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L’histoire manipulée…

Posted in actualité, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 11 février 2018 by Résistance 71

L’histoire cette inconnue

 

Manuel de Dieguez

 

9 février 2018

 

Source:

http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024/tstmagic/decodage/histoire_inconnue.htm

 

Sous les yeux des spectateurs français sidérés, la planisphère change rapidement de configuration : nos moyens de communication devenus instantanés ne cessent de nous entretenir de deux religions étrangères au territoire national, le judaïsme et l’islamisme. Or, plus des deux tiers des Français laïcisés ne croient plus en l’existence d’aucune divinité et relèguent la croyance en un créateur mythique du cosmos parmi les récits à raconter aux enfants en bas âge et quasiment au niveau de la croyance au Père Noël. Les Français laïcs et relativement cultivés qui forment l’immense majorité de la classe dirigeante du pays en éprouvent un sentiment de dépossession et de frustration de leur identité naturelle, comme si l’élite du pays se trouvait privée de son compagnonnage culturel et politique habituel.

Qu’est-ce qu’un véritable chef d’Etat? Quelles sont les caractéristiques d’un faux chef d’Etat ? En quoi un chef d’Etat authentique est-il un acteur et à quel moment ce genre d’acteur incarne-t-il son personnage? A quel moment le Général de Gaulle est-il devenu son personnage historique? Et peut-on encore parler d’un véritable homme d’Etat comme d’un acteur seulement plus grand que les autres, ou bien faut-il étudier cet acteur nouveau de l’histoire?

Comment redresser des erreurs incrustées dans les têtes? Nos ancêtres ne s’appelaient pas les Galli – les coqs – comme le croyait Jules César – mais les Gali, les Gaulois, ce qui, dans leur langue celtique, signifiait les jaillissants, les vaillants. Comment le savons-nous, alors que les découvertes de ces historiens centraux tiennent en quelques lignes et ne rencontreraient pas un lectorat suffisant pour intéresser l’édition papier? La plupart d’entre eux ont trouvé un tremplin sur internet et notamment sur Wikipedia dont l’encyclopédie est devenue une fontaine d’Aréthuse de l’historien moderne.

L’ultime incarnation des historiens qui se sont fait une idée sentimentale du concept même d’historicité n’est autre que Pierre Nora qui jalonne le temps à l’aide de « lieux de mémoire » assignés à jouer le rôle d’oracles delphiques.

D’où, aujourd’hui, un sentiment de stupeur et de révolte face à l’abîme de l’ignorance et de la superstition dont on s’était largement retiré et dans lequel le pays semble sur le point de retomber. Tout se passe comme si la sottise originelle qui faisait dire que la sentence cujos regio eos religio retrouvait une manière de droit de cité.

Mais comment paraître légitimer de nouveau un démiurge qui se présente en tueur universel, puisqu’il est censé passer le temps de sa sainte éternité à soumettre les morts à des tortures éternelles, à l’exception d’une frange de rescapés bienheureux. Et puis, il semblait devenu évident que si chaque région est censée bénéficier d’une révélation particulière et précisément pliée d’avance aux mœurs et coutumes de l’endroit, alors toutes les théologies se réfutent par leur localisation même et leur soumission d’avance à des rituels toujours strictement locaux.

Ainsi les trappistes de la Grande Trappe de Rancé près de Soligny disent qu’ils se lèvent tous les jours à deux heures du matin pour « faire exister Dieu« , comme je l’ai déjà évoqué ailleurs. Certes, ils croient que Dieu existerait sans eux, mais dans le même temps, ils disent tout le contraire, car ils savent très bien que les dieux en lesquels personne ne croit plus et dont plus personne ne salue les apanages et tout l’apparat liturgique, révèle, qu’en réalité, ils n’ont jamais existé ailleurs que dans l’esprit de leurs adorateurs.

C’est à partir du moment où les Français ont passé par une scolarité censée les avoir initiés à la pensée rationnelle et à la philosophie – le bac philo demeure unique au monde – que le moment est venu de rabâcher des évidences primaires au sein d’une immense masse de cerveaux à nouveau théologisés dès le berceau.

Mais il se trouve que toutes nos découvertes philosophiques ou scientifiques se révèlent d’avance articulées avec nos progrès dans la connaissance et la compréhension du fonctionnement pertinent ou trompeur de notre encéphale. C’est pourquoi l’histoire véritable de notre espèce est celle d’une vingtaine seulement de cerveaux supérieurs qui ont engendré les millions de cerveaux à la manière dont un aimant attire la limaille de fer . Je n’en donnerai que quelques exemples: quand Pizarre ou Christophe Colomb découvrent l’Amérique, ils se révèlent déjà les bénéficiaires d’une époque à laquelle les Copernic et les Galilée ont fait découvrir la rotondité de la terre et sa course autour du soleil. Les conquêtes terrestres se heurtaient déjà à un monde soustrait en profondeur au type de compréhensibilité qu’un créateur du ciel et de la terre était censé dispenser à quelques auditeurs privilégiés.

A l’origine du nucléaire, quand la découverte des atomes a fait entrer notre science de la nature dans la connaissance du mystère de la danse de la matière cosmique, nous étions déjà entrés en profondeur dans la mutation de la connaissance de l’espace et du temps qui nous avait placés dans un univers tri-dimensionnel. Et Einstein était sur le point de nous informer que le temps lui-même est une forme de la matière.

Comment, dans ces conditions, les progrès de nos connaissances philosophiques et scientifiques n’auraient-ils pas été confusibles avec les débuts de l’ère nucléaire et ne nous auraient-ils pas fait connaître les premiers pas de l’énergie atomique? Mais c’est dire que tous les progrès de nos connaissances scientifiques et philosophiques ont commencé de nous faire connaître les secrets du fonctionnement et des disfonctionnements de nos cerveaux de sorte que nos têtes devenaient la plaque tournante de tout progrès réel de notre connaissance de nous-mêmes.

Du coup, comment une anthropologie réellement scientifique ne se serait-elle pas focalisée sur une connaissance de plus en plus vertigineuse de la dizaine de cerveaux de génie qui n’ont cessé de féconder les cerveaux insulaires ? Il se trouve que le cerveau des grands hommes est toujours une île à la recherche de son statut particulier et que toute connaissance de nous-mêmes ne peut que s’approfondir à la lumière d’une découverte progressive de l’ultime subjectivité du rationnel. Car si tout signifiant se révèle subjectif du seul fait qu’il demeurera nécessairement humain, il devient vital de découvrir ce qu’il y a d’humain dans le concept même de signification. Et la connaissance de la subjectivité du sacré redevient focale car elle nous révèle l’ultime secret de la politique, puisque nous découvrons alors que ce que les dieux demandaient en réalité à la créature était de leur renvoyer une image idéale, donc falsifiée de leur autorité.

S’il n’existe pas de signifiants en soi, mais seulement des chefferies mythiques, appelées à se disputer leurs proies entre elles, on comprend que la connaissance philosophique et scientifique de soi-même se révèle dans le même temps la clé de la géopolitique et que nous avons intérêt à observer notre cervelle à l’école et à l’écoute de nos chefferies mythiques. La fécondation de l’avenir de notre humanisme est à ce prix, parce que l’islam est redevenu une croisade d’Allah et que l’islam ne tue pas pour tuer, mais pour servir les intérêts du dieu Allah.

De toute façon, l’homme est un animal dont l’ambition ne peut se révéler que cérébrale, donc politique et le politique divinisé est toujours et nécessairement totalisant et totalitaire. C’est pourquoi le sacré nous livre également les clés de la tyrannie.

= = =

« La mémoire, l’histoire, sont des réminiscences de mensonges passés, de forfaitures et aussi une réminiscence que des gens en apparence impuissants peuvent vaincre ceux qui les dirigent, s’ils persistent. »

« J’essaie de réécrire l’histoire afin de refléter le point de vue de ces gens qui en ont été exclus, parce que l’histoire que nous avons jusqu’à présent n’a été que l’histoire vue d’en haut, l’histoire du point de vue des politiciens, des généraux, des militaristes et des industriels. »
~ Howard Zinn ~

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Politique de l’histoire: La France amnésique au passé réglementé ou comment retrouver l’histoire de France ~ 2ème partie: l’affaire Clovis ~

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , on 10 mars 2017 by Résistance 71

“L’État est une société d’assurance mutuelle entre le propriétaire terrien, le général militaire, le juge, le prêtre et plus tard, le capitaliste, afin de soutenir l’autorité de l’un l’autre sur le peuple et pour exploiter la pauvreté des masses tout en s’enrichissant eux-mêmes.
Telle fut l’origine de l’État, telle fut son histoire et telle est son essence actuelle.”

