Résistance politique: l’histoire comme moteur de l’esprit de rébellion (Howard Zinn)

L’esprit de rébellion

 

Howard Zinn

 

Colonne parue dans le Boston Globe du 4 Juillet 1975

 

Source: http://howardzinn.org/spirit-of-rebellion/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En écrivant un article qui paraîtrait pour l’édition du 4 Juillet 1975 (NdT: 4 juillet est la fête nationale des Etats-Unis, la fête de leur “indépendance”…) du quotidien du Boston Globe, je voulais me démarquer complètement des célébrations traditionnelles de ce jour d’indépendance, dans lequel l’esprit de ce document, incluant son appel à la rébellion et à la révolution, manquait le plus souvent. L’article fut publié sous le titre “Le pont de Brooklyn et l’esprit du Quatre”.

A New York, une petite armée de policiers, virés et en colère, bloquaient le pont de Brooklyn et les éboueurs laissent les déchets s’amonceler dans les rues. A Boston, quelques jeunes à Mission Hill occupent illégalement une maison abandonnée pour protester contre la démolition d’un voisinage. Et des anciens, retraités, pouvant à peine survivre de leurs maigres revenus, sont en lutte contre la maison Edison de Boston dans une tentative d’empêcher une augmentation du prix de l’électricité.

Donc, tout çà à l’air d’un bon 4 Juillet, avec un esprit de révolte propre à la déclaration d’indépendance.

La déclaration, adoptée il y a 199 ans aujourd’hui dit (bien que ceux hauts-placés n’aiment pas qu’on leur rappelle…), que le gouvernement n’est pas sacré, qu’il est mis en place pour donner au peuple un droit égal à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur et que s’il échoue à le faire, nous, le peuple, avons “le droit de le changer ou de l’abolir.”

La Déclaration de l’Indépendance devint un embarassement pour les pères fondateurs des Etats-Unis presqu’immédiatement. Quelques soldats de George Washington n’aimaient pas les riches de New York, de Boston et de Philadelphie, ceux qui profitaient grassement de la guerre. Lorsque le congrès continental en 1781 vota le demi-salaire à vie pour les officiers de la révolution et rien pour les soldats enlistés, il y eu des mutineries dans les rangs militaires dans le New Jersey et en Pennsylvanie. Washington ordonna que deux jeunes mutins soient fusillés “pour l’exemple”. Les pelletés de terre ensevelissant leurs corps enterrèrent aussi les mots de la Déclaration, qui n’avait que cinq ans et qui ignorait déjà que “tous les hommes sont créés égaux.”

Les esclaves noirs de Boston prirent aussi ces mots très aux sérieux et pendant la révolution, pétitionnèrent le Tribunal Général du Massachussetts pour obtenir leur liberté ; mais la révolution de l’indépendance n’était pas de combattue pour eux.

Elle ne semblait pas être combattue pour les pauvres fermiers blancs non plus, qui, après avoir servi dans les rangs de l’armée durant la guerre, faisaient maintenant face à des impôts très élevés, à la saisie de leur bétail et de leurs maisons pour non paiement. Dans le Massachussetts occidental, ils s’organisèrent, bloquant les portes des tribunaux pour empêcher les expropriations et les saisies. Ce fut la rébellion de Shay. La milice finalement les mis en fuite et les pères fondateurs se dépéchèrent d’aller à Philadelphie pour y écrire la Constitution, pour mettre en place un gouvernement qui pourraient contrôler de telles rébellions.

Argumentant pour la Constitution, James Madison déclara qu’il briderait “une rage pour l’argent papier, pour une abolition des dettes, pour une division égale de la propriété ou tout projet impropre et tordu…

La Constitution des Etats-Unis prit alors la phrase directrice du document de la déclaration: “… le droit à la vie, la liberté et la poursuite du bonheur” et la changea en “.. le droit à la vie, la liberté et la propriété.” La Déclaration d’Indépendance n’était qu’un document historique, la Constitution devint la loi de la terre. (NdT: Notons que la DDHC, y compris celle de 1793 qui reconnaît le droit et la légitimité de se rebeller contre l’État tyrannique, fait aussi état de la propriété comme “droit inaliénable”… On reconnaît bien là la priorité de la bourgeoisie aux commandes…)

Les deux documents furent écris par des blancs. Beaucoup d’entr’eux étaient des propriétaires d’esclaves. Tous étaient des hommes. Les femmes se rassemblèrent en 1848 à Seneca Falls, New York, et adoptèrent leur propre déclaration: “Nous tenons ces vérités pour êtres évidentes d’elles-mêmes à savoir que les hommes et les femmes sont créés égaux…

La Constitution fut écrite par les riches, qui mirent en place une forme de gouvernement pour protéger leur propriété. Gerald Ford est toujours en train de le faire. Ils disent “c’est un bon gars”. Il a certainement été bon pour les affaires. Il a fait en sorte que les prix de l’essence et les factures de chauffage augmentent pour que les majors du pétrole engrangent un maximum de bénéfices. Il a mis son veto sur une loi permettant un taux d’intérêt pour les propriétaires de maison à 6% tandis que les 10 plus grosses banques de la nation ont engrangé plus de 2 milliards de dollars de bénéfices l’an dernier. Le chômage, les prix de la nourriture, des loyers augmentent, mais 7 milliards de dollars d’exonération d’impôt sont allés vers 160 000 personnes déjà bien riches l’an dernier d’après un rapport du congrès.

Pas étonnant du tout que l’esprit de révolte monte. Pas étonnant que même la police, payée pour être gardienne de la loi et de l’ordre et rendue au chômage une fois qu’elle a servie son but, attape un peu de cet esprit.

C’est parfaitement dans le ton pour ce 4 juillet, cet anniversaire de la Déclaration d’Indépendance.

2 Réponses to “Résistance politique: l’histoire comme moteur de l’esprit de rébellion (Howard Zinn)”

  1. Et ça n’a pas pris une ride…
    40 après, what else ?
    H. Zinn n’a pas pris part au bombardement de Royan ?
    Ce bombardement, par les alliés donc, qui pour la 1ère fois utilisèrent du Napalm et pas qu’un peu, juste 725 000 litres déversés sur la façade Foncillon… Habitant dans le coin, à chaque fois que je vais m’y balader j’y pense et pourtant, rien nulle part ne le mentionne… Sur les plages de St Georges de Didonne, Royan fleurissaient des écriteaux, mis par les allemands « Plages Interdites aux chiens, aux juifs et aux français »…
    Zinn est vraiment un modèle du genre d’Éveil de conscience réussi, non ?

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