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Corruption cognitive: Sciences et sciences sociales sous tutelle idéologique… L’histoire abusée (Howard Zinn)

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“Être ignorant de l’histoire, c’est comme être né hier.”

“On ne peut pas être neutre dans un train en marche.”

~ Howard Zinn ~

 

“Des relations nouvelles par leur ampleur, se sont nouées entre historiens professionnels et la grande entreprise, privée ou publique, industrielle ou financière.”

“Quant aux jeunes chercheurs [en histoire], il est urgent que, soustraits à la norme des desiderata des bailleurs de fonds et ainsi mis en mesure de tenir la tête droite, ils puissent aider l’histoire contemporaine française à retrouver la voie de l’indépendance.”

“La discipline historique reflétant fidèlement le cours général des choses, l’histoire indépendante du pouvoir de l’argent finira bien, même ici, par faire reculer l’histoire de connivence.”

~ Annie Lacroix-Riz ~

 

L’utilisation et la spoliation de l’histoire

 

Howard Zinn

 

Ceci correspond à la traduction de larges extraits du chapitre 4 du livre de Zinn, “Declarations of Independence, cross-examining the American ideology”, Harper Perennial, 1990, qui n’a pas été traduit en français à notre connaissance.

Cet ouvrage, de notre point de vue, est le second meilleur ouvrage de Zinn juste après son célébre “Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours” (1980)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Août 2016

 

Avant que je ne devienne un historien de profession, j’ai grandi dans la saleté et l’humidité des bas-fonds de New-York, j’ai été mis KO par un policier alors que je tenais une banderole dans une manif’ ouvrière, j’ai travaillé trois ans sur un chantier naval, et j’ai participé à la violence de la guerre. Ces expériences, parmi d’autres, m’ont fait perdre tout désir “d’objectivité”, que ce soit dans ma vie ou en écrivant l’histoire.

Ce que je viens de dire trouble un certain nombre de personnes et je dois m’en expliquer. Je veux donc dire par là qu’au moment où j’ai commencé à étudier l’histoire de manière formelle via le cursus universitaire, je savais que je ne le faisais pas parce que c’était “intéressant” ou parce que cela représentait une carrière “solide et respectable”. J’avais été touché à bien des égards par la lutte des travailleurs ordinaires pour survivre, par le côté glamour et hideux de la guerre et par mes propres lectures entreprises pour essayer de mieux comprendre le fascisme, le communisme, le capitalisme et le socialisme. Je ne pouvais décemment pas étudier l’histoire d’un point de vue neutre. Pour moi, l’histoire ne pouvait être qu’un outil de compréhension et de changement (et oui, une ambition extravagante) de ce qui n’allait pas dans le monde.

Ceci ne voulait pas dire de rechercher des faits historiques pour soutenir et renforcer les croyances que j’avais déjà. Cela ne voulait pas dire d’ignorer des données qui changeraient ou compliqueraient ma compréhension de la société. Cela voulait dire de poser les questions importantes pour qu’un changement social finisse par s’opérer, des questions au sujet de l’égalité, de la liberté, de la justice, de la paix, mais en demeurant ouvert à toute réponse suggérée en étudiant l’histoire.

J’avais très tôt décidé que je serais biaisé, partial dans le sens de demeurer vrai à certaines valeurs fondamentales comme le droit égal pour tout être humain, quelque soit la race, la religion, la nationalité, le sexe, le droit égal à la vie, la liberté et la poursuite incessante du bonheur sur terre, bref les idéaux décrits par Thomas Jefferson. Il me semblait que dédier sa vie à l’étude de l’histoire en valait la peine seulement si l’objectif était ces idéaux.

[…] Ainsi lorsque les troupes soviétiques envahirent la Hongrie (1956) puis la Tchécoslovaquie (1968) pour écraser des rébellions, il était clair pour moi que l’URSS violait des valeurs marxistes fondamentales, en réalité, un principe universel, celui de la solidarité internationale qui réside bien au-delà du marxisme.

Ma foi dans l’idéal d’une société égalitaire, d’une communauté mondiale coopérante, dans un monde sans frontières nationales, est demeurée saine et sauve ; simplement mon idée que l’URSS puisse représenter ce nouveau monde pouvait être d’emblée mise à l’écart. Je devais appeler un chat un chat alors que je voyais les choses au gré de ma lecture de l’histoire de l’Union Soviétique ; dans le même temps je voulais que ceux qui avaient une vue romantique des Etats-Unis soient aussi capables d’appeler un chat un chat au gré de leur découverte du passé américain. Je savais aussi qu’il était tentant de se raccrocher à de vieilles croyances, d’ignorer les faits inconfortables (NdT: appelée dissonnance cognitive) parce qu’on devait rester attaché à des idéaux et que je devais me préserver de la tentation et faire particulièrement attention aux écrits des autres historiens.

La forte croyance en certaines valeurs d’un historien peut mener à la malhonnêteté ou à la déformation de l’histoire. Mais ceci est évitable si l’historien(ne) comprend la différence entre la solidité de valeurs ultimes et ouverture d’esprit en regard du fait historique.

Il y a une autre forme de malhonnêtete qui souvent n’est pas remarquée, à savoir quand les historiens échouent à reconnaître leurs propres valeurs et prétendent à “l’objectivité”, se trompant ainsi eux-mêmes et leur lectorat.

Tout le monde est partial, biaisé, que vous le sachiez ou pas, par le fait de posséder des buts, objectifs fondamentaux et des fins à réaliser. Si nous comprenons cela, nous pouvons alors être proprement sceptiques de tous les historiens, journalistes et de quiconque rapporte sur le monde et nous pouvons vérifier si leur partialité provoque leur emphase sur certains faits historiques plus que d’autres et s’ils omettent ou donnent moins d’importance à d’autres.

[…] Quiconque lisant de l’histoire devrait comprendre depuis le départ qu’il n’y a pas d’histoire impartiale. Toute histoire écrite est partiale en deux sens. Partiale parce qu’elle ne représente qu’une petite portion de ce qui s’est vraiment passé. Ceci constitue une limite qui ne pourra jamais être dépassée. Et elle est partiale parce qu’elle prend inévitablement partie par le simple fait de ce qu’elle inclut et ce qu’elle omet, ce sur quoi elle insiste et ce sur quoi elle passe. Ceci peut-être fait ouvertement ou subrepticement, consciemment de la part de l’historien(ne) ou inconsciemment.

Le problème majeur en ce qui concerne l’honnêteté historique n’est pas le mensonge de but en blanc. C’est l’omission ou le passage sous silence de données très importantes sur un fait historique. La définition du mot “important”, bien sûr, dépend des valeurs de chacun.

Un excellent exemple dans l’histoire (américaine) est celui d massacre de Ludlow.

J’étais à l’université étudiant en histoire (NdT: après la seconde guerre mondiale donc puisque Zinn fut un des nombreux bénéficiaires de la GI Bill ou loi des “études contre service militaire”..), lorsque j’entendis pour la 1ère fois une chanson Folk de Woody Guthrie appelé “The Ludlow Massacre”, une ballade sombre et intense, accompagnée par les accords lents et hantés de sa guitare. Sa chanson raconte l’histoire de femmes et d’enfants qui périrent brûlés vifs lors de la grève des mineurs contre les mines de charbons des Rockefeller dans le sud-Colorado en 1914.

Je fus très curieux de ce fait. En effet, dans aucune de mes classes d’histoire américaine, aucun de mes livres d’école, ne figurait ne serait-ce qu’une mention de ce massacre de Ludlow dans le Colorado. Ceci me mea à un livre écrit non pas par un historien mais par un prof d’anglais du nom de Samuel Yellen: “American Labor Struggles” ou “Les luttes ouvrières américaines”. Ce livre contient des dizaines de narrations excitantes sur les conflits du travail de l’histoire des Etats-Unis, dont la très vaste majorité ne sont jamais mentionnées dans les livres d’histoire des écoles. Un de ces chapitres détaillait la grève du charbon du Colorado en 1913-14.

Note de Résistance 71: s’ensuit ici une description et résumé de trois pages des évènements de Ludlow, montrant la collusion entre les Rockefeller et le pouvoir politique régional et fédéral dans la sanglante répression ouvrière.

[…] La grève minière du colorado de cette époque ne rentre pas bien dans le moule créé par les livres d’histoire des bahuts vantant la perfection du développement économique américain. Peut-être qu’un compte-rendu des évènements et des dessous de l’affaire de Ludlow feraient poser quelques questions pertinentes aux jeunes élèves tout comme cela se produisit pour moi. Ces questions indibitablement menaceraient le pouvoir dominant de ce pays, ceci rentrerait en conflit avec l’orthodoxie (doxa) dominante. Les questionneurs, les enseignants et les membres des comités éducatifs pourraient faire face à des problèmes majeurs.

[…] Une observation rapprochée de la grève du charbon dans le Colorado révèlerait que non seulement le gouvernement de l’état du Colorado mais aussi le gouvernement fédéral de Washington, sous la présidence d’un présumé “libéral”/homme de gauche Woodrow Wilson, étaient du côté des corporations, des grosses entreprises. Tandis que les mineurs étaient battus, jetés en prison et assassinés par la police privée armée des Rockefeller ou par la Garde Nationale, le gouvernement ne fit absolument rien pour préserver les droits constitutionnels de son peuple. Il y a en effet un statut fédéral, Titre 10, section 333, qui donne le pouvoir au gouvernement fédéral de défendre les droits constitutionnels des citoyens si les autorités locales ne le font pas.

Ce ne fut qu’après le massacre, après que les mineurs ne se soient armés et déferlèrent contre les propriétés minières et leurs gardes que le président Wilson appela la troupe pour mettre fin aux émeutes dans le Colorado.

[…] Il n’y a pas de façon “objective” de gérer le massacre de Ludlow Il y a la décision subjective (biaisée, opinionâtre) de l’omettre du naratif historique, basé sur un système de valeurs qui ne le considère pas comme étant important ni même digne d’intérêt. […] mais c’est aussi une décision subjective, biaisée d’en parler et de narrer les évènements (bien documentés). Ma décision personnelle de couvrir cet évènement historique (NdT: Zinn le couvre en détail dans un des chapitres de son ouvrage séminal: “Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours”…) est fondée sur ma croyance qu’il est important que les gens sachent l’extension et l’implication des conflits de classes dans notre histoire, de savoir quelque chose au sujet du comment les ouvriers et classes laborieuses ont dû lutter iaprement, pied à pied pour changer leurs conditions d’existence et aussi de comprendre le rôle du gouvernement et des médias dans les luttes de classes de notre passé.

On doit inévitablement omettre une large portion de ce qui est disponible en tant qu’information historique ; mais ce qui est omis est critique dans le type d’éducation historique que les gens obtiennent, ceci peut les faire bouger d’un côté ou de l’autre, ce qu’ils semblent accepter par leur passivité. Ma propre intention est de sélectionner des sujets et insister sur des aspects de ceux-ci qui feront bouger les citoyens vers des activités répondant aux besoins de base des droits de l’Homme: égalité, paix, démocratie et un monde sans frontières nationales. Ceci sans leur cacher des faits mais en ajoutant au magazin de l’orthodoxie de la connaissance, en ouvrant plus large le grand marché de la connaissance.

Le problème de la sélection dans les faits historiques est montré de manière confondante avec l’histoire de Christophe Colomb et la “découverte” du nouveau monde. Cette histoire apparaît dans tous les livres d’histoires américains et ce à tous les niveaux, de l’école élémentaire jusqu’à l’université. Elle est toujours narrée comme une histoire de technique, de grand courage, menant à la découverte du continent des Amériques (NdT: que les Etats-Uniens appellent le “Western Hemisphere” ou l’hémisphère occidental.).

Pourtant quelque chose est omi dans cette histoire et ce dans quasiment tous les bouquins d’histoire utilisés dans toutes les écoles au travers des Etats-Unis. Ce qui est omis est la veûlerie, la soif d’or de Colomb, son intérêt bassement matériel et que ce penchant pour la fortune lui a fait commettre des crimes de mutilation, de mise en esclavage et d’assassinats purs et simples sur les Indiens venus à sa rencontre dans une parfaite innocence amicale. Ceci fut fait par lui et ses hommes à une telle échalle que cela mérite le vocable de “génocide”, de la destruction d’un peuple entier.

Cette information était parfaitement à la disposition des historiens. Dans les carnets et journaux de bord de Colomb lui-même, il décrit son attitude dès le départ.

Ils feraient de bons serviteurs… Avec 50 hommes on pourrait tous les subjuguer et faire d’eux ce que nous voulons.

[…] Dans son livre plus succint “Christopher Colombus, Mariner”, l’historien Samuel Eliot Morison dit: “la cruelle politique initiée par Colomb et poursuivie par ses successeurs a résulté en un génocide complet.” Mais cette déclaration se situe sur une page totalement enterrée dans un livre qui n’est presqu’exclusivement qu’une éloge de Colomb.

[…] Est-ce que mon emphase sur Colomb et le traitement qu’il réserva aux Indiens est biaisée ? Sans aucun doute. Je ne nierais pas et concéderais la technique et le courage à Colomb, qu’il fut un excellent marin (NdT: qui s’est quand même paumé pour en arriver aux Caraïbes…), mais je veux révéler quelque chose à son sujet qui fut omis de l’éducation historique de la plupart des Américains.

Mon biais est celui-ci: Je veux que mes lecteurs pensent à deux fois au sujet de nos “héros” traditionnels, qu’ils réexaminent ce que nous chérissons (compétence technique) et ce que nous ignorons (conséquences humaines). Je veux qu’ils pensent à quel point il est facile d’accepter la conquête et le meurtre parce que ces deux choses vont avancer le “progrès”. Le meurtre de masse pour “une bonne cause” est une des sévères maladies de notre temps. Il y a eu ceux qui ont défendu Staline et ses assassinats en disant ‘Bon, il a quand même rendu la Russie au niveau de grande puissance”. Il y a aussi ceux qui justifièrent les bombes sur Hiroshima et Nagasaki en disant: “Il fallait bien qu’on gagne la guerre.”

[…] Si les Américains recevaient une meilleure éducation historique , s’ils apprenaient à regarder et à gratter sous la surface de ces étiquettes faciles qu’on leur met sous les yeux comme “L’ère de la bonne volonté” ou “L’âge de la prospérité” etc ; s’ils comprenaient que notre orthodoxie nationale préfère cacher certains faits perturbants au sujet de notre société, ils pourraient alors dans ces années 1980 et 1990, regarder au-delà de la scintillance factice et du luxe et réagir enfin avec colère à la vue des gens SDF, de la pauvreté galopante et du désespoir qui ronge des millions de personnes dans ce pays.

Les historiens, comme les journalistes, sélectionnent ce qu’ils pensent être important ou ce qu’ils pensent que leur éditeur, maison d’édition vont trouver important ou ce qu’ils pensent ensemble être l’intérêt du public. Parfois ils vont rapporter sur un sujet précis parce que tout le monde avant eux l’a fait, et ils omettront quelque chose de l’histoire simplement parce que cela a toujours été omis dans les narratifs précédents.

En d’autres termes, il y a un bias conservateur à l’histoire et une tendance à insister sur ce que des générations d’historiens ont insisté avant. Le motif de ceci est souvent la sécurité, parce que l’historien qui brise le moule attire les regards et les suspiscions.

[…] Nous avons besoin d’apprendre l’histoire, le type qui ne va pas insister sur savoir qui sont les présidents des républiques et les statuts de la cour suprême des Etats-Unis, mais une histoire qui va inspirer une nouvelle génération à résister à la folie destructrice des gouvernements qui essaient de modeler le monde et nos esprits dans leurs sphères d’influence.

=*=

Nous devons aussi mentionner ce qu’il est convenu d’appeler selon les termes de l’historienne Annie Lacroix-Riz, citée en exergue de cette traduction de Zinn, “l’histoire de connivence” ; c’est à dire cette histoire achetée par les entreprises pour blanchir leur passé douteux dans la collaboration durant la seconde guerre mondiale ou leur relation équivoque quant au colonialisme ou toute autre turpitude avenante jugée nécessaire. Ceci existe dans tous les pays occidentaux impérialistes et correspond à un sévère travers de l’histoire contemporaine et de ses historiens.

L’histoire et ses historiens, ainsi que bien des scientifiques dans d’autres domaines, sont achetés par la mafia des transnationales de la grosses industrie et de la finance qui peut ainsi contrôler quasiment à volonté ce qu’elles désirent inculquer à la masse.

Les exemples sont multiples: de la recherche pétrolière et gazière (pétrole et gaz tous deux abiotiques, non-fossiles) à l’escroquerie du réchauffement climatique anthropique en passant par les grandes théories classiques de l’anthropologie, de l’ethnologie, sociologie, bien peu de secteurs ne sont pas aujourd’hui touchés par la main-mise financière qui corrompt tout.

Nous pensons comme Lacroix-Riz que nous avons citée ci-dessus, que , “… l’histoire indépendante du pouvoir de l’argent finira bien, même ici, par faire reculer l’histoire de connivence.”

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Résistance politique: l’histoire comme moteur de l’esprit de rébellion (Howard Zinn)

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L’esprit de rébellion

 

Howard Zinn

 

Colonne parue dans le Boston Globe du 4 Juillet 1975

 

Source: http://howardzinn.org/spirit-of-rebellion/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En écrivant un article qui paraîtrait pour l’édition du 4 Juillet 1975 (NdT: 4 juillet est la fête nationale des Etats-Unis, la fête de leur “indépendance”…) du quotidien du Boston Globe, je voulais me démarquer complètement des célébrations traditionnelles de ce jour d’indépendance, dans lequel l’esprit de ce document, incluant son appel à la rébellion et à la révolution, manquait le plus souvent. L’article fut publié sous le titre “Le pont de Brooklyn et l’esprit du Quatre”.

A New York, une petite armée de policiers, virés et en colère, bloquaient le pont de Brooklyn et les éboueurs laissent les déchets s’amonceler dans les rues. A Boston, quelques jeunes à Mission Hill occupent illégalement une maison abandonnée pour protester contre la démolition d’un voisinage. Et des anciens, retraités, pouvant à peine survivre de leurs maigres revenus, sont en lutte contre la maison Edison de Boston dans une tentative d’empêcher une augmentation du prix de l’électricité.

Donc, tout çà à l’air d’un bon 4 Juillet, avec un esprit de révolte propre à la déclaration d’indépendance.

La déclaration, adoptée il y a 199 ans aujourd’hui dit (bien que ceux hauts-placés n’aiment pas qu’on leur rappelle…), que le gouvernement n’est pas sacré, qu’il est mis en place pour donner au peuple un droit égal à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur et que s’il échoue à le faire, nous, le peuple, avons “le droit de le changer ou de l’abolir.”

La Déclaration de l’Indépendance devint un embarassement pour les pères fondateurs des Etats-Unis presqu’immédiatement. Quelques soldats de George Washington n’aimaient pas les riches de New York, de Boston et de Philadelphie, ceux qui profitaient grassement de la guerre. Lorsque le congrès continental en 1781 vota le demi-salaire à vie pour les officiers de la révolution et rien pour les soldats enlistés, il y eu des mutineries dans les rangs militaires dans le New Jersey et en Pennsylvanie. Washington ordonna que deux jeunes mutins soient fusillés “pour l’exemple”. Les pelletés de terre ensevelissant leurs corps enterrèrent aussi les mots de la Déclaration, qui n’avait que cinq ans et qui ignorait déjà que “tous les hommes sont créés égaux.”

Les esclaves noirs de Boston prirent aussi ces mots très aux sérieux et pendant la révolution, pétitionnèrent le Tribunal Général du Massachussetts pour obtenir leur liberté ; mais la révolution de l’indépendance n’était pas de combattue pour eux.

Elle ne semblait pas être combattue pour les pauvres fermiers blancs non plus, qui, après avoir servi dans les rangs de l’armée durant la guerre, faisaient maintenant face à des impôts très élevés, à la saisie de leur bétail et de leurs maisons pour non paiement. Dans le Massachussetts occidental, ils s’organisèrent, bloquant les portes des tribunaux pour empêcher les expropriations et les saisies. Ce fut la rébellion de Shay. La milice finalement les mis en fuite et les pères fondateurs se dépéchèrent d’aller à Philadelphie pour y écrire la Constitution, pour mettre en place un gouvernement qui pourraient contrôler de telles rébellions.

Argumentant pour la Constitution, James Madison déclara qu’il briderait “une rage pour l’argent papier, pour une abolition des dettes, pour une division égale de la propriété ou tout projet impropre et tordu…

La Constitution des Etats-Unis prit alors la phrase directrice du document de la déclaration: “… le droit à la vie, la liberté et la poursuite du bonheur” et la changea en “.. le droit à la vie, la liberté et la propriété.” La Déclaration d’Indépendance n’était qu’un document historique, la Constitution devint la loi de la terre. (NdT: Notons que la DDHC, y compris celle de 1793 qui reconnaît le droit et la légitimité de se rebeller contre l’État tyrannique, fait aussi état de la propriété comme “droit inaliénable”… On reconnaît bien là la priorité de la bourgeoisie aux commandes…)

Les deux documents furent écris par des blancs. Beaucoup d’entr’eux étaient des propriétaires d’esclaves. Tous étaient des hommes. Les femmes se rassemblèrent en 1848 à Seneca Falls, New York, et adoptèrent leur propre déclaration: “Nous tenons ces vérités pour êtres évidentes d’elles-mêmes à savoir que les hommes et les femmes sont créés égaux…

La Constitution fut écrite par les riches, qui mirent en place une forme de gouvernement pour protéger leur propriété. Gerald Ford est toujours en train de le faire. Ils disent “c’est un bon gars”. Il a certainement été bon pour les affaires. Il a fait en sorte que les prix de l’essence et les factures de chauffage augmentent pour que les majors du pétrole engrangent un maximum de bénéfices. Il a mis son veto sur une loi permettant un taux d’intérêt pour les propriétaires de maison à 6% tandis que les 10 plus grosses banques de la nation ont engrangé plus de 2 milliards de dollars de bénéfices l’an dernier. Le chômage, les prix de la nourriture, des loyers augmentent, mais 7 milliards de dollars d’exonération d’impôt sont allés vers 160 000 personnes déjà bien riches l’an dernier d’après un rapport du congrès.

