Résistance au colonialisme occidental: Le contrôle des esprits par la sémantique de domination (Steven Newcomb)

La loi fédérale indienne états-unienne et le contrôle des esprits

 

Steven Newcomb

 

1er Janvier 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/01/01/us-federal-indian-law-and-mind-control

 

~ Traduit de l’angpais par Résistance 71 ~

 

Clarifions bien quelque chose. Avant l’invasion des chrétiens européens dans notre partie du monde (l’Île de la Grande Tortue), nos nations vivaient libres et indépendantes de toute domination européenne chrétienne (avant d’être forcées de se soumettre à la volonté arbitraire de quelqu’un d’autre). Nos ancêtres avaient leurs propres langues, leurs propres idées, leurs propres systèmes légaux, et leurs propres conceptions de la façon dont il fallait interagir avec les autres formes du vivant au sein des territoires traditionnels de nos différentes nations. Nos ancêtres étaient ignorants de l’existence d’autres nations euro-chrétiennes et de leurs systèmes de pensée ; ces nations se situaient à des milliers de kilomètres à l’Est dans un endroit appelé la chrétienté occidentale (NdT: par opposition à la chrétienté orientale). Nos ancêtres n’étaient en aucune façon les sujets des peuples européens occidentaux et de langages, de systèmes idéologiques et légaux dont ils ignoraient l’existence.

Avancée aux voyages christo-européens de colonisation et d’invasion des territoires de nos nations originelles. Dans leur effort de développement de narratifs au sujet de ces évènements, les universitaires et érudits euro-américains développèrent une méthode raccourcie expliquant le mode de vie originel et libre de nos ancêtres, libres des systèmes idéologiques et légaux christo-européens. Un très bon exemple de cette technique est fourni par Lesley Bird Simpson lorsqu’il utilise “la conquête” pour tranquillement brouiller l’indépendance originelle de nos nations:

Les Espagnols qui conquérirent amenèrent avec eux des habitudes sociales accumulées au cours des siècles et ne relâchèrent pasd leurs efforts de les imposer aux populations indigènes du continent américain (The Encomienda in New Spain, 1966, p. vii).

L’expression de Simpson “la conquête” sert de technique linguistique qui nie et brouille le fait que nos ancêtres vivaient et existaient originellement libres et indépendants des systèmes idéologiques christo-européens. La connotation typique de “conquête” évoque quelque chose de valide et de légitime. Il y a eu une guerre. Un côté a gagné ; un autre a perdu et la “conquête” en fut le résultat.

Le mot “conquête” crée une connotation insinuant que l’existence libre et indépendante de nos nations fut annihilée de manière permanente, avec notre droit d’être jamais capables de vivre de nouveau de manière libre et indépendante comme nos ancêtres l’avaient fait. Cette imagerie empêche de manière convéniente de considérer toute possibilité d’envisager qe nos nations continuent jusqu’à ce jour d’être libres de droit et que la société dominante utilise un système de pensée justement nommé “loi” étatsunienne anti-Indien afin de nous empêcher de faire l’expérience d’un style de vie comme toutes nations existant de droit libres de toute domination.

La société dominante utilise la “conquête” comme une expression explicative du comment nos ancêtres passèrent de libres et indépendants de la domination chrtétienne européenne à un mode de vie de sujets aux systèmes idéologiques et légaux christo-européens. L’affirmation de la “conquête” ne demande aucune preuve que nos ancêtres furent en fait vraiment “conquis”. L’affirmer c’est déjà la preuve de la véracité de l’affirmation, tout en ignorant de manière bien convéniente tout argument de notre part expliquant que nos nations ont été dominées de manière malévolente par la société de ce qui est devenu les Etats-Unis et que nous avons parfaitement le droit de nous libérer de cette mauvaise et injuste domination étatsunienne.