~ Pierre Kropotkine ~

“Les Romains eux, ont liquidé les Celtes morceau par morceau, en leur inculquant de force une cultrure étatique entièrement contraire à la leur… Ce génocide culturel [ethnocide] des Celtes marque encore notre présent en ce qu’il est l’élan refoulé de notre passé. Le massacre de la civilisation celtique en Europe est comparable en bien des points au massacre des Indiens des Amériques quinze siècles plus tard.”

~ Alain Guillerm, CNRS, 1986 ~

 

 La France pays au passé amnésique et réglementé

 

Présentation, extraits et analyse du livre de Jean-Paul Demoule*:

“On a retrouvé l’histoire de France”, Robert Laffont, 2012 et Folio “Histoire”, 2013

 

par Résistance 71

 

Février 2017

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

Mis en page par Jo de JBL1960, le PDF:

On a retrouvé l’histoire de france (Jean Paul Demoule)

(*) Archéologue, professeur emeritus d’archéologie à l’université de Paris I-Sorbonne. Ancien président de l’Institut Nationale de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) de sa création en 2002 à 2008.

 

Alors, les Romains sont-ils nos civilisateurs ?

Demoule donne des exemples de citations de livres d’histoire scolaire de la IIIème république, citons-en un pour donner le ton:

En somme, nos ancêtres gaulois étaient des sauvages aussi peu avancés que le sont à l’heure actuelle, beaucoup de nègres en Afrique. […] Aujourd’hui, quand les soldats français ou anglais se battent contre des nègres africains, ils finissent toujours par les vaincre, car ils ont sur eux l’avantage d’avoir de meilleures armes. De même les soldats romains qui envahirent la Gaule devaient finir par battre les Gaulois, car ils étaient beraucoup mieux armés.” (Gustave Hervé et Gaston Clemendot, “Histoire de France, cours élémentaire et moyen”, 1904)

Impressionnant non ? Demoule poursuit en citant un extrait de l’arrêté ministériel du 15 août 2008 sur les programmes d’histoire au primaire et au secondaire et explique:

“Moralité: les petits Français n’entendrons jamais parler des Gaulois au collège, ni après d’ailleurs. L’histoire officielle commence bien avec la Gaule romanisée…

Pourquoi donc ? A notre sens, la réponse est une hydre à plusieurs têtes dont deux principales seraient celles-ci:

  • Parce qu’il vaut mieux ne pas trop insister sur le fait que les Celtes (dont font partie les Gaulois) et leur culture se sont étendus en Europe du Danube à l’Irlande entre environ l’an 800 et la conquête romaine du 1er siècle avant notre ère. Ces sociétés ont eu un mode de vie longtemps sans centralisation et n’ont connu des institutions étatiques ou assimilées que sur la fin de leur indépendance.
  • Parce qu’aujourd’hui nos sociétés dont la France, sont toujours fondées en leurs institutions étatiques sur le droit romain, que celui-ci fut la base, avec le droit canon chrétien, du système légal en Europe et dans ses colonies à partir du XVème siècle jusqu’à aujourd’hui.

Ce qui fait dire à Demoule:

Les traces romaines sont aussi lisibles dans notre culture, qui utilise le droit romain, bien différent de la common law (droit coutumier) dans les pays anglo-saxons et qui est une des raisons de nos fréquentes difficultés de compréhension mutuelle. Notre tradition étatique, certes revivifiée par la monarchie absolue, possède en partie des racines romaines, que le christianisme, religion obligée de tout l’empire romain vers le IVème siècle de notre ère et à la structure fortement centralisée, n’a fait que renforcer. L’État est ressenti par nous comme une nécessité pour le meilleur et pour le pire, alors que dans la tradition anglo-saxonne, il n’est jamais complètement légitime.