Pas étonnant du tout que l’esprit de révolte monte. Pas étonnant que même la police, payée pour être gardienne de la loi et de l’ordre et rendue au chômage une fois qu’elle a servie son but, attape un peu de cet esprit.

C’est parfaitement dans le ton pour ce 4 juillet, cet anniversaire de la Déclaration d’Indépendance.

L’histoire en question: Le biais du narratif historique (Howard Zinn)

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Dans quelle mesure les livres d’histoire américains (mais pas seulement) sont-ils limités et orientés dans leur narratif ?

Entretien avec Howard Zinn en juillet 2008

Source vidéo et transcription en anglais:http://bigthink.com/videos/howard-zinn-on-the-limitations-of-american-history-books

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Question: En quoi les livres d’histoire traditionnels américains sont-ils limités ?

Howard Zinn: Le problème de base des livres d’histoire traditionnels est qu’ils sont nationalistes et élitistes. Par nationaliste, j’entends qu’ils regardent le monde d’un point de vue centré sur nous et qu’ils voient la politique américaine comme quelque chose de bénin.

Une histoire plus véritable et plus réaliste serait de regarder la politique étrangère américaine sur les quelques derniers siècles vraiment. Elle regarderait la politique étrangère américaine et la verrait pour ce qu’elle a été et est toujours: expansioniste, violente et militariste. En d’autres termes, ce serait une histoire qui serait vraiment honnête dans la mesure où nous nous attendons à ce que les individus soient honnêtes avec eux-mêmes et leur passé afin de rectifier leurs erreurs.

Faire cela n’est pas anti-patriotique ou anti-américain, à moins que vous ne pensiez qu’être américain veuille dire approuver tout ce que votre gouvernement fait ou qu’être patriote c’est soutenir tout ce que votre gouvernement fait ou dit.

Non, être honnête au sujet de notre passé, être honnête au sujet de ce que nous avons fait au monde, une histoire qui observe et analyse ce que nous avons fait du point de vue des indigènes natifs, des noirs, de spauvres, des femmes, du peuple qui en général a été complètement omis de l’histoire traditionnelle. Lorsque vous regardez notre histoire du point de vue du peuple, des gens de la base de la société, plutôt que du point de vue classique des gens “d’en haut”, tout est différent. Les politiques ne sont pas les mêmes. Vous avez soudainement un critère pour mesurer ce que le pays fait.

Question: Est-ce que les nations fortes comme les Etats-Unis ont intérêt à écrire des récits historiques justes et précis ?

Howard Zinn:  Les leaders de la nation n’ont pas intérêt. Les maisons d’édition des livres scolaires et universitaires n’ont pas non plus intérêt.

Les seules personnes qui ont intérêt sont les enseignants et les élèves / étudiants et les gens qui ne bénéficient en rien du système établi présentement. S’il doit y avoir un changement dans l’enseignement de l’histoire, cela devra se produire d’en-bas. Quel que soit le changement qui s’est produit jusqu’ici et il y a eu quelques changements dans la façon d’enseigner l’histoire, quelque changement que ce soit se produira parce que les profs et les élèves changeront d’attitude, ils lirons différentes choses, ils s’écarterons des livres teaditionnels, rejetteront les théories du “pas d’enfant laisser pour compte”, ses demandes, la standardisation des examens et des dates historiques et la vieille vision de regarder l’histoire au travers de l’œil des présidents, des hommes politiques et des généraux.

Cela viendra d’en-bas.

Temps de mettre les héros officiels de l’histoire au placard ?… (Howard Zinn)

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Ce que décrit avec précision Howard Zinn ci-dessous ne concerne pas que l’histoire du pays du goulag levant (ex-USA), mais pourrait être celle de tous les états-nations et leurs litanies mythologiques, idolâtries officielles. Mention spéciale à la France dans le domaine…

Qui sont les « héros » français à déboulonner et ceux dont le peuple et non l’oligarchie serait fier ?… La liste est sans doute longue.

— Résistance 71 ~

 

Les héros autour de nous

 

 Howard Zinn

 

 7 Mai 2000

 

 url de l’article:

http://howardzinn.org/the-heroes-around-us/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Récemment, j’ai rencontré un groupe d’élèves de Lycée, l’un d’eux m’a demandé: “J’ai lu dans votre livre “Une histoire populaire des Etats-Unis”, au sujet des massacres des Indiens, la longue histoire du racisme, la persistance de la pauvreté dans ce qui est devenu le pays le plus riche du monde, les guerres insensées. Comment puis-je me préserver d’être complètement aliéné et déprimé ?

Cette question m’a été posée bien des fois sous des formes différentes, l’une de ces formes étant: “Comment se fait-il que vous ne soyiez pas déprimé ?” Qui a dit que je ne le suis pas ?… Du moins brièvement ; pour une fraction de seconde, de telles questions me dépriment jusqu’à ce que je pense: la personne qui a posé cette question est la preuve vivante de l’existence partout de bonnes personnes, qui se sentent véritablement concernés par les autres. Je pense à toutes les fois où quelqu’un demande depuis l’audience des conférences que je fais dans ce pays: Où est le mouvement populaire aujourd’hui ? L’audience qui entoure cette personne, même dans une petite ville de l’Arkansas ou du New Hampshire ou de Californie, consiste en un millier de personnes !

Une autre question que me posent souvent des élèves ou des étudiants: Vous cassez souvent nos héros nationaux comme les pères fondateurs, Andrew Jackson, Abraham Lincoln, Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson, John F. Kennedy. N’avons-nous pas besoin d’idoles nationales ? Oui je suis d’accord, il est bon d’avoir quelques figures historiques que l’on puisse admirer et émuler. Mais pourquoi tenir pour modèle les 55 hommes blancs et riches qui ont écrits la constitution des Etats-Unis comme une manière d’établir un gouvernement qui protégerait toujours les intérêts de leur classe, celle des propriétaires terriens propriétaires d’esclaves, des marchants, des industriels, des détenteurs de bons du trésor et des spéculateurs fonciers et autres ?

Pourquoi ne pas se rappeler de l’humanitarisme d’un William Penn, un des premiers colons qui fit la paix avec les Indiens Delaware au lieu de les harceler comme le firent les autres colons ? Pourquoi ne pas citer John Woolman, qui dans les années avant la révolution, refusa de payer ses impôts qui soutenaient les efforts de guerre de l’Angleterre et qui critiqua et s’en prit à l’esclavagisme. Pourquoi ne pas citer le capitaine Daniel Shays, vétéran de la guerre d’indépendance, qui mena une révolte de fermiers dans l’ouest du Massachussetts contre les impôts levés par les riches qui contrôlaient totalement la législature du Massachussetts ? Pourquoi glorifier comme le font nos livres d’histoire Andrew Jackson l’esclavagiste et massacreur d’Indiens ? Jackson fut un des architectes de la tristement célèbre piste des larmes, qui vit 4000 des 16 000 Indiens Cherokees mourir durant le voyage de leur déportation depuis leurs terres ancestrales en Georgie vers l’Oklahoma. Pourquoi ne pas le remplacer comme héro national par John Ross, un chef Cherokee qui résista à la déportation de son peuple et dont l’épouse mourut sur la piste des larmes ? Ou par le leader de la nation Seminole Osceola, emprisonné puis finalement assassiné pour avoir mené une campagne de guerilla pour empêcher lui ausi la déportation de son peuple de Floride ? Le memorial/musée Lincoln ne devrait-il pas être enrichi par la présence d’un memorial pour Frederick Douglass, qui a bien mieux représenté la lutte contre l’esclavage que Lincoln ? Ce fut cette croisade menée par les abolitionnistes noirs et blancs, ensemble, qui devint un mouvement national, qui poussa un Lincoln d’abord bien reluctant, à émettre une proclamation d’émancipation peu motivée et persuada le congrès de passer les 13ème, 14ème et 15ème amendements à la constitution.

Prenez un autre héros présidentiel, Theodore Roosevelt, qui est toujours près du top de l’infatigable liste de “nos meilleurs présidents”. Le voilà sculpté sur le Mont Rushmore, comme une réminiscence permanente de notre amnésie nationale, oubliant son racisme, son militarisme, son amour de la guerre. Pourquoi ne pas le remplacer comme héro, même si le virer du Mont Rushmore représente un gros boulot, par Mark Twain ? Roosevelt a félicité un général de l’armée qui, en 1906, a ordonné le massacre de 600 hommes, femmes et enfants sur une île des Philippines. Mark Twain l’a dénoncé et il a continuellement dénoncé les cruautés commises dans la guerre américaine aux Philippines sous le slogan de “Pour mon pays, à tort ou à raison”.

Quant à Woodrow Wilson, occupant lui aussi une place importante au Panthéon du libéralisme américain, ne devrions-nous pas rappeler à ses admirateurs qu’il insista sur l’application des lois de la ségrégation raciale dans les bâtiments fédéraux, qu’il fit bombarder la côte mexicaine, envoya une armée d’occupation en Haïti et en République Dominicaine, mena notre pays dans l’enfer de la 1ère guerre mondiale et fit jeter les manifestants anti-guerre en prison. Ne devrions-nous pas amener au statut de héros de la nation quelqu’un comme Emma Goldman, une de celles et ceux que Wilson fit jeter en prison, ou Helen Keller, qui parla sans peur et sans reproche contre la guerre ? Assez de l’idolâtrie pour JF Kennedy, un guerrier de la guerre froide, qui commença la guerre secrète en Indochine, fut d’accord avec le plan d’invasion de Cuba et fut très, très lent à agir contre la ségrégation raciale dans le sud des Etats-Unis. Ce ne fut que lorsque le peuple noir des états du sud prit les rues, firent face aux Sheriffs et forces de répression du sud, leurs passages à tabac et leurs assassinats, que tout cela mît finalement la conscience nationale en émoi, que les administrations de Kennedy et de Lyndon Johnson furent finalement suffisamment embarassées pour qu’elles interviennent dans la mise en place de la loi sur les Droits Civils et sur le vote.

Ne devrions-nous pas remplacer les portraits de nos présidents, qui souvent prennent trop de place sur les murs de nos salles de classe, par ceux de héros venus du peuple comme Fannie Lou Hamer, la partageuse de récolte du Mississippi ? Elle fut expulsée de sa ferme, arrêtée et torturée en prison après qu’elle eut rejoint le mouvement des droits civils, mais elle devint une voix très éloquente pour la liberté ; ou Ella Baker, dont les conseils avisés et le soutien guidèrent la jeunesse noire du Student Nonviolent Coordinating Committee, le bras militant du mouvement dans le sud profond des Etats-Unis ?

En 1992, année du cinq-centième anniversaire de l’arrivée de Christophe Colomb sur ce continent, il y eu des réunions partout dans le pays pour célébrer Colomb, mais aussi et pour la première fois, pour défier cette exaltation coutumière du “Grand Découvreur”. J’étais dans un symposium dans le New Jersey où je fis remarquer les terribles crimes commis par Colomb et ses sbires espagnols sur l’île d’Hispaniola. Après mon intervention, l’autre personne sur la scène avec moi, qui était le président de l’association du jour de la célébration de Colomb pour l’état du New Jersey me dit: “Vous ne comprenez pas… Nous, italo-américains avons besoin de nos héros.” Je lui ai répondu que oui, je comprenais parfaitement le désir d’avoir des héros, mais pourquoi choisir un assassin et un kidnapper pour de tels honneurs ? Pourquoi ne pas choisir Joe Di Maggio ou Toscanini ou Fiorello la Guardia ou Sacco et Vanzetti ? L’homme ne fut pas convaincu. Les mêmes fausses valeurs qui ont mis des propriétaires d’esclaves, des tueurs d’Indiens et des militaristes dans nos livres d’histoire ne sont-elles pas à l’œuvre aujourd’hui? Nous avons entendu les constantes références au sénateur John McCain, surtout lorsqu’il fut candidat à la présidentielle, comme un “héro de guerre”. Oui il est possible d’éprouver de la sympathie pour les souffrances de McCain lorsqu’il fut prisonnier de guerre et soumis à une certaine cruauté. Mais devons-nous appeler un héros quelqu’un qui a participé à l’invasion d’un pays si loin du notre et qui en tant que pilote, largua des bombes sur des hommes, femmes et enfants, dont le seul crime était de résister à l’invasion américaine ?

Je n’ai rencontré qu’une seule voix dans les médias de masse qui manifesta son désaccord avec l’admiration générale pour McCain, celle du poète, romancier et journaliste au Boston Globe, James Carroll. Carroll contrasta l’”héroisme” de McCain, le guerrier, avec celui de Philip Berrigan, qui a été en prison une bonne douzaine de fois pour avoir manifesté d’abord contre la guerre durant laquelle McCain largua des bombes sur des civils, puis contre le dangereux arsenal nucléaire maintenu par notre gouvernement. Jim Carroll écrivit alors: “Berrigan en prison est le véritable homme libre, tandis que McCain demeure emprisonné dans un sens de l’honneur martial qui n’est pas examiné…

Notre pays est rempli de héros et de gens héroïques qui ne sont ni présidents, ni commandants militaires, ni magiciens de Wall Street, de gens qui maintiennent en vie l’esprit de résistance à l’injustice et à la guerre. Je pense à Kathy Kelly et à toutes ces voix de Voices in the Wilderness, qui, défiant la loi fédérale (NdT: désobéissance civile…), ont voyagé en Irak plus d’une douzaine de fois pour y amener des vivres et des médicaments aux gens souffrant des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis.

Je pense aussi à ces milliers d’étudiants de plus de cent universités et collèges du pays qui manifestent contre la connexion de leurs universités avec des fournisseurs de produits venant des usines d’exploitation du tiers monde. Récemment à l’université de Wesleyan, des étudiants ont squatté le bureau du président de l’université pendant trente heures jusqu’à ce que l’administration soit d’accord avec toutes leurs revendications. A Minneapolis, il y a le cas des quatre sœurs McDonald, nonnes de leur état, qui ont été incarcérées à plusieurs reprises pour avoir manifesté contre la production de mines anti-personnels de l’entreprise Alliant . Je pense aussi aux milliers de personnes qui se sont déplacées à Fort Benning en Georgie pour demander la fermeture de la tristement célèbre et meurtrière School of the Americas (NdT: l’école des forces spéciales de “contre-insurrection”, qui y enseignent les techniques de contre-guerilla et de contrôle des populations. Des programmes de torture scientifiquement contrôlé y sont enseignés. Parmi les premiers instructeur de cette “école” furent les intervenants militaires français ayant mené la “bataille d’Alger” en 1957. Le général Aussarès y enseigna, car le modèle français est resté longtemps le top de la contre-insurrection. Tous les tortionnaires des juntes militiares fascistes ayant exercé en Amérique du Sud de Pinochet à Videla sont passés par la School of the Americas…) et les pêcheurs de la côte ouest qui participèrent à un blocage de huit heures pour protester contre la peine infligée à Mumia Abu-Jamal et tant d’autres…

Nous connaissons tous des personnes, la plupart des sans-noms, non reconnues, qui ont, le plus souvent bien modestement, parlé ou agit pour leurs croyances en une société plus égalitaire, plus juste et plus pacifiste. Pour éloigner toute aliénation et noirceur, il faut juste se rappeler de ces héros du passé et rechercher autour de nous les héros non remarqués du présent.

L’empire à nu… Connaître l’histoire pour ne plus se faire rouler dans la farine… (Howard Zinn)

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Honneur à Howard Zinn pour ouvrir le bal 2015 ! Texte écrit en 2006 sous Bush, la validité et l’actualité de ce texte 9 ans plus tard est stupéfiante…

— Résistance 71 —

 

Les leçons sur la guerre d’Irak commencent avec l’histoire des Etats-Unis

 

Howard Zinn

 

Mars 2006

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En ce 3ème anniversaire de la débâcle en Irak du président Bush, il est important de considérer pourquoi le gouvernement a si facilement berné tant de gens à soutenir la guerre.

Je pense qu’il y a deux raisons essentielles, qui sont profondément ancrées dans notre culture nationale.

La première est l’absence quasi-totale de perspective historique. La seconde est une inhabilité de penser en dehors des limites du nationalisme.
Si nous ne connaissons pas l’histoire, alors nous sommes bons à être mangés tout cru par nos politiciens carnivores et par les intellectuels et les journalistes qui leur donnent les couteaux à découper. En revanche, si nous connaissons un peu d’histoire, si nous sommes au courant du nombre de fois où des présidents nous ont menti, alors on ne nous y reprendra pas.
Le président Polk a menti à la nation sur les raisons du pourquoi nous entrions en guerre contre le Mexique en 1846. Cela n’avait absolument rien à voir avec le fait que soi-disant “les Mexicains avaient versé le sang américain en territoire américain” et tout à voir avec le fait que Polk et l’aristocratie esclavagiste américaine convoitaient la vaste majorité du territoire mexicain.
Le président McKinley a menti en 1898 sur les raisons d’envahir Cuba, disant que nous voulions libérer les Cubains de l’emprise espagnole, mais en fait il voulait que les Espagnols quittent Cuba pour libérer la place pour des entreprises américaines comme United Fruit et autres. Il a aussi menti au sujet des raisons de notre guerre contre les Philippines, clâmant que nous ne voulions que “civiliser” les Filipinos, alors que la véritable raison était de posséder un bon bout de terrain dans l’Asie profonde, et ce aux dépends de la vie de centaines de milliers de Philippins qui y perdirent la vie.

Le président Wilson a menti sur les raisons de l’entrée des Etats-Unis dans la première guerre mondiale disant que ce fut une guerre “pour rendre le monde plus sécure pour la démocratie”, tandis que ce n’était en fait qu’une guerre pour rendre le monde plus sécure pour la puissance américaine montante.

Le président Truman a menti quand il a dit que la bombe atomique fut larguée sur Hiroshima parce qu’elle était une “cible militaire” et tout le monde a menti au sujet du Vietnam, le président Kennedy a menti au sujet de l’amplitude de notre engagement, le président Johnson au sujet de l’incident du Golfe du Tonkin et le président Nixon au sujet du bombardement secret du Cambodge (et du Laos). Ils ont tous affirmé que la guerre était nécessaire pour maintenir le Vietnam du Sud libre du communisme, mais ce qu’ils voulaient vraiment était de maintenir le Vietnam comme un poste avancé américain à la lisière du continent asiatique. Le président Reagan a menti au sujet de l’invasion de la Grenade, affirmant de manière erronée qu’elle représentait une menace pour les Etats-Unis.

Le père Bush a menti au sujet de l’invasion de Panama, menant à la mort des milliers de gens ordinaires de ce pays et il a encore menti au sujet des raison d’attaquer l’Irak en 1991, pas pour protéger l’intégrité du Koweït, mais plutôt pour affirmer la puissance américaine dans le Moyen-Orient riche en pétrole.

Il y a même un plus gros mensonge: L’idée arrogante que ce pays est le centre de l’univers, exceptionnellement vertueux, admirable, supérieur et indispensable.

Si notre point de départ pour évaluer le monde autour de nous est la croyance ferme en ce que cette nation est quelque part frappée par la Providence avec des qualités uniques qui la rendent moralement supérieure à tout autre nation sur terre, alors il y a peu de chances que nous questionnions le président lorsqu’il dit que nous envoyons des troupes ici et là ou que nous bombardons là-bas, afin de disséminer nos valeurs, la démocratie, la liberté et n’oublions pas au passage la libre-entreprise, dans des endroits du monde littéralement “oubliés de dieu” selon l’expression consacrée.
Mais nous devons faire face à certains faits qui perturbent l’idée d’une nation uniquement vertueuse.

Nous devons faire face à notre très longue histoire de nettoyage ethnique, par lequel le gouvernement américain a expulsé des millions d’Indiens natifs de leurs territoires en les massacrant et en les évacuant de force.

Nous devons faire face à notre longue histoire esclavagiste qui n’est toujours pas derrière nous, de politique de ségrégation et foncièrement raciste.
Et nous devons faire face à la mémoire persistante d’Hiroshima et de Nagasaki.

Ceci n’est pas une histoire dont nous pouvons être fiers.

Nos leaders l’ont pris pour argent comptant et ont planté la croyance dans les esprits que nous sommes autorisés a tout faire à cause de notre supériorité morale, à dominer le monde. Les deux partis politiques républicain et démocrate ont embrassé cette notion.
Mais sur quoi l’idée même de notre supériorité morale est-elle fondée ? Une façon bien plus honnête de nous évaluer en tant que nation nous préparerait tous pour le prochain tir de barrages de mensonges qui va immanquablement accompagné la prochaine proposition d’infliger notre pouvoir et notre puissance sur une autre partie du monde.
Cela pourrait nous inspirer de créer une histoire différente pour nous-mêmes, en écartant notre pays des menteurs qui le gouvernent et en rejetant cette arrogance nationaliste de façon à ce que nous rejoignions les gens autour du monde pour la cause commune de la paix et la justice.

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Source:

http://howardzinn.org/lessons-iraq-war-start-with-us-history/