Comme partie intégrante du processus de la colonisation, la société dominante a éventuellement forcé nos parents et grands-parents alors enfants, dans un système de pensionnat coercitif de domination (NdT: tout comme cela s’est également produit au Canada comme nous l’avons vu plus en détail sur ce blog…). Enfants, nos ancêtres ont dû se soumettre à un programme d’endoctrination (comportemental et de contrôle de la pensée). Une grande partie de cette endoctrinement et tentative d’assimilation forcée fut créée pour enseigner à nos ancêtres à s’identifier comme des “Américains” et non pas comme des citoyens de nos propres nations. Le temps, les efforts, l’énergie et l’argent que le gouvernement des Etats-Unis et les églises chrétiennes (protestantes et catholiques) mirent au service des pensionnats pour Indiens fut une tentative de mettre fin à notre existence en tant que nations au travers d’un processus de génocide (NdT: l’anthropologue français Robert Jaulin qualifierait cette manœuvre d’ethnocide avant de devenie un génocide par mort physique). Ceci fut fait en attaquant nos langues, nos cltures et nos traditions spirituelles. Simultanément, les Etats-Unis se hâtèrent à la tâche de nous exproprier de nos terres et territoires traditionnels.

Comme mentionné auparavant, la société dominante fit tout cela dans un effort de détruire nos nations, mais, de manière plus importante, de détruire notre conscience politique en tant que nations ayant une existence séparée et indépendante du système idéologique injustement et illégalement imposé sur nous par les Etats-Unis. Par le moyen de lieux de détention euphémistiquement appelés “pensionnats”, nos ancêtres furent, durant leurs années les plus formatrices, tenus à l’écart de nos familles, de nos communautés et de nos nations. Bref, le gouvernement des Etats-Unis a soumis nos ancêtres à la fois à un contrôle comportemental et de la pensée en étant forcé coercitivement à être socialisés dans la langue et la culture anglo-saxonne.

Après que nos ancêtres furent forcés de parler la langue anglaise colonisatrice, ce langage devint graduellement prédominant dans nos familles, nos communautés et nos nations. Nos peuples devinrent mentalement conditionnés à penser en termes de catégories occidentales qui étaient coutumières dans la société dominante. Le secreur de l’élite de la société dominante des Etats-Unis a œuvré durement pour coditionner mentalement nos ancêtres à penser à penser nos propres vies selon les lignes développées par des penseurs clef de cette société dominante.

Graduellement, nos ancêtres furent amenés à penser en termes de structure idéologique inférieure et supérieure, que la société dominante avait développée pour construire une méthode relationnelle hiérarchique du sommet vers la base, ce qui fut appliqué à la relation entre nos nations et le gouvernement fédéral des Etats-Unis. Certains de ces penseurs qui élaborèrent ces idées furent des gens comme le juge de la cour suprême John Marshall et son collègue Joseph Story. Ils, et bien d’autres intellectuels, passèrent une grande partie de leur temps à développer des idées et des arguments au sujet de ce qu’ils considéraient la manière correcte de caractériser la relation entre nos nations originelles et ce qu’il consid´´rait comme un “souverain supérieur”, à savoir les Etats-Unis. Ils le firent d’une telle manière que cela bénéficia principalement aux Etats-Unis en désavantageant nos nations en poursuivant les idées appelées “la loi fédérale américaine”.

L’explication ci-dessus est une longue introduction au sujet principal de cet article: “Que se passe t’il lorsque nos peuples natifs suivent l’enseignement de facs de droit non-natifs aux Etats-Unis ?” Depuis environ une quarantaine d’années des étudiants autochtones ont suivi les cours des facs de droits des universités américaines. Ils ont travaillé dur pour comprendre les idées et les arguments qui font partie du système légal non-indien, un système légal qui nous a été imposé et qui a été utilisé contre nos peuples et nations. Les facs de droit américaines ne passent pas de temps à faire réfléchir les étudiants indiens sur l’existence originellement libre et indépendante de nos ancêtres. Les étudiants n’y apprennennt pas non plus comment défier de manière la plus efficace pour les autochtones, le système légal anti-indien mis en place pour nos nations.

Les étudiants en droit autochtones qui sont dans les facs de droit des Etats-Unis finissent par avoir leur esprit profondément influencé et généralement contrôlé par des idées et des arguments que des juristes et des avocats non-autochtones, ainsi que des universitaires ont développé dans l’objectif spécifique de contrôler l’existence même de nos nations et de nos peuples. Il est ainsi triste de dire et de constater, que les facs de droit conditionnent mentalement les étudiants en droit d’origine autochtone à simplement accepter plutôt que de contester les assomptions fondamentales, les métaphores et le ténets d’un système d’idées anti-indien développé ar des juges et des intellectuels non-autochtones dans le passé. Ces concepts incluent le “pouvoir plénier” sur les nations indiennes, l’affirmation de la “domination ultime” de la part des Etats-Unis et un droit affirmé de domination américaine basée sur la fausse assertion que les chrétiens ont “découvert” les terres où des nations non-chrétiennes existaient préalablement.

Lorsque qu’un autochtone maîtrise le système de la loi fédérale des Etats-Unis, cette personne finit sous une forme de contrôle de la pensée. L’étudiant termine fièrement ses études, seulement pour devenir, neuf fois sur dix, un praticien natif d’un système légal anti-indien aux idées qui, inévitablement, finissent par être utilisées contre nos peuples et nos nations. Le résultat de cet endoctrinement handicape non seulement la capacité mais aussi le désir pour le praticien natif d’un sysème légal anti-indien, de passer du temps à contester ou défier les idées principales anti-indiennes qui ont été utilisées et continuent d’être utilisées pour contrôler l’existence même de nos nations. Il y a des exceptions, mais elles ne sont que des exceptions à la règle commune. Ainsi la question surgit de savoir ce que nous allons faire au sujet de ce dilemme ?

3 Réponses to “Résistance au colonialisme occidental: Le contrôle des esprits par la sémantique de domination (Steven Newcomb)”

  1. Quelle analyse…
    Je me sauvegarde ce texte sous word.
    Le diable est dans les détails, non ?

    • dit-on… Le colonialisme s’est affiné avec le temps, surtout, sans aucune opposition, les théoriciens grassement payés pour soutenir l’oligarchie en place, ont eu tout le temps de « verrouiller » l’affaire… en apparence. Ce qu’il faut faire et cela est valable pour tout, c’est remonter à l’origine de toute affaire, en l’occurrence les bulles vaticanes du XVème siècle et le modus operandi de leur intégration dans le système (pseudo)légal.
      Il ne sert à rien d’isoler un fait pour le critiquer, il faut remonter jusqu’à l’os nu si on peut dire…
      Newcomb a accompli cela, mais il y a une sérieuse force d’inertie au sein même des nations amérindiennes: le système « officiel » commandité par le pouvpir colonial et qui fait bien vivre une petite mafia locale, ce système est les « conseils tribaux » aux US et les « conseils de bandes » au Canada, qui sont la voix officielle coloniale au sein des communautés indiennes. Newcomb doit naviguer là-dedans en permanence. Exemple: il écrit pour l’organe Indian Country Today Media Network (ICTM) qui représente en grande partie les « conseils tribaux », certains « chefs » y ont tribune libre… Mais pour demeurer crédible et être vraiment représentatif, il donne la parole aussi à ceux qui soutiennent la gouvernance traditionnelle amérindienne dont Newcomb, D’Errico, Morris font partie. De son côté Newcomb, d’Errico etc ont une fenêtre pour toucher l’ensemble de la communauté autochtone des deux côtés de la frontière fictive. C’est un échange de bons procédés, qui fonctionne. Dans biens des « médias » amérindiens sous contrôle des « conseils » Inc. comme dirait MNN, aucune voix dissidente n’est admise. C’est comme si c’était « Radio Injun », la voix de son maître colonial.
      Newcomb navigue la ligne de démarcation sans perdre de vue son objectif qui est celui des nations amérindiennes, il a été à l’ONU, a parlé, a rencontré des gens, dont le nonce du pape à l’ONU (à l’époque de Jean-Paul II) etc… Son travail de décorticage et d’explication est admirable et se doit d’être diffusé. Ayant réalisé cela, nous le traduisons ainsi que d’Errico. Newcomb (Shawnee) et d’Errico (non autochtone) sont devenus incontournables et touchent l’épicentre de l’affaire…

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