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Colonialisme historique et récurrent : La doctrine de la domination chrétienne en terre apache, l’affaire d’Oak Flat remet tout le système politico-légal yankee une énième fois sur la sellette (Steven Newcomb)

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Cette traduction suite à notre publication récente d’une écrit de Léon Tolstoï “L’église et l’état”… Une fois de plus, tout se tient.

Dans l’esprit de Cheval Fou et de Géronimo

~ Résistance 71 ~

La doctrine de domination chrétienne et le peuple apache (l’affaire Oak Flat)

Steven Newcomb

Avril 2021

url de l’article original:
https://originalfreenations.com/the-doctrine-of-christian-domination-the-apache-people-and-oak-flat/

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

L’affaire de la résistance apache sur leur site sacré de Chi’ Chil Bildagoteel, appelé en anglais “Oak Flat”, est maintenant devant le cour d’appel du 9ème circuit judiciaire. Cette affaire a créé une publicité mondiale et un bon nombre de groupes chrétiens ont enregistré des lettres de soutien amicus curiae (ami de la cour). Ces lettres soutiennent le droit et la liberté des Apaches de s’engager dans leurs traditions et cérémonies ancestrales sur un endroit de leur terre traditionnelle qui leur est particulièrement sacré et qui va être détruit par des compagnies minières. Le peuple et la nation apaches seront irrévocablement blessés si leur terre sacrée est détruite dans un effort entrepreneurial d’accumuler toujours plus de profits avec ce projet d’extraction de minerai de cuivre.

Oak Flat est maintenant menacé par un projet minier d’extraction de cuivre qui va oblitérer en le rayant de la surface de la planète, la totale existence de cette endroit sacré en défonçant sols et sous-sols. Si le projet minier est autorisé, celui-ci laissera à cet endroit un trou béant de quelques 300m de profondeur et de 4 km de diamètre, exactement là où le site sacré apache se situe.

Je trouve positif mais quelque peu ironique que des groupes d’églises chrétiennes se joignent aux Apaches sur le projet de défense de la zone sacrée. Ironique parce que la 9ème cour d’appel va utiliser un processus classique de raisonnement chrétien de domination qui est déshumanisant et raciste, fondé sur les catégories artificiellement et mentalement crées de “païens” et “d’infidèles”. Ce processus de raisonnement qui est vieux de plusieurs siècles, voient les non-chrétiens comme des ennemis du monde de la chrétienté (de l’empire chrétien).

Commençons par examiner le fondement de ce processus bigot de raisonnement que la cour d’appel du 9ème district va appliquer à l’affaire d’Oak Flat. Cela commence avec la croyance que les pouvoirs politiques (alias “les souverains”) du monde chrétien et les successeurs de ces pouvoirs politiques (comme les Etats-Unis entre autres…), ont un droit fondamental de s’engager dans une relation de domination contre ces peuples que les chrétiens ont historiquement appelés “païens” ou “infidèles”.

En conséquence, si ces pouvoirs politiques croient qu’il est nécessaire de détruire la tradition et les zones de cérémonie de ces soi-disants païens et infidèles parce qu’une telle destruction bénéficierait “la civilisation (domination) humaine et chrétienne”, alors ainsi soit-il. Leur sacrifice et leur souffrance sont jugés nécessaires pour le plus grand bien de “la société humaine”. Après tout, c’est une longue tradition de la chrétienté que de regarder les “païens” et les “infidèles” et tous non-chrétiens comme des barbares et donc ne faisant pas partie de la “race humaine” ( forcément chrétienne).

La vérité est que le système politique et légal des Etats-Unis est fondé sur le droit de la domination chrétienne contre les peuples et nations natifs, comme les Apaches. Ceci est basé en partie sur une assertion faite dans le rendu de la Cour Suprême des Etats-Unis (CSEU) dans l’affaire Johnson vs M’Intosh, 1823, à savoir que le “peuple chrétien” (des mots mêmes du juge de la Cour Suprême John Marshall) possède “un génie supérieur” et que le “peuple chrétien” est en droit de s’imposer mentalement sur les peuples natifs “qui étaient païens”, ce des mots mêmes du juge Marshall

Utilisant le “caractère et la religion” des habitants natifs du continent comme d’une justification, le “génie supérieur de l’Europe” put exercer et affirma un “droit d’ascendence”, c’est à dire un droit de domination sur les peuples autochtones. L’affirmation d’un droit de domination par “le peuple chrétien” sur des “païens” non-chrétiens est toujours regardé aujourd’hui comme “la loi suprême de la terre” aux Etats-Unis. Ceci parce que le raisonnement de domination qui est contenu dans le rendu du jugement de l’affaire Johnson vs McIntosh de 1823 est toujours activement utilisé par les tribunaux américains, ce incluant la CSEU.

Cette forme de raisonnement sera celle adoptée par la cour d’appel du 9ème district dans l’affaire d’Oak Flat pour la simple et bonne raison que ces concepts fondamentaux de domination chrétienne sont à la base de tout le système légal américain et de son système de loi et de politique indien, système qui est aussi retracé jusqu’aux mots latins et aux idées de domination exprimés dans les bulles pontificales du Vatican du XVème siècle et des chartes royales émanant d’Angleterre.

Aussi difficile que ce soit de le croire, c’est un fait inéluctable que la cour d’appel du 9ème district va déployer ces catégories et ce type de raisonnement de la domination envers les Apaches de Oak Flat, même si aucun de ces mots en particulier n’est utilisé. Cette façon de raisonner et peu importe à quel point cela peut paraître mal de notre point de vue actuel, sera contenue dans le raisonnement des précédents judiciaires (la jurisprudence) que la cour citera et appliquera à son processus de raisonnement actuel.

Alors que la cour d’appel délibère sur l’affaire d’Oak Flat , elle continuera d’empêcher nos nations originales libres et indépendantes de vivre une existence libre en se reposant sur l’affirmation américaine d’un droit à la domination chrétienne au sein de la loi américaine. Quelque soit la façon dont ceci est caché et maintenu caché, ceci constitue le cadre psychologique au sein duquel l’affaire d’Oak Flat est prise en charge par le système judiciaire des Etats-Unis.

Cette cour d’appel a déjà démontré sa volonté d’appliquer le processus de raisonnement de la domination envers la nation Kumeyaay. Elle l’a fait en 2014 dans l’affaire de vestiges et de restes ancestraux, White v. University of California. Dans la note de bas de page #2 de son compte-rendu écrit, la cour d’appel a cité à la fois Tee-Hit-Ton Indians v. United States (1955) and Johnson v. McIntosh (1823). Le contenu de cette note de bas de page ainsi que la citation par la cour de la décision de justice dans l’affaire Johnson a rendu évident que cette cour utilisait le processus de raisonnement évoqué fondé sur un soi-disant droit de domination chrétien. La note 2 de White v. University of California explique :

L’intérêt aborigène sur la terre est généralement décrit comme un droit tribal d’occupation des sols. Ce n’est pas un droit de propriété, mais revient à un droit d’occupation des sols que le souverain accorde et protège contre l’intrusion de tierces parties ; Tee–Hit–Ton Indians v. United States, 348 U.S. 272, 279 (1955).

L’expression “le souverain” se traduit en “le dominant” (dominor en latin). D’après la règle psychologique et mentale générale du système de domination, Le Dominateur (“le souverain”) “accorde” aux Indiens un simple “droit d’occupation des sols”, qui n’implique aucun pouvoir de domination. Ce langage veut dire que ce sont les Etats-Unis, en tant que “dominateur” ou “souverain” (NdT: en héritage historique des autres souverains… comme la Couronne d’Angleterre ou celle d’Espagne…), qui décident de quel droit il s’agit, s’il y en a un. Ce “souverain” est volontaire pour concéder aux Indiens mais toujours au sein du “monde, de la construction mentale des Etats-Unis”.

Le gouvernement des Etats-Unis a décidé que les “Indiens” comme les Apaches, doivent être catégorisés comme des “tribus” qui n’ont, du point de vue mental des USA, aucun droit de propriété à la terre avec laquelle ils ont traditionnellement et ancestralement exercé une relation spirituelle et culturelle durant des milliers et des milliers d’années.

Le “souverain, dominateur” qu’est le gouvernement des Etats-Unis, refuse d’accepter l’idée que toute nation indienne ou “tribu”, puisse contredire le droit de domination du “dominateur, souverain”, autrement connu sous le vocable de “propriété”. Le dominateur refuse de reconnaître le “droit indien” d’occupation des sols qu’il a mentalement imposé aux nations et peuples natifs comme incluant un droit de propriété.

Pour le dire différemment, le gouvernement américain dominateur refuse de reconnaître les successeurs actuels des “païens et infidèles”, comme les Apaches, comme ayant un droit de domination sur leurs terres traditionnelles et ancestrales. Le gouvernement américain ne veut en rien concéder aux “natifs qui étaient (et sont peut-être toujours) des païens”, le pouvoir immense contenu dans le simple concept de la propriété qui est définie comme “pas l’objet matériel en lui-même, mais le droit.. de domination obtenu de droit sur un tel objet.” (dictionnaire du droit Ballentine, 1969)

En tant que dominateur, les Etats-Unis ont mentalement inventé la doctrine (et la croyance bien acceptée) que les Etats-Unis ne reconnaîtront jamais une nation indienne ou “tribu” comme possédant un droit de domination (“propriété”) sur ses propres terres natives. Le but du gouvernement des Etats-Unis est d’empêcher tout peuple ou nation natifs de ne jamais être capable de déployer un processus de pensée qui puisse contredire avec succès l’affirmation du gouvernement des Etats-Unis d’un droit de domination chrétienne sur ces terres. Dans la décision de l’affaire Johnson, Marshall appelle ce droit de domination affirmée la “domination ultime et définitive” du souverain.

Qui et qu’est-ce qui est “souverain” ? La cour du 9ème circuit nous fournit une réponse à cette question avec sa référence à “la théorie légale disant que la découverte et la conquête ont donné aux conquérants, le droit de posséder la terre mais n’ont pas perturbé le droit des tribus à l’occuper. Voir Johnson v. M’Intosh, 21 U.S. 8 Wheat 543, 588–91 (1823).” “Le souverain” est un des “conquérants” (dominateurs) et “la conquête” est, une fois de plus, la domination.

Une fois traduit cela donne donc “cette conquête et domination ont donné aux dominateurs le droit de dominer la terre mais n’a pas perturbé le droit des tribus de l’occuper.” Ce raisonnement fut aussi la base du CR du gouvernement des EU en date du 5 février 2021, en réponse à une requête de l’Apache Stronghold pour une injonction temporaire sur la proposition minière d’Oak Flat. Nous le savons car dans leur CR, les avocats du gouvernement ont cité le même phrasé de Tee Hit Ton Indians v. United States, citant Johnson v. McIntosh.

Le juge Stanley Reed a écrit la majorité du CR de Tee Hit Ton Indians v. United States. Dans une opinion légale différente qu’il écrivit huit ans plus tard, Reed révéla le fait que la décision dans l’affaire Johnson déploie un processus de raisonnement au sujet du droit de domination (“souveraineté”) assumé être détenu par les “nations chrétiennes” dès qu’elles localisaient et envahissaient des terres non-chrétiennes.

Dans le CR de l’affaire Alcea Band of Tillamooks v. United States (1946), le juge Reed a exprimé son désaccord avec ce que dit le CR de l’affaire Johnson à savoir que “la théorie que la découverte par les nations chrétiennes leur a donné la souveraineté [domination] sur les terres découvertes et donc le titre de propriété.Quand les représentants d’un dominateur chrétien (dominorum christianorum en latin) localise des terres qui ne sont pas encore sous domination chrétienne (dominio en latin), le monde et la perspective mentale du dominateur chrétien est d’immédiatement assumer le contrôle du processus de construction de la réalité dans cette nouvelle zone géographique fraîchement découverte.

La théorie veut que les nations chrétiennes, en tant que “souveraines” chrétiennes auto-proclamées aient affirmé un droit de domination , une souveraineté sur les terres des nations natives. Pour mettre une belle touche finale sur le sujet, nous pouvons citer Jonathan Havercroft dans son “Captives of Sovereignty” (2014), où il définit la souveraineté comme voulant dire “une forme injuste de domination politique qui limite la liberté humaine.

Pour retourner maintenant à la note de bas de page 2 dans White v. University of California,, la cour d’appel du 9ème circuit cite les Indiens Tee Hit Ton comme sa source de “théorie légale” pour dire que “la découverte et la conquête [domination] ont donné aux conquérants [dominateurs] le droit de posséder la terre.” Le mot “posséder” nous rapporte à celui de “propriétaire”, qui est défini dans le dictionnaire de droit Ballantine (1969) comme “Quelqu’un qui a la domination complète sur une propriété particulière”.

Cela nous mène à “propriété” pour Ballantine : “Les droits d’un propriétaire. Titre de propriété. Domination sur la pauvreté.” La propriété nous mène à la définition fournit par l’éminent juriste anglais William Blackstone : la “domination despotique”, ce qui est de manière définitive la domination. Imaginez si les groupes chrétiens qui soutiennent les Apaches avaient défié dans leur amicus briefs l’affirmation extraordinaire et péremptoire imbriquée dans le système légal américain, à savoir que les dominateurs chrétiens ont un droit fondamental de domination chrétienne sur les terres de peuples et nations “païennes et infidèles”.

La question demeure, où sont le sens et le ressenti de scandale au sujet de ce processus de raisonnement bigot, religieux et raciste au plus profond de lui-même de cette domination chrétienne, fondée sur la Bible et qui est la fondation même de tout le système légal et politique du dominateur que sont les Etats-Unis d’Amérique en regard de nos peuples et nations natifs ?

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Le livre de Steven Newcomb « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte » que nous avons traduit pour son essentiel est le 7ème PDF le plus téléchargé de l’histoire de notre bibliothèque PDF à diffuser sans aucune modération.

Lecture complémentaire : « Affaire Johnson vs M’Intosh », CSEU, 1823

5 textes pour comprendre et éradiquer le colonialisme

« Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte », Steven Newcomb, 2008

« Comprendre le système de l’oppression coloniale par mieux le démonter », Steven Newcomb

« Comprendre le système de l’oppression coloniale pour mieux le démonter », Peter d’Errico

« Effondrer le colonialisme », Résistance 71

« Nous sommes tous des colonisés ! », Résistance 71

L’après « pandémie », créons notre monde (David Graeber)

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Après la pandémie, ne nous rendormons pas !

 

David Graeber (2020)

 

Note du traducteur pour Résistance 71 :
Peu de temps avant sa mort prématurée en septembre 2020, l’anthropologue anarchiste et figure du mouvement Occupy Wall Street (OWS) David Graeber, que nous avons abondamment traduit et publié sur ce blog, a écrit ce court essai au sujet de la conjoncture pandémique et de ses conséquences sociales. Publié en février 2021, nous le traduisons et publions en tant que premier écrit post-mortem de l’auteur.

A un moment donné dans les prochains mois, la crise [du COVID] sera déclarée terminée et nous pourrons retourner à nos boulots “non-essentiels”. Pour beaucoup, cela sera comme se réveiller d’un rêve.

Les classes médiatique et politique vont définitivement nous encourager à penser de cette manière. C’est ce qu’il s’est passé après le crash financier de 2008. Il y a eu un bref moment de questionnement, de remise en cause. Qu’est-ce que la “finance” de toute façon ? N’est-ce pas juste la dette des autres ? Qu’est-ce que l’argent ? Est-ce juste de la dette aussi ? Quelle dette ? N’est ce pas juste une promesse ? Si l’argent et la dette ne sont qu’une collection de promesses que nous nous faisons les uns les autres, alors ne pourrions pas aussi simplement nous en faire d’autres ? Cette fenêtre fut presque instantanément fermée, arrêtez de penser et retournez au boulot ou du moins commencez par en chercher.

La dernière fois donc, la plupart d’entre nous s’y sont trompés. Cette fois, il est absolument vital que nous ne le soyons pas. Parce qu’en réalité, la crise que nous venons d’expérimenter était de se réveiller d’un rêve, une confrontation avec la réalité vraie de l’être humain et de la vie humaine, qui est que nous sommes une collection d’êtres fragiles s’occupant les uns des autres et tous ceux qui font le plus gros du boulot qui nous permet de rester en vie sont sous-payées et sur-imposés, humiliés quotidiennement et que la vaste majorité de la population ne fait pas grand chose si ce n’est de fantasmer, de soutirer des loyers, des rentes et de manière générale mettre des bâtons dans les roues de ceux qui font, bougent, transportent, fabriquent les choses ou subviennent aux besoins d’autres êtres vivants. Il est important que nous ne retournions pas dans cette réalité où tout cela prend un sens inexplicable, de la façon dont des choses insensées se produisent souvent dans les rêves.

Que pensez-vous de ça : Pourquoi ne cesserions-nous pas de traiter tout cela comme quelque chose de normal le fait que plus quelqu’un travaille pour bénéficier à quelqu’un d’autre, le moins cette personne sera payée en retour ou d’insister que les marchés financiers sont la meilleure façon de diriger les investissements de long terme même si cela nous propulse à la destruction de l’essentiel de la vie sur Terre ?

Pourquoi pas donc au contraire, lorsque toute cette crise est finie, nous rappeler de ce que nous avons appris : que si “l’économie” veut dire quelque chose, c’est de nous procurer les uns les autres ce dont nous avons besoin pour vivre bien dans tous les sens du terme et que ce que nous appelons “le marché” n’est juste qu’une façon de prendre en compte les désirs futiles des riches, dont la plupart est un tant soit peu pathologique et qui étaient en train de planifier leurs bunkers où ils prévoyaient d’aller vivre si nous continuions à être assez fous de croire les sermons de leurs mignons nous disant que nous sommes collectivement trop ignorants et sans sens commun pour faire quoi que ce soit au sujet des catastrophes à venir. Pourrions-nous les oublier cette fois-ci ?

