de l’illusion démocratique qu’elle perpétue pour endormir le peuple et imposer le statu quo socio-politique oligarchique.

Au XIXème siècle jusqu’à environ la période de l’entre deux guerres et la grande dépression des années 1930 le politique et la finance (et l’industrie) se comportaient de manière symbiotique, l’un ayant besoin de l’autre en permanence, ceci n’est plus vrai depuis l’entre deux guerres, comme le montre les recherches d’historiens tels qu’Antony Sutton, Howard Zinn ou Annie Lacroix-Riz pour la France. C’est en effet vers cette époque (notre citation de Bernays en introduction de cet article date de … 1928…) que le financier a définitivement pris le pas sur le politque, à savoir que le politique depuis cette époque ne peut exister que grâce et pour le monde financier et industriel transnational.

Nous sommes passés de l’époque où nous étions forcés par la manipulation à accepter des décisions impopulaires servant encore quelque peu un intérêt général (des “concessions” étaient faites par les oligarques devant les luttes sociales féroces qui parvenaient encore à miner le pouvoir politique), à une époque où nous sommes manipulés pour accepter des idées et des actions saugrenues voire criminelles émanant de l’oligarchie et qui n’ont pour seul but que de satisfaire les intérêts du plus petit nombre, sans aucune considération pour les conséquences potentielles occasionnées aux peuples collectivement et individuellement.

Alors que le politique est devenu le vassal et le maître d’œuvre dans l’application des désidératas de l’oligarchie financière et industrielle, le système dans son intégralité a vu ses fondements changer pour celui d’une corruption sur une échelle encore jamais vue jusqu’ici. Ce glissement de valeur a fait basculer le système oligarchique dans la criminalité où les gouvernements et les régulateurs sont devenus les propriétés et les larbins des cartels financiers et industriels. Prenons pour exemple en France la triste loi de 1973 interdisant à la Banque de France de prêter directement à l’état français, forçant celui-ci à s’endetter auprès de banques privées à des taux d’intérêts usuriers augmentant la dette astronomiquement et exponentielleemnt au fil des années, ou les commissaires européens non élus, mis en places par des intérêts privés, les membres du congrès états-unien ne répondant qu’aux demandes des lobbyistes et non plus de leurs constituants, les portes tourniquets d’arrière-scène entre les gouvernements et les cartels industriels et financiers: le directeur de la BCE, ancien de Goldman Sachs, le cabinet d’Obama émanant en grande partie de la même institution financière, des cadres légaux des géants pharmaceutiques et chimiques impliqués dans les institutions régulatrices du gouvernement américain (Monsanto, Merck à la FDA), pour ne citer que quelques exemples de noyautage en règle dans la plus pure méthodologie trotskiste (Note: Trotski qui fut lui-même un agent de Wall Street comme l’historien Antony Sutton l’a démontré sans contestation possible dans son ouvrage “Wall Street et la révolution bolchévique”).

Le plus puissant de tous les complexes militaro-industriel, celui des Etats-Unis dont tous les autres des pays occidentaux sont les vassaux, persuade à grand renfort de propagande médiatique de ses compagnies de relation publique, dont les grands médias font partie (comme Fox News, Fox Network et son subside du soi-disant History Channel, CNN et la presse écrite assujettie), que la sécurité nationale est menacée en permanence par des “terroristes” terrés dans les grottes d’Afghanistan et dont le réseau “mondial” est une menace pour la sécurité publique, forçant ainsi le “monde libre” à guerroyer indéfiniment aux quatre coins de la planète. La réalité est que la “guerre contre le terrorisme” est une complète fabrication des mêmes complexes militaro-industriels, que les “terroristes” sont des pions et exécutants d’un plan de déstabilisation géopolitique du monde afin que l’empire moderne puisse s’approprier et contrôler les ressources naturelles et humaines de la planète.

Pendant ce temps là, l’oligarchie implose l’économie, pompe les richesses existantes pour qu’elles soient contrôlées dans encore moins de mains possibles et les citoyens de tout l’occident se retrouve de plus en plus au chômage, ou condamné à avoir leur boulot délocalisé au profit… du profit toujours plus grand réalisé par l’industrie monopoliste transnationale.

Ce faisant, les corporations, les cartels de la finance et de l’industrie monopolistes gagnent toujours plus en influence et en puissance, achètent tout, des médias, aux politiciens, en passant par les scientifiques, historiens, sociologues et institutions gouvernementales et privées, quasiment tous récupérés à terme par la vaste machine propagandiste. Ceci leur permet d’intoxiquer toujours plus les populations à croire que ce qui est bon pour l’oligarchie et bon pour les peuples… Nous avons étudié sur ce blog à plusieurs reprises l’influence eugéniste inhérente à “l’élite auto-proclamée”, qui la pousse à regarder les peuples comme des cafards à éliminer. Nous avons vu comment Lénine, Trotski, Hitler, Staline, Mao, Pinochet, le Shah d’Iran, Saddam Hussein et les familles royales féodales du Golfe étaient et sont tous des créatures de la haute finance internationale, que ces criminels remplissaient certaines fonctions économico-politiques au service de leurs maîtres de Wall Street et de la City de Londres. Barack Obama est financé essentiellement par Goldman Sachs, les Bush père et fils l’étaient par l’industrie monopoliste pétrolière US, Sarkozy a passé cinq ans à retourner des services pour ceux (financiers, milliardaires et … ministère des affaires étrangères américain) qui l’ont mis au pouvoir, et Hollande qui, avant son élection, allait prêter allégence aux banquiers de la City de Londres et les rassurait sur le fait qu’il ne “serait pas dangereux pour les marchés” en bon foie-jaune pseudo-socialiste qu’il a toujours été.

Tout ceci est essentiellement rendu possible grâce à la servilité absolue de la presse audio-visuelle et écrite, qui dans toutes les nations occidentales, sert ses maîtres-payeurs et bailleurs de fonds. Comme le prévoyait le visionnaire film hollywoodien “Network” dans les années 1970, la manipulation extrême médiatique a rendu les citoyens serviles, dépendants et décérébrés. Pis que cela, la propagande parvient jusqu’ici (c’est en train de changer dû à l’explosion d’indépendence et de sources alternatives d’information fournies par l’internet, véritable révolution de l’information, mais aussi sous influence soyons-en persuadé…) à faire croire aux citoyens que penser en dehors du moule de la pensée unique oligarchique est déviant, socialement incorrect, et source de terrorisme intellectuel avant que de terrorisme tout court, justifiant un durcissement des régimes politiques pas à pas sous couvert de “sécurité publique” et afin de muselage de la dissidence. La pensée critique, la radicalité envers la servilité à l’idéologie dominante sont présentées comme des tares, des désordres psychiques qui mènent au chaos social alors que la structure même de la société baignant dans une idéologie lénifiante mène à la destruction inévitable de l’humanité. Nous baignons dans le mensonge et l’absurde permanents poussés à l’extrême !

Ceci dit, la vaste majorité d’entre nous pense toujours que bombarder et massacrer des civils est mal, que la torture est mal, que la corruption est mal, quoi qu’essaient de nous faire croire les médias pour qui, suivant les directives de leurs maîtres à penser sont entrés dans la phase propagandiste de nous faire gober que “La guerre est la paix”, que “l’ignorance est le savoir” et que tout contestataire du dogme est un déviant, sociopathe, qui relèvera  bientôt de la pathologie mentale, menant les régimes à légitimer comme en URSS auparavant, la mise sous tutelle psychiatrique des dissidents. Ne souriez pas !… Nous y arrivons à grands pas ! Certains en France et aileurs le prônent depuis un moment déjà.

Une des forces de la propagande est de maintenir la division des citoyens sur les lignes illusoires et fabriquées des soi-disant divergences politiques (faux paradigme gauche-droite-centre), ethniques (renforcement programmé du communautarisme religieux et culturel) pour ne citer que les plus importantes.

Tout ceci n’est pas inéluctable, il suffit de dire NON à ce schéma préfabriqué qui ne sert que des intérêts spécifiques et le consensus du statu quo oligarchique. Des citoyens informés, éclairés et surout solidaires et unis au delà des communautarisme fictifs politiques et religieux, sont la source, le terreau de l’émancipation sociale. Le boulot des oligarques est de nous maintenir divisés coûte que coûte, notre boulot est de nous unifier en faisant fi des différences, car notre but commun est le même.

La division et l’acceptance béate de son inéluctabilité nous livre pieds et poings liés à l’oligarchie.

Il n’y a plus de gauche ni de droite, il n’y a plus de chrétiens, de musulmans ou de juifs, il n’y a plus de classe laborieuse et de classe moyenne, il n’y a plus de blancs, de noirs, de jaunes, de verts ni de bleus… Il n’y a que des humains qui ensemble œuvrent pour le bien commun sur la voie de l’unification et de l’émancipation réelle. Nous devons tous crier, hurler ensemble et surtout AGIR ensemble, de telle façon que rien de tout cela ne puisse plus être ignoré.

C’est la voie.

Cela peut-être fait.

L’Histoire l’a prouvé.

Le temps est venu de commencer à faire entendre cette voix de l’unité comme Victor Hugo le disait: “Aucune armée ne peut résistaer à une idée dont l’heure est venue.”

