150 ans de la Commune : Recherche esprit communard désespérément (Résistance 71 )

Recherche esprit communard désespérément…

Résistance 71

18 Mars 2021 

Pour le cent-cinquantenaire de la Commune de Paris

18 mars 1871-18 mars 2021

“La commune de Paris est la première tentative de réalisation des principes du socialisme révolutionnaire et de remplacer l’État par l’auto-organisation du peuple.”
~ Michel Bakounine, 1871 ~

“La commune n’est plus une agglomération territoriale, mais plutôt un terme générique, un synonyme pour le regroupement d’égaux ne connaissant ni frontières ni barrières.”
~ Pierre Kropotkine, mai 1880 ~

“La commune de demain saura qu’elle ne peut admettre de supérieur ; qu’au-dessus d’elle il ne peut y avoir que les intérêts de la Fédération, librement consentie par elle-même avec d’autres communes… Elle ne supprimera pas l’État pour le reconstituer, et bien des communes sauront prêcher l’exemple, en abolissant le gouvernement de procuration, en se gardant de confier leur souveraineté aux hasards du scrutin.”
~ Pierre Kropotkine , 1881 ~

“La revendication de la révolte est l’unité, la revendication de la révolution historique est la totalité.”
~ Albert Camus ~

Il y a cent cinquante ans, le 18 mars 1871, le peuple d’un Paris assiégé empêchait la saisie de ses canons qu’il avait financés et qui étaient maintenus sur la Butte Montmartre. A partir de là, le peuple parisien entrait en rébellion et proclamait son autonomie en déclarant la Commune et ne se voulant en rien le “directoire” de la France, mais le fer de lance d’un élan national vers une confédération de communes libres et volontairement associées. Dans sa proclamation du 6 avril 1871 aux départements, la Commune déclare :

On vous trompe en vous disant que Paris veut gouverner la France et exercer une dictature qui serait la négation de la souveraineté nationale… Paris n’aspire qu’à conquérir ses franchises communales… Si la Commune de Paris est sortie du cercle de ses attributions, c’est à son grand regret, c’est pour répondre à l’état de guerre provoqué par le gouvernement de Versailles. Paris n’aspire qu’à se renfermer dans son autonomie, plein de respect pour les droits égaux des autres communes de France.

Sur la Commune de Paris, plus de 5000 livres ont été écrits et/ou traduits en plus de 10 langues. Les étudiants japonais qui combattaient les forces de police à Tokyo et dans les grandes villes nipponnes en 1968 en parlaient dans leurs réunions. Elle inspira bien des insurrections, des élans révolutionnaires et la terreur chez le pouvoir coercitif établi. La terrible répression de la réaction bourgeoise qui la massacra a fait passer la Commune à la postérité du martyr de l’émancipation sociale et l’enveloppa de cette aura romantique de l’exaltation révolutionnaire. Pourtant, même si les chiffres sont discordants, la Commune se solda par un lourd bilan humain de plus de 20 000 morts durant les combats et surtout résultant des exécutions sommaires des Communards par les troupes versaillaises lors de leur progression dans Paris, des peines de mort rendues après les procès et les déportations de masse, les “empontonnements”, qui envoyèrent des milliers de communards, hommes et femmes, dans les bagnes de la “république”, comme le fut entre bien d’autres Louise Michel.

La Commune de Paris est-elle unique ? Dans ce contexte particulier, on peut dire que oui. Elle est la toute première tentative de prise en compte autonome d’un peuple pour s’arracher à la règle et à la loi arbitraires de l’État. Si cette expérience est unique au moment où elle se produit, nous allons voir qu’elle ne tombe pas du ciel, qu’elle est de fait le résultat d’un long processus historique de lutte et de maturation politique des peuples contre la tyrannie étatico-marchande, se cristallisant en France pour et par des raisons précises. Mais avant que d’en parler, disons ici que la Commune de Paris possède une caractéristique unique : son contexte historique spatio-temporel.

Brièvement, le contexte de la rébellion parisienne et d’autres communes de France, nous verrons que Paris ne fut pas la seule, s’établit à la fin d’une période historique, celle du second empire qui vit Napoléon III déclarer la guerre à la Prusse. La guerre de 1870 qui s’en suivit vit la défaite de la France dans la débâcle de Sedan au cours de laquelle Napoléon III fut fait prisonnier. Les Prussiens assiègèrent Paris. En septembre 1870, la république est déclarée. Le nouveau gouvernement, teinté de royalisme, mené par Adolphe Thiers, quitte Paris et va s’installer à Versailles. L’armée française est battue, essentiellement prisonnière et désarmée, un armistice est signé le 26 janvier 1871. Paris assiégée est affamée et s’auto-organise, au sortir de l’hiver, le peuple de Paris proclame son indépendance avec “La Commune”. Ce qui suit est unique dans l’histoire de l’humanité. Voyant son autorité mise en question et en péril, le gouvernement français, gouvernement d’un pays vaincu, engage des négociations avec son vainqueur prussien afin que celui-ci libère ses soldats et les réarment non pas pour guerroyer, mais pour réprimer l’insurrection parisienne. Les Prussiens, emmenés par le fin renard Bismarck, comprennent sans doute qu’il vaut mieux laisser les Français gérer la crise révolutionnaire entre eux, plutôt que de voir potentiellement l’idée révolutionnaire arriver chez eux. L’armée française est réarmée pour mâter l’insurrection sous les yeux goguenards des Prussiens. Ainsi la Commune de Paris devra subir les assauts non pas de l’armée prussienne, mais de l’armée française, celle d’une toute jeune “république”, qui réprimera dans le sang et la sauvagerie, l’élan émancipateur de son peuple.

Il convient aussi de dire que Paris ne fut pas la seule à proclamer la Commune. D’autres villes de France telles : Lyon, d’abord (où combattit Bakounine sur ses barricades), puis Saint-Etienne, Le Creusot, Marseille, Toulouse, Lille, Narbonne et Limoges, crièrent Vive la Commune ! et à bas Versailles ! Ces mouvements, moins suivis, furent réprimés et chutèrent avant la fin mars. Une des clefs de la mauvaise fortune de la Commune réside sans doute dans ce que résuma le journaliste et écrivain Jules Guesde dans un article du journal allemand  Die Zukunft” en 1877 :

[…] En même temps que, par ses déclarations répétées que ses seules forces suffiraient à avoir raison de Versailles, elle [la Commune] retint l’arme au pied, une foule de braves gens qui se fussent fait, au contraire, un devoir d’intervenir à coups de fusil, si on leur avait dit franchement ce qu’il en était, c’est à dire que la victoire n’était possible qu’au prix de leur entrée en ligne. Telles sont, je le répète, les raisons de la défaite d’un mouvement qui avait pour lui plus des deux tiers du pays, et il n’y en a pas d’autres. Messieurs les conservateurs pourront s’en convaincre en temps et lieu.

Ceci dit, si la Commune de Paris est un évènement historique unique, d’où provient-il ? Est-ce un évènement spontané ou la résultante d’un processus de maturation historique ? C’est ce que nous allons analyser maintenant.

L’esprit communard, son origine, sa destinée

On en parle souvent, il est souvent cité, mais qu’en est-il ? Dans un premier temps, il convient de se poser la question de ce qu’est cet “esprit communard”.

communard”, “communeux”, “communaleux”, esprit communaliste de coopération, d’entraide, de compassion, de partage. Un esprit ancestral visant à affirmer et établir la fraternité et la solidarité humaines par-delà cultures existantes et frontières factices et fabriquées. Si la Commune de Paris l’a remis en selle, elle ne l’a en rien inventé. Cet esprit est celui de la Nature Humaine, celui qui anime notre société malgré la chape de plomb oppressive qu’on lui inflige depuis quelques 5000 ans d’imposition étatique, période courte si on se réfère à l’ensemble de l’histoire de l’humanité remontant à l’Homo erectus il y a quelques 1,8 millions d’années. Nous avons détaillé tout cela dans notre “Manifeste pour la société des sociétés” (2017) auquel nous référons les lecteurs pour de plus amples détails et analyses en ce domaine.

L’esprit communard est cet esprit qui nous pousse à toujours désirer l’égalité et la réalisation du bonheur de tout à chacun en faisant primer l’intérêt général et le bien-être de toutes et tous, contre l’individualisme et l’inégalité nés de la division artificielle initiale du corps social, l’exploitation et l’accaparement marchand. Il est l’incarnation de la résistance inhérente à toute forme de coercition et d’usage de la force à des fins de contrôle des individus à la fois dans leurs sphères individuelles et collectives. La relation sociale est une relation de pouvoir, de prise de décisions afin de faciliter nos vies, de les rendre plus agréables et sans contraintes, harmonieuses avec la nature et autrui, tendant en cela à ce bonheur tant recherché. Ainsi la question se résume à celle-ci : qui prend les décisions concernant la gestion de notre vie de groupe aussi petit ou grand soit-il ? Une société sans pouvoir, sans capacité décisionnaire n’existe pas et ne peut exister. Le pouvoir est inhérent à la société, le pouvoir existe et s’exerce de facto. Toute la question est de savoir qui l’exerce, comment et à quelles fins ? L’esprit communard est l’esprit de l’association libre et du pouvoir non coercitif qui est le fondement multi-millénaires de notre société humaine. Il est le ciment et le garant du flot naturel des choses. Le pouvoir coercitif quant à lui, issu de la division politique de la société dès lors que le pouvoir est maintenu séparé du corps social, est l’expression de la contre-nature dominatrice par artifice induit. L’État et le rapport marchand en sont à la fois les effets et les outils de contrôle. La vie en société est une relation au pouvoir qui ne peut prendre que deux chemins : celui de la non-coercition ou celui de la coercition. L’esprit communard incarne, de tout temps, le premier, l’État le second.

L’esprit communard, communeux est cet esprit qui insuffle la vie de l’être social, cet esprit gouailleur, jovial, festif et emprunt de bonté et de volonté à servir l’intérêt commun, à travailler pour vivre pleinement, ensemble, dans le partage et l’égalité et non pas vivre pour travailler et entretenir le parasitisme induit, forcé. Il est cet esprit de jouissance sans entrave qui, une fois meurtri et étouffé laisse un vide que comble l’État et ses institutions monopolistes répressives, créatrices d’angoisses et de névroses depuis des siècles et culminant aujourd’hui dans l’effondrement du système étatico-marchand arrivé au bout de son chemin historique et cherchant à perdurer dans une énième mutation toxique anti-naturelle et exacerbée. L’État n’est qu’un artifice de remplacement du souffle de la vie sociale ; la nature ayant horreur du vide, elle remplace l’effacement de l’esprit de la société divisée par une construction substitutive : l’État, qui est un mécanisme de gestion et de contrôle empêchant coercitivement un retour au décisionnaire non coercitif. C’est pour cela que sporadiquement, au fil de l’histoire de la progression du contrôle étatico-marchand par essence oligarchique, a resurgi cet esprit ramenant les communautés sur la voie de l’évolution et vers une humanité enfin réalisée. En 1951, Albert Camus dans son “Homme révolté”, continuait à nous avertir : “Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’État. 1789 amène Napoléon, 1848, Napoléon III, 1917, Staline, les troubles italiens de 1920, Mussolini, la république de Weimar, Hitler.” Ainsi, l’esprit communard est-il une contre-contre-nature, celle qui annihile l’État et veille à son extinction définitive ; rien d’étatique ne peut être revendiqué par ou de l’esprit communard.

De la résurgence en alternance de la société à pouvoir non coercitif chez les Celtes qui peuplèrent l’Europe du Danube à l’Irlande pendant plus de 8 siècles (gardons toujours à l’esprit que l’épisode de la “Guerre des Gaules” et Vercingétorix ne furent que le dernier carré, les derniers instants d’une civilisation qui dura plus de 800 ans sur presque toute l’Europe, que 3 siècles et demi avant Alésia, les Gaulois avaient conquis Rome sans l’occuper, les Gaulois n’ayant aucune velléité impérialiste…), aux jacqueries paysannes du moyen-âge et de la renaissance en passant par les cités médiévales qui abolirent un temps les lois féodales entre les XIème et XIVème siècles dans toute l’Europe, pour se rematérialiser dans la France des sections entre 1790 et 1793, les révolutions de 1830, 1848, la Commune de 1871 donc, puis la Russie des soviets avant la trahison de Lénine et Trotski, Cronstadt 1921, les conseils ouvriers italiens de 1920 et hongrois de 1956, la révolution sociale espagnole, la Catalogne autonome et les collectifs aragonais et du Levant de 1936, ceux de France et des grèves sauvage de 1967-68, puis de nos jours avec les communes autonomes autochtones du Chiapas et d’Oaxaca au Mexique, la commune internationaliste du Rojava, le mouvement des ZAD, les ZAT en tout genre et le mouvement des Gilets Jaunes depuis 2018, tous ces phénomènes ont en commun une chose s’étendant au-delà des cultures et des frontières: l’esprit communard.

Comme le fit si justement remarquer Pierre Kropotkine dans son essai sur “La Commune” (1880) : “Si la commune du Moyen-Age cherchait à se circonscrire dans ses murs ; celle du XIXème siècle cherche à s’étendre, à s’universaliser. A la place des privilèges communaux, elle a mis la solidarité et la fraternité humaine.L’esprit communard en cela, est l’incarnation même de l’évolution sociale humaine. C’est lui qui empêchera de reconstituer l’État une fois celui-ci aboli, mort et enterré. C’est lui qui écrira l’histoire de l’affranchissement des communes et des associations libres contre l’État et sa négation de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, son absolutisme et sa règle systémique de l’arbitraire et de l’illusion démocratique en son stade final représentatif.

L’esprit communard fait surgir l’union spontanée des gens, la mise en commun du travail et de sa récompense de manière non forcée, de la manière la plus naturelle qui soit. Plus loin, Kropotkine nous dit encore : “Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, libre et grandissant en solidarité par la liberté même.

L’esprit communard est celui qui pilote la société à se gérer sur le mode du slogan d’à chacun selon ses capacités, à chaque selon ses besoins et de traiter autrui comme on voudrait être soi-même traité en pareille circonstance.

Alors, bien entendu la Commune de Paris ne fut pas parfaite, c’est l’évidence. Des erreurs furent commises (les exécutions d’otages, la non saisie de la Banque de France, le recours à l’élection, le refus d’appeler la France à l’aide pêchant en cela sans doute par sinon arrogance, du moins par mauvaise analyse de la situation etc…), mais il faut aussi tenir compte de l’incroyable situation dans laquelle elle fut plongée dès le départ, durant une guerre déclarée par la France qui la perd face à la Prusse et la coalition étatique des belligérants pour l’écraser. Pensons à ce que les Communards ont réalisé dans ces circonstances extrêmes et surtout, imaginons avoir le même nombre de participants en proportion à l’échelle nationale, aujourd’hui, pour mettre en place la confédération des communes libres… Ce serait la fin de partie immédiate pour le système étatico-capitaliste ! C’est çà qui les fait trembler comme des feuilles mortes et il n’y aurait sans doute pas besoin de violence pour changer radicalement (par la racine) de paradigme politique le moment venu. 

Soixante-cinq ans plus tard, la révolution sociale espagnole subira le même sort, écrasée par la coalition des états et de leur oligarchie terrifiée à l’idée de perdre son pouvoir (coercitif) privilégié sur la masse s’émancipant. L’écrasement de la commune espagnole se fera une fois de plus au moyen unique d’une alliance historiquement pourtant improbable, celle de république dite modérées (française, espagnole), d’une monarchie constitutionnelle (Angleterre et Royaume-Uni) et de trois dictatures soi-disant opposées : L’Italie fasciste de Mussolini, l’Allemagne nazie d’Hitler et l’URSS bolchévique de Staline. La terreur que suscite l’esprit communard fait tomber les masques pour le temps de son écrasement et met au grand jour le visage de la véritable oligarchie : celle de la haute finance transnationale ayant tout phagocyté sur son passage.

L’esprit communard est universel, il a traversé les âges et les périodes historiques et s’est exprimé à des degrés divers, des révoltes d’esclaves organisées, de Spartacus aux Gilets Jaunes en passant par les cités médiévales, la ligue hanséatique, les jacqueries paysannes qui secouèrent l’Europe à intervalles réguliers du moyen-âge au XVIIIème siècle, la casse sociale des campagnes qui fit migrer la masse paysanne vers les villes lors de la 1ère révolution industrielle du tout début XIXème en Angleterre puis dans toute l’Europe, les sections parisiennes, la France révolutionnaire des sections, l’organisation organique ouvrière, les grèves, révoltes et communes / conseils variés. Nous voyons que l’histoire regorge des expressions sporadiques de cet esprit communard. 

Le titre de cet article est volontairement trompeur et un brin ironique : l’esprit communard n’a pas à être “recherché”. Il est là, toujours présent. Il fait partie de notre patrimoine humain de notre nature profonde à résister à l’injustice, à l’inégalité et aux constructions sociales toxiques qui nous asservissent, il suffit simplement de la dépoussiérer. Il est simplement parfois plus exacerbé qu’à d’autres moments. La pourriture systémique, dans sa phagocytose marchande a réussi depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la généralisation de la société de consommation sauce yankee depuis les années 1960, a nous endormir, à enfouir cet esprit communard sous un fatras d’illusions démocratico-marchandes.

L’érosion historique suit son cours et depuis quelques décennies, État et Capital sont entrés en phase auto-destructrice programmée. Aux “trente glorieuses” de l’après-guerre succède l’effondrement systémique prévu depuis les analyses de Marx au XIXème siècle. L’État, outil coercitif par excellence, permet d’ajuster le degré d’oppression sur les masses. Ne pouvant plus masquer sa véritable nature oppressive et manipulatrice, le système et son oligarchie aux commandes font monter la température despotique et amorcent une ultime mutation en une hydre dictatoriale technotronique planétaire, ce qui à terme et par effet de vases communicants, fait monter le niveau de résistance et de rébellion face à un système qui se durcit et mute en une forme toujours plus despotique et inhumaine de contrôle des populations. La crise COVID fabriquée, sévissant depuis novembre 2019, n’est qu’un outil de plus dans la trousse des contrôleurs monopolistes du despotisme débridé de l’État et de la marchandise en mouvement.

Toutes ces mesures ne font que déterrer pas à pas l’esprit communard enfoui sous un fatras illusoire depuis des lustres. Il ne s’agit donc pas d’une “recherche” de l’esprit communard, omniprésent et inhérent à la société humaine comme seul garde-fou des délires autocrates et despotiques et qui aurait été perdu, mais de son dépoussiérage, de sa remise en condition optimale d’existence pour qu’une fois de plus, il sauve l’humanité de la contre-nature à l’œuvre. Ce que nous vivons est un mal “nécessaire”, celui de nous faire enfin et définitivement comprendre quel est le véritable chemin de notre émancipation et de l’optimisation de la vie sur cette planète. Nous devons embrasser cette apparente contradiction, cet apparent antagonisme pour l’intégrer dans le maelström de l’harmonie organique que doit être notre vie sociale. Il n’y a pas d’antagonisme, il n’y a que complémentarité incomprise, le Yin a besoin du Yang et inversement pour que le Tout puisse exister. L’esprit communard n’est pas antagoniste à l’État, il est son régulateur, l’outil du rétablissement de l’équilibre naturel des choses que l’État a brisé en emplissant un vide créé par le rapport défaillant au pouvoir, né dans la division de la société. L’État ne pourra disparaître qu’avec l’avènement définitif de l’esprit communard, lui-même amenant un changement d’attitude total envers les institutions et nos compagnons tout comme nous opprimés.

Lorsque la société humaine se sera définitivement émancipée de l’État, des institutions, de la marchandise, de l’argent et du salariat, qu’elle aura établi la société des sociétés des associations libres en harmonie les unes avec les autres et avec la nature, celle de la Commune Universelle, alors l’esprit “communard” redeviendra ce qu’il est au fond et le plus simplement du monde : le souffle de la vie sociale, l’esprit de notre société humaine, ce “Geist” tant vanté par Gustav Landauer et qui doit être activé de nouveau pour nous mener à l’émancipation finale. L’État, l’argent, la marchandise ne sont en rien inéluctables, ce sont des constructions sociales, des constructions humaines, qui, comme telles peuvent être parfaitement déconstruites et abandonnées. Il est certain qu’il est bien plus facile de s’en débarrasser quand elles sont au creux de la vague et au bout de leur rouleau. De fait, l’État et les institutions mises en place pour le faire fonctionner sont les verrous empêchant le passage à une relation de pouvoir non coercitive. Pour que la société des sociétés dans sa complémentarité remette en place un pouvoir non coercitif en le rediluant là où il est particulièrement soluble, le corps social, il est impératif de changer notre relation directe au pouvoir et donc de renier et de faire sauter le verrou qui nous ferme la porte de l’harmonie sociale. L’esprit communard est la clef, ou le pied de biche, c’est selon, qui nous le permettra.

Conclusion

Nous venons de voir que l’esprit communard est intrinsèque à la société humaine par delà la culture et le temps. Si nous le cherchons, il ne faut certainement pas aller bien loin, il est toujours là à portée de main. Les Gilets Jaunes chez nous, sont les derniers en date à l’avoir retrouvé, même si quelques ajustements se doivent d’être opérés, le mouvement tient le bon bout car il a démontré après plus d’un an de lutte de terrain qu’il est insoumis, résilient et incorruptible. Il doit affiner sa vision politique et comprendre que finalement, il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ; c’est alors que le chemin menant à la confédération des associations libres, des nouvelles communes, qui, comme le dit Kropotkine en exergue de cet article, ne sont plus des endroits physiques, mais une relation sociale entre égaux, n’en sera plus que plus lumineux.

Ceci dit, l’esprit communard, s’il s’est manifesté dans les grandes villes de France en 1871, s’est aussi manifesté dans les campagnes ukrainiennes entre 1918 et 1923, puis dans les collectifs agricoles aragonais en 1936. L’idée est de comprendre que cet esprit n’est pas une exclusivité citadine et/ou ouvrière. De fait, aucune (r)évolution ne peut aller bien loin sans manger. Les campagnes doivent être inclues dans le processus de lutte et de transformation de la réalité politique et sociale, de fait, on pourrait même dire à l’instar de Landauer que “la question sociale est une question agraire.” Ceci constitue un facteur clef pour le futur et celui des communes à venir.

Pierre Kropotkine écrivit ceci en toute fin de son analyse de “La Commune de Paris” (1882) en guise d’avertissement : “Il y a cependant une lacune regrettable dans les réunions populaires que nous tenons à signaler. C’est que rien, ou presque rien, n’a été fait pour les campagnes. Tout s’est borné aux villes. La campagne semble ne pas exister pour les travailleurs des villes. Même les orateurs qui parlent du caractère de la prochaine révolution évitent de mentionner les campagnes et le sol… L’émancipation du prolétariat ne sera même pas possible tant que le mouvement révolutionnaire n’embrassera pas les villages. Les communes insurgées ne sauraient tenir même un an si l’insurrection ne se propageait pas en même temps dans les villages. Lorsque l’impôt, l’hypothèque, la rente seront abolies, lorsque les institutions qui les prélèvent seront jetées aux quatre vents, il est certain que les villages comprendront les avantages de cette révolution. […] La révolution ne sera victorieuse que le jour où le travailleur des usines et le cultivateur des champs marcheront la main dans la main à la conquête de l’égalité pour tous, en portant le bonheur dans les chaumières comme dans les édifice des grandes agglomérations industrielles. 

Il n’y a pas de fait un monde rural et un monde citadin, deux entités séparées et étrangères l’une à l’autre, dans lesquelles agissent de manière séparée deux “esprits communards”, mais une société devant fonctionner de manière symbiotique, complémentaire dans sa diversité, synthétisant cet esprit. De manière simpliste : l’ouvrier n’est rien sans le paysan qui le nourrit et le paysan n’est rien sans les outils que lui fabrique l’ouvrier. C’est leur travail commun qui satisfait les besoins de la société et de fait certainement, hors État, hors relation marchande et salariale.

La Commune Universelle qui résultera du succès de l’esprit communard réunifiera, réconciliera le rural et le citadin dans leur complémentarité naturelle pour l’émancipation finale et le passage vers notre humanité enfin réalisée.

En cette occasion du cent-cinquantenaire de la Commune de Paris, réfléchissons et œuvrons ensemble pour que ce changement de paradigme devienne réalité pour nous et les générations futures.

De la relation révolte et histoire, A. Camus nous dit, toujours dans son ouvrage phare qu’est “L’homme révolté” : “La révolte aux prises avec l’histoire ajoute [à la révolte métaphysique] qu’au lieu de tuer et mourir pour produire l’être que nous ne sommes pas, nous avons à vivre et faire vivre pour créer ce que nous sommes.” Marchons donc vers cette toute puissance créatrice ontologique, elle est en nous et ne demande qu’à être libérée !

Dans l’esprit communard et de Cheval Fou, suivons le chemin qui mettra à bas l’État, la marchandise, l’argent et le salariat et comprenons une bonne fois pour toute qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir !

F, S, L, J2, C, E, B, T

le 18 mars 2021

Le texte ci-dessus en format PDF

Bibliographie :

Pierre Kropotkine, “La Commune et la Commune de Paris” (1880-82)

Michel Bakounine, “La commune de Paris et la notion d’État”, 1871

Karl Marx, “La guerre civile en France, la Commune de Paris”, 1871

Louise Michel, “La Commune, histoire et souvenirs”, 1898

Jules Guesde, “La Commune de 1871”, 1892

Pierre Olivier Lissagaray, “Histoire de la Commune de 1871”, 1896

Albert Camus, “L’homme révolté”, 1951, éditions Gallimard, Folio essais

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Publié le 19 mars 2021 : « Pour tout changer, un appel anarchiste », le manifeste du collectif CrimethInc

“La vaste majorité des humains est déconnecté de la terre et de ses produits, de la terre et des moyens de production, de travail. Ils vivent dans la pauvreté et l’insécurité. […] L’État existe afin de créer l’ordre et la possibilité de continuer à vivre au sein de tout ce non-sens dénué d’esprit (Geist), de la confusion, de l’austérité et de la dégénérescence. L’État avec ses écoles, ses églises, ses tribunaux, ses prisons, ses bagnes, l’État avec son armée et sa police, ses soldats, ses hauts-fonctionnaires et ses prostituées. Là où il n’y a aucun esprit et aucune compulsion interne, il y a forcément une force externe, une régimentation, un État. Là où il y a un esprit, il y a société. La forme dénuée d’esprit engendre l’État, L’État est le remplaçant de l’esprit.”
~ Gustav Landauer ~

« La machine de l’État est oppressive par sa nature même, ses rouages ne peuvent fonctionner sans broyer les citoyens, aucune bonne volonté ne peut en faire un instrument du bien public ; on ne peut l’empêcher d’opprimer qu’en le brisant. »
~ Simone Weil ~

“On peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire. Il ne peut y en avoir qu’une qui sera la révolution définitive… Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct.” […]

“Il est certain d’ailleurs que la capacité révolutionnaire des masses ouvrières a été freinée par la décapitation de la révolution libertaire pendant et après la Commune. Après tout, le marxisme a dominé facilement le mouvement ouvrier à partir de 1872, à cause sans doute de sa grandeur propre, mais aussi parce que la seule tradition socialiste qui pouvait lui tenir tête a été noyée dans le sang ; il n’y avait pratiquement pas de marxistes parmi les insurgés de 1871. Cette épuration automatique de la révolution s’est poursuivie par les soins des états policiers jusqu’à nos jours. De plus en plus, la révolution s’est trouvée livrée à ses bureaucraties et à ses doctrinaires d’une part, à des masses affaiblies et désorientées d’autre part. Quand on guillotine l’élite révolutionnaire et qu’on laisse vivre Talleyrand, qui s’opposerait à Bonaparte ?”
~ Albert Camus, “L’homme révolté”, 1951 ~


1871…


… 2021

20 Réponses vers “150 ans de la Commune : Recherche esprit communard désespérément (Résistance 71 )”

  1. […] ans de la Commune : Recherche esprit communard désespérément (Résistance 71 ) – Pour le cent-cinquantenaire de la Commune de Paris – 18 mars 1871 – 18 mars […]

  2. Tenez, c’est un rappel, je l’ai mis en premier commentaire sous ma publication du jour ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2021/03/18/tatoumefu/

    Où vous êtes en lien.

    Source Ronald Guillaumont, tenancier du blog Profession Gendarme, du 7 octobre 2020 : Covid-19 : Psychose : Je ne marche plus !!! (vidéo 100% jaune) et parfaitement raccord avec l’esprit communard de la Commune en marche !

  3. Ma publication du jour, contient la toute dernière chronique de RIEN, ou presque ► https://jbl1960blog.files.wordpress.com/2021/03/nouvelle-chronique-de-rien-des-astres-18-mars-2021-par-jo.pdf

    Encore une fois, sans se connaitre, mais surtout sans se concerter… Parfaitement synchrone… Dans l’esprit de Cheval Fou !

    😉

    Cliquer pour accéder à nouvelle-chronique-de-rien-des-astres-18-mars-2021-par-jo.pdf

  4. Merci, merci, merci pour ce bel anniversaire !

    Chanter la même chanson, jouer la même musique dans le grand coeur qui bat !

    Un lièvre sous un baobab. Chaleur écrasante. Il se repose. L’ombre est fraiche, il soupire d’aise.
    Il a une pensée fugace pour l’arbre qui lui fait du bien, un merci à peine conscient.
    Le baobab pourtant l’entend. Il frémit un peu, tout content. Le lièvre perçoit son plaisir.
    Lui vient le désir enfantin de jouer avec le grand arbre.
    Il lui dit: oui, ton ombre est bonne, sûrement meilleure que ton fruit que je vois là, qui m’a tout l’air d’une outre d’eau tiède.
    Il plaisante, il voudrait mon fruit pensa l’autre. Tiens le voici. Le fruit tombe sous le museau.
    Le lièvre goûte, se pourlèche. Hummm c’est bon, délicieux. Sûrement meilleur que ton cœur. Il doit être sous son écorce, aussi revêche qu’un caillou.
    Ce petit être-là veut que lui ouvre mon cœur, se dit le baobab. Mais c’est grave ça, c’est risqué. Et s’il le blessait? J’en mourrais! Par ailleurs, si je reste là, tout renfermé dans mon écorce, il sera déçu, c’est certain. Or, je n’aimerais pas cela.
    Il ose. Il s’ouvre et se déversent aux pieds du lièvre toutes les beautés du cœur du baobab ; pagnes brodés, bijoux, parures, sandales recouvertes d’or… Le lièvre s’émerveille, remercie mille fois, charge sur son dos le trésor, rentre chez lui…

    Vient une hyène. Elle flaire, elle grogne, l’oeil luisant. Où as-tu trouvé ce trésor. Le lièvre lui raconte tout. Le baobab, l’ombre, le fruit, le cœur offert, le jeu joué.
    La hyène alors se précipite, elle fait exactement comme le lièvre a fait, mais à peine l’arbre entrouvert, la bête ne tient plus ses crocs. Elle veut tout, plus encore. Elle fouille, mord, griffe, déchire.
    Et le baobab se referme, épouvanté par la fureur de l’animal, sans rien donner de ses bontés.

    De quelle hyène se souvient le cœur de l’être humain pour s’ouvrir si petitement, quand il s’ouvre ?

    • la réponse est que le souvenir n’est en rien celui d’une hyène, mais d’une harpie du système ; la hyène est un animal fascinant, il est toujours dommage qu’elle ait le rôle du vilain parfois féroce, parfois imbécile dans l’imaginaire populaire… La hyène a une vie sociale très intéressante et gagne a être connue.
      « Moi j’aime bien les hyènes. Je trouve qu’être ami avec une hyène c’est plus important que d’être ami avec de vrais amis et pis, si y a du danger et ben moi hé, ben moi j’suis avec une hyène, alors là… » nous disait déjà le Bernie de Dupontel… 😉

      • Bernardo Says:

        la hyène c’est comme les serpents, mauvaise réputation, mauvaise image, sauf qu’ils sont sur la planète depuis bien plus longtemps que nous* et ils vivent en harmonie avec la nature, comme tous les animaux (sauf nous!), ils ne détruisent rien, ils ne déclenchent pas de guerre, n’envahissent personne.

        et les hyènes sont bien les seules à oser tenir tête au lion, même si elles doivent se faire botter les fesses 98 fois sur 100! 🙂

        c’est plutôt costaud physiquement, une hyène c’est balèze!

        • Absolument ! et leur structure d’organisation sociale est assez complexe et très intéressante.
          Le bien et le mal n’existe pas dans la nature, c’est une construction sociale d’êtres « conscients ».
          La hyène (ou le serpent ou la tarentule etc…) est 1000 fois plus respectable que n’importe lequel / laquelle de ces fumiers d’élus de CEO / PDG ou autres ensoutanés… 😀

      • Accord total, c’est juste que le conte utilise parfois maladroitement j’en conviens des archétypes !
        J’ai un jour raconté ce conte, aussi bref qu’énigmatique, à des enfants.
Il est dit que sur un rocher, face aux vagues de l’océan, est le conteur de tous les âges. Il raconte indéfiniment toutes les histoires du monde, et l’océan l’écoute et ronronne à ses pieds. Il est dit aussi que cet homme est sacré, qu’on doit veiller sur lui, qu’on ne doit surtout pas interrompre ses contes, car si un jour quelqu’un le forçait à se taire et à quitter son roc, personne ne sait ce que ferait l’océan.
J’avais prononcé ces derniers mots avec un rien de solennité, puis je me suis tu. Les enfants sont restés un moment pensifs, les yeux grands ouverts, puis un petit garçon m’a dit la mine grave :
        “Moi, je sais ce que ferait l’océan, il envahirait la terre.”
        Je lui ai répondu qu’il ne fallait pas voir les choses aussi tragiquement, que l’océan n’était peut-être pas aussi méchant qu’il le croyait. Il a ri et s’est écrié : “ Oh non, ce ne serait pas par méchanceté, mais simplement pour retrouver son ami le conteur.” J’en suis resté stupide, vaguement honteux. Il avait mille fois raison. Il savait, lui, à l’évidence, que l’océan est un être vivant, et donc qu’il ne pouvait avoir de plus vif désir que de retrouver la bonté de cette relation qui unit deux êtres dans un murmure de conte. J’avoue m’être senti bien pauvre face au rire de cet enfant, bientôt rejoint par les exclamations des autres, bien pauvre, oui, de n’avoir pu supposer qu’une guerre possible où il avait perçu un élan amoureux. Merci gamin !

        J’ai aussi cette croyance, que la Terre, l’Océan, l’Arbre, la Montagne nous aiment plus que nous ne les aimons, que la Terre attend de ses enfants qu’ils se soucient un peu d’elle, qu’ils lui parlent avec un minimum d’affection et de politesse. Ce que nous appelons avec un aveuglement misérable, notre “environnement”, toute cette vie qui est là, partout, n’espère de nous qu’un signe, fût-il même de vermisseau, ou de hyène, pour que commence enfin non pas la tant redoutée et annoncée apocalypse, mais une inimaginable fête de retrouvailles !

        Ce que disait l’Ancêtre des Sioux quand il priait le Grand Esprit : “ Protégez ma famille et protégez mes proches.” Qui était sa famille, qui étaient ses proches ? C’était tout ce qui vit dans le cercle du monde, ses frères humains, les bisons, les coyotes, ses cousins les oiseaux, les fourmis, les poux même, tout ce qui vole, saute, court, tout ce qui pousse aussi, les arbres, les herbes, les buissons.

