Résistance politique: Message (posthume) aux pessimistes (Howard Zinn)

Une merveilleuse victoire

 

Howard Zinn (2007)

 

Source: http://howardzinn.org/a-marvelous-victory/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistsnce 71 ~

 

Dans ce monde de guerre et d’injustice, comment une personne peut-elle demeurer socialement engagée, motivée à la lutte et demeurer saine sans s’épuiser mentalement ni devenir résignée ou cynique ? j’ai totale confiance non pas dans ce que le monde va s’améliorer, mais dans ce que nous ne devons pas abandonner la partie avant que toutes les cartes n’aient été jouées. La métaphore est délibérée: la vie est un pari. Ne pas jouer est se condamner à ne jamais gagner. Jouer, agir, est de créer au moins une possiblité de changer le monde.

Il y a une tendance à penser que ce que nous voyons en ce moment va persister. Nous oublions à quel point nous avons souvent été étonnés par l’effondrement soudain des institutions. Par le changement extraordinaire de la pensée des gens, par l’éruption inattendue de la rébellion contre les tyrannies, par l’effondrement rapide des systèmes de pouvoir qui semblent pourtant invincibles.

Ce qui ressort de l’histoire des quelques derniers siècles, c’est son imprévisibilité flagrante. Une révolution pour renverser le tsar de Russie dans le plus limaçon des empires semi-féodaux non seulement a déclanché des puissances impérialistes avancées, mais prît Lénime lui-même par surprise et il dût se hâter vers Pétrograd en train. Qui aurait prédit le changement bizarre lors de la seconde guerre mondiale, le pacte germano-soviétique et ces photos embarassantes de Von Ribbentrop serrant la main de Molotov, puis l’armée allemande envahissant la Russie, apparemment invincible, causant des dégâts colossaux et étant repoussée aux portes de Stalingrad sur la frontière Ouest de Moscou, suivie de la défaite de l’armée allemande, du siège de Berlin et du bunker d’Hitler attendant la mort ? Puis le monde post-seconde guerre mondiale, prenant une forme que personne n’avait prédit par avance: la révolution chinoise, la tumultueuse et violente révolution culturelle, puis un autre renversement, la Chine de l’après Mao renonçant à ses idées ferventes et ses institutions, s’ouvrant à l’occident, câlinant les entreprises capitalistes, troublant tout le monde.

Personne n’a vu la désintégration si rapide du vieil empire occidental après la guerre ou la grande variété de sociétés qui seraient créées dans les nations nouvellement indépendantes, du socialisme villageois de Nyerere en Tanzanie à la folie de l’Ouganda voisin d’Idi Amin. L’Espagne devint aussi un autre étonnement. Je me souviens d’un vétéran de la brigade Abraham Lincoln qui me disait qu’il ne pouvait pas imaginer le fascisme espagnol tomber sans une guerre des plus sanglantes. Mais après le départ de Franco, une monarchie parlementaire s’en vint, ouverte aux socialistes, aux communistes, aux anarchistes, à tout le monde.

La fin de la seconde guerre mondiale laissa deux super puissances dans le monde ayant leur sphère d’influence respective, rivalisant pour le pouvoir militaire et politique. Et pourtant elles furent incapables de contrôler tous les évènements, même dans ces parrties du monde considérées comme faisant partie de leur sphère. L’échec de l’URSS en Afghanistan, sa décision de se retirer après près d’une décennie d’une sale intervention militaire, fut la plus forte preuve que détenir des armes thermnucléaires ne garantit nullement la domination sur une population bien déterminée à ne pas céder.

Les Etats-Unis ont dû faire face à la même réalité dans leur guerre ouverte en Indochine, perpétrant les pires bmbardements que cette péninsule n’ait subi de son histoire, que dis-je de l’histoire du monde, et pourtant la puissance américaine fut forcée de se retirer. Nous voyons tous les jours dans les manchettes des journaux des instances d’échec des présumés puissants sur les présumés faibles et sans défense, comme en Bolivie et au Brésil, où des mouvements populaires ouvriers et les pauvres ont élu de nouveaux présidents ayant juré de lutter contre le pouvoir entrepreneurial destructeur…

En contemplant ce catalogue d’énormes surprises, il devient clair que la lutte pour la justice ne doit jamais être abandonnée à cause de l’apparente puissance de ceux qui ont les armes et l’argent et qui semblent invincibles dans leur détermination à s’accrocher au pouvoir. Ce pouvoir apparent a , encore et encore, été prouvé vulnérable aux qualités humaines bien plus chétives que leurs bombes et leurs dollars: la ferveur morale, la détermination, l’unité, l’organisation, le sacrifice, l’intelligence, l’ingénuité, le courage, la patience, que ce soit par les noirs de l’Alabama et d’Afrique du Sud, aux paysant du Salvador, du Nicaragua et du Vietnam ou des ouvriers et des intellectuels de Pologne, de Hongrie et d’URSS. Aucun froid calcul de l’équilibre du pouvoir ne doit empêcher les gens d’agir sachant que leur cause est juste.

J’ai pourtant bien essayé de faire comme mes amis et d’entrer en pessimisme au sujet des affaires du monde (sont-ce juste mes amis ?), mais je passe mon temps à rencontrer des gens, qui en plus de toutes ces choses terribles se produisant partout, me donnent de l’espoir. Où que j’aille, je trouve des gens, spécifiquement des jeunes gens, sur lesquels le futur repose. Et au-delà d’une poignée d’activistes, il semble y avoir des centaines, des milliers et plus qui sont ouverts à des idées non-orthodoxes ; mais ils tendent à ne pas connaître l’existence des uns des autres et donc, bien qu’ils persistent, ils le font avec cette patience désespérée de Sisyphe poussant sans relâche sa pierre au sommet de la montagne. J’essaie de dire à chaque groupe qu’ils ne sont pas seuls et que les mêmes gens qui sont désemparés par l’absence d’un mouvement national sont eux-mêmes la preuve du potentielle d’un tel mouvement.

Le changement révolutionnaire ne vient pas d’un évènement cataclysmique (faites attention à de tels moments !!), mais par une succession sans fin de surprises, bougeant en zig-zag vers une société plus décente. Nous n’avons pas à nous engager dans de grandes actions héroïques pour participer au processus du changement. De petites actions, lorsqu’elles sont multipliées par des millions de gens, peuvent tranquillement devenir le pouvoir qu’aucun gouvernement ne peut supprimer., un pouvoir qui peut transformer le monde.

Même lorsque nous ne “gagnons” pas, il y a du plaisir et de la satisfaction dans le fait que nous avons été impliqués, avec d’autres gens, dans quelque chose qui vaut la peine. Nous avons besoin d’espoir. Un optimiste n’est pas nécessairement un siffleur insouciant dans les ténèbres de notre époque. Avoir de l’espoir dans les mauvaises périodes n’est pas être stupidement romantique. Cela est basé sur le fait que l’histoire humaine est une histoire non seulement de concurrence et de cruauté mais aussi de compassion, de sacrifice, de courage et de bonté.

Ce sur quoi nous choisissons d’insister dans cette histoire complexe déterminera nos vies. Si nous ne voyons que le pire, cela détruit notre capacité à entreprendre. Si nous nous rappelons ces époques et ces endroits, et il y en a tant, où les gens se sont comportés de manière si magnifique, cela énergétise, nous pousse à agir et lève au moins la possibilité de renvoyer ce monde toupie tourner dans une différente direction, Et si nous agissons, même petitement, nous n’avons pas à attendre pour un quelconque grand futur utopique. Le futur est une infinie succession de présents et vivre maintenant de la manière dont nous pensons que les êtres humains devraient vivre, en défi de tout ce qui est malsain et mauvais autour de nous, est déjà en soi une merveilleuse victoire.

10 Réponses to “Résistance politique: Message (posthume) aux pessimistes (Howard Zinn)”

  1. Merci infiniment pour ce rappel posthume de cette pensée Zinnienne. Je l’ai intégré dans cet article de mon blog ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/01/18/on-nest-pas-couche-hein/
    Puis-je vous demander une précision sur la traduction ; [en défi de tout] n’est-ce pas plutôt en dépit de tout ?
    En tous cas, merci pour tout R71 !

    • l’expression anglaise dans le texte original est « in defiance », l’expression française « en dépit de.. » dans ce contexte colle, mais nous avons choisi de garder la connotation de « défi », de « désobéissance » qu’implique l’expression choisie par Zinn et avons décidé de traduire par « en défi », ce n’est pas une erreur, c’est un choix sémantique… Merci de l’avoir souligné.😉

  2. La métaphore est délibérée: la vie est un pari. Ne pas jouer est se condamner à ne jamais gagner. Jouer, agir, est de créer au moins une possibilté de changer le monde.

    mais parfois en a envie de dire « pouce »

    • oui mais c’est impossible… l’oligarchie, elle, ne dit pas « pouce », elle écrase en permanence. Pour elle, il n’y aura de cesse que lorsque le fascisme planétaire transnational et sa grille de contrôle ultra coercitive seront mis en place.
      On ne peut pas souffler, on n’a pas le DROIT de souffler. Le combat est 24/24.. 7/7
      Depuis plusieurs années, la guerre de l’info, la guerre du narratif historique sont en train de tourner… Le chemin parcouru, comparé à encore disons 5 ou 6 ans en arrière, est énorme, c’est une satisfaction, qui pourrit la vie de l’oligarchie, mais y a encore du boulot…
      La vie n’est pas un théâtre, pas de « relâche », pourtant paradoxalement, les acteurs (bons ou mauvais) sont pléthores…
      Hoka Hey !😉

      • « il n’est nul besoin d’espoir pour entreprendre ni de réussir pour persévérer » –

        mais on a besoin d’espoir !! et il faut un temps d’arrêt pour faire la vaisselle et eplucher les patates – et soigner le chat

        mais on reprend de plus belle – c’est dans les gênes

        ttp://lesobservateurs.ch/2015/11/13/hollande-et-valls-logent-les-clandestins-dans-des-chateaux/

        pourquoi ils ne sont pas logés aussi dans la maison du sud de Hollande – ??

  3. Doctorix Says:

    Pas besoin de convaincre tout le monde (mais c’est bien d’essayer).
    Il suffit d’un petit pourcentage qui vire sa cuti pour que le grand chamboulement survienne.
    Regardez la lutte contre les vaccins.
    Qui eut dit en 2009 qu’en sept ans, le mythe allait s’effondre?
    C’est pourtant bien ce que nous observons, malgré les combats grotesques d’arrière-garde.
    C’est hautement symbolique d’un renversement du regard porté par les citoyens sur ceux qui fixent les diktats.
    A mon avis, c’est plus que ça, c’est un virus (celui du doute) en pleine expansion et incontrôlable, qui va s’étendre dans toutes les parties malades de la Nation, pour finir par la démolir, avec des espoirs tous neufs qui émergent.

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