La réponse au Nouvel Ordre Mondial orwellien que l’oligarchie nous impose est un modèle de société proche de ce que furent la Commune de Paris et la révolution espagnole de 1936-39.

La réponse à 1984 est 1871… Avant que de décider ce que sera la nouvelle société et comment nous la gérerons il nous faut:

Union

Solidarité

Pour que l’humanité ne survive plus… mais qu’elle vive ! Pour que vienne enfin le règne de l’humanité, rien que l’humanité, par et pour l’humanité. Remémorons-nous le film “Norma Rae” (Martin Ritt, 1979), lorsque la petite Sally Fields incarnant Norma Rae lève sa pancarte bout de carton écrite à la main au milieu des machines rugissantes, “UNION” et de voir les ouvriers un par un arrêter leur machine jusqu’à ce que le silence règne.

“UNION” sinon rien…

 

 

 

 

L’illusion démocratique: Suffrage universel = dictature de la minorité par la  » majorité »…

Posted in actualité, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , on 1 mars 2012 by Résistance 71

Voter, c’est se soumettre. Voter, c’est acquiescer au larbinisme. Voter, c’est abdiquer sa souveraineté. Voter, c’est abandonner son droit à la révolte. Voter, c’est endorser le consensus du statu quo oligarchique. voter c’est continuer à diviser le peuple et renforcer l’oligarchie.

« Si voter changeait quoi que ce soit, ce serait illégal depuis longtemps » disait à juste titre Emma Goldman…

— Résistance 71 —

 

Les anarchistes et le suffrage universel

 

par René Berthier

 

(groupe Dejacques, Lyon, 1995)

 

 

L’opposition des anarchistes à la participation du mouvement ouvrier à l’institution parlementaire se fonde sur ce qu’ils considèrent comme le caractère de classe de celle-ci ; sur sa fonction dans la société capitaliste moderne ; sur le dévoiement du programme ouvrier qu’entraînent les alliances contre-nature que cette participation impose ; sur l’écart qui se creuse entre l’élu et l’électeur ; enfin, sur la négation de la solidarité internationale qui apparaît inévitablement.Il ne suffit pas de dire que l’institution parlementaire impose au prolétariat un jeu risqué : les principales objections viennent de ce que la classe dominante elle-même n’hésite pas à saborder la démocratie parlementaire lorsque ses intérêts sont en cause.

La bourgeoisie ne joue pas le jeu ! La forme politique la plus adaptée… Non seulement la démocratie représentative est parfaitement adaptée aux exigences du capitalisme, elle lui est aussi nécessaire. Cette forme d’État réunit en effet deux conditions indispensables à la prospérité de la grande production industrielle : la centralisation politique et la sujétion du peuple-souverain à la minorité qui le représente, qui en fait le gouverne et l’exploite. Dans un régime qui consacre l’inégalité économique et la propriété privée des moyens de production, le système représentatif légitime l’exploitation de la grande masse du peuple par une minorité de possédants et par les professionnels de la parole qui sont leur expression politique. Si le droit politique garanti par le système représentatif permet au non-possédant de participer en tant que citoyen à l’élection d’un représentant, le droit économique lui permet de la même façon de «choisir» son employeur. La liberté du travailleur, dit Bakounine, est une liberté théorique, fictive. Pourtant, «est-ce à dire que nous, socialistes révolutionnaires, nous ne voulions pas du suffrage universel, et que nous lui préférions soit le suffrage restreint, soit le despotisme d’un seul ? Point du tout. Ce que nous affirmons, c’est que le suffrage universel, considéré à lui tout seul et agissant dans une société fondée sur l’inégalité économique et sociale, ne sera jamais pour le peuple qu’un leurre ; que, de la part des démocrates bourgeois, il ne sera jamais rien qu’un odieux mensonge, l’instrument le plus sûr pour consolider, avec une apparence de libéralisme et de justice, au détriment des intérêts et de la liberté populaires, l’éternelle domination des classes exploitantes et possédantes.» (Bakounine, Stock, IV 195) On ne saurait donc conclure de la critique anarchiste du système représentatif à l’apologie du «vide» politique, du «néant» et d’une spontanéité transcendantale à partir desquels les «masses» découvriraient de façon immanente des formes politiques nouvelles et radicalement différentes.

La critique anarchiste de la démocratie représentative n’est pas une critique de principe de la démocratie, entendue comme participation des intéressés aux choix concernant leur existence, mais une critique du contexte capitaliste dans lequel elle est appliquée. La brutalité du rapport entre les deux classes fondamentales de la société est cependant tempérée d’abord par le fait qu’il y a entre elles de nombreuses nuances intermédiaires imperceptibles qui rendent parfois difficile la démarcation entre possédants et non-possédants, mais aussi par l’apparition d’une catégorie sociale nouvelle, que Bakounine appelle les «socialistes bourgeois», et dont la fonction semble essentiellement de promouvoir le système représentatif auprès du prolétariat. Issus des franges de la bourgeoisie, ces «exploiteurs du socialisme», philanthropes, conservateurs socialistes, prêtres socialistes, socialistes libéraux, intellectuels déclassés, utilisent le mouvement ouvrier comme tremplin et l’institution parlementaire comme instrument pour tenter de se hisser au pouvoir, ou tout au moins pour se faire une place. Le socialisme bourgeois corrompt le mouvement ouvrier en «dénaturant son principe, son programme». La démocratie représentative étant définie comme la forme politique la plus adaptée à la société capitaliste il convient de s’interroger sur l’opportunité pour le prolétariat d’en accepter les règles, sachant que «la révolution sociale n’exclut nullement la révolution politique. Au contraire, elle l’implique nécessairement, mais en lui imprimant un caractère tout nouveau, celui de l’émancipation réelle du peuple du joug de l’État.» (Bakounine, Stock, IV 198.)

La participation du mouvement ouvrier au jeu électoral ne saurait toucher l’essentiel, c’est-à-dire la suppression de la propriété privée des moyens de production. La démocratie représentative n’étant pour la bourgeoisie qu’un masque — elle s’en dessaisit aisément au profit du césarisme, c’est-à-dire la dictature militaire, lorsque cela est nécessaire —, tout empiétement démocratiquement décidé contre la propriété provoquera inévitablement une réaction violente de la part des classes dominantes spoliées. La participation à l’institution parlementaire, où sont représentés des citoyens, non des classes, signifie inévitablement la mise en œuvre d’alliances politiques avec des partis représentant certaines couches de la bourgeoisie modérée ou radicale. Bakounine déclare que l’alliance entre un parti radical et un parti modéré aboutit inévitablement au renforcement du parti modéré au détriment du parti radical et à l’édulcoration du programme du parti radical : «L’absurdité du système marxien consiste précisément dans cette espérance qu’en rétrécissant le programme socialiste outre mesure pour le faire accepter par les bourgeois radicaux, il transformera ces derniers en des serviteurs inconscients et involontaires de la révolution sociale. C’est là une grande erreur, toutes les expériences de l’histoire nous démontre qu’une alliance conclue entre deux partis différents tourne toujours au profit du parti le plus rétrograde ; cette alliance affaiblit nécessairement le parti le plus avancé, en amoindrissant, en faussant son programme, en détruisant sa force morale, sa confiance en lui-même ; tandis que lorsqu’un parti rétrograde ment, il se retrouve toujours et plus que jamais dans sa vérité.» (Lettre à La Liberté,le 5 août 1872, éd. Champ libre, III, 166)

Sur les alliances

La foi dans les institutions parlementaires, «du moment qu’on a derrière soi la majorité de la nation», pour reprendre les termes d’Engels, toutes classes confondues, est fermement critiquée par les anarchistes, notamment par Bakounine car elle signifie inévitablement la conclusion d’un «pacte politique» entre «la bourgeoisie radicale ou forcée de se faire telle, et la minorité intelligente respectable, c’est-à-dire dûment embourgeoisée, du prolétariat des villes, à l’exclusion et au détriment de la masse du prolétariat non seulement des campagnes, mais des ville». «Tel est, conclut l’anarchiste, le vrai sens des candidatures ouvrières aux parlements des États existants» (III, 161). On peut alors se demander ce que Bakounine lui-même préconisait en matière d’alliances politiques. Il avait parfaitement saisi l’importance formidable des classes sociales intermédiaires dans la société et le rôle de frein qu’elles pouvaient jouer dans la révolution. «Ne comptez pas sur la bourgeoisie, dit-il ; elle ne voudra jamais ni ne pourra jamais vouloir vous rendre justice ; ce serait contraire à la logique des choses et des conditions de vie, contraire à toutes les expériences de l’histoire ; l’opinion publique, la conscience collective de chaque classe étant nécessairement et toujours le produit des rapports sociaux et des conditions particulières qui constituent la base et la loi de son existence séparée.» (II, 93).

Le prolétariat doit donc s’organiser «en dehors et contre la bourgeoisie». Ce n’est que par la force et par la démonstration bien réelle de leur puissance organisée que les travailleurs pourront arracher des concessions à la bourgeoisie. La petite bourgeoise quant à elle est pour le prolétariat une alliée potentielle, elle n’est séparée de la classe ouvrière que par la «méconnaissance de ses propres intérêts» et par la «sottise bourgeoise». Le point de vue de Bakounine est parfaitement exprimé dans le passage suivant, écrit peu après la mort de Mazzini : les Internationaux italiens, dit-il, seront sans doute sollicités par les mazziniens pour s’unir à eux. Mais, rappelle Bakounine, «…n’oubliez pas l’abîme qui sépare votre programme du programme mazzinien. Ne vous laissez pas entraîner par eux — ce qu’ils ne manqueront certainement pas de tenter — à une entreprise pratique commune, conforme à leur programme et à leurs plans et modes d’action, non aux vôtres. Appelez-les à s’unir avec vous sur votre propre terrain, mais ne les suivez pas sur leur terrain à eux, que vous ne sauriez accepter sans sacrifier et sans trahir cette grande cause du prolétariat qui désormais est devenue la vôtre. (…) En acceptant leurs plans d’action, non seulement vous ruineriez tout votre travail socialiste et vous arracheriez votre pays à la solidarité révolutionnaire qui l’unit aujourd’hui à toute l’Europe, mais vous vous condamneriez vous-mêmes, avec tous ceux qui vous suivraient dans cette voie nouvelle et funeste, à une défaite certaine.» (Lettre à Celsio Ceretti, 13-17 mars 1872, Champ libre, II, 237)

Pouvoir et exploitation sont inévitablement liés. Les États, quels qu’ils soient, fonctionnent selon le principe de la substitution de pouvoir, c’est-à-dire qu’ils canalisent dans un nombre de mains réduites, au nom de la société civile, la légitimité de celle-ci. La majorité de la population ne peut avoir qu’une souveraineté fictive, plus ou moins masquée. Enfin, la logique interne à tout État le conduit à la centralisation, à la concentration du pouvoir, à l’accaparement des autonomies. Le «pouvoir politique» entendu au sens de processus collectif de décision concernant les orientations de la société, doit nécessairement être décentralisé : son lieu d’exercice n’est pas l’État ni le parlement mais l’organisation des producteurs associés et les communes fédérées. La conquête de l’État «n’est possible que lorsqu’elle se développe de concert avec une partie quelconque de cette classe [la bourgeoisie] et se laisse diriger par des bourgeois.»

L’originalité de l’analyse bakouninienne est d’avoir montré que dans sa période constitutive, le mouvement ouvrier ne pouvait rien espérer de la subordination de son action à la revendication de la démocratie représentative parce qu’il avait face à lui la violence étatique, et que dans la période de stabilisation, lorsque cette revendication était accordée, les classes dominantes et l’État avaient les moyens d’empêcher que l’utilisation des institutions représentatives ne remette pas en cause leurs intérêts. Bakounine a en effet affirmé que les démocrates les plus ardents restent des bourgeois, et qu’il suffit d’une «affirmation sérieuse, pas seulement en paroles, de revendications ou d’instincts socialistes de la part du peuple pour qu’ils se jettent aussitôt dans le camp de la réaction la plus noire et la plus insensée», suffrage universel ou pas. C’est le phénomène que Bakounine désigne sous le nom de césarisme, et que Marx appelle bonapartisme : cette voie fut découverte jadis par les empereurs romains, mais oubliée et redécouverte récemment par Napoléon Ier et «déblayée et améliorée par son élève, le prince de Bismarck : la voie du despotisme étatique, militaire et politique, dissimulée sous les fleurs et sous les formes les plus amples en même temps que les plus innocentes de la représentation populaire» (IV, 294). En 1815 cette voie était prématurée : «A l’époque, personne ne se doutait de cette vérité, devenue depuis évidente aux despotes les plus niais, que le régime dit constitutionnel ou parlementaire n’est pas une entrave au despotisme étatique, militaire, politique et financier, mais que, le légalisant en quelque sorte et lui donnant l’aspect trompeur d’un gouvernement du peuple, il peut lui conférer à l’intérieur plus de solidité et de force.» La remarque qui suit cette affirmation est particulièrement intéressante : si, en 1815, on ignorait cela, c’est que la rupture entre la classe exploiteuse et le prolétariat n’était pas aussi évidente qu’aujourd’hui. Les gouvernements, qui étaient encore constitués sur le modèle de l’Ancien régime, pensaient que le peuple était derrière la bourgeoisie. Aujourd’hui le peuple et la bourgeoisie sont en opposition, et cette dernière sait que contre la révolution sociale «il n’y a pas pour elle d’autre refuge que l’État». Mais elle veut un État fort qui assure une dictature «revêtue des formes de la représentation nationale qui lui permettent d’exploiter les masses populaires au nom du peuple lui-même». Ainsi le système représentatif est très explicitement désigné comme le moyen trouvé par la bourgeoisie pour garantir sa situation de classe exploiteuse et comme la solution à la crise de légitimité du pouvoir. Les revendications et le programme de la classe ouvrière se trouvent ainsi dilués dans la fiction de la représentation nationale.

La fiction de la représentation

La véritable fonction de la démocratie représentative n’est donc pas tant de garantir la liberté des citoyens que de créer les conditions favorables au développement de la production capitaliste et de la spéculation bancaire, qui exigent un appareil d’État centralisé et fort, seul capable d’assujettir des millions de travailleurs à leur exploitation. La démocratie représentative repose sur la fiction du règne de la volonté populaire exprimée par de soi-disants représentants de la volonté du peuple. Ainsi permet-elle de réaliser les deux conditions indispensables à l’économie capitaliste : la centralisation de l’État et la soumission de la souveraineté du peuple à la minorité régnante. Toute société qui parvient à s’émanciper quelque peu cherche à soumettre les gouvernements à son contrôle, dit Bakounine, et met son salut dans «l’organisation réelle et sérieuse du contrôle exercé par l’opinion et par la volonté populaire sur tous les hommes investis de la force publique. Dans tous les pays jouissant du gouvernement représentatif, (…) la liberté ne peut donc être réelle, que lorsque le contrôle est réel. Par contre si ce contrôle est fictif, la liberté populaire devient nécessairement aussi une pure fiction.» (V, 61.) Or, Bakounine constate que «nulle part en Europe le contrôle populaire n’est réel». «Tout le mensonge du système représentatif repose sur cette fiction, qu’un pouvoir et une chambre législative sortis de l’élection populaire doivent absolument ou même peuvent représenter la volonté réelle du peuple.» (V, 62.)

Il y a cependant une logique interne à tout gouvernement, même le plus démocratique, qui pousse, d’une part à la séparation croissante entre les électeurs et les élus, et d’autre part qui pousse à l’accroissement de la centralisation du pouvoir. «La classe des gouvernants est toute différente et complètement séparée de la masse des gouvernés». La bourgeoisie gouverne, mais, étant séparée du peuple par toutes les conditions de son existence économique et sociale, comment la bourgeoisie peut-elle réaliser, dans le gouvernement et dans les lois, les sentiments, les idées, la volonté du peuple ? Ce serait toutefois une erreur, commente Bakounine, d’attribuer ces palinodies à la trahison. Elles ont pour cause principale le changement de perspective et de position des hommes. C’est cela qui explique que les démocrates les plus rouges «deviennent des conservateurs excessivement modérés dès qu’ils sont montés au pouvoir» (V, 63). Les modifications du comportement des élus est un sujet qui préoccupe constamment Bakounine.

Dans la Protestation de l’Alliance,il affirme la nécessité pour les élus de rester en contact avec la vie du peuple ; ils devraient être obligés d’agir ouvertement et publiquement, ils doivent être soumis au régime salutaire et ininterrompu du contrôle et de la critique populaires ; ils doivent enfin être révocables à tout moment. En dehors de ces conditions, l’élu risque de devenir un sot vaniteux, gonflé de son importance. La logique interne du système représentatif ne suffit cependant pas à expliquer que la démocratie y est fictive. Si la bourgeoisie possède le loisir et l’instruction nécessaires à l’exercice du gouvernement, il n’en est pas de même du peuple.

De ce fait, même si les conditions institutionnelles de l’égalité politique sont remplies, cette dernière reste une fiction. Les périodes électorales fournissent aux candidats l’occasion de «faire leur cour à Sa Majesté le peuple souverain», mais ensuite chacun revient à ses occupations : «le peuple à son travail, et la bourgeoisie à ses affaires lucratives et à ses intrigues politiques.» Ignorant de la plupart des questions, le peuple ne peut contrôler les actes politiques de ses élus. Or, puisque le «contrôle populaire, dans le système représentatif, est l’unique garantie de la liberté populaire, il est évident que cette liberté aussi n’est qu’une fiction.» Le système du référendum, introduit par les radicaux de Zurich, n’est qu’un palliatif, une nouvelle illusion. Là encore, pour voter en connaissance de cause, il faudrait que le peuple ait le temps et l’instruction nécessaires d’étudier les lois qu’on lui propose, de les mûrir, de les discuter : «Il devrait se transformer en un immense parlement en plein champ», ce qui n’est évidemment pas possible. De plus – et là on touche à la «technologie» parlementaire —, les lois ont la plupart du temps une portée très spéciale, elles échappent à l’attention du peuple et à sa compréhension : «prises séparément, chacune de ces lois paraît trop insignifiante pour intéresser beaucoup le peuple, mais ensemble elles forment un réseau qui l’enchaîne.»

La plupart des affaires qui intéressent directement le peuple se font par-dessus sa tête, sans qu’il s’en aperçoive ; il laisse faire ses élus, qui servent les intérêts de leur propre classe et qui présentent les mesures prises sous l’aspect le plus anodin. «Le système de la représentation démocratique est celui de l’hypocrisie et du mensonge perpétuels. Il a besoin de la sottise du peuple, et il fonde tous ses triomphes sur elle.» Le seul moyen de contrôle effectif de la population sur les décisions gouvernementales n’a rien d’institutionnel. Lorsque le sentiment populaire se sent attaqué sur des points essentiels, «certaines idées, certains instincts de liberté, d’indépendance et de justice auxquels il n’est pas bon de toucher», il reste au peuple la possibilité de se soulever, de se révolter. «Les révolutions, la possibilité toujours présente de ces soulèvements populaires, la crainte salutaire qu’ils inspirent, telle est encore aujourd’hui l’unique forme de contrôle qui existe réellement en Suisse, l’unique borne qui arrête le débordement des passions ambitieuses et intéressées de ses gouvernants.» C’est d’ailleurs cette arme-là dont s’est servi le parti radical pour renverser les constitutions antérieures, jusqu’en 1848. Mais ensuite il prit des mesures pour briser toute possibilité d’y avoir recours, «pour qu’un parti nouveau ne pût s’en servir contre lui à son tour», en détruisant les autonomies locales et en renforçant le pouvoir central. L’exemple du cas suisse révèle donc aux yeux de Bakounine l’efficacité du système représentatif du point de vue de la préservation du régime bourgeois : ce dernier a su utiliser la révolte comme moyen de contrôle — et le contrôle ultime n’est-il pas le changement de régime politique ? — et il a su ensuite mettre en place les mesures nécessaires pour empêcher qu’il soit fait recours à ce contrôle contre lui : «Désormais, les révolutions cantonales, le moyen unique dont disposaient les populations cantonales pour exercer un contrôle réel et sérieux sur leurs gouvernements, et pour tenir en échec les tendances despotiques inhérentes à chaque gouvernement, ces soulèvements salutaires de l’indignation populaire, sont devenues impossibles. Elles se brisent impuissantes contre l’intervention fédérale.» (V, 65.)

Les progrès de la liberté dans certains cantons jadis très réactionnaires ne sont pas la conséquence de la nouvelle constitution de 1848 qui a accru la centralisation de l’État, mais plutôt de la «marche du temps». Dans les faits, les progrès accomplis depuis 1848, dit Bakounine, sont, dans le domaine fédéral, surtout des progrès d’ordre économique : unification des monnaies, des poids et mesures, les grands travaux publics, les traités de commerce, etc. «On dira que la centralisation économique ne peut être obtenue que par la centralisation politique, que l’une implique l’autre, qu’elles sont nécessaires et bienfaisantes toutes les deux au même degré. Pas du tout…. La centralisation économique, condition essentielle de la civilisation, crée la liberté ; mais la centralisation politique la tue, en détruisant au profit des gouvernants et des classes gouvernantes la vie propre et l’action spontanée des populations.» (V, 61.) On retrouve exactement la même idée chez Proudhon.

C’est là un aspect peu connu de la pensée politique de Bakounine, sur lequel en tout cas les anarchistes après lui sont gardés de mettre l’accent. Par centralisation économique, il faut entendre la tendance de la société industrielle moderne à organiser les activités productives à une échelle de plus en plus grande et complexe. L’anarchisme se situe donc aux antipodes d’une conception fondée sur la petite production artisanale et décentralisée. Bakounine sait bien que le développement industriel s’accompagne de la concentration du capital : il ne nie pas la nécessité de ce processus qui permet une production de masse. En ce sens, son point de vue s’apparente à celui de Marx, pour qui le développement des forces productives crée les conditions de la réalisation du socialisme. La vision de Bakounine s’inscrit donc tout à fait dans la perspective d’une société industrielle. Là où il se dissocie de Marx, c’est sur la question politique, sur le schéma politique de l’organisation de la société. Il semble envisager un système où l’économie serait organisée d’un point de vue centralisé, mais où le processus de décision politique serait décentralisé et fondé sur le principe du contrôle populaire. Il est vrai que le concept de «centralisation économique» n’est pas explicité. La concentration du capital est reconnue comme un des moteurs de l’évolution des sociétés industrielles, mais c’est un phénomène mécanique qui échappe à la volonté des hommes. Il y a dans le terme de centralisation économique quelque chose de voulu, qu’il serait possible d’organiser et qu’on retrouve dans l’expression «organisation des forces productives» employé par Bakounine. Le mot planification n’existait pas à l’époque mais il est possible que c’est à peu près à cela que pensait Bakounine, ce qui, évidemment, va à l’encontre de toute idée reçue sur sa pensée politique.

L’objection principale que formule Bakounine à l’encontre de la démocratie représentative touche à sa nature de classe. Tant que le suffrage universel «sera exercé dans une société où le peuple, la masse des travailleurs, sera économiquement dominée par une minorité détentrice de la propriété et du capital, quelque indépendant ou libre d’ailleurs qu’il soit ou plutôt qu’il paraisse sous le rapport politique, ne pourra jamais produire que des élections illusoires, antidémocratiques et absolument opposées aux besoins, aux instincts et à la volonté réelle des populations.» (VIII, 14.) Bakounine insiste beaucoup sur les arguments techniques touchant à la distorsion qui apparaît inévitablement entre l’élu et les mandants, à la difficulté ou à l’impossibilité de contrôler les élus. Mais en définitive ces inconvénients paraissent dérisoires devant l’impossibilité même du système représentatif, et qui tient à sa nature, de réaliser la collectivisation des moyens de production, sans laquelle aucun changement n’est possible.

C’est pourquoi l’insistance sur la seule conquête de la liberté politique comme préalable signifie laisser les rapports économiques et sociaux en l’état où ils sont, c’est-à-dire «les propriétaires et les capitalistes avec leur insolente richesse, et les travailleurs avec leur misère».

L’intérêt porté par Bakounine au modèle suisse vient de ce qu’il fournit un modèle général du fonctionnement de ce système : «Le mouvement qui se produit en Suisse est fort intéressant à étudier», dit-il, «car on y assiste à un processus typique de centralisation politique — c’est-à-dire de recul des libertés — effectué sous le couvert démocratique d’une extension des libertés électorales».

Les couches sociales intéressées à la pérennité de ce régime sont désignées : les barons de la banque et tous leurs dépendants, les militaires, les fonctionnaires, les professeurs, les avocats, les doctrinaires de toutes les couleurs avides de positions honorifiques et lucratives, «en un mot toutes la gent qui se croit soit par droit d’héritage, soit par intelligence et instruction supérieure, appelée à gouverner la canaille populaire.» (III, 109.) Mais parmi ceux qui remettent en cause l’autonomie cantonale il y a aussi «les classes ouvrières de la Suisse allemande, les démocrates socialistes des cantons de Zurich, de Bâle et autres, — et les ouvriers allemands d’une association ouvrière exclusivement suisse appelée Grütli-Verein,tous les deux, les uns directement, les autres indirectement, inspirés par le programme politico-socialiste des Internationaux de l’Allemagne, c’est-à-dire Marx.» (III, 110.)

Ce que Bakounine observe en Suisse confirme à ses yeux la thèse selon laquelle le suffrage universel, et même le référendum, qu’il appelle «votation à l’aveugle», sont, aux mains des classes dominantes et des couches de la bourgeoisie intellectuelle, des outils efficaces pour réaliser la centralisation du pouvoir d’État. Que les socialistes suisses aient été les plus ardents défenseurs de cette centralisation confirme ce qu’il observe à une échelle infiniment plus vaste, en Allemagne.

Résistance politique… De l’obsolescence du vote…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , on 7 février 2012 by Résistance 71

Petit plaidoyer pour la démocratie directe

 

Par Gargamel

 

Un des soucis majeurs et constants de la bourgeoisie, depuis son accession au pouvoir à la fin du XVIIIème siècle, a été de faire accroire au bon peuple que la démocratie représentative parlementaire était le nec plus ultra, le « must » dans le genre organisation sociétale : un aboutissement historique d’une indépassable modernité (l’échec récent et patent des démocraties dites « populaires » venant à point nommé pour corroborer ce discours), le stade ultime et Ô combien sublime d’une lente et douloureuse évolution de l’humanité vers un monde toujours plus juste quoique encore imparfait, mais, sans conteste le meilleur possible.

C’est la démocratie représentative qui permet à la bourgeoisie d’optimiser ces chances de garder le pouvoir pendant encore longtemps : en effet, quel système institutionnel saurait mieux faire passer la défense des intérêts particuliers d’une classe pour ceux de l’ensemble de la société ? Aucun autre assurément !

Faussement démocratiques et réellement oligarchiques, nos républiques demandent en fait à leurs citoyens d’acquiescer à leur assujettissement, à leur aliénation, en choisissant eux-mêmes leurs maîtres : dérisoire liberté qui éclaire chichement ce monde.

