Résistance politique: En savoir plus sur la société, l’État, la désobéissance civile et la commune libre pour mieux agir – 4ème et dernièrepartie –

Voici la 4ème et dernière partie de notre essai compilateur sur la société, l’état, la désobéissance civile et la commune libre. Dans cette dernière partie nous adressons la question de la commune libre et de sa confédération avec les autres communes libres.

Plus nous y pensons, plus nous nous informons, plus nous mettons en pratique ces concepts et plus cela devient l’évidence même que là réside l’avenir de l’humanité. Le chemin est long certes, mais tout long voyage a toujours, toujours commencé avec le premier pas, qui a déjà été historiquement fait comme nous le voyons ici. Les peuples se sont laissés entraînés à musarder. Signe O combien signifiant de leur juvénilité.

Allez, chiche on grandit ? Ensemble ?

— Résistance 71 —

 

Petits précis sur la société, l’état, la désobéissance civile et la commune volontaire autogérée, solution au marasme systémique actuel, 4ème partie et dernière

1ère partie

2ème partie

3eme partie

 

Le 10 Janvier 2013

 

par Résistance 71

 

Zinn parle en conclusion de “choses que peuvent faire les citoyens pour commencer à bâtir la nouvelle société”. Il ne donne pas d’exemple spécifique bien que Zinn fut plus que sympathisant de la vision anarchiste d’une société libertaire, autogérée, non hiérarchique et anti-autoritaire. Notre vision est celle des communes libres autogérées s’associant librement au sein de confédérations. Si la désobéissance civile est un outil nécessaire pour que le peuple trace les lignes de tolérance, ces mesures d’action directe doivent à notre sens être suivies de la construction, d’abord au niveau local puis par fédération des groupes, d’un contre-pouvoir autogestionnaire où les institutions seraient court-circuitées par les associations libres de travailleurs et de résidents, librement associées au sein de communes libres et autogérées. C’est le contre-pouvoir autogestionnaire qui rendra le système institutionnel sclérosé obsolète de lui-même et qui le fera tombé comme le fruit pourri qu’il est.
Qu’est-ce qu’une commune libre ? Il y en a eu plusieurs exemples dans l’Histoire: des cités médiévales du XIème au XVème siècles naquit un embryon de confédération, les sections parisiennes de la révolution française en 1792-93, la Sibérie rurale de l’époque de Kropotkine, la Commune de Paris de 1871, le premier soviet de 1905, l’Ukraine Makhnoviste de 1918 à 1921, Cronstadt 1921, l’Andalousie de 1868 à 1939, les communes espagnoles durant la révolution 1936-39, les sociétés matriarcales autochtones des Amériques et les expériences alternatives éparses du XXème siècle en occident.
Dans son recueil de 1895 “Paroles d’un révolté”, Pierre Kropotkine, nous décrit la Commune Libre qui vit une certaine application embryonnaire de principes dans la Commune de Paris en 1871, même si bien des erreurs furent commises, dans une conjoncture de guerre des plus troubles.
Kropotkine commence d’emblée de la sorte: “Quand nous disons que la révolution sociale doit se faire par l’affranchissement des communes et que ce sont les communes, absolument indépendantes, affranchies de la tutelle de l’État, qui pourront seules nous donner le mileu nécessaire à la révolution et le moyen de l’accomplir, on nous reproche de vouloir rappeler à la vie une forme de société qui s’est déjà survécue, qui a fait son temps. La Commune nous dit-on, est un fait d’autrefois ! En cherchant à détruire l’État et à mettre à sa place les communes libres, vous tournez vos regards vers le passé, vous voulez nous ramener au Moyen-Age, rallumer les guerres antiques entre elles et détruire les unités nationales, si péniblement conquises dans le cours de l’Histoire !

En fait il est très possible de faire exactement la même critique aux défenseurs de l’État, ce dont Kropotkine ne se prive d’ailleurs pas:
L’état est une forme aussi ancienne que la commune. Il y a seulement cette différence: tandis que l’État nous représente dans l’Histoire la négation de toute liberté, l’absolutisme et l’arbitraire, la ruine de ses sujets, l’échafaud et la torture, c’est précisément dans l’affranchissement des communes contre les États que nous retrouvons les plus belles pages de l’Histoire ; portons nos regards vers les communes ou républiques d’Amalfi et de Florence, vers celles de Toulouse et de Laon, vers Liège et Courtray, Augbourg et Nüremberg, vers Pskov et Novgorod… Entre la commune du Moyen-Age et celle qui peut s’établir aujourd’hui, et probablement s’établira bientôt, il y aura des différences essentielles: tout un abîme creusé par cinq ou six siècles de développement de l’humanité et de rudes expériences… La commune de demain saura qu’elle ne peut admettre de supérieur; qu’au dessus d’elle il ne peut y avoir que les intérêts de la Fédération, librement consentie par elle-même avec d’autres communes. Ou bien la commune sera absolument libre de se donner toutes les institutions qu’elle voudra et de faire toutes les réformes et révolutions qu’elle trouvera nécessaires, ou bien elle sera ce qu’elle a toujours été jusqu’à aujourd’hui, une simple succursale de l’État, enchaînée dans tous ses mouvements, toujours sur le point de rentrer en conflit avec l’état et sûre de succomber dans la lutte qui s’en suivrait. Elle sait qu’elle doit briser l’État et doit le remplacer par la Fédération; elle agira en conséquence; plus que cela, elle en aura les moyens…
Kropotkine aborde ensuite un élément essentiel du changement progressiste et émancipateur: l’égalité sociale sans laquelle aucune égalité politique et donc aucune liberté réelle n’est possible. L’État actuel qui a pris la forme de « démocratie » parlementaire, de « démocratie » représentative, a donné une certaine forme d’égalité politique, même si celle-ci dans le temps, a dégénéré en illusion, garantissant plus de pouvoir et de privilèges à la caste dominante. Le problème majeur est qu’il ne peut pas y avoir d’égalité politique sans égalité sociale. Le tour de force illusioniste de la démocratie représentative a été de convaincre les peuple qu’une (relative) égalité politique était égale a l’égalité économique en amalgamant judicieusement les deux, en omettant la seconde au profit d’une hypertrophie idéologique de la première. Mission accomplie ! Les peuples occidentaux vivant sous le régime de « démocratie » représentative sont convaincus vivre en “démocratie” et que “l’égalité” a été atteinte dans la société, ne se réferrant qu’à une égalité politique tronquée sans vraiment le savoir. Ceux qui en doute, pensent quoi qu’il en soit, que les “progrès” ont été tels, comparant aujourd’hui à hier et avant-hier, que cela est à porter au crédit de l’état, qui ne peut donc pas être si mauvais et est source de progrès, même si ses supporteurs reconnaissent sa perfectibilité et certains travers. On ne fait ma foi pas d’omelette sans casser des œufs. Ils oublient un peu vite que tout progrès social a été conquis de haute lutte et que ni l’État, ni la caste dominante n’auraient lâché quelque morceau que ce soit sinon contraints et forcés par les luttes sociales.
Voici ce que dit Kropotkine concernant la commune libre et le concept d’égalité sociale:
La première préoccupation de la commune ne sera t’elle pas de mettre fin à ces inégalités sociales ? De s’emparer de tout le capital social accumulé dans son sein et de le mettre à la disposition de ceux qui veulent s’en servir pour produire et augmenter le bien-être général ? Son premier soin ne sera t’il pas de briser la force du capital et de rendre à jamais impossible la création de l’aristocratie qui causa la chute des communes du Moyen-Age ? Ira t’elle prendre pour alliés l’évêque et le moine ? Enfin imitera t’elle ses ancêtres qui ne recherchait dans la Commune qu’un État dans l’État. Les prolétaires (travailleurs) de notre siècle imiteront-ils ces Florentins, qui tout en abolissant les titres de noblesse ou en les faisant porter comme une flétrissure, laissaient naître une autre aristocratie: celle de la grosse bourse ?.. Changeront-ils seulement les hommes sans toucher aux institutions ? Certainement non. La commune moderne, forte de son expérience fera mieux… Elle ne supprimera pas l’État pour le reconstituer et bien des communes sauront montrer l’exemple en abolissant le gouvernement de procuration, en se gardant de confier leur souveraineté aux hasards du scrutin.
Beaucoup pensent que Kropotkine prend la commune libre moyen-âgeuse comme modèle. Rien de plus faux. Kropotkine, comme plus tard Bookchin le fera, reconnaît la commune libre des XIème-XVème siècles pour ce qu’elle est: une tentative d’échapper au joug seigneurial et royal, mais il n’en est pas dupe et connaît parfaitement les limites de l’expérience, que personne ne prend comme modèle, mais comme exemple historique de ce qui peut émerger du refus de l’autorité centralisée. Voici ce que Kropotkine nous dit sur ces communes anciennes: “La commune du Moyen-Age après avoir secoué le joug de son seigneur, chercha t’elle à le frapper dans ce qui faisait sa force ? Chercha t’elle à venir en aide à la population agricole qui l’entourait et, pourvue d’armes que le serf des campagnes n’avait pas, mit-elle ces armes au service des malheureux qu’elle regardait orgueuilleuse du haut de ses murs ? Loin de là ! Guidée par un sentiment purement égoïste, la commune du Moyen-Âge s’enferma dans ses remparts. Que de fois n’a t’elle pas fermé ses portes et levé ses ponts devant les esclaves qui venaient lui demander refuge et ne les a t’elle pas laissé massacrer par le seigneur, sous ses yeux, à la portée de ses arquebuses. […] La commune du Moyen-Age cherchait à se circonscrire dans ses murs; celles du XIXème siècle (et plus-avant) à s’étendre, à s’universaliser. A la place des privilèges communaux, elle a mis la solidarité humaine.
Pour sa forme pratique, Kropotkine précise:
Grâce à la variété infinie des besoins de l’industrie, du commerce, tous les lieux habités ont déjà plusieurs centres auxquels ils se rattachent et à mesure que leurs besoins se développeront, ils se rattacheront à de nouveaux centres qui pourront subvenir à des nécessités nouvelles. Nos besoins sont si variés, ils naissent avec une telle rapidité, que bientôt une seule fédération ne suffira plus à les satisfaire tous. La commune se sentira donc la nécessité de contracter d’autres alliances, d’entrer dans une autre fédération. Membre d’un groupe pour l’acquisisition des denrées alimentaires, la Commune devra se faire membre d’un autre groupe pour obtenir d’autres objets qui lui sont nécessaires, les métaux par exemple et puis encore d’un troisième ou quatrième groupe pour du textile ou autres choses… Les fédérations de communes, si elles suivaient leur libre développement, viendraient bientôt s’enchevêtrer, se croiser, se superposer et former ainsi un réseau bien autrement compact, ‘un et indivisible”, que ces groupements étatistes, qui ne sont que juxtaposés, comme les verges en faisceau autour de la hache du licteur. Ainsi, répétons-le, ceux qui viennent nous dire que les communes, une fois débarassées de la tutelle de l’État, vont se heurter et se détruire entre elles par des guerres intestines, oublient une chose: la liaison intime qui existe déjà entre les diverses localités grâce aux centres de gravitation industrielle et commerciale; grâce à la multitude de ces centres, à leurs incessantes relations… Souvenons-nous de ces fédérations qui surgirent spontanément en Espagne et sauvèrent l’indépendance du pays lorsque l’État était ébranlé jusque dans ses fondements lors de la conquête des armées de Napoléon. Dès que l’État n’est plus à même d’imposer l’union forcée, l’union surgit d’elle-même, selon les besoins naturels. Renversez l’État et la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même.
Kropotkine passe ensuite à l’analyse d’un cas particulier de commune moderne de son epoque: la “Commune de Paris”, publié en 1882, onze ans après celle-ci.  Dans son analyse il dit ceci de manière visionnaire: “D’après les socialistes allemands, l’État devrait prendre possession de toutes les richesses accumulées et les donner aux associations ouvrières, organiser la production et l’échange, veiller à la vie, au fonctionnement de la société. Ce à quoi les socialistes latins, forts de leur expérience, répondaient qu’un pareil État, en admettant même que par impossible il put exister, eût été la pire des tyrannies et ils opposaient à cet idéal, copié sur le passé, un idéal nouveau, l’anarchie, c’est à dire l’abolition complète des États et l’organisation du simple au composé par la fédération libre des forces populaires, des producteurs et des consommateurs.”
Toute porteuse d’espoirs immenses qu’elle fut, la Commune de 1871 n’en demeura pas moins une ébauche qui commît beaucoup d’erreurs fatales comme Kropotkine le nota: “La Commune de 1871 ne pouvait être qu’une première ébauche. Née à l’issue d’une guerre, cernée par deux armées prêtes à se donner la main pour écraser le peuple, elle n’osa se lancer entièrement dans voie de la révolution économique; elle ne se déclara pas franchememt socialiste, ne procéda ni à l’expropriation des capitaux, ni à l’organisation du travail; ni même au recensement général de toutes les ressources de la cité. Elle ne rompît pas non plus avec la tradition de l’État, du gouvernement représentatif et elle ne chercha pas à effectuer dans la commune cette organisation du simple au complexe qu’elle inaugurait en proclamant l’indépendance et la libre fédération des communes.
[…]
Sachons aussi que la prochaine révolution qui, en France et certainement en Espagne, sera communaliste, reprendra l’œuvre de la Commune de Paris là où l’ont arrêté les assassinats des Versaillais. La Commune succomba et la bourgeoisie se vengea, nous savons comment, de la peur que le peuple lui avait faite en secouant le joug de ses gouvernants… ‘Terrassée mais non vaincue’, la Commune renaît aujourd’hui. Ce n’est plus seulement un rêve de vaincus caressant dans leur imagination un beau mirage d’espérance; non ! ‘La Commune’ devient aujourd’hui le but précis et visible de la révolution qui gronde déjà près de nous. L’Idée pénètre les masses, elle leur donne un drapeau et nous comptons sur la présente génération pour accomplir la révolution sociale dans la commune, pour venir mettre fin à l’ignoble exploitation bourgeoise, débarasser les peuples de la tutelle de l’État, inaugurer dans l’évolution de l’espèce humaine, une nouvelle ère de liberté, d’égalité et de solidarité.

Kropotkine questionne ensuite la sempiternelle tactique révolutionnaire qui voit très souvent son camp se diviser. Faut-il assurer d’abord la victoire ou se soucier de la révolution sociale avant tout ? La Commune de Paris voyait son indépendance comme un outil, la révolution sociale étant son but. Elle n’en eût pas le temps, mais une grande indécision règnait dans les esprits et selon Kropotkine: “Alors on se laissa berner par ce raisonnement que les endormeurs répètent depuis des siècles: ‘Assurons-nous d’abord de la victoire, nous verrons ensuite ce que nous pourrons faire !.. S’assurer d’abord la victoire ! Comme si on pouvait constituer une commune libre sans toucher à la propriété !.. On cherchait à consolider d’abord la Commune en renvoyant à plus tard la révolution sociale, tandis que l’unique moyen de procéder était de consolider la Commune par la révolution sociale !..  En proclamant la Commune libre, le peuple de Paris proclamait un principe essentiellement anarchiste, mais comme à cette époque l’idée anarchiste n’avait que faiblement pénétré dans les esprits, il s’arrêta à moitié en chemin et au sein de la Commune il se prononça encore pour le vieux principe autoritaire, en se donnant un conseil de Commune, copié sur les conseils municipaux. Si nous admettons en effet qu’un gouvernement central est absolument inutile pour régler les rapports des communes entre elles, pourquoi en admettrions-nous la nécessité pour règler les rapports mutuels des groupes qui constituent la Commune ? Un gouvernement dans la commune n’a pas plus de raison d’être qu’un gouvernement au dessus de la commune. Mais en 1871, le peuple de Paris, qui a renversé tant de gouvernements n’en était qu’à son premier essai de révolte contre le système gouvernemental et il se donna un gouvernement […] Lors de la prochaine révolution, le peuple saura ce qu’il faut faire, il saura ce qui l’attend s’il ne remporte pas une victoire décisive et il agira en conséquence… Après avoir donné un bon coup de balais aux parasites qui le rongent, il s’emparera lui-même de toute la richesse sociale pour la mettre en commun selon les principes du communisme anarchiste et lorsqu’il aura aboli complètement la propriété, le gouvernement et l’État, il se constituera librement selon les nécessités qui lui seront dictées par la vie elle-même. Brisant ses chaînes et renversant ses idoles, l’humanité marchera alors vers un meilleur avenir, ne connaissant plus ni maitres ni esclaves, ne gardant de la vénération que pour les nobles martyrs qui ont payés de leur sang et de leurs souffrances, ces premières tentatives d’émancipation, qui nous ont éclairées dans notre marche vers la conquête de la liberté.
Kropotkine avait étudié de près le processus révolutionnaire et il avait fini par réaliser, vraisemblablement à juste titre, qu’un des fondements majeur de la révolution sociale passerait par l’expropriation des propriétaires des moyens de production, de distribution et de services, qu’ils soient privé ou étatique. Il écrivit à ce sujet: “Le jour où, en conséquence du développement de la situation révolutionnaire, les gouvernements seront balayés par les peuples et la désorganisation jetée dans le camp de la bourgeoisie, qui ne se maintient que par la protection de l’État, ce jour là, et il n’est pas si loin, le peuple insurgé n’attendra pas qu’un gouvernement quelconque décrète dans sa sagesse inouïe des réformes économiques. Il abolira lui-même la propriété individuelle par l’expropriation violente, en prenant possession, au nom du peuple entier, de toute la richesse sociale accumulée par le travail des générations précédentes […] Le baron industriel qui prélève le butin sur l’ouvrier, une fois évincé, la production continuera en se débarassant des entraves qui la gênent, en abolissant les spéculations qui la tuent et le gâchis qui la désorganise et en se transformant conformément aux nécessités du moment sous l’impulsion qui lui sera donnée par le travail libre. ‘Plus jamais on ne labourera en France comme en 1793, après que la terre fut arrachée des mains des seigneurs’, écrivit Michelet. Jamais on n’a travaillé comme on travaillera le jour où le travail sera devenu libre, où chaque progrès du travailleur sera une source de bien-être pour l’entière commune.
Enfin Kropotkine est pratiquement le seul révolutionnaire à convenir d’une évidence pourtant importante qu’il est particulièrement vital de comprendre avant toute chose, à savoir que tout révolutionnaire ne va pas bien loin le ventre vide. C’est aussi simple que cela. A cet égard, il faut donner une attention toute particulière aux campagnes, chose que la révolution française a perdu de vue et que toutes les révolutions qui ont suivies (sauf celle menée par Mao Tsé Toung plus tard) ont également perdu de vue ou carrément ignoré, dans la pure tradition marxiste du slogan voulant que  le “prolétariat est la seule classe révolutionnaire”. Kropotkine est lucide et clair à ce sujet:
Il y a pourtant une lacune regrettable dans les réunions populaires que nous désirons signaler: rien ou presque n’est fait pour les campagnes. Tout s’est borné aux villes. La campagne semble ne pas exister pour les travailleurs des villes. Même les orateurs qui parlent du caractère de la prochaine révolution évitent de mentionner les campagnes et le sol. Ils ne connaissent pas le paysan et ses désirs et ne se hasardent pas à parler en son nom… L’émancipation du prolétariat ne sera même pas possible, tant que le mouvement révolutionnaire n’enbrassera pas les villages. Les communes insurgées ne sauraient même pas tenir un an si l’insurrection ne se propageait pas dans les villages. Lorsque l’impôt, l’hypothèque, la rente, seront jetés aux quatre vents et abolies ainsi que les institutions qui les prélèvent, il est certain que les villages comprendront les avantages de cette révolution…
La révolution ne sera victorieuse que le jour où le travailleur des usines et le cultivateur des champs marcheront la main dans la main à la conquête de l’égalité pour tous, en portant le bonheur dans les chaumières tout comme dans les édifices des grandes agglomérations industrielles
.”
En ce qui concerne l’organisation plus moderne de la commune libre, nous pouvons nous référer aux témoignages et analyses de l’anarchiste et économiste espagnol Diego Abad de Santillan, qui fut un des leaders du mouvement anarchiste espagnol et de son organisation libertaire lors de la révolution espagnole des années 1930. Il fut secrétaire à la Federacion Anarquista Iberica (FAI) en 1935 et rédacteur en chef des publications “Solidaridad Obrera” (Solidarité Ouvrière) et “Tierra y Liberdad” (Terre et Liberté). De Santillan écrivit une analyse “Après la révolution” en 1937, c’est à dire durant la révolution espagnole. Ses analyses demeurent aujourd’hui d’excellentes références quant à la fonctionalité au quotidien d’une révolution libertaire, qui une fois de plus a défriché le terrain et montré la perfectibilité de l’affaire. Nous devons ici noter que De Santillan fut ministre de l’économie dans la république espagnole et fut de ceux qui pensèrent qu’il était possible de réformer le système étatique de l’intérieur, il fut une fois de plus prouvé que cela ne peut pas marcher.
Dans le chapitre “L’organisation du travail”, de Santillan nous dit: “Nous avons parfaitement conscience que le chemin de la reconstruction du monde n’est pas libre de tout obstacle, d’erreurs et de croisées des chemins. Aucun humain n’est infaillible, encore moins les institutions, quelque soit leur niveau révolutionnaire. Ce qui est important comme première étape est de créer un organisme qui résoudra les problèmes quotidiens et immédiats de la révolution. Cet organisme, nous pensons, ne peut pas être autre chose que le travail organisé, sans intervention de l’état et sans intermédiaires ni parasites. Nous ne pouvons pas revenir au primitivisme, nous devons aspirer à un régime de production et de distribution géré par les producteurs et les consommateurs eux-mêmes, réalisant ainsi la coordination maximale de tous les facteurs productifs […] A la place du capitaliste, du propriétaire privé et de l’entrepreneur, nous aurons paré la révolution des conseils industriels, de magazins, qui seront constitués des travailleurs, des exécutifs, des techniciens en représentation du personnel des entreprises, qui auront le droit de modérer et de révoquer leurs délégués. Personne ne connaît mieux que les travailleurs qu’eux-mêmes et les dispositions de chacun dans un environnement déterminé. Là, lorsque tout le monde connaît tout le monde, la pratique de la démocratie est possible.”
Plus loin, de Santillan explique: “Avec la révolution, la propriété privée est supprimée, mais la fabrication doit continuer et suivre les mêmes méthodes et développement de production. Ce qui change, c’est la distribution des produits, qui au lieu d’obéir aux lois de l’intérêts et des bénéfices, doit satisfaire les besoins généraux sur une base équitable. L’usine n’est pas un organisme isolé, elle ne peut pas non plus fonctionner indépendemment. Elle est partie prenante d’un réseau complexe, qui s’étend au travers des localités, régions et nation et au-delà des frontières.
Dans le domaine pratique, la vie sociale et professionnelle en Espagne révolutionnaire était organisée comme suit:
Les conseils d’entreprises seront combinés par leur relation fonctionnelle et formeront les syndicats de producteurs de produits similaires, les syndicats du commerce ou d’industrie. Ces nouvelles entités n’ont pas d’autorité propre dans la structure interne des localités. Elles s’occupent de la modernisation des outils et des méthodes, elles gèrent la fusion et la coordination des entreprises, la suppression des entités non-productives etc… Les syndicats sont les organismes de représentation de la production locale et non seulement se préoccupent-ils de sa préservation, mais conditionnent le futur, créant des écoles d’apprentissage, des instituts de recherche et des laboratoires expérimentaux en accord avec les besoins, les moyens et l’initiative présents et futurs. Les syndicats sont co-ligués en accord avec les fonctions de base de l’économie que nous divisons en dix-huit secteurs ou branches générales d’activités nécessaires à la marche progressiste d’une société moderne. Ces secteurs sont les suivants:

  • Conseil à l’alimentation
  • Conseil des industries de construction
  • Conseil de l’habillement et du textile
  • Conseil de l’agriculture
  • Conseil de la production animalière
  • Conseil des forêts
  • Conseil des mines et de la pêche
  • Conseil des utilités publiques
  • Conseil du transport
  • Conseil de la communication
  • Conseil de l’industrie chimique
  • Conseil sanitaire
  • Conseil de la métallurgie
  • Conseil des économie locales
  • Conseil des économies régionales
  • Conseil fédéral de l’économie
  • Conseil du commerce et de l’échange
  • Conseil des activités culturelles, éducatives et de publication

Ceci bien sûr ne représente qu’un exemple de structure libertaire fonctionnel mais bien sûr tout à fait perfectible. Ceci fut appliqué dans l’Espagne des années 1930 avec beaucoup de succès avant que la ligue des intérêts particuliers ne se coalisent (républiques, monarchies, fascismes brun et rouge ainsi que l’église) pour écraser dans le sang la menace directe à leur oligarchie historique.

Le lien d’une telle société repose sur un confédéralisme, une association volontaire des associations volontaires en quelque sorte. Le mouvement du municipalisme libertaire créé par l’ancien marxiste devenu anarchiste américain et fondateur du mouvement d’écologie sociale Murray Bookchin, définit et analyse ainsi le confédéralisme en 1990 (traduit de son essai “The meaning of Confederalism”):
Le décentralisme et la durabilité autogérée doivent impliquer un principe d’organisation sociale bien plus large qu’un simple localisme. Avec la décentralisation, les approximations de l’auto-suffisance, des communautés à l’échelle de gestion humaine, les écotechnologies, etc, il y a également un besoin pour des formes démocratiques et vraiment communautaires d’interdépendance, bref pour des formes libertaires de confédéralisme.
[…] Qu’est-ce que le confédéralisme ? C’est avant tout un réseau de conseils administratifs dont les membres ou les délégués sont élus au cours d’assemblées populaires face-à-face, ce dans de nombreux villages, villes et même des voisinages de grandes villes. Les membres de ces conseils confédérés sont mandatés de manière stricte, leur mandat est révocable à tout moment et sont directement responsables devant les assemblées qui les ont élus. Leur fonction est donc purement administrative et pratique, ils n’ont pas de fonction de décideurs politiques comme dans la fonction représentative des systèmes républicains de gouvernement.
Une vision confédéraliste implique une distinction claire entre la décision politique et la coordination pour l’exécution des politiques adoptées. La décision politique demeure le seul droit des assemblées populaires des communes basée sur les pratiques de la démocratie participative. L’administration et la coordination sont les responsabilités des conseils confédéraux, qui deviennent les moyens pour lier les villages et communes entre eux, les villes, les voisinages. Le pouvoir radie de ce fait du bas vers le haut et non plus du haut vers le bas et dans les confédérations, la fluidité du pouvoir du bas vers le haut diminue le champ d’action du conseil confédéral.
Un élément crucial pour donner une réalité au confédéralisme est de maintenir l’interdépendance des communautés pour un mutualisme authentique basé sur le partage des ressources, des produits et de la politique décionnaire. Si une communauté n’est pas obligée de compter sur les autres ou un autre de manière générale pour satisfaire des besoins matériels importants et réaliser des buts politiques communs de telle façon qu’elle soit inter-reliée avec un tout plus important, le sentiment d’exclusivité et une certaine arrogance peuvent survenir de manière évidente. Ce n’est que dans la mesure où nous reconnaissons que la confédération doit être conçue comme une forme d’extension de l’administration participatrice, par le moyen de réseaux confédéraux, que la décentralisation et le localisme préviennent les communautés qui composent de plus grands corps d’association de se replier sur elle-même et de faire acte de protectionnisme aux dépends des zones élargies de l’association humaine. Le confédéralisme est donc un moyen de perpétuer l’interdépendance qui doit exister entre les communautés et les régions; en fait, c’est un moyen de démocratiser l’interdépendance sans abandonner le principe de contrôle local. Alors qu’une mesure raisonnable d’auto-suffisance est désirable pour chaque localité et région, le confédéralisme est un moyen d’éviter une certain esprit de clocher qui pourrait s’instaurer et  une division nationale et mondiale extravagante d’un autre côté. Bref, c’est un moyen par lequel une communauté peut retenir son identité et sa plénitude tout en participant de manière partagée à un plus grand tout qui est et façonne une société écologique équilibrée.
Le confédéralisme en tant que principe d’organisation sociale atteint son meilleur développement quand l’économie elle-même est confédéralisée en plaçant les fermes locales, les usines et autres entreprises utiles entre les mains de la municipalité locale, ce qui veut dire, quand une communauté, petite ou grande, commence à gérer ses propres ressources économiques au sein d’un réseau interrelié avec d’autres communautés. Forcer le choix entre soit l’autonomie d’un côté ou un système d’échange de marché d’un autre, est une dichotomie simplistique et inutile. Je préfère penser qu’une société écologique confédérée serait une société du partage, une société fondée sur le plaisir qui est ressenti lorsqu’on distribue parmi les communautés en accordance avec leurs besoin et non pas une société fondée dans laquelle les communautés “coopératives” capitalistes se comtemplent dans le quiproquo des relations d’échange.
Impossible ? A moins que nous ne croyons que la propriété nationalisée (ce qui renforce le pouvoir politique de l’état centralisé et du pouvoir économique) ou une économie de marché privé (dont la loi “croissance ou mourir” menace de torpiller la stabilité écologique de la planète entière) soient plus pratiques et efficaces, je ne vois pas quelle alternative viable se présente à nous mis à part la municipalisation confédérée de l’économie… Pour une fois, il sera nécessaire de transcender les statuts des intérêts traditionnels spéciaux du travail, du lieu de travail, de la relation à la propriété et de créer un intérêt général fondé sur des problèmes partagés par la communauté.

La littérature est abondante sur l’ensemble de ces sujets et nous n’en avons mentionné (subjectivement il est vrai), qu’une petite partie, mais nous pensons cette revue depuis le départ, être suffisamment éclectique pour que tout à chacun puisse avoir des éléments de réflexion et de recherche personnelle sur ces aspects O combien importants de nos vies: la compréhension de la société, la différence état/société qui est bien réelle quoi qu’on veuille nous faire croire, l’état et la démythification de celui-ci pour le comprendre dans toute sa représentation mortifère, la méthode de la désobéissance civile comme un des moyens d’établir une société égalitaire, non hiérarchique, constituée de communes libres confédérées, tendant à l’échelle mondiale vers le bien commun, le progressisme véritable et l’émancipation sociale et politique. Nous pensons que le monde vit une époque dangereuse: celle où l’oligarchie a décidé d’établir le chaos généralisé sur terre duquel, pour elle, naîtra leur Nouvel Ordre Mondial, leur gouvernance mondiale de l’état unique supra national fasciste, géré par les leaders transnationaux des cartels banquiers et de la grosse industrie. Le plus froid des monstres froids comme aurait dit Nietschze, consolidant les monopoles et plongeant le monde dans une société néo-féodales post-industrielle. Certains éléments sont déjà en place, d’autres se consolident. La balle est dans le camp des peuples. C’est en fait à nous de sortir de la torpeur induite dans laquelle nous avons été plongés et de nous arroger le pouvoir de dire NON ! et de reprendre le pouvoir usurpé pour le diluer immédiatement dans le peuple en suivant et en améliorant les bases de la société libertaire, seul avenir de l’humanité à terme, bases qui nous ont déjà été jetées et qu’il ne tient qu’à nous de faire fructifier pour le bien-être réel de tous, hors de l’illusion du confort que la matrix oligarchique nous offre.
Au bout du compte, environ 0,001% de la population mondiale dicte sa volonté au 99,999% restant… Ceci est bien la preuve que la propagande fait le système.

Puisse 2013 être une année marquante pour l’émancipation politique et sociale mondiale. Suivons les mouvements des natifs des Amériques (Chiapas et Oaxaca au Mexique, Mapuches au Chili, les mouvements de lutte des indiens d’Amazonie et le mouvement canadien Idle No More qui prend de l’ampleur), des peuples d’Afrique et du mouvement de libération de la Palestine dont la cause présente tant de similitudes avec celles des autochtones d’Amérique du Nord et du Sud; ce sont eux qui nous montrent la voie, passons outre l’arrogance de notre « élite » autoproclamée et embrassons leur cause, car en définitive, elle est la notre également. Leur émancipation est la notre car nous sommes oppressés par les mêmes, à des degrés (à peine) différents voilà tout…

Ya Basta ! çà suffit !

= = =

Bibliographie:

Clastres Pierre, “La société contre l’État”, éditions de minuit, 1974

Confédération Haudenosaunee (iroquoise), Kaianerekowa Hotinonsionne (La grande loi de la paix du peuple de la longue maison), ~ an 1000

Kropotkine Pierre, “L’État son rôle historique”, Les temps nouveaux, 1906

Goldman Emma, “L’individu, la société et l’État”, Free Society Forum, Chicago, 1940

Marat Jean Paul, “Les chaînes de l’esclavage” 1774, éditions complexe, 1988, reprise de l’édition d’Adolf Havard, 1833

Proudhon Pierre Joseph, “Justice et Liberté”, 1850, PUF 1962

Leval Gaston, “L’État dans l’Histoire”, éditions du Monde Libertaire, 1983

Bakounine Michel, “Dieu et l’État”, éditions mille et une nuits, 2000, original publié à titre posthume en 1882

Thoreau David Henry, “La désobéissance civile”, éditions mille et une nuits, 1996, texte original de 1849

Zinn Howard, “Disobedience and Democracy, Nine Fallacies on Law and Order”, éditions Vintage Book, 1968

Kropotkine Pierre, “La Commune suivie de la Commune de Paris”, édition L’altplano, 2008, textes originaux de 1880 et 1882

De Santillan, Diego (Abad), “Après la révolution”, 1937

Bookchin Murray, “The Meaning of Confederalism”, Left Green Publication, 1989

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15 Réponses to “Résistance politique: En savoir plus sur la société, l’État, la désobéissance civile et la commune libre pour mieux agir – 4ème et dernièrepartie –”

  1. […] Voici la 4ème et dernière partie de notre essai compilateur sur la société, l’état, la désobéissance civile et la commune libre.  […]

  2. hervé Hum Says:

    Kropotkine fait une lecture tout à fait personnelle de l’histoire pour la faire correspondre à sa volonté. Les communes du moyen àge, étaient surtout dominées par la bourgeoisie, le prolétaire était déjà l’ouvrier et le paysans sans terre. A partir de là, tout son discours est sujet à caution et son analyse n’a plus rien de scientifique, mais relève de la croyance, la sienne.

    surtout lorsqu’il affirme, sans rire, « son premier soin ne sera t’il pas de briser la force du capital et de rendre à jamais impossible la création de l’aristocratie qui causa la chute des communes du Moyen-Age ? »

    Mais bon sang, les communes étaient le centre d’intérêt des bourgeois et n’existait que par autorisation spéciale du roi. Et le cas florentin ne faisait qu’annoncer la prise du pouvoir de la bourgeoisie sur la noblesse. Où est le prolétaire dans tout cela ? Nulle part, toujours le dindon de la farce que Kropotkine nous sert.

    Il n’y avait de commune au sens qu’il entend qu’en dehors des villes, dans les campagnes et sous la férule des seigneurs. A cette époque, le seigneur territorial, s’alliait à sa paysannerie contre la bourgeoisie des villes avec qui il était surtout en conflit pour cause de dette. Point de commune

    Tout acquis à sa haine de l’Etat, il dit n’importe quoi et vous le suivez sur cette pente savonneuse.

    Enfin, votre dernier article que je n’ai pas lu avec pour titre « le prince de l’évolution » ! Mais où est donc passé l’anarchisme là dedans ? Un prince fait référence à la monarchie, système despotique s’il en est. Même si vous mettez les guillemet, c’est déjà trop, car vous avouez céder au culte de la personne, et la tentation du culte du chef n’est pas loin qui pointe son nez.. Votre raisonnement est alors biaisé, conditionné par cette vénération du maitre à penser qui ne peut que dire la vérité révélé et qui donc, ne souffre pas contestation ni réflexion, mais d’être suivie pieusement, religieusement.

    Kropotkine est mort et enterré, oubliez le. Il a écrit de belles choses, d’accord, mais cela ne doit pas altérer l’esprit critique, bien au contraire, cela exige d’être encore plus attentif de ne pas se laisser subjuguer.

    C’est en cela que ma profession de foi est « chacun doit être son dernier maître et son premier disciple ». Cela sous entend que Kropotkine peut m’apprendre une ou des choses, mais il ne sera jamais mon maître. Ni maître ni Dieu humain, mais uniquement la conscience et la raison.

    L’anarchisme est incompatible avec la vénération quelle qu’elle soit. C’est insupportable. Nous sommes vivant, il est mort, point barre.

    Bon, je vais lire la suite, mais fait arrêter avec le culte de la personne, c’est le culte du chef qui ressurgit de ses cendres,

    Bon, j’espère que je ne suis pas trop dur !

    • « Mais bon sang, les communes étaient le centre d’intérêt des bourgeois et n’existait que par autorisation spéciale du roi. Et le cas florentin ne faisait qu’annoncer la prise du pouvoir de la bourgeoisie sur la noblesse. Où est le prolétaire dans tout cela ? Nulle part, toujours le dindon de la farce que Kropotkine nous sert. »
      Non, les chartes furent arrachées par les cités aux ducs, comtes et barons de tout poil et non pas l’inverse. Les archives sont formelles là dessus et Kropotkine les avait bien étudiées.
      De plus Kropotkine a été très critique sur ces communes et fut le premier à dire et démontrer leurs défauts. Il ne les érige pas du tout en « modèle », il les sort de l’oubli où elles ont été cantonnées à dessein par le pouvoir étatique pour effacer un des preuves que la société peut s’organiser contre l’autorité centralisée et fonctionner, même si ce ne fut qu’un brouillon, qu’il y eut bien des erreurs commises…
      Kropotkine est certes mort, mais pas ses idées, qui ne sont pas en fait les siennes, mais qui émerge de l’analyse objective de la société humaine. D’autres que lui sont arrivés aux même conclusions. Avoir une affinité intellectuelle ou pratique avec quelqu’un ne signifie pas succomber au « culte de la personnalité ». Aucune « vénération » là-dedans, simplement on est bien obligé de citer les écrits de quelqu’un. Réserve la gouaille du « culte de la personnalité » pour les marxistes, c’est plus approprié… 😉 On l’a dit, l’anarchie n’est pas un dogme, c’est une façon de (vouloir) vivre, l’oligarchie et ses forces étatiques répressives ne s’y trompe du reste pas… L’anarchie est combattue par toutes les formes d’état, c’est un signe qui ne trompe pas !
      Quant au titre « Le prince de l’évolution », il n’est pas de nous mais de Dugatkin. C’est un clin d’œil, car tous les détracteurs de Kropotkine passent tous par ce cliché: « c’était un prince, bonjour l’anarchiste ! » sans bien sûr connaître quoi que ce soit de sa vie. On ne peut qu’encourager à mieux la connaître. Surtout çà éviterait de lire ou d’entendre toujours les mêmes conneries (en général) 😉
      On devrait en faire un film de sa vie: Succès garanti !…

      “La commune du moyen âge, après avoir secoué le joug de son seigneur, chercha-t-elle à le frapper dans ce qui faisait sa force ? chercha-t-elle à venir en aide à la population agricole qui l’entourait et, pourvue d’armes que le serf des campagnes n’avait pas, mit-elle ces armes au service des malheureux qu’elle regardait orgueilleuse du haut de ses murs ? – Loin de là ! Guidée par un sentiment purement égoïste, la Commune du moyen âge s’enferma dans ses remparts. Que de fois n’a-t-elle pas jalousement fermé ses portes et levé ses ponts devant les esclaves qui venaient lui demander refuge, et ne les a-t-elle pas laissé massacrer par le seigneur, sous ses yeux, à la portée de ses arquebuses ? Fière de ses libertés, elle ne cherchait pas à les étendre sur ceux qui gémissaient au dehors. C’est à ce prix même, au prix de la conservation du servage chez ses voisins, que mainte commune a reçu son indépendance. Et puis, n’était-il pas aussi de l’intérêts des gros bourgeois communiers, de voir les serfs de la plaine rester toujours attachés à la glèbe, sans connaître ni l’industrie, ni le commerce, toujours forcés de recourir à la ville pour s’approvisionner de fer, de métaux et de produits industriels ? Et lorsque l’artisan voulait tendre la main par-dessus la muraille qui le séparait du serf, que pouvait-il faire contre la volonté du bourgeois qui tenait le haut du pavé, qui seul connaissait l’art de la guerre et qui payait les mercenaires aguerris ? […] La Commune du moyen âge cherchait à se circonscrire dans ses murs ; celle du dix-neuvième siècle cherche à s’étendre, à s’universaliser. A la place des privilèges communaux, elle a mis la solidarité humaine.”
      ~ Pierre Kropotkine, “La commune”, 1880 ~

      Sur l’historique, bienfaits et méfaits des “communes médiévales”, lire précisément les chapitres V et VI de “L’entraide, un facteur de l’évolution” de Kropotkine. En fait il faut tout lire, c’est un des grands textes de la pensée occidentale surtout en considérant les dogmes qu’il abat.
      A lire ici gratuitement:
      https://fr.wikisource.org/wiki/L’Entraide,_un_facteur_de_l’évolution
      Là, tu y verras comment les chartes furent forcées aux ducs et comtes de tout bord. La société médiévale était décentralisée dans la mesure où les rois n’avaient que peu de pouvoir, tout juste contrôlaient ils dans le meilleur des cas quelques vassaux auprès d’eux, le morcellement était de grande envergure et les allégences changeantes au grè des gains potentiels à engranger…
      De fait, les chartes des cités méddiévales furent données à signer aux autorités féodales et non pas l’inverse !… Elles ont connu un “âge d’or” puis un déclin et ont laissé entrer le loup dans la bergerie ce qui fut leur arrêt de mort final.
      Ces cités médiévales commirent une énorme erreur: refuser de reconnaître et de protéger la paysannerie. Cela leur coûta très cher à terme…
      On ne peut faire de révolution sociale le ventre vide. Seuls les anarchistes comprennent cela, les marxistes par ailleurs s’étant aussi enfermés dans une sorte de mépris voire de haine du paysan sans comprendre que sans le paysan… on ne mange pas et la révolution ne va pas bien loin, ce qui fit dire à Landauer et 1911: “La question sociale, la révolution sociale est une question agraire.”
      Çà ne sert à rien qu’on cite Kropotkine sur les cités médiévales, lis tout çà par toi-même, aux chapitres indiqués. Tu verras aussi à quel point Kropotkine est critique à leur égard, il avait étudié et possédait très bien le sujet.

      Bonne lecture !

  3. hervé Hum Says:

    bon, j’ai commencé la lecture du pdf « le prince de l’évolution », et comprends mieux votre admiration pour Kropotkine, il l’a mérite et je l’a partage. Mais il ne faut pas confondre le biologiste, le politique et l’économie.

    S’il s’avère un biologiste hors pair et son apport vital en démontrant que la nature fonctionne aussi par l’entraide et la coopération pour évoluer, tordant le cou à l’idée inverse, ce n’est pas la même chose au niveau politique et économique.

    Je terminerai donc le pdf, mais déjà, son approche politique et économique sont trop faibles et simplistes pour être suivi.

    en d’autres termes, comme biologistes, c’est un grand scientifique, mais sur le plan politique et économique, à vous lire, il est plutôt faible.

  4. hervé Hum Says:

    Salut,

    J’ai lu le pdf, très instructif sur la vie de Kropotkine. Un honnête homme dans toute son acceptation. Pour moi, c’est la plus grande marque d’estime que je puisse faire. il a mon plus profond respect et admiration.

    Ceci étant dit, il commet des erreurs d’analyses politiques importantes et ses solutions économiques sont par trop simplistes pour être valables. Je tâcherai de développer tout cela par la suite dans d’autres commentaires.

    Mais déjà au sujet des communes. Il veut en faire un exemple pour appuyer sa théorie et le résultat est qu’il oubli une chose fondamentale. Elles étaient bourgeoises et donc, étaient animées par le même état d’esprit que la noblesse. Dominer pour exploiter le temps de vie d’autrui. Une querelle de chapelle pour le pouvoir entre maîtres où le prolétaire reste le dindon de la farce.

    Il fait l’impasse sur le fait que ces chartes ne pouvaient êtres arrachés aux nobles locaux que par l’aval du roi. Ce dernier y voyant un moyen de contrer le pouvoir de la noblesse locale et la preuve en est, que ces communes vont disparaître en même temps que le pouvoir royal se renforce et qu’il met en place une administration plus efficace avec les baillis.

    Je ne suis pas un expert en histoire, très loin de là. Je me contente de suivre la logique de ces gens là et n’essaie pas de la tordre pour la faire correspondre à ma propre théorie. Aussi humaniste soit t-elle. Si les communes bourgeoises refusaient de laisser entrer les paysans, c’est bien la preuve qu’ils oeuvraient dans leur seuls intérêts et n’avaient cure des autres.

    Je ferai un commentaire spécial au sujet du principe de l’entraide mutuelle dans un prochain commentaire.

    Mais déjà, il ne faut pas confondre entraide de circonstance comme les communes et entraide de maintenance ou persistance.

    Puis aussi, écrire « entraide mutuelle » est un pléonasme, l’entraide étant par définition, mutuelle ! sauf qu’en écrivant cela, il se limite dans son analyse au sens où il devient alors difficile de distinguer les différentes formes d’entraides. Qui demande alors un très gros effort intellectuel pour s’affranchir d’une rédondance que l’on s’est posé soi même.

    La manipulation des esprits via la maîtrise du langage aux fins de conditionnement est une chose terrible, terriblement efficace et les bourgeois en sont des mâitres incontestables et qui explique en partie la difficulté à comprendre des choses aussi simple que celles que j’expose avec le principe de responsabilité.

    Pour finir, non, je n’irai pas lire Kropotkine dans le détail. Je n’ai jamais lu un seul penseur et les rares tentatives se sont soldées par un arrêt de lecture au bout de 30 pages. Impossible pour moi d’aller au delà. Ceci car généralement, tout est déjà dit. Le seul livre que j’ai lu en entier, en me forçant, c’est « traité de la tolérance » de ce bourgeois de Voltaire, mais parce qu’il ne fait guère beaucoup plus de 30 pages. Ce qui m’intéresse, ce sont les idées, pas la partie conditionnement qui ne fait que répéter la même chose par une litanie d’exemples, plus ou moins pertinents, pour lui donner des airs de vérités.

    Ainsi, les larges extraits que vous recopiez ici me suffisent à me faire une idée assez précise de sa pense. Là où je me suis trompé, s’est sur la qualité de l’homme, remarquable, magnifique, tous les superlatif que vous voulez je les partages volontiers, mais cela ne saurait altérer mon analyse critique sur sa propre analyse scientifique.

    fraternellement

  5. hervé Hum Says:

    Je suis allé voir le lien et j’ai lu celui portant sur le « principe anarchiste ».

    Je vais vous montrer l’erreur récurrente de confondre objet et sujet, qu’on trouve dans tous ses extraits et qui se retrouve donc aussi ici, quand il écrit :

    « Il a à déjouer les savantes machinations de tous les partis, jadis alliés, mais aujourd’hui hostiles, qui travaillent à faire dévier dans des voies autoritaires, les mouvements nés comme révolte contre l’oppression du Capital et de l’État.

    Et enfin, dans toutes ces directions il a à trouver, à deviner par la pratique même de la vie, les formes nouvelles que les groupements, soit de métier, soit territoriaux et locaux, pourront prendre dans une société libre, affranchie de l’autorité des gouvernements et des affameurs. »

    dans le 1er paragraphe, il termine en accusant le capital et l’Etat et dans le suivant, il nous parle des gouvernements et des affameurs.

    D’un coté, il s’en prend à l’objet lui seul, le traitant comme sujet, de l’autre au sujet qui tient l’objet dans sa main qui du coup, a perdu sa qualité de sujet. Il récuse le fait que l’usage du fouet dépend de celui qui le tient. Affirmant qu’il suffit qu’il n’y ait plus de fouet, pour qu’il n’y ait plus de tortionnaire. Sauf que c’est la nature et volonté de torturer qui crée le fouet et non le fouet qui fait le tortionnaire.

    Le principe anarchiste est ni maître, ni dieu… Humain ! Mais si l’anarchie se fonde sur l’entraide et donc la vie en société, alors, cela implique d’accepter le compromis où il ne peut être question de liberté absolu, mais relationnelle. La liberté absolu, c’est la volonté du capitaliste, du noble et du bourgeois sur le dos du prolétaire. Mais si on supprimer le capitaliste et le bourgeois, on ne peut supprimer la nécessité de travailler, seulement interdire aux premiers de se reposer, profiter des autres de manière à acquérir leur propre liberté en supprimant celle des autres.

    Pour garantir la même liberté à tous, il n’y a qu’une seule solution, placer l’objet au dessus de tous sans exception aucune où chacun est garant de l’objet en tant que valeur commune. Parler d’union du corps social tout en parlant de communes libres, indépendantes voir même souveraine est une contradiction dans les termes, une impossibilité physique, car il pose la division que sont les communes comme étant l’unité du corps social.

    Alors, pour combler cette aporie, il préconise que les communes se confédèrent entre elles sur la base de la liberté, mais alors se pose la question de savoir si elles en ont et la volonté et l’intérêt. Car alors se pose la question des différences de volontés entre les communes. De différences de vitesse d’évolutions et alors, ressurgit, sournoisement, l’idée de coercition pour égaliser les communes ou bien d’accepter que certaines évoluent plus vites et attisent la convoitise, la jalousie et alors la division devient conflit. Etc… Il misait tout sur sa seule conviction que l’entraide prime sur tout le reste, oui, mais dans certaines conditions et non en toutes conditions que je serais amené a spécifier si tant est que vous voulez poursuivre la discussion, car il me semble que plus j’écris, moins vous voulez me lire.

    La condition, est que tout un chacun reconnaissent l’état de la chose publique, une représentation de la raison sociale qui fixe les règles communes, mais où personne ne peut y déroger et la condition est de placer au coeur de chaque individu l’égalité entre droits et devoirs. Dans la nature, cette condition est rempli naturellement, chez l’humain, non, ceci en raison de ses capacités cognitives spécifiques qui lui ont permis de les diviser de manière systémique.

    Pour terminer, il prend voltaire en exemple, sauf que c’est le pire exemple qu’il pouvait prendre. Voltaire était un bourgeois,

    Pour avoir compris qu’il ne serait jamais noble et toujours méprisé par elle. Voltaire n’était pas un humaniste, c’était un opportuniste très intelligent. Bref, un pur sophiste.

    toute sa philosophie se résume en cette phrase que nous rappellait Henri guillemin. « un pays bien organisé, est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui et le gouverne ».

    De là, en aucune façon Voltaire peut être pour l’émancipation du peuple, mais tout au contraire, pour perpétuer sa manipulation et soumission via d’autres moyens. Son idée, substituer à l’ignorance de l’esprit, l’ignorance des affaires, où il s’agit de contrôler l’information et en premier lieu, l’instruction qui doit passer de la main du clergé à celle de l’Etat, débarrassé du roi et de sa noblesse.

    • Tout à fait d’accord sur Voltaire…
      Pour la relation objet/sujet, le cas de l’État est très intéressant parce qu’en tant que création humaine subjective et non universelle, il est objet, mais le système institutionnel opéré par l’oligarchie en place en a fait par la puissance de ses rouages coercitifs, une entité physique, le « plus froid des monstres froids » comme le disait si bien Nietzsche. L’amalgame de la personnification de l’État est continu et omniprésent, il suffit de voir les cerbères du système, les politiciens ne parler que de « république », « d’État », etc, etc…
      « la république est en danger », « la république vous demande de… », « l’État veille sur vous ». L’anthropomorphisme est omniprésent et il faut traiter l’affaire des deux côtés, du côté objet et du côté sujet. C’est à cela que s’adresse Kropotkine. Il n’avait pas non plus à son époque toutes les ressources des recherches ultérieures surtout en anthropologie et en archéologie etc… C’est pour cela que nous essayons d’aller plus loin en remontant à la source de l’État, la cause de sa génèse, notant que puisque création, objet, de l’humain, il n’est en rien universel et le processus est forcément réversible.
      On peut tous passer du temps à chercher des imperfections dans les analyses de tout à chacun, il est évident qu’il y en a. Kropotkine et tous les penseurs anarchistes du reste, contrairement aux dogmatiques Marx et Engels (tous deux bons bourgeois bien repus), n’ont jamais pensé détenir la vérité ou que leur pensée était définitive. L’anarchie est en mouvement, l’anarchie est mouvement, elle s’adapte en recherchant l’harmonie avec l’ordre naturel des choses. C’est pour cela qu’elle est tout… naturellement contre l’État en tant qu’objet et sujet, en tant que création humaine et entité coercitive fondée sur l’injustice de la division de la société.
      Note: liberté absolue est la liberté au sens universelle, rien à voir avec l’absolutisme de droit divin, pas de confusion possible en terme anarchiste… 😉
      fraternellement

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