Archive pour anarchie assemblée de communauté

Comprendre les modèles politiques pour mieux lâcher prise du marasme induit actuel…

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« Résister, c’est ne pas consentir au mensonge. » (Albert Camus)

« La révolution anarchiste est aujourd’hui la révolution naturelle, celle qui ne se laisse pas divertir ou confisquer par des groupes, des partis ou des classes d’autorité. » (Lopez Arango)

 

Anarchie et Democratie

 

Robert Graham

 

4 juin 2017

 

Source:

https://robertgraham.wordpress.com/2017/06/03/robert-graham-anarchy-and-democracy/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La relation entre la démocratie et l’anarchie a toujours été ambivalente. Les deux concepts ont eu bien des interprétations différentes, à la fois positives et négatives. L’anarchie est souvent identifiée au chaos, une “guerre de tous contre tous” et au terrorisme. La démocratie est identifiée avec une “mafiocratie” juste à un cheveu de la tyrannie, ou simplement comme unes escroquerie. Mais lorsque vue sous une lumière plus constructive, l’anarchie et la démocratie partagent des caractéristiques bien similaires, spécifiquement lorsque la démocratie est conçue comme une organisation sociale qui donne aux gens le pouvoir de participer directement dans la prise de décisions en regard de leurs propre vies, lieux de travail et communautés, au lieu que ces décisions ne soient prises par des “représentants” soi-disant au nom du peuple. L’anarchie et la démocratie directe, en opposition à la démocratie représentative, recherchent toutes deux à réaliser une forme de liberté sociale et d’égalité dans la liberté. Les deux sont donc subversives à l’ordre social établi existant. Mais la tension entre l’anarchie, qui cherche à rejeter les règles et même la démocratie directe, qui incite à fournir l’auto-régulation collective, demeure. Et cette tension est quelque chose que les anarchistes ont particulièrement saisi depuis le temps de la révolution française de 1789.

Pendant la révolution française, il y eut un conflit ouvert entre les supporteurs du gouvernement représentatif ou du “parlementarisme” et les avocats de la démocratie directe et entre eux les avocats de la dictature révolutionnaire. Les fervents de la démocratie parlementaire étaient les avocats d’un système dans lequel le peuple (en l’occurence juste les mâles propriétaires), éliraient des représentants qui formeraient un gouvernement qui dirigerait tout le monde (incluant ceux n’ayant pas le droit de vote, comme les femmes et les ouvriers et paysans non propriétaires). Les partisans de la démocratie directe soutenaient que tout le monde devait être capable de participer directement dans la prise de décision politique en votant sur des sujets politiques dans leurs propres assemblées, voisinages, districts et communes. Ces deux groupes étaient inspirés par le philosophe français Jean-Jacques Rousseau (1712-1778).

Dans son livre “Du contrat social” (1762), Rousseau développa deux arguments  reliés que ses suiveurs et ses critiques, incluant les anarchistes, souvent mélangèrent. Le premier but de son livre était de donner une justification rationnelle pour l’autorité par le moyen de la notion de “contrat social” que chacun était assumé avoir accepté afin de créer un système de gouvernement qui garantirait à tous droits et libertés. Les anarchistes plus tard, dénoncèrent cet argument sur des bases historiques et théoriques, parce que le contrat social était entièrement hypothétique et parce que le système de gouvernement auquel tout le monde avait soi-disant donné son accord ne garantissait pas et ne pouvait pas garantir droits et libertés pour tous. En réalité, les gouvernements agissaient dans les intérêts d’une petite minorité de riches et de puissants, garantissant l’exploitation et la domination des masses.

Mais ce que bien des anarchistes n’apprécièrent pas fut la seconde partie de l’argument de Rousseau, à savoir quel type de gouvernement garantirait les droits et libertés de chacun. A cet égard, Rousseau se faisait l’avocat d’un système de démocratie directe et non pas parlementaire, et ce malgré les affirmations de ses soi-disants suiveurs, incluant quelques uns des jacobins de la révolution française. Dans un passage remarquable sur le système de gouvernement parlementaire anglais, Rousseau écrivit ceci: “Le peuple d’Angleterre se considère libre ; mais il fait grossièrement erreur, il n’est libre que durant les élections des membres de son parlement. Dès qu’ils sont élus, l’esclavage reprend le dessus et plus rien n’en sort. L’utilisation que le peuple fait de ces courts moments de liberté montre de fait qu’il mérite de les perdre.

Mais la notion de Rousseau sur la démocratie directe était unitaire, fondée sur sa notion de “volonté générale”, ce qui le mena, lui et ses disciples, à rejeter la démocratie directe conçue comme une fédération d’associations démocratiques directes et à l’idée qu’on peut “forcer les gens à être libre”, en les forçant à se conformer à la “volonté générale”, comme exprimée par la MAJORITE, qui soi-disant, exprime la véritable volonté du peuple. Les Jacobins utilisèrent ce type d’argument pour justifier l’interdiction des syndicats en France durant la révolution et de toute autre forme d’association qui pourrait défier leur pouvoir.

D’autres personnes prirent les idées de Rousseau dans une direction plus libertaire. Pendant la révolution française, le peuple de Paris créa un commune fondée sur les assemblées générales de chaque district où les gens votaient directement sur chaque sujet d’importance (NdT: la période des sections parisiennes de 1790-93, les sections communales se répandirent dans d’autres villes de France). L’anarcho-communiste Pierre Kropotkine (1842-1921) argumenta plus tard que ce fut là un bel exemple des “principes de l’anarchie” mis en pratique. Jean Varlet (1764-1837), un révolutionnaire français qui dénonçait les Jacobins et leur dictature, argumenta que seul le peuple au sein de ses assemblées démocratiques directes pouvait exprimer la véritable “volonté générale” et que quiconque déléguait la tâche de la représentation des vues des assemblées devait être rappelé à l’ordre ainsi ils ne pourraient pas substituer leurs “volontés particulières” à la volonté du peuple.

Les travailleurs européens commencèrent à créer des organisations syndicales enbryonaires, comme les sociétés d’aide mutuelle et les sociétés de “résistance” afin de mettre en commune leurs ressources et de coordonner les actions contre leurs employeurs. En France, une pratique de démocratie directe se développa au sein de bon nombre de ces organisations où les membres votaient directement sur des sujets d’ordre politique et tout officiel élu était rappelé voire révoqué s’il n’agissait pas en accord avec les vœux des membres de l’association.

Dans les années 1840, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) fut le premier à donner l’expression explicite d’idées anarchistes en France, il y avait un bon nombre de sociétés de travailleurs et d’associations qui pratiquaient une forme ou une autre de démocratie directe. Bien que Proudhon distingua l’anarchie “sans gouvernement” de l’”auto-gouvernement” de la démocratie lorsqu’il en vint à proposer des formes alternatives d’organisation sociale comme une forme positive “d’anarchie” pour remplacer les institutions économiques et politiques existantes, il inclut des formes d’organisation de démocratie directe ayant des délégués révocables, sujets à des mandats impératifs, comme la “banque du peuple” qui devait remplacer la Banque de France. En regard des entreprises à grande échelle, il se faisait l’avocat d’une forme d’auto-gestion ouvrière, où les ouvriers gèreraient leurs lieux de travail sur un base de démocratie directe.

Mais Proudhon avait bien conscience du problème d’adopter un système de la règle de la majorité, même dans des organisations en démocratie directe. En contraste avec Rousseau, il se fit l’avocat de l’association volontaire et du fédéralisme. Les travailleurs individuels (ou quiconque d’autre) ne pouvait pas être forcé à rejoindre une association et à la fois le groupe et les individus qui se fédéraient avec d’autres groupes seraient parfaitement libre de faire sécession de leurs associations et fédérations respectives. En conséquence, quelqu’un ou un groupe qui se retrouveraient continuellement dans un vote de minorité au sein d’une association ou d’une fédération pourraient quitter le groupe et former ou rejoindre une autre composée de gens ayant des vues plus similaires. Mais une tension demeurait en regard de savoir si un groupe particulier dans une minorité pouvait être forcé à se plier à la décision de la majorité.

Lorsque les suiveurs de Proudhon (dont beaucoup admettaient ne pas être anarchistes), essayèrent d’organiser une association internationale des travailleurs dans les années 1850-60, culminant dans la création en 1864 de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), la pratique de la démocratie directe au sein de la classe prolétaire était devenue bien établie en France. Les membres proudhoniens de l’Internationale la voyaient comme comme des organisations d’associations volontaires de travailleurs, qui devraient être fondées sur la notion de Proudhon de fédération, n’ayant aucun pouvoir de gouvernement centralisé. Le Conseil Général de l’Internationale devait être administratif et non pas un corps gouvernant et toutes les décisions politiques devraient être prises par des délégués révocables sujets à des mandats impératifs désignés lors des congrès annuels de l’Internationale.

Karl Marx (1818-1883), qui siégeait au conseil général, était fondamentalement en désaccord avec cette approche, ce qui finit par diviser l’Internationale en 1872 en Marx et ses supporteurs et les “fédéralistes”, “anti-autoritaires” et “anarchistes”. Marx essaya de transformer le conseil général en corps gouvernant qui imposerait des politiques à ses membres et aux groupes appartenant à l’Internationale et expulsa tous ceux qui ne s’y plièrent pas. Il s’opposa à toutes les tentatives de faire du conseil, un conseil de délégués mandatés par les associations membres et ce de façon à ce que le CG devienne, au mieux, un corps représentatif non issus de la démocratie directe. Une des politiques que Marx essaya d’imposer, malgré l’opposition de la majorité des groupes membres de l’Internationale, fut le requis que les membres créent des partis politiques de la classe ouvrière qui participeraient aux système existant de gouvernement représentatif avec pour objectif de “conquérir” le pouvoir politique (NdT: cet objectif fut consigné par Marx et Engels dans leur “Manifeste du parti communiste” de 1848 où tout ceci y est parfaitement établi noir sur blanc… Marx était un pragmatiste étatique à qui il est très difficile de prêter des idées “d’abolition de l’État” comme le fit plus tard le marxiste Maximilien Rubel et le fait de nos jours Francis Cousin, dont les analyses sont des plus pertinentes par ailleurs…).

Ce fut au travers du conflit de l’approche marxiste de la gouvernance interne de l’Internationale et l’imposition par Marx d’une politique commettant les groupes membres de l’Internationale à la participation de la politique parlementaire, que beaucoup d’opposants à Marx commencèrent à s’identifier comme étant anarchistes. Dans le processus, ils en vinrent à développer de nouvelles et parfois divergentes idées au sujet de la relation entre l’anarchie et la démocratie.

Michel Bakounine (1814-1876) est un cas. Avant de rejoindre l’Internationale en 1868, Bakounine avait dessiné plusieurs programmes révolutionnaires socialistes soutenant une forme anarchiste de démocratie directe. Par exemple, dans son programme de la “Fraternité Internationale” de 1866 pour les socialistes révolutionnaires, Bakounine promouvait une fédération de communes autonomes au sein desquelles, les individus et les groupes auraient les pleins droits de la liberté d’association, mais envisageait que finalement ces fédérations soient remplacées par des fédérations d’associations ouvrières “organisées non plus sur des requis politiques mais sur la production.” Ces vues étaient très similaires de celles de Proudhon et des éléments proudhoniens les plus radicaux de l’Internationale, bien qu’elles ne s’identifiaient pas encore comme étant anarchistes.

Ce que certaines d’entre elles vinrent à partager avec Bakounine fut un concept de l’anarchie comme une forme de ce que je décrirais comme “associatif” de la démocratie directe, elle-même conçue comme une association ou une fédération d’associations sans aucune autorité centrale ou État au-dessus d’elles, avec les groupes membres, chacun avec ses propres procédures de prise de décision en démocratie directe, coordonnant leurs activités au travers d’une fédération volontaire d’autres associations, utilisant le système des délégués révocables aux mandat impératifs aux plus niveaux niveaux de la fédération afin de poursuivre le cours de l’action commune.

Mais, en résultat des tentatives de Marx de transformer l’Internationale en une organisation pyramidale avec son CG agissant comme pouvoir exécutif, Bakounine et quelques autres internationalistes commencèrent à développer une critique de l’organisation fédérale qui posèrent des questions sur la démocratie directe associative à la fois en termes de la méthode par laquelle les groupes fédérés pourraient coordonner leurs activités tout en préservant leur autonomie et en termes d’organisation interne et des procédures de prise de décisions au sein des groupes associés. Bakounine et d’autres argumentaient que la seule façon d’empêcher un plus haut niveau de coordination, comme le CG, de se transformer en pouvoir exécutif, serait de fait de se débarrasser complètement des corps de coordination dans leur ensemble. En lieu et place, les associations variées communiqueraient directement les unes avec les autres afin de coordonner les activités, incluant l’organisation politique dans les conférences et les congrès, où les délégués des groupes variés débattraient de sujets du jour, comme la grève générale révolutionnaire contre la commune révolutionnaire, l’anarchisme communiste ou collectiviste, la propagande par le fait (l’action directe violente) et l’insurrection.

Lorsque les anti-autoritaires, fédéralistes et anarchistes reconstituèrent l’Internationale (NdT: sous la forme de la Fédération  du Jura de St Imier), ils firent un compromis sur ce sujet et se mirent d’accord pour avoir un bureau de correspondance et de coordination, mais les sièges de ce bureau seraient rotatifs d’une fédération à une autre chaque année. Plus important, l’internationale anti-autoritaire décida que toutes politiques endorsées dans un congrès international ne seraient pas obligées d’être suivies par les groupes membres. Il en revenait à chaque groupe et à ses membres de déterminer ultimement quelles politiques ils voudraient adopter (NdT: ceci est en fait très similaire au processus politique de la confédération iroquoise suivant Kaianerekowa depuis le XIIème siècle. Si une nation ne veut pas suivre une décision prise en conseil elle est libre de la faire pourvu que cela n’affecte en rien l’harmonie de la confédération). Ceci fut fait pour assurer que c’était bien les membres eux-mêmes au travers de leurs propres organisations de démocratie directe, qui feraient les politiques qu’ils suivraient, plutôt que des délégués de congrès internationaux, même si ceux-ci étaient sujets à des mandats impératifs (que les délégués pouvaient toujours violés comme cela se produisit en 1872 au congrès de La Haye, lorsque certains délégués des sections fédéralistes se rangèrent avec la marxistes, contrairement à ce que prévoyait leur mandat…).

Mais si des politiques endorsées en congrès par des délégués sujets à un mandat impératif ne pouvaient pas être forcées sur les groupes membre, dont les membres devaient décider eux-même des ces problèmes, comment alors des politiques adoptées par des membres de groupes constitutifs puissent être rendues obligatoires sur d’autres membres de ces groupes qui n’avaient pas voté en leur faveur ? Bakounine entre autre, commença à développer une critique des politiques d’obligation ou de législation, même si elles étaient décidées par un vote démocratique direct. Ceci mena à l’idée que voter devrait être remplacé par “l’accord librement consenti” et au développement des théories anarchistes de l’organisation plus basée sur les notions d’association volontaire que sur les notions de démocratie directe. Anarchie et démocratie commencèrent de nouveau à être conçues comme étant distinctes, plutôt que complémentaires, concepts tenus principalement par des anarchistes communistes comme Elisée Reclus (1830-1905), Errico Malatesta (1853-1932) et Pierre Kropotkine. (NdT: c’est la position également de Résistance 71 sur le sujet…)

Écrivant au sujet de la Commune de Paris de 1871, Kropotkine suggéra que la Commune n’avait pas besoin d’un gouvernement interne, ni d’un gouvernement centralisé au dessus d’elle, alors que les gens s’organisaient “librement en accord avec les nécessités qui leur étaient dictées par la vie elle-même.” Plutôt qu’une structure formelle même d’assemblées directes démocratiques fédérées en une commune ou une organisation de la taille d’une ville, puis de fédérations taille régionale, nationale et internationale, il y aurait “le plus haut développement de l’association volontaire dans tous ses aspects, à tous les degrés, pour tous les objectifs, toujours en mouvement, d’associations toujours en transformation qui portent en elles-mêmes les éléments de leur durée et assumant constamment de nouvelles formes répondant aux aspirations multiples de tous.

Tandis que quelques anarchistes et socialistes de l’Internationale anti-autoritaire commencèrent à bouger vers une position “communaliste”, comme Paul Brousse, Gustave Lefrançais et Adhémar Schwitzguébel, défendant une participation aux élections municipales et la création de communes socialistes, Elysée Reclus et d’autres anarcho-communistes rejetèrent cette approche, rappelant à tout le monde qu’ils n’étaient “pas plus communalistes qu’étatistes, nous sommes des anarchistes. Ne l’oublions pas.” Comme le fit plus tard Errico Malatesta: “les anarchistes ne reconnaissent pas la règle disant que la majorité en tant que telle, même si c’était possible, établisse au-delà de tout doute possible ce qu’elle veut et a le droit de s’imposer sur les minorités dissidentes par l’utilisation de la force.

Dans des endroits variés en Europe, quelques anarcho-communistes optèrent pour la constitution de petits groupes de militants anarchistes n’ayant aucun réseau ni fédération formels, ayant une prise de décision basée sur le libre accord de chacun des membres. En Espagne, la majorité des anarchistes continua de promouvoir l’utilisation de syndicats révolutionnaires et à utiliser une structure fédéraliste de démocratie directe ayant des délégués révocables sujet aux mandats impératifs aux plus hauts niveaux des fédérations. D’après l’historien anarchiste Max Nettlau (1865-1944), les groupes anarcho-communistes en France, qui seraient décrits aujourd’hui comme des “groupes d’affinités”, demeurèrent isolés du peuple ; ils étaient la fine fleur des idées anarchistes, “mais avaient peu de préoccupation pour le fruit qui devait sortir de la fleur.”

Il y eut un retour vers des formes d’organisation plus fédéralistes basées sur des groupes agissant en démocratie directe lorsque les anarchistes tournèrent une fois de plus leur attention sur les mouvements ouvriers d’auto-émancipation, menant à la montée des mouvements syndicalistes révolutionnaires et anarchistes d’avant la première guerre mondiale. Pendant  certains troubles révolutionnaires, les ouvriers commencèrent à créer leurs propres structures politiques, dont beaucoup avaient une structure de démocratie directe et en opposition aux gouvernements existants.

Les anarchistes participèrent à la création du premier soviet (assemblée populaire) durant la révolution russe de 1905 et également dans les soviets qui se montèrent en 1917 durant la révolution russe. Mais il y avait des préoccupations quant au fait que les soviets fonctionnaient plutôt comme des parlements ouvriers, leurs membres représentant les plateformes de leurs partis politiques plutôt que les vues des ouvriers qu’ils étaient supposés représenter. Pendant la révolution sociale espagnole (1936-39), une nouvelle forme d’auto-gestion en démocratie directe vit le jour sous l’impulsion des anarchistes, les “collectifs libertaires” dans lesquels tous les membres de la communauté participaient quelque soit leur rôle dans le processus de production et de distribution.

Les anarchistes critiques de la notion de gouvernance de la majorité, même au sein d’organisations démocratiques directes, comme Malatesta, participèrent néanmoins à ces mouvements, cherchant à les pousser aussi loin que possible. Ceci était également l’approche recommandée par Kropotkine. Malgré le fait que leur but était l’anarchie, où les relations sociales et la prise de décision collective seraient basées sur l’accord libre et l’association volontaire, ils reconnaissaient que les organisations populaires de démocratie directe étaient un grand pas en avant vers cet objectif.

Dans les années 1960, Murray Bookchin argumenta pour une communauté directement démocratique ou d’assemblées de voisinages, qui permettrait à tout le monde de participer directement à la prise de décision politique et ce comme vase politique pour une forme écologique et décentralisée d’anarchisme. Mais il vit également un rôle très positif dans les groupes d’affinités, qui agiraient comme “catalyseurs” révolutionnaires et formeraient aussi le “tissu cellulaire” d’une société éco-anarchiste  ainsi que des conseils d’usines ou de lieux de travail par lesquels les ouvriers et travailleurs gèreraient leurs propres lieux de travail. Plus tard, Bookchin se focalisa plus sur le concept de gouvernement municipal en démocratie directe qu’il appela le “communalisme” et finit par rejeter l’étiquette d’anarchiste.

Pendant les mouvements anti-nucléaires des années 1970-80, parmi la seconde vague plus radicale de féminisme de cette ère, puis les mouvements anti-mondialisme et “occupy” des années plus récentes, les anarchistes ont recherché à créer des mouvements sociaux fondés sur les groupes d’affinités s’étendant dans de plus vastes réseaux, créant un amalgame de formes sociales qui combine ces groupes avec des formes plus variées de démocratie directe et de fédération volontaire, similaire en cela à ce que Bookchin envisageait dans les années 1960.

Des anarchistes contemporains, tel l’anthropologue politique David Graeber, conçoivent la démocratie directe en de plus vastes termes que Bookchin, reconnaissant qu’il y a des formes “non-occidentales” de démocratie directe qui sont plus basées sur le consensus, en contraste avec des systèmes où les décisions sont essentiellement prises à la majorité. Des théoriciennes féministes politiques comme Carole Paterman ont aussi critiqué la règle de la majorité simple au sein des formes de démocratie directe, disputant le fait que ceux se trouvant dans la minorité ne pouvait pas être forcés à obéir [à la majorité], car cela réintroduirait la domination au sein des groupes.

Pourtant, le débat pour savoir si anarchie et démocratie sont compatibles continue. On peut argumenter pour toujours plus de processus de décisions sophistiqués, qui sont plus inclusifs et qui permettent d’empêcher la domination de groupes ou de personnalités plus fortes, ou de ceux qui simplement sont plus actifs ou sont plus motivés ; d’aucun peut aussi dire que le concept de “démocratie” est devenu si corrompu que les anarchistes ne devraient même plus employer le terme.

On pourrait tout aussi argumenter que le concept “d’anarchie” est devenu si tordu dans l’imaginaire populaire que ses connotations négatives pèsent maintenant plus lourd  que le positif et que le concept devrait simplement être abandonné. Ceci dépend vraiment des circonstances concrètes dans lesquelles vous vous trouvez. Plutôt que de se disputer sur quel terme employer, promouvoir ou adopter, peut-être serait-il plus judicieux de travailler avec les autres à la création d’organisations non-hiérarchiques dans lesquelles chacun a vraiment une voix et son mot à dire et puis de là, voir où tout cela peut vous emmener…

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Lire notre dossier « L’illusion démocratique »

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Leçon politique: De la démocratie à la liberté en société organique égalitaire…

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De la démocratie à la liberté

CrimethInc

24 Avril 2016

url de l’article:

https://robertgraham.wordpress.com/2016/04/24/crimethinc-from-democracy-to-freedom/

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Critiques anarchistes de la démocratie

La démocratie est l’idéal politique le plus universel de notre temps. George Bush l’a invoqué pour justifier son invasion de l’Irak ; Obama a félicité les rebelles de la place Tahir pour l’amener en Egypte ; Occupy Wall Street a clâmé avoir distillé sa forme la plus pure. De la République Populaire Démocratique de Corée du Nord à la région autonome du Rojava en Syrie, pratiquement tous les gouvernements ou mouvements populaires se qualifient eux-mêmes de “démocratiques”.

Et quelle est le mode de guérison pour les problèmes de démocratie ? Tout le monde s’accorde: plus de démocratie… Depuis le début de ce siècle, nous avons été les témoins d’une floppée de nouveaux mouvements promettant de délivrer la vraie démocratie, en contraste avec des institutions démocratiques ostentatoires qu’ils décrivent comme exclusives, coercitives et aliénantes.

Y a t’il un fil commun reliant toutes ces différentes sortes de démocratie ? Laquelle est la “vraie” ? Chacune d’entre elles peut-elle délivrer l’inclusivité et la liberté que nous associons avec ce mot ?

Forcés que nous sommes par nos propres expériences dans des mouvements de démocratie directe, nous sommes retournés à ces questions. Notre conclusion est que les déséquilibres dramatiques dans le pouvoir politique et économique qui ont amené les gens dans la rue à New York ou à Sarajevo ne sont pas des défauts incidentels de démocraties spécifiques, mais de caractéristiques structurelles remontant aux origines de la démocratie elle-même ; elles apparaissent dans quasiment tous les exemples de gouvernements démocratiques au fil des âges. La démocratie représentative a préservé tout l’appareil bureaucratique qui fut originellement inventé pour servir les rois, la démocratie directe tend à le reproduire à une plus petite échelle, même en dehors des structures formelles de l’État. La démocratie n’est pas la même chose que l’auto-détermination.

Bien des bonnes choses sont régulièrement décrites comme démocratiques. Ceci n’est pas une dispute contre les discussions, les collectifs, les assemblées, les réseaux, les fédérations ou travailler avec des gens avec lesquels vous n’êtes pas toujours d’accord. L’argument est en fait que lorsque nous nous engageons dans ces pratiques, si nous comprenons ce que nous faisons comme étant la “démocratie”, comme une forme de gouvernement participatoire plutôt qu’une pratique collective de la liberté, alors tôt ou tard, nous recréerons tous les problèmes associés avec les formes moins démocratiques de gouvernement. Ceci vaut pour la démocratie représentative tout comme pour la démocratie directe et même pour le processus du consensus.

Plutôt que de se faire les champions des procédures démocratiques en tant que fins en elles-mêmes, alors retournons aux valeurs qui nous ont attiré vers la démocratie en première instance comme l’égalitarisme, l’inclusivité, l’idée que chaque personne devrait contrôler sa propre destinée. Si la démocratie n’est pas le meilleur moyen d’actualiser tout ceci alors qu’est-ce qu’il l’est ?

Alors que des luttes de plus en plus farouches secouent aujourd’hui les “démocraties”, les enjeux de cette discussion deviennent de plus en plus importants. Si nous allons de l’avant pour essayer de remplacer l’ordre prévalent avec une version plus participatrice de la même chose, nous allons passer notre temps à revenir au point de départ et d’autres qui partagent notre désillusion vont commencer à graviter vers des laternatives bien plus autoritaires. Nous avons besoin d’un cadre qui puisse remplir les promesses que la “démocratie” a trahi…

Créer des espaces de rencontre

A la place de sites formels de prise de décision centralisés, nous proposons une variété d’espaces de rencontre où les gens peuvent s’ouvrir les uns aux autres, aux influences et trouver d’autres personnes qui partagent leurs priorités. Rencontre veut dire transformation mutuelle: établir des points de référence communs, des préoccupations communes. L’espace de rencontre n’est pas un corps représentatif possédant l’autorité de prendre des décisions pour les autres, ni non plus un corps gouvernant employant la règle majoritaire ou de consensus. C’est une opportunité pour les gens d’expérimenter dans des configurations d’action différentes sur une base d’association volontaire.

Le conseil de prise de parole qui a immédiatement précédé les manifestations de 2001 contre la zone de libre-échange au sommet des Amériques de la ville de Québec fut un espace classique de ce type de rencontre. La réunion a mis en contact un grande variété de groupes autonomes qui avaient convergé du monde entier pour manifester contre le FTAA (Free Trade Agreement Act). Plutôt que de tenter de prendre des décisions à suivre, les participants introduisirent les initiatives que leurs groupes avaient déjà préparées et coordonnées pour le bénéfice mutuelle de tous à chaque fois que possible.

La plupart de la prise de décision se produisit après, dans des discussions formelles inter-groupes. De cette façon, des milliers de personnes purent synchroniser leur action sans avoir besoin d’un leadership central(isé), sans avoir à donner à la police beaucoup de vues sur la grande variété de plans qui se déroulèrent par la suite. Si le conseil avait employé un modèle organisationnel ayant eu l’intention de produire une unité et la centralisation, les participants auraient tout aussi bien passer la nuit entière en des disputes sans fin et sans résultat probant au sujet de leurs objectifs, stratégies et de quelles tactiques suivre.

Note de Résistance 71: Ceci correspond tout à fait à la façon dont les choses se passent dans bon nombre de sociétés traditionnelles amérindiennes et autres. Prenons l’exemple de la Confédération Iroquoise que nous connaissons le mieux, parce qu’explicitement structurée et divulguée aux profanes que nous sommes. Imaginons que la confédération des 6 nations désire prendre une décision sur un sujet particulier parce que cela touche l’ensemble de la confédération. En apparence, la décision est prise par le conseil des chefs de la confédération. Mais en fait, ce qu’il se passe est similaire à ce qui vient d’être décrit. Les clans de chaque nation vont en décider et prendre une décision unanime qui sera représentée par le chef de clan, les chefs de clans de réunissent en conseil de nation et prennent un décision pour chaque nation de la confédération, qui reflète le consensus atteint par les gens de chaque clan représentés par leur chef (qui n’a aucun pouvoir) et qui ne sont que les portes-parole de leurs gens. Ainsi, lorsque les chefs des nations s’assoient dans le grand conseil de la confédération (assistés des “mères de clans” qui désignent les chefs sans pouvoir…), ceux-ci ont déjà un avis de consensus de leur peuple qu’il représente. La décision sera prise par consensus… ou pas. Une décision est prise à l’unanimité et est toujours le reflet de la décision des gens qui décident et demandent à leur “chef” de les représenter formellement. Si la décision n’est pas prise, alors chacun repart retrouver un consensus. Imaginons qu’une des nations soit pour une chose et les autres pas. Le consensus sur ce point est impossible ? alors la nation en question pourra agir comme bon lui semble POURVU QUE ses actions n’interfèrent en rien au déroulement de la Grande Loi de la Paix, kaiane’re:kowa. Ceci s’est déjà produit dans l’histoire de la Confédération Iroquoise.

La plupart des mouvements sociaux de ces deux dernières décennies ont été des modèles hybrides juxtaposant des espaces de rencontre avec une certaine forme de démocratie. Dans le mouvement Occupy (Wall Street) par exemple, les camps d’occupation servaient d’espaces de rencontre ouverts à toute idée, tandis que les Assemblées Générales (AG) se tenaient pour fonctionner formellement comme corps de prise de décisions en démocratie directe. La plupart de ces mouvements parvinrent à un maximum d’efficacité parce que les rencontres qu’elles facilitaient ouvraient des opportunités pour l’action autonome, pas parce qu’elles centralisaient les activités des groupes au travers de la démocratie directe.

Beaucoup des décisions prises qui donnèrent au mouvement Occupy Oakland un plus grand impact sur d’autres campements du mouvement Occupy, incluant le refus de négocier avec la mairie et la réaction militante à la première expulsion, furent le résultat d’initiatives autonomes et non pas d’un processus de consensus.

Pendant ce temps là, quelques occupants interprétèrent le processus de consensus comme une sorte de cadre légal décentralisé dans lequel toute action prise par quelque participant que ce soit dans l’occupation, devrait demander le consentement de tous les participants.

Comme le rappelle un participant: “Une des premières fois où la police a essayé de pénétrer dans le camp d’Occupy Oakland, ils furent immédiatememt encerclés et invectivés par un groupe d’environ une vingtaine de personnes. D’autres personnes n’étaient pas contents de ce qui se passait et de la réaction . Une des personnes les plus vocales de ces pacifistes se positionna devant ceux qui confrontaient la police, croisa ses avants-bras en forme de “X”, symbole d’un grand désaccord dans le langage de signes du processus consensuel et dit: “vous ne pouvez pas faire çà ! Je vous bloque !” Pour lui, le consensus était un outil de contrôle horizontal, donnant à chacun le droit de supprimer quelque action des autres trouvée désagréable.” Si nous approchons la rencontre comme la force motrice de ces mouvements plutôt qu’une matière première devant être façonnée au travers du processus démocratique, cela pourrait nous aider à mettre la priorité sur ce que nous faisons le mieux.

Les anarchistes, frustrés par les contradictions du discours démocratique se sont parfois retirés pour s’organiser eux-mêmes en accord avec une seule affinité préexistante. Pourtant la ségrégation mène à la stagnation et à la fractionalité. Il est mieux de s’organiser sur la base de nos conditions et de nos besoins ainsi nous venons en contact avec tous les autres qui les partagent. Seulement lorsque nous nous comprenons comme des nodes au sein de collectivités dynamiques, pouvons-nous comprendre des métamorphoses rapides auxquelles le peuple est sujet dans le processus d’expériences politiques telles celle du mouvement Occupy ; et l’énorme puissance de la rencontre nous transforme si nous nous ouvrons à elle.

Démocratie directe: Société organique et assemblées de communauté…

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Assemblées de communauté

Robert Graham

19 Avril 2016

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https://robertgraham.wordpress.com/2016/04/19/community-assemblies/

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

L’idéal contractuel cherche à réduire toute relation à des relations contractuelles, éliminant à terme le besoin de tout processus politique public. Murray Bookchin a argumenté du contraire, qu’il y a, ou devrait y avoir, une véritable sphère publique dans laquelle tous les membres d’une communauté sont libres de participer et capables de prendre des décisions collectives en regard de la politique qui devra ietre suivie par la communauté. Les assemblées de communauté en contraste avec les conseils ouvriers, donnent une voix à tout le monde dans le processus de prise de décision collectif et non pas seulement à ceux qui sont directement onmpliqués dans le processus de production. De telles assemblées fonctionneraient de la même manière peu ou prou que les “collectifs anarchistes” durant le révolution espagnole de 1936-39 comme documenté par Gaston Leval.

Quoi qu’il en soit, des questions se posent en regard de la relation entre les assemblées de communautee et les autres formes d’organisaton, que ce soit les conseils ouvriers d’usine, les syndicats ou les assemblées de communauté dans d’autres domaines ou même des associations volontaires en général. En plus de rejeter la règle de la majorité, les anarchistes ont historiquement non seulement soutenus le droit des individus et des groupes de s’associer, de former des réseaux et de se fédérer avec d’autres individus ou groupes, mais également de faire sécession ou de se désassocier d’eux. On ne peut pas avoir d’associations volontaires fondées sur une appartenance obligatoire.

Ne considérant pas les difficultés à déterminer la “volonté” d’une assemblée (que ce soit par le vote à la majorité simple de ceux présents, comme Bookchin le préconisait, ou par des moyens plus sophistiqués), sauf dans de rares cas d’unanimité, on s’attendrait à ce que des désaccords sincères et réels sur des décisions publiques continuent à se produire et ce même après l’abolition des intérêts de classe. La mise en application (forcée) des décisions des assemblées n’exacerberait pas seulement le conflit, mais encouragerait aussi le factionalisme, avec des gens partageant le même type d’idées et d’intérêts se réunissant pour s’assurer que leurs vues et positions prédominent dans les assemblées. En de telles circonstances, “l’altruisme positif et l’attitude de coopération volontaire” tendent à s’atrophier, tandis que le point de focalisation de l’action collective devient la réalisation de moyens de coercition légaux pour faire prévaloir une vision au lieu de solliciter la coopération des autres.

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Note de Résistance 71: C’est pour cela que nous pensons que les décisions prises en assemblée ne doivent pas être prise “à la majorité”, ce qui crée automatiquement une division du groupe entre ceux qui sont “majoritaires” sur tel point et les autres ; mais que les décisions doivent être prise à l’unanimité. Le collectif doit parvenir à un consensus décisionnaire. C’est en fait bien plus facile qu’on le croit pourvu qu’une chose essentielle soit réalisée: qu’il n’y ait plus de raison de faire triompher des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Comment ? En supprimant d’emblée la possibilité de l’exploitation de quiconque par autrui, c’est à dire en supprimant la possibilité de propriété privée et de l’accumulation de pouvoir comme de richesses.