Par le truchement magico-virtuel du bulletin, le citoyen est invité à saisir sa chance pour faire entendre sa voix (condamné à un mutisme comateux le reste du temps, il est sommé d’en émerger à intervalle régulier, tous les cinq ou sept ans). La délégation de pouvoir, réalisée par le moyen du vote, n’est pas ressentie comme dépossession, mais au contraire vécue comme participation au pouvoir, alors qu’il s’agit beaucoup plus prosaïquement d’exercer un humble pouvoir/devoir de participation.

Le caractère mensonger de la démocratie représentative

C’est là que réside justement le caractère mensonger de la représentation démocratique. C’est au moment même ou le citoyen— légèrement grisé par l’exercice de son pouvoir participatif — pense parvenir à influer sur la gestion de la société qu’il renonce de fait, à tout contrôle réel sur l’emploi qui va être fait de l’expression de sa volonté. Une fois élu, le parlementaire ou l’édile n’a plus de compte à rendre à ses électeurs durant toute la durée de son mandat. Rapidement l’élu prend conscience de la promotion sociale que lui confère son mandat : il appartient désormais à la hiérarchie, le voilà homme de pouvoir et de privilège, retrouver la place qu’il occupait naguère, au sein du menu peuple, ne lui sourit que fort peu, il s’accrochera désormais avec la ténacité de certains parasites capillaires à sa place de « représentant du peuple ».

Du communisme primitif à la démocratie directe

Bien avant l’apparition tragique de l’économie marchande et du travail forcé, bien avant le règne mortifère et destructeur de la bourgeoisie, l’humanité des temps premiers a vécu pendant des dizaines de millier d’années au sein de sociétés sans Etat, sans hiérarchie et où les décisions concernant la vie commune étaient prises par l’assemblée générale des membres de la communauté. Des ethnologues réputés, Pierre Clastres, Jean Malaury ou Marshall Sahlins, pour ne citer qu’eux, se sont penchés sur les civilisations contemporaines de chasseurs- cueilleurs (tribus indiennes d’Amérique du sud ou Inuit d’Amérique du nord) et ont mis en lumière leurs modes de fonctionnement : propriété collective, entre aide et solidarité, « assemblées générales décisionnelles ».

Sans vouloir idéaliser ni magnifier le communisme primitif, qui n’était pas exempt de défauts (inconvénient majeur : le patriarcat est plus présent dans ces sociétés que le matriarcat), il est quand même bon de rappeler que les pratiques de démocratie directe et d’assembléïsme sont issues (par cousinage) de ce très lointain passé.

Cette tradition assembléïste a perduré jusqu’à nos jours, et les rebelles et révolutionnaires de toutes les époques ont cherché à renouer avec cette pratique, tout simplement parce qu’elle est la seule à tourner le dos à toute oppression, la seule possibilité donnée à une communauté de fonctionner sur un mode réellement humain. Communards de 71, révoltés russes de 1905, 1917, 1921, conseillistes allemands et italiens des années 20, libertaires espagnols de 36, hongrois rebelles de 56 et émeutiers de 68, tous ont cherché, avec des fortunes diverses à rester maîtres de leur combat, de leur parole et de leur vie.

Fonctionnement de la démocratie directe

La démocratie directe empêche la confiscation de la parole de tous au profit d’un seul ou de quelques uns : le porte-parole ou le délégué n’est effectivement que le porteur, le vecteur de la parole des autres : l’assemblée qui l’a choisi peut à tout moment le révoquer s’il s’avère que le mandat confié n’est pas respecté.

La délégation dans le « système démocratie directe » n’engendre donc pas de prise de pouvoir : non seulement le mandaté est constamment soumis au contrôle de ses mandants, mais encore sa délégation est limitée dans le temps et dans son objet. Pour éviter toute amorce de création d’un corps de « délégués spécialistes », la démocratie directe veille à ce que chacun puisse être à même de porter à tour de rôle la parole des autres, encourage la prise de responsabilité (alors que la démocratie bourgeoise pousse le citoyen à la décharge et à la déresponsabilisation pour le plus grand bénéfice des oligarques). Chacun, en démocratie directe, est donc responsable de tous et inversement.

La bourgeoisie et toutes les classes dominantes qui l’ont précédée ont toujours cherché à justifier leur oppression en prétendant que les sociétés humaines n’avaient jamais fonctionné sur d’autre mode et que donc elles ne pouvaient échapper à cette damnation de la domination ; l’argument ne tient pas la route, l’humanité a vécu beaucoup plus longtemps sans joug que sous les fers. Elle saura sans nul doute retrouver les chemins de la liberté. Souhaitons simplement que ce soit un peu avant l’an 10 000 cher à notre copain Léo …

Gargamel, du syndicat des fonds des bois.

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Pierre Clastres, « La société contre l’Etat, recherches d’anthropologie politique », éditions de Minuit, Le Seuil, 1980.

Jean Malaury, « Les derniers roi de Thulé », collection Terres humaines, Plon, dernière édition 1989.

Marshall Sallins, « Age de pierre, âge d’abondance », Gallimard, 1976.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les anarchistes dans la révolution russe : Alexandre Skirda « Les anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917 », édition de Paris, Max Chaleil, 2000.

 

Résistance politique: indignation, réflexion, coordination… action (directe) !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , , on 7 novembre 2011 by Résistance 71

Joindre l’action à la parole a t’il toujours un sens ?

 

par Resistance 71

 

Peut-on achever un dessein, un projet concret sans action ? Peut-on changer la société par la parole ? Y a t’il encore des gens pour le croire ?

L’histoire du progrès social est une histoire de lutte. Rien, jamais, n’a été donné aux peuples. Ceux-ci ont toujours arraché les conditions du progrés social par la lutte perpétuelle de la vaste majorité qui n’a rien ou peu, contre l’infime minorité qui a tout et en veut toujours plus.

Nous vivons aujourd’hui le paroxysme de l’injustice sociale où les peuples, partout, ont été et sont en ce moment même, dépouillés de tout ce qui pas à pas, avait été gagné sur la veûlerie du capital et de ses gardes-chiourme, dans le sang, les larmes et la sueur. Nous assistons semble t’il impuissants (c’est le message qu’on nous fait passer en boucle) à l’effondrement de notre société et sommes convaincus pour le grand nombre de la fatalité des marchés et de l’inéluctabilité des faits endurés, alors que tout ceci est programmé, manipulé et contrôlé dans les grandes largeurs par une poignée de financiers et d’industriels criminels qui ont vampirisés l’ensemble du système sociétaire à l’échelle planétaire.

Notre société s’effondre ? Excellent, nous devrions nous en réjouir et œuvrer pour son remplacement. Au lieu de cela, nous sommes de plus en plus réduits au rang de spectateurs que l’oligarchie en contrôle veut impuissants et incapables de reprendre leur destinée en main.

Tout ceci n’est que poudre aux yeux et fadaises totales. Nous avons le pouvoir de tout refaire ! Pas de changer cosmétiquement une société déliquescente et bien au-delà de toute rédemption, pour plaire à ces”élites autoproclamées”, qui elles, veulent en finir avec la société telle que nous la connaissons pour passer à l’étape ultime de leur domination globale: établir leur gouvernance mondiale fasciste supranationale et nous faire tous retourner dans une société néo-féodale post-industrielle où ceux d’entre nous qui survivront le génocide planétaire programmé, ne seront plus que des serfs au service de la futilité oligarchique reine.

Nous, les peuples, sommes le seul rempart contre cette ignominie en devenir. Les circonstances de la crise / dépression financière et économique qui sévit depuis maintenant trois ans et qui forcent des pans entiers de nos sociétés au chômage, à la précarité et à la déliquescence sociale, ont provoqué (enfin) une prise de conscience populaire massive du degré d’escroquerie et de cynisme criminel que cette situation représente.

Les peuples sont assommés économiquement, ballotés de guerre impérialiste en “révolution colorée” ingérente, pour arriver au bord de l’abîme actuel, nouvelle occurence de l’histoire qui veut que toute dépression économique s’achève dans une guerre d’importance, sinon mondiale. Nous en sommes si près… et pourtant, le tragique de la situation ne semble pas déranger beaucoup de monde…

Ces derniers mois, depuis le mouvement espagnol des “indignés”, relayé en Europe (nous ne traiterons pas ici du “printemps arabe” qui fut important mais malheureusement récupéré), puis ravivé par le mouvement d’occupation de Wall Street à New York et maintenant à travers les Etats-Unis, nous vivons au rythme de la contestation sur toile de fond du désastre grec et du pillage en règle de cette nation et l’écrasement social de sa population sous les coups répétés du fascisme néolibéral et ses potions obsolètes faites de contraction économique et d’austérité, imposées par le bras armé du capital: Le FMI et ses clones de la finance internationale, banques centrales privées en tête.

Le mouvement des “indignés” est nécessaire, mais il est temps de dire maintenant après analyse initiale, qu’il manque singulièrement d’action et d’objectifs bien définis. Se rassembler, être solidaire, parler, discuter et identifier les problèmes, est excellent et certainement nécessaire, mais ceci dans un but bien précis: celui d’agir !

