De la bible aux évangiles: la falsification typologique servant le mythe religieux et le dogme de la domination (Dr. Ashraf Ezzat)

“c’est la foi qui rend vraies les reliques et non pas elles qui rendent vraie la foi.”
(Umberto Ecco)

“Le peuple n’a pas plus de voix consultative dans l’État que dans l’église: son rôle est d’obéir et de croire…”
(Pierre-Joseph Proudhon)

A lire: notre dossier sur les falsifications des écrits bibliques et leur origine (Dr. Ashraf Ezzat)

 

La fuite de la sainte famille en Egypte est-elle un mythe ?

Plus grands que les pyramides d’Egypte sont les mythes et les mauvaises conceptions au sujet de cette ancienne terre

 

Dr. Ashraf Ezzat

 

12 février 2017

 

url de l’article original:

https://ashraf62.wordpress.com/2017/02/12/holy-familys-flight-into-egypt-is-myth/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Beaucoup des histoires bibliques ont été faussement et coercitivement associées à l’histoire et la terre de l’Egypte ancienne, comme l’histoire des patriarches israélites, Abraham et Joseph et bien sûr, la célèbre histoire de l’Exode, alias l’histoire du Pharaon et de Moïse.

Une des histoires bibliques les plus connues qui fut également liée de manière mensongère à l’Egypte antique fut celle de “la fuite de la sainte famille en Egypte”. Aussi loin que je sache, il n’y a eu qu’une seule sainte famille avec laquelle l’Egypte antique fut familière, celle du roi Osiris (le dieu assassiné qui ressucita d’entre les morts), mère Isis (l’épouse fidèle qui fut mise enceinte par l’esprit saint d’Osiris) et leur fils Horus, le fils de dieu (vivant).

Alors qu’on nous a fait croire que le dieu des Israélites protégeait Moïse et son peuple alors qu’ils sortaient d’Egypte, on se s’attendait donc pas à ce que ce dieu une fois de plus, envoie ses anges pour protéger l’enfant Jésus et sa mère durant leur voyage à travers l’Egypte.

Mais cette perception commune ne peut pas être plus loin de la vérité, car ni l’histoire de l’Exode, ni celle de la fuite de la sainte famille ne se sont produites en terre d’Egypte. Ces deux contes bibliques sont simplement des mythes qui ont été propagés par les autorités falsificatrices rabbiniques et christologiques.

Le conte populaire de l’évènement de la sainte famille cherchant refuge en Egypte est une de celles dont l’église copte (égyptienne) est particulièrement fière. Les premiers monastères et églises égyptiens furent de fait érigés dans les endroits visités par la sainte famille, selon les dires, lors de son voyage prédestiné en Egypte. La route supposée empruntée par la maman et l’enfant Jésus lors de leur voyage alla des terrains rugueux et escarpés du Sinaï jusqu’au-delà du Nil où ils arrivèrent au Mont Qussqam, environ 325km au sud du Caire, en passant par le delta du fleuve.

Le monastère d’Al-Muharraq se niche au pied de la partie occidentale de la montagne. Il fut construit dans la zone où il fut dit que la sainte famille demeura pendant plus de 6 mois. Leur temps sur place fut passé essentiellement dans une grotte qui devint dans l’ère chrétienne copte, l’autel de l’église de la vierge Marie, construite au bout de l’aile ouest du monastère. L’autel de pierre est devenu un lieu de pélerinage chrétien car il fut dit que l’enfant Jésus l’utilisa pour se reposer pendant les mois qu’il passa dans la grotte.

L’histoire du Christ, la fuite de l’enfant de Bethléem avec sa famille à destination de l’Egypte et l’éventuel retour du Christ de son sanctuaire égyptien n’est pas un évènement historique vérifiable (NdT: comme toute l’affaire du Christ du reste…) mais plutôt toute cette histoire fut construite sur une base mythique, ou sur ce que les érudits bibliques voudraient définir comme une prophétie.

Pour être encore plus spécifique, cette histoire fut concoctée comme une interprétation déformée de ce célèbre verset de la bible hébraïque: “Je rappelle mon fils d’Egypte” (Hosea 11:1)

La raison pour laquelle nous la qualifions d’interprétation déviée est parce que dans le verset de la bible, il n’y a aucune spécification sur qui était ce fils de dieu. En même temps qu’Hosea, bon nombre furent appelés fils de dieu. Même des rois et empereurs reçurent cette sainte qualification. Nous savons par exemple, que les rois assyriens et égyptiens étaient référés en tant que “fils de dieu”. Comme nous l’avons mentionné plus tôt, Horus était un fils de dieu.

Si nous jugions sur un critère typologique auquel les écritures bibliques ont notoirement adhéré dans leurs narratifs, nous devrions penser à Moïse comme étant le personnage du “mon fils” dans ce verset de la bible. Mais il y a un inconvénient dans cette vague prophétie… Dans sa version originale hébreue, le texte ne dit rien de l’Egypte ; en fait, il est plutôt dit ceci: “De Mizraïm vient mon Fils”. Ironiquement, au temps de l’écriture du livre d’Hosea, vers le VIIIème siècle AEC, la terre d’Egypte n’était pas appelée “Mizraïm”.

L’Egypte antique était connue sous le nom de “Copte/Gopte”, qui fut plus tard prononcé en langue grecque “Aegyptus”. Mizraïm était un ancien terme arabe pour désigner n’importe quelle zone urbaine. En ce sens, toute ville majeure de l’ancien proche-orient comme Damas, Tyre et Palmyre étaient appelées “Mizraïm” par les nomades des antiques Arabie et Yémen.

D’une certaine manière, ceci devrait attirer notre attention sur l’origine arabe des Israélites et de leurs lois mosaïques, comme nous l’avons détaillé dans notre livre “Egypt Knew No Pharaohs Nor Israelites”. Contrairement à ce que les masses ont été contraintes de croire tout au long de ces siècles de falsification et de mensonges, toutes les anciennes histoires des Israélites se sont passées dans le Yémen antique et non pas en Palestine. Ceci, bien évidememnt, si tant est qu’elles soient des histoires vraies. Le nom de “Hosea/Hoshea” est autant arabe qu’”Ismaïl” et “Hussein”, tout autant que ses histoires, prophéties et son livre.

La vague prophétie du “d’Egypte vient mon fils” fut plus tard très intelligememnt exploitée par l’église catholique romaine dans ses évangiles (en grec). Seule l’évangile de Mathieu utilise cette vieille prophétie biblique. Employant la même technique littérale de la typologie, Mathieu (ou qui que ce soit qui utilisa ce nom comme couverture) a tissé un drame complètement différent pour l’enfant Jésus et sa mère et ce dès la vieille histoire de Moïse.

Comme la libération de Moïse et de ses Israélites ne s’est produite qu’alors qu’ils quittaient l’Egypte, la même chose (parallèle typologique) se doit de se produire dans l’histoire de Jésus Christ. Juste comme le pharaon d’Egypte ordonna le meurtre de tout enfant premier-né israélite, Mathieu a dû rendre Hérode responsable d’un même ordre ainsi cela servirait d’impératif narratif dramatique pour leur fuite en Egypte.

“… Voyez, un ange de dieu est apparu en rêve à Joseph et lui dit: ‘Lève-toi, prends le jeune enfant et sa mère, fuit vers l’Egypte et restez-y jusqu’à ce que je t’envoie un message ; car Hérode va rechercher le jeune enfant pour Le détruire.” (Mathieu 2:13)

Un schéma de typologie rabbinique ancien était ici à l’œuvre. La typologie en théologie chrétienne et en exégèse biblique est une doctrine ou une technique littérale qui relie (fictivement) l’Ancien Testament au Nouveau Testament. Des évènements, personnes ou prophéties de l’Ancien Testament sont vus comme des préfigurations typiques ou sont surclassés par des anti-types, évènements ou aspects du Christ ou de sa révélation décrits dans le Nouveau Testament.

C’est comme un jeu de mots dans lequel les scribes bibliques ont dupliqué/copié un ancien conte miraculeux. Dans le processus, ils ont fini par créer des parallèles dramatiques et géographiques à une vieille histoire de la bible qui rendront leur nouvelle histoire sacrée aux yeux des masses inéduquées. Le but final de ce truc typologique est de créer l’illusion d’une prophétie qui dit vrai et se réalise.

La fuite en Egypte est un évènement biblique décrit dans les évangiles de Mathieu (Mathieu 2:13-23), dans lequel Joseph s’est enfui en Egypte avec Marie et l’enfant Jésus après une visite magique, car ils ont été mis au courant donc que le roi Hérode avait l’intention de tuer les enfants de cette zone.

L’évangile de Luc ne mentionne pas cet évènement, narrant plutôt que la sainte famille alla au temple de Jérusalem, et de là directement à Nazareth. Certains critiques en tirent ainsi la conclusion que la naissance et la jeunesse de l’enfant Jésus selon Luc et Mathieu sont toutes deux des fabrications. Ce thème qu’on retrouve dans l’évangile de Mathieu est très semblable à celui de Moïse pour une audience judaïque et la fuite en Egypte illustre juste ce thème typologique et mensonger.

Dans leur fuite de la fureur du roi Hérode, la sainte famille, de manière compréhensible, devait éviter les routes fortement empruntées, elles ont donc suivi des chemins inconnus et on a dit qu’ils furent guidés par les anges de dieu. Leur route fut choisie pour eux, jour après jour, par des vallées cachées et des plateaux non répertoriés, dans les vastes étendues désertiques du Sinaï. Comme Moïse et son peuple israélite, Marie et l’enfant Jésus ont dû errer pendant un bon moment dans les étendues sauvages du Sinaï. Le vieux scenario de l’Exode devait servir de storyboard pour la nouvelle histoire de la fuite en Egypte.

Ainsi. doit-on se demander ce qui fut la source de notre information sur la description complète du voyage de la sainte famille en Egypte ? Les voies tortueuses empruntées par celle-ci à travers le Sinaï et leurs voyages subséquents en Egypte furent narrés par le pape Théophile, 23ème patriarche d’Alexandrie (384-412 de notre ère). Il mentiona dans ses annales tant célébrées, qu’au soir du 6 novembre, après une longue et humble prière, la Vierge Marie lui est apparue. Celle-ci lui relata dans les détails le voyage de la sainte famille en Egypte et lui donna pour instruction d’enregistrer par écrit ce qu’il avait vu et entendu.

Voilà, la messe était donc dite : toute cette histoire de “la fuite en Egypte de la sainte famille” n’est en fait rien d’autre qu’un “rêve” et parce que ce fut le rêve du pape Théophile, les masses naïves et fidèles l’acceptèrent simplement comme une réalité, pour un autre miracle divin qui devait une fois de plus se dérouler en Egypte.

Mais, là encore, qui est ce pape Théophile qui a donc eu toute la confiance de la vierge Marie au point tel qu’elle s’est révélée à lui dans un des ses rêves bénis ? Théophile était le pape d’Alexandrie et le patriarche du saint siège de St Marc de l’église copte d’Alexandrie juste au tournant du IVème siècle de notre ère. Il devint pape dans une période de conflit entre les nouvellement dominants chrétiens et l’ancien establishmeent religieux égyptien à Alexandrie, chaque section étant soutenue par un segment de la population d’Alexandrie. Ce fut durant sa papauté, suivie de celle de son neveu, le tristement célèbre pape Cyrille, que la persécution des fervents des anciennes croyances et traditions égyptiennes, devint violente et sans pitié.

Les anciens temples égyptiens furent profanés, fermés ou brûlés. Les Egyptiens furent interdits de maintenir leurs anciens rites et on leur refusa toute autorisation d’entrée dans leurs temples et sanctuaires partout en Egypte et spécifiquement à Alexandrie. Le “Serapeum”, le dernier sanctuaire qui survécut de l’ancienne bibliothèque d’Alexandrie fut détruit et brûlé, car l’éclise copte voulait être la seule source de connaissance et d’autorité pour la nouvelle Egypte chrétienne.

Edward Gibbon a décrit le pape Théophile comme “…l’ennemi perpétuel de la paix et de la vertu, un méchant homme austère, dont les mains furent alternativement polluées par l’or et par le sang.”

Note de Résistance 71: Edward Gibbon, historien anglais (1737-1794), connu pour son œuvre phare: “L’histoire du déclin et de la chute de l’empire romain” (1776), grand critique des églises et de la religion organisée bien que converti au catholicisme. A enseigné à Oxford.

Les parchemins et les livres qui gravèrent la connaissance et la sagesse anciennes de l’humanité furent étiquetés (par Théophile et son neveu Cyrille), crasse et hérésie païennes ne méritant qu’à être livrées aux flammes. Après le départ de Théophile, l’intolérance et la violence religieuses à Alexandrie monta vers de nouveaux sommets sous la papauté de son neveu Cyrille.

Il conserva sa politique de tensions sectaires outrageantes qui menèrent au meurtre de la philosophe héléniste Hypatie par une foule de chrétiens fanatiques. Hypatie était une des dernières érudites de l’ancienne bibliothèque d’Alexandrie. Elle enseignait la philosophie, les mathématiques, la physique et l’astronomie dans la ville ancienne d’Alexandrie (NdT: d’où l’auteur Ashraf Ezzat est originaire et dont il connaît très bien l’histoire…), Hypatie fut kidnappée, dévêtue, mutilée en association et brûlée vive dans une église. La nouvelle de l’assassinat d’Hypatie provoqua une énorme critique et dénonciation de Cyrille qui ne voyait en la grande philosophe qu’une sorcière païenne.

L’assassinat brutal d’Hypatie a d’une certain façon, marqué la fin de l’ancien monde de la connaissance et de la sagesse. Alors que les masses naïves croyaient dans le rêve de Théophile sur la “vierge Marie”, l’aube de l’âge de l’obscurantisme se profilait à l’horizon. Une nouvelle ère naissait du narratif mensonger biblique au sujet de l’Egypte antique, une nouvelle ère obscurantiste, faite de dogmes intolérants, de faux prophètes et de fausses prophéties.

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6 Réponses to “De la bible aux évangiles: la falsification typologique servant le mythe religieux et le dogme de la domination (Dr. Ashraf Ezzat)”

  1. […] Résistance71 a traduit de l’anglais la dernière publication du Dr. Ashraf Ezzat. Je l’ai ajouté au PDF déjà réalisé par mes soins à partir de toutes les traductions faites par R71 à la page 36 et suivantes dont voici le lien direct https://jbl1960blog.files.wordpress.com/2017/02/pdfdraedec2016addendum02171.pdf […]

  2. Tenez, j’ai rajouté cette publication en ADDENDUM au PDF que j’avais réalisé de toutes vos traductions du Dr A. Ezzat en lien dans ce billet de reblog ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/02/21/addendum-au-pdf-des-extraits-du-livre-publications-du-dr-a-ezzat/

  3. […] solidaire au Nouvel Ordre Mondial « De la bible aux évangiles: la falsification typologique servant le mythe religieux et le dogme de l… Nouvel Ordre Mondial: Russie contre Mafia Khazare ?… […]

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