La plupart du boulot que nous faisons n’est que poudre aux yeux, il n’existe que pour lui-même ou pour faire en sorte que les riches se sentent bien dans leurs pompes. Si nous arrêtions simplement ce non-sens, il serait alors possible de nous faire entre nous un autre arrangement de promesses : par exemple de créer une “économie” qui prenne soin des gens qui s’occupent de nous.

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A lire : nos pages « Coronavirus, guerre contre l’humanité »

« COVID-19 du mythe aux stats et des stats au scandale »

 

Discours de défense de Louise Michel devant la cour d’assise de la Seine le 22 juin 1883 et l’origine du drapeau noir anarchiste…

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Discours de défense prononcé devant la cour d’assise de la Seine

Louise Michel

22 juin 1883

« Il y a quelque chose de plus important, dans ce procès, que l’enlèvement de quelques morceaux de pain. Il s’agit d’une idée qu’on poursuit, il s’agit des théories anarchistes qu’on veut à tout prix condamner.

On insiste sur la fameuse brochure : « A l’armée ! » à laquelle le ministère public semble s’être appliqué à faire une publicité à laquelle on ne s’attendait guère.

On a agi autrement durement envers nous en 1871.

J’ai vu les généraux fusilleurs ; j’ai vu M. de Gallifet faire tuer, sans jugement, deux négociants de Montmartre qui n’avaient jamais été partisans de la Commune ; j’ai vu massacrer des prisonniers, parce qu’ils osaient se plaindre. On a tué les femmes et les enfants ; on a traqué les fédérés comme des bêtes fauves ; j’ai vu des coins de rue remplis de cadavres. Ne vous étonnez pas si vos poursuites nous émeuvent peu.

Ah, certes, monsieur l’avocat général, vous trouvez étrange qu’une femme ose prendre la défense du drapeau noir. Pourquoi avons-nous abrité la manifestation sous le drapeau noir ? Parce que ce drapeau est le drapeau des grèves et qu’il indique que l’ouvrier n’a pas de pain.

Si notre manifestation n’avait pas dû être pacifique, nous aurions pris le drapeau rouge ; il est maintenant cloué au Père-Lachaise, au-dessus de la tombe de nos morts. Quand nous l’arborerons nous saurons nous défendre.

Nous n’avons pas fait appel à l’Internationale morte parce qu’on n’a pu en réunir les tronçons et parce que l’Internationale est un pouvoir occulte et qu’il est temps que le peuple se montre au grand jour.

On parlait tout à l’heure de soldats tirant sur les chefs : Eh bien ! à Sedan, si les soldats avaient tiré sur les chefs, pensez-vous que c’eût été un crime ? L’honneur au moins eût été sauf. Tandis qu’on a observé cette vieille discipline militaire, et on a laissé passer M. Bonaparte, qui allait livrer la France à l’étranger.

Mais je ne poursuis pas Bonaparte ou les Orléans ; je ne poursuis que l’idée.

J’aime mieux voir Gautier, Kropotkine et Bernard dans les prisons qu’au ministère. Là ils servent l’idée socialiste, tandis que dans les grandeurs on est pris par le vertige et on oublie tout.

Quant à moi, ce qui me console, c’est que je vois au-dessus de vous, au-dessus des tribunaux se lever l’aurore de la liberté et de l’égalité humaine.

Nous sommes aujourd’hui en pleine misère et nous sommes en République. Mais ce n’est pas là la République. La République que nous voulons, c’est celle où tout le monde travaille, mais aussi où tout le monde peut consommer ce qui est nécessaire à ses besoins…

On nous parle de liberté : il y a la liberté de la tribune avec cinq ans de bagne au bout. Pour la liberté de réunion c’est la même chose. En Angleterre le meeting aurait eu lieu ; en France, on n’a même pas fait les sommations de la loi pour faire retirer la foule qui serait partie sans résistance. Le peuple meurt de faim, et il n’a pas même le droit de dire qu’il meurt de faim. Eh bien, moi, j’ai pris le drapeau noir et j’ai été dire que le peuple était sans travail et sans pain. Voilà mon crime ; vous le jugerez comme vous voudrez.

Vous dites que nous voulons faire une révolution. Mais ce sont les choses qui font les révolutions : c’est le désastre de Sedan qui a fait tomber l’empire, et quelque crime de notre gouvernement amènera aussi une révolution.

Cela est certain. Et peut-être vous-mêmes, à votre tour, vous serez du côté des indignés si votre intérêt est d’y être. Songez-y bien.

S’il y a tant d’anarchistes c’est qu’il y a beaucoup de gens dégoûtés de la triste comédie que depuis tant d’années nous donnent les gouvernements. Je suis ambitieuse pour l’humanité moi je voudrais que tout le monde fût assez artiste, assez poète pour que la vanité humaine disparût. Pour moi, je n’ai plus d’illusion. Et tenez, quand M. l’avocat général parle de ma vanité. Et bien ! j’ai trop d’orgueil même pour être un chef : il faut qu’un chef à des moments donnés, s’abaisse devant ses soldats, et puis, tout chef devient un despote.

Je ne veux pas discuter l’accusation de pillage que l’on me reproche, cela est trop ridicule. Mais, si vous voulez me punir, je commets tous les jours des délits de presse, de parole, etc. Eh bien ! Poursuivez-moi pour ces délits.

En somme, le peuple n’a ni pain ni travail, et nous n’aurons en perspective que la guerre. Et nous, nous voulons la vie en paix de l’humanité par l’union des peuples.

Voilà les crimes que nous avons commis.

Chacun cherche sa route ; nous cherchons la nôtre et nous pensons que le jour où le règne de la liberté et de l’égalité sera arrivé, le genre humain sera heureux ».

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« Plus de drapeau rouge, mouillé du sang de nos soldats. J’arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions »
~ Louise Michel, 18 mars 1883 ~

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Louise Michel ne devint, de son propre aveu, anarchiste que lors de la traversée vers le bagne de Nouvelle-Calédonie où elle fut déportée avec des milliers d’autres communards, elle ne l’était pas encore lors de la Commune.  Elle brandira ainsi le drapeau noir lors d’une révolte de chômeurs à Paris en mars 1883. 

Historiquement, c’est à la fin de 1882 que les anarchistes renoncèrent définitivement au drapeau rouge pour adopter le drapeau noir du deuil et de la révolte. Le drapeau noir sera d’abord arboré à Lyon lors de la révolte des canuts de 1831 et de 1834, mais la toute première apparition d’un drapeau noir fut lors des Trois Glorieuses de la révolution de 1830 lorsqu’un drapeau noir fut accroché à la façade de l’Hôtel de Ville de Paris. La Commune de Paris de 1871 s’est faite sous le drapeau rouge, celui du prolétariat et de la subversion sociale, apparu sur les barricades de 1848, tandis que le drapeau tricolore de la république était dès lors vu par le prolétariat révolutionnaire comme celui des Versaillais et de la réaction bourgeoise et donc comme étendard de l’exploitation, de la domination et de la répression. 

Au bout du compte, tout cela n’est que symbole et signe de ralliement à une cause et au-delà de la cause à une Idée, celle de vivre ensemble, dans l’harmonie et l’amour, sans État, sans marchandise, sans argent et sans salariat. Quand la Commune Universelle de la société des sociétés sera enfin réalisée et que nous aurons ensemble, parachevé notre humanité, il n’y aura plus jamais besoin de quelque drapeau que ce soit…

(Résistance 71)

Louise Michel sur Résistance 71 :

Louise Michel, de la Commune à la pratique anarchiste

Esprit Communard :

1871-2021 : Esprit communard de la Commune aux gilets Jaunes

1871-2021 : Recherche esprit communard désespérément

Pour tout changer, un appel anarchiste

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie


Louise Michel (1830-1905)

Lettre de soutien du Mexique au peuple français en lutte (Front des Peuples)

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Lettre du Mexique pour les manifestations en France contre les violences policières

Front des Peuples en Défense de la Terre et de l’Eau

États de Morelos, Puebla et Tlaxcala, Mexique

31 mars 2021

Source :
https://www.lavoiedujaguar.net/Lettre-du-Mexique-pour-les-manifestations-en-France-contre-les-violences

Compañeras et compañeros,

Recevez un salut combatif des terres de résistance du Mexique. Nous sommes des femmes et des hommes indigènes nahuas habitant sur les versants du volcan Popocatepetl dans les États de Tlaxcala, Puebla et Morelos. Nous sommes les petites-filles et les petits-fils des zapatistes qui ont combattu avec Emiliano Zapata il y a cent ans pour la terre, l’eau et la liberté.

Aujourd’hui, ces acquis gagnés au prix du sang et de la vie de nos grands-mères et grands-pères sont menacés par les politiques extractivistes et les mégaprojets de mort qui s’imposent dans notre pays et dans de nombreuses régions du monde. Dans notre territoire, la dépossession a un nom, il s’agit du Projet intégral Morelos, qui touche plus de 90 villages des États de Tlaxcala, Puebla et Morelos, et qui a pour objectif un processus de méga-industrialisation dans des territoires historiquement agricoles.

Ce projet vise à nous priver de l’eau de la rivière Cuautla qui alimente la vie agricole de milliers d’agriculteurs de l’État de Morelos ; ce projet polluera l’air, la terre et l’eau, et nous obligera à adopter un mode de vie qui n’est pas celui que nous souhaitons, qui n’a rien à voir avec notre façon de vivre et notre relation avec la terre, la nature et les communautés. Ce projet nous expose, les communautés habitant sur les versants du volcan le plus actif de notre pays, au grand risque d’une bombe à retardement que signifie pour nous ce gazoduc. Ce projet considère nos territoires comme de simples marchandises, il a mis à prix nos eaux, nos montagnes, nos terres et même nos propres vies, pour promouvoir les centrales thermoélectriques, les usines et les mines.

C’est pourquoi nous arrêtons depuis presque dix ans tout cet engrenage de dépouillement de nos peuples. Les mauvais gouvernements et leurs patrons, les entreprises, n’ont pas pu nous déposséder. Depuis 2012 ils espéraient démarrer l’opération de leurs projets mais ils n’ont pas réussi jusqu’à présent. Ça n’a pas été facile de les arrêter, nous nous sommes battus avec les lois, l’organisation communautaire et la lutte dans les rues. Pendant ces années, nous avons vécu la répression de trois gouvernements de partis politiques différents, nous avons été emprisonnés, réprimés dans les villes, torturés, menacés, dépouillés de nos radios communautaires et notre frère Samir Flores a été assassiné en 2019. Mais malgré tout cela, malgré la douleur, l’indignation et la fureur que nous ressentons, nous continuons à lutter, nous continuons à défendre nos territoires et l’avenir de nos filles et de nos fils, mais aussi l’avenir en tant que peuples que nous sommes.

Compas, le capitalisme, maître de tous les États-nations, a déclaré la guerre aux populations et au peuple d’en bas. C’est une guerre qui dure depuis des siècles mais qui s’est intensifiée et étendue. Des États qui défendent et génèrent des politiques de mort et d’asservissement de la dignité humaine, qui parlent d’égalité, de droits de l’homme, de justice dans leurs discours, mais qui font tout le contraire dans la réalité et dans l’application de leurs politiques et décisions gouvernementales. Ils utilisent tous les rouages de l’État pour contrôler et dominer les populations, ils perpétuent la haine raciale et de classe, les inégalités économiques et la politique de terreur contre celui qui est différent, pense différemment, a une couleur de peau différente. L’utilisation de la force publique et de la police en toute impunité pour développer cette guerre, pour battre, mutiler, violer, torturer et assassiner, est autorisée par les discours et les lois qui justifient cette violence contre les gens d’en bas, tout en disant « ce n’est pas de la répression, c’est seulement pour maintenir l’ordre ; ce n’est pas un meurtre, la police ne faisait que son travail », et en refusant même le statut de victimes aux personnes qui ont été la cible de cette violence policière.

Les chiens de garde du capitalisme, autrement appelés « police », ont pour seul but de veiller aux intérêts de ce système, de ces mauvais gouvernements ; dire qu’ils sont là pour veiller sur nous c’est un mensonge, nous savons sur quoi ils veillent, nous savons qui protège le monopole de la violence. Dans nos sociétés, nous devons parfois faire davantage attention à la police qu’aux autres risques. Et c’est vrai dans le monde entier, que ce soit au Mexique ou chez vous, en France. Nous sommes tou·te·s confronté·e·s aux mêmes situations avec ces chiens dressés à la haine, à la violence et à l’impunité.

Pour cette raison, compas, vous qui êtes aujourd’hui dans les rues pour exiger que justice soit faite et l’arrêt total de la violence des forces de l’ordre, nous vous adressons notre solidarité, notre courage, notre force et notre espoir. Aucune société ne peut se dire démocratique si elle permet et perpétue cette violence, cette impunité et ce mépris pour les gens d’en bas, pour les travailleurs, pour nous tou·te·s qui ne sommes pas fait·e·s pour les moules de ce qui est normal, acceptable et correct pour le pouvoir.

Nous voulons surtout dire aux familles des victimes de la violence d’État de continuer à avancer, de ne pas se décourager face à tant d’injustice, de mensonges ou d’attaques contre vous, la lutte que vous entreprenez est d’une grande importance pour transformer ce monde, la justice seulement viendra lorsque auront cessé tant d’impunité et de violence. Que votre douleur devienne la force pour continuer, qu’elle soit le cri pour demander justice. La transformation ne viendra pas des gouvernements mais de personnes organisées, avec la dignité et la force de changer ce monde.

Votre lutte et la nôtre sont liées parce que nous luttons pour une vie digne, nous luttons contre la violence de ce système capitaliste, qu’il s’agisse de mégaprojets ou de violence policière, parce que nous croyons qu’il peut y avoir un avenir différent pour nous tous, parce que votre lutte, la nôtre et celle de beaucoup d’autres dans le monde finiront par élargir la fissure qui brisera ce système de mort.

Nous joignons nos voix aux vôtres, nos poings gauches, nos sourires et notre force à vous en ce jour important.

Plus de violence de la part des forces de l’ordre !

Plus de mégaprojets dans le monde !

Vive la dignité rebelle ! Vive les peuples du monde !

Front des peuples en défense de la terre et de l’eau
des États de Morelos, Puebla et Tlaxcala

Source et traduction : CSPCL

25 mars 2021.


¡Viva Zapata!

Association pour un Anarchisme Ontologique : Une (re)lecture du préambule du syndicat I.W.W 1991 ~ 2020

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, Social & Retraite, société des sociétés, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 31 mars 2021 by Résistance 71


L’I.W.W (1905), seul syndicat digne d’intérêt

Une interprétation ésotérique du préambule de l’I.W.W. par Hakim Bey et l’Association for Ontological Anarchism

 

AOA

1991

Révisé, mars 2020

Ceux qui pensent connaître nos idéaux politiques, qui savent que nous sommes des individualistes (ou pire des « néo-individualistes ») seront sans nul doute choqués de découvrir notre intérêt pour l’I.W.W. [i] Et ils seront encore plus étonnés d’apprendre que Mark Sullivan [ii] et moi-même avons rejoint la NY Artists et Writers Job Branch de l’I.W.W. en janvier de cette année à la demande pressante de Mel Most [iii]. En fait, nous sommes un peu sous le choc nous-mêmes. « Ne jamais se plaindre, ne jamais expliquer »… mais peut-être que, juste pour cette fois, nous allons un peu adoucir notre règle – d’où l’apologie.

La Mackay Society, dont Mark et moi-même sommes des membres actifs, est dédiée à l’anarchisme de Max Stirner, de Benjamin Tucker et de John Henry Mackay. En outre, je me suis associé avec divers courants du post-situationnisme, du « travail zéro », du néo-dadaïsme, du mouvement « autonomia »[iv] et de l’anarchisme « Type 3 »[v], qui tous sont supposés être des horreurs sans nom pour l’I.W.W. et le syndicalisme en général. D’autres membres de la NY Artists Branch sont également des individualistes ou des anarchistes pacifistes (suivant la ligne de transmission de Julian Beck [vi]) ; un certain malaise s’était déjà fait jour lors de réunions concernant le Préambule de l’I.W.W. ou d’autres textes… ; et donc, hormis faire un geste sentimental en l’honneur de la mémoire de Mel… pourquoi collaborons-nous à l’I.W.W. ?

Primo : où est le problème ? Lorsque j’ai découvert l’anarchisme vers l’âge de 12 ou 13 ans, j’ai voulu devenir un hobo [vii] (une ambition plus modeste que pirate) et les organisateurs Wobbly [viii] me semblaient alors de véritables héros américains. Je le pense toujours.

Secundo : nous qui sommes du « Type 3 », nous aimons montrer notre mépris pour l’idéologie – et même pour notre propre anti-idéologie. La lutte des classes ne nous suffit pas comme explication de la réalité, mais il est évident qu’elle est réelle – nous savons où va notre sympathie. Nous nous opposons à l’idée sociale de « Travail » – mais nous sommes loin de nous opposer aux « travailleurs ». L’aliénation du travail, selon nous, ne peut être totalement expliquée par l’économie du salariat ; elle a également une origine psychologique. Cette double critique jette le concept même et la structure profonde du « monde industriel » dans le creuset de la déconstruction radicale. Cependant, le travail industriel est réel et le contrôle des travailleurs doit être considéré comme une tactique totalement valide en vue de la réalisation des aspects économiques & psychologiques de toute « société nouvelle » hypothétique « au sein de la coquille de l’ancienne ».

En outre, en tant qu’individualistes nous avons de bonnes raisons pour apprécier le concept d’union de l’I.W.W. Stirner – contrairement ce que croient ceux qui n’ont jamais lu ses livres – approuvait une « Union des Uniques » (nous préférons cette traduction à celle d’« union des égoïstes »), au sein de laquelle tous les membres pourraient atteindre leurs buts au travers des intérêts communs. Il suggéra que les travailleurs avaient tout à gagner à embrasser cette notion, & que si la classe laborieuse devait s’organiser sur une telle base elle deviendrait imbattable. (Le préjudice fait à Stirner remonte à Marx et à Engels qui le considéraient comme potentiellement plus dangereux encore que Bakounine et qui écrivirent leur plus gros livre pour détruire son influence).

La Mackay Society, cela dit en passant, représente un courant peu connu de la pensée individualiste qui n’a jamais rompu ses liens avec le syndicalisme. Dyer Lum, Ezra et Angela Haywood représentent cette école de pensée ; Jo Labadie, qui écrivit pour le « Liberty » de Tucker, faisait lui-même un lien entre les anarchistes « fil à plomb » américains, les individualistes « philosophiques » et les syndicalistes ou la branche communiste du mouvement ; son influence a atteint la Mackey Society au travers de son fils, Laurance. Tout comme les stirnériens italiens (qui influencèrent notre vieil ami E. Arrigoni), nous soutenons tous les courants antiautoritaires, en dépit de leurs contradictions apparentes. Pourquoi ? Tout simplement, car nous pensons que la réalisation de la liberté personnelle est possible dans l’acte même de se battre pour l’obtenir. De notre point de vue, s’organiser radicalement (jusqu’au point d’insurrection) n’est pas un sacrifice que l’on fait pour le futur ; il s’agit plutôt d’un mode d’auto-libération avec sa propre récompense immédiate – même si cette récompense consiste seulement en fragments et moments de réalisation. Les Wooblies, avec leur mépris pour la « part de gâteau à venir » [ix] (ou comme l’a si bien dit Lewis Carroll, « du jambon demain ou du jambon hier, mais jamais de jambon aujourd’hui »), doivent ressentir la même méfiance envers l’utopie gauchiste qui demande le martyr au nom d’un « lendemain » matérialiste que nous ne vivrons pas assez vieux pour voir.

Dans une récente édition de « Factsheet Five », M. Gunderloy (un autre néo-individualiste de renom) salue le « vent du changement… soufflant sur le Grand Syndicat [x] » démontré par un « article intriguant sur l’Écologisme de l’I.W.W. » dans « The International Worker ». Si l’I.W.W. est compatible avec « Earth First ! »[xi], il doit sûrement être capable d’accepter des pacifistes & des individualistes. Dans l’édition de janvier de « IW », un délégué de San Francisco la conférence de 1989 « Without Borders » comme un « festival de contre-culture anti-laborieuse » — mais il admet que la branche locale a retiré certains bénéfices de cette rencontre. Ce délégué serait sans nul doute surpris d’apprendre que nous, les « néo-individualistes », nous sommes sentis sous-représentés à cette conférence. Le problème c’est que le mouvement anarchiste grandit et que toutes sortes de courants naissent, se croisent, et fleurissent. Aucune tendance antiautoritaire ne devrait être exclue – ou s’exclure – de ce ferment. L’idéologie meurt – le communisme aujourd’hui, le capitalisme peut-être demain – et l’anarchisme est le seul mouvement politique moderne de gauche qui ait une chance d’être pris au sérieux. Nous mettons l’I.W.W. au défit d’élargir ses horizons au-delà de la conscience de classe, tout comme nous mettons au défi les punks (ou les environnementalistes) d’étendre leur conscience de classe, de travail et d’histoire de l’anarchie. Nous sommes tous ensemble et il est grand temps de commencer à nous traiter les uns les autres avec camaraderie.

Le Préambule de l’I.W.W. est quasiment un texte « sacré » — une Écriture. Aucun croyant n’aime trop se plonger dans les Écritures – et nous sommes suffisamment superstitieux pour ne pas désirer déranger les esprits de ces vieux hobos que nous vénérons. Mais les temps changent et les Écritures doivent être réinterprétées. Voilà pourquoi nous suggérons, avec le sourire, une lecture « ésotérique » du texte.

Du point de vue d’un exégète agile, il y a dans le Préambule quelques termes-clés merveilleusement vagues & élastiques. La définition de « classe laborieuse » devrait être étendue afin d’inclure tous ceux qui souffrent de l’aliénation du travail, à la fois psychologique et économique. « La classe patronale » devrait alors comprendre toutes les forces d’opposition à la liberté tant économique que psychologique. « Les bonnes choses de la vie » ne doivent certainement pas être comprises comme de simples biens matériels, mais également comme arts de vie, actions, créations, inspirations, modes de liberté, manières de vivre.

« Un mal fait à un seul, c’est un mal fait à tous » non pas parce que nous faisons partie d’un corps mystique ou d’une église placée sous quelque code moral impérieux ou sous le Saint-Esprit, mais parce que chacun d’entre nous aspire aux « bonnes choses » qui circulent librement parmi les esprits libres, les individus agissant en « union » pour certaines valeurs – valeurs qui commencent à émerger dans l’acte même de les déclarer comme telles, et de déclarer sa volonté à se battre pour elles.

Après tout, pourquoi sommes-nous contre la « faim et le manque » ? Parce que nous sommes des cœurs tendres et des bienfaiteurs ? Ou parce que la faim et le manque (à la fois économique et psychologique) empêchent la pleine réalisation d’une société dans laquelle les bonnes choses circuleraient librement, et donc diminuent ainsi la capacité de chaque individu à obtenir ces choses ?

En tant qu’artistes et écrivains nous apprécions l’image de la bannière portant le slogan révolutionnaire – notre propre « travail » est précisément la création de telles bannières, de tels symboles. Nous ne créons pas d’idoles à adorer ou des slogans gravés dans l’éternité de la pierre – non, nous fabriquons des outils pour la réalisation. Notre branche « produit » le potentiel d’une conscience libre en œuvrant à l’abolition de la perception consensuelle, de l’auto-oppression et de l’oppression de l’autorité. Les salaires de l’aliénation sont la mort de l’esprit humain ; le slogan révolutionnaire est « possession de la terre » – ce qui inclut la possession de soi, de l’imagination, du corps, du pouvoir créatif – cela aussi c’est « la machinerie de la production ».

Préambule à la Constitution de l’I.W.W.

La classe laborieuse et la classe patronale n’ont rien en commun. Il ne peut exister de paix entre elles aussi longtemps que la faim et la misère accablent les millions de travailleurs et que la minorité, constituant la classe patronale, jouit de tous les bons côtés de la vie.

Entre ces deux classes, la lutte doit perdurer jusqu’à ce que les travailleurs du monde s’organisent en tant que classe, prennent possession des moyens de production, abolissent le système du salariat et vivent en harmonie avec la Terre.

Nous pensons que la concentration de la gestion des industries entre des mains de moins en moins nombreuses empêche les syndicats de contrer le pouvoir sans cesse grandissant de la classe patronale. Les syndicats servent un état des affaires qui permet de dresser un groupe de travailleurs contre un autre au sein de la même industrie, aidant ainsi à la défaite des uns et des autres dans la guerre des salaires. En outre, les syndicats aident la classe patronale à renforcer chez les travailleurs l’idée fausse que la classe laborieuse a des intérêts en commun avec ses employeurs.

Ces conditions peuvent être changées et l’intérêt de la classe laborieuse maintenu uniquement par une organisation formée d’une manière telle que tous ses membres dans un secteur de l’industrie en particulier, ou dans toute l’industrie si nécessaire, cessent de travailler lorsqu’une grève ou un lockout est entrepris dans un département – faire du tort à un seul, c’est faire du tort à tous.

En lieu et place du slogan conservateur, « un bon salaire pour un jour de travail juste », nous inscrivons sur nos bannières le slogan révolutionnaire :

« Abolition du salariat ».

C’est la mission historique de la classe laborieuse d’en finir avec le capitalisme. L’armée de la production doit s’organiser, non seulement pour la lutte de tous les jours contre les capitalistes, mais aussi afin de continuer la production lorsque le capitalisme aura été aboli. En nous organisant industriellement, nous formons la structure de la nouvelle société au sein de la coquille de l’ancienne.

NOTES :

[i] L’Industrial Workers of the World est un syndicat international fondé aux États-Unis en 1905 dont le siège actuel se trouve à Cincinnati dans l’Ohio. Ce syndicat vise principalement à mettre fin au salariat.

[ii] Mark Sullivan est le fondateur d’une antenne de la John Henry MacKay Society.

[iii] Mel Most est l’un des organisateurs de l’I.W.W. décédé en 1991.

[iv] Mouvement autonomiste apparu en Allemagne et en Italie dans les années 70.

[v] Terme forgé par Bob Black afin de définir l’amalgame entre anarchisme individualiste et communiste.

[vi] Fondateur avec Judith Malina, du Living Theatre.

[vii] Un hobo est un sans domicile fixe se déplaçant de ville en ville le plus souvent en se cachant dans des trains de marchandises, vivant de travaux manuels saisonniers et d’expédients.

[viii] Wobbly est le nom donné aux membres de l’I.W.W.

[ix] Une des caractéristiques de l’I.W.W. est la création et l’utilisation de la chanson. Ainsi, pour contrecarrer les patrons qui appelaient la fanfare de l’Armée du salut pour couvrir les orateurs des wobblies, Joe Hill composa ainsi « There’ll Be Pie in the Sky When You Die (That’s a Lie) », « Il y aura du gâteau au Ciel quand tu mourras, (c’est un mensonge) ».

[x] Autre nom donné à l’I.W.W.

[xi] « Earth First! » est une organisation radicale écologiste apparue dans le Sud-ouest des États-Unis, et fondée en 1980

Cet article a été modifié le 15 mars 2020

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie


Industrial Workers of the World ~ Wobblies ~

Au-delà du cirque de l’échiquier géopolitique, observer la partie d’échecs en 3D jouée par l’oligarchie. La Chine, le Quartet, la prochaine grande guerre et la dictature technotronique(James Corbett)

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La Chine, le quartet et la prochaine “grande” guerre

 

James Corbett

 

22 mars 2021

 

url de l’article original:
https://www.minds.com/CorbettReport/blog/china-the-quad-and-the-next-great-war-1220573117012619264

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le décor est maintenant planté pour la prochaine grande guerre sur le soi-disant “grand échiquier”.

Toux ceux qui ont payé attention au développement de la géopolitique mondiale ces dernières années savent maintenant que l’empire américain (Etats-Unis, Royaume-Uni, Israël, les alliés des 5 yeux, l’OTAN et ses alliées et vassaux régionaux) se prépare à l’affrontement contre la Chine et l’axe du mal (Chine, Russie, Iran, Corée du Nord et tout état qui offre une résistance à l’empire anglo-américain), pour le contrôle planétaire au XXIème siècle.

Et, comme les lecteurs de cette colonne sont uniquement préparés à comprendre, tout ce conflit à venir fait partie d’une partie d’échecs en 3 dimension (3D), partie qui se joue bien au-dessus de l’échiquier à 2 dimensions (2D) des états-nations sur lequel on nous demande de nous focaliser.

Mais cette partie d’échecs en 2D qui se déroule fait partie du schéma problème-réaction-solution que les joueurs d’échecs 3D utilisent pour mettre en place leur agenda. Aujourd’hui donc examinons les derniers mouvements sur le grand échiquier et voyons ce qu’ils révèlent au sujet des plans mondialistes pour le contrôle total.

Vous vous rappelez il y a 5 ans quand tout le monde parlait du plan quinquénal chinois ? Devinez ? Le temps est déjà venu pour un nouveau plan quinquénal ! Incroyable comme une demie-décennie passe vite hein ?

Comme vous le savez sans doute, le Parti Communiste Chinois (PCC) vient juste de bâcher la 4ème session de son 13ème Congrès National Populaire au Grand Palace du Peuple à Pékin ; et comme vous le savez chers lecteurs informés, cela veut dire que les communications chinoises (ComChin) viennent juste de donner leur prochain plan quinquénal. Avez-vous votre copie ?

Il y a au moins quatre catégories toutes chaudes à décortiquer sur ce que ce nouveau plan quinquénal implique.

Il y a ces vues des perroquets partisans du mensonge Mockingbird (NdT: allusion au programme de contrôle médiatique de la CIA) de la presse contrôlée de l’establishment qui essaient de lire les feuilles de thé pour dégoter les faiblesses et les vulnérabilités de la nouvelle menace rouge. Observez, par exemple, le magazine Foreign Policy clamant que le plan démontre un “manque d’ambition” de Pékin ou le doigt accusateur du magazine “the Economist” au sujet du manque d’enthousiasme de la Chine dans ses efforts de réduction d’émission de carbone ou l’avertissement du CFR sur “l’importance grandissante de protéger la Chine des vulnérabilités extérieures en atteignant l’auto-suffisance en matières de science et de technologie.”

Il y a les vues des médias chinois contrôlés par l’état comme Xinhuanet et son observation calme et mesurée sur le passage du plan “démontrant l’unité du leadership du parti, la position du peuple comme maître du pays et un gouvernement fondé sur la loi.” exemple typique.

Il y a les vues des publications variées de l’industrie qui focalisent sur ce que le plan veut dire pour ceux qui cherchent à piéger le marché interne chinois et ce que  la dynamique chinoise veut dire pour ce secteur. Ainsi, PitchBook se concentre sur les efforts de la China à draguer le capital étranger en relâchant certaines restrictions dans certaines industries, Nature focalise sur la décision de la Chine de se concentrer sur la création “d’une force de recherche stratégique pour la nation” et Power Technology plonge dans les implications qu’aura le plan quinquénal dans le secteur énergétique.

Et puis, il y a les quasi-indépendants médias qui, en recherchant à combattre le narratif des médias dominants de l’establishment, servent pratiquement de haut-parleur aux ComChin et à ses points de vue. Prenez Pepe Escobar par exemple dont le dernier article : The Shape Of Things To Come In China commence par rapporter les détails du plan quinquénal et se termine en ode au système communiste chinois de la tyrannie technocratique, affirmant haut et fort que “la confiance de l’opinion publique dans le leadership de Pékin demeure très solide” et que le système des ComChin “est comme une mixture sophistiquée de marxisme internationaliste et de confusianisme (privilégiant l’harmonie et détestant le conflit) : le cadre pour “une communauté ayant un futur partagé avec l’humanité.

Ce à quoi servent toutes ces perspectives au final est de renforcer le narratif central de la nouvelle guerre froide, c’est à dire que la montée de la Chine est une menace pour le monde occidental et son establishment. Ce narratif renforce l’impression que le jeu d’échecs en 2D est vraiment l’affaire importante et cela jette le public dans un état de peur duquel il sera plus enclin à demander la guerre pour combattre cette vile menace plutôt que de chercher à comprendre la nature et les origines de cette menace.

Ceci est très utile pour les joueurs affairés au jeu d’échecs à 3D, parce que cela joue tout à fait dans le sens de leur dialectique de contrôle, à savoir…

La réaction: l’avènement du Quartet

Comme Newton nous l’a si bien enseigné, pour toute action il y a une réaction égale opposée. Ainsi, une fois que nous sommes conditionnés à croire en la montée de la nouvelle menace rouge, nous sommes simultanément préparés à attendre une réaction de l’occident.

Ainsi, lorsque les Japonais lisent les manchettes de journaux au sujet de la menace navale chinoise sur les îles inhabitées de Senakaku en Mer de Chine méridionale et que es Australiens lisent au sujet de leur gouvernement menacé par les ChinCom et les Indiens lisent que les Chinois infiltrent cybernétiquement leurs réseaux d’infrastructure et que les Américains lisent les dernières aventures du croquemitaine chinois (l’histoire d’horreur du jour : La Chine arrive en Amérique du Sud !), cela paraît tout à fait naturel que nos vaillants leaders politiques veulent faire quelque chose pour contre-carrer le nouveau péril jaune.

Et bien n’ayez crainte cher citoyen apeuré, vos leaders sont bien en action. Ils forment le Quartet !

Non, le Quartet n’est pas une nouvelle équipe de superhéros de chez la bande à Marvel, c’est le nom “in” pour l’alliance Japon/USA/Australie/Inde qui cherche à garder sous contrôle la menace chinoise. Le Quartet anciennement connu sous le vocable de Quadrilateral Security Dialogue, fut d’abord proposé lorsque le premier ministre nippon Shinzo Abe était en fonction en 2007, mais ne fut activé que sous l’administration Trump et la poussée sur la sécurité indo-pacifique du ministre des AE yankee, ex-patron de la CIA, Mike Pompeo.

Comme toute chose importante pour les joueurs d’échecs en 3D, la transition du Quartet de l’époque Trump à celui de l’ère Biden s’est faite sans bavure. Le ministre des AE de Trump Mike “menteur, tricheur, voleur” Pompeo a appelé en octobre de l’an dernier à ce que le Quartet devienne “l’OTAN de l’Asie”, ce qui est devenu l’appel de Biden au sommet des leaders de ce Quartet ce mois-ci comme si rien ne s’était passé dans les mois qui se sont écoulés.

Le fait que l’équipe Coca Cola et l’équipe Pepsi Cola travaillent de concert dans la même convergence de politique étrangère est rien moins que stupéfiant pour ceux qui sont coincés à regarder en boucle l’échiquier 2D, mais depuis la perspective de l’échiquier 3D, cette continuité de l’agenda est révélateur. Cela démontre que le narratif de la Chine croquemitaine est très important pour ceux qui pilotent l’agenda. Quelque soit la version de Cola au pouvoir, il est important que le public perçoive la Chine comme l’Ennemi qui se doit d’être confronté par les bons. Donc, le Quartet va de l’avant.

Comme je l’ai démontré en long, en large et en travers auparavant, ce n’est pas que les ComChin et leurs amis de “l’axe du mal” soient en fait les bons de l’histoire mais incompris ; mais que la menace ComChin dans sa totalité a été précisément et délibérément construite au cours de plusieurs décennies par des transferts de fonds, des accords bancaires, des investissements, des “fuites” de technologie militaire et bien sûr la délocalisation des industries occidentales vers la Chine et ce depuis un bon moment. Juste comme l’a démontré le Pr. Antony Sutton lors de la guerre froide 1.0, la nouvelle menace rouge de cette guerre froide 2.0 est de la même manière un tigre de papier construit par les mêmes pilotes de la partie d’échecs 3D et pour la même raison : préparer le public à “l’inévitable solution”.

