L’histoire tronquée de la Commune de 1871… (Louise Michel)

Devant le spectacle affligeant de la politique franchouillarde moderne, il est bon de se replonger dans le passé pour y comprendre ce qu’est finalement la république, mode de fonctionnement de l’État: une machine répressive, coercitive, qui ne fait que massacrer toute velléité de changement radical, parce que sa fonction est celle d’un cerbère du statu quo oligarchique. Pensez-y bien quand vous lâcherez une fois de plus votre papelard dans la boîte à suggestion de l’oligarchie, quand vous irez accomplir votre pseudo-devoir électoral qui n’est qu’un acquiescement à la dictature du plus petit nombre. Lorsque vous aurez lâché votre papelard, vous cesserez d’être souverain, vous désignerez un maître (même si ce n’est pas celui que vous avez choisi, le simple fait de participer à cette mascarade vous en rend complice…), qui dirigera en votre nom et perpétuera la grande tradition républicaine de la boucherie organisée. Louise Michel nous en fait ici un portrait édifiant…
~ Résistance 71 ~

 

Les communes de province

 

Louise Michel

 

Chapitre IX de la 3ème partie de “La Commune” (1898)

 

Note de R71: Dans ce chapitre, Louise Michel décrit l’extension du mouvement des communes en France en 1871 et fait une liste quasi exhautive des villes qui se sont soulevées et/ou qui ont officiellement soutenu la Commune, ce qui est très très peu dit dans les livres d’histoire puisque la Commune de 1871 y est bâclée le plus souvent en 3 lignes lapidaires. Exemple: loin d’être le pire des livres scolaires d’histoire de France, bien au contraire, la dernière édition 2016 de “La Chronologie de l’histoire de France des origines à nos jours”, Bescherelle, Hatier (431 pages), réserve 3 pages à “L’année terrible: 1870-71” et à la guerre de 1870, deux encarts sur le boucher républicain Adolphe Thiers et un petit encadré de 12 lignes sur la Commune de Paris avec en médaillon.. Louise Michel. Rien n’y est bien sûr mentionné de ce que Michel nous dit ici concernant les villes de Lyon, Marseille, Le Creusot, Bordeaux, Narbonne, Montpellier, Béziers, Le Mans, Lille et d’autres…

Questions: l’État a t’il intérêt à ce que la véritable histoire de la Commune soit connue de tous ?… L’État a t’il un intérêt au contraire à étouffer, omettre suffisamment d’éléments sur le comment une république dite “modérée” a réprimé dans un bain de sang (plus de 30 000 exécutions en une semaine du 21 au 28 mai 1871, suite à la chute de la Commune et 40 000 arrestations menant à des milliers de déportations dans les bagnes et galères de la république ?

Il entre dans les vues du sanglant Tom Pouce qui tient entre ses mains les forces organisées de la France de consommer la scission entre Paris et les départements, de faire la paix à tout prix, de décapitaliser Paris révolutionnaire, d’écraser les revendications ouvrières, de rétablir une monarchie, nul crime ne lui coûtant.

(Rochefort, le Mot d’Ordre.)

Dans un livre, paru longtemps après la Commune : Un diplomate à Londres, chez Plon, 10, rue Garancière à Paris, 1895, on lit, entre mille choses du même ordre prouvant l’entente cordiale de M. Thiers avec ceux qui, dans leurs rêves, voyaient danser des couronnes sur des brouillards de sang :

« M. Thiers avait fait placer à l’ambassade de Londres des orléanistes : le duc de Broglie, M. Charles Gavard, etc.

» Il était, dit l’auteur de ce livre, bien difficile de saisir la nuance exacte des termes pleins de déférence, mais exclusivement respectueux, dans lequel il (le comte de Paris) s’exprimait à l’égard de M. Thiers. J’ai eu la bonne idée de prier le prince de prendre lui-même la plume et il a écrit sur ma table la dépêche suivante :

» Le comte de Paris est venu samedi à Albert-Gate-House, il m’a dit que l’ambassade était territoire national, il avait hâte d’en franchir le seuil ; sa visite avait d’ailleurs spécialement pour objet d’exprimer au représentant officiel de son pays la joie profonde que lui causait la décision par laquelle l’Assemblée nationale venait de lui ouvrir les portes d’une patrie qu’il n’a jamais cessé d’aimer par dessus tout.

» Il m’a demandé tout particulièrement d’être l’interprète de ses sentiments auprès du chef du pouvoir exécutif et de lui transmettre l’assurance de son respect.

» La dépêche est partie le soir même, avec la simple addition : S. A. R. Mgr devant le nom du comte de Paris.

(Un diplomate à Londres, pages 46 et 47.)

» Londres, 12 janvier 1871.

On lit, à la page 5 de ce même livre : « On avait les d’Orléans sous la main, les derniers événements ayant rendu les Bonaparte impossibles. »

Il est superflu d’en citer plus, ce serait tout le volume.

Oh ! si, de nos jours, quelque prétendant avait un cœur d’homme, comme il jetterait les sanglantes défroques dont veulent l’affubler des gens vivant dans le passé ! Comme il prendrait sa place dans le combat, parmi ceux qui veulent la délivrance du monde !

Tandis que M. Thiers s’occupait des prétendants qu’on avait sous la main, il n’oubliait rien pour noyer dans le sang les mouvements vers la liberté qui se produisaient en France :

Les Communes de Lyon et de Marseille, déjà étouffées par Gambetta, renaissaient de leurs cendres.

« Nous voulons, écrivait la Commune de Marseille à la commune de Paris, le 30 mars 1871, la décentralisation administrative, avec l’autonomie de la Commune, en confiant au conseil municipal élu de chaque grande cité les attributions administratives et municipales.

» L’institution des préfectures est funeste à la liberté.

» Nous voulons la consolidation de la République par la fédération de la garde nationale sur toute l’étendue du territoire.

» Mais, par dessus tout et avant tout, nous voulons ce que voudra Marseille. »

Les élections devaient avoir lieu le 5 avril, à 6 heures du matin ; c’est pourquoi le général Espivent réunit aux équipages de la Couronne et Magnanime toutes les troupes dont il put disposer et, le 4, il bombarda la Ville.

Un coup de canon à blanc avait averti les soldats ; mais, comme ils rencontrèrent une manifestation sans armes suivant un drapeau noir et criant : Vive Paris ! ils se laissèrent entraîner par la foule, avec les artilleurs et la pièce de canon qui venait de tirer deux autre coups.

Espivent, de l’autre côté, par le fort Saint-Nicolas, faisait bombarder la préfecture où il supposait la Commune.

Landeck, Megv, Canlet de Taillac, délégués de Paris, allèrent avec Gaston Crémieux trouver Espivent et lui exposèrent qu’il ne voudrait pas faire égorger des hommes sans défense.

Espivent, pour toute réponse, fit arrêter Gaston Crémieux et les délégués de Paris, contre l’avis formel de ses officiers.

Il fut obligé, cependant, de laisser aller ces derniers, qui avaient mission de lui signifier les volontés de Marseille ; (les élections libres et les gardes nationaux seuls chargés de la sécurité de la ville.)

« Moi, dit Espivent, je veux la préfecture dans dix minutes, ou je la prends de force dans une heure, »

« Vive la Commune ! » s’écrièrent les délégués et à travers la foule et les soldats fraternisant avec le peuple, ils partirent.

Espivent fit cacher derrière les fenêtres des réactionnaires et des chasseurs. La fusillade dura sept heures, soutenue par les canons du fort Saint-Nicolas.

Quand cessa le feu, la terre était couverte de cadavres.

Tandis que le sang coulait dans les rues pleines de morts, le Galiffet de Marseille donna l’ordre de fusiller les prisonniers à la gare (c’étaient des garibaldiens qui avaient combattu contre l’invasion de la France et des soldats qui n’avaient pas voulu tirer sur le peuple).

Une femme, son enfant dans ses bras, et un passant qui trouvaient sévères les ordres d’Espivent, furent passés par les armes ainsi que quelques autres citoyens de Marseille, entre autres le chef de gare, dont le jeune fils demandait grâce pour son père. Espivent écrivait à son gouvernement, à Versailles :

Marseille, 5 avril 1871.

« Le général de division à M. le ministre de la guerre.

» J’ai fait mon entrée triomphale dans la ville de Marseille avec mes troupes ; j’ai été beaucoup acclamé.

» Mon quartier général est installé à la préfecture. Les délégués du comité révolutionnaire ont quitté la ville individuellement hier matin.

Le procureur général près la cour d’Aix qui me donne le concours le plus dévoué lance des mandats d’amener dans toute la France ; nous avons cinq cents prisonniers que je fais conduire au château d’If.

Tout est parfaitement tranquille en ce moment à Marseille.

» Général Espivent. »

Ainsi fut définitivement égorgée la Commune de Marseille, par ce même Espivent, qui sur des données fantastiques mena dans le port de Marseille la fameuse chasse aux requins dont pas un seul n’existait.

Malgré les épouvantables répressions de Marseille, Saint-Étienne se leva.

Le préfet de Lespée y rétablit d’abord l’ordre à la façon d’Espivent, on cita de lui cette phrase : Je sais ce que c’est qu’une émeute : la canaille ne me fait pas peur !

La canaille, comme il disait, le connaissait si bien, qu’ayant momentanément repris Saint-Étienne, elle le fit arrêter et conduire à l’Hôtel-de-Ville où sa mort arriva dans des circonstances inattendues.

De Lespée avait été confié à deux hommes, nommés l’un Vitoire, l’autre Fillon ; ils devaient simplement veiller sur lui.

Vitoire était une sorte de Girondin, Fillon au contraire était si exalté, qu’il s’était mis deux écharpes, souvenirs de luttes passées, l’une autour de la taille, l’autre flottant à son chapeau.

Bientôt, une discussion s’éleva entre Vitoire qui cherchait à excuser le préfet, et Fillon, qui citait le propos tenu par de Lespée.

Vitoire continuant à soutenir de Lespée, Fillon, hors de lui, tira un coup de revolver à Vitoire, un autre au préfet, et reçut lui-même, un coup de fusil, d’un des gardes nationaux accourus au bruit. — Il avait tant vu trahir, le pauvre vieux, qu’il en était devenu fou, ne s’imaginant partout que trahisons.

La mort de Lespée fut reprochée à tous les révolutionnaires, celle de Fillion à son meurtrier.

Étant, il y a quelques années, en tournée de conférences, d’anciens habitants de Marseille, me racontèrent avoir été frappés comme d’une vision, lorsque le vieux Fillion, en avant de tous, marchait à l’Hôtel-de-Ville, son écharpe rouge flottant à son chapeau, ses yeux, lançant des éclairs.

La bouche largement ouverte, jetant par dessus tout ces cris qu’on entendait au loin : En avant ! En avant la Commune ! la Commune ! déjà c’était un spectre, celui des représailles.

Les mineurs remontés des puits s’étaient joints au soulèvement, mais ce ne fut point la garde nationale qui maintint la sécurité dans la ville ; l’ordre fut fait par la mort.

Narbonne alors se leva. Digeon, caractère de héros, avait entraîné la ville.

Une première fois les soldats sont, eux aussi, entraînés.

Raynal aîné, ayant été l’auteur d’une attaque de la réaction, est pris comme otage.

La proclamation de Digeon se terminait ainsi :

« Que d’autres consentent à vivre éternellement opprimés ! qu’ils continuent à être le vil troupeau dont on vend la laine et la chair !

» Quant à nous, nous ne désarmerons que lorsqu’on aura fait droit à nos justes revendications, et si on a recours encore à la force, pour les repousser, nous le disons, à la face du ciel, nous saurons les défendre jusqu’à la mort ! »

Brave Digeon ! il avait vu tant de choses, qu’au retour de Calédonie nous l’avons retrouvé anarchiste de révolutionnaire autoritaire qu’il avait été, sa grande intégrité lui montrant le pouvoir comme la source de tous les crimes entassés contre les peuples.

Narbonne, ne voulant pas se rendre, on fit venir des troupes et des canons. Les autorités de Montpellier envoyèrent deux compagnies du génie, celles de Toulouse fournirent l’artillerie, celles de Foix, l’infanterie. Carcassonne envoya de la cavalerie ; Perpignan, des Compagnies d’Afrique. Le général Zents prit le commandement de cette armée, à qui on suggérait qu’il fallait traiter comme des hyènes et des ennemis de l’humanité, ces gens qui se soulevaient pour la justice et l’humanité.

Quand on leur eut fait sentir l’odeur du sang, on découpla ces meutes.

Le combat commencé de nuit, dura jusqu’à deux heures de l’après-midi.

La ville n’étant plus qu’un cimetière, elle se rendit.

Digeon resté seul à l’Hôtel-de-Ville ne voulait pas capituler, la foule l’emporta ; le lendemain seulement, il fut arrêté, ne voulant pas se dérober.

Dix-neuf soldats du 52e de ligne, condamnés à mort, pour avoir refusé de tirer sur le peuple, ne furent pas exécutés parce qu’on craignit les vengeances populaire ; on se contenta de passer par les armes sommairement ceux qu’on rencontra dans la lutte.

Narbonne conserva les noms des dix-neuf du conseil guerre.

C’étaient : Meunier, Varache, Renon, Bossard, Meyer, Parrenain Malaret, Lestage, Arnaud, Royer, Monavent, Legat, Ducos, Adam, Delibessart, Garnier, Charruet, René.

Au Creusot, le soulèvement avait eu lieu avant la Commune de Paris, il commença par un guet-apens, contre les ouvriers sur la route de Montchanin, où à chaque révolte ils se rendaient d’abord pour avertir leurs camarades.

Des individus suspects, ayant été vus sur la route, en voulant se rendre compte, quinze hommes y furent tués, par l’explosion d’une bombe qui y avait été placée : c’est ainsi que le gouvernement pensait avoir arrêté le mouvement.

Le Creusot s’éveilla, à la nouvelle du 18 mars ; une première fois les troupes furent retirées : Faites votre Commune, avait dit le commandant. Le Creusot se mît en fête, criant : Vive la République ! Vive la Commune !

Alors, la troupe revenue en plus grand nombre dissipa les manifestants, qui cependant purent faire prisonniers des agents de Schneider, qui se mêlaient dans leurs rangs, en criant : Vive la guillotine ! Ils avouèrent leur mission d’agents provocateurs.

Les révolutionnaires du Creusot envoyèrent des délégués à Lyon et à Marseille, où régnait une grande agitation.

À Lyon, la place de la Guillotière était pleine de foule, un appel affiché dans toute la ville, conviait les populations à ne pas être assez lâches, pour laisser assassiner Paris et la République.

Non, les Lyonnais n’étaient pas lâches, mais le préfet Valentin et le général Crauzat, disposant de forces considérables, ils s’en servirent comme ils ne l’eusse jamais fait contre l’invasion.

La garde nationale de l’ordre se réunit à l’armée ; l’écrasement de la Commune de Lyon commença.

Le combat dura cinq heures à la Guillotière et à nombreuses places dans la ville ;

Albert Leblanc, délégué de l’Internationale, n’ayant pu passer pour aller à la Guillotière, prit dans la ville sa place de combat.

Après ces cinq heures de lutte terrible d’hommes mal armés contre des bataillons, la Commune de Lyon fut morte.

Des secousses, pareilles à celles qui agitent les membres de quelqu’un frappé mortellement en pleine vie, se firent sentir longtemps dans les grandes villes après que le mouvement y eut été saigné à la gorge.

De nombreux documents existent sur les soulèvements de Bordeaux, Montpellier, Cette, Béziers, Clermont, Lunel, L’Hérault, Marseillan, Marsillargnes, Montbazin, Gigan, Maraussan, Abeilhan, Villeneuve les Béziers, Thibery.

Toutes ces villes et nombre d’autres avaient résolu d’envoyer des délégués à un congrès général qui devait s’ouvrir le 14 mai, au grand théâtre de Lyon.

Des lettres de réprobation furent envoyées à Versailles, par les villes de province. On sait les noms de Grenoble, Nyons, Mâcon, Valence, Troyes, Limoges, Pamiers, Béziers, Limoux, Nîmes, Draguignan, Charolles, Agen, Montélimar, Vienne, Beaune, Roanne, Lodève, Tarare, Châlons. Malon, bien informé, comptait par milliers les lettres indignées de province à la ville maudite,

En apprenant la nomination de la Commune de Paris, Le Mans se leva. Deux régiments de ligne envoyés de Rennes et des cuirassiers appelés pour écraser les manifestants, fraternisèrent avec eux.

Le comité radical de Mâcon inscrivit à la tête de son manifeste envoyé à la Commune :

« La République est au-dessus du suffrage universel…

» Les coups d’État et les plébiscites sont les causes directes de tous les malheurs qui nous accablent. »

Le plébiscite venait encore de le montrer et la nomination de l’assemblée de Bordeaux n’est pas sans mystères quand on se rend compte du mouvement qui agita la France entière. Du reste, les dessous du suffrage universel ne peuvent être un secret pour personne ; si on ajoute l’effroi des répressions, on verra que les villages seuls purent être complètement dupes, tout le reste du pays fut maintenu par la terreur.

L’adresse du comité radical de Mâcon à la Commune de Paris était signée : P. Ordinaire, Pierre Richard, Orleat, Lauvernier, Seignot, Verge, Chachuat, Jonas, Guinet, en date du 9 mars 71.

Les républicains de Bordeaux publièrent également leur manifeste, et le projet d’un congrès convoqué a Bordeaux, dans le but de déterminer les mesures les plus propres à terminer la guerre civile, assurer les franchises municipales et consolider la République.

La Commune était alors la forme qui semblait la plus facile pour assurer la liberté. Ce manifeste était signé : Léon Billot, journaliste, Chevalier, négociant, Cousteau, armateur, Delboy, conseiller municipal, Deligny, ingénieur civil, Depuget, négociant, Sureau, capitaine de la garde nationale, Martin, négociant, Milliou, chef de bataillon de la garde nationale, Parabère, idem, Paulet, conseiller municipal sortant, Roussel, négociant, Docteur Sarreau, journaliste, Saugeon, ancien conseiller général de la Gironde, Tresse, propriétaire.

Tous gens venant à la Commune non par entraînement, mais en considération des tendances générales, peut-être aussi en dégoût des menées de Versailles, dont on peut avoir une idée par la circulaire qui suit, transmise hiérarchiquement, et dont on eut connaissance par une mairie de Seine-et-Oise.

« Note pour M. le maire,

» Surveiller journellement les hôtels et les garnis, tenir la main à ce que les maîtres de ces établissements inscrivent sur leurs registres de police le nom des personnes admises à loger, faire représenter ces registres à la mairie, au commissaire de police, ou à la gendarmerie.

» Inviter, par un arrêté spécial, les particuliers qui logeraient momentanément des étrangers à la localité, à en faire la déclaration à la mairie, en donnant le nom des personnes, avec le lieu et la date de la naissance, leur domicile et profession.

» Surveiller les auberges, cafés et cabarets. Empêcher qu’aucun journal de Paris, puisse y être lu. »

Toute la hiérarchie des employés, hauts ou petits, du gouvernement de Versailles, devait s’occuper de besognes policières, et la France entière était devenue une souricière. — À mesure que se découvraient ces indignités, les consciences se révoltaient.

À Rouen, dès les premiers jours d’avril, les francs-maçons déclarèrent adhérer pleinement au manifeste officiel du conseil de l’ordre, qui porte inscrits sur son drapeau, les mots liberté, égalité, fraternité. — Prêche la paix parmi les hommes, et au nom de l’humanité, proclame inviolable la vie humaine et maudit toutes les guerres, il veut arrêter l’effusion du sang et poser les bases d’une paix définitive, qui soit l’aurore d’un avenir nouveau.

Voilà, disaient les signataires, ce que nous demandons énergiquement, et si notre voix n’est pas entendue, nous vous disons ici que l’humanité et la patrie l’exigent et l’imposent.

Le président d’honneur de la maçonnerie rouennaise Desseaux. — Le vénérable des Arts réunis, Hédiard ; le vénérable de la Constance éprouvée, Loraud ; le vénérable de la Persévérance couronnée, E. Vienot.

Les T : S. des Arts réunis et de la Persévérance Couronnée, Hédiard et Goudy ; le président du conseil philosophique, Dieutie, et par mandements des ateliers réunis, et de l’Orient de Rouen ; le secrétaire Jules Godefroy.

L’effusion du sang ! L’humanité ! Combien ces gens-là, malgré leurs titres moyen-âge, parlaient une langue inconnue encore des sauvages de Versailles !

Le 26 avril, cinq cents membres répondant à l’appel du comité fédéral, se réunirent salle de la Fédération, à deux heures de l’après-midi. Le parquet fit cerner la salle, et le commissaire central Gérard, avec vingt-cinq agents, firent leur entrée, pour procéder à des arrestations, ils trouvèrent la salle vide, l’heure de la réunion ayant été avancée, ils saisirent quelques papiers, et se rendirent chez les membres de la fédération de l’Internationale. Quelques-uns furent arrêtés : Vaughan, Cord’homme, Mondet, Fristch, Boulanger.

Ceux qu’on pensait les meneurs étant sous les verrous, les autorités craignant encore, parlaient de les envoyer à Belle-Isle-en-Mer, ou même plus loin ; vingt-cinq composaient cette première fournée.

Le Gaulois publia à Versailles, des détails effrayants sur les prisonniers.

Il y avait tant de découvertes et ramifications, que malgré la diligence faite au parquet criminel de Rouen, pour terminer l’instruction du procès des Communeux, l’affaire trop complexe ne pourrait être évoquée immédiatement.

« Le secret qui avait d’abord été appliqué aux prisonniers venait d’être levé.

» Nous pouvons, ajoutait le Gaulois, fournir quelques détails sur les principaux accusés.

» Cord’homme le principal est à la fois riche propriétaire et marchand de vins en gros ; il avait été élu conseiller général pour le faubourg de Saint-Séver lors des élections de 70.

» Opinions politiques à part, il est assez aimé dans le pays, c’est un honnête homme qui a toujours eu la manie révolutionnaire.

» Vaughan, adjoint au maire de Darnetal près Rouen, membre très influent et très actif de l’Internationale, passe pour un chimiste distingué, est-ce à cela qu’il a dû la verve plus que gauloise, avec laquelle il a écrit un poème sur certain sujet ; Cambronne fait dans sa cellule des vers sur le directeur de la prison ; attitude très ferme.

» Delaporte, ancien rédacteur du journal le Patriote, supprimé par l’autorité prussienne, jeune homme qu’on dit être très intelligent.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

» Les pièces relevées par M. Leroux, juge d’instruction, sont au nombre de deux.

» La première est un appel à l’abstention pour les dernières élections municipales.

» Appel formulé d’une façon blâmable, vis-à-vis du gouvernement légal de Versailles.

» La seconde, est une adhésion à la Commune de Paris, ou du moins une copie non signée de cet acte, cette pièce trouvée chez le nommé Frossart, cordonnier à Elbeuf ; également impliqué dans le complot.

(Le Gaulois, 14 avril 1871.)

Ce n’est pas d’aujourd’hui, que les brouillons non signés, comptent comme revêtus de signatures. Ce n’est pas d’aujourd’hui non plus, que ceux qui réclament leur liberté, se défient de celle que leur offre l’ennemi, les élections auxquelles les révolutionnaires de Rouen refusaient de prendre part, devaient être quelque chose comme un plébiscite gouvernemental.

La population apeurée de Versailles, devant ces accusations qui n’en étaient même pas, tremblait d’épouvante, conseillant de se tenir sur ses gardes, parce qu’un des accusés Ridnet, ancien officier d’état-major de l’armée du Havre, contre lequel on ne trouvait absolument rien, avait été mis en liberté provisoire, sur sa parole, de se présenter à la prison si on découvrait quelque chose.

À Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Grenoble, Saint-Étienne, le mouvement toujours étouffé se réveillait toujours : les journaux poursuivis renaissaient de leurs cendres, emplissant Versailles d’effroi, malgré ses canons bombardant Issy, Neuilly, Courbevoie, et les armées de volontaires appelés contre Paris, sans grand résultat, étaient si infime minorité que Versailles attirait par la peur de voir partager ce qu’ils n’avaient pas.

À Paris, naïfs au contraire par générosité, les Communeux laissaient le vieux et non moins naïf Beslay, coucher à la Banque pour la garder au besoin de sa vie, s’imaginaient l’honneur de la Commune attaché là. Sur la foi de de Pleuc, il crut avoir sauvé la révolution en sauvegardant la forteresse capitaliste.

Il y eut un moment où tous, à Paris, venaient à la Commune, tant Versailles se montrait féroce, toutes les villes de France demandaient la fin des tueries (elles ne faisaient que commencer).

Le manifeste de Lyon, en date du 5 mai, disait que de tous côtés des adresses avaient été envoyées à l’Assemblée et à la Commune pour leur porter des paroles d’apaisement, la Commune seule répondait.

Paris assiégé par une armée française après l’avoir été par les hordes prussiennes, tend une fois encore ses mains vers la province ; il ne demande pas son concours armé mais son appui moral ; il demande que son autorité pacifique s’interpose pour désarmer les combattants. La province pourrait-elle rester sourde à ce suprême appel ?

Ce manifeste était signé par les membres de l’ancien conseil municipal, Barodet, Barbecat, Baudy, Bouvalier, Brialon, Chepié, Colon, Condamin, Chaverot, Cotlin, Chrestin, Degoulet, Despagnes, Durand, Ferouillat, Henon, membres du conseil sortants ; Hivert, Michaud-Vathier, Pascot, Ruffin, Vaille, Vallier, Chapuis, Verrières, élus du 30 avril, démissionnaires.

La ville de Nevers envoya à la Commune, un manifeste demandant l’union indissoluble entre Paris et la France, la prompte dissolution, et au besoin la déchéance de l’Assemblée de Versailles, dont le mandat était expiré.

Le comité républicain de Melun, dont la devise était : l’ordre dans la liberté ! déclara se rallier à ceux qui cherchaient à guérir les maux du pays, non en rétablissant un ordre de choses suranné, mais en assurant l’avenir. Les membres de ce comité se nommaient Auberge, Baucal fils, Derougemont, Daudé, Despagnat, Delhiré, Dormoy, Drouin, Dupuy, Finot père, Hensé, Nivet, Pernetaini, Fouteau, Riol, Robillard, Saby, Thomas, Ninnebaux. Le manifeste fut envoyé dès le 24 mars 1871.

À Limoges, le 4 avril, les soldats d’un régiment de ligne qui y était caserné ayant reçu l’ordre d’aller renforcer l’armée de Versailles, la foule les conduisit à la gare, leur fit jurer de ne pas s’employer à l’égorgement de Paris, ils le jurèrent en effet, et remirent leurs armes à ceux qui les reconduisaient, puis retournèrent à la caserne, où devant leurs officiers la ville tout entière leur fit une ovation.

Les autorités se réunirent à l’hôtel-de-ville, et le préfet étant en fuite, le maire se chargea de la répression, il ordonna aux cuirassiers de s’emparer du détachement qui refusait d’obéir, et de charger la multitude ; alors le combat s’engagea et bientôt devint terrible, le parti de l’ordre, en force, eut la victoire, mais le colonel des cuirassiers et un capitaine furent tués.

Dans le Loiret, le mouvement révolutionnaire fut considérable, il y avait à Paris un comité d’initiative énergique ayant pour secrétaires François David, de Batile-sur-Loiret, Garnier et Langlois, de Meung-sur-Loire, ils envoyèrent des délégués chargés de s’entendre avec la Commune.

L’association jurassienne, les habitants de plusieurs villes de Seine-et-Marne, (et même de Seine-et-Oise) malgré Versailles avaient également à Paris des comités correspondants.

Au nord de la France, toutes les villes industrielles aussi bien que les villes du Midi voulaient leur Commune.

L’Algérie, dès le 28 mars, donna son adhésion par l’adresse suivante.

« À la Commune de Paris,

La Commune de l’Algérie.

» Citoyens,

» Les délégués de l’Algérie déclarent au nom de tous leurs commettants, adhérer de la façon la plus absolue à la Commune de Paris.

» L’Algérie tout entière revendique les libertés communales ;

» Opprimés pendant quarante années par la double concentration de l’armée et de l’administration, la colonie a compris depuis longtemps que l’affranchissement complet de la Commune est le seul moyen pour elle d’arriver à la liberté et à la prospérité. »

» Paris, le 28 mars 1870.

Alexandre Lambert,
Lucien Rabuel,
Louis Calvinhac.

L’Émancipation de Toulouse quelques jours après le 18 mars jugeait ainsi les hommes de Versailles.

« Il y a en effet un complot, organisé pour exciter à la haine des citoyens les uns contre les autres, et pour faire succéder à la guerre contre l’étranger la hideuse guerre civile. Les auteurs de cette criminelle tentative sont les drôles qui se gratifient indûment du titre de défenseurs de l’ordre, de la famille et de la propriété.

L’un des agents les plus actifs de ce complot contre la sûreté publique s’appelle Vinoy ; il est général et il fut sénateur.

L’Émancipation de Toulouse, fin mars 71.

Les premières histoires de 71, écrites lorsque le gouvernement était encore en délire de sang, n’osèrent à cause des répressions, toujours à craindre, mentionner tous les soulèvements révolutionnaires de France, correspondants à la Commune, à ceux d’Europe, et du monde, Espagne, Italie, Russie, Asie, Amérique. L’histoire en est partout à écrire comme prologue de la situation présente.

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17 Réponses to “L’histoire tronquée de la Commune de 1871… (Louise Michel)”

  1. Pastèque Says:

    la République française, alors:
    1. Commune de Paris.
    2. colonisation de l’afrique, de l’asie.
    3. la choix de la défaite en 1940, malgré de gaulle, mendès france, blum, jean moulin.
    4. Sétif 8 mai 1945.
    5. Madagascar mars 1947.
    6. guerres coloniales/impérialistes en indochine et en algérie.
    7. assassinat Ben Barka.
    8. 17 Octobre 1961.
    9. utlisation/soutien/armement/financement des mercenaires d’Al-Qaeda en Libye en 2011/2012 et en Syrie depuis 2011. soutien qui est allé jusqu’à une résolution au conseil de sécurité pour défendre al-qaeda et autres islamistes *modérés* à Alep-est alors que l’Armée Arabe Syrienne s’est battue pour libérer SA ville des terroristes modérés.

    liste non exhaustive, of course.

  2. C’est Fillon ou Fillion ? (Que c’est curieux tout de même !)

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