[…] “La colonisation européenne du monde s’est accompagnée de sa christianisation, au moins pour l’Afrique, les Amériques, l’Océanie et une partie de l’Asie du Sud-Est: pour nous, la domination politique et économique est inséparable de la domination idéologique et religieuse. Et l’Islam n’a pas agi autrement. Tel n’était pourtant pas le mode de fonctionnement de l’impérialisme romain. Certes les collèges de druides, en tant que forme possible de résistance, furent rapidement interdits ; mais la défaite d’un peuple ne signifiait pas du tout qu’il devait renoncer à ses croyances et que ses dieux n’existaient pas. César pensait par exemple, que les dieux étaient partout les mêmes, mais que les différents peuples les adoraient sous différents noms. […] En définitive, les Romains ne réclamaient vraiment qu’une chose en matière de religion : qu’un culte soit rendu à l’empereur divinisé.

Puis les Romains changèrent et finirent par adopter avec l’empereur Constantin, le christianisme comme religion officielle.

De toutes les religions orientales, le monothéisme chrétien, avec son dieu (mâle) unique, s’en vint coïncider plus particulièrement avec l’idéologie impériale officielle, l’empereur était lui-même un dieu… La convergence entre les deux idéologies, l’impériale et la monothéiste était flagrante et l’habile empereur Constantin, qui d’après la légende se convertit lors de la bataille dite ‘du pont Milvius’ qui l’opposait à un de ses rivaux, le comprit fort bien. Il fit du christianisme sa religion, l’autorisa officiellement en 313 dans l’empire et établit alors une forme de théocratie. Moins de 70 ans plus tard, l’empereur Théodose, le dernier à régner sur tout l’empire, l’imposa comme religion unique à l’exclusion de toutes les autres, dès lors violemment persécutées. Car l’originalité si l’on peut dire, des 3 monothéismes modernes par rapport aux polythéismes antérieurs, c’est qu’ils entendent chacun détenir la seule vérité à imposer à tous par la violence au besoin, dans une vision précisément impériale, sinon totalitaire.

[…] Etrange coïncidence que cette forte affinité entre l’idée impériale, avec son pouvoir absolu et les religions monothéistes promettant, sous l’égide d’un dieu unique, le bonheur futur en échange de l’obéissance présente !…On est bien loin de l’imagerie traditionnelle des chrétiens isolés et minoritaires, mourant dans le martyre pour leur foi. Comme l’a écrit en 1902 le théologien excommunié et professeur au Collège de France Albert Loisy: ‘Le christ a annoncé le royaume, mais c’est l’église qui est venue.’ Autrement dit, l’annonce d’un monde meilleur imminent, omniprésent dans les évangiles, a rapidement fait place à un système de pouvoir institutionnel d’une grande efficacité, fondé sur la promesse d’un bonheur limité à l’au-delà et d’une bien lointaine résurrection. Ainsi la conquête romaine de la Gaule, ou plutôt des Gaules, fut un moment décisif de notre histoire… Elle nous a laissé des héritages fondamentaux, depuis notre langue jusqu’à notre calendrier, depuis le christianisme à la viticulture.

[…] L’archéologie préventive de ces dernières années en a complètement bouleversé la vision. Ce ne sont pas des Gaulois hauts en couleur mais barbares, vivant dans des huttes au milieu des forêts qui auraient été ‘civilisés’ par leurs vainqueurs ; ce sont des sociétés prospères, à l’économie et aux techniques inventives et dynamiques, possédant villes et battant monnaie, qui furent intégrées avec succès dans un empire naissant, qu’elles fécondèrent d’autant. Nous allons voir de même, grâce à l’archéologie, que le début du Moyen-Age n’a pas vu non plus la mise à bas de la brillante civilisation antique par des hordes barbares assoiffées de sang…

A partir du chapitre 5, Jean-Paul Demoule adresse la période du moyen-âge, spécifiquement ce moment considéré par l’histoire “orthodoxe” de l’état français comme “fondateur” de ce qui est appelé “l’identité nationale”: la conversion au christianisme et le baptême de Clovis, roi des Francs, petit-fils du roi Mérovée, point de départ de la dynastie des Mérovingiens et des “rois fainéants.

Résumons l’affaire Clovis: On nous dit que durant la bataille de Zülpich (Tolbiac) en Allemagne menée contre les Alamans, Clovis invoque le dieu de Clotilde, princesse burgonde qui deviendra sa femme. Demoule poursuit:

Clotilde et son dieu civilisèrent ainsi le fier chef franc, souverain de l’une de ces peuplades barbares, qui, au temps des invasions du même nom, mirent à bas l’empire romain. Il venait, à la bataille de Soissons (celle du fameux vase), de prendre le contrôle d’une des dernières régions restées romaines et de libérer ainsi la Gaule du joug romain. Mais tandis que ses semblables ravageaient le reste de l’Empire et terrorisaient les habitants, Clovis par cette conversion au christianisme devenait le fondateur d’une France monarchique et chrétienne, qui succédait à une Gaule romaine païenne.” Ceci mis à part quand même le “don de Constantin” et l’imposition par le dernier empereur Théodose du christianisme comme religion officielle de l’Empire, persécutant les autres.