Solution : La guerre

Comme je l’ai souvent observé, vous n’avez pas besoin d’une boule de cristal pour voir où tout cela mène : à la guerre.

Oui, nous savons que nous sommes dans la phase préparatrice d’une confrontation directe dès maintenant. Les pièces sont pas à pas mises en place, le narratif se forme et les pions du jeu de guerre (vous et moi) sont avertis du pourquoi nous allons devoir nous battre et mourir, pour la gloire de notre petit carré sur le grand échiquier.

Mais ceci est un faux narratif. En réalité, il y a une guerre qui a pris place et ce n’est pas celle entre la Chine et les Etats-Unis. C’est la guerre qui fait rage entre la soi-disante “superclasse” auto-désignée, celle qui survole le système des états-nations et le quidam moyen du monde.

L’objectif final n’est pas de détruire l’empire américain ni le système communiste d’état chinois, mais de faire fusionner ces deux systèmes en une résultante qui sera le pire des deux mondes, une tyrannie technocratique (NdT: ce que nous appelons la dictature technotronique…) qui verra le plus petit nombre diriger et opprimer le plus grand nombre. Ceci correspond en quelque sorte à tout ce que nous avons averti qu’il se passerait ici sur le Corbett Report.com ces 14 dernières années (NdT: et sur R71 ces 11 dernières années…), alors soit vous le capter maintenant ou pas. Mais si vous ne le capter pas, cette explication pourrait être la plus facile pour comprendre le concept.

Si vous comprenez ce de quoi il retourne, alors je pense qu’il est impératif que nous prenions la ferme décision maintenant de ne pas être entraînés et balayés par l’hystérie guerrière qui va se déchaîner sur les populations dans les prochaines années. Nous ne pouvons pas contrôler nous mêmes le jeu d’échecs 2D, mais nous pouvons au moins contrôler quel rôle nous jouerons dans ce jeu et pouvons refuser de jouer ce rôle de pions obéissants du système qu’on veut nous faire jouer.

Au bout du compte, le Marcel / Zhou de base des rues de Shanghaï n’est en aucun cas notre ennemi mortel. La véritable menace sur nos vies et notre mode d’existence vient de ces supposés leaders menteurs et corrupteurs qui nous ont menti sur le 11 septembre et sur la “guerre contre le terrorisme” et sur les armes de destruction massive (prétexte à l’invasion de l’Irak en 2003), sur la crise économique de 2008 et sur les guerres en Libye, en Syrie et au Yémen ainsi que pour ce COVID-19[84] et sur pratiquement tout ce qui a une importance.

Les politiciens et les grandes gueules des médias de l’establishment œuvrent pour leurs maîtres de l’oligarchie dominante et gouvernante, les joueurs de cette partie d’échecs 3D, qui manipulent le jeu pour leur bénéfice, ils sont maintenant en train d’essayer de manipuler le public dans une hystérie collective au sujet de la “menace croissante” chinoise alors même qu’ils sont en train de mettre en place le système de contrôle chinois, les confinements, les reconnaissances faciales et leurs logiciels et le système de crédit social de gestion de la société, dans les pays occidentaux.

Alors, allez-vous vous laisser berner et embarquer ?…

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

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Grande Réinitialisation et Nouvel Ordre Mondial : une réalité et comme d’habitude… suivez le fric ! (William Engdahl)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, écologie & climat, économie, colonialisme, coronavirus CoV19, crise mondiale, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, réchauffement climatique anthropique, résistance politique, santé et vaccins, science et nouvel ordre mondial, sciences et technologies, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , on 24 mars 2021 by Résistance 71

 

 

Rappelons que tout comme nous, William Engdahl pense que le pétrole et tous les hydrocarbures plus lourds que le méthane ne sont en rien « fossiles » ou biotiques mais qu’ils sont abiotiques et ont leur origine dans le manteau terrestre à de grandes profondeurs et sous de très hautes pressions et températures. Ceci est important à avoir en tête lorsqu’on parle de « crise énergétique », de « pic pétrolier » qui dit depuis 1908 « le pétrole y en a encore pour 5 ans… » avec la théorie de l’ingénieur de la Shell Hubbart dans les années 1950. Or il se trouve que nous nageons littéralement dans cette merde noire et visqueuse et ces gaz puants. La pénurie n’existe pas, elle est fabriquée de toute pièce. Les réserves hydrocarbonées de la planète sont inépuisables à l’échelle humaine. Tous les ans de nouveaux « champs » pétroliers et gaziers sont découverts un peu partout. Nous avons traduit et publié sur ce sujet depuis 2011, 10 ans ! et il est grand temps de le comprendre car toute cette affaire énergétique et de réchauffement climatique anthropique (RCA) est un enfumage et une des plus grandes escroqueries pondues par les cerveaux malades des guignols de l’oligarchie.
Donc pour résumer, pétrole et gaz ne sont pas « fossiles » mais abiotiques, on ne sait pas quoi en faire tellement il y en a (ce qui ne veut pas dire que Ça ne pollue pas, au contraire, mais pas en CO2 qui n’est pas un polluant rappelons-le…), que toute rareté du produit est induite et spéculative pour gonfler les profits des multinationales qui se gavent de l’exploitation de ces hydrocarbures, plus du reste avec la pétrochimie qu’avec le reste… et le RCA est une vaste escroquerie servant à ramener le monde à un niveau féodal de rareté induite. Là dessus vient la cerise sur le gâteau : la crise sanitaire tout autant 100% fabriquée que le virus SRAS-CoV-2 qui en est responsable.

Pour en savoir plus sur ces sujets:
Notre dossier (PDF) sur le pétrole et hydrocarbures abiotiques
Notre page « Escroquerie du RCA »
Notre page « Coronavirus, guerre biologique contre l’humanité »

~ Résistance 71 ~

 

La Grande Réinitialisation est là : Suivez le fric !

 

F. William Engdahl

 

19 mars 2021

 

url de l’article original:
http://www.williamengdahl.com/englishNEO19Mar2021.php

Source de l’article en français:
https://reseauinternational.net/la-grande-reinitialisation-est-la-suivez-largent/

 

La réorganisation descendante de l’économie mondiale par une cabale de technocrates corporatistes, dirigée par le groupe du Forum économique mondial de Davos – la fameuse Grande Réinitialisation ou Agenda 2030 de l’ONU – n’est pas une proposition future. Elle est en cours d’actualisation, alors que le monde reste enfermé dans un confinement insensé pour un virus.

Le domaine d’investissement le plus en vogue depuis le début du confinement mondial dû au coronavirus est ce qu’on appelle l’investissement ESG. Ce jeu hautement subjectif et très contrôlé déplace de façon spectaculaire les flux de capitaux mondiaux vers un groupe restreint d’actions et d’obligations d’entreprises « approuvées ». Il fait notamment avancer le dystopique Agenda 2030 des Nations unies ou le programme de Grande Réinitialisation du FEM. Cette évolution est l’un des changements les plus dangereux et les moins bien compris depuis au moins le siècle dernier.

Le programme « d’économie durable » des Nations unies est réalisé en toute discrétion par les mêmes banques mondiales qui ont provoqué les crises financières de 2008. Cette fois-ci, elles préparent la Grande Réinitialisation du FEM de Klaus Schwab en orientant des centaines de milliards, et bientôt des milliers de milliards, d’investissements vers leurs entreprises « éveillées » triées sur le volet, au détriment de celles qui ne le sont pas, comme les compagnies pétrolières et gazières ou le charbon.

Les banquiers et les fonds d’investissement géants comme BlackRock ont créé une nouvelle infrastructure d’investissement qui sélectionne les « gagnants » et les « perdants » en fonction du sérieux de l’entreprise en matière d’ESG (investissement environnemental social et de gouvernance). Par exemple, une entreprise obtient des notes positives pour le sérieux avec lequel elle embauche des cadres et des employés de sexe différent, ou prend des mesures pour éliminer son « empreinte » carbone en rendant ses sources d’énergie vertes ou durables pour utiliser le terme des Nations unies. La façon dont les entreprises contribuent à une gouvernance mondiale durable est le plus vague des critères ESG, et peut aller des dons à Black Lives Matter au soutien d’agences de l’ONU comme l’OMS.

L’objectif central crucial des stratèges des ESG est de créer une transition vers des énergies alternatives inefficaces et coûteuses, l’utopie promise du zéro carbone. Les grandes institutions financières et les banques centrales du monde entier sont à l’origine de ce mouvement. Elles ont créé un éventail éblouissant d’organisations pour mener leur programme d’investissement vert.

En 2013, bien avant le coronavirus, la grande banque de Wall Street, Morgan Stanley, a créé son propre Institut pour l’Investissement durable. Ce dernier a rapidement été élargi en 2015 lorsque Morgan Stanley a rejoint le comité directeur du Partnership for Carbon Accounting Financials (PCAF). Sur son site internet, ils déclarent :

« Le PCAF se fonde sur la position de l’Accord de Paris sur le climat selon laquelle la communauté mondiale doit s’efforcer de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels et la société doit se décarboniser et atteindre zéro émission nette d’ici 2050″.

En 2020, le PCAF comptait plus de 100 banques et institutions financières, dont ABN Amro, Nat West, Lloyds Bank, Barcylays, Bank of America, Citi Group, CIBC, Danske Bank et d’autres. Plusieurs des banques membres du PCAF ont été inculpées dans des affaires de blanchiment d’argent. Elles se sentent maintenant investies d’un nouveau rôle de modèles de vertu pour changer l’économie mondiale, si l’on en croit la rhétorique. Notamment, l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, est un « observateur » ou un consultant du PCAF.

En août 2020, le PCAF a publié un projet de norme décrivant une proposition d’approche pour la comptabilité carbone mondiale. Cela signifie que les banquiers sont en train de créer leurs propres règles comptables sur la façon de noter ou d’évaluer l’empreinte carbone ou le profil vert d’une entreprise.


La City de Londres, cœur de l’empire…

Le rôle central de Mark Carney

Mark Carney est au centre de la réorganisation de la finance mondiale pour soutenir l’agenda vert de l’ONU 2030 derrière la Grande Réinitialisation du FEM de Davos, où il est membre du conseil d’administration. Il est également conseiller du secrétaire général des Nations unies en tant qu’envoyé spécial des Nations unies pour l’Action climatique. Il a décrit le plan du PCAF comme suit :

« Pour atteindre le zéro net, nous avons besoin d’une transition de l’ensemble de l’économie – chaque entreprise, chaque banque, chaque assureur et chaque investisseur devra ajuster ses modèles d’affaires, développer des plans crédibles pour la transition et les mettre en œuvre. Pour les entreprises financières, cela signifie qu’elles doivent examiner plus que les émissions générées par leur propre activité commerciale. Elles doivent mesurer et déclarer les émissions générées par les entreprises dans lesquelles elles investissent et auxquelles elles prêtent. Le travail du PCAF pour standardiser l’approche de la mesure des émissions financées est une étape importante pour garantir que chaque décision financière prenne en compte le changement climatique ».

En tant que gouverneur de la Banque d’Angleterre, Carney a joué un rôle essentiel dans le soutien des banques centrales mondiales à l’agenda vert du programme des Nations unies pour 2030. Les principales banques centrales du monde, par l’intermédiaire de la Banque des Règlements internationaux (BRI) à Bâle, ont créé un élément clé de l’infrastructure mondiale croissante qui oriente les flux d’investissement vers les entreprises « durables » et les éloigne de celles qu’elle juge « non durables », comme les compagnies pétrolières et gazières. Lorsque Mark Carney, alors gouverneur de la Banque d’Angleterre, était à la tête du Conseil de Stabilité financière (CSF) de la BRI, il a créé en 2015 un Groupe de travail sur l’Information financière relative aux Changements climatiques (GIFCC).

Les banquiers centraux du CSF ont nommé 31 personnes pour former le GIFCC. Présidée par le milliardaire Michael Bloomberg, il comprenait, outre BlackRock, JP MorganChase, Barclays Bank, HSBC, Swiss Re, le deuxième réassureur mondial, la banque chinoise ICBC, Tata Steel, ENI Oil, Dow Chemical, le géant minier BHP et David Blood de Generation Investment LLC d’Al Gore.

Anne Finucane, la vice-présidente de la Bank of America, membre à la fois du PCAF et du GIFCC, a noté que « nous nous engageons à faire en sorte que les risques et les opportunités liés au climat soient correctement gérés au sein de notre entreprise et que nous collaborions avec les gouvernements et les marchés pour accélérer les changements nécessaires… le changement climatique présente des risques pour le monde des affaires, et il est important que les entreprises définissent comment ces risques sont gérés ».

La vice-présidente de la Bank of America décrit comment ils évaluent les risques dans leur portefeuille de prêts immobiliers en procédant à « une analyse des risques physiques aigus sur un portefeuille échantillon de prêts hypothécaires résidentiels de la Bank of America à travers les États-Unis Chaque propriété a reçu un score basé sur le niveau de risque associé à 12 dangers potentiels : tornade, tremblement de terre, cyclone tropical, tempête de grêle, incendie de forêt, inondation fluviale, crue soudaine, inondation côtière, foudre, tsunami, volcan et tempête hivernale ». De même, le « risque » d’investissement des banques dans le pétrole et le gaz ainsi que dans d’autres secteurs industriels est examiné selon les critères du GIFCC de Carney. Tous les risques sont définis comme étant liés au CO2, malgré le fait qu’il n’existe aucune preuve scientifique concluante que l’émission de CO2 par l’homme est sur le point de détruire notre planète par le réchauffement climatique. Les preuves de l’activité solaire suggèrent plutôt que nous entrons dans une période de refroidissement instable, le Grand Minimum solaire. Cela ne préoccupe pas les intérêts financiers qui vont récolter des billions de dollars au cours de la prochaine décennie.

Un autre élément clé de la préparation financière de la Grande Réinitialisation, la transformation fondamentale d’une économie à forte intensité énergétique en une économie à faible intensité et économiquement inefficace, est le Conseil des Normes comptables de Durabilité (CNCD). Le CNCD déclare qu’il « fournit un ensemble de normes claires pour la communication d’informations sur la durabilité dans un large éventail de domaines… » Cela semble rassurant jusqu’à ce que l’on regarde qui compose les membres du CNCD qui donneront l’imprimatur favorable au climat. Parmi les membres figurent, outre le plus grand gestionnaire de fonds du monde, BlackRock (plus de 7 000 milliards de dollars sous gestion), les fonds Vanguard, Fidelity Investments, Goldman Sachs, State Street Global, Carlyle Group, Rockefeller Capital Management, et de nombreuses grandes banques comme la Bank of America et UBS. Beaucoup d’entre eux sont responsables de l’effondrement financier mondial de 2008. Que fait ce groupe-cadre ? Selon leur site web, « Depuis 2011, nous travaillons à un objectif ambitieux : développer et maintenir des normes comptables de durabilité pour 77 industries ».

L’objectif est de créer un réseau d’entités financières mondiales qui contrôlent la richesse combinée, incluant les assurances et les fonds de pension, pour une valeur de 100 000 milliards de dollars. Elles fixent les règles et définiront une entreprise, voire un pays, en fonction du degré d’émission de carbone qu’elle crée. Si vous êtes propre et vert, vous pouvez potentiellement obtenir des investissements. Si vous êtes considéré comme un pollueur de carbone, comme c’est le cas aujourd’hui pour les industries du pétrole, du gaz et du charbon, les flux de capitaux mondiaux éviteront de vous financer. La cible immédiate de cette cabale financière est l’épine dorsale de l’économie mondiale, l’industrie pétrolière et gazière ainsi que le charbon.

Les hydrocarbures attaqués

La cible immédiate de cette cabale financière est l’épine dorsale de l’économie mondiale, le secteur du pétrole, du charbon et du gaz naturel. Les analystes de l’industrie pétrolière prévoient qu’au cours des cinq prochaines années, voire moins, les flux d’investissement dans le plus grand secteur énergétique du monde vont chuter de façon spectaculaire. « Compte tenu de la place centrale qu’occupera la transition énergétique dans les perspectives de croissance de chaque entreprise, nous demandons aux entreprises de divulguer un plan expliquant comment leur modèle économique sera compatible avec une économie zéro net », a écrit Larry Fink, président-directeur général de BlackRock, dans sa lettre aux PDG de 2021. Blackrock est le plus grand groupe d’investissement au monde, avec plus de 7 000 milliards de dollars à investir. Un autre dirigeant de BlackRock a déclaré lors d’une récente conférence sur l’énergie que « là où BlackRock va, les autres suivront ».

« Pour continuer à attirer les capitaux, les portefeuilles doivent être construits autour d’actifs avantageux de base – des barils à faible coût, à longue durée de vie et à faible intensité de carbone », a déclaré Andrew Latham, vice-président de l’exploration mondiale chez WoodMac, une société de conseil en énergie.

L’administration Biden tient déjà sa promesse d’éliminer progressivement le pétrole et le gaz en interdisant les nouvelles concessions sur les terres fédérales et en mer, ainsi que l’oléoduc Keystone XL. Le secteur du pétrole et du gaz et ses dérivés tels que la pétrochimie sont au cœur de l’économie mondiale. Les 50 plus grandes entreprises pétrolières et gazières du monde, comprenant à la fois des entreprises publiques et des entreprises cotées en bourse, ont enregistré des revenus d’environ 5 400 milliards de dollars en 2015.

