Nouvel Ordre Mondial et éducation: la pensée inique néolibérale contre la pensée critique.. Qu’on choisisse !

« La pédagogie des opprimés en tant que pédagogie humaniste et libertaire a deux étapes distinctes. Dans la première, les opprimés dévoilent le monde d’oppression et se commettent par la praxis à sa transformation ; dans la seconde, dans laquelle la réalité de l’oppression a déjà été transformée, cette pédagogie cesse d’appartenir aux opprimés et devient la pédagogie de tout le peuple dans le processus de la libération permanente. » — Paulo Freire —

Cette pédagogie critique des opprimés est mise en pratique depuis 1985 dans le Chiapas mexicain par exemple et est un des fondements de l’existence du mouvement zapatiste. Il est même devenu évident avec le temps, que la pédagogie critique employée par les cadres du mouvement populaire zapatiste pour éduquer les populations natives est non seulement le fer de lance du mouvement, mais le garant de sa longévité depuis maintenant près de 30 ans…

L’éducation doit être repensée. Elle doit devenir ce qu’elle de fait: l’outil de la formation d’êtres humains complets, justes et libres. L’éducation laissée aux mains d’entreprises privées et de l’État n’est que du formatage de serfs et de « bon petits citoyens, contribuables, votards, obédients et travailleurs pour la cause oligarchique ».

L’émancipation politique et sociale, la liberté, passent par la pensée critique et la pédagogie des opprimés. Contemplons le monde d’hier et d’aujourd’hui, analysons et comprenons que nous sommes manipulés jusqu’au plus profond de l’apparat social.

Gardons présent à l’esprit qu’il n’est jamais… jamais, en quelque circonstance que ce soit dans l’intérêt de toute oligarchie de réellement éduquer le peuple. Ne soyons pas dupe et cessons d’avaler les couleuvres qu’on nous tend à longueur de journée !

Temps d’agir non ?

— Résistance 71 —

 

Freire ou Friedman ? Pour la défense de l’éducation critique

 

Saijad Ali Malik

 

Le 8 Février 2013

 

url de l’article original:

http://www.globalresearch.ca/freire-or-friedman-in-defense-of-critical-education/5322447

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Thomas Friedman peut faire l’éloge du potentiel émancipatoire des cours universitaires en ligne, la question est: sont-ils capables de produire plus que des travailleurs dociles ?

L’éducation est un concept que nous confrontons chaque jour sous une forme ou une autre, directement ou indirectement. Elle a longtemps été considérée comme “le remède miracle” pour adresser les grandes injustices de la société comme la pauvreté, le crime, le racisme, le patriarcat et l’inégalité socio-économique. Notre interaction avec l’éducation est influencée et varie selon les tentacules des relations de pouvoir: classe sociale, ethnicité, genre, géographie et expériences de la vie. Pour certains, cette interaction se manifeste en des questions de meilleures pratiques et de philosophie éducative.

Pour d’autres, cela tourne autour de l’accès à la connaissance et est question de représentation. En conséquence, notre interaction conceptuelle avec l’éducation n’est pas libre de préjugés ou de calcul idéologique. A qui ou à quoi sert l’éducation ? A quoi ressemble t’elle ? La reconnaîtrons-nous lorsque nous la verrons ? ou la confondrons-nous avec quelque chose d’autre ? Comme l’a bien expliqué le théoricien influent de la pédagogie critique Paulo Freire:

“L’éducation soit fonctionne comme un instrument qui est utilisé pour faciliter l’intégration de la plus jeune génération dans la logique du système actuel et amener la conformité ou elle devient la pratique de la liberté, le moyen par lequel les hommes et les femmes gèrent de manière critique et créative la réalité et découvrent comment participer à la transformation de leur monde.”

Le célèbre éditorialiste du New York Times Thomas Friedman a écrit récemment au sujet de l’expansion de cours universitaires gratuits offerts en ligne par des institutions comme Stanford ou le MIT, ainsi que par des entreprises comme Coursera et Udacity. Tandis que Friedman loue ce phénomène comme étant “révolutionnaire”, il dit aussi que “Rien n’a plus de potentiel pour tirer les gens hors de la pauvreté, en leur donnant une éducation bon marché pour avoir du travail ou améliorer le travail qu’ils ont déjà. Rien n’a plus de potentiel pour débloquer un milliard de cerveaux supplémentaires pour résoudre les plus gros problèmes de ce monde.” Il continue en parsemant son article avec des anecdotes d’individus ayant bénéficié des cours universitaires libres en ligne.

Friedman regarde cette inovation technologique et éducative comme quelque chose qui va permettre aux travailleurs étrangers d’obtenir une formation formelle, formation requise pour entrer en compétition avec les travailleurs qualifiés. Le processus intellectuel ici est que ceci profitera ultimement aux entreprises multinationales, qui obtiendront un plus vaste champ de travailleurs qualifiés à employer. Ces secteurs privés, équippés d’un plus grand nombre de travailleurs qualifiés (et bon marché), offriront des emplois plus rémunérateurs et génèreront plus de revenus, ultimement éradiquant la pauvreté du tiers monde.

Sur la même ligne fut récemment publié un éditorial de Pauline Rose, directrice du Global Monitoring Report on Education, publié par l’UNESCO. Dans son écrit, Rose appelle de ses vœux pieux un personnage du genre de Bill Gates pour déclancher un fond pour l’éducation mondiale parmi les entreprises privées et les fondations. La philantropie entrepreneuriale est montrée et imposée comme la solution à l’accès à plus d’éducation dans le monde. Suivant la logique de Friedman, Rose déclare:

“Il ne devrait pas y avoir de problème majeur à expliquer le cas de l’éducation. C’est intrinsèquement lié à des développements futurs positifs. La croissance économique, la santé, la nutrition et la démocratie sont toutes améliorées par une qualité d’enseignement. Si tous les enfants des pays à faible revenu quittaient l’école sachant lire et écrire, la pauvreté chuterait de 12% et cela est bon pour les affaires. Le secteur privé bénéficie directement d’une force de travail éduquée et bien formée.”

Friedman et Rose appellent essentiellement à une accélération de la privatisation de l’éducation mondiale. Ceci est une tendance qui a déjà commencée aux Etats-Unis où nous avons été les témoins d’une rapide augmentation des écoles gérées par le secteur privé des entreprises, d’une insistance sans retenue pour les examens standardisés, de la décimation des syndicats d’enseignants couplée avec la fausse notion que les enseignants seuls sont responsables des échecs scolaires.

Ce que cette privatisation permet et ce qui est encouragé par Friedman et Rose, est le désavouement de considérer les problèmes socio-économiques plus larges liés aux problèmes du capitalisme mondial et du néolibéralisme, qui eux sont intrinsèquement lié à l’éducation. Le danger ne réside pas dans l’avancement technologique permettant une meilleure éducation du tiers monde, mais plutôt ses implications que nous échouons continuellement à analyser de manière critique.

Au lieu de louer l’introduction de cours en ligne gratuits comme une révolution dans l’éducation mondiale qui va soulager la pauvreté et la souffrance, pourquoi ne pas questionner le système global qui a permis, sinon encouragé, la formation de cette situations désolante en première instance ? Des articles comme ceux De Friedman et de Rose assistent activement à nous paralyser de penser sur le comment nous sommes arrivés dans cette situation où, comme le dit si bien Rose: “61 millions d’enfants ne vont pas à l’école”.

Ils semblent oublier de manière fort opportune le fait que le FMI et ses programmes d’ajustements structurels a sévèrement réduit les dépenses de l’éducation des gouvernements et que la privatisation de l’éducation a mené à une augmentation de la ségrégation sociétaire comme constatée au Chili par exemple. Quand on dépend d’un cadre comme celui de Friedman et de Rose, nous nous empêchons effectivement de nous demander quel type de système économique global existe pour permettre une situation où la privatisation et la philanthropie entrepreneuriale deviennent les solutions pour résoudre un problème déjà existant d’inégalités radicales.

Au bout du compte, tout revient à la question originelle sur le but de l’éducation. Pour Friedman et Rose, son but est de produire un travailleur qui va continuer à creuser les inégalités et faciliter un ordre économique injuste qui crée le problème en premier lieu. Le but par extension est de nous convaincre que le remède à nos problèmes actuels est la même pilule qui a causée la maladie en première instance. Pour Freire, le but de l’éducation est de permettre aux élèves de s’épanouir de manière qui analyse de façon critique comment nous sommes arrivés à cette situation pour le moins terne et comment pouvons-nous commencer à la transformer.

Freire ou Friedman ? C’est à nous de choisir…

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