Or, pour agir, il faut des buts, des revendications qui définiront les moyens d’action pour que le mouvement puisse faire pression sur les parasites qui nous gouvernent. Rappelons-nous: rien, jamais, n’a été lâché volontairement par l’état et / ou le capital. Ces deux acolytes se contenteraient encore bien du servage, voire de l’esclavage si ce n’était pour quelques énergumènes qui les ont empêchés de continuer de la sorte…

De toute évidence, la société telle que nous la connaissons arrive au bout du chemin, elle est au delà de toute rédemption, même les oligarques qui l’ont amenée à ce stade le savent et veulent par les crises induites, imposer leur gouvernance mondiale. D’évidence, leur dessein ne va pas dans l’intérêt commun des peuples, loin s’en faut. Le conflit d’intérêt entre eux et nous est historique et permanent. Il nous faut donc en sortir, pas ré-arranger ce qui existe, mais au contraire, changer radicalement de direction en ayant présent à l’esprit que la cause #1 de toutes les turpitudes causées depuis des générations et des générations est l’inégalité sociale. Sacrifions le système du profit, de la propriété pour une société non plus pyramidale mais plate, égalitaire et autogérée et nous supprimerons 95% de la misère, des délits, des crimes, des guerres et des velléités hégémoniques. Le conflit n’est pas dans la nature humaine au point de l’annihiler, c’est une notion socialement induite dans un conflit de classes permanent. Supprimons le problème à la source, et les fondations solides seront établies.

Quoi qu’il en soit, il reviendra aux peuples de décider de leur destin, mais pas avant de s’être débarassé de ce système qui pourrit tout ce qu’il touche. Pour y parvenir, il faut agir. Pour agir correctement, il faut analyser, comprendre et s’organiser. Ceci est en train de se faire à l’échelle mondiale. Ensuite il faudra agir, car réfléchir et parler sans agir n’est que  verbalisme (pas forcément creux), par contre agir sans réflexion et analyse, n’est qu’activisme souvent aveugle.

La combinaison de la réflexion et de l’action, connue aussi sous le nom de praxis, est nécessaire à tout mouvement et toute action sociale.

Pour cela il faut aussi avoir des revendications et des objectifs précis, se donner les moyens de les mettre en pratique de façon coordonnée et solidaire. Néanmoins, entre réflexion et action… Il ne doit parfois pas y avoir l’épaisseur d’un cheveu. Nous voulons dire par là que réflexion et action doivent être quasiment simultanées afin d’être efficace; il n’y a pas une “phase de réflexion” à laquelle succéderait une “phase d’action”, la praxis englobe les deux concepts.

C’est ce qu’il manque au mouvement des “indignés” actuellement.

Plus le mouvement tardera à combiner réflexion et action, plus il sera vulnérable à la récupération politique et au co-optage par les instances politico-étatiques et sujet à une récupération réformisrte au profit de l’oligarchie dont la fonction est de fabriquer sa propre dissidence. Ce qui pose la question de quel type d’action doit être engendré par les discussions et les Assemblées Générales de rue ?

Notre vision est celle de l’action directe non-violente. Ce qui nous amène ici à définir ce qu’est “l’action directe” puis dans un second temps, la “non-violence” pour enfin déterminer une option de praxis.

Qu’est-ce que l’action directe ?

La définir de manière originale prendrait sans doute trop de temps ici pour un simple billet de blog, voyons ce que certains experts en la matière en ont dit:

“Toute personne qui a jamais pensée qu’elle avait le droit à quelque chose et qui a pris ce droit sans ambage ou qui l’a fait conjointement avec d’autres qui partageaient ses convictions, était un acteur direct…”

(Voltairine De Cleyre)

“L’Homme a autant de liberté qu’il veut bien en prendre. L’anarchisme de fait, soutient l’action directe, le défi ouvert et la résistance à toutes lois et restrictions économiques, sociales et morales; mais la défiance et la résistance sont illégales. C’est en cela que réside le salut de l’Homme.”

(Emma Goldman)

L’action directe n’est pas assimilée à la désobéissance civile, mais la désobéissance civile est de l’action directe. Typiquement (mais pas systématiquement comme l’avait démontré l’historien et activiste Howard Zinn), quelqu’un qui pratique la désobéissance civile acceptera les conséquences légales de ses actes. L’action directe elle, va une étape plus loin.

Prenons un exemple:

Quelqu’un s’engageant dans la désobéissance civile, refusera par exemple de payer des impôts pour ne pas soutenir un système éducatif qui soutient un militarisme et un impérialisme néo-colonialiste. L’acteur direct fera de même et se combinera avec d’autres personnes pensant la même chose pour créer un système éducatif différent qui opère systémiquement différemment. Cela se fera en ignorant totalement l’État et laissera les représentants dudit état seuls juges de savoir s’il convient d’envoyer la gentes armées pour l’arrêter. Nous avons pris l’exemple de l’éducation, mais cela peut s’appliquer à toute affaire institutionnalisée.

Il conviendra à chacun de déterminer quelle forme donner à son action.

La forme la plus commune n’impliquant pas forcément de confrontation directe physique est la désobéissance civile qui est très efficace si elle est faite en nombre suffisant. L’historien et grand activiste durant les mouvements de lutte pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam aux Etats-Unis, Howard Zinn, définit ainsi la désobéissance civile: “le fait de volontairement enfreindre la loi pour un but social vital.”

La non-violence a toujours été et est toujours débattue de nos jours dans les milieux radicaux. L’Histoire nous a prouvé que la violence amène une réaction plus violente encore. Il convient donc de la désamorcer en affaiblissant le système, répressif par nature, en lui enlevant sa légitimité (par le boycott des institutions) et ses moyens de financement (l’impôt)

Un jeune Gandhi écrivît en 1919 et en 1921 dans “Young India” la chose suivante:

“Aucunes règles ne peuvent nous dire comment cette désobéissance civile doit être effectuée et par qui, quand et où, non plus ne peuvent-elles nous dire quelles lois entretiennent le mensonge. Ce n’est que l’expérience qui peut nous guider… Je pense que quand il y a un choix à faire entre la couardise et la violence, je conseillerai la violence.”

D’aucuns viendront toujours relancer la question judicieuse de la légitime défense, qui n’est pas notre propos ici.

Notre point important ici est de parvenir à minimiser l’impact négatif sur les acteurs directs en pronant une action concertée de masse sur des actions de boycott visant essentiellement les piliers de soutien du systèmes qui sont au nombre de trois à notre sens:

  • Les institutions étatiques et financières
  • Le vote
  • L’impôt

En corollaire, il conviendrait d’établir un boycott tant que faire ce peu (ce n’est pas toujours facile, mais peut-être suffisemment fait en coordinant l’effort de masse et en favorisant le commerce et les services locaux) de la totalité ou du plus grand nombre possible des entreprises du CAC40.

Si ceci était réalisé ne serait-ce que partiellement par un grand nombre de citoyens, la paralysie du système sur la durée se ferait dûment sentir. En parallèle, les citoyens continueraient le travail et la production mais pour satisfaire des besoins vitaux (alimentation, logement, habillement) en privilégiant le commerce local et en fédérant la coopération solidaire de telle sorte que l’impact des boycotts soient absorbés par les institutions étatiques et privées tout en minimisant l’impact sur la base, qui pas à pas se dé-hiérarchiserait pour ne former qu’une masse active se suffisant à elle même de manière autogérée.

Cette forme nouvelle de société ne serait en rien dépendante d’un état et d’entités économiques parasitaires, ne serait en rien représentée par une quelconque “avant-garde”  dont le “rôle historique” serait d’organiser les communautés, mais au contraire, une communauté fédérée volontairement qui donnerait l’exemple aux autres pour suivre le chemin emprunté.

Ceci n’est qu’un exemple de ce que pourrait être un programme d’action directe concertée et massivement approuvée afin que la voix du peuple porte là où elle se doit. Rien ne changera jamais sans combiner une action judicieuse et réfléchie, bien coordonnée, à une analyse critique de la situation. A cet égard, la coopération ne peut se faire qu’à travers une très bonne communication par le dialogue. Dans l’action dialogique on ne  conquiert pas les gens pour une cause révolutionnaire, mais on gagne le respect et l’adhérence des gens. Le dialogue n’impose pas, ne manipule pas, ne procède pas par slogans. Cela renforcera l’efficacité de l’action, car action il devra y avoir !

Pour la solidarité et l’unification, le grand pédagogue critique brésilien Paulo Freire disait:

“Pour que les opprimés s’unissent, ils doivent d’avord couper le cordon ombilical de la magie et des mythes qui les relie au monde de l’oppression; l’unité qui les unit entr’eux doit être d’une nature différente. Pour parvenir à cet unité indispensable, le processus révolutionnaire doit-être, depuis le début, une action culturelle… Seules les formes d’action qui évitent les discours et les blabla inefficaces d’un côté et l’activisme mécanique de l’autre, peuvent aussi s’opposer à l’action de division de l’élite dominante et progresser vers l’unification des opprimés.” (“La pédagogie des opprimés, 1970).

Le travail à faire demeure énorme, mais les peuples sont passés à une première étape essentielle: la compréhension (totale ou partielle selon les individus) des mécanismes d’oppression auxquels nous sommes soumis depuis bien trop longtemps et leurs abus paroxystiques actuels; nous avons engagé une première mouture de coopération et de communication internationales entre les mouvements locaux et les mouvements de solidarité envers les acteurs du “printemps arabe”, puis maintenant des mouvements des “indignés” et d’occupation de Wall Street.

Il nous faut continuer en y ajoutant des revendications communes non divisives et un modus operandi d’action à entreprendre pour parvenir aux objectifs communs et au primordial: l’arrêt du parasitisme institutionnel généralisé et organisé par l’oligarchie mondiale en place et la reprise de notre destinée en main. Celle de l’humanité entière qui a été kidnappée il y a bien trop longtemps pour le seul profit d’une “élite” auto-proclamée, arrogante et criminelle au plus haut degré.

Union, coopération, communication, réflexion et action pour une humanité progressiste, émancipée et donc… libre !

*  *  *  *

Articles sur Résistance 71 à lire sur le sujet:

https://resistance71.wordpress.com/2011/10/28/resistance-politique-petit-guide-de-la-desobeissance-civile-howard-zinn/

https://resistance71.wordpress.com/2011/11/05/resistance-politique-message-aux-indignes/

État et société: analyses et solutions pour un marasme annoncé… Pierre Kropotkine, scientifique et visionnaire anarchiste – Première Partie –

Posted in actualité, autogestion, économie, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , on 3 juin 2011 by Résistance 71

Traduction d’extraits de l’essai “L’anarchisme et la science moderne

de Pierre Kropotkine

 

2ème partie de cette traduction ici

 

 

~ Ce texte fut publié en russe en 1901 et en français en 1912. Il ne semble pas y avoir de réédition française moderne de ce texte (merci aux lecteurs de nous le signifier si vous en trouvez un). La traduction de ces extraits a été faite à partir du recueil “Evolution and Environment” collection d’essais de Pierre Kropotkine compilée par George Woodcock aux éditions Black Rose Books, Montréal, 1995.

Résistance 71 a traduit des extraits de cet ouvrage que nous pensons être extrêmement importants pour la compréhension du monde moderne et de sa phase destructrice en laquelle nous sommes plongés en ce moment. Nous publions ces extraits en deux parties. Ce texte amène une analyse historique, scientifique, sociologique et économique du pourquoi nous en sommes là et surtout… Il offre des solutions pour changer radicalement la société afin d’en éliminer l’injustice sociale, mère de tous les maux de l’Humanité.

Pierre Kropotkine (1842-1921) était un scientifique et un des grands théoriciens visionnaire du mouvement anarchiste. Il est considéré comme un des « pères » de la sociobiologie, surtout pour sa critique fondée et constructive des dogmes pseudo-scientifiques du darwinisme-social colportés par des gens comme Herbert Spencer et Thomas Huxley.

Ses ouvrages plus connus sur le sujet (« L’entr’aide mutuelle facteur de l’évolution » et « La conquête du pain » ) sont disponibles en français et mériteraient une attention plus soutenue en ces temps dictatoriaux troubles. Il est aussi l’auteur d’une des meilleures analyses jamais écrite de la Révolution Française ainsi que de la Commune de Paris.

Il est important de comprendre que l’anarchisme n’est en rien une apologie du chaos comme il est trop souvent présenté à des fins propagandistes et afin d’en débouter les idées de manière catégorique. Rien ne peut déranger plus l’establishment que l’idée de la liberté totale, rendue possible de manière non utopique par la pratique anarchiste.

L’anarchisme n’est pas le nihilisme, loin s’en faut. L’anarchisme est un grand mouvement d’idée et de pratique humaniste et progressiste, le plus ouvert et le plus réaliste quant à l’incarnation de la Liberté dans ce monde.

Nous reconnaissons le fait de la subjectivité dans le choix des passages traduits et encourageons tous ceux qui ont une capacitée à lire l’anglais de lire ce livre dans sa totalité. Il en vaut vraiment la peine, car étant une référence indéniable en la matière !

Nous espérons néanmoins que les extraits ici traduits aideront nos lecteurs à non seulement mieux comprendre le monde social dans lequel nos évoluons, mais aussi de bien saisir à quel point le pouvoir s’appuie sur le matraquage de dogmes pseudo-scientifiques pour endormir les peuples et continuer à maintenir le statu quo oligarchique et ploutocratique menant à une exploitation sans merci d’une caste par une autre et la destruction à terme de l’humanité.

~ Traduit par Résistance 71 ~

 

 

Chapitre 1 – L’origine de l’anarchisme —

[…] Ainsi une portion des socialistes, après avoir atteint le point de négation du capitalisme et de la société basée sur l’assujettissement du travail au capital, se sont arrêtés là. Ils ne se sont pas déclarés contre ce qui constitue la véritable force du capitalisme: l’État et ses soutiens principaux qui sont la centralisation de l’autorité, la loi, toujours établit par une minorité pour son propre profit, et une forme de justice dont le but principal est de protéger le capitalisme et l’autorité. Quant à l’anarchisme, il ne s’est pas arrêté devant ces institutions. Il leva son bras sacrilège, non seulement contre le capitalisme, mais aussi contre ces piliers du capitalisme: La loi, l’autorité et l’état[…]

Chapitre 6 – La philosophie de synthèse d’Herbert Spencer–

(NdT: Herbert Spencer est un des premiers “sociologues”, darwiniste-social, il fut le premier à généraliser le concept de la “survie du plus apte” à l’humanité. Spencer avec Galton, neveu de Darwin, était un élitiste eugéniste)

[…] Spencer reconnut pleinement le fait que la terre ne devrait jamais être propriété privée, parce que le propriétaire du sol, profitant de son droit de relever le loyer de la terre, peut empêcher son semblable d’en obtenir ce qu’il pourrait par les moyens d’une culture intensive; ou il peut garder la terre en jachère indéfinie, jusqu’à ce que sa valeur augmente par le travail des autres autour de lui. Spencer reconnut que ce système était néfaste à la société et plein de dangers. Mais reconnaissant ceci eut égard de la propriétee terrienne, il ne s’aventura pas à utiliser le même argument au regard des autres richesses accumulées, telles les mines  ou des quais, sans mentionner les ateliers et les usines. En sciences naturelles, il n’hésita pas à soutenir des idées totalement à l’opposée de celles soutenues et maintenues pendant des siècles sous l’influence de dogmes religieux; mais ici à ce sujet il n’eut pas le courage d’accepter la conclusion logique de son propre raisonnement[…]

[…] De plus, dès qu’il s’attaqua à la philosophie des sociétés, à savoir la sociologie, Spencer commença à adopter une nouvelle méthodologie et une particulièrement traitresse: la méthode des ressemblances, ou des analogies, ce à quoi il ne se réferra pas lors de ses études de la science naturelle. Les conséquences de ceci furent qu’il put par cette méthode, justifier d’une foule d’idées préconçues. Jusqu’ici, nous n’avons pas encore une philosophie de synthèse qui serait bâtie sur les mêmes fondations pour à la fois la sociologie et les sciences naturelles[…]

[…] Ainsi, et cela est sans doute le plus important, Spencer tout comme Huxley et bien d’autres, a complètement mal interprèté le concept de “lutte pour l’existence”. Il représenta pour lui-même non seulement une lutte pour la survie entre les différentes espèces animales (le loup prédateur du lièvre, des oiseaux vivant d’insectes, etc..), mais aussi d’une lutte aigüe pour la survie au sein même des espèces, parmi tous les individus des espèces. Dans la réalité, une telle lutte n’existe pas, pas de la façon imaginée par Spencer, pas dans le monde animal et certainement pas dans le monde des sauvages primitifs. Une fois cela admis par le philosophe, toutes ses conceptions sociologiques souffrirent de cette fausse supposition[…]

[…] Dans son second excellent travail, “La descendance de l’Homme”, Darwin écrivit au contraire, que les espèces qui contiennent le plus d’individus mutuellement sympathiques ont le plus de chances de survie et de laisser une descendance nombreuse, il contredit ainsi son premier concept de lutte pour la survie. Quoiqu’il en soit, Spencer maintînt pleinement sa thèse[…]

[…] Ce ne fut qu’en 1879, dans un cours magistral donné par le zoologue Kessler, que nous trouvons une représentation claire  des relations existant dans la Nature entre la lutte pour l’existence et l’entr’aide mutuelle. “Pour l’évolution progressive d’une espèce”, dit le profersseur russe en donnant quelques exemples, “la loi de l’entr’aide mutuelle a beaucoup plus d’importance que la loi de la lutte pour la survie.”[…]

[…] Dans le monde animal, l’entr’aide mutuelle est en fait, non seulement la plus efficace des armes dans la lutte pour l’existence contre les forces hostiles de la Nature et contre des espèces toutes aussi hostiles, mais elle est aussi le facteur principal de l’évolution progressive. Même aux animaux réputés plus faibles, elle garantit la longévité (et par conséquent une accumulation d’expérience), une sécurité pour élever sa descendance, et une progression intellectuelle. Voilà pourquoi, les espèces qui ont le plus de pratique de l’entr’aide mutuelle non seulement survivent mieux dans la lutte pour la vie que ceux qui vivent une vie plus isolée, mais elles occupent également une position plus haute dans la hiérarchie de leur propre classe d’espèce (insectes, oiseaux, mammifères) par la supériorité de leur structure physique et de leur intelligence.