En ces temps troublés, il me semble utile et surtout urgent de redécouvrir notre intelligence sensitive. Il n’est pas dans mon propos d’établir un conflit avec l’intelligence mentale, d’opposer un camp à l’autre, d’exalter l’une et de maudire l’autre, ce serait aussi stupide que de préférer son pied droit à son pied gauche. Quelque soit le voyage, notre part mentale et notre part sensitive nous sont également nécessaires. Le seul ennui, c’est que nous sommes aujourd’hui infirmes. En quelque sorte nous boitons.

        Un bossu va dans la forêt ramasser son fagot de bois. Il s’endort. La nuit le surprend. Il se réveille au clair de lune. Et que voit-il, tout étonné ? Des lutins qui dansent sur l’herbe. Ils l’appellent. “ Viens avec nous, viens donc bossu !” L’autre s’en vient. Puis les petits êtres l’invitent à chanter les noms des saisons, ceux des douze mois de l’année, ceux des sept jours de la semaine, à boire enfin, à festoyer. Et voilà le bossu qui chante, qui rit, qui plaisante, qui boit jusqu’à s’endormir à nouveau. Il se réveille au grand soleil. Il s’étonne, s’émerveille. Plus de bosse. Son dos est droit. Il s’en retourne à la maison. Il y retrouve son frère aîné, bossu lui aussi (c’est de famille). Il lui conte son aventure, lui montre son dos redressé. L’autre, bien sûr, court dans le bois, retrouve les lutins en rond mais refuse, lui, de danser, de rire de chanter, de jouer, de boire. Il veut, puisqu’ils sont là pour ça, que ces nains lui ôtent sa bosse, et tout de suite, il est pressé. Il s’endort. Quand il se réveille, il en a deux collées au dos !

        Moralité : soyez gentils, les vilains sont toujours punis ? Conclusion scolaire, fermée, alors que l’on devrait se laisser envahir, à la fin de l’histoire, par la joyeuse obligation de jouer, de donner du plaisir et d’en prendre, innocemment, gratuitement, sans penser un instant à un quelconque bénéfice. C’est cela qu’enseigne le conte ! Et alors ? Alors les murs tombent, la vie est servie, la voilà plus forte. Oui, mais qu’est-ce que je gagne, moi ? dit en nous la hyène (voilà encore une impolie qui ne sait pas jouer- archétype !). Rien. Tu n’y gagnes rien, et qui plus est, tu te condamnes à chercher sans cesse le trésor du baobab, et à ne rencontrer partout que des cadavres. La hyène, (archétype !) en fait, ne joue qu’en bourse. Elle pourrait être l’image de ce que nous devenons quand plus rien ne nous reste des savoirs de l’enfance. Car les enfants ont accès à d’impalpables territoires avant que les nécessités de l’adaptation au monde ne les en détournent.

        Voilà pourquoi j’ai cité ce conte du baobab, avec cet archétype admis par l’inconscient collectif, car la hyène, tout comme le vautour, a également cette fonction utile de charognard dans l’écosystème et mérite tout autant notre respect que n’importe quelle espèce du vivant.

        L’homme n’est ni un loup ou une hyène pour l’homme, par des siècles de conditionnements il est un homme pour l’homme et qu’il ferait mieux en effet de prendre modèle sur ces sociétés, nous y gagnerions tous non pas en pouvoir mais en vraie autorité, c’est à dire dans sa signification étymologique originelle : qui fait grandir puis par extension devenir auteur ou faire devenir auteur.

        Un nourrisson peut avoir énormément de pouvoir sur ses parents quand au moment des premières poussées dentaires il nous tient éveillé parfois des nuits entières !

        amitiés

        • On ne peut plus juste… En parallèle de ta fable sur le vieux conteur et l’océan, (re)voir le dessin animé du toujours excellent artiste nippon Hayao Miyazaki « Ponyo » (2008) des studios Gibhli.
          Plus ciblé pour un jeune public, Ponyo n’est pas son meilleur film à notre sens, mais vaut le détour.
          Son chef d’œuvre « Mon voisin Totoro » est tout à fait dans la ligne de ce que tu dis. Surfer la force tranquille de la nature et y voir son (ses) esprit(s). Tout est là… et marcher sur le chemin de la société des sociétés n’est pas autre chose à l’échelle humaine. 😉
          Fraternellement

  5. Bernardo Says:

    arte a diffusé un documentaire sur la Commune de Paris, pas encore regardé donc je ne sais pas ce qu’il vaut.

    https://www.arte.tv/fr/videos/094482-000-A/les-damnes-de-la-commune/

    (faut se méfier avec arte, ils se font passer pour un media de culture, toussa toussa, et tu te retrouves sans t’en rendre compte avec de la propagande pour alqaeda en Syrie et les néo nazis en Ukraine!

    il n’y a pas longtemps, un documentaire sur la fabrique du mensonge a passé les 90% du temps à dénoncer le lobby des industriels du tabac qui achètent des scienti-stituées (nouvelle race entre prostituée et scientifiques) et mentent sur la nocivité du tabac, pour au final attaquer les lanceurs d’alerte et les très mal nommés ‘complotistes’ qui dénoncent les vaccins et les dangers des effets secondaires. du grand arté!..

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