Archives de zénon l’ailé

L’alphabétique volupté de Zénon le trublion, transmute la subversion en poétiques assertions

Posted in actualité, altermondialisme, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, résistance politique with tags , , , , , on 9 janvier 2017 by Résistance 71

“Volupté: pour les cœurs libres, librement et innocemment, le bonheur champêtre de la terre, tout le trop-plein de reconnaissance de tout avenir dans le maintenant…
Volupté: pourtant je veux avoir des clôtures autour de mes pensées et aussi autour de mes paroles: pour que les porcs et les dilettantes ne fassent pas irruption dans mon jardin…”
~ Friedrich Nietzsche ~

 

Abécédaire

 

Zénon

 

8 janvier 2017

 

L’abracadabrante appartenance d’énarques autistes et analphabètes à l’alliance atlantiste aurait attaqué l’occidental à la racine de son âme humaniste.

Bon… L’abominable barbu en babouches à la base du bordel débordant les barbouzes et autres bidasses abâtardies semble le bon coupable de l’ignoble kabbale babylonienne.

Commune est l’inaccessible compréhension des causes et des conséquences. C’est pour cela qu’ici, nous ciblons celles et ceux conscients de la succession de calamités en cascades qui nous occupe.

Dans l’idéal décadent et condamné de dictacratie qui domine, l’ordre doit sa demeure à sa détermination à détruire d’emblée toute obédience défavorable au délire.

Et en effet, l’éminent expert enrégimenté par l’empire à défaire l’émergence du rêve à l’éveil ne peut énumérer les nœuds d’énergie qui l’enserrent.

De festins en feux de joie, de festivals en foutoirs, les firmes en flottaison, faisant fi des fables affirmant l’infini à la fin du film, s’affublent des fripes d’enfants affamés dans l’effort d’effacer l’effluve de leurs forfaits.

Elles s’égosillent à dégobiller l’ingérable gabegie des guerres d’egos qui se gargarisent, des gérontophiles, des ogres de gare au gigantisme agissant sur l’agglomérat des groupuscules et de sa grenade dégoupillée.

Heureuse heure où l’humble et honorable Humain arrachera ses harnais pour se hisser au perchoir des chacals endimanchés, et les acheminer à leur chute.

Irrésistible est l’ire de l’esprit libre : