Résistance politique: La forfaiture de la propriété comme droit de domination despotique…

« La propriété c’est le vol »

« La propriété est impossible car elle est la négation de l’égalité. »

~ Pierre Joseph Proudhon ~

 

La propriété comme droit de domination despotique

 

Steven Newcomb

 

12 Janvier 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/01/12/property-right-despotic-dominion

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En 1776, un propriétaire d’esclaves blanc aristocrate de Virginie nommé Thomas Jefferson, écrivit la déclaration d’Indépendance des Etats-Unis. Il le fit pour les treize colonies britanniques de la côte atlantique de l’Amérique du Nord qui désiraient se rebeller et se séparer de l’empire britannique qui les avait créé. Jefferson ouvrit la Déclaration d’Indépendance avec la célèbre phrase “Nous tenons ces vérités pour être évidentes…” et il exprima la première de ces vérités comme étant “tous les hommes sont créés égaux.

Parce qu’il possédait des esclaves lorsqu’il écrivit que tous les hommes sont égaux, certains pourraient concevoir Jefferson comme étant un hypocrite. Mais, d’après le “système légal” en place en Virginie à cette époque, les esclaves de Jefferson étaient sa propriété de droit. Il devait même payer des impôts sur la propriété de ses esclaves. Les esclaves étaient une forme de propriété qui en fait “ressemblaient” aux humains. Ainsi, dans l’esprit de Jefferson, les esclaves, incluant les siens, ne tombaient pas dans la catégorie des “hommes”. L’existence d’esclaves dans une société esclavagiste n’interférait aucunement avec “tous les hommes (blancs et propriétaires)” étant égaux entre eux, du moins en principe.

Faire remarquer que des esclaves comme ceux de Jefferson étaient sa propriété, mène à une question sensible: “Qu’est-ce que la propriété ?” J’ai récemment posé la question au sujet de l’idée, du concept de propriété au professeur Lance Liebman qui enseigne à la faculté de droit de l’université de Colombia (il est l’auteur du livre d’étude, “Property and Law” et a enseigné le droit pendant 45 ans). Liebman m’a donné une citation des “Commentaires” de William Blackstone. D’après lui, “la propriété est… cette seule domination despotique qu’un homme affirme et exerce sur les choses externes du monde…” Ainsi par exemple, un propriétaire d’esclaves comme Thomas Jefferson, possédait une domination despotique (un droit de domination) sur sa propriété-esclave. Pour cette raison, nous pourrions dire que l’esclavage est le modèle central ou le cas de référence de l’idée même de domination. Il fournit un prototype (meilleur exemple) de domination.

La propriété (domination despotique) a été caractérisée comme la fondation même de la “civilisation”. (NdT: la “propriété” est sanctifiée dans la plupart de tous les modèles de constitution des états dits “démocratiques”, Etats-Unis en tête…) Ceci est parfaitement sensé lorsque nous considérons que le “processus de civilisation” est un processus par lequel des “hommes” en premier lieu clâment une “domination absolue” sur une étendue géographique toujours plus grande, puis utilisent la violence et la force pour rendre la domination despotique sur cette zone géographique une expérience de la réalité.
Quelle est la raison ou le but pour l’expansion de la domination despotique ? C’est pour augmenter la richesse qui résulte de la domination (dominium, propriété). Une domination en expansion est le cadre de référence de fond pour les métaphores alors employées comme “progrès”, “avancée” et “destinée manifeste” (où la domination “divinemement destinée” fait son apparition).

La colonisation (colonialisme) est un des principaux moyens par laquelle la domination despotique est poussée de l’avant ou “avancée” sur les terres pas encore colonisées, c’est à dire “pas encore dominées”. Lorsque la société dominante caractérise les nations libres et indépendantes ainsi que leurs peuples comme étant “non civilisés, donc barbares”, elle les déclare en fait comme “n’étant pas encore dominés”, ou pas encore sous le joug de la domination despotique des colonisateurs. La colonisation et la civilisation vont la main dans la main quand nous nous rappelons que “civilisation” est définie comme “le passage en force d’un schéma culturel particulier sur une population pour laquelle ce schéma culturel est totalement étranger.” (définition du Webster’s Third New International Dictionary)

La colonisation est un des moyens de forcer un tel schéma culturel sur une population étrangère. L’historien Samuel Morison dans son The Oxford History of the American People (1965), a rendu cette image très claire. Il a défini la “colonisation” comme “une forme de conquête par laquelle une nation prend le contrôle d’un territoire lointain, y pousse ses propres gens et contrôle ou élimine les habitants natifs de l’endroit.” (p-34). Ceci décrit quelques activités impliquées dans le premier jet de l’établissement de la “domination despotique” sur des nations et des peuples vivant dans une zone qui n’a pas auparavant été soumise à une telle domination.

Ce que Morison nomme la “nation” qui s’engage dans ces types d’activités, est typiquement caractérisé comme un empire, ou un souverain (que Jonathan Havercroft appelle “un système injuste de domination qui limite la liberté humaine”). Le but de la colonisation est l’expansion de l’imperium, que Richard Van Alstyne définissait comme “un dominion, état ou souveraineté qui étendrait sa population et son territoire et augmenterait sa force et son pouvoir” (The Rising American Empire, 1960, p. 1).

Max Weber a caractérisé l’état comme “les relations d’hommes dominant d’autres hommes”. Ce qui en vient à ceci: L’histoire des Etats-Unis d’Amérique est celle du secteur de l’élite de la société US utilisant l’affirmation d’un droit de domination pour étendre la sphère d’influence de domination de l’empire américain et pour augmenter la population et le territoire devant être sous contrôle de cet empire, tout en étendant simultanément la richesse (fondée sur la domination despotique) du secteur élitiste de la société dominante des Etats-Unis.

Claus Meuller, dans son excellent ouvrage The Politics of Communication (1977), définit la domination comme “le contrôle” par “un nombre limité d’individus sur les ressources matérielles de la société” et “sur l’accès à des positions de pouvoir politique (prise de décision)” (p-129). Il fait ensuite remarquer que la légitimité “confère une autorité sur un système de domination”. La légitimité, dit Mueller, rend “justes” les décisions faites par ceux en contrôle du système de domination. Ceci ne veut pas nécessairement dire que ces décisions sont effectivement justes ; cela veut juste dire que ceux qui ont internalisé le système de domination et sa vision de légitimité verront à la fois le système de domination et ses décisions comme étant justes et bons.

Il y a ceux d’entre nous en tant que peuples indigènes natifs qui n’ont pas internalisé la logique de justification du système de domination. Parce que nous n’avons pas été socialisé de manière efficace dans le système de domination, nous sommes toujours capables de fournir ce que la société japonaise a nommé et caractérisé comme kikenshiso, ou “pensées dangereuses”, au sujet de la fondation conceptuelle du système de domination. Nous pouvons demander: “Existe t’il réellement quelque chose comme un droit valide de domination (despotisme, dominium, etc) sur nos nations et peuples originels de l’Île de la Grande Tortue (Amérique du Nord) ? Voici ma réponse: Du point de vue de l’existence préalablement libre et indépendante de nos nations natives, il n’y a en aucun cas de droit valide (légitime) à la domination, ou à la domination despotique, sur notre existence.

11 Réponses to “Résistance politique: La forfaiture de la propriété comme droit de domination despotique…”

  1. http://www.pointsdereperes.com/print/articles/barbaresques-esclavage-blancs

    etc …………….

    je me souviens d’un film « la lumière des Justes » (Henry Troyat) où l’héroine quitte la France et retourne en Russie, au domaine de son mari et les paysans lui disent : tu reviens pour nous vendre
    j’étais jeune, j’en ai pleuré

    apparemment les islandais également ont été capturés ???

    et à l’école primaire, dans mon jeune temps, on parlait du « servage » –

    « ainsi se tenait devant ces bourgeois enrubannés, ce demi-siècle de servitude » Flaubert je crois « le comice agricole »

    • oui et nous en sommes toujours là. Arrangé, édulcoré certes, mais le servage et maintenant la remise en « esclavage » moderne du peuple sont toujours de mise. La raison en est simple: le système politique mis en place (l’État, ses intitutions coercitives et toute la bardée d’illusions démocratiques) soutient, est de fait le garde-chiourme du capitalisme oligarchique.
      Comme le disait Proudhon déjà en 1840, comme l’a redit Howard Zinn dans ses écrits sur le « constitutionalisme » américain et Newcomb ici: le concept de propriété est une des clefs principales, sinon LA clef principale de toute l’affaire (pour Proudhon çà l’était…).

    • oui, la présentation diapos est très bien faite. Il est précisé vers la fin que la mise en esclavage des chrétiens fut précédée et suivie par l’esclavage des Africains par les blancs. L’esclavage n’a pas disparu, il ne disparaîtra que lorsque la société humaine franchira l’étape de l’abolition de la propriété…

  2. et les bateaux partant du Havre pour le Canada …….

  3. Newcomb, va de plus en plus en loin dans son analyse ; C’est plus qu’éclairant, c’est transcendant… On est vraiment au cœur du problème. Ainsi, on sera capable bientôt, d’extraire les racines du mal et de curer profond tout autour afin que plus jamais un tel Système ne repousse.

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