Alors qu’une nouvelle administration Biden pousse son opposition idéologique aux combustibles hydrocarbonés, le monde verra un déclin précipité des investissements dans le pétrole et le gaz. Le rôle des mondialistes de Davos et des acteurs financiers des ESG est de garantir cela. Et les perdants seront nous. Les prix de l’énergie vont monter en flèche, comme ce fut le cas lors des récents blizzards au Texas. Le coût de l’électricité dans les pays industriels deviendra prohibitif pour l’industrie manufacturière. Mais soyez rassurés. Tout cela fait partie de la Grande Réinitialisation en cours et de sa nouvelle doctrine d’investissement ESG.

En 2010, le chef du groupe de travail 3 du Groupe d’Experts intergouvernemental sur l’Évolution du Climat de l’ONU (GIEC), le Dr Otmar Edenhofer, a déclaré à un journaliste : « … il faut dire clairement que nous redistribuons de facto la richesse mondiale par la politique climatique. Il faut se libérer de l’illusion que la politique climatique internationale est une politique environnementale. Cela n’a presque plus rien à voir avec la politique environnementale… » La Grande Réinitialisation du FEM n’est pas simplement une grande idée de Klaus Schwab réfléchissant aux ravages économiques du coronavirus. Elle a été planifiée de longue date par les maîtres de l’argent.

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Lectures complémentaires :

La City de Londres, au cœur de l’empire

Coronavirus et spectacle marchand

Recherche esprit communard désespérément

Résistance 71, l’essentiel 2010-2020 (mis à jour)

Du chemin de la société vers son humanité réalisée

 

 

 

Pour tout changer, un appel anarchiste (CrimethInc PDF)

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Résistance 71

19 mars 2021

Le collectif anarchiste américain CrimethInc avait publié ce manifeste en 2015 et l’ont récemment réactualisé et republié. Pour le cent-cinquantenaire de la Commune de Paris 1871, et avec leur accord, nous l’avons traduit en français, car il ne peut pas être plus de circonstance. Ce texte nous a particulièrement interpelé tant nous le trouvons complémentaire de nos deux essais d’anthropologie politique que nous avons placé plus bas, sous le PDF du manifeste de CrimethInc, dans un document de compilation.
Dans l’esprit communard qui se doit de renaître si nous voulons enfin sortir du marasme dans lequel nous avons été jetés depuis des siècles et qui nous rend témoin d’une énième métamorphose du système qui se veut ultime sous la forme d’une dictature technotronique planétaire, merci à tous nos lecteurs de diffuser ces textes sans aucune modération afin que de plus en plus de personnes comprennent que finalement, il n’y a pas de solution au sein du système et qu’il ne saurait y en avoir et surtout que le temps est venu de nous prendre par la main et de nous unifier contre la tyrannie globale en marche dont la dictature sanitaire COVID n’est qu’un outil dans sa trousse de l’oppression généralisée.

Le manifeste de CrimethInc réactualisé en 2020 :
Pour_tout_changer_Un_appel_anarchiste

Son complémentaire pour le détail :
« Du chemin de la société vers son humanité réalisée »

150 ans de la Commune : Recherche esprit communard désespérément (Résistance 71 )

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Recherche esprit communard désespérément…

Résistance 71

18 Mars 2021 

Pour le cent-cinquantenaire de la Commune de Paris

18 mars 1871-18 mars 2021

“La commune de Paris est la première tentative de réalisation des principes du socialisme révolutionnaire et de remplacer l’État par l’auto-organisation du peuple.”
~ Michel Bakounine, 1871 ~

“La commune n’est plus une agglomération territoriale, mais plutôt un terme générique, un synonyme pour le regroupement d’égaux ne connaissant ni frontières ni barrières.”
~ Pierre Kropotkine, mai 1880 ~

“La commune de demain saura qu’elle ne peut admettre de supérieur ; qu’au-dessus d’elle il ne peut y avoir que les intérêts de la Fédération, librement consentie par elle-même avec d’autres communes… Elle ne supprimera pas l’État pour le reconstituer, et bien des communes sauront prêcher l’exemple, en abolissant le gouvernement de procuration, en se gardant de confier leur souveraineté aux hasards du scrutin.”
~ Pierre Kropotkine , 1881 ~

“La revendication de la révolte est l’unité, la revendication de la révolution historique est la totalité.”
~ Albert Camus ~

Il y a cent cinquante ans, le 18 mars 1871, le peuple d’un Paris assiégé empêchait la saisie de ses canons qu’il avait financés et qui étaient maintenus sur la Butte Montmartre. A partir de là, le peuple parisien entrait en rébellion et proclamait son autonomie en déclarant la Commune et ne se voulant en rien le “directoire” de la France, mais le fer de lance d’un élan national vers une confédération de communes libres et volontairement associées. Dans sa proclamation du 6 avril 1871 aux départements, la Commune déclare :

On vous trompe en vous disant que Paris veut gouverner la France et exercer une dictature qui serait la négation de la souveraineté nationale… Paris n’aspire qu’à conquérir ses franchises communales… Si la Commune de Paris est sortie du cercle de ses attributions, c’est à son grand regret, c’est pour répondre à l’état de guerre provoqué par le gouvernement de Versailles. Paris n’aspire qu’à se renfermer dans son autonomie, plein de respect pour les droits égaux des autres communes de France.

Sur la Commune de Paris, plus de 5000 livres ont été écrits et/ou traduits en plus de 10 langues. Les étudiants japonais qui combattaient les forces de police à Tokyo et dans les grandes villes nipponnes en 1968 en parlaient dans leurs réunions. Elle inspira bien des insurrections, des élans révolutionnaires et la terreur chez le pouvoir coercitif établi. La terrible répression de la réaction bourgeoise qui la massacra a fait passer la Commune à la postérité du martyr de l’émancipation sociale et l’enveloppa de cette aura romantique de l’exaltation révolutionnaire. Pourtant, même si les chiffres sont discordants, la Commune se solda par un lourd bilan humain de plus de 20 000 morts durant les combats et surtout résultant des exécutions sommaires des Communards par les troupes versaillaises lors de leur progression dans Paris, des peines de mort rendues après les procès et les déportations de masse, les “empontonnements”, qui envoyèrent des milliers de communards, hommes et femmes, dans les bagnes de la “république”, comme le fut entre bien d’autres Louise Michel.

La Commune de Paris est-elle unique ? Dans ce contexte particulier, on peut dire que oui. Elle est la toute première tentative de prise en compte autonome d’un peuple pour s’arracher à la règle et à la loi arbitraires de l’État. Si cette expérience est unique au moment où elle se produit, nous allons voir qu’elle ne tombe pas du ciel, qu’elle est de fait le résultat d’un long processus historique de lutte et de maturation politique des peuples contre la tyrannie étatico-marchande, se cristallisant en France pour et par des raisons précises. Mais avant que d’en parler, disons ici que la Commune de Paris possède une caractéristique unique : son contexte historique spatio-temporel.

Brièvement, le contexte de la rébellion parisienne et d’autres communes de France, nous verrons que Paris ne fut pas la seule, s’établit à la fin d’une période historique, celle du second empire qui vit Napoléon III déclarer la guerre à la Prusse. La guerre de 1870 qui s’en suivit vit la défaite de la France dans la débâcle de Sedan au cours de laquelle Napoléon III fut fait prisonnier. Les Prussiens assiègèrent Paris. En septembre 1870, la république est déclarée. Le nouveau gouvernement, teinté de royalisme, mené par Adolphe Thiers, quitte Paris et va s’installer à Versailles. L’armée française est battue, essentiellement prisonnière et désarmée, un armistice est signé le 26 janvier 1871. Paris assiégée est affamée et s’auto-organise, au sortir de l’hiver, le peuple de Paris proclame son indépendance avec “La Commune”. Ce qui suit est unique dans l’histoire de l’humanité. Voyant son autorité mise en question et en péril, le gouvernement français, gouvernement d’un pays vaincu, engage des négociations avec son vainqueur prussien afin que celui-ci libère ses soldats et les réarment non pas pour guerroyer, mais pour réprimer l’insurrection parisienne. Les Prussiens, emmenés par le fin renard Bismarck, comprennent sans doute qu’il vaut mieux laisser les Français gérer la crise révolutionnaire entre eux, plutôt que de voir potentiellement l’idée révolutionnaire arriver chez eux. L’armée française est réarmée pour mâter l’insurrection sous les yeux goguenards des Prussiens. Ainsi la Commune de Paris devra subir les assauts non pas de l’armée prussienne, mais de l’armée française, celle d’une toute jeune “république”, qui réprimera dans le sang et la sauvagerie, l’élan émancipateur de son peuple.

Il convient aussi de dire que Paris ne fut pas la seule à proclamer la Commune. D’autres villes de France telles : Lyon, d’abord (où combattit Bakounine sur ses barricades), puis Saint-Etienne, Le Creusot, Marseille, Toulouse, Lille, Narbonne et Limoges, crièrent Vive la Commune ! et à bas Versailles ! Ces mouvements, moins suivis, furent réprimés et chutèrent avant la fin mars. Une des clefs de la mauvaise fortune de la Commune réside sans doute dans ce que résuma le journaliste et écrivain Jules Guesde dans un article du journal allemand  Die Zukunft” en 1877 :

[…] En même temps que, par ses déclarations répétées que ses seules forces suffiraient à avoir raison de Versailles, elle [la Commune] retint l’arme au pied, une foule de braves gens qui se fussent fait, au contraire, un devoir d’intervenir à coups de fusil, si on leur avait dit franchement ce qu’il en était, c’est à dire que la victoire n’était possible qu’au prix de leur entrée en ligne. Telles sont, je le répète, les raisons de la défaite d’un mouvement qui avait pour lui plus des deux tiers du pays, et il n’y en a pas d’autres. Messieurs les conservateurs pourront s’en convaincre en temps et lieu.

Ceci dit, si la Commune de Paris est un évènement historique unique, d’où provient-il ? Est-ce un évènement spontané ou la résultante d’un processus de maturation historique ? C’est ce que nous allons analyser maintenant.

L’esprit communard, son origine, sa destinée

On en parle souvent, il est souvent cité, mais qu’en est-il ? Dans un premier temps, il convient de se poser la question de ce qu’est cet “esprit communard”.

communard”, “communeux”, “communaleux”, esprit communaliste de coopération, d’entraide, de compassion, de partage. Un esprit ancestral visant à affirmer et établir la fraternité et la solidarité humaines par-delà cultures existantes et frontières factices et fabriquées. Si la Commune de Paris l’a remis en selle, elle ne l’a en rien inventé. Cet esprit est celui de la Nature Humaine, celui qui anime notre société malgré la chape de plomb oppressive qu’on lui inflige depuis quelques 5000 ans d’imposition étatique, période courte si on se réfère à l’ensemble de l’histoire de l’humanité remontant à l’Homo erectus il y a quelques 1,8 millions d’années. Nous avons détaillé tout cela dans notre “Manifeste pour la société des sociétés” (2017) auquel nous référons les lecteurs pour de plus amples détails et analyses en ce domaine.

L’esprit communard est cet esprit qui nous pousse à toujours désirer l’égalité et la réalisation du bonheur de tout à chacun en faisant primer l’intérêt général et le bien-être de toutes et tous, contre l’individualisme et l’inégalité nés de la division artificielle initiale du corps social, l’exploitation et l’accaparement marchand. Il est l’incarnation de la résistance inhérente à toute forme de coercition et d’usage de la force à des fins de contrôle des individus à la fois dans leurs sphères individuelles et collectives. La relation sociale est une relation de pouvoir, de prise de décisions afin de faciliter nos vies, de les rendre plus agréables et sans contraintes, harmonieuses avec la nature et autrui, tendant en cela à ce bonheur tant recherché. Ainsi la question se résume à celle-ci : qui prend les décisions concernant la gestion de notre vie de groupe aussi petit ou grand soit-il ? Une société sans pouvoir, sans capacité décisionnaire n’existe pas et ne peut exister. Le pouvoir est inhérent à la société, le pouvoir existe et s’exerce de facto. Toute la question est de savoir qui l’exerce, comment et à quelles fins ? L’esprit communard est l’esprit de l’association libre et du pouvoir non coercitif qui est le fondement multi-millénaires de notre société humaine. Il est le ciment et le garant du flot naturel des choses. Le pouvoir coercitif quant à lui, issu de la division politique de la société dès lors que le pouvoir est maintenu séparé du corps social, est l’expression de la contre-nature dominatrice par artifice induit. L’État et le rapport marchand en sont à la fois les effets et les outils de contrôle. La vie en société est une relation au pouvoir qui ne peut prendre que deux chemins : celui de la non-coercition ou celui de la coercition. L’esprit communard incarne, de tout temps, le premier, l’État le second.

L’esprit communard, communeux est cet esprit qui insuffle la vie de l’être social, cet esprit gouailleur, jovial, festif et emprunt de bonté et de volonté à servir l’intérêt commun, à travailler pour vivre pleinement, ensemble, dans le partage et l’égalité et non pas vivre pour travailler et entretenir le parasitisme induit, forcé. Il est cet esprit de jouissance sans entrave qui, une fois meurtri et étouffé laisse un vide que comble l’État et ses institutions monopolistes répressives, créatrices d’angoisses et de névroses depuis des siècles et culminant aujourd’hui dans l’effondrement du système étatico-marchand arrivé au bout de son chemin historique et cherchant à perdurer dans une énième mutation toxique anti-naturelle et exacerbée. L’État n’est qu’un artifice de remplacement du souffle de la vie sociale ; la nature ayant horreur du vide, elle remplace l’effacement de l’esprit de la société divisée par une construction substitutive : l’État, qui est un mécanisme de gestion et de contrôle empêchant coercitivement un retour au décisionnaire non coercitif. C’est pour cela que sporadiquement, au fil de l’histoire de la progression du contrôle étatico-marchand par essence oligarchique, a resurgi cet esprit ramenant les communautés sur la voie de l’évolution et vers une humanité enfin réalisée. En 1951, Albert Camus dans son “Homme révolté”, continuait à nous avertir : “Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’État. 1789 amène Napoléon, 1848, Napoléon III, 1917, Staline, les troubles italiens de 1920, Mussolini, la république de Weimar, Hitler.” Ainsi, l’esprit communard est-il une contre-contre-nature, celle qui annihile l’État et veille à son extinction définitive ; rien d’étatique ne peut être revendiqué par ou de l’esprit communard.

De la résurgence en alternance de la société à pouvoir non coercitif chez les Celtes qui peuplèrent l’Europe du Danube à l’Irlande pendant plus de 8 siècles (gardons toujours à l’esprit que l’épisode de la “Guerre des Gaules” et Vercingétorix ne furent que le dernier carré, les derniers instants d’une civilisation qui dura plus de 800 ans sur presque toute l’Europe, que 3 siècles et demi avant Alésia, les Gaulois avaient conquis Rome sans l’occuper, les Gaulois n’ayant aucune velléité impérialiste…), aux jacqueries paysannes du moyen-âge et de la renaissance en passant par les cités médiévales qui abolirent un temps les lois féodales entre les XIème et XIVème siècles dans toute l’Europe, pour se rematérialiser dans la France des sections entre 1790 et 1793, les révolutions de 1830, 1848, la Commune de 1871 donc, puis la Russie des soviets avant la trahison de Lénine et Trotski, Cronstadt 1921, les conseils ouvriers italiens de 1920 et hongrois de 1956, la révolution sociale espagnole, la Catalogne autonome et les collectifs aragonais et du Levant de 1936, ceux de France et des grèves sauvage de 1967-68, puis de nos jours avec les communes autonomes autochtones du Chiapas et d’Oaxaca au Mexique, la commune internationaliste du Rojava, le mouvement des ZAD, les ZAT en tout genre et le mouvement des Gilets Jaunes depuis 2018, tous ces phénomènes ont en commun une chose s’étendant au-delà des cultures et des frontières: l’esprit communard.

Comme le fit si justement remarquer Pierre Kropotkine dans son essai sur “La Commune” (1880) : “Si la commune du Moyen-Age cherchait à se circonscrire dans ses murs ; celle du XIXème siècle cherche à s’étendre, à s’universaliser. A la place des privilèges communaux, elle a mis la solidarité et la fraternité humaine.L’esprit communard en cela, est l’incarnation même de l’évolution sociale humaine. C’est lui qui empêchera de reconstituer l’État une fois celui-ci aboli, mort et enterré. C’est lui qui écrira l’histoire de l’affranchissement des communes et des associations libres contre l’État et sa négation de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, son absolutisme et sa règle systémique de l’arbitraire et de l’illusion démocratique en son stade final représentatif.

L’esprit communard fait surgir l’union spontanée des gens, la mise en commun du travail et de sa récompense de manière non forcée, de la manière la plus naturelle qui soit. Plus loin, Kropotkine nous dit encore : “Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, libre et grandissant en solidarité par la liberté même.

L’esprit communard est celui qui pilote la société à se gérer sur le mode du slogan d’à chacun selon ses capacités, à chaque selon ses besoins et de traiter autrui comme on voudrait être soi-même traité en pareille circonstance.

Alors, bien entendu la Commune de Paris ne fut pas parfaite, c’est l’évidence. Des erreurs furent commises (les exécutions d’otages, la non saisie de la Banque de France, le recours à l’élection, le refus d’appeler la France à l’aide pêchant en cela sans doute par sinon arrogance, du moins par mauvaise analyse de la situation etc…), mais il faut aussi tenir compte de l’incroyable situation dans laquelle elle fut plongée dès le départ, durant une guerre déclarée par la France qui la perd face à la Prusse et la coalition étatique des belligérants pour l’écraser. Pensons à ce que les Communards ont réalisé dans ces circonstances extrêmes et surtout, imaginons avoir le même nombre de participants en proportion à l’échelle nationale, aujourd’hui, pour mettre en place la confédération des communes libres… Ce serait la fin de partie immédiate pour le système étatico-capitaliste ! C’est çà qui les fait trembler comme des feuilles mortes et il n’y aurait sans doute pas besoin de violence pour changer radicalement (par la racine) de paradigme politique le moment venu. 

