Société contre l’État: Société celtique et gauloise, introduction au « Défi Celtique » d’Alain Guillerm

« La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation. Avant d’être économique, l’aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l’économique est une dérive du politique, l’émergence de l’État détermine l’apparition de classes. »
~ Pierre Clastres ~

 

Société celtique société contre l’État: a l’origine de la culture européenne

 

Introduction au livre “Le Défi Celtique” d’Alain Guillerm, 1986

 

Résistance 71

 

10 Août 2015

 

Introduction

1ère partie: Les Celtes contre l’État

2ème partie: Les Celtes après l’État

3ème partie: La société celtique

Conclusion de Résistance 71

 

Cette préoccupation politico-anthropologique nous a été dictée par le cheminement de notre recherche sur les solutions potentielles au marasme ambiant de nos sociétés occidentales, viciées et perverties par la doctrine suprématiste forcenée dominante depuis le XVème siècle (certains diront depuis l’ère de la première croisade à la fin du XIème siècle…) et sa mise en application globale par le truchement du colonialisme fondé sur l’hégémonie culturelle judéo-chrétienne engloutissant le monde. Nous avons identifié l’État et ses institutions, quelle qu’en soit la forme adoptée, comme outil du maintien de la division politique de la société à des fins de contrôle oligarchique des sociétés et au travers de l’étude des recherches d’anthroplogues, sociologues et d’historiens réputés comme (liste non exhaustive): Pierre Clastres, Marshall Sahlins, Robert Jaulin, David Stannard, Charles Mann, Taiaiake Alfred, Russell Means, Pierre Kropotkine, Sam Mbah, I.E. Igariwey et maintenant Alain Guillerm, que la société humaine a vécu de fait des millénaires sans structures étatiques, sans division politique de la société et que contrairement au dogme enseigné dans les deux grands courants anthropologiques “classiques” du structuralisme évolutionniste et du marxisme, l’État n’est non seulement pas la finalité de l’histoire, le sommet de l’évolution de la société humaine, son stade ultime de “maturation”, mais qu’il en serait au contraire une entrave, une anomalie, une certaine perversion le rendant en rien inéluctable aux société humaines sur cette planète.

Après avoir lu et étudié les modes de gouvernance des sociétés indigènes des Amériques (Nord et Sud), de Mélanésie, des sociétés traditionnelles au travers du continent africain, il se dégage un certain schéma évident concernant ces sociétés, qui bien qu’évidemment culturellement bien différentes, partagent néanmoins des caractéristiques politiques étonamment similaires, au delà de la géographie et du temps: une construction politique unie sans division, une chefferie sans pouvoir, un pouvoir décisionnaire dilué dans le peuple et des conseils populaires ou de chefs représentants sans pouvoir exécutif, une collectivisation des biens et des terres, un mode de production abondant mais refusant et prévenant l’accumulation de richesses et le plus souvent, une redistribution des biens et richesses excédentaires sous la forme de dons, de potlaches, faisant de toutes ces sociétés des sociétés peu ou prou fondamentalement égalitaires. Sous leur forme traditionnelle, ces sociétés existent toujours aujourd’hui, même si l’avènement de l’État colonial et son mode d’oppression systémique a réduit les pratiques inhérentes de ces sociétés au statut de “fonctions folkloriques”, elles demeurent ce à quoi se rattachent les gens lorsque le système s’effondre et ne répond plus à leurs besoins.

Ainsi, tout naturellement avons-nous été amenés à nous poser la question subsidiaire: Quid de la société européenne ? Quel est son fondement ? Peut-on trouver une corrélation avec les autres sociétés ancestrales traditionnelles des autres continents ? Si oui, peut-on parler d’une universalité de mode de gouvernance humain au delà du lieu et du temps ? Si cela s’avère, que penser de l’État et de son mode de fonctionnement ? Peut-on en sortir ?

Notre découverte de l’historien et philosophe breton Alain Guillerm (1944-2005), grand spécialiste de la civilisation celtique, disciple de Fernand Braudel (fondateur de l’école historique des Annales avec Marc Bloch et Lucien Febvre), connu pour sa fameuse thèse d’état éditée sous le titre “La pierre et le vent” (1985), livre phare de la “nouvelle histoire” et se situant dans la lignée de l’anthropologue politique Pierre Clastres qu’il connaissait personnellement et avec qui il avait eu de longs entretiens, a levé un grand voile sur la question et nous a permis de tentativement répondre aux questions posées au fur et à mesure de cet exposé en plusieurs épisodes. Alain Guillerm a aussi publié 11 autres livres dont: “Le luxembourgisme aujourd’hui” (1970) ; “Clefs pour l’autogestion”, 1976 ; “L’Autogestion généralisée”, 1979 ; “La grève et la ville”, 1979.

Pour mieux comprendre les tenants et aboutissants, nous citerons de larges extraits du remarquable ouvrage d’Alain Guillerm, “Le Défi Celtique”, Ed. Jean Pollec, 1986, qui constitue en fait le tout début de sa thèse d’état, où nous verrons comment Guillerm balaie les fausses-vérités et omissions faites par l’histoire classique au sujet de l’histoire de la société celtique, histoire d’état qui n’a jamais véritablement cherché à établir la réalité concernant la civilisation celte en général et celle de “nos ancêtres les Gaulois” en particulier, nous allons voir pourquoi…

Cet ouvrage est divisé en trois parties, que nous respecterons dans l’ordre des citations:

  • Première partie: Les Celtes contre l’État
  • Deuxième partie: Les Celtes après l’État
  • Troisième partie: La société celtique

L’ouvrage de recherche d’Alain Guillerm n’est pas un livre sur les Gaulois exclusivement, il traite certes de ceux-ci mais aussi des autres nations celtes telles les Irlandais, les Gallois et les Bretons. Le livre nous aide à comprendre pourquoi et comment certains mythes se sont propagés sur la civilisation celtique, surtout concernant les Gaulois du 1er siècle avant notre ère: pour l’essentiel, les Celtes et les Gaulois étant des peuples de traditions orales, bien que les druides lisaient et écrivaient le grec (puis le latin), tout ce qu’on “connaît” de la société gauloise nous a été rapporté par les écrits de leur vainqueur Julius Caïus Caesaris (Jules César) dont les descriptions militaires apportèrent certains éclairages sur la vie guerrière et les pratiques des Gaulois au combat, mais rien de vraiment réel sur leur vie quotidienne et leur civilisation dans la mesure où l’intérêt de César qui ne l’oublions pas, écrivait pour ses compatriotes du Sénat et du peuple, résidait dans la description de peuples barbares, sauvages, indisciplinés et sans culture. Ainsi, Rome pouvait remplir sa mission de “lumière rayonnant sur le monde”, apportant la “civilisation” aux barbares et aux “incultes”. Depuis, le même discours fut employé pour justifier de toutes les entreprises coloniales occidentales et nos livres d’histoire n’expliquant en rien ce qu’était la civilisation celtique en général et gauloise en particulier, ne fait le plus souvent que colporter les mythes initiés par Jules César pour se consacrer aux “lumières civilisatrices” de l’époque gallo-rmaine et de l’empire. N’oublions pas que notre société actuelle européenne est issue directement du droit romain et que l’Empire romain fut “donné” par Constantin à l’église, l’empire chrétien (la “Chrétienté”) succédant ainsi à Rome au IVème siècle de notre ère (même si l’écrit du “don de Constantin” est une forgerie datant du IXème siècle…)

A qui profite donc une telle omission ? C’est ce que nous découvrirons pas à pas avec l’aide d’Alain Guillerm.

Rendons donc à Cés…. pardon, aux Gaulois et aux Celtes ce qui leur appartient !

Nous finirons cet exposé sur une conclusion personnelle de synthèse au sujet de ce que nous avons appris des sociétés traditionnelles des différents continents au travers des âges, leurs points communs, où se situe la recherche de Guillerm en ce qui concerne le berceau celtique de la civilisation européenne et nous verrons si l’État est de fait, si inéluctable qu’on veut bien nous le présenter, ce pour pouvoir le cas échéant entrevoir des solutions à ce marasme sociétal programmé qu’on nous impose à grand renfort de propagande frelatée.

Enfin nous terminerons cette introduction avec une « mention spéciale » pour notre lectrice assidue « ratuma », qui nous a mis sur la « piste » d’Alain Guillerm… Grand merci, ce fut particulièrement utile dans notre quête pour un tronc commun des sociétés humaines au-delà du facteur espace-temps !

A suivre…

5 Réponses to “Société contre l’État: Société celtique et gauloise, introduction au « Défi Celtique » d’Alain Guillerm”

  1. JBL1960 Says:

    Bigre, c’est prometteur !
    J’attends avec impatience la suite, donc…
    Merci à vous ; Grâce à vous je m’instruis chaque jour un peu plus, j’emmagasine, je réfléchis et je m’éveille grave ! Et je pense pas être la seule.

    • suite au prochain épisode… Un peu comme « Belphégor » hein ?…😉

      • Il serait bien que les celtes français aillent calmer les celtes nazillards d’Ukraine . En Biélorussie, les celtes vivent en harmonie avec les slaves.

        • Comme nous l’allons voir, la Celtie était non seulement une société sans État, mais surtout une société contre l’État.. Il faudrait déjà commencer par là.. retour aux sources multi-millénaires du BON fonctionnement de l’humanité. L’État est une anomalie, un cancer de l’Histoire humaine qu’il faut traiter à la source, comme tout cancer.
          Pour guérir, on ne soigne pas les symptômes, mais la maladie elle-même, ce que le monde moderne ne fait plus… mais rien d’étonnant à cela en fait.

  2. […] d’historiens comme Howard Zinn, Roxanne Dunbar-Ortiz, Barbara Tuchman, David Stannard, Alain Guillerm, Annie Lacroix-Riz (pour la France bien peu représentée il est vrai dans le domaine historique), […]

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