Ceci est la trame officielle du mythe fondateur de la France.

Que nous en dit la recherche historique:

Pourtant rien dans ce grand récit fondateur qui ne soit faux, inexact, incertain ou, au mieux, indécidable. La date même de 496 est discutée par les historiens. 498 étant la plus probable. […] Reims n’est pas certain comme lieu du sacre et n’est nulle part mentionné dans les chroniques anciennes, mais déduit de ce que Rémi y était évêque. […] La fameuse bataille n’a pas forcément eu lieu à Tolbiac, car il y en eut plusieurs contre les Alamans et Grégoire de Tours en mentionne au moins deux bien distinctes. La fameuse colombe [qui apporta la sainte ampoule d’huile à sacrement des rois, ampoule qui fut détruite à la révolution] merveilleuse n’apparaît pas avant le récit d’Hincmar au IXème siècle, les écrouelles ne seront pas guéries avant Robert le Pieux au XIème siècle, l’identification de l’ampoule du baptême et celle du sacre des rois ne date que du XIIème siècle et de Louis VI dit Le Gros, les fleurs de Lys ne deviennent un emblème royal qu’avec Louis VIII au XIIIème siècle…

Mais la plus grosse disparité historique porte sur la signification même de l’évènement Clovis puisque nous dit Demoule:

Le contresens le plus grave est sur sa signification historique. En 496 (ou 498), la Gaule était officiellement chrétienne depuis un siècle déjà. Comme nous l’avons vu, le christianisme, modeste hérésie juive en ses débuts, se répandit en effet rapidement, malgré quelques persécutions, dans une bonne partie des élites urbaines de l’Empire romain, avant d’être imposé par l’empereur Théodose en 380 comme seule religion. C’est que cette idée d’un dieu unique correspondait tout à fait à celle d’un empire possiblement universel. Le plus ancien monothéisme connu est celui de la religion d’Aton en Egypte au XIVème siècle avant notre ère, au moment où cet empire atteignait sa plus grande extension ; et il fut suivi du zoroastrisme de l’empire perse, le plus grand empire de l’antiquité, dont on admet l’influence sur le judaïsme, pendant la captivité des élites juives à Babylone. […] Le culte des saints et des reliques sont autant de pratiques païennes qui rendaient le christianisme plus aisé à assimiler, tandis que l’on christianisait les divinités et les lieux de culte traditionnels. […] Ainsi la conversion de Clovis n’avait rien d’une rencontre mystique, voire d’un geste d’amour envers Clotilde: c’était un geste éminemment politique, sinon opportuniste, d’un chef de guerre (par ailleurs polygame) soucieux d’assimilation au sein d’un empire très prestigieux… […] Le prince Vladimir souverain de la Russie de Kiev, ne ferait pas autrement par sa conversion en l’an 988, tout comme à la même époque, en 966, le roi de Pologne Mieszko 1er.

Si on peut relever tant d’imperfections et d’erreurs dans le narratif, dévoilées pas à pas par l’archéologie préventive, qu’en est-il donc de la chute de l’empire romain ? Peut-on se fier au narratif des invasions barbares mettant à bas un empire déclinant ? Voici ce que nous en dit Demoule:

En fait, c’est toute notre conception de la ‘chute’ de l’empire romain qui a été remise en cause ces dernières années par les fouilles archéologiques et la relecture des textes historiques. Les peuples dits ‘barbares’ n’ont pas déferlé soudainement sur un empire riche et paisible, le mettant à bas d’un coup. Ces peuples étrangers étaient en fait fascinés par l’empire et désiraient s’y intégrer. L’Empire, pragmatique, conclut donc des traités avec eux, leur conférant des territoires, avec le titre de ‘fédérés’ (du latin “fœdus, “traité”). Ainsi les Wisigoths furent installés en Aquitaine par un traité de 418 (leur roi Athaulf épousa la fille de l’empereur Théodose , Galla Placidia, dont on peut visiter le mausolée à Ravenne), les Burgondes dans la région de Genève en 453 et les Francs Saliens juste avant dans le nord de la France et la Belgique. L’armée romaine contenait de forts contingents de barbares fédérés y compris des Huns ; et la fameuse bataille de Champs catalauniques en 451, considérée comme le choc emblématique de la civilisation romaine contre les forces du Mal, les Huns d’Attila, le ‘fléau de dieu’ (en fait un prince romanisé et très cultivé), opposait en réalité deux coalitions de peuples pour la plupart germaniques… L’archéologie montre bien que les invasions barbares n’ont rien eu d’un “choc des civilisations”. […] Clovis lui-même portait le titre de ‘consul romain’, qui lui avait été conféré par l’empereur de Byzance, toujours souverain théorique de tout l’empire, et Charlemagne, encore trois siècles plus tard, se ferait représenter en empereur romain. Même l’empire autrichien se réclamerait à son tour de cet héritage par son nom de ‘saint empire romain germanique’, jusqu’au début du XIXème siècle.

[…] C’est donc par anachronisme que nous nous représentons les peuples barbares comme autant de nations homogènes, au sens moderne du terme, qui auraient déferlé sur l’empire. Il s’agissait en fait de rassemblements temporaires de populations sous des commandements militaires provisoires, qui ne se transformèrent en dynasties héréditaires que tardivement et qui cherchaient à s’assimiler ; si bien qu’il n’y eut jamais de ‘chute’ de l’empire romain, mais une lente transformation sous des modes et à des rythmes différents selon les régions.

[…] Ainsi les Wisigoths, sans doute le peuple le plus prestigieux du temps, venus des bords de la Mer Noire via les Balkans et installés en 418 en Aquitaine par traité, pratiquaient ils l’arianisme, une hérésie qui réfutait la divinité du christ. La capitale de leur royaume était à Toulouse et leur impressionnant palais du Vème siècle a été découvert et fouillé à la fin des années 1980. Pourtant la municipalité l’a fait détruire, sans égard pour l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire de la ville.

[…] Mais force est de constater que ces évènements n’ont laissé que fort peu de traces matérielles de destructions massives. L’empire romain lui-même ne s’était construit que dans la violence, contre des populations conquises et le plus souvent entre factions rivalisant pour le pouvoir et l’histoire de l’Europe serait faite ensuite de guerres permanentes, jusqu’à au moins la fin du XXème siècle.

Ainsi la vision catastrophiste et misérabiliste des premiers siècles du Moyen-Age repose ainsi sur des non-dits honteux de notre histoire officielle. Premier non-dit: les Francs sont des Germains ! Cette évidence était douloureuse à clamer lorsque se sont mis en place les manuels scolaires de la IIIème république, ceux de l’école pour la première fois dispensée à tous les enfants de France, alors même que le pays venait d’être vaincu par les Allemands et amputé de l’Alsace-Lorraine. Pire encore ils ont laissé leur nom à notre pays (Frankreich en allemand veut dire “empire des Francs”).

[…] Deux remèdes contradictoires ont été essayés contre cette intenable ascendance germanique. D’une part on a jeté l’opprobe sur la période: c’était celle des “rois fainéants”, qui se traînaient de place en place allongés dans leur lourd char à bœufs et ne cessaient de règler dans la cruauté et l’ignominie leurs sanglantes querelles dynastiques. D’autre par ceux qui étaient rachetables ont été “francisés”: Charlemagne, appelé Karl der Grosse en Allemagne puisque son empire s’étendait sur les deux pays actuels, porte un nom bien français, tout comme sa capitale Aix la Chapelle, dont aucun manuel scolaire ne relève le fait que cette ville n’est autre que Aachen, ville allemande, à la consonnance elle bien germanique.

[…] Le second non-dit est que ces ancêtres francs dont le nom nous désigne ont finalement été vaincus, ce qui n’est pas très glorieux. Non pas vaincus militairement comme les Gaulois, mais vaincus culturellement.

[…] Difficile donc, pour nous autres Français dont le nationalisme agace parfois, de nous revendiquer de deux peuples ancestraux, Gaulois et Francs, tous deux vaincus ! Cela explique en partie le mal qu’ont souvent nos responsables politiques à assumer la préservation de notre patrimoine archéologique et le dédain stupéfiant qu’il leur arrive de manifester pour nos archives du sol.

Il est intéressant de noter que le Moyen-Age possède une aura de négativité dans la représentation historique de notre histoire, alors oui ce fut le temps des croisades, vu par beaucoup comme le début de l’ère coloniale chrétienne, ce fut également le temps de l’inquisition, de la chasse aux sorcières et aux hérétiques du dogme catholique. Cette période est vue comme inquiétante, obscure, obscurantiste, peuplée dans l’imaginaire populaire de dragons et d’épée magique, de mages et de sombres et humides forteresses. Mais, continue Demoule: “Ce Moyen-Age officiel représente une vision bien appauvrie de l’histoire réelle, ne serait-ce que parce que le vrai Moyen-Age a duré un millénaire du Vème au XVème siècles et que bien des évènements et des sociétés s’y sont succédés. Les emblématiques châteaux forts par exemple, n’apparaissent que dans ses tous derniers siècles et ne sont que l’une des formes de résidence de l’aristocratie. Loin d’être une période de régression, une ‘longue nuit barbare’, comme l’ont qualifié certains historiens, c’est au contraire une période d’inventions techniques et d’aménagements du territoire, qui modèlent encore notre paysage et notre cadre de vie. C’est aussi une période de renouveau politique car, sans compter de régulières jacqueries dans les campagnes, la bourgeoisie des villes à partir du XIIème siècle, revendique son autonomie vis à vis des pouvoirs laïques comme religieux et ouvre la voie à de nouvelles conceptions de la société.

Ainsi, avec cette anlayse archéologico-historique, Demoule rejoint-il l’analyse de Pierre Kropotkine de la fin du XIXème siècle, lorsque le scientifique anarchiste, père de la sociobiologie, analysait les cités médiévales indépendantes et fédérées comme autant de preuves du succès de l’organisation décentralisées des villes, des communes en une confédération volontaire de l’intérêt général, certes très imparfaite. Ce fut loin d’être parfait bien entendu et les cités périrent de leur arrogance envers les peuples des campagnes, mais le potentiel structurel d’une société confédérée et décentralisée est démontré par l’histoire.

Tout au long du Moyen-Age, le contrôle des ressources naturelles ne fit que se renforcer tandis que les techniques se perfectionnaient, au point que l’on peut parler à la suite de l’historien Jean Gimpel d’une première révolution industrielle qui précéda et prépara celle du XIXème siècle. C’est le Moyen-Age en effet qui inventa la haut fourneau et la fabrication de la fonte de fer, commença à exploiter le charbon et non plus seulement le charbon de bois, multiplia les moulins le long des cours d’eau… Aussi, la forêt que l’on imagine partout présente au Moyen-Age, voire oppressante, à l’image de celle de Sherwood dans Robin des Bois ou celles des contes pour enfants, était en fait très restreinte, comme elle l’était à l’époque gauloise et romaine, et le paysage y était très ouvert. La seconde moitié du Moyen-Age s’efforça d’ailleurs de reconstituer en partie les espaces forestiers dont le recul inquiètait déjà Charlemagne.

[…] La christianisation fut pourtant très progressive… la religion [pourtant répandu dans l’empire romain depuis le Ier siècle] était surtout urbaine, les campagnes mérovingiennes continuèrent visiblement à pratiquer les rites païens anciens. […] La nouvelle religion dut d’ailleurs s’adapter, le culte des saints, ces êtres semi-divins, qui prodiguent leurs miracles, fut une manière de prolonger le polythéisme antique et ses rituels familiers, tout comme le culte des reliques. Les fêtes et les lieux sacrés traditionnels furent investis par le christianisme, qui assimila ainsi les pratiques anciennes comme l’avaient fait les Romains avec les cultes celtiques.

[…] Ainsi la christianisation fut d’autant moins générale que d’autres communautés religieuses, voire ethniques, existaient aussi sur le territoire français actuel. […] Par migrations, mais aussi par conversions (comme dans l’empire khazar du Caucase au VIIIème siècle), le judaïsme s’est répandu dans tout l’empire romain et au-delà, parallèlement au christianisme. L’histoire de ces communautés juives est un des grands blancs de notre histoire nationale et n’apparaît dans pratiquement aucun manuel scolaire et fort peu dans les grands livres d’histoire. […]

A suivre…