Soixante-cinq ans plus tard, la révolution sociale espagnole subira le même sort, écrasée par la coalition des états et de leur oligarchie terrifiée à l’idée de perdre son pouvoir (coercitif) privilégié sur la masse s’émancipant. L’écrasement de la commune espagnole se fera une fois de plus au moyen unique d’une alliance historiquement pourtant improbable, celle de république dite modérées (française, espagnole), d’une monarchie constitutionnelle (Angleterre et Royaume-Uni) et de trois dictatures soi-disant opposées : L’Italie fasciste de Mussolini, l’Allemagne nazie d’Hitler et l’URSS bolchévique de Staline. La terreur que suscite l’esprit communard fait tomber les masques pour le temps de son écrasement et met au grand jour le visage de la véritable oligarchie : celle de la haute finance transnationale ayant tout phagocyté sur son passage.

L’esprit communard est universel, il a traversé les âges et les périodes historiques et s’est exprimé à des degrés divers, des révoltes d’esclaves organisées, de Spartacus aux Gilets Jaunes en passant par les cités médiévales, la ligue hanséatique, les jacqueries paysannes qui secouèrent l’Europe à intervalles réguliers du moyen-âge au XVIIIème siècle, la casse sociale des campagnes qui fit migrer la masse paysanne vers les villes lors de la 1ère révolution industrielle du tout début XIXème en Angleterre puis dans toute l’Europe, les sections parisiennes, la France révolutionnaire des sections, l’organisation organique ouvrière, les grèves, révoltes et communes / conseils variés. Nous voyons que l’histoire regorge des expressions sporadiques de cet esprit communard. 

Le titre de cet article est volontairement trompeur et un brin ironique : l’esprit communard n’a pas à être “recherché”. Il est là, toujours présent. Il fait partie de notre patrimoine humain de notre nature profonde à résister à l’injustice, à l’inégalité et aux constructions sociales toxiques qui nous asservissent, il suffit simplement de la dépoussiérer. Il est simplement parfois plus exacerbé qu’à d’autres moments. La pourriture systémique, dans sa phagocytose marchande a réussi depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la généralisation de la société de consommation sauce yankee depuis les années 1960, a nous endormir, à enfouir cet esprit communard sous un fatras d’illusions démocratico-marchandes.

L’érosion historique suit son cours et depuis quelques décennies, État et Capital sont entrés en phase auto-destructrice programmée. Aux “trente glorieuses” de l’après-guerre succède l’effondrement systémique prévu depuis les analyses de Marx au XIXème siècle. L’État, outil coercitif par excellence, permet d’ajuster le degré d’oppression sur les masses. Ne pouvant plus masquer sa véritable nature oppressive et manipulatrice, le système et son oligarchie aux commandes font monter la température despotique et amorcent une ultime mutation en une hydre dictatoriale technotronique planétaire, ce qui à terme et par effet de vases communicants, fait monter le niveau de résistance et de rébellion face à un système qui se durcit et mute en une forme toujours plus despotique et inhumaine de contrôle des populations. La crise COVID fabriquée, sévissant depuis novembre 2019, n’est qu’un outil de plus dans la trousse des contrôleurs monopolistes du despotisme débridé de l’État et de la marchandise en mouvement.

Toutes ces mesures ne font que déterrer pas à pas l’esprit communard enfoui sous un fatras illusoire depuis des lustres. Il ne s’agit donc pas d’une “recherche” de l’esprit communard, omniprésent et inhérent à la société humaine comme seul garde-fou des délires autocrates et despotiques et qui aurait été perdu, mais de son dépoussiérage, de sa remise en condition optimale d’existence pour qu’une fois de plus, il sauve l’humanité de la contre-nature à l’œuvre. Ce que nous vivons est un mal “nécessaire”, celui de nous faire enfin et définitivement comprendre quel est le véritable chemin de notre émancipation et de l’optimisation de la vie sur cette planète. Nous devons embrasser cette apparente contradiction, cet apparent antagonisme pour l’intégrer dans le maelström de l’harmonie organique que doit être notre vie sociale. Il n’y a pas d’antagonisme, il n’y a que complémentarité incomprise, le Yin a besoin du Yang et inversement pour que le Tout puisse exister. L’esprit communard n’est pas antagoniste à l’État, il est son régulateur, l’outil du rétablissement de l’équilibre naturel des choses que l’État a brisé en emplissant un vide créé par le rapport défaillant au pouvoir, né dans la division de la société. L’État ne pourra disparaître qu’avec l’avènement définitif de l’esprit communard, lui-même amenant un changement d’attitude total envers les institutions et nos compagnons tout comme nous opprimés.

Lorsque la société humaine se sera définitivement émancipée de l’État, des institutions, de la marchandise, de l’argent et du salariat, qu’elle aura établi la société des sociétés des associations libres en harmonie les unes avec les autres et avec la nature, celle de la Commune Universelle, alors l’esprit “communard” redeviendra ce qu’il est au fond et le plus simplement du monde : le souffle de la vie sociale, l’esprit de notre société humaine, ce “Geist” tant vanté par Gustav Landauer et qui doit être activé de nouveau pour nous mener à l’émancipation finale. L’État, l’argent, la marchandise ne sont en rien inéluctables, ce sont des constructions sociales, des constructions humaines, qui, comme telles peuvent être parfaitement déconstruites et abandonnées. Il est certain qu’il est bien plus facile de s’en débarrasser quand elles sont au creux de la vague et au bout de leur rouleau. De fait, l’État et les institutions mises en place pour le faire fonctionner sont les verrous empêchant le passage à une relation de pouvoir non coercitive. Pour que la société des sociétés dans sa complémentarité remette en place un pouvoir non coercitif en le rediluant là où il est particulièrement soluble, le corps social, il est impératif de changer notre relation directe au pouvoir et donc de renier et de faire sauter le verrou qui nous ferme la porte de l’harmonie sociale. L’esprit communard est la clef, ou le pied de biche, c’est selon, qui nous le permettra.

Conclusion

Nous venons de voir que l’esprit communard est intrinsèque à la société humaine par delà la culture et le temps. Si nous le cherchons, il ne faut certainement pas aller bien loin, il est toujours là à portée de main. Les Gilets Jaunes chez nous, sont les derniers en date à l’avoir retrouvé, même si quelques ajustements se doivent d’être opérés, le mouvement tient le bon bout car il a démontré après plus d’un an de lutte de terrain qu’il est insoumis, résilient et incorruptible. Il doit affiner sa vision politique et comprendre que finalement, il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ; c’est alors que le chemin menant à la confédération des associations libres, des nouvelles communes, qui, comme le dit Kropotkine en exergue de cet article, ne sont plus des endroits physiques, mais une relation sociale entre égaux, n’en sera plus que plus lumineux.

Ceci dit, l’esprit communard, s’il s’est manifesté dans les grandes villes de France en 1871, s’est aussi manifesté dans les campagnes ukrainiennes entre 1918 et 1923, puis dans les collectifs agricoles aragonais en 1936. L’idée est de comprendre que cet esprit n’est pas une exclusivité citadine et/ou ouvrière. De fait, aucune (r)évolution ne peut aller bien loin sans manger. Les campagnes doivent être inclues dans le processus de lutte et de transformation de la réalité politique et sociale, de fait, on pourrait même dire à l’instar de Landauer que “la question sociale est une question agraire.” Ceci constitue un facteur clef pour le futur et celui des communes à venir.

Pierre Kropotkine écrivit ceci en toute fin de son analyse de “La Commune de Paris” (1882) en guise d’avertissement : “Il y a cependant une lacune regrettable dans les réunions populaires que nous tenons à signaler. C’est que rien, ou presque rien, n’a été fait pour les campagnes. Tout s’est borné aux villes. La campagne semble ne pas exister pour les travailleurs des villes. Même les orateurs qui parlent du caractère de la prochaine révolution évitent de mentionner les campagnes et le sol… L’émancipation du prolétariat ne sera même pas possible tant que le mouvement révolutionnaire n’embrassera pas les villages. Les communes insurgées ne sauraient tenir même un an si l’insurrection ne se propageait pas en même temps dans les villages. Lorsque l’impôt, l’hypothèque, la rente seront abolies, lorsque les institutions qui les prélèvent seront jetées aux quatre vents, il est certain que les villages comprendront les avantages de cette révolution. […] La révolution ne sera victorieuse que le jour où le travailleur des usines et le cultivateur des champs marcheront la main dans la main à la conquête de l’égalité pour tous, en portant le bonheur dans les chaumières comme dans les édifice des grandes agglomérations industrielles. 

Il n’y a pas de fait un monde rural et un monde citadin, deux entités séparées et étrangères l’une à l’autre, dans lesquelles agissent de manière séparée deux “esprits communards”, mais une société devant fonctionner de manière symbiotique, complémentaire dans sa diversité, synthétisant cet esprit. De manière simpliste : l’ouvrier n’est rien sans le paysan qui le nourrit et le paysan n’est rien sans les outils que lui fabrique l’ouvrier. C’est leur travail commun qui satisfait les besoins de la société et de fait certainement, hors État, hors relation marchande et salariale.

La Commune Universelle qui résultera du succès de l’esprit communard réunifiera, réconciliera le rural et le citadin dans leur complémentarité naturelle pour l’émancipation finale et le passage vers notre humanité enfin réalisée.

En cette occasion du cent-cinquantenaire de la Commune de Paris, réfléchissons et œuvrons ensemble pour que ce changement de paradigme devienne réalité pour nous et les générations futures.

De la relation révolte et histoire, A. Camus nous dit, toujours dans son ouvrage phare qu’est “L’homme révolté” : “La révolte aux prises avec l’histoire ajoute [à la révolte métaphysique] qu’au lieu de tuer et mourir pour produire l’être que nous ne sommes pas, nous avons à vivre et faire vivre pour créer ce que nous sommes.” Marchons donc vers cette toute puissance créatrice ontologique, elle est en nous et ne demande qu’à être libérée !

Dans l’esprit communard et de Cheval Fou, suivons le chemin qui mettra à bas l’État, la marchandise, l’argent et le salariat et comprenons une bonne fois pour toute qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir !

F, S, L, J2, C, E, B, T

le 18 mars 2021

Le texte ci-dessus en format PDF

Bibliographie :

Pierre Kropotkine, “La Commune et la Commune de Paris” (1880-82)

Michel Bakounine, “La commune de Paris et la notion d’État”, 1871

Karl Marx, “La guerre civile en France, la Commune de Paris”, 1871

Louise Michel, “La Commune, histoire et souvenirs”, 1898

Jules Guesde, “La Commune de 1871”, 1892

Pierre Olivier Lissagaray, “Histoire de la Commune de 1871”, 1896

Albert Camus, “L’homme révolté”, 1951, éditions Gallimard, Folio essais

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Publié le 19 mars 2021 : « Pour tout changer, un appel anarchiste », le manifeste du collectif CrimethInc

“La vaste majorité des humains est déconnecté de la terre et de ses produits, de la terre et des moyens de production, de travail. Ils vivent dans la pauvreté et l’insécurité. […] L’État existe afin de créer l’ordre et la possibilité de continuer à vivre au sein de tout ce non-sens dénué d’esprit (Geist), de la confusion, de l’austérité et de la dégénérescence. L’État avec ses écoles, ses églises, ses tribunaux, ses prisons, ses bagnes, l’État avec son armée et sa police, ses soldats, ses hauts-fonctionnaires et ses prostituées. Là où il n’y a aucun esprit et aucune compulsion interne, il y a forcément une force externe, une régimentation, un État. Là où il y a un esprit, il y a société. La forme dénuée d’esprit engendre l’État, L’État est le remplaçant de l’esprit.”
~ Gustav Landauer ~

« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

“On peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire. Il ne peut y en avoir qu’une qui sera la révolution définitive… Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct.” […]

“Il est certain d’ailleurs que la capacité révolutionnaire des masses ouvrières a été freinée par la décapitation de la révolution libertaire pendant et après la Commune. Après tout, le marxisme a dominé facilement le mouvement ouvrier à partir de 1872, à cause sans doute de sa grandeur propre, mais aussi parce que la seule tradition socialiste qui pouvait lui tenir tête a été noyée dans le sang ; il n’y avait pratiquement pas de marxistes parmi les insurgés de 1871. Cette épuration automatique de la révolution s’est poursuivie par les soins des états policiers jusqu’à nos jours. De plus en plus, la révolution s’est trouvée livrée à ses bureaucraties et à ses doctrinaires d’une part, à des masses affaiblies et désorientées d’autre part. Quand on guillotine l’élite révolutionnaire et qu’on laisse vivre Talleyrand, qui s’opposerait à Bonaparte ?”
~ Albert Camus, “L’homme révolté”, 1951 ~


1871…


… 2021

Mars 1871 ~ Mars 2021 La Commune a 150 ans et n’est certainement pas morte ! Place au peuple !… Enfin !…

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Vive la Commune Universelle de notre humanité
enfin réalisée !…

 

Note de Résistance 71 : 

Cent-cinquantenaire de la Commune !  18 mars 1871 ~ 18 mars 2021

Demain sera le commencement de la célébration du cent-cinquantenaire de la Commune de 1871, cette première tentative historique d’un peuple à s’émanciper de l’oppression étatico-marchande en s’auto-organisant. Les Communards, héritiers des luttes sociales remontant aux révoltes d’esclaves de l’antiquité, de Spartacus aux Sans-Culottes de 1790 de la France des sections en passant par toutes les jacqueries paysannes et les chartes des communes médiévales révoquant les “droits” féodaux localement, en Europe, s’étalant  du XIème au XIVème siècles, ont été animés du même esprit réfractaires et combattants que leurs aînés et qu’on peut qualifier “d’esprit communard” sur lequel nous reviendrons dès demain plus en détail.

Comment la Commune a t’elle fonctionné ? Quelles furent ses forces et ses faiblesses ? En quoi fut-elle et ne fut-elle pas un modèle ? Nous reproduisons ci-dessous un article de mars 2020 résumant très bien la situation historico-politique de la Commune, ses tenants et aboutissements, son héritage.

Alors…

Place au peuple !

Les ami(e)s de la Commune

Mars 2020

Source :

https://www.commune1871.org/nos-actualites/actualites/846-place-au-peuple

Le 28 mars 1871, la Commune est officiellement proclamée devant une foule joyeuse rassemblée sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Pendant une brève période, la capitale se dote d’un mode de gestion inédit, par ses acteurs comme par ses choix. Jusqu’alors tenu en lisière, le peuple de Paris est désormais aux manettes.
Le texte qui suit n’entend énoncer aucune vérité officielle. Il veut simplement faire réfléchir sur une tentative qui n’a pas fini de stimuler notre intelligence et nos passions citoyennes. La Commune a voulu que la place soit enfin laissée au peuple lui-même. Qu’entendait-elle par là et comment s’y prit-elle? Qui pourrait nier que cette question n’est pas au cœur des dilemmes de notre temps?

« Paris est un vrai paradis ! Point de police, point d’exaction d’aucune façon, point de disputes ! Paris va tout seul comme sur des roulettes […]. Tous les corps d’État se sont établis en fédération et s’appartiennent […] La Commune de Paris a un succès que jamais aucune forme de gouvernement n’a eu »
(Gustave Courbet)

Si la Commune a occupé une telle place dans la mémoire collective populaire, malgré sa brièveté, c’est qu’elle fut la première tentative pour installer un pouvoir à l’image de la société et agissant pour elle. Elle a refusé de se détacher d’elle et de se constituer en organisme étatique à part, sourd aux demandes venues d’en bas. En cela, si elle n’est pas un modèle, elle est une référence d’une étonnante actualité.

1. Avant la Commune, la démocratie confisquée

Quand la Commune se met en place, la République n’a existé que pendant un peu moins de onze ans[1]. Dans ces courtes phases républicaines, le peuple est certes un acteur central, mais sa place dans la vie politique institutionnelle est limitée. Son droit de vote est restreint la plupart du temps et, qu’il vote ou non, il est écarté en pratique des assemblées élues qui sont demeurées le domaine réservé des catégories fortunées.

En outre, de janvier 1852 au 4 septembre 1870, les Français ont vécu sous un régime autoritaire, né d’un coup d’État brutal, le Second Empire de Louis-Napoléon Bonaparte. Le suffrage universel masculin y est théoriquement la règle, mais les élections sont contrôlées à l’avantage exclusif des candidats officiels, les réunions sont longtemps interdites, la presse n’est pas libre et les opposants se voient soumis à une surveillance tatillonne et à une répression soutenue.

L’exigence démocratique s’exprime pourtant. Dès que les réunions publiques sont autorisées, à l’été 1868, les comités et les clubs se multiplient, mêlant les républicains d’hier et les membres des organisations nouvelles, comme l’Association internationale des travailleurs qui s’est créée en 1864. Du foisonnement des clubs[2], on dira qu’il a constitué « l’école du peuple ». En tout cas, les « citoyennes » et les « citoyens » sont de retour.

Le mouvement s’accentue après la défaite de Sedan, la capitulation de l’Empereur (2 septembre 1870), la proclamation imposée par le peuple de la République (4 septembre) et le siège de Paris par les armées prussiennes puis allemandes (17 septembre 1870-26 janvier 1871). Les Parisien-ne-s s’organisent, créent des associations et des comités de tous types pour assurer la vie quotidienne et la défense de la capitale.

C’est ainsi que la Garde nationale (300 000 hommes) est une fois de plus l’expression d’un peuple en armes. En février-mars 1871, les représentants des bataillons se constituent en Fédération républicaine de la Garde nationale qui se dote d’une direction élue, Comité exécutif provisoire puis Comité central (10 mars). C’est ce même1. Avant la Commune, la démocratie confisquée Comité central[3] qui organise la vie de Paris insurgé entre le 18 mars 1871 et l’installation officielle de la Commune à l’Hôtel-de-Ville, le 28 mars.

Quelque temps auparavant, le 5 janvier, une autre structure populaire[4], la Délégation des vingt arrondissements, a fait placarder sur les murs de Paris une « Affiche rouge » appelant le 5 janvier 1871 à la formation de la Commune : « Place au peuple ! Place à la Commune ! ».

Au moment où la Commune se déclenche, l’exigence d’une citoyenneté étendue est décidément de plus en plus à l’ordre du jour. Les acteurs de la Commune vont s’en emparer et essayer de la faire entrer dans la vie. Ils le font avec d’autant plus de force qu’ils savent la République fragile. Alors que Paris a voté massivement pour la gauche républicaine en février 1871, l’Assemblée nationale installée à Versailles est composée pour deux tiers par des députés monarchistes et des bonapartistes. Née du sursaut provoqué par la défaite, la République est à la merci de la grande revanche dont rêvent ses détracteurs.

2. Les racines de la démocratie communale

Les communard-e-s héritent d’une double tradition : celle des jacobins et des sans-culottes de la Révolution française (l’exemple de la Commune révolutionnaire de 1792 est au cœur de l’imaginaire communard), et celle du mouvement ouvrier alors en expansion. On ne trouvera donc pas une vision communarde unique de la révolution, de la République, de la démocratie et de l’avenir social. Le mouvement communaliste est fondamentalement divers dans ses conceptions de la société et de la politique. Au sein de la Commune, on se dit « démocrate socialiste », franc-maçon et proudhonien comme Charles Beslay, on se réclame des Jacobins comme Charles Delescluze, Félix Pyat ou Ferdinand Gambon, de Blanqui comme Raoul Rigault, Théophile Ferré, Émile Eudes, Émile Duval ou Gustave Tridon, on est membre de l’Internationale comme Benoît Malon, Eugène Varlin, Albert Theisz, Édouard Vaillant ou Léo Fränkel, sans compter les révolutionnaires inclassables à l’image de Jules Vallès et de Jean-Baptiste Clément.

Il ne faut pas pour autant exagérer les dissensions qui séparent les protagonistes de la Commune. Il est vrai que les uns et les autres n’apprécient pas de la même manière les glorieux ancêtres de la première République. Les jacobins encensent Robespierre, les blanquistes préfèrent Hébert, un des porte-parole de la sans-culotterie la plus radicale. On évoque la centralisation rigoureuse de la période du gouvernement révolutionnaire de l’an II ou au contraire l’aspiration populaire parisienne à ce que nous appelons aujourd’hui la démocratie directe.

Mais l’écart entre ces références historiques n’est pas nécessairement si grand que l’on croit.

    • Le robespierrisme jacobin est réputé centralisateur et autoritaire, mais la proposition de Déclaration des droits déposée par Robespierre en avril 1793 dit expressément : : « Art. 14. Le peuple est le souverain ; le gouvernement est son ouvrage et sa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses commis. Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires. […] Art. 19. Dans tout État libre, la loi doit surtout défendre la liberté publique et individuelle contre l’autorité de ceux qui gouvernent. Toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corrompu est vicieuse ».
    • Robespierre n’est pas en cela si éloigné de ce qu’écrit son adversaire sans-culotte et « enragé » Jean-Théophile Leclerc : « Souverain, mets-toi à ta place ; préposés du souverain, descendez des gradins, ils appartiennent au peuple ; occupez la plaine de l’amphithéâtre. Là, à ses pieds et sous ses yeux, ses regards surveillants se promèneront sur vous et son bras sera rémunérateur ou vengeur, suivant que vous aurez fixé par vos actions son opinion sur votre conduite » (L’Ami du peuple par Leclerc, 21 août 1793).
    • Ne retrouve-t-on pas l’écho de tout cela dans le journal du Club des Prolétaires (club Ambroise du XIe arrondissement) ? « Ne vous pressez pas de juger et de décider au nom du peuple et à sa place. Restez dans votre rôle de simples commis […] Serviteurs du peuple, ne prenez pas de faux airs de souverains ; cela ne vous sied pas mieux qu’aux despotes auxquels vous avez succédé. Vos personnes sont de peu de poids dans les balances de la Commune. Le peuple est las des sauveurs ; il entend désormais discuter leurs actes. » (Le Prolétaire, 19 mai 1871).

Les communard-e-s ont en commun l’insatisfaction profonde devant les libertés bafouées et la critique d’une démocratie trop exclusivement représentative, qui avait d’ailleurs piteusement capitulé en décembre 1851 devant le coup d’État de « 1. Avant la Commune, la démocratie confisquéeNapoléon le Petit ». Dans l’esprit des premières ébauches du mouvement ouvrier, leur aspiration les porte vers la « véritable République[5] » qui équivaut pour eux à l’idéal d’un « gouvernement direct de la République » (Charles Renouvier, 1851). Ce qui les sépare est sans doute leur manière de penser les contours de cette République vraie et les méthodes pour aller dans s²a direction.

De la même façon, il ne faut pas non plus outrer les clivages qui, avant la Commune, opposent les courants du mouvement ouvrier naissant. Marx, qui évoque la nécessité d’une provisoire « dictature du prolétariat » pour briser le pouvoir de la bourgeoisie, se heurte à Proudhon qui se réclame du « non-gouvernement » et prône « l’anarchie » comme « forme des sociétés adultes ». Mais l’un et l’autre se situent dans la perspective de sociétés dans lesquelles l’émancipation réalisée et la disparition des antagonismes des classes rendront inutile la régulation de la société par ce corps séparé d’elle que constitue l’État. Là encore, ce qui les distingue à l’époque n’est donc pas l’objectif anti-étatiste qu’ils partagent tous deux, mais la manière dont on parvient à cet idéal d’un « non-État ». L’histoire ultérieure du XXe siècle ouvrira bien d’autres débats sur ce point…

3. La Commune, un pouvoir du peuple, par le peuple

a. Un pouvoir à l’image de la société

La référence à la « commune » comme base d’une nouvelle démocratie est courante dans le mouvement ouvrier et républicain depuis 1848. Elle se multiplie après le 4 septembre 1870. C’est elle qui resurgit tout naturellement quand se déclenche l’insurrection du 18 mars 1871. Trois jours après avoir été élu, sur proposition du blanquiste Émile Eudes, le nouveau conseil communal décide le 29 mars prendre le nom de « Commune de Paris ». Un autre blanquiste, Arthur Ranc, soutient ce choix en expliquant que « le nom de Commune de Paris peut seul indiquer que la grande ville veut ses franchises municipales pleines et entières, en un mot le Self-government ».

La composition de la nouvelle assemblée élue est inédite : la participation massive des quartiers populaires à l’élection du 26 mars permet en effet l’accès aux responsabilités de catégories sociales qui en étaient jusqu’alors écartées.

Qui sont les nouveaux représentants de la ville ? Le groupe le plus nombreux (une trentaine) vient du monde du labeur : ils sont cordonniers, chapelier, orfèvres, relieurs, ciseleur en bronze, dessinateur sur étoffe, peintre en laque, peintre sur porcelaine, ouvrier menuisier, sculpteur sur bois, chaisier, vannier, tourneur en bronze, tourneur sur métaux, mouleur en cuivre, chaudronnier, mécaniciens, peintre en bâtiment, ouvrier teinturier. Ouvriers qualifiés ou artisans, ils sont à l’image d’un travail toujours dominé par l’artisanat.

À ceux-là s’ajoutent de petits boutiquiers, une quinzaine d’employés et vingt-cinq travailleurs intellectuels, journalistes, instituteurs, professeurs, artistes, médecins, avocats, ingénieurs, étudiant, pharmacien, vétérinaire, architecte. Au total, ils sont plus proches de celles et ceux qui les ont élus que ne l’ont été toutes les assemblées, nationales ou locales, qui se sont succédé depuis 1789.

b. Une citoyenneté enfin populaire

Comme dans la période ascendante de la Révolution française, entre 1789 et 1794, la mise en place d’un nouveau pouvoir au printemps de 1871 s’accompagne d’une intense politisation des couches populaires parisiennes. L’effervescence qui précède le déclenchement de l’insurrection communale est en effet avivée par l’affirmation d’une souveraineté populaire renforcée. La multiplication des clubs[6], notamment dans le centre de la capitale, en est l’expression la plus forte. Vingt-cinq se réunissent régulièrement et une vingtaine d’autres de façon plus épisodique voire éphémère, rassemblant des milliers de femmes et d’hommes. Ouverts à toutes et à tous, ils se fixent un triple objectif d’éducation, d’information et d’expression. À parts égales et indépendamment de leur sexe, de leur condition sociale ou de leur nationalité, toutes et tous peuvent ainsi travailler à l’œuvre commune. Si elles n’ont pas le droit de vote, les femmes contribuent au débat citoyen, multiplient les propositions et participent publiquement à l’activité des commissions communales, alors même qu’elles n’ont pas été élues[7].

La Commune n’a pas eu le temps d’inscrire ses ambitions dans une constitution. Mais ses mots et ses actes relèvent d’une originalité institutionnelle indéniable. La pyramide classique des pouvoirs est renversée de fait. À la base de la souveraineté se trouve un peuple qui vote et qui, entre les scrutins, agit par le biais de la Garde nationale (l’expression du peuple en armes) et des groupements politiques organisés (comité des vingt arrondissements, clubs, AIT, associations de femmes).

Au-dessus — mais sous le contrôle étroit des précédents — se trouvent l’Assemblée communale[8], les neuf commissions qui facilitent ses travaux[9] et une commission exécutive de sept membres qui coordonne la mise en œuvre du tout. Le 20 avril, le dispositif est resserré : neuf « délégués » élus et responsables devant l’assemblée communale dirigent les commissions et forment la commission exécutive. Le 1er mai, enfin, l’urgence des combats est invoquée pour raccourcir encore le processus de décision, avec la création d’un Comité de salut public de cinq membres « ayant les pouvoirs les plus étendus sur toutes les commissions ».

Cette décision provoque une division profonde à l’intérieur de la Commune, une majorité de 45 membres votant pour le Comité de salut public et une minorité de 23 membres le refusant parce qu’ils y voient « un pouvoir dictatorial qui n’ajoutera aucune force à la Commune ». Les contraintes de la guerre civile ont ainsi pesé davantage que les divergences idéologiques pour limiter en pratique l’expérience communarde de démocratie élargie. Elles n’ont pas pour autant annulé l’effort de mobilisation citoyenne continue.

c. Un peuple décideur et informé

Le lien entre les électeurs et leurs élus se fait par le biais de l’information, qui transite par le Journal officiel (diffusé chaque jour dans le public, en deux éditions), par les affiches et par la presse. Pendant la Commune, 71 titres de journaux apparaissent, soit un par jour en moyenne. En tout, une centaine de titres ont été diffusés, soit près de 1 500 numéros, parfois à des milliers d’exemplaires. Certains journaux sont éphémères, réduits même à un numéro unique. D’autres subsistent sur la totalité ou la quasi-totalité de la séquence communarde. Comparés à la réalité sociale parisienne[10], les chiffres de diffusion de la presse sont exceptionnels. Les trois titres les plus vendus (le Cri du Peuple de Jules Vallès, le Mot d’ordre de Henri Rochefort, le Père Duchêne d’Alphonse Humbert, Jules Vermersch et Maxime Vuillaume) tireraient à plus de 150 000 exemplaires à eux seuls.

4. Gouvernement ou assemblée communale ?

La Commune a-t-elle été un gouvernement ou s’est-elle pensée comme une simple assemblée communale ? Il n’est pas possible de répondre de manière trop simple à cette question.

a. L’autonomie communale

L’idée qui a l’assentiment de toutes les sensibilités politiques est celle de l’autonomie communale. Son affirmation est proposée avant même l’élection du 26 mars, par le Comité central de la Garde nationale qui publie dans le Journal officiel ses « Recommandations ». Le Comité insiste sur « le droit imprescriptible de toute cité, comme de tout pays, de s’administrer lui-même ». « Il n’y aurait pas de République en France, ajoute-t-il , si la capitale du pays n’avait pas le droit de s’administrer elle-même ». Il énonce par ailleurs le principe selon lequel le conseil communal sera « responsable et révocable » et placé « sous la surveillance continuelle des citoyens ». Ces idées sont alors largement celles de l’AIT qui, le 27 mars, publie une adresse dans le Journal officiel, expliquant : « L’indépendance de la commune est le gage d’un contrat dont les clauses librement débattues feront cesser l’antagonisme des classes et assureront l’égalité sociale ». « La délégation communale », ajoute l’AIT, est la « garantie » de « l’émancipation des travailleurs ».

La Commune ne reviendra jamais sur ces idées partagées. Le 19 avril, elle rédige une « Déclaration au peuple français ». Elle est l’œuvre d’un comité composé du jacobin Charles Delescluze, du socialiste Jules Vallès, de l’internationaliste Albert Theisz, la plume étant tenue par le proudhonien Pierre Denis. Elle reflète donc le point de vue commun aux différentes sensibilités communardes, qu’elles soient réputées « centralisatrices » (à l’image de la majorité qui désigne un Comité de salut public le 1er mai) ou au contraire plus « fédéralistes » (à l’image des adeptes de Proudhon).

Tous se retrouvent dans un texte qui redit sans ambiguïté le choix énoncé précédemment. L’objectif retenu est bien « l’autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de France, et assurant à chacune l’intégralité de ses droits ». Comment se fera le lien entre les diverses communes qui constituent le territoire national ? Le texte reste vague sur ce point, n’évoquant que « la grande administration centrale, délégation des communes fédérées » issue du « contrat » reliant Paris et « toutes les autres communes (…) dont l’association doit assurer l’unité française ».

b. Pouvoir local ou national ?

Dans l’esprit des communards, les compétences de la Commune sont larges : « le vote du budget communal, recettes et dépenses ; la fixation et la répartition de l’impôt ; la direction des services locaux ; l’organisation de sa magistrature, de la police intérieure et de l’enseignement ; l’administration des biens appartenant à la Commune ». La Commune se considère-t-elle donc comme un gouvernement ? Officiellement, elle s’en défend. Le 6 avril, elle rédige une « Adresse aux départements » pour affirmer que « Paris n’aspire qu’à fonder la République et à conquérir ses franchises communales, heureuse de fournir un exemple aux autres communes de France ». La capitale se veut un simple « exemple » ou un « modèle ».

Rien de plus ? Dans les faits, en décrétant dès les premiers jours la fin des armées permanentes, la séparation de l’Église et de l’État ou l’adoption du drapeau rouge, la Commune empiète sur les compétences théoriquement réservées à l’État national. « Si la Commune de Paris est sortie du cercle de ses attributions normales, c’est à son grand regret, c’est pour répondre à l’état de guerre provoqué par le gouvernement de Versailles » : l’Adresse aux départements explique par les circonstances exceptionnelles l’extension du champ d’action de la Commune. Mais, quand il s’agit de relancer le Journal officiel, on ne le présente pas comme celui de la Commune, mais comme celui de « la République française »…

Quelle que soit la manière — nécessairement bien incertaine — dont elle conçoit l’étendue de sa compétence, la Commune décrète, arrête et légifère de fait. Gouvernement de Paris ou gouvernement de la République ? Au fond, peu importe : à partir du 29 mars 1871, on trouve face-à-face deux pouvoirs issus d’une élection. D’un côté, un gouvernement appuyé sur une majorité législative monarchiste, élue à la hâte, dans le contexte trouble d’un désastre national ; de l’autre un gouvernement local, massivement choisi par la population de la capitale, à l’issue d’un long siège éprouvant. Ce sont bien deux gouvernements et, en tout cas, deux manières de concevoir le gouvernement qui s’affrontent, à vingt kilomètres de distance…

c. Le peuple à la manœuvre

Qu’elle soit simple assemblée communale ou embryon de gouvernement républicain, la Commune se présente comme une ébauche de pouvoir sans équivalent jusqu’alors.

Si la Commune est un État, elle ne se considère pas comme une puissance au-dessus de la société : dans son esprit les élus ne sont que des « mandataires » et les fonctionnaires sont de simples « commis »[11], que les électeurs peuvent choisir et démettre à leur guise. Les électeurs ne se contentent donc pas de désigner régulièrement des représentants. Comme à l’époque de la Convention montagnarde de 1793-1794, ils contrôlent leurs élus. Théoriquement, ils peuvent même les révoquer, s’ils estiment qu’ils ne respectent pas le mandat qui leur a été donné. Le mandat impératif et le droit de révocation font alors partie des demandes diffuses qui s’expriment dans les sociétés et les clubs de la capitale.

En outre, la Commune considère qu’elle partage avec les électeurs l’initiative législative, c’est-à-dire le droit de contribuer à la loi. Dans la courte période du pouvoir communal, ce droit s’est exprimé au travers de la multiplication des propositions et adresses envoyées à la Commune par les individus, les clubs, les sections de l’Internationale et les comités de quartiers. À quoi peut s’ajouter l’abondant courrier des lecteurs de la presse, qui témoigne d’un engagement citoyen que la guerre civile ne décourage pas.

Pouvoir législatif et pouvoir exécutif se confondent en pratique, comme au temps de la Convention révolutionnaire : l’assemblée communale définit la loi avec les électeurs et la met en application, sous le contrôle de ces mêmes électeurs. Le peuple ne délègue ses pouvoirs qu’à la condition qu’ils ne lui échappent jamais et il n’accepte une administration qu’à la condition qu’il participe lui-même à une certaine auto-administration.

Il est difficile de ranger la Commune selon les catégories classiques des pouvoirs institués. La volonté de mettre au centre le contrôle populaire l’identifie certes de façon fondamentale, mais la brièveté de son expérience et l’environnement dramatique de son action ont rendu impossible sa stabilisation. La Commune est un processus révolutionnaire et n’a pas eu le temps de devenir un régime. Elle n’en indique pas moins des possibles, que sa fin tragique nous laisse dans leur inachèvement tout autant que dans leur fulgurance.

5. Un pouvoir pour le peuple

C’est ainsi que ce pouvoir populaire, élu par la composante masculine du peuple et placé sous son contrôle, ne se contente pas des pouvoirs régaliens qui sont alors le cœur des attributs de l’État. La Commune s’inscrit en effet dans une tradition qui insiste sur le caractère indissociable de la trilogie républicaine de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Cette tradition est celle de « l’Égalité sainte » des sans-culottes et de la « République sociale », de la « République démocratique et sociale » ou plus simplement de la « Sociale » du mouvement ouvrier. Comme le dit « l’Appel aux travailleurs des campagnes », fortement inspiré par la romancière et journaliste André Léo, « Ce que Paris veut, en fin de compte, c’est la terre au paysan, l’outil à l’ouvrier, le travail pour tous. La guerre que fait Paris en ce moment, c’est la guerre à l’usure, au mensonge, et à la paresse ».

Dans cette conception, la République est une abstraction vide de sens si elle ne satisfait pas aux exigences les plus élémentaires de ceux qui, à l’écart de la propriété, sont voués à des destins précaires. « Tant qu’un homme pourra mourir de faim à la porte d’un palais où tout regorge, il n’y aura rien de stable dans les institutions humaines », déclarait Eugène Varlin en mai 1868, devant le tribunal chargé de juger l’Association internationale des travailleurs.

La Commune, sur ce point, doit agir dans l’urgence, plus qu’elle ne bâtit sur le long terme : le moratoire sur les loyers et les échéances ou la restitution des objets du Mont-de-piété en sont les exemples les plus visibles. Mais d’autres mesures commencent à aller au-delà, pour répondre à des demandes anciennes (comme l’interdiction du travail de nuit des boulangers et la suppression des amendes dans les entreprises) ou à des besoins plus immédiats (comme la réquisition des ateliers abandonnés).

Si elle en avait eu le temps, la Commune aurait sans nul doute poussé plus loin ce socialisme de l’association qui est en germe dans le développement des chambres syndicales (ébénistes, tapissiers…) et des coopératives de production (mécaniciens, cordonniers…) qui s’observent pendant la brève expérience communarde. C’est très officiellement que la Commune a cherché, avec Fränkel, à s’appuyer sur 42 associations ouvrières de production installées à Paris. De même, l’Union des Femmes de Nathalie Le Mel et Elizabeth Dmitrieff contribue activement à la mise en place des ateliers qui doivent fournir aux femmes du travail à domicile (6 mai).

Enfin, la Commune s’est efforcée d’installer un peu plus l’idée qu’une République ne peut être au service de la société, qu’elle ne peut être véritablement populaire si elle ne s’adosse pas à des valeurs qui sont à la fois des repères et des guides. Depuis la fin du XVIIIe siècle, les mouvements populaires modernes, de la sans-culotterie au mouvement ouvrier, ont reproché souvent aux institutions républicaines, formellement démocratiques, de mépriser les valeurs qu’elles étaient censées faire vivre.

En opposition avec ces politiques vivement critiquées, la Commune s’attache à promouvoir une conception du peuple qui tranche avec les images du passé. Le peuple du Paris insurgé n’est ni le peuple de la docilité ni celui du ressentiment. Dans l’esprit des Communards, il n’est pas le peuple chauvin criant parfois sa haine contre l’étranger, mais un peuple attaché à l’idée de « République universelle », accordant la citoyenneté à ceux qui venaient le rejoindre. Ce n’est pas un peuple vindicatif et ivre de sang, mais un peuple brûlant la guillotine sur la place Voltaire et s’attachant à abattre les symboles anciens de l’oppression et du despotisme. Ce n’est pas un peuple qui accepte de fait sa position subordonnée, mais qui aspire à sa promotion collective et individuelle, par l’accès réel à l’instruction égale et gratuite, dispensée aux deux sexes, et par la possibilité donnée à tou-te-s d’accéder à ce que Courbet et la Fédération des artistes appellent le « luxe communal ».

6. Forces et limites d’une expérience démocratique

Entre le moment où la Commune entre officiellement en fonction et les ultimes combats de la Semaine sanglante, on ne compte que soixante-trois jours[12]. Quatre à cinq seulement ont bénéficié d’un calme relatif ; tous les autres ont été dominés par la guerre civile. À partir du 21 mai, la Commune ne tient plus de réunion régulière à l’Hôtel-de-Ville. En tout, elle n’aura tenu que 54 séances ordinaires.

En cinq jours, la Commune a pourtant multiplié les mesures sociales, mis en place les dix commissions organisant son travail de long terme, décrété la séparation de l’Église et de l’État et fixé un traitement maximum pour les fonctionnaires. Le reste du temps, elle a dû tout à la fois poursuivre son œuvre de fond et mener une guerre de plus en plus déséquilibrée.

On dit parfois que la Commune a souffert de son manque de préparation, qu’elle a bavardé plus qu’elle n’a réalisé. On insiste souvent sur ses divisions réelles, qui ont pesé sur ses capacités à gouverner de façon cohérente. On s’attarde à juste titre sur la coupure dramatique qui s’établit, à partir de 1er mai, entre les partisans du resserrement des pouvoirs autour d’un Comité de salut public et ceux qui s’y refusent, craignant une confiscation de fait de la souveraineté populaire.

Mais qui pourrait nier que la capacité à gouverner suppose le temps serein de l’apprentissage des affaires publiques, locales ou nationales ? Or le temps alloué à la Commune n’a été ni étendu ni serein. Les communards ont eu à gérer les affaires courantes, à impulser des réformes et à conduire une guerre qu’ils ne pouvaient pas gagner, dès l’instant où le mouvement qu’ils incarnaient n’avait pas pu s’étendre durablement à l’échelle de la nation tout entière. Ils n’ont eu le temps ni de s’engager dans un véritable processus constituant, ni de produire les normes légales nécessaires au fonctionnement stable et durable d’un espace public refondé. Ils ont su toutefois prendre plusieurs mesures démocratiques et sociales, qu’ils ont même commencé à mettre en application, malgré la brutalité de la situation.

Quant aux dissensions, on a vu qu’on ne peut ni les nier ni les surestimer. La rigueur jacobine et la fibre contestataire sans-culotte, le sens de l’opportunité et l’impatience radicale, l’esprit qui commence à peine à se dire « libertaire » et le réalisme du combat contre la classe dirigeante : ces tensions fonctionnent bien avant l’expérience du printemps 1871. On les retrouve tout naturellement à l’œuvre pendant la Commune. C’est ainsi que les « jacobins » et les « blanquistes » sont davantage au cœur de l’expérience du Comité de salut public, tandis que les « internationaux » de l’AIT sont l’axe de la minorité hostile à la répétition de 1792-1793. Mais le choix qu’il faut alors faire est si complexe qu’il divise les sensibilités elles-mêmes : on trouve des jacobins dans le refus minoritaire et des internationaux dans le choix majoritaire. L’internationaliste Fränkel vote pour le Comité de salut public et le blanquiste Vermorel vote contre, au motif que « ce n’est qu’un mot et le peuple s’est trop longtemps payé de mots ».

En fait, la pression de la guerre et de ses contraintes gigantesques attise des dissensions qui, au départ, s’avéraient pourtant secondes par rapport à l’engagement commun. Or, sauf à capituler sans combattre, comment la Commune aurait-elle pu s’émanciper de cette pression impitoyable ? Ce n’est pas un hasard si les conflits les plus difficiles à dénouer se sont déployés dans le domaine militaire : conflit entre la règle démocratique étendue à la Garde nationale et l’exigence de discipline, conflit entre les chefs militaires et les commissions de l’Hôtel-de-Ville, conflit entre la Commune et le Comité central de la Garde nationale qui veut pouvoir peser à tout moment sur la direction des opérations militaires.

Les fossoyeurs de la Commune ont voulu en faire un anti-modèle, parenthèse apocalyptique qu’il faudrait à tout prix conjurer. Ce n’est pas pour autant qu’on doit en faire un modèle qu’il suffirait de reproduire à l’identique. La Commune a agi dans le contexte d’un Paris mobilisé, mais toujours assiégé et isolé du reste d’un pays accablé par la défaite. Elle a dû travailler l’existant avec des moyens limités et innover dans un environnement défavorable. 

Dans les pires conditions, elle a eu à gérer la contradiction entre l’exigence démocratique (qui suppose le temps de la délibération, de la décision, de la mise en œuvre et de l’évaluation) et une situation de guerre qui demande une prise de décision et une exécution dans les plus brefs délais.

La Commune nous lègue toutefois une ambition et un état d’esprit que d’autres républicains avaient parfois formalisés dans les mots, mais qu’elle a cherché à faire entrer dans les actes. La Commune a essayé de transposer dans les faits la célèbre et belle formule : un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Dans nos démocraties en crise, tout montre qu’un pouvoir qui se substitue de fait au peuple souverain conduit les sociétés modernes à la division, aux déchirements violents et à la désespérance. Or tout cela a nourri les fascismes du XXe siècle et stimule toujours les extrêmes droites du siècle suivant. La Commune essaya au contraire de faire des citoyens, jusqu’aux plus modestes, des fractions agissantes du peuple souverain.

La Commune n’est pas allée jusqu’au bout de ses rêves. Elle a eu d’incontestables limites. Mais ne payons-nous pas chèrement, aujourd’hui encore, qu’elle ait été noyée dans le sang, alors qu’elle aurait dû être encouragée et prolongée nationalement. ?

7. Un avenir pour la République ?

Beaucoup des idées qui portèrent en avant la Commune n’étaient pas l’œuvre des seuls communard-e-s. Au printemps de1869, par exemple, Léon Gambetta prononça dans le quartier de Belleville un discours-programme qui évoquait la séparation de l’Église et de l’État, l’instruction primaire laïque, gratuite et obligatoire, la suppression des armées permanentes, l’élection des fonctionnaires et « les réformes économiques qui touchent au problème social »[13].

Le mérite de la Commune est d’avoir cherché à mettre en application ce qui n’était que mots, et cela bien avant que d’autres républicains s’attachent à faire entrer ces mots dans la vie. Ce ne sont pas les républicains portés au pouvoir le 4 septembre qui proclament que « la République est le seul gouvernement possible ; elle ne peut être mise discussion » : c’est la Fédération de la Garde nationale républicaine dans ses statuts publiés au Journal officiel du 21 mars 1871.

Il faut attendre la loi constitutionnelle du 15 août 1884 pour que la République enfin consolidée se décide à en faire autant, en déclarant illégitime toute proposition de réforme mettant en cause « la forme républicaine des institutions ». Et ce n’est qu’en 1884, encore, qu’une loi municipale institue un régime communal républicain qui attribue une clause de compétence générale aux communes et décide définitivement de l’élection du maire par le conseil municipal. Or chacun s’accorde à reconnaître que cette inscription de la République dans la vie communale concrète fut une condition majeure de la victoire de l’idée républicaine dans notre pays.

De même, si le programme de Belleville promettait la séparation de l’Église et de l’État, si la Commune la décrète officiellement dès le 2 avril, ce n’est qu’en 1905 qu’est aboli le régime du Concordat dans les départements alors français[14]. Quant à la politique sociale, qui entend faire entrer dans l’État de droit le principe d’égalité inclus dans notre Déclaration des droits, elle a attendu plus longtemps encore, et pour une période relativement courte qui est malheureusement en train de se refermer aujourd’hui.

La Commune a été à la fois la dernière des grandes révolutions insurrectionnelles de la séquence 1789-1871 et l’amorce d’une longue période de structuration du mouvement ouvrier et de la gauche, en France et dans toute l’Europe. Elle a été une source de réflexion et d’optimisme pour une part non négligeable de la société française. Elle n’a certes jamais été l’objet de consensus, même chez celles et ceux qui s’en sont proclamés les héritiers. La diversité même de la Commune s’est retrouvée dans sa mémoire, si heureusement cultivée.

Certaines controverses se sont perpétuées, une fois asséchés les flots de sang des communard-e-s massacré-e-s. Le conflit de Marx et de Proudhon s’est prolongé dans le heurt des socialistes, puis des communistes et des anarchistes, des forces réputées « centralistes » et des « autogestionnaires » ou des « fédéralistes ». Paradoxalement, ces disputes ne font que confirmer que la Commune n’est pas morte, qu’elle est toujours un objet « chaud », une source de passion et de réflexion citoyenne intense.

Quelle qu’ait été parfois la violence des débats anciens, elle n’a jamais effacé le bien commun de la Commune, qui doit être encore le bien partagé de celles et ceux qui s’en réclament toujours. 

Notre pays déchiré par les inégalités et les discriminations, notre démocratie si malade nous disent plus que jamais ce qui devrait être une évidence. Une société ne peut fonctionner de façon apaisée, si elle ne repose pas sur l’égalité, la solidarité, l’esprit de partage et le souci du bien commun. Une démocratie est infirme si le peuple est méprisé, rejeté, s’il ne participe pas de façon plus directe et entière à l’exercice de la souveraineté.

Aujourd’hui, les communard-e-s ajouteraient sans nul doute : le monde ne peut survivre, si de nouveaux équilibres non destructeurs ne s’établissent pas entre les hommes et la nature qui est leur cadre de vie.

En bref, rien ne peut aller de l’avant si l’on ne donne pas sa place au peuple tel qu’il est et aux individus qui le composent. Avec sa portée et ses limites, c’est cette conviction que nous devons à la Commune. Voilà pourquoi notre association entend répercuter, encore et encore, le cri de l’Affiche rouge : Place au peuple ! Place à la Commune !

Bibliographie sommaire

    • Pierre Boisseau, “La République démocratique et sociale de 1871 : une forme originale de gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple”, dans G. Larguier et J. Quaretti, La Commune de 1871 : utopie ou modernité ?, Presses universitaires de Perpignan, 2000.
    • René Bidouze, La Commune de Paris telle qu’en elle-même, Le Temps des Cerises, 2008.
    • Marc César et Laure Godineau (dir.), La Commune de 1871. Une relecture, Créaphis éditions, 2019.
    • Quentin Deluermoz, Le crépuscule des révolutions 1848-1871, Le Seuil, 2012.
    • Laure Godineau, La Commune de Paris par ceux qui l’ont vécue, Parisgramme, 2010.
    • Bernard Noël, Dictionnaire de la Commune, Mémoire du Livre, 2000.
    • Claudine Rey, Annie Gayat et Sylvie Pépino, Petit dictionnaire des femmes de la Commune. Les oubliées de l’histoire, 2013
    • Jean-Louis Robert (dir.), Le Paris de la Commune 1871, Belin, 2015.
    • Kristin Ross, L’imaginaire de la Commune, La fabrique éditions, 2015
    • Jacques Rougerie, Paris libre 1871, Seuil, 1971-2004.
    • Jacques Rougerie, “La Commune et la gauche”, (J.-J. Becker, G. Candar [dir.], Histoire des gauches en France, La Découverte, vol. 1, 2004.

[1] La première a duré du 22 septembre 1792 au 18 mai 1799, la seconde du 24 février 1848 au 2 décembre 1851. La République a été proclamée une troisième fois le 4 septembre 1870.

[2] On en comptera une trentaine entre l’automne 1870 et le début de la Commune.

[3] Il est élu le 15 mars 1871 par 1 325 délégués de 215 bataillons.

[4] Le 5 septembre 1870, à l’initiative de la section parisienne de l’Association internationale des travailleurs, entre 400 et 500 délégués ouvriers décident de créer comités de vigilance dans chaque arrondissement. Le 11, ces comités se coordonnent dans un Comité central des vingt arrondissements. En janvier 1871, il prend le nom de Délégation des vingt arrondissements. Se réclamant du socialisme, largement inspirée par les idées de Proudhon, cette structure s’ouvre sur d’autres courants du mouvement républicain et ouvrier.

[5] « Préparez donc et faites de suite vos élections communales et donnez-nous pour récompense la seule que nous ayons jamais espérée, celle de vous voir établir la véritable République » (Appel du Comité central « Aux gardes nationaux », 18 mars 1871).

[6] Sur les clubs, voir Georges Beisson, « Les clubs sous la Commune », https://www.commune1871.org/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/chronologie-au-jour-le-jour/448-les-clubs-sous-la-commune

[7] C’est ainsi que la commission du travail, animée par Léo Fränkel, s’appuie sur l’activité de Nathalie Le Mel, Elizabeth Dmitrieff, Aline Jacquier, Aglaé Jarry, Thérèse Collin et Blanche Lefèvre.

[8] Le 26 mars, les électeurs parisiens désignent 91 élus, dont quelques-uns sont élus dans plusieurs arrondissements (dont Blanqui, alors emprisonné à la prison de Cahors). À la suite de nombreuses démissions et disparitions au combat, le Conseil est amputé d’un tiers de ses membres. Des élections complémentaires ont donc lieu le 16 avril. Au total, 81 conseillers ont effectivement rempli leur rôle, à un moment ou à un autre.

[9] Commission des finances, militaire, justice, sûreté générale, subsistances, travail-industrie-échange, services publics, enseignement, relations extérieures.

[10] 1,8 million d’habitants, 440 000 ouvriers, 485 000 inscrits sur les listes électorales, 230 000 votants, 162 000 votes en faveur de la Commune

[11] La mandataire est celui qui a reçu un mandat d’une personne ou d’un groupe de personnes ; le commis est celui qui est chargé par un autre d’une mission dont il doit rendre compte.

[12] Les dernières barricades de l’Est parisien tombent le 28 mai, mais le fort de Vincennes ne se rend que le 29 mai. À ce compte, la Commune n’a pas duré 72 jours, mais 73.

[13] Ces propositions sont reprises dans L’Avenir national, le 15 mai 1869. On les retiendra sous le nom de « Programme de Belleville ». Elles constitueront la base d’identification du Parti radical jusqu’au début du XXe siècle.

[14] On sait que le régime concordataire est resté en vigueur en Alsace, après son retour dans le territoire national en 1918.

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !