Politique de l’histoire: La France amnésique au passé réglementé ou comment retrouver l’histoire de France ~ 2ème partie: l’affaire Clovis ~

“L’État est une société d’assurance mutuelle entre le propriétaire terrien, le général militaire, le juge, le prêtre et plus tard, le capitaliste, afin de soutenir l’autorité de l’un l’autre sur le peuple et pour exploiter la pauvreté des masses tout en s’enrichissant eux-mêmes.
Telle fut l’origine de l’État, telle fut son histoire et telle est son essence actuelle.”

~ Pierre Kropotkine ~

“Les Romains eux, ont liquidé les Celtes morceau par morceau, en leur inculquant de force une cultrure étatique entièrement contraire à la leur… Ce génocide culturel [ethnocide] des Celtes marque encore notre présent en ce qu’il est l’élan refoulé de notre passé. Le massacre de la civilisation celtique en Europe est comparable en bien des points au massacre des Indiens des Amériques quinze siècles plus tard.”

~ Alain Guillerm, CNRS, 1986 ~

 

 La France pays au passé amnésique et réglementé

 

Présentation, extraits et analyse du livre de Jean-Paul Demoule*:

“On a retrouvé l’histoire de France”, Robert Laffont, 2012 et Folio “Histoire”, 2013

 

par Résistance 71

 

Février 2017

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

Mis en page par Jo de JBL1960, le PDF:

On a retrouvé l’histoire de france (Jean Paul Demoule)

(*) Archéologue, professeur emeritus d’archéologie à l’université de Paris I-Sorbonne. Ancien président de l’Institut Nationale de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) de sa création en 2002 à 2008.

 

Alors, les Romains sont-ils nos civilisateurs ?

Demoule donne des exemples de citations de livres d’histoire scolaire de la IIIème république, citons-en un pour donner le ton:

En somme, nos ancêtres gaulois étaient des sauvages aussi peu avancés que le sont à l’heure actuelle, beaucoup de nègres en Afrique. […] Aujourd’hui, quand les soldats français ou anglais se battent contre des nègres africains, ils finissent toujours par les vaincre, car ils ont sur eux l’avantage d’avoir de meilleures armes. De même les soldats romains qui envahirent la Gaule devaient finir par battre les Gaulois, car ils étaient beraucoup mieux armés.” (Gustave Hervé et Gaston Clemendot, “Histoire de France, cours élémentaire et moyen”, 1904)

Impressionnant non ? Demoule poursuit en citant un extrait de l’arrêté ministériel du 15 août 2008 sur les programmes d’histoire au primaire et au secondaire et explique:

“Moralité: les petits Français n’entendrons jamais parler des Gaulois au collège, ni après d’ailleurs. L’histoire officielle commence bien avec la Gaule romanisée…

Pourquoi donc ? A notre sens, la réponse est une hydre à plusieurs têtes dont deux principales seraient celles-ci:

  • Parce qu’il vaut mieux ne pas trop insister sur le fait que les Celtes (dont font partie les Gaulois) et leur culture se sont étendus en Europe du Danube à l’Irlande entre environ l’an 800 et la conquête romaine du 1er siècle avant notre ère. Ces sociétés ont eu un mode de vie longtemps sans centralisation et n’ont connu des institutions étatiques ou assimilées que sur la fin de leur indépendance.
  • Parce qu’aujourd’hui nos sociétés dont la France, sont toujours fondées en leurs institutions étatiques sur le droit romain, que celui-ci fut la base, avec le droit canon chrétien, du système légal en Europe et dans ses colonies à partir du XVème siècle jusqu’à aujourd’hui.

Ce qui fait dire à Demoule:

Les traces romaines sont aussi lisibles dans notre culture, qui utilise le droit romain, bien différent de la common law (droit coutumier) dans les pays anglo-saxons et qui est une des raisons de nos fréquentes difficultés de compréhension mutuelle. Notre tradition étatique, certes revivifiée par la monarchie absolue, possède en partie des racines romaines, que le christianisme, religion obligée de tout l’empire romain vers le IVème siècle de notre ère et à la structure fortement centralisée, n’a fait que renforcer. L’État est ressenti par nous comme une nécessité pour le meilleur et pour le pire, alors que dans la tradition anglo-saxonne, il n’est jamais complètement légitime.

[…] “La colonisation européenne du monde s’est accompagnée de sa christianisation, au moins pour l’Afrique, les Amériques, l’Océanie et une partie de l’Asie du Sud-Est: pour nous, la domination politique et économique est inséparable de la domination idéologique et religieuse. Et l’Islam n’a pas agi autrement. Tel n’était pourtant pas le mode de fonctionnement de l’impérialisme romain. Certes les collèges de druides, en tant que forme possible de résistance, furent rapidement interdits ; mais la défaite d’un peuple ne signifiait pas du tout qu’il devait renoncer à ses croyances et que ses dieux n’existaient pas. César pensait par exemple, que les dieux étaient partout les mêmes, mais que les différents peuples les adoraient sous différents noms. […] En définitive, les Romains ne réclamaient vraiment qu’une chose en matière de religion : qu’un culte soit rendu à l’empereur divinisé.

Puis les Romains changèrent et finirent par adopter avec l’empereur Constantin, le christianisme comme religion officielle.

De toutes les religions orientales, le monothéisme chrétien, avec son dieu (mâle) unique, s’en vint coïncider plus particulièrement avec l’idéologie impériale officielle, l’empereur était lui-même un dieu… La convergence entre les deux idéologies, l’impériale et la monothéiste était flagrante et l’habile empereur Constantin, qui d’après la légende se convertit lors de la bataille dite ‘du pont Milvius’ qui l’opposait à un de ses rivaux, le comprit fort bien. Il fit du christianisme sa religion, l’autorisa officiellement en 313 dans l’empire et établit alors une forme de théocratie. Moins de 70 ans plus tard, l’empereur Théodose, le dernier à régner sur tout l’empire, l’imposa comme religion unique à l’exclusion de toutes les autres, dès lors violemment persécutées. Car l’originalité si l’on peut dire, des 3 monothéismes modernes par rapport aux polythéismes antérieurs, c’est qu’ils entendent chacun détenir la seule vérité à imposer à tous par la violence au besoin, dans une vision précisément impériale, sinon totalitaire.

[…] Etrange coïncidence que cette forte affinité entre l’idée impériale, avec son pouvoir absolu et les religions monothéistes promettant, sous l’égide d’un dieu unique, le bonheur futur en échange de l’obéissance présente !…On est bien loin de l’imagerie traditionnelle des chrétiens isolés et minoritaires, mourant dans le martyre pour leur foi. Comme l’a écrit en 1902 le théologien excommunié et professeur au Collège de France Albert Loisy: ‘Le christ a annoncé le royaume, mais c’est l’église qui est venue.’ Autrement dit, l’annonce d’un monde meilleur imminent, omniprésent dans les évangiles, a rapidement fait place à un système de pouvoir institutionnel d’une grande efficacité, fondé sur la promesse d’un bonheur limité à l’au-delà et d’une bien lointaine résurrection. Ainsi la conquête romaine de la Gaule, ou plutôt des Gaules, fut un moment décisif de notre histoire… Elle nous a laissé des héritages fondamentaux, depuis notre langue jusqu’à notre calendrier, depuis le christianisme à la viticulture.

[…] L’archéologie préventive de ces dernières années en a complètement bouleversé la vision. Ce ne sont pas des Gaulois hauts en couleur mais barbares, vivant dans des huttes au milieu des forêts qui auraient été ‘civilisés’ par leurs vainqueurs ; ce sont des sociétés prospères, à l’économie et aux techniques inventives et dynamiques, possédant villes et battant monnaie, qui furent intégrées avec succès dans un empire naissant, qu’elles fécondèrent d’autant. Nous allons voir de même, grâce à l’archéologie, que le début du Moyen-Age n’a pas vu non plus la mise à bas de la brillante civilisation antique par des hordes barbares assoiffées de sang…

A partir du chapitre 5, Jean-Paul Demoule adresse la période du moyen-âge, spécifiquement ce moment considéré par l’histoire “orthodoxe” de l’état français comme “fondateur” de ce qui est appelé “l’identité nationale”: la conversion au christianisme et le baptême de Clovis, roi des Francs, petit-fils du roi Mérovée, point de départ de la dynastie des Mérovingiens et des “rois fainéants.

