Commune de Paris: Les leçons du brouillon de la révolution sociale…

“Le droit de propriété fut à l’origine du mal sur terre, le premier maillon d’une longue chaîne de crimes et de mauvaises fortunes que la race humaine a enduré depuis sa naissance.” (Pierre-Joseph Proudhon)

“Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même.”
(Pierre Kropotkine)

 

En janvier 2013 nous écrivions ceci au sujet de la société, l’État, la désobéissance civile et la commune libre autogérée…

 

Leçons de la Commune de Paris

 

Pierre Kropotkine (1881)

 

url de l’article original:

http://robertgraham.wordpress.com/2015/05/27/kropotkin-on-the-paris-commune/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Quelle idée la Commune de Paris représente t’elle ? Pourquoi cette idée est-elle si attractive pour les travailleurs de tout pays, de toute nationalité ?

La réponse est facile. La révolution de 1871 fut avant tout une révolution populaire. Elle fut faite par le peuple et les gens eux-mêmes, elle survint spontanément des masses et ce fut au sein de la grande masse du peuple qu’elle trouva ses défenseurs, ses héros, ses martyrs et c’est exactement à cause de cette personnalité “canaille” que la bourgeoisie ne lui pardonnera jamais. Et dans le même temps, l’idée déferlante de cette vague de révolution, c’est vrai, de manière peut-être inconsciente, mais quoi qu’il en soit prononcée et galopante dans ses actions, est l’idée même d’une révolution sociale, essayant enfin après tant de siècles d’établir une véritable lutte pour la véritable liberté et égalité pour toutes et tous.

Ce fut la révolution de la “canaille” en marche pour conquérir ses droits. Des tentatives avaient été faites il est vrai et sont toujours tentées afin de changer la véritable direction de cette révolution et de la représenter comme une simple tentative de regain d’indépendance de Paris et ainsi de constituer un petit état dans l’état de France. Mais rien ne peut être plus loin de la réalité. Paris n’a pas essayé de s’isoler de la France, non plus que de la conquérir par la force des armes ; elle n’a pas essayé de s’enfermer dans ses murs domme un moine dans son cloître ; elle ne fut pas inspirée par un esprit parochique étriqué.

Si elle clâma son indépendance, si elle souhaita empêcher l’interférence du pouvoir central dans ses affaires, ce fut parce qu’elle vit l’indépendance comme un moyen de travailler tranquillement aux bases de la future organisation et d’amener en son sein une révolution sociale, une révolution qui aurait complètement transformé le système entier de production et d’échange en le fondant sur la jusjtice, ce qui aurait complètement modifié les relations humaines en les mettant sur un pied d’égalité réelle, ce qui aurait remodelé la moralité de notre société en lui donnant comme base les principes d’égalité et de solidarité.

L’indépendance communale fut alors un moyen pour le peuple de Paris et la révolution sociale fut son objectif. Cet objectif aurait certainement été atteint si la révolution du 18 Mars avait été capable de suivre son cours naturel, si le peuple de Paris n’avait pas été sabré, estoqué, fusillé et étripé par les assassins de Versailles. Pour que tout le monde en ait une idée plus claire, précise et compréhensible et pour résumer en quelques mots ce qui a dû être fait pour permettre la révolution, ceci était en fait la préoccupation du peuple de Paris dès les premiers jours de son indépendance.

Une grande idée ne germe pas en un jour, quelque soit la rapidité de l’élaboration et de la propagation des idées durant des périodes révolutionnaires. Elle a toujours besoin d’un certain temps pour se développer, pour se propager dans les masses et pour se transformer en action. La Commune de Paris n’a pas eu ce temps nécessaire.

Il lui manqua plus que cela, car il y a dix ans, les idées du socialisme moderne passaient elles-mêmes une période de transition. La Commune est née si on peut dire, entre deux ères du développement du socialisme moderne. En 1871, le communisme autoritaire, gouvernemental et quelque peu religieux de 1848 n’avait plus aucune prise sur les esprits pratiques et libertaires de notre ère. Où pourriez-vous trouver aujourd’hui (en 1871) un Parisien qui accepterait de s’enfermer dans des phalanstères ? D’un autre côté, le collectivisme qui désirait un lien entre le système salarial et la propriété collective demeurait incompréhensible, non-attractif et truffé de difficultés dans ses applications pratiques. Le communisme libre, l’anarcho-communisme, n’en était qu’à poindre et s’aventurait encore peu à provoquer les attaques des idolâtres du gouvernementalisme.

Les esprits étaient indécis et les socialistes eux-mêmes ne se sentaient pas assez confiants pour commencer la démolition en règle de la propriété privée, n’ayant pas d’objectif défini en vue. Ils se laissèrent tromper par l’argument que les falsificateurs ont répété pendant des siècles: “Assurons-nous d’abord de la victoire ; après nous verrons ce que nous pourrons faire.

D’abord la victoire ! Comme s’il y avait la possibilité de former une commune libre sans toucher à la propriété ! Comme s’il y avait une façon de vaincre l’ennemi aussi loin que la grande masse des gens ne s’intéresse pas au triomphe de la révolution, voir cela amène un bien-être moral, intellectuel et matériel à tout le monde ! Ils ont essayé de consolider la Commune avant tout et de remettre la révolution sociale à plus tard, alors que la seule façon viable de procéder était de consolider la Commune par le moyen de la révolution sociale ! (NdT: la révolution espagnole de 1936-39 a fait la même erreur… Lisons et pratiquons Kropotkine !…)

La même chose se passa avec le principe de gouvernement. En proclamant la Commune Libre, le peuple de Paris proclamait un principe essentiellement anarchiste ; mais comme l’idée de l’anarchisme à cette époque venait juste d’éclore dans l’esprit des gens, ce ne fut évalué qu’à moitié et au sein de la Commune, des gens décidèrent en faveur de l’ancien principe d’autorité, se donner un conseil de commune, copié sur le modèle des conseils municipaux.

Si nous admettons qu’un gouvernement central est totalement inutile pour administrer et réguler les relations des communes (libres) entre elles, pourquoi devrions-nous admettre sa nécessité pour réguler les relations mutuelles des groupes qui constituent la Commune ? Si nous laissons à la libre initiative des communes les affaires de venir à une compréhension commune en regard de ce qui concerne plusieurs villes en même temps, pourquoi refuser cette même initiative aux groupes composant une commune ? Il n’y a pas plus de raison pour un gouvernement au sein de la commune que pour un gouvernement au dessus d’elle.

Mais en 1871, le peuple de Paris, qui avait renversé tant de gouvernements, ne faisait que sa première tentative de se rebeller contre le gouvernement et son système, le peuple s’est laissé emporté par le fétichisme gouvernemental et s’est donné un gouvernement. Les conséquences de cela sont hélas connues. Le peuple envoya ses fils dévoués à la mairie. Là, immobilisés, submergés de paperasserie, forcés de diriger alors que leur instinct leur demandait d’être et de demeurer au sein du peuple, ils furent forcés de discuter alors qu’il fallait agir et perdant leur inspiration qui vient de fait d’un contact permanent avec les masses, ils se retrouvèrent impuissants. Paralysés par leur isolement de la source révolutionnaire, le peuple, ils ont par eux-mêmes paralysé l’initiative populaire.

Née dans une période de transition au moment où les idées du socialisme et l’autorité subissaient de profondes modifications, émergeant d’une guerre, dans un centre isolé, sous la menace armée des Prussiens, la Commune de Paris était vouée à périr.

Mais de par son caractère populaire éminent elle commença une nouvelle ère dans la série des révolutions et par ses idées, elle fut la précurseuse d’une grande révolution sociale. Les massacres féroces, lâches et sans précédent par lesquels la bourgeoisie célébra sa chute, la vile vengence perpétrée par les tortionnaires sur leurs prisonniers durant neuf ans, ces orgies cannibales ont ouvert un gouffre entre la bourgeoisie et le prolétariat qui ne se refermera jamais. Lorsque viendra la prochaine révolution, le peuple saura ce qu’il y a à faire, ils sauront ce qui les attend s’ils ne gagnent pas de manière décisive et s’ils n’agissent pas en conséquence.

Nous savons pour sûr maintenant que le jour où la France se frottera aux communes insurgées, le peuple ne devra plus se donner un gouvernement en attendant que le gouvernement initialise des mesures révolutionnaires. Lorsque le peuple aura ratissé les parasites qui le dévore, il prendra lui même possession de toute la richesse sociale de façon à la placer de manière commune en accord avec les principes du communisme anarchiste.

Et quand le peuple aura complètememt aboli la propriété, le gouvernement, l’État, il se formera lui-même librement en accord avec les nécessités qui lui sont dictées par la vie elle-même. En brisant ses chaînes et en renversant les idoles, l’humanité marchera vers un bien meilleur futur, ne connaissant plus jamais de maîtres ou d’esclaves, ne conservant sa vénération que pour les nobles martyrs qui ont payés de leur sang et de leur souffrance ces premières tentatives d’émancipation qui ont fini par éclairer notre chemin et notre marche vers la conquête finale de la liberté.

2 Réponses to “Commune de Paris: Les leçons du brouillon de la révolution sociale…”

  1. Maryam Says:

    Les revolutions partent toujours du peuple, des gens vrais, des gens qui souffrent d’etre opprimes par les riches et les gens qui gouvernent. Le probleme, les revolutions finissent toujours ou presque toujours par etre reprises par des dictateurs. Pourquoi?
    Je pense que l’etre humain suit les idees et les idees sont d’abors transmises a l’oral et a l’ecrit et tous les bonnes gens y croient. Karl Marx etait un humanite et il ne voulait que du bien pour les travailleurs. L’Europe en a fait un monstre tout ca parce qu’il voulait les ouvriers aient une meilleur vie. C’etait un idealiste. Combien de gens plus malin que la foule, s’emparent des idees revolutionnaires en font la leur et finissent par devenir dictateur. Je ne crois pas aux revolutions et aux diiferents partis, je pense que les problemes de l’homme c’est l’egoisme,complexe de superiorite, l’amour du pouvoir et bien sur de l’argent et la propriete. Combien d’homme sont vraiment humbles, justes avec les autres et eux-meme, qui savent se remettre en question et admettent leurs erreurs. Pour moi se sont les qualites qui permettent a des leaders de reussir mais ces hommes n’existent pas. Ils ont existe au temps du prophete Mohammed mais la aussi on prefere ternir l’image d’un homme hors du commun ainsi que les gens qui l’ont suivi parce que la verite n’arrange pas les leaders d’aujourd’hui. L’orgueil les etouffe ainsi que l’abus de pouvoir. Il est triste de voir que tous les leadders du monde ne sont qu’un replique des rois et empereurs d’autrefois. Mais parce qu’aujourd’hui le peuple occidentale a plus que le peuple d’hier. Les gens sont devenus egoiste,ignorant et idiots et ne pensent qu’a leurs nouveaux gadgets et ne s’interessent plus a la verite mais se contentent d’idees transmissent par les sois disant nouveaux medias. Les gens meurent tous les jours a cause des grands pouvoirs Americains et Europeens et alors! Charli Hebdo a le droit de se moquer et de rediculiser et vulgariser et on n’appellent ca liberte d’expression.
    Le monde ne veut pas de nouvel revolution. Il prefere vivre dans l’ignorance, l’irrealite et de suivre tout ces films stars et chanteurs.
    Le monde occidental est HAPPY et si le MONDE OCCIDENTAL EST HAPPY tout le reste du monde doit l’etre.IT IS SAD BUT TRUE. TRISTE MAIS VRAI…………………

    • L’État et la division de la société initiale sur lequel il repose sont les coupables de ce que vous dites justement. La nature humaine est faite de compassion, d’entr’aide mutuelle dans les grandes largeurs.
      Pourquoi croyez-vous que les ordures du pouvoir et leur maîtres de la finance dépensent des milliards en permanence pour nous convaincre encore et toujours de nous entre-tuer ? Si l’humain était belliqueux par nature on se serait annihiler depuis longtemps. L’humain par nature est social, coopératif, aimant et il veut qu’on arrête de l’emmerder.
      La citation de Kropotkine que nous avons mis en exergue de l’article est on ne peut plus juste.
      Nous sommes physiquement, mentalement, politiquement enchaînés… A nous de faire péter les verrous des institutions étatiques et de nous libérer sans haine, sans armes, ni violence. Très faisable si on est uni et mettons enfin en place le contre-pouvoir autogestionnaire…

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