Ce fait fondamental de la Nature ne fut pas noté par Spencer avant 1890. Il accepta en revanche, que la lutte aigüe pour la survie au sein de chaque espèce était un fait naturel établi qui n’avait pas besoin de preuve, tel un axiome. Une “lutte à mort, becs et ongles, pour chaque parcelle de nourriture”… Il est évident qu’une fois adoptée comme base un principe aussi erroné que celui là, Spencer ne pouvait plus construire sa philosophie de synthèse, sans tomber dans une série d’erreurs fondamentales[…]

Chapitre 7 – La fonction de la loi dans la société –

[…] Ainsi, même un fervent darwinien comme Huxley n’avait aucune idée que la société, loin d’avoir été créée par l’humain, existait parmi les animaux bien avant l’apparence de l’Homme sur Terre. Telle est la force d’un tel dogme. Si nous désirons rechercher l’historique d’un tel dogme, nous réalisons très vite qu’il dérive ses origines de la religion et de l’église. Les sociétés secrètes des sorciers, faiseurs-de-pluie (les shamans, moitié sorciers, moitié prêtres), puis plus tard les prêtres assyriens et égyptiens, puis encore plus tard les prêtres chrétiens, ont toujours cherché à persuader l’Homme que le “monde est submergé de pêchés” et que seule l’intervention bienfaisante du shaman, du sorcier, du saint et du prêtre, empêche les puissances du diable de prendre possession de l’Homme et qu’ils peuvent attirer les foudres du ciel[…] L’état, ses écoles et universités maintenaient et continuent de maintenir la même foi en la perversité naturelle de l’Homme. Ses enseignants, professeurs, partout, enseignent la nécessité d’avoir un pouvoir au dessus de l’Homme et d’implanter un élément moral dans la société par les moyens de punition, infligés pour les violations de la “loi morale”; de convaincre les Hommes que cette autorité est nécessaire, est une question de vie ou de mort pour l’état, car si les gens commencent à douter de la nécessité de faire renforcer les principes moraux par la main de fer de l’autorité, ils perdront bientôt leur croyance en la haute mission de leurs dirigeants. Ainsi, toute notre éducation religieuse, historique, juridique et sociale est marquée de l’idée que si l’humain était laissé livré à lui-même, il basculerait dans la sauvagerie, que sans autorité les hommes se déchireraient entr’eux, car disent-ils “on ne peut rien attendre de la multitude” sauf la brutalité et le combat de chacun contre tous[…]

[…] La science nous démontre que les soi-disant leaders, héros, et législateurs de l’humanité n’ont rien apporté à l’Histoire au-delà de ce qui avait déjà été apporté par la loi coutumière. Les meilleurs d’entr’eux n’ont fait que mettre en paroles et en mots, et sanctionner les institutions qui existaient déjà par us et coutumes; dans le même temps, la vaste majorité de ces soi-disant “bons samaritains” s’est hâtée de détruire la loi coutumière non écrite à chaque fois que cela remettait en cause l’assertion de leur propre autorité, ou remodelaient les institutions populaires pour leur propre avantage et celui de leur caste[…]

Chapitre 8 – La place de l’anarchisme dans la science moderne —

L’anarchisme est une conception de l’univers basée sur l’interprétation mécanique des phénomènes, qui comprend la Nature dans son entièreté, y compris la vie des sociétés humaines et leurs problèmes économiques, politiques et moraux. Sa méthode est celle des sciences naturelles et chaque conclusion à laquelle il arrive, doit être vérifiée par cette méthode s’il prétend vouloir être scientifique…

Bien sûr, l’élaboration d’une conception mécanique complète de la Nature et des sociétés humaines ne fait que présentement commencer dans sa partie sociologique, dévouée a l’étude de la vie et de l’évolution des sociétés. Quoi qu’il en soit, le peu qui a été fait, de manière parfois même inconsciente, porte déjà les caractéristiques que nous avons indiquées. Dans la philosophie des lois, dans la théorie des morales, en économie politique, et dans l’étude historique des nations et des institutions, l’anarchisme a déjà prouvé qu’il ne se contentera pas des anciennes conclusions métaphysiques, mais cherchera une base naturaliste[…]

[…] Quand on dit à un anarchiste en se référant aux principes d’Hegel que “chaque évolution représente une thèse, une anti-thèse et une synthèse” ou que “le but de la loi est d’établir la justice, qui représente la matérialisation de l’Idée suprême”, ou même encore lorsqu’on lui demande: “Quel est donc selon vous le sens de la vie?” L’anarchiste hausse les épaules et de demande: “Comment est-il possible qu’avec le développement moderne de la science de la nature, il se peut qu’il y ait encore des êtres archaïques qui puissent croire encore en ce “flot de verbiage” ? Des hommes qui parlent un langage primitif dans lequel il est coutume d’anthropomorphiser la Nature en la représentant comme quelque chose étant gouverné par des être ayant forme humaine !”

Les anarchistes ne peuvent être trompés par ces phrases creuses, car ils savent que ces phrases ne servent qu’à couvrir soit l’ignorance, ou disons la recherche incomplète, ou – ce qui est bien pire – la superstition, la peur devant l’inconnu…

Nous avons récemment entendu beaucoup de chose sur la méthode dialectique, qui nous est recommandée par les sociaux-démocrates afin d’élaborer l’idéal socialiste. Nous n’admettons pas plus cette méthode que ne le ferait la science naturelle. Aucune découverte au XIXème siècle en mécanique, physique, astronomie, chimie, biologie, psychologie et anthropologie n’a été faite par la méthode dialectique.

Toutes les grandes acquisitions scientifiques du siécle passé sont dûes à la méthode induction-déduction, la seule méthode scientifique[…]

[…] La méthode inductive-déductive que nous employons en sciences naturelles a si bien prouvé son efficacité, que le XIXème siècle a été capable de faire avancer la science bien plus en cent ans que dans les deux milles années qui ont précédées…

Ainsi quand quelques naturalistes, faisant honneur à leur éducation bourgeoise, prétendant être des adaptes de la méthode scientifique de Darwin, nous disent péremptoirement: “Ecrasez quiconque est plus faible que vous, car ceci est la loi de la Nature”, ce fut très facile pour nous de prouver, d’abord, que ceci n’était pas la conclusion de Darwin lui-même, et en utilisant la même méthode scientifique, de démontrer que ces scientifiques étaient sur la mauvaise voie: qu’une telle loi n’existe pas, que la Nature de fait nous enseigne une leçon bien différente et que leurs conclusions n’étaient en aucun cas scientifiques. En appliquant la méthode attachée aux sciences naturelles, nous avons été capables de prouver que les soi-disantes “lois” de la science sociale bourgeoise, incluant l’économie politique actuelle (NdT: Kropotkine fait ici une allusion directe à Marx et Engels), ne sont pas du tout des lois, mais de simples suggestions ou affirmations que personne n’a jamais même tenté de vérifier. En fait, certaines de leur soi-disantes lois se sont effritées en morceaux dès qu’elles ont été soumises au test de données numériques, prises d’une étude dans la vie réelle.

Un mot encore à ce sujet, la recherche scientifique ne peut porter ses fruits qu’à la condition qu’elle ait un but défini, qu’elle fut entreprise avec l’intention de trouver une ou des réponses à une question bien posée au préalable. Chaque recherche est d’autant plus efficace que l’on puisse voir de manière la plus claire la relation existant entre la question et les lignes fondamentales de notre conception général de l’univers. Le plus proche de cette conception générale, le plus simple est la solution.

Ainsi donc, la question posée par l’anarchisme peut-être posée de cette façon: “Quelles formes sociales dans telle ou telle société et pour l’humanité au sens large, peuvent garantir au mieux, la meilleure somme de bonheur et par conséquent la meilleure forme de vitalité ?” “Quelles formes de société augmenteront au mieux cette somme de bonheur tout en développant quantité et qualité, ainsi rendant ce bonheur plus complet et plus varié ?” (ce qui nous donne au passage ici la formule du progrès)

Le désir d’aider l’évolution dans cette direction détermine l’activité sociale, scientifique et artistique de l’anarchiste. Cette activité à son tour, précisement parce qu’elle est en phase avec le développement de la société dans cette direction, devient une source d’augmentation de vitalité, de vigueur, d’un sens d’unité avec l’humanité et ses meilleures sources vitales. Elle devient donc une source de plus grande vitalité et de bonheur pour l’individu[…]

Chapitre 9 – L’idéal anarchiste et les révolutions précédentes –

L’anarchisme comme nous l’avons déjà dit provient du cours de la vie pratique. Godwin était un contemporain de la grande révolution de 1789-93 et il vît de ses propres yeux comment l’autorité du gouvernement, créée par le gouvernement lui-même durant la révolution, devint à son tout un obstacle au développement du mouvement révolutionnaire[…]

[…] Car un gouvernement révolutionnaire, en vertu d’être le gardien de l’État et de tous les privilèges que l’État a à défendre, devient bientôt un frein à la révolution même. Godwin comprit alors et proclama ouvertement que pour qu’une révolution triomphe, les hommes doivent d’abord se libérer de leur foi en la loi, l’autorité, l’ordre étatique, la propriété et des autres insitutions héritées du temps lorsque leurs ascendants étaient esclaves[…]

A suivre… Dans la seconde partie la semaine prochaine, Kropotkine traite de la question économique et politique. A ne pas manquer !…

Seconde partie de la traduction cliquez ici