Résumons l’affaire Clovis: On nous dit que durant la bataille de Zülpich (Tolbiac) en Allemagne menée contre les Alamans, Clovis invoque le dieu de Clotilde, princesse burgonde qui deviendra sa femme. Demoule poursuit:

Clotilde et son dieu civilisèrent ainsi le fier chef franc, souverain de l’une de ces peuplades barbares, qui, au temps des invasions du même nom, mirent à bas l’empire romain. Il venait, à la bataille de Soissons (celle du fameux vase), de prendre le contrôle d’une des dernières régions restées romaines et de libérer ainsi la Gaule du joug romain. Mais tandis que ses semblables ravageaient le reste de l’Empire et terrorisaient les habitants, Clovis par cette conversion au christianisme devenait le fondateur d’une France monarchique et chrétienne, qui succédait à une Gaule romaine païenne.” Ceci mis à part quand même le “don de Constantin” et l’imposition par le dernier empereur Théodose du christianisme comme religion officielle de l’Empire, persécutant les autres.

Ceci est la trame officielle du mythe fondateur de la France.

Que nous en dit la recherche historique:

Pourtant rien dans ce grand récit fondateur qui ne soit faux, inexact, incertain ou, au mieux, indécidable. La date même de 496 est discutée par les historiens. 498 étant la plus probable. […] Reims n’est pas certain comme lieu du sacre et n’est nulle part mentionné dans les chroniques anciennes, mais déduit de ce que Rémi y était évêque. […] La fameuse bataille n’a pas forcément eu lieu à Tolbiac, car il y en eut plusieurs contre les Alamans et Grégoire de Tours en mentionne au moins deux bien distinctes. La fameuse colombe [qui apporta la sainte ampoule d’huile à sacrement des rois, ampoule qui fut détruite à la révolution] merveilleuse n’apparaît pas avant le récit d’Hincmar au IXème siècle, les écrouelles ne seront pas guéries avant Robert le Pieux au XIème siècle, l’identification de l’ampoule du baptême et celle du sacre des rois ne date que du XIIème siècle et de Louis VI dit Le Gros, les fleurs de Lys ne deviennent un emblème royal qu’avec Louis VIII au XIIIème siècle…

Mais la plus grosse disparité historique porte sur la signification même de l’évènement Clovis puisque nous dit Demoule:

Le contresens le plus grave est sur sa signification historique. En 496 (ou 498), la Gaule était officiellement chrétienne depuis un siècle déjà. Comme nous l’avons vu, le christianisme, modeste hérésie juive en ses débuts, se répandit en effet rapidement, malgré quelques persécutions, dans une bonne partie des élites urbaines de l’Empire romain, avant d’être imposé par l’empereur Théodose en 380 comme seule religion. C’est que cette idée d’un dieu unique correspondait tout à fait à celle d’un empire possiblement universel. Le plus ancien monothéisme connu est celui de la religion d’Aton en Egypte au XIVème siècle avant notre ère, au moment où cet empire atteignait sa plus grande extension ; et il fut suivi du zoroastrisme de l’empire perse, le plus grand empire de l’antiquité, dont on admet l’influence sur le judaïsme, pendant la captivité des élites juives à Babylone. […] Le culte des saints et des reliques sont autant de pratiques païennes qui rendaient le christianisme plus aisé à assimiler, tandis que l’on christianisait les divinités et les lieux de culte traditionnels. […] Ainsi la conversion de Clovis n’avait rien d’une rencontre mystique, voire d’un geste d’amour envers Clotilde: c’était un geste éminemment politique, sinon opportuniste, d’un chef de guerre (par ailleurs polygame) soucieux d’assimilation au sein d’un empire très prestigieux… […] Le prince Vladimir souverain de la Russie de Kiev, ne ferait pas autrement par sa conversion en l’an 988, tout comme à la même époque, en 966, le roi de Pologne Mieszko 1er.

Si on peut relever tant d’imperfections et d’erreurs dans le narratif, dévoilées pas à pas par l’archéologie préventive, qu’en est-il donc de la chute de l’empire romain ? Peut-on se fier au narratif des invasions barbares mettant à bas un empire déclinant ? Voici ce que nous en dit Demoule:

En fait, c’est toute notre conception de la ‘chute’ de l’empire romain qui a été remise en cause ces dernières années par les fouilles archéologiques et la relecture des textes historiques. Les peuples dits ‘barbares’ n’ont pas déferlé soudainement sur un empire riche et paisible, le mettant à bas d’un coup. Ces peuples étrangers étaient en fait fascinés par l’empire et désiraient s’y intégrer. L’Empire, pragmatique, conclut donc des traités avec eux, leur conférant des territoires, avec le titre de ‘fédérés’ (du latin “fœdus, “traité”). Ainsi les Wisigoths furent installés en Aquitaine par un traité de 418 (leur roi Athaulf épousa la fille de l’empereur Théodose , Galla Placidia, dont on peut visiter le mausolée à Ravenne), les Burgondes dans la région de Genève en 453 et les Francs Saliens juste avant dans le nord de la France et la Belgique. L’armée romaine contenait de forts contingents de barbares fédérés y compris des Huns ; et la fameuse bataille de Champs catalauniques en 451, considérée comme le choc emblématique de la civilisation romaine contre les forces du Mal, les Huns d’Attila, le ‘fléau de dieu’ (en fait un prince romanisé et très cultivé), opposait en réalité deux coalitions de peuples pour la plupart germaniques… L’archéologie montre bien que les invasions barbares n’ont rien eu d’un “choc des civilisations”. […] Clovis lui-même portait le titre de ‘consul romain’, qui lui avait été conféré par l’empereur de Byzance, toujours souverain théorique de tout l’empire, et Charlemagne, encore trois siècles plus tard, se ferait représenter en empereur romain. Même l’empire autrichien se réclamerait à son tour de cet héritage par son nom de ‘saint empire romain germanique’, jusqu’au début du XIXème siècle.

[…] C’est donc par anachronisme que nous nous représentons les peuples barbares comme autant de nations homogènes, au sens moderne du terme, qui auraient déferlé sur l’empire. Il s’agissait en fait de rassemblements temporaires de populations sous des commandements militaires provisoires, qui ne se transformèrent en dynasties héréditaires que tardivement et qui cherchaient à s’assimiler ; si bien qu’il n’y eut jamais de ‘chute’ de l’empire romain, mais une lente transformation sous des modes et à des rythmes différents selon les régions.

[…] Ainsi les Wisigoths, sans doute le peuple le plus prestigieux du temps, venus des bords de la Mer Noire via les Balkans et installés en 418 en Aquitaine par traité, pratiquaient ils l’arianisme, une hérésie qui réfutait la divinité du christ. La capitale de leur royaume était à Toulouse et leur impressionnant palais du Vème siècle a été découvert et fouillé à la fin des années 1980. Pourtant la municipalité l’a fait détruire, sans égard pour l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire de la ville.

[…] Mais force est de constater que ces évènements n’ont laissé que fort peu de traces matérielles de destructions massives. L’empire romain lui-même ne s’était construit que dans la violence, contre des populations conquises et le plus souvent entre factions rivalisant pour le pouvoir et l’histoire de l’Europe serait faite ensuite de guerres permanentes, jusqu’à au moins la fin du XXème siècle.

Ainsi la vision catastrophiste et misérabiliste des premiers siècles du Moyen-Age repose ainsi sur des non-dits honteux de notre histoire officielle. Premier non-dit: les Francs sont des Germains ! Cette évidence était douloureuse à clamer lorsque se sont mis en place les manuels scolaires de la IIIème république, ceux de l’école pour la première fois dispensée à tous les enfants de France, alors même que le pays venait d’être vaincu par les Allemands et amputé de l’Alsace-Lorraine. Pire encore ils ont laissé leur nom à notre pays (Frankreich en allemand veut dire “empire des Francs”).

[…] Deux remèdes contradictoires ont été essayés contre cette intenable ascendance germanique. D’une part on a jeté l’opprobe sur la période: c’était celle des “rois fainéants”, qui se traînaient de place en place allongés dans leur lourd char à bœufs et ne cessaient de règler dans la cruauté et l’ignominie leurs sanglantes querelles dynastiques. D’autre par ceux qui étaient rachetables ont été “francisés”: Charlemagne, appelé Karl der Grosse en Allemagne puisque son empire s’étendait sur les deux pays actuels, porte un nom bien français, tout comme sa capitale Aix la Chapelle, dont aucun manuel scolaire ne relève le fait que cette ville n’est autre que Aachen, ville allemande, à la consonnance elle bien germanique.

[…] Le second non-dit est que ces ancêtres francs dont le nom nous désigne ont finalement été vaincus, ce qui n’est pas très glorieux. Non pas vaincus militairement comme les Gaulois, mais vaincus culturellement.

[…] Difficile donc, pour nous autres Français dont le nationalisme agace parfois, de nous revendiquer de deux peuples ancestraux, Gaulois et Francs, tous deux vaincus ! Cela explique en partie le mal qu’ont souvent nos responsables politiques à assumer la préservation de notre patrimoine archéologique et le dédain stupéfiant qu’il leur arrive de manifester pour nos archives du sol.

Il est intéressant de noter que le Moyen-Age possède une aura de négativité dans la représentation historique de notre histoire, alors oui ce fut le temps des croisades, vu par beaucoup comme le début de l’ère coloniale chrétienne, ce fut également le temps de l’inquisition, de la chasse aux sorcières et aux hérétiques du dogme catholique. Cette période est vue comme inquiétante, obscure, obscurantiste, peuplée dans l’imaginaire populaire de dragons et d’épée magique, de mages et de sombres et humides forteresses. Mais, continue Demoule: “Ce Moyen-Age officiel représente une vision bien appauvrie de l’histoire réelle, ne serait-ce que parce que le vrai Moyen-Age a duré un millénaire du Vème au XVème siècles et que bien des évènements et des sociétés s’y sont succédés. Les emblématiques châteaux forts par exemple, n’apparaissent que dans ses tous derniers siècles et ne sont que l’une des formes de résidence de l’aristocratie. Loin d’être une période de régression, une ‘longue nuit barbare’, comme l’ont qualifié certains historiens, c’est au contraire une période d’inventions techniques et d’aménagements du territoire, qui modèlent encore notre paysage et notre cadre de vie. C’est aussi une période de renouveau politique car, sans compter de régulières jacqueries dans les campagnes, la bourgeoisie des villes à partir du XIIème siècle, revendique son autonomie vis à vis des pouvoirs laïques comme religieux et ouvre la voie à de nouvelles conceptions de la société.

Ainsi, avec cette anlayse archéologico-historique, Demoule rejoint-il l’analyse de Pierre Kropotkine de la fin du XIXème siècle, lorsque le scientifique anarchiste, père de la sociobiologie, analysait les cités médiévales indépendantes et fédérées comme autant de preuves du succès de l’organisation décentralisées des villes, des communes en une confédération volontaire de l’intérêt général, certes très imparfaite. Ce fut loin d’être parfait bien entendu et les cités périrent de leur arrogance envers les peuples des campagnes, mais le potentiel structurel d’une société confédérée et décentralisée est démontré par l’histoire.

Tout au long du Moyen-Age, le contrôle des ressources naturelles ne fit que se renforcer tandis que les techniques se perfectionnaient, au point que l’on peut parler à la suite de l’historien Jean Gimpel d’une première révolution industrielle qui précéda et prépara celle du XIXème siècle. C’est le Moyen-Age en effet qui inventa la haut fourneau et la fabrication de la fonte de fer, commença à exploiter le charbon et non plus seulement le charbon de bois, multiplia les moulins le long des cours d’eau… Aussi, la forêt que l’on imagine partout présente au Moyen-Age, voire oppressante, à l’image de celle de Sherwood dans Robin des Bois ou celles des contes pour enfants, était en fait très restreinte, comme elle l’était à l’époque gauloise et romaine, et le paysage y était très ouvert. La seconde moitié du Moyen-Age s’efforça d’ailleurs de reconstituer en partie les espaces forestiers dont le recul inquiètait déjà Charlemagne.

[…] La christianisation fut pourtant très progressive… la religion [pourtant répandu dans l’empire romain depuis le Ier siècle] était surtout urbaine, les campagnes mérovingiennes continuèrent visiblement à pratiquer les rites païens anciens. […] La nouvelle religion dut d’ailleurs s’adapter, le culte des saints, ces êtres semi-divins, qui prodiguent leurs miracles, fut une manière de prolonger le polythéisme antique et ses rituels familiers, tout comme le culte des reliques. Les fêtes et les lieux sacrés traditionnels furent investis par le christianisme, qui assimila ainsi les pratiques anciennes comme l’avaient fait les Romains avec les cultes celtiques.

[…] Ainsi la christianisation fut d’autant moins générale que d’autres communautés religieuses, voire ethniques, existaient aussi sur le territoire français actuel. […] Par migrations, mais aussi par conversions (comme dans l’empire khazar du Caucase au VIIIème siècle), le judaïsme s’est répandu dans tout l’empire romain et au-delà, parallèlement au christianisme. L’histoire de ces communautés juives est un des grands blancs de notre histoire nationale et n’apparaît dans pratiquement aucun manuel scolaire et fort peu dans les grands livres d’histoire. […]

A suivre…

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18 Réponses to “Politique de l’histoire: La France amnésique au passé réglementé ou comment retrouver l’histoire de France ~ 2ème partie: l’affaire Clovis ~”

  1. Mederic le clercq Says:

    Fine analyse par contre elle s’accroche toujoursau branches de la trame officielle admise ou qu’on tente de faire admettre afin d’orienter ce futur a ecrire pour bien entendu ceux qui manipulent avec la carotte de la liberté la banane de l’egalité et la corde de la fraternité. Sais on ce que cela veut dire dans une cage observée par le théoricien politique qui veut etre a meme de distribuer tout de meme les bananes la corde dans la cage de cette liberté collective le pire des barreaux etant ceux qu’on ne voit pas , de la corde tant qu’elle n’est pas trop mal placée …

    On a donc des doutes sur l’historette des manipulateurs , et on a certainement raison parceque cette revelation sur le passé pre-romain est le ressenti de l’homme qui tente de retrouver (péniblement ) ses racines en immersion dans la Nature sauvage en la recultivant tant a l’exterieur qu’a l’interieur (chose interdite : l’Esprit ! ) … et tout le contraire d’un retour a un age des cavernes a moins que ce soit bien entendu pour son paradis infernal dans le déni avec un Allegorie de la Caverne qui devient la matrice de cette realité séquestrée .
    Par la conviction qu’elle projete comme chaine ,
    sur cette re-appropiration comme trame d’un avenir toujours plus enchainé en pretendant a chaque fois « liberer » le nouveau peuple « romain  » ( celui qui ne pense qu’a bouffer ou a bouffer les autres ou a distribuer les roles dans ou devant la cage selon le nouvel age de le pierre meme s’il s’est fait de silicium dopé …

    Les certitudes chassées savamment pour en placer d’autres , Une chaine de fleur serait plus doucereuse que le licol du moment qu’on la parfume mieux comme pour des obseques en Inde avec une cortege d’Ane porteurs de bois sacré ?

    Donc mais ou est donc passé le moyen age ?
    http://initial.bipedalism.pagesperso-orange.fr/25ma.htm

  2. C’est fichtrement d’actualité quand même, car précisément le Wauquiez hier soir, face à HamonBeauChateau, est venu croasser que les professeurs d’histoire se plaignaient dans « SA » région qu’on ne pouvait enseigner l’histoire du Moyen-âge, de Clovis, que lors de voyages scolaires certains élèves refusaient d’entrer dans les cathédrales car contraire à leur religion… Bon, y’a le replay pour les plus téméraires pour voir un Hamon en appeler au Pape François et à sa charité chrétienne face à un Wauquiez parlant Loi de 1905… Pétard ça m’a collée un de ces bourdons… Y devraient lire Demoule, et Ezzat aussi… Quoique… Jo

  3. […] URL de l’article ► https://resistance71.wordpress.com/2017/03/10/politique-de-lhistoire-la-france-amnesique-au-passe-re… […]

  4. Mederic le clercq Says:

    Bel amalgame!

    Clovis est une figure de livres qu’on pourrai nommer catechisme historique pour cours élementaire le comble est que ces livres ont eté distribuéés en Afrique Asie dans le cadre de la francophonie apres Vercingétorix et « nos ancetres les gaulois » pour des petits enfants …Y ont ils cru ?
    maintenant c’est plus tendance il faut « demouler » ?
    LE fait que les francs soit « germains  » et les vikings scandinaves ne semblais pas une evidence c’est bien ce que j’ai appris il y 45 ans il semble ?
    Quand au christianisme on le confond avec le catholicisme
    Qu’en pense les orthodoxes de cette affaire ,les orthodoxes Russes en particulier ?

    Et ce christianisme qui n’a pas eu tellement de mal a s’integrer dans les Gaules , c’est pas tres clair selon les versions ?
    Parcequ’il avais avant des religions dont parle Cesar et Ciceron et d’autres , vis a vis d’une philosophie mal connue ou d’un fourre tout qu’on peut appeler druidisme monothéiste panthéiste eclectique dont le clergé/jusriste/medecin les « druides » voyagais beaucoup et ont laissé tres peu de traces écrites et que les monuments « celtiques » sont plus anciens de quelques millenaires pour certains .

    Comme Stonehenge et Carnac…

    mais selon une memoire vivante avec le gay savoir , la langue des oiseaux l’une des clé du symbolisme hermetique alchimique et de comment batir des choses qui y ressemblent comme des labyrynthe qu’on retrouve a Cnossos ou Asie …

    Une version raconte que du fait des persecutions catholique d’une epoque tardive de la romanisation qu’un certain nombre d’adeptes se sont refugiés en masse dans le sein de l’eglise pour contniuer leur enseignements en secret notamment en batissant les eglises cathedrales et autres monuments « sacrés »
    pour pereniser leur sagesse .

    D’autre part la religion romaine n’est plus tres connue que par le pontifex Imperator federateur des cultes dans sa manifestation Exoterique , en tant que que facteur de federation , alors qu’il y a d’autres aspects moins connus tout aussi monothéistes de fond comme en temoigne ce maitre oublié :
    http://www.livius.org/articles/person/apollonius-of-tyana/

    Une autre version fait mention d’une toute autre rencontre entre les premiers « chretiens  » disciples d’une dissidence juive emigrés en Gaule vers les premiers siecles et personalisée par Jesus et qui se serai tres bien accordé , cette mention apparait a quatres endroits differents , en Bretagne Armoricaine , en Charente maritime, dans le Midi de la France autour de Montsegur …et aussi en Grande Bretagne comme etant la justification de l’heredité d’une branche de la couronne britannique comme des ancétres de la reine Clothilde et a la fois selon les rites druidiques

    Qui ainsi devenais l’incarnation cumulée de la « grande déesse Blanche  » selon la tradition celtique et de cette chrétienté federatrice au debut une forme de partage naturelle commune aux deux …

    une belle soupe devant des gens qui ne veulent voir que l’aspect materiel et politique Athée ou agnostique .

    Il faudrai demander aux animaux ce qu’il pensent de certains phenomenes connus de l’etat d’ermite , comme d’apprivoiser les animaux sauvages qui etais le lot aussi bien des druides ou des saints chrétiens comme des sages ameridiens .

    la religion c’est l’enfer et l’horreur , quand elle est devenue mercantile et politique hors ou a l’opposé d’une dimension spirirituelle qu’on retrouve chez toutes/tous les humains vertueux de tous les cultes quand ils ont atteint cet etat de « detachement » et que des trous du culs recuperent avec leur QI de moules et une obsession de ramener tout a cette bestiole en lui coupant les ailes et en crevant ce « regard » sans yeux et qui voit mieux quand c’est le crepuscule .

    Ca pose probleme a qui ? a l’archonte et a ses adeptes le brasier final est tres proche pourtant ?

    • on en revient toujours à la relation volontairement dénaturée entre spirituel et religieux, sacral et sacré, qui résume en fait la division (artificielle, induite) entre dominant et dominé, la religion est au spirituel ce que l’État est à la société, pas étonnant que les eux entités, se soutenenant le plus souvent l’un l’autre, s’entendent comme larron en foire pour asservir l’humanité au travers d’institutions coercitives. Il y a une relation directe dont le point commun est une codification mortifère, particulière, et donc forcément divisive d’une part universelle de l’humain.

      • Mederic le clercq Says:

        L’histoire ( censurée de toute part !!!) de jesus du christianisme des religions vis a vis de la decouverte du sacre naturelle est evidemment un enjeu pour les manipulateur commercants de doctrines comme de medicaments ou de conflits pour affaiblir cette relation naturelle de l’Etre avec cette manifestation de conscience trop etendué pour etre comprise ou meme concue par un esprit etriqué .
        Tout a l’heure je suis tombé sur un livre sur Jesus et les templiers ecrit par Ambelain qui considere d’apres des sources diverses Jesus comme un revolutionnaire anti-romain , descendant du roi David donc effectivement dissident politqiue egalement au culte officiel de l’epoque dans ce morceau de moyen orient qui pouvais tout aussi bien etre au Yemen ou au liban …
        Ensuite le culte de Jesus est recuperé par les romains …contre le culte hebraique de l’epoque , … donc contesté puisque les Templiers et cathares le renient aussi en tant que ‘incarnation unique puisque par exemple chaque cathare tent de devenir un « parfait » a l’exemple oriental ou de l’aryanisme gnostique .
        ( la on pedale dans la semoule de ce melange de doctrines !)

        Donc chaque disciple du temple essaie de faire de la Terre entiere un antichambre un peu plus proche du paradis sans passer par aucune eglise …
        Ils vont donc etre eliminés impitoyablement , comme tous ceux qui parlent de « voie directe , de la revelation directe sans passér par une doctrine federée dans ue secte officielle , avec la complaisance d’un etat qui y trouve son compte a tous point de vue

        meme la corpo officielle des druides aurai eu un grand dissident nommé Myrrdin ( qui pouvais aimer certains usages dans certains lieux avec du sang ce qui n’etais pas partout …)

        comme la pedocriminalité passée de certains orphelinat des clergés a la ripou-clique laicarde avec d’autres robes noires des intouchables

        DEvant cette abjection , Ces grand Etres anarchistes avant l’heure , sont donc en desacord avec les clergés les etats de leur pratiques hideuses , comme ce mysterieux Nazaréen meme decrit pas les evangiles meme expurgé et réecrit le ferai comme n’importe quel homme sensé doué de la meme lumière d’un Milarepa , ou d’un Lao Tseu mais en parlant avec d’autres images et essayant d’affanchir l’Etre de ses entraves et aussi de celle qu’il cree en y apportant sa propre vitalité ….

        &Ces plus -qu’Hommes parlent a nos coeurs et eux ne demandent rien pour eux et n’imposent pas de systeme contrairement a ceux qui suivent derriere c’est a cela qu’on devrai les reconnaitre ou devenir comme eux pire qu’eux voila la seule sortie de la « cage aux folles  » de notre miserable fin d’epoque .

        • en definitive, l’humain se passerait de toute ces inepties religieuses en admettant une chose simple: pas plus de jésus que de beurre en branche, son message spirituel existe en dehors de toute prophétisation et n’est que parole reflétant la nature humaine profonde, n’importe qui peut tenir ce discours de paix et d’amour sans en référer au barbu dans les nuages. On s’épargnerait toutes ces chamailleries de cours de récré en admettant l’évidence de son inexistence historique tout comme celle des autres prophètes religieux de tous poils. Les églises de toutes ces sectes ne sont que des carcans ne visant qu’à maintenir la poigne sur les peuples divisés suivant une fracture de croyances mythologiques. Nous en subissons toujours les effets de nos jours quand des stratèges de l’ingénierie sociale, du façonnage des opinions, déclarent le « choc des civilisations » sur des fabrications qui ne sont utiles qu’au maintien du statu quo oligarchique.

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