Pierre Clastres 1977-2017: 40 ans après sa mort, l’héritage d’un anthropologue politique anarchiste ~ 3ème partie ~

 

Résistance 71

 

Juillet 2017

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

 

Qu’entend-on précisément par société primitive ?

La réponse nous est fournie par l’anthropologie la plus classique lorsqu’elle veut déterminer l’être spécifique de ces sociétés, lorsqu’elle veut indiquer ce qui fait d’elles des formations sociales irréductibles : les sociétés primitives sont les sociétés sans Etat, elles sont les sociétés dont le corps ne possède pas d’organe séparé du pouvoir politique. C’est selon la présence ou l’absence de l’Etat ; que l’on opère un premier classement des sociétés, au terme duquel elles se répartissent en deux groupes : les sociétés sans Etat et les sociétés à Etat, les sociétés primitives et les autres. Ce qui ne signifie pas, bien entendu, que toutes les sociétés à Etat soient identiques entre elles : on ne saurait réduire à un seul type les diverses figures historiques de l’Etat et rien ne permet de confondre entre eux. L’Etat despotique archaïque, ou l’Etat, libéral bourgeois, ou l’Etat totalitaire fasciste ou communiste. Prenant donc garde d’éviter cette confusion qui empêcherait en particulier de comprendre la nouveauté et la spécificité radicales de l’Etat totalitaire. On retiendra qu’une propriété commune fait s’opposer en bloc les sociétés à Etat aux sociétés primitives. Les premières présentent toutes cette dimension de division inconnue chez les autres, toutes les sociétés à Etat sont divisées, en leur être, en dominants et dominés, tandis que les sociétés sans Etat Ignorent cette division : déterminer les sociétés primitives comme sociétés sans Etat, c’est énoncer qu’elles sont, en leur être, homogènes parce qu’elles sont indivisées. Et l’on retrouve ici la définition ethnologique de ces sociétés : elles n’ont pas d’organe séparé du pouvoir, il n’est pas séparé de la société.

Prendre au sérieux les sociétés primitives revient ainsi à réfléchir sur cette proposition qui, en effet, les définit parfaitement : on ne peut y isoler une sphère politique distincte de la sphère du social. On sait que, dès son aurore grecque, la pensée politique de l’Occident a su déceler dans le politique l’essence du social humain (l’homme est un animal politique), tout en saisissant l’essence du politique dans la division sociale entre dominants et dominés, entre ceux qui savent et donc commandent et ceux : qui ne savent pu et donc obéissent. Le social c’est le politique, le politique c’est l’exercice du pouvoir (légitime ou non, peu importe ici) par un ou quelques-uns sur le reste de la société (pour son bien ou son mal, peu importe ici) : pour Héraclite, comme pour Platon et Aristote, il n’est de société que sous l’égide des rois, la société n’est pas pensable sans sa division entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent et la où fait défaut l’exercice du pouvoir, on se trouve dans l’infra-social, dans la non-société.

C’est à peu près en ces termes que les premiers Européens jugèrent les Indiens d’Amérique du Sud, à l’aube du XVII siècle. Constatant que les « chefs » ne possédaient aucun pouvoir sur les tribus, que personne n’y commandait ni n’y obéissait, ils déclaraient que ces gens n’étaient point policés, que ce n’étaient point de véritables sociétés : des Sauvages sans foi, sans loi, sans roi.
[…]
A quoi servent les chefs, s’il leur manque l’attribut essentiel qui ferait d’eux justement des chefs, à savoir la possibilité d’exercer le pouvoir sur la communauté ? En réalité, que le chef sauvage ne détienne pas le pouvoir de commander ne signifie pas pour autant qu’il ne sert à rien : Il est au contraire Investi par la société d’un certain nombre de tâches et l’un pourrait à ce titre voir en lui une sorte de fonctionnaire (non rémunéré) de la société. Que fait un chef sans pouvoir ? Il est, pour l’essentiel, commis à prendre en charge et à assumer la volonté de la société d’apparaître comme une totalité une, c’est-à-dire l’effort concerté, délibéré de la communauté en vue d’affirmer sa spécificité, son autonomie, son Indépendance par rapport aux autres communautés.

En d’autres termes, le leader primitif est principalement l’homme qui parle au nom de la société lorsque circonstances et événements la mettent en relation avec les autres. Or ces derniers se répartissent toujours, pour toute communauté primitive, en deux classes : les amis et les ennemis.

Avec les premiers, Il s’agit de nouer ou de renforcer des relations d’alliance, avec les autres il s’agit de mener à bien, lorsque le cas se présente, les opérations guerrières. Il S’ensuit que les fonctions concrètes, empiriques du leader se déploient dans le champ, pourrait-on dire, des relations Internationales et exigent par suite les qualités afférentes à ce type d’activité : habileté, talent diplomatique en vue de consolider les réseaux d’alliance qui assureront la sécurité de la communauté courage, dispositions guerrières en vue d’assurer une défense efficace contre les raids des ennemis ou, si possible, la victoire en cas d’expédition contre eux.
[…]
Il va de soi que si la communauté le reconnaît comme leader (comme porte-parole) lorsqu’elle affirme son unité par rapport aux autres unités, elle le crédité d’un minimum de confiance garantie par les qualités qu’il déploie précisément au .service de sa société. C’est ce que l’on nomme le prestige, très généralement confondu. à tort bien entendu, avec le pouvoir. On comprend aima fort bien qu’au sein de sa propre société, l’opinion du leader, étayée par le prestige dont il jouit, soit, le cm échéant, entendue avec plus de considération que celle des autres individus. Mais l’attention particulière dont on honore (pas toujours d’ailleurs) la parole du chef ne va jamais jusqu’à la laisser se transformer en parole de commandement, en discours de pouvoir : le point de vue du leader ne sera écouté qu’autant qu’il exprime le point de vue de la société comme totalité une. Il en résulte que non seulement le chef ne formule pu d’ordres, dont il sait d’avance que personne n’y obéirait, mais qu’il ne peut même pas (c’est-à-dire qu’il n’en détient pas le pouvoir) arbitrer lorsque se présente par exemple un conflit entre deux Individus ou deux familles. Il tentera non pas de régler le litige au nom d’une loi absente dont il serait l’organe, mais de l’apaiser en faisant appel, au sens propre, aux bons sentiments des parties opposées, en se référant sans cesse à la tradition de bonne entente léguée, depuis toujours, par les ancêtres. De la bouche du chef jaillissent non plus les mots qui sanctionneraient la relation de commandement-obéïssance, mais le discours de la société elle-même sur elle-même, discours au travers duquel elle se proclame elle-même communauté indivisée et volonté de persévérer en cet être indivisé.

Les sociétés primitives sont donc des sociétés indivisées (et pour cela, chacune se veut totalité une) : société sans classes -pas de riches exploiteurs des pauvres -, sociétés sans division en dominants et dominés- pas d’organe séparé du pouvoir. Il est temps maintenant de prendre complètement au sérieux cette dernière propriété sociologique des sociétés primitives. La séparation entre chefferie, et pouvoir signifie-t-elle que la question du pouvoir ne s’y pose pas, que ces sociétés sont a-politiques ? A cette question. la pensée évolutionniste et sa variante en apparence la moins sommaire, le marxisme (engelsien surtout) – répond qu’il en est bien ainsi et que cela tient au caractère primitif, c’est-à-dire premier de ces sociétés : elles sont l’enfance de l’humanité, le premier âge de son évolution, et comme telles incomplètes, inachevées, destinées par conséquent à grandir, à devenir adultes, à passer de l’a-politique au politique. Le destin de toute société, c’est sa division, c’est le pouvoir séparé de la société, c’est l’Etat comme organe qui sait et dit le bien commun à tous et se charge de leur imposer.

Telle est la conception traditionnelle, quasi générale, des sociétés primitives comme sociétés sans Etat. L’absence de l’Etat marque leur incomplétude, le stade embryonnaire de leur existence, leur a-historicité. Mais en est-il bien ainsi ? On voit bien qu’un tel jugement n’est en fait qu’un préjugé idéologique, d’impliquer que conception de l’histoire comme mouvement nécessaire de l’humanité à travers des figures du social qui s’engendrent et s’enchaînent mécaniquement. Mais que l’on refuse cette néo-théologie de l’histoire et sa continuité fanatique : dès lors les sociétés primitives cessent d’occuper le degré zéro de l’histoire, grosses qu’elles seraient en même temps de toute l’histoire à venir, inscrite d’avance en leur être. Libérée de ce peu innocent exotisme, l’anthropologie peut alors prendre au sérieux : la vraie question du politique : pourquoi les sociétés primitives sont-elles des sociétés sans Etat ? Comme sociétés complètes, achevées, adultes et non plus comme embryons infra-politiques, les sociétés primitives n’ont pas l’Etat parce qu’elles le refusent, parce qu’elles refusent la division du corps social en dominants et dominés. La politique des Sauvages, c’est bien en effet de faire sans cesse obstacle à l’apparition d’un organe séparé du pouvoir, d’empêcher la rencontre d’avance sue fatale entre institution de la chefferie et exercice du pouvoir. Dans la société primitive, il n’y a pas d’organe séparé du pouvoir parce que le pouvoir n’est pas séparé de la société, par ce que c’est elle qui le détient, comme totalité une, en posant de maintenir son être indivisé, en vue de conjurer l’apparition en son sein de l’inégalité entre maîtres et sujets, entre le chef et la tribu. Détenir le pouvoir, c’est l’exercer ; l’exercer, c’est dominer ceux sur qui Il s’exerce : voilà très précisément ce dont ne veulent plus (ne voulurent plus) les sociétés primitives, voilà pourquoi les chefs y sont sans pouvoir, pourquoi le pouvoir ne se détache pas du corps un de la société. Refus de l’inégalité, refus du pouvoir séparé : même et constant souci des sociétés primitives. Elles savaient fort bien qu’à renoncer à cette lutte, qu’à cesser d’endiguer ces forces souterraines qui se nomment désir de pouvoir et désir de soumission et sans la libération desquelles ne saurait se comprendre l’irruption de la domination et de la servitude, elles savaient qu’elles y perdraient leur liberté.

La chefferie n’est, dans la société primitive, que le lieu supposé, apparent du pouvoir. Quel en est le lieu réel ? C’est le corps social lui-même qui le détient et l’exerce comme unité indivisée. Ce pouvoir non séparé de la société s’exerce en un seul sens, Il anime un seul projet : maintenir dans l’indivision l’être de la société, empêcher que l’inégalité entre les hommes installe la division dans la société. Il s’ensuit que ce pouvoir s’exerce sur tout ce qui est susceptible d’aliéner la société, d’y introduire l’inégalité : Il s’exerce, entre autres, sur l’institution d’où pourrait surgir la captation du pouvoir, la chefferie. Le chef est, dans la tribu, sous surveillance : la société veille à ne plus laisser le goût du prestige se transformer en désir de pouvoir. Si le désir de pouvoir du chef devient trop évident, la procédure mise en jeu est simple : on l’abandonne, voire même on le tue. Le spectre de la division haute peut-être la société primitive, mais elle possède les moyens de l’exorciser.

L’exemple des sociétés primitives nous enseigne que la division n’est pas inhérente à l’être du social, qu’en d’autres termes l’Etat n’est pas éternel, qu’il a, ici et là, une date de naissance. Pourquoi a-t-il émergé ? La question de l’origine de l’Etat doit se préciser ainsi : à quelles conditions une société cesse-t-elle d’être primitive ? Pourquoi les codages qui conjurent l’Etat défaillent-ils, à tel ou tel moment de l’histoire ? Il est hors de doute que seule l’interrogation attentive du fonctionnement des sociétés primitives permettra d’éclairer le problème des origines. Et peut-être la lumière ainsi jetée sur le moment de la naissance de l’Etat éclairera-t-elle également les conditions de possibilité (réalisables ou non) de sa mort.

On ne rencontre pas fréquemment une pensée plus libre que celle d’Etienne de la Boétie. […] Comment se peut-il, demande La Boétie, que la majorité des gens obéissent à une personne, mieux le sert, mieux encore: désire le servir ?

[…] La malchance énigmatique de laquelle émane l’Histoire a dénaturé l’Homme en instituant la division dans la société ; la liberté, bien qu’inséparable de l’être primordial de l’Homme, en est bannie. Le signe et la preuve de cette perte de liberté peut être visualisée non seulement dans la résignation à la soumission, mais, de manière plus évidente, dans l’amour de la servitude. En d’autres termes. La Boétie établit une distinction radicale entre les sociétés de la liberté qui se conforment à la nature de l’homme, celle “d’être né seulement dans la vérité pour vivre librement” et les sociétés sans liberté où une personne commande et les autres obéissent.

[…] Toutes les relations au pouvoir sont oppressives, toutes les sociétés divisées sont sujettes au mal absolu, elles sont de manière anti-naturelle, la négation de la liberté.
La naissance de l’Histoire, la division entre une bonne et une mauvaise société sont le résultat d’une infortune: une bonne société est une société dont l’absence de division assure le règne de la liberté, une mauvaise société est une société dont la division permet le triomphe de la tyrannie. Ainsi, le Discours de La Boétie fait écho à l’assertion implicite mais cruciale que la division n’est pas une structure ontologique de la société et que conséquemment, avant l’apparition infortunée de la division sociale, il y avait nécessairement et ce en conformité à la nature humaine, une société sans oppression et sans submission. A l’encontre de Jean-Jacaues Rousseau, La Boétie ne dit pas qu’une telle société n’aurait pas pu exister… Ce qu’il sait est qu’avant cette infortune [de la division] ce fut le mode d‘existence de la société.

[…] Ainsi, l’absence de l’État, le critère interne anthropologique pour déterminer l’existence des sociétés primitives, implique la non-division de cette existence. Pas dans le sens où la division de la société pré-existe l’institution de l’État, mais plutôt dans le sens où l’État lui-même introduit la division… Ces sociétés sont “égalitaires” parce qu’elles ne connaissent pas l’inégalité: personne ne “vaut plus ou moins” qu’un autre, personne n’est supérieur ou inférieur. En d’autres termes, personne ne peut faire plus que quelqu’un d’autre et personne ne détient le pouvoir. […] Voilà pourquoi la chefferie ne peut en aucun cas être l’indication de la division de la société, de la tribu car le chef ne commande pas, car il ne peut pas faire plus que chaque membre de la communauté.
L’État, en tant que division de la société institutionnalisée entre le haut et le bas est en fait la mise en place des relations de pouvoir. Avoir le pouvoir, c’est l’exercer. Un pouvoir qui n’est pas exercé n’est pas un pouvoir, ce n’est qu’une apparence. Il est possible que de ce point de vue, certaines fonctions royales, africaines et autres, ne seraient de fait classifiées que comme cela: des apparences, trompant bien plus qu’on ne pourrait l’imaginer. Ainsi, les relations de pouvoir produisent la capacité de la division de la société ; à cet égard, elles sont l’essence même de l’institution étatique, de la configuration de l’État. Réciproquement, l’État n’est rien d’autre que l’extension des relations de pouvoir, l’approfondissement toujours plus avant de l’inégalité entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent.

[…] La Boétie est en fait le fondateur ignoré de l’anthropologie de l’homme moderne, de l’Homme de la société divisée. Il anticipe la réflexion de Nietzsche, encore plus que Marx. L’Homme dénaturé existe dans son déclin à cause de la perte de sa liberté. […] Ceci est une affaire de nature humaine et cela fait poser la question: Est-ce que le désir de soumission est inné ou acquis ? […] Ainsi, si les sociétés primitives sont des sociétés sans État, ce n’est certainement pas à cause d’une incapacité congénitale de parvenir au stade adulte que cette présence de l’État signifierait, mais bien plutôt à cause du refus de cette institution. Elles n’ont aucune conscience de l’État parce qu’elles n’en veulent pas ; la tribu maintient une disjonction entre la chefferie et le pouvoir, parce qu’elle ne veut pas que le chef soit détenteur du pouvoir, elle refuse au chef le fait de pouvoir commander. Les sociétés primitives sont des sociétés du refus de l’obéissance. Mettons en garde ici contre toute référence à la psychologie: le refus des relations de pouvoir, le refus d’obéir, n’est en aucun cas ce que pensent les missionnaires et les grands voyageurs du passé, un trait de caractère des sauvages., mais l’effet du fonctionnement de machines sociales au plan individuel, le résultat d’action et de décision collectives.

[…] Dans une société divisée le long de l’axe vertical du pouvoir entre les dominants et les dominés, les relations qui unissent les hommes ne peuvent pas se développer librement. Prince, despote, tyran, celui qui exerce le pouvoir, ne veut qu’une obéissance unanime des ses sujets. En obéissant, ceux-ci amènent dans la relation leur propre désir de soumission. Le processus dénaturant exclut la mémoire de la liberté et donc par conséquent du désir de la reconquérir. Toutes les sociétés divisées sont donc destinées à endurer. […] L’amour de la loi, la peur de la liberté, rend chaque sujet un complice du dirigeant: l’obéissance au tyran exclut l’amitié entre sujets.

[…]

Marshall Sahlins entreprend l’exploration systématique de la dimension sociale longtemps étudiée par les ethnologues ; il approche le domaine économique de manière nouvelle et complètement radicale, il pose tacitement la question: qu’en est-il de l’économie dans les sociétés primitives ? Une question d’un poids conséquent comme nous allons le voir…
[…] certains représentants de l’anthropologie économique n’ont pas toujours su, pour le dire gentiment, séparer le devoir d’objectivité, qui au strict minimum demande le respect des faits, de leurs convictions politiques ou philosophiques. Une fois l’analyse subordonnée, de manière délibérée ou inconsciente, à cela ou à ce discours sur la société, alors que la science rigoureuse demanderait précisément le contraire, nous nous retrouvons très rapidement hors piste et aux frontières de la mystification.
Le travail de Marshall Sahlins est totalement dévoué à dénoncer et exposer ces biais.
[…] Voici l’image de l’homme primitif colportée par bon nombre “d’universitaires”: le sauvage survit, écrasé par son environnement écologique, constamment sous la menace de la famine, angoissé de la possibilité de ne pouvoir trouver de quoi nourrir les siens. Bref, l’économie primitive est une économie de subsistance parce que c’est une économie de la pauvreté.
A cette conception de l’économie primitive, Sahlins n’y oppose pas une autre, mais de manière plus simple, les faits ethnographiques. […] Ainsi en fait, il résulte de son analyse que non seulement l’économie primitive n’est pas une économie de la pauvreté, mais bien au contraire que l’économie primitive est la société d’affluence originelle.

[…] Toutes les communautés primitives aspirent, en termes de de production de consommation, à parfaire l’autonomie. Elles aspirent à exclure toutes relations de dépendance envers les tribus voisines. C’est, de ce point de vue, la vision primitive de l’autarcie, idéal de la société: Ils produisent juste assez pour satisfaire tous leurs besoins, mais ils parviennent à le faire entièrement par eux-mêmes…. Ceci dit, des variations climatiques, des différences écologiques peuvent provoquer une impossibilité pour une société de satisfaire ses besoins ou d’objets qu’elle ne fabrique pas. C’est pourquoi, comme le montre très bien Sahlins, les tribus voisines, ou même celles plus distantes, se retrouvent engagées dans des relations de commerce assez intenses. Mais il analyse dans son étude sans relâche des sociétés mélanésiennes, que celles-ci n’ont pas de “marchés” et que “la même chose vaut sans aucun doute pour les sociétés archaïques”.

[…] Les sauvages produisent pour vivre, ils ne vivent pas pour produire. […] Ainsi, ceci fait poser des questions essentielles: sous quelles conditions une société est-elle primitive ? Sous quelles conditions une société primitive peut-elle persévérer dans son être indivisé ?
La société sans État, la société sans classes: c’est ainsi que l’anthropologie parle des facteurs qui permettent à une société d’être étiquetée comme primitive. Une société donc, sans organe séparé du pouvoir, une société qui empêche délibérément la division du corps social en groupes inégaux et opposés: “la société primitive permet la pauvreté pour tous mais pas l’accumulation pour certains.” […] Soulever la question du pouvoir politique dans les sociétés primitives force à penser la chefferie en dehors du pouvoir et de réfléchir sur cette donnée immédiate de la sociologie primitive à savoir que le leader est sans pouvoir.
[…] Ceux que détiennent le pouvoir dans quelque société que ce soit, le prouve en forçant leurs sujets à payer le tribut, l’impôt. Détenir le pouvoir et forcer l’impôt, le tribut est une seule et même chose et la toute première action significative du despote est de proclamer l’obligation de paiement. […] Ainsi la nature de la société change avec la direction de la dette. Si la dette va de la chefferie vers la société, alors la société demeure indivisée, le pouvoir demeure localisé au sein du corps social homogène. Si, au contraire, la dette va de la société vers la chefferie, alors le pouvoir a été séparé du corps social et est concentré aux mains du ou des chefs, la société hétérogène en résultant se trouve divisée entre dominants et dominés. En quoi consiste donc la rupture entre les sociétés indivisées et les sociétés divisées ? Elle se produit lorsque la direction de la dette est inversée, lorsque l’institution tourne les relations de pouvoir à son profit contre la société, créant ainsi une base et un sommet vers lesquels la reconnaissance éternelle de la dette se dirige sans cesse au nom du tribut à payer. La conception de l’Histoire en tant que continuité de formations sociales s’engendrant elle-même mécaniquement l’une après l’autre, échoue ici où s7articule les véritables problèmes : Pourquoi la société primitive cesse t’elle à un moment donné de coder le flot du pouvoir ? Pourquoi permet-elle l’inégalité et la division d’ancrer la mort dans le corps social alors qu’elle l’avait jusqu’ici repoussée ? Pourquoi le sauvage se soumet-il au désir de pouvoir du chef ? Où et quand est née l’acquiescement à la servitude ? […] C’est le social qui commande le jeu économique ; c’est, ultimement, le politique qui détermine l’économique. Les sociétés primitives sont des machines anti-productives. Quel est donc le moteur de l’histoire ? Comment peut-on déduire les classes dans une société sans classes, la division d’une société indivisée, le travail aliéné d’une société qui aliène le travail de son chef ? Mystères. Il s’ensuit que le marxisme ne pet pas être utilisé pour considérer et analyser les sociétés primitives, parce que celles-ci n’est pas pensable dans un tel cadre théorique. L’analyse marxiste est peut-être valide en ce qui concerne les sociétés divisées ou pour des systèmes dans lesquels apparemment la sphère de l’économie est centrale (comme le capitalisme). Mais une telle analyse, lorsqu’elle s’applique à des sociétés indivisées, à des sociétés qui se positionnent dans le refus de l’économie, est plus qu’absurde, c’est obscurantiste. Nous ne savons pas si  être ou pas marxiste est possible en philosophie, mais nous voyons de manière claire quoi qu’il en soit, que c’est impossible en ethnologie.

[…] Ainsi, Marshall Sahlins nous montre que la recherche doit être vivante et libre, car une grande pensée peut périr si elle est réduite à une simple théologie. Les économistes formalistes et les anthropologues marxistes ont ceci en commun de ce qu’ils sont incapables de réfléchir sur l’homme des sociétés primitives sans l’inclure dans un cadre éthique et conceptuel issus du capitalisme ou de la critique du capitalisme. Leurs entreprises pathétiques sont nées dans le même endroit et produisent le même effet:  une ethnologie de la pauvreté. Sahlins quant à lui, a aidé à démontrer la pauvreté de leur ethnologie.

[…] A suivre…

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17 Réponses to “Pierre Clastres 1977-2017: 40 ans après sa mort, l’héritage d’un anthropologue politique anarchiste ~ 3ème partie ~”

  1. […] – 1ÈRE PARTIE – 2ÈME PARTIE – 3ÈME PARTIE – 4ème […]

  2. Tenez, j’ai pu finalement accéder à mon blog, et intégrer cette passionnante 3ème partie dans mon billet du 25 juin, intitulé « Tuer l’Indigène pour sauver l’Homme » blanc et de surcroit chrétien ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/06/25/tuer-lindigene-pour-sauver-lhomme/ et à la suite des autres.

    En lisant Clastres, Malatesta, Michel, Kropotkine, Bakounine et les grands textes politiques fondateurs, comme la Grande Loi de la Paix, le manifeste du Confédéralisme Démocratique, la 6ème déclaration Zapatiste de la Forêt de Lacandon… On comprend combien il est vain de combattre le pouvoir, Macaron qui a été placé là par les zélites pour exécuter le Plan…
    Car on s’épuise à se préoccuper de choses auxquelles on ne peut rien au lieu de se concentrer sur les SOLUTIONS.
    Ici, avec ce genre de textes, on se focalise sur les solutions car d’autres se chargent (comme j’ai pu le faire d’ailleurs) à montrer les sales têtes de l’hydre/Bernard l’Hermite au public.
    Alors on continue de se poser des questions qui mènent à la dénonciation et à l’exposition des turpitudes oligarchiques, mais vous avez raison de vous concentrer sur le redéveloppement de la conscience politique et du comment on peut en sortir avant d’être écrasés par la machine globaliste.
    Je crois que c’est dans cette optique que vous avez lancé ce « slogan » : « Il n’y a pas de solution au sein du système ».
    Puisqu’il faut en sortir, cela devenant une évidence pour de + en + de gens, vous proposez ainsi par « quoi » le remplacer ; La Société des sociétés…
    Et c’est là que vous faites œuvre utile.
    Car nous sommes capables ainsi de nous poser les bonnes questions, et surtout, d’être en capacité d’y répondre en nous donnant à lire le meilleur de l’ancien pour l’adapter au monde d’aujourd’hui.
    Je mature un billet en ce sens… Mes petits problèmes de connexion à mon blog font que je le remets à demain.
    Y’a rien qui presse et tout fait sens…
    Jo

  3. Quand est-ce qu’on apprend qlq chose ? Part 1 et 3 totalement inutiles hormis pour ceux qui écrivent. Le Pouvoir aurait été pris par les prophètes : développez au lieu de passer des pages à ressasser la même chose.

  4. […] grâce à Résistance71 ; Pour le quarantenaire de la disparition de l’anthropologue politique trop méconnu et pourtant […]

  5. Hervé Hum Says:

    vous écrivez dans l’autre commentaire « mais originellement, la société primordiale refuse l’économique, » Non, selon l’étymologie du mot, elle ne refuse pas l’économique, elle applique le principe selon lequel « à chaque jour suffit sa peine ». Selon l’analyse que fait Clastres, elle cherche l’équilibre entre travail/production et satisfaction des besoins au meilleur rendement, mais pas dans le sens de la surproduction comme en économie capitaliste au profit des propriétaires. Le but étant de dégager le maximum de temps choisis et le minimum de temps contraint qu’est le travail. Donc, avec une gestion rigoureuse des stocks, mais comme dit en terme moderne « à flux tendu » avec un stock minimum pour répondre à des besoins particuliers. C’est exactement le modèle économique que je propose, mais appliqué à une économie mondiale et acceptant la division du travail où on peut même parle de société sans Etat au sesns coercitif. C’est le but de la transposition de la propriété en responsabilité car ce qu’il ressort de l’analyse des sociétés primaires, c’est qu’elles fonctionne sur le principe de la responsabilité fondé sur l’équilibre de l’échange interdisant l’impôt.

    Clastres est l’auteur qui me parle le mieux et m’apprend le plus, essentiellement pour comprendre ce qui nous divise et trouver la solution pour nous réunir.

    Clastres écrit notamment ceci et bien que je sois d’accord avec lui, je ne formulerait pas cet axiome de la même manière.

    « Ainsi la nature de la société change avec la direction de la dette. Si la dette va de la chefferie vers la société, alors la société demeure indivisée, le pouvoir demeure localisé au sein du corps social homogène. Si, au contraire, la dette va de la société vers la chefferie, alors le pouvoir a été séparé du corps social et est concentré aux mains du ou des chefs »

    Ceci, car toute dette implique une créance. C’est une loi physique et non une loi humaine. Ce qui veut dire que dans le cas où le pouvoir a été séparé, le chef cumule la créance et ses serviteurs la dette via l’impôt. Mais dans le cas inverse, cela voudrait dire que la chefferie cumule la dette et le reste de la société la créance.

    Or, j’ai du mal à imaginer une société où le chef est celui qui est imposé ! En fait, cela ne peut fonctionner que s’il y a reconnaissance du mérite du ou des chefs et donc, que la dette donne lieu à une créance. Sauf que dans ce sens là, c’est bel et bien le mérite (reconnaissance) qui décide de la créance et non l’impôt ou la dette comme dans l’autre cas. Autrement dit, c’est la communauté qui décide de la reconnaissance à accorder au chef et non le chef qui se l’attribut et l’impose.

    Voilà pourquoi les chefs pouvaient accumuler des biens supérieurs aux autres membres et que ces biens étaient redistribués, redilués dans le corps social à leur mort.

    N’ayant pu me satisfaire de votre seul pdf, je poursuis actuellement la lecture d’un autre.

    • heureux que Clastres t’inspire. Ce que Clastres dit aussi est que la division de la société est d’abord politique, c’est essentiel à comprendre pour voir que la solution n’est pas et ne peut être économique, elle est d’abord politique pour réintégrer le pouvoir dans le peuple. L’économique suit, il ne fait que suivre. la plus grosse erreur a sans doute été de le laisser dominer le fonctionnement de nos sociétés, ce n’est pas inéluctable et totalement réversible car c’est une construction humaine. Renverser la direction de la « dette » est un acte politique et pas économique. Tout est là.
      Les chefs n’accumulaient pas de richesses de leur vivant le plus souvent (cela dépend à terme du type de société aussi), c’était redistribué sous forme de « potlach », sous la forme du don perpétuel avec en retour, la reconnaissance de la société pour en faire un porte-parole et le gardien du fonctionnement traditionnel. Une des fonctions de l’Etat est de briser tout cela et d’imposer la loi oligarchique par la force, d’où sa réalité coercitive permanente.

  6. Hervé Hum Says:

    J’ai lu le 1er chapitre de « la société contre l’Etat » et quelques autres passages et résumés. Voilà un auteur très intéressant et instructif qui donne envie de le lire.

    Je vais acheter le livre pour pouvoir le lire.

    En attendant, je note avec plaisir que son observation de ces sociétés posent les mêmes conditions pour interdire l’exercice du pouvoir de quelques uns sur tous les autres, soit, transparence totale dans le processus de la décision politique et impliquant la non division du corps social entre ceux qui font la loi et ceux qui y sont soumis. Dans ces sociétés dites sans Etat, la loi est comme je l’écris depuis le début, au dessus de tous et donc, séparé du corps social dans lequel même et surtout les chefs sont inclus.

    La lecture de Clastres m’a permis de préciser mon analyse sur la notion d’Etat.

    Ainsi, je tenterai de montrer à ce propos que si l’appareil d’Etat a servit comme outil pour séparer en deux la société, il peut aussi en tenant compte des mêmes conditions, permettre sa réunification.

    De montrer qu’il n’existe pas de société sans état, donc, que toute société est constitutive d’une forme d’état, même les sociétés dites « primitives ». Qu’il faut distinguer un Etat relatif et absolu, cad, l’état mobile parce que contenu dans le corps social (via la coutume, la tradition) et l’état sédentaire, parce que portant sur la terre (que permet la comptabilité et l’écriture). Dans le premier cas, il suffit de se séparer du corps social pour se défaire de la tutelle de l’état, dans le second cas on peut se défaire de la tutelle de l’état qu’en sortant de la terre où l’état applique la loi.

    Ainsi, dans les sociétés primitives, celui qui n’était plus d’accord avec l’état dans lequel il vivait n’avait qu’à déménager car la terre étant sans possession étatique, alors qu’en occident, il devait s’expatrier d’une terre donnée ou faire la guerre.

    Les sociétés dites primitives n’étaient pas contre l’état en tant que constitutif de toute société, mais contre la relation dominant-dominé, dans un rapport de maître et esclave, d’obéissance, mais au contraire, où chacun reste libre d’adhérer ou non à l’état. Libre d’en constituer un autre.

    Bon, c’est un essai !

    • oui, contents que tu trouves des choses dans Clastres.
      Mais fais attention: pas d’État possible dans une société non divisée ! Tu ne peux pas employer ce terme. L’État ne peut exister que dans une société politiquement divisée au préalable. Il n’y a pas de sociétés « pré-étatiques », ni de sociétés « pré-capitalistes » (comme l’insinuent les marxistes..). Castres a démontré que la société sans État est une société non pas en « devenir étatique », mais une société contre l’État, où l’État par la sortie du pouvoir du corps social est rendu impossible.
      D’accord sur le dernier paragraphe ans oublier que l’État EST l’incarnation de la division politique de toute société.
      Il n’y a pas d’État, ne peut pas y en avoir, tu dois donc dire « chacun est libre d’aah´´per ou non à la (cette) société et libre d’en constituer une autre. » L’État est une structure institutionnelle coercitive dont la fonction est le maintien de la division politique de la société galvaudée. Il est le GARANT de la relation dominant/dominé, en cela, il n’est pas « amoral » mais totalement IMMORAL !
      Le système étatique dans lequel est enfermée la vaste majorité de l’humanité ne peut en aucun cas offrir une quelconque solution au marasme politico-économique en cours pour la simple et bonne raison qu’il est le garant de la perpétuation de ce marasme.
      D’où notre formule: « Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais ! »
      Pourquoi veux-tu perdre un temps précieux à tenter de réhabiliter un cancer social ?
      Il faut chercher des solutions EN DEHORS de la boîte systémique… 😉
      Nous pensons que tu y viendras et ce sera très bien. Lâche prise de l’obsolète, l’État est cuit, il est cerné !… 😉

      P.S: sur la terre, tu rejoins un peu Landauer qui disait que la révolution sociale est une affaire de propriété foncière, que le problème social est le problème de la terre. Du reste, bien des peuples autochtones en Amérique latine et ailleurs l’ont bien compris et agissent contre l’état protecteur de l’oppresseur et de l’exploiteur terrien.

      • Hervé Hum Says:

        Je suis d’accord quand vous écrivez « il n’y a pas de solutions au sein du système, il n’y en a jamais eut et il n’y en aura jamais », sauf que c’est du système capitaliste qu’il s’agit. Car la société forme système, sinon, il n’y a pas de société du tout. Soit vous renoncez à la société, soit vous devez admettre un système. Les sociétés primitives que décrit Clastres sont des systèmes et tout son travail consiste à le démontrer, non à le nier.

        Quand j’étudie un mot, je commence par voir son étymologie et de trouver son sens premier, directeur. Le mot Etat vient du latin status et stare et traite bel et bien du système de gouvernance d’une société. Cette définition résiste à toutes les modifications ultérieures où il va surtout s’agir de jeter la confusion et de prêter à l’Etat une qualité qu’il n’a pas, soit, d’être une personne morale.

        J’ai beau regarder différentes approches de définition, je ne vois pas ce qui permet d’affirmer que l’Etat implique obligatoirement une division entre gouvernant et gouverné, un rapport dominant-dominé.

        Clastres remarque bien que la notion d’Etat en tant que système élaboré de gouvernance, d’administration, émerge systématiquement lorsqu’une société atteint un seuil critique de population et que pour éviter ce phénomène, les sociétés primitives limitaient leur population et pratiquaient l’atomisation. Autrement dit, les observations de Clastres confirment bien ce que j’écris depuis le début et qu’il est vain de penser la société humaine d’aujourd’hui hors la notion d’Etat, mais pas du tout vain de penser l’Etat sans obéissance à des maîtres, sans division entre gouvernants et gouvernés. Sur ce point, la constitution iroquoise prouve bien qu’il est possible d’avoir un Etat sans maîtres quand les trois conditions fondamentales sont respectés, soit, transparence totale dans le processus de décision politique, non division du corps social vis à vis de la loi et impliquant la non propriété économique puisque cette dernière est le premier critère de division sociale permettant l’exploitation des prolétaires par les propriétaires.

        Non, en aucune manière l’Etat implique une division de la société entre gouvernants et gouvernés. Cette vision est restreinte et conditionnée au fait que c’est non pas l’Etat qui implique la division de la société, mais la concentration de la population via la division du travail qu’elle produit quasi mécaniquement. Lorsque la division ne porte plus sur les société entre elles, que Clastres appelle atomisation, et sans division du travail autre qu’entre homme et femme qu’on peut qualifier de naturelle, mais par une concentration de population où la division du travail devient alors systémique et où se forme des rapports de classes sociales dû à la structuration de la société en corporation d’activité spécialisés et non plus en corps sociaux familiaux. Nous vivons dans une société avec division du travail et forte concentration de population et s’il est possible et nécessaire de réduire cette division et concentration, elles ne peuvent êtres supprimées.

        En réalité, l’Etat est déjà présent en son principe directeur dans les sociétés primitives qu’est la gouvernance de la société sur la base de règles communes et d’un dialogue politique impliquant un système de gestion, mais prendra corps avec la concentration de population et la spécialisation de l’administration. Mais c’est uniquement la propriété économique qui divise le corps social en deux catégories opposés et non l’Etat, car il suffit d’abolir la propriété pour que l’unité du corps social soit de nouveau rétablit avec l’aide de l’Etat.

        Comprenez bien, ce n’est pas l’Etat que je défend, mais le fait qu’on ne saurait imaginer une société humaine globalisée sur le même mode de production que les sociétés primitives, cad, sans division du travail. Par contre, il faut l’imaginer sur le même mode de gouvernance, cad, sans division du corps social mais étendu à la planète, donc, sans propriété économique. Sauf si des forces contraires l’interdisent !

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