Archive pour anarchie et liberté

Changement de paradigme… Non à la hiérarchie autant inutile qu’obsolète

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 14 août 2016 by Résistance 71

Anarchie contre hiérarchie

Questions réponses sur l’Anarchie

 

29 juillet 2016

 

url de l’article original:

http://robertgraham.wordpress.com/2016/07/29/an-anarchist-faq-20th-anniversary/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Si on est anti-autoritaire, on doit s’opposer à toutes institutions hiérarchiques, car elles personnifient le principe même d’autorité. Car, comme argumente Emma Goldman: “ce n’est pas seulement le gouvernement au sens de l’État qui est destructeur de toute valeur et qualité individuelles, c’est le complexe d’autorité dans sa totalité et sa domination institutionnelle qui étouffe, étrangle la vie. C’est la superstition, le mythe, la prétention, évasions et soumission qui soutiennent l’autorité et la domination institutionnelle.[“Red Emma Speaks”, p-435[

Ceci veut dire qu’il y a “qu’il y aura toujours un besoin de découvrir et de dépasser des structures hiérarchiques, l’autorité et la domination et les contraintes sur la liberté: l’esclavage, le salariat-esclavage [c’est à dire le capitalisme], le racisme, le sexisme, les écoles, l’éducation autoritaire etc..” [Noam Chomsky, “Language et politique” p.364]

C’est pourquoi l’anarchiste consistant doit s’opposer à toutes relations hiérarchiques aussi bien qu’à l’État. Être un anarchiste veut dire s’opposer à toute hiérarchie qu’elle soit économique, sociale ou politique. L’argument pour ceci (si tant est qu’on en est besoin d’un vraiment…) est ceci:

“Toutes les institutions autoritaires sont organisées de manière pyramidale: l’État, les entreprises privées, l’armée, la police, l´église, l’université, l’école, l’hôpital… ce sont toutes des structures pyramidales ayant un petit groupe de personnes décidant en leur sommet et une très large base de gens en bas à qui les les décisions s’adressent. L’anarchisme ne veut pas un changement d’étiquette des couches de la société, il ne veut pas de personnes différentes en haut (NdT: à la grande différence des marxistes), il veut que nousnous extirpions de la base.” [Colin Ward “Anarchy in Action” p.22]

Les hiérarchies “partagent une caractéristique commune: ce sont des systèmes organisés de commandement et d’obéissance” et donc les anarchistes “cherchent à éliminer la hiérarchie en tant que telle, pas simplement remplacer une forme de hiérarchie par une autre.” [Bookchin dans “the Ecology of Freedom”, p.27] Une hiérarchie est une organisation à structure pyramidale composée d’une série de grades, de niveaux ou de bureaux de pouvoir, de prestige et généralement de rémunération croissants. Les universitaires qui ont étudiés la forme hiérarchique ont trouvé que les deux principes fondamentaux en sont la domination et l’exploitation. Par exemple dans son désormais classique “Que font les patrons?” (Review of Radical Political Economy, Vol. 6, No. 2), une étude sur l’industrie moderne, Steven Marglin a trouvé que la fonction principale de la hiérarchie entrepreneuriale n’est pas une plus grande efficacité de production (comme l’affirment corps et âmes les capitalistes…), mais un plus grand contrôle sur les ouvriers, le but de ce contrôle accru étant une exploitation plus efficace.

Le contrôle dans la hiérarchie est maintenu par la coercition, c’est à dire par la menace de sanctions négatives d’une manière ou d’une autre: physique, économique, psychologique, sociale etc… Un tel contrôle, incluant la répression de la dissidence et de la rébellion, nécessite de ce fait une centralisation: un système de relations de pouvoir dans lequel le plus grand contrôle est exercé par le petit nombre au sommet (particulièrement la tête de l’organisation), tandis que ceux de rangs intermédiaires ont moins de contrôle et ceux d’en bas n’en ont virtuellement aucun.

Comme la domination, la coercition, la centralisation sont des caractéristiques essentielles de l’autoritarisme et comme ces caractéristiques sont personnifiées dans les hiérarchies, toutes les institutions hiérarchiques sont autoritaires par nature. De plus, pour les anarchistes, toute organisation marquée d’une forme de hiérarchie, de centralisme et d’autoritarisme est similaire à l’État ou “étatique” ; comme les anarchistes s’opposent à la fois à l’État et aux relations autoritaires, quiconque ne cherche pas à démanteler TOUTES les formes de hiérarchie ne peut donc pas être appelé anarchiste. Ceci s’applique aux entreprises capitalistes. Comme le fait remarquer Noam Chomsky, la structure de l’entreprise capitaliste est extrêmement hiérarchique, en fait fasciste par nature:

“Un système fasciste… est absolutiste, le pouvoir ne va que de haut en bas… l’État idéal est un contrôle de haut en bas, le public ne faisant que suivre les ordres.

Regardons les entreprises, corporations… Si vous regardez ce qu’elles sont, le pouvoir est strictement dirigé du haut vers le bas, du comité directeur aux gérants, aux sous-gérants, adjoints et à la fin au petit personnel de la boutique, celui qui tape les messages etc… Il n’y a aucune forme de pouvoir remontant de la base. Les gens peuvent gêner et faire des suggestions, la même chose est vraie dans une société esclavagiste. La structure du pouvoir est linéaire, du haut vers le bas.”

[Keeping the Rabble in Line, p. 237]

David Delaeon indique très bien ces similarités entre l’entreprise et l’État lorsqu’il écrit:

“La vaste majorité des entreprises industrielles sont comme des dictatures militaires. Ceux d’en bas sont les fantassins de base, les superviseurs/contre-maîtres les sergents et ainsi de suite dans la hiérarchie. L’organisation est en mesure de tout dicter, de la tenue vestimentaire à la coupe de cheveu, en passant par comment passer le plus clair de son temps dans et hors du boulot ; elle peut supprimer la liberté d’expression, de presse et d’assemblée, elle peut utiliser des carte d’identité et des personnels de sécurité privés et armés, des systèmes de vidéo-surveillances pour nous contrôler, elle peut punir les “mécontents et dissidents” par des mesures de licenciement disciplinaire (NdT: souvent maquillé en “faute professionnelle”…) comme l’appelle le management. On nous force à accepter ceci par les circonstances ou alors d’aller rejoindre les rangs de ces millions de chômeurs… Dans pratiquement tous les boulots nous n’avons qu’un seul droit: celui de démissionner. Les décisions les plus importantes sont prises en haut et nous sommes supposés obéir sans poser de questions, que nous travaillions dans une tour d’ivoire ou une mine de fond. [“For Democracy Where We Work: A rationale for social self-management”, Reinventing Anarchy, Again, Howard J. Ehrlich (ed.), pp. 193-4]

Ainsi l’anarchiste consistant doit s’opposer à la hiérarchie sous toutes ses formes, incluant celle de l’entreprise capitaliste. Ne pas le faire est soutenir l’archie, ce qu’un an-archiste par définition, ne peut pas faire. Pour les anarchistes “les promesses d’obéissance, les contrats d’esclavage salarial, les accords demandant l’acceptation d’un statut de subordonné, sont tous illégitimes parce que tout ceci restreint l’autonomie et la liberté individuelle.” [Robert Graham, “The Anarchist Contract, Reinventing Anarchy, Again, Howard J. Ehrlich (ed.), p. 77] La hiérarchie par conséquent est contre les principes de base qui pilotent l’anarchisme. Elle nie ce qui nous rend humain et “divertit la personnalité de ses plus importants traits de caractère; elle nie la notion même que l’individu est compétent pour gérer sa propre vie mais aussi son contexte le plus important: le contexte social.” [Murray Bookchin, Op. Cit., p. 202]

Leçon politique: De la démocratie à la liberté en société organique égalitaire…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 29 avril 2016 by Résistance 71

De la démocratie à la liberté

CrimethInc

24 Avril 2016

url de l’article:

https://robertgraham.wordpress.com/2016/04/24/crimethinc-from-democracy-to-freedom/

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Critiques anarchistes de la démocratie

La démocratie est l’idéal politique le plus universel de notre temps. George Bush l’a invoqué pour justifier son invasion de l’Irak ; Obama a félicité les rebelles de la place Tahir pour l’amener en Egypte ; Occupy Wall Street a clâmé avoir distillé sa forme la plus pure. De la République Populaire Démocratique de Corée du Nord à la région autonome du Rojava en Syrie, pratiquement tous les gouvernements ou mouvements populaires se qualifient eux-mêmes de “démocratiques”.

Et quelle est le mode de guérison pour les problèmes de démocratie ? Tout le monde s’accorde: plus de démocratie… Depuis le début de ce siècle, nous avons été les témoins d’une floppée de nouveaux mouvements promettant de délivrer la vraie démocratie, en contraste avec des institutions démocratiques ostentatoires qu’ils décrivent comme exclusives, coercitives et aliénantes.

Y a t’il un fil commun reliant toutes ces différentes sortes de démocratie ? Laquelle est la “vraie” ? Chacune d’entre elles peut-elle délivrer l’inclusivité et la liberté que nous associons avec ce mot ?

Forcés que nous sommes par nos propres expériences dans des mouvements de démocratie directe, nous sommes retournés à ces questions. Notre conclusion est que les déséquilibres dramatiques dans le pouvoir politique et économique qui ont amené les gens dans la rue à New York ou à Sarajevo ne sont pas des défauts incidentels de démocraties spécifiques, mais de caractéristiques structurelles remontant aux origines de la démocratie elle-même ; elles apparaissent dans quasiment tous les exemples de gouvernements démocratiques au fil des âges. La démocratie représentative a préservé tout l’appareil bureaucratique qui fut originellement inventé pour servir les rois, la démocratie directe tend à le reproduire à une plus petite échelle, même en dehors des structures formelles de l’État. La démocratie n’est pas la même chose que l’auto-détermination.

Bien des bonnes choses sont régulièrement décrites comme démocratiques. Ceci n’est pas une dispute contre les discussions, les collectifs, les assemblées, les réseaux, les fédérations ou travailler avec des gens avec lesquels vous n’êtes pas toujours d’accord. L’argument est en fait que lorsque nous nous engageons dans ces pratiques, si nous comprenons ce que nous faisons comme étant la “démocratie”, comme une forme de gouvernement participatoire plutôt qu’une pratique collective de la liberté, alors tôt ou tard, nous recréerons tous les problèmes associés avec les formes moins démocratiques de gouvernement. Ceci vaut pour la démocratie représentative tout comme pour la démocratie directe et même pour le processus du consensus.

Plutôt que de se faire les champions des procédures démocratiques en tant que fins en elles-mêmes, alors retournons aux valeurs qui nous ont attiré vers la démocratie en première instance comme l’égalitarisme, l’inclusivité, l’idée que chaque personne devrait contrôler sa propre destinée. Si la démocratie n’est pas le meilleur moyen d’actualiser tout ceci alors qu’est-ce qu’il l’est ?

Alors que des luttes de plus en plus farouches secouent aujourd’hui les “démocraties”, les enjeux de cette discussion deviennent de plus en plus importants. Si nous allons de l’avant pour essayer de remplacer l’ordre prévalent avec une version plus participatrice de la même chose, nous allons passer notre temps à revenir au point de départ et d’autres qui partagent notre désillusion vont commencer à graviter vers des laternatives bien plus autoritaires. Nous avons besoin d’un cadre qui puisse remplir les promesses que la “démocratie” a trahi…

Créer des espaces de rencontre

A la place de sites formels de prise de décision centralisés, nous proposons une variété d’espaces de rencontre où les gens peuvent s’ouvrir les uns aux autres, aux influences et trouver d’autres personnes qui partagent leurs priorités. Rencontre veut dire transformation mutuelle: établir des points de référence communs, des préoccupations communes. L’espace de rencontre n’est pas un corps représentatif possédant l’autorité de prendre des décisions pour les autres, ni non plus un corps gouvernant employant la règle majoritaire ou de consensus. C’est une opportunité pour les gens d’expérimenter dans des configurations d’action différentes sur une base d’association volontaire.

Le conseil de prise de parole qui a immédiatement précédé les manifestations de 2001 contre la zone de libre-échange au sommet des Amériques de la ville de Québec fut un espace classique de ce type de rencontre. La réunion a mis en contact un grande variété de groupes autonomes qui avaient convergé du monde entier pour manifester contre le FTAA (Free Trade Agreement Act). Plutôt que de tenter de prendre des décisions à suivre, les participants introduisirent les initiatives que leurs groupes avaient déjà préparées et coordonnées pour le bénéfice mutuelle de tous à chaque fois que possible.

La plupart de la prise de décision se produisit après, dans des discussions formelles inter-groupes. De cette façon, des milliers de personnes purent synchroniser leur action sans avoir besoin d’un leadership central(isé), sans avoir à donner à la police beaucoup de vues sur la grande variété de plans qui se déroulèrent par la suite. Si le conseil avait employé un modèle organisationnel ayant eu l’intention de produire une unité et la centralisation, les participants auraient tout aussi bien passer la nuit entière en des disputes sans fin et sans résultat probant au sujet de leurs objectifs, stratégies et de quelles tactiques suivre.

Note de Résistance 71: Ceci correspond tout à fait à la façon dont les choses se passent dans bon nombre de sociétés traditionnelles amérindiennes et autres. Prenons l’exemple de la Confédération Iroquoise que nous connaissons le mieux, parce qu’explicitement structurée et divulguée aux profanes que nous sommes. Imaginons que la confédération des 6 nations désire prendre une décision sur un sujet particulier parce que cela touche l’ensemble de la confédération. En apparence, la décision est prise par le conseil des chefs de la confédération. Mais en fait, ce qu’il se passe est similaire à ce qui vient d’être décrit. Les clans de chaque nation vont en décider et prendre une décision unanime qui sera représentée par le chef de clan, les chefs de clans de réunissent en conseil de nation et prennent un décision pour chaque nation de la confédération, qui reflète le consensus atteint par les gens de chaque clan représentés par leur chef (qui n’a aucun pouvoir) et qui ne sont que les portes-parole de leurs gens. Ainsi, lorsque les chefs des nations s’assoient dans le grand conseil de la confédération (assistés des “mères de clans” qui désignent les chefs sans pouvoir…), ceux-ci ont déjà un avis de consensus de leur peuple qu’il représente. La décision sera prise par consensus… ou pas. Une décision est prise à l’unanimité et est toujours le reflet de la décision des gens qui décident et demandent à leur “chef” de les représenter formellement. Si la décision n’est pas prise, alors chacun repart retrouver un consensus. Imaginons qu’une des nations soit pour une chose et les autres pas. Le consensus sur ce point est impossible ? alors la nation en question pourra agir comme bon lui semble POURVU QUE ses actions n’interfèrent en rien au déroulement de la Grande Loi de la Paix, kaiane’re:kowa. Ceci s’est déjà produit dans l’histoire de la Confédération Iroquoise.

La plupart des mouvements sociaux de ces deux dernières décennies ont été des modèles hybrides juxtaposant des espaces de rencontre avec une certaine forme de démocratie. Dans le mouvement Occupy (Wall Street) par exemple, les camps d’occupation servaient d’espaces de rencontre ouverts à toute idée, tandis que les Assemblées Générales (AG) se tenaient pour fonctionner formellement comme corps de prise de décisions en démocratie directe. La plupart de ces mouvements parvinrent à un maximum d’efficacité parce que les rencontres qu’elles facilitaient ouvraient des opportunités pour l’action autonome, pas parce qu’elles centralisaient les activités des groupes au travers de la démocratie directe.

Beaucoup des décisions prises qui donnèrent au mouvement Occupy Oakland un plus grand impact sur d’autres campements du mouvement Occupy, incluant le refus de négocier avec la mairie et la réaction militante à la première expulsion, furent le résultat d’initiatives autonomes et non pas d’un processus de consensus.

Pendant ce temps là, quelques occupants interprétèrent le processus de consensus comme une sorte de cadre légal décentralisé dans lequel toute action prise par quelque participant que ce soit dans l’occupation, devrait demander le consentement de tous les participants.

Comme le rappelle un participant: “Une des premières fois où la police a essayé de pénétrer dans le camp d’Occupy Oakland, ils furent immédiatememt encerclés et invectivés par un groupe d’environ une vingtaine de personnes. D’autres personnes n’étaient pas contents de ce qui se passait et de la réaction . Une des personnes les plus vocales de ces pacifistes se positionna devant ceux qui confrontaient la police, croisa ses avants-bras en forme de “X”, symbole d’un grand désaccord dans le langage de signes du processus consensuel et dit: “vous ne pouvez pas faire çà ! Je vous bloque !” Pour lui, le consensus était un outil de contrôle horizontal, donnant à chacun le droit de supprimer quelque action des autres trouvée désagréable.” Si nous approchons la rencontre comme la force motrice de ces mouvements plutôt qu’une matière première devant être façonnée au travers du processus démocratique, cela pourrait nous aider à mettre la priorité sur ce que nous faisons le mieux.

Les anarchistes, frustrés par les contradictions du discours démocratique se sont parfois retirés pour s’organiser eux-mêmes en accord avec une seule affinité préexistante. Pourtant la ségrégation mène à la stagnation et à la fractionalité. Il est mieux de s’organiser sur la base de nos conditions et de nos besoins ainsi nous venons en contact avec tous les autres qui les partagent. Seulement lorsque nous nous comprenons comme des nodes au sein de collectivités dynamiques, pouvons-nous comprendre des métamorphoses rapides auxquelles le peuple est sujet dans le processus d’expériences politiques telles celle du mouvement Occupy ; et l’énorme puissance de la rencontre nous transforme si nous nous ouvrons à elle.