Crise artificielle du coronavirus : quand la cible est l’humanité et surtout ses réfractaires au Nouvel Ordre Mondial

 

 

L’État masqué

 

Miquel Amoros

 

25 avril 2020

 

source de l’article en français: https://www.lavoiedujaguar.net/L-Etat-masque

 

La crise actuelle a engendré plusieurs tours de vis dans le contrôle social étatique. L’essentiel dans ce domaine était déjà bien en place puisque les conditions économiques et sociales qui prévalent aujourd’hui l’exigeaient. La crise n’a fait qu’accélérer le processus. Nous participons contraints et forcés en tant que masse de manœuvre à un essai général de défense de l’ordre face à une menace globale. Le Covid-19 a servi de prétexte au réarmement de la domination, mais une catastrophe nucléaire, une impasse climatique, un mouvement migratoire imparable, une révolte persistante ou une bulle financière incontrôlable auraient tout aussi bien fait l’affaire.

Mais la cause la plus importante et vraisemblable est la tendance mondiale à la concentration du capital, ce que les dirigeants appellent indistinctement mondialisation ou progrès. Cette tendance est corrélée avec le processus de concentration du pouvoir, renforçant ainsi les appareils étatiques de maintien de l’ordre, de désinformation et de répression. Si le capital est la substance d’un tel œuf, l’État est sa coquille. Une crise qui met en danger l’économie mondialisée, une crise systémique, comme on dit maintenant, provoque une réaction défensive presque automatique, et réactive des mécanismes disciplinaires et punitifs déjà existants. Le capital passe au second plan et c’est alors que l’État apparaît dans toute sa plénitude. Les lois éternelles du marché peuvent prendre des vacances sans que leur vigueur en soit altérée.

L’État prétend se présenter comme la planche de salut à laquelle la population doit s’agripper lorsque le marché s’endort dans la tanière de la banque et de la bourse. Tout en travaillant au retour à l’ordre ancien, c’est-à-dire, comme disent les informaticiens, en essayant de créer un point de restauration du système, l’État joue le rôle d’un protagoniste protecteur, bien qu’en réalité il ressemble plus à un bouffon maquereau. Malgré tout, et quoi qu’il en dise, l’État n’intervient pas pour défendre la population ni même les institutions politiques, mais pour défendre l’économie capitaliste, et donc pour défendre le travail dépendant et la consommation induite qui caractérisent le mode de vie déterminé par cette dernière. D’une certaine manière, il se protège d’une éventuelle crise sociale résultant d’une crise sanitaire, c’est-à-dire qu’il se défend contre la population. La sécurité qui compte vraiment pour l’État n’est pas celle des personnes, mais celle du système économique, ce que l’on appelle généralement la sécurité « nationale ». Par conséquent, le retour à la normalité ne sera pas autre chose que le retour au capitalisme : aux HLM et aux résidences secondaires, au tumulte de la circulation, à l’alimentation industrielle, aux transports privés, au tourisme de masse, au panem et circenses… Les formes extrêmes de contrôle comme le confinement et la distance entre les individus prendront fin, mais le contrôle se poursuivra. Rien n’est transitoire : un État ne désarme pas volontairement ni ne renonce de bon gré aux prérogatives que la crise lui a accordées. Il se contentera de « geler » les moins populaires, comme il l’a toujours fait. Gardons à l’esprit que la population n’a pas été mobilisée, mais immobilisée, il est donc logique de penser que l’État du capital, plus en guerre contre elle que contre le coronavirus, tentera de s’en laver les mains en lui imposant des conditions de survie de plus en plus antinaturelles.

L’ennemi public désigné par le système est l’individu désobéissant, l’indiscipliné qui ignore les ordres unilatéraux venus d’en haut et le confinement, refuse de rester dans les hôpitaux et ne garde pas ses distances. Celui qui n’est pas d’accord avec la version officielle et qui ne croit pas à ses chiffres. Il est évident que personne ne reprochera aux responsables d’avoir laissé le personnel sanitaire et soignant sans équipement de protection, et les hôpitaux avec un nombre insuffisant de lits et d’unités de soins intensifs, ni aux gros bonnets d’être responsables du manque de tests de diagnostic et de respirateurs, ni aux chefs administratifs d’avoir négligé les anciens des maisons de retraite. On ne pointera pas du doigt non plus les experts de la désinformation, les hommes d’affaires spéculant sur les fermetures, les fonds vautours, ceux qui ont profité du démantèlement de la santé publique, ceux qui font du commerce avec la santé ou les multinationales pharmaceutiques… L’attention sera toujours détournée, ou mieux télécommandée vers d’autres aspects : l’interprétation optimiste des statistiques, la dissimulation des contradictions, les messages gouvernementaux paternalistes, l’incitation souriante à la docilité des personnalités médiatiques, le commentaire humoristique des banalités qui circulent sur les réseaux sociaux, papier toilette, etc. L’objectif est que la crise sanitaire soit compensée par un degré plus élevé de domestication. Que le travail des dirigeants ne soit pas remis en cause d’un iota. Que l’on supporte le mal et qu’on ignore le rôle de ceux qui l’ont déchaîné.

La pandémie n’a rien de naturel ; c’est un phénomène typique du mode de vie malsain imposé par le turbocapitalisme. Ce n’est ni le premier ni le dernier. Les victimes le sont moins du virus que de la privatisation des soins de santé, de la déréglementation du travail, du gaspillage des ressources, de l’augmentation de la pollution, de l’urbanisation galopante, de l’hypermobilité, de l’entassement concentrationnaire métropolitain et des aliments industriels, en particulier ceux issus des macro-exploitations, endroits où les virus trouvent leur meilleur foyer de reproduction. Toutes conditions idéales pour les pandémies. La vie qui dérive d’un modèle d’industrialisation où commandent les marchés relève déjà de l’isolement : pulvérisée, contingentée, techno-dépendante et sujette à la névrose, autant de qualités qui favorisent la résignation, la soumission et la citoyenneté « responsable ». Nous sommes dirigés par des inutiles, des incompétents et des incapables ; pour autant l’arbre de la bêtise gouvernante ne doit pas nous empêcher de voir la forêt de la servitude citoyenne, la masse impuissante disposée à se soumettre inconditionnellement et à s’enfermer dans la poursuite de l’apparente sécurité promise par l’autorité étatique. Laquelle ne récompense généralement pas la fidélité, mais se méfie des infidèles. Et, pour elle, potentiellement, nous sommes tous des infidèles.

D’une certaine manière, la pandémie est une conséquence de la poussée du capitalisme d’État chinois sur le marché mondial. La contribution orientale à la politique consiste principalement en sa capacité à renforcer l’autorité de l’État jusqu’à des limites inimaginables grâce au contrôle absolu des personnes par le biais d’une numérisation totale. À ce genre de compétence bureaucratique-policière on pourrait ajouter l’habileté de la bureaucratie chinoise à mettre la pandémie au service de l’économie. Le régime chinois est un exemple de capitalisme tutélaire, autoritaire et « ultra-productiviste » engendré par la militarisation de la société. C’est en Chine que la domination aura son futur âge d’or. Il y aura toujours des attardés pusillanimes pour se lamenter sur le « recul de la démocratie » qu’entraîne le modèle chinois, comme si ce qu’ils appellent ainsi avait été autre chose que la forme politique d’une période obsolète, celle qui correspondait à la partitocratie complaisante à laquelle ils participaient volontiers jusqu’à hier. Eh bien, si le parlementarisme commence à être impopulaire et malodorant pour la majorité des dirigés, et par conséquent, s’il devient de moins en moins efficace comme outil de domestication politique, c’est en grande partie dû à la prépondérance du contrôle policier et de la censure, acquise en ces temps nouveaux, sur les magouilles des partis. Les gouvernements ont tendance à utiliser les états d’alerte comme un outil régulier de gouvernement, car les mesures concernées sont les seules qui fonctionnent correctement dans les moments critiques. Mais elles masquent la fragilité réelle de l’État, la vitalité de la société civile et le fait que ce n’est pas la force qui entretient le système mais l’atomisation de ses sujets mécontents. Nous sommes dans une phase politique où la peur, le chantage émotionnel et les big data sont indispensables pour gouverner, les partis politiques se révélant moins utiles que les techniciens, les communicants, les juges ou la police.

Voilà ce qui devrait nous préoccuper le plus maintenant : la pandémie n’est pas seulement l’aboutissement de certains processus de longue date, telles que la production industrielle alimentaire standardisée, la médicalisation sociale et la gestion autoritaire de la vie quotidienne. Elle engendre également des progrès considérables dans le processus de numérisation sociale. Si la malbouffe en tant que régime alimentaire mondial, l’utilisation généralisée de remèdes pharmacologiques et la coercition institutionnelle sont les ingrédients de base du gâteau de la vie quotidienne postmoderne, la surveillance numérique (coordination technique des caméras vidéo, reconnaissance faciale et traçage des téléphones portables) est la cerise sur le gâteau. On récolte ce qu’on a semé.

Lorsque la crise sera passée, presque tout sera comme avant, mais le sentiment de fragilité et d’inquiétude demeurera plus longtemps que ne le souhaiterait la classe dirigeante. Ce malaise de la conscience entamera la crédibilité de la victoire des ministres et des porte-parole, mais il reste à voir si cela pourra les chasser du fauteuil où ils se sont installés. Mais s’ils devaient garder leur siège, l’avenir de l’espèce humaine resterait entre les mains d’imposteurs, car une société capable de prendre en main son propre destin ne peut jamais se former au sein du capitalisme et dans le cadre d’un État. La vie des gens ne suivra pas les chemins de la justice, de l’autonomie et de la liberté sans se détacher du fétichisme de la marchandise, sans apostasier la religion étatiste, ni sans déserter les grandes surfaces et les églises.

Miquel Amorós

Confiné chez lui,

à son grand regret,

le 7 avril 2020.

Traduit de l’espagnol

par les Giménologues,

14 avril 2020.

Texte d’origine :

El Estado con mascarilla.

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Société des sociétés…

3 Réponses vers “Crise artificielle du coronavirus : quand la cible est l’humanité et surtout ses réfractaires au Nouvel Ordre Mondial”

  1. […] Crise artificielle du coronavirus : quand la cible est l’humanité et surtout ses réfractaires au… – L’État Masqué de Miquel Amoros le 25 avril 2020 ; […]

  2. Combien de preuve faudra-t-il encore ?

    J’invite tout le monde à lire, et relayer, et surtout, surtout, à se sortir les doigts du nez !

    Oui, les hôpitaux ont bien procédé au «tri» des patients ► https://fr.sputniknews.com/france/202004301043695766-covid-hopitaux-tri-patients-ages/

    Une semaine après de premières révélations sur des recommandations des autorités sanitaires de «limiter fortement» l’admission en réanimation des «personnes les plus fragiles», le Canard enchaîné revient à la charge après le démenti du ministère. Le document en question existe bel et bien et Sputnik l’a analysé : il laisse peu de place au doute.

    «Dans un hôpital public d’Île-de-France –des documents en possession du “Canard” en attestent–, aucun patient de plus de 70 ans n’a été admis en réa durant les six jours les plus critiques de la crise. Un “tri” que personne ne semble prêt à assumer aujourd’hui…»

    Le constat dressé par le Canard enchaîné est sans appel. Une semaine après ses révélations concernant l’existence d’une «circulaire» en date du 19 mars qui «suggérait de limiter fortement l’admission en réanimation des personnes les plus fragiles», le palmipède en remet une couche dans son édition du 29 avril, en réponse au démenti du ministère de la Santé.

    «Il n’y a pas de circulaire concernant la prise en charge des résidents d’Ehpad publiée à cette date. Nous ne savons pas de quel document il est question», répondait au Figaro le ministère de la Santé, dans un article paru le 23 avril.

    Olivier Véran et son administration espéraient-ils s’en tirer à si bon compte? La veille de la publication cette réaction officielle dans les colonnes du Figaro, l’hebdomadaire satirique s’interrogeait quant à l’impact de cette fameuse «circulaire» sur une possible «aggravation du bilan de l’épidémie pour les patients les plus âgés».

    Chiffres de l’Assistance publique de Paris à l’appui, l’auteur du papier soulignait ainsi qu’en une quinzaine de jours– à compter du 21 mars –, la part des patients de plus de 75 ans et de plus de 80 ans dans les services de réanimation avait fondu, passant respectivement de 19% à 7% et de 9% à 2%, alors qu’au même moment, l’épidémie «a explosé dans ces tranches d’âges élevées.»

    «Son cabinet [d’Olivier Véran, ndlr.] joue sur les mots. Le Palmipède a improprement qualifié de circulaire un texte de recommandations régionales», répond cette semaine le «Canard», qui cette fois-ci, lâche les références exactes du fameux document, publié par l’Agence Régionale de Santé (ARS) d’Île-de-France «avec le visa du ministère, évidemment».
    «Échelle de fragilité clinique»

    Fort de ces informations, ce document disponible en ligne, qui «s’adresse particulièrement aux médecins», vise à apporter «un soutien conceptuel» aux équipes soignantes «sursollicitées» confrontées –dans le «contexte d’exception» d’une crise sanitaire où «les ressources humaines, thérapeutiques et matérielles pourraient être ou devenir immédiatement limitées»– à «des choix difficiles et des priorisations dans l’urgence concernant l’accès à la réanimation» et qui «ne sont pas nécessairement habituées à la démarche réflexive des limitations des traitements.»

    Six puces détaillent les «principes d’une décision d’admission en unité de soins critiques» [services de soins intensifs, de réanimation, ndlr]. Le document commence par la collégialité de la procédure, «définie par voie réglementaire au décours de la loi Clayes-Leonetti», et rappelle «la garantie d’un accompagnement et de soins pour tous, respectueux de la personne et de sa dignité». Le «respect des volontés et valeurs» du patient, «l’évaluation du nombre de défaillances d’organes au moment de la prise de décision», ainsi que la «prise en compte de l’état antérieur» de ce dernier figurent parmi les critères énumérés.

    Le gouvernement a-t-il fermé l’accès des salles de réanimation aux «personnes les plus fragiles»?
    Afin d’éclairer les médecins sur l’évaluation de ce point particulier, le document de l’ARS suggère «au minimum» la prise en compte des comorbidités, de l’état des fonctions cognitives du patient, mais surtout «de son âge (à prendre particulièrement en compte pour les patients COVID)» et de sa «fragilité». À cette fin, il reprend l’«échelle de fragilité clinique» d’une étude canadienne sur la santé du Geriatric Medicine Research de l’université de Dalhousie (Halifax).

    Silhouettes de personnes voûtées équipées de canne ou de déambulateur à l’appui, cette «échelle» illustrée classe les individus en neuf catégories, allant des «très en forme», à savoir des personnes «actives et motivées» à celles en «phase terminale», en passant par le stade «vulnérable», qui concerne les personnes non dépendantes, mais qui «se plaignent souvent d’être au ralenti ou fatiguées durant la journée», ainsi que les «très sévèrement fragiles» qui «habituellement, ne se remettraient pas même d’une maladie bénigne.» À partir du stade 5, tous sont dépeints comme étant des individus plus ou moins «fragiles».
    «Démarche réflexive des limitations des traitements»

    Le document canadien repris par l’ARS dresse un récapitulatif complémentaire, celui des «scores de fragilité» concernant les patients souffrant de troubles cognitifs. «Démence légère» pour ceux qui «oublient des détails d’un évènement récent» sans avoir oublié l’évènement lui-même, «modérée» pour une mémoire à court terme «très altérée» et un troisième et dernier niveau, qualifié de «sévère» pour les personnes nécessitant une aide pour effectuer leurs soins personnels. Un panel d’éléments censé aider les soignants à prendre leur décision d’accepter ou non de patients d’un certain âge en réanimation, dans le cas où ils ne refuseraient pas d’eux-mêmes d’y rentrer ou si l’absence de signe de gravité de la maladie justifierait un tel refus.

    «Une telle admission risquerait aussi de priver un autre patient d’une prise en charge en réanimation, alors qu’elle/il aurait plus de chance d’en bénéficier. Ainsi, nous considérons licite de ne pas admettre un patient en réanimation dès lors qu’il s’agit d’une obstination déraisonnable, y compris si une place de réanimation est disponible», souligne le document de l’ARS d’Île-de-France.

    Rivotril: «euthanasie hors-cadre» ou «ne pas laisser souffrir quelqu’un pleinement conscient»?
    Pour ces patients refoulés des services de soins intensifs, le document laisse peu de doute sur leur sort: «Chez ces patients non admis en soins critiques, les soins ne sont pas interrompus, mais s’intègrent dans le cadre d’un accompagnement en collaboration avec les spécialistes d’une telle prise en charge palliative afin d’assurer une absence de souffrance et une fin de vie digne et apaisée, en présence de leurs proches», développe la note.

    En somme, les malades sont mis sur une voie de garage pour laquelle la mort semble être la seule issue envisagée.
    «Un « tri » que personne ne semble prêt à assumer aujourd’hui»

    Des malades refusés en réanimation pour lesquels un décret publié le 29 mars autorisait jusqu’à la mi-avril le recours au Rivotril (un puissant anxiolytique habituellement utilisé dans le traitement de l’épilepsie) afin de prodiguer des soins palliatifs. D’ailleurs, le tableau méthodologique concluant la note de l’ARS, qui évoque la nécessité pour les familles «d’anticiper» avec les médecins un éventuel recours à des soins palliatifs pour leurs proches en Ephad et en USLD (unités de soins de longue durée), rappelle ceux des fiches de «recommandations» adressées au personnel soignant vers lesquelles renvoyait le fameux décret du 29 mars.

    Document qui fut dénoncé en son temps par plusieurs députés, l’un d’eux fustigeant un «passeport pour la mort douce», un autre s’interrogeant : «ne risque-t-on pas de passer de la sélection des patients à une euthanasie massive qui ne dit pas son nom ?»

    =*=

    Quand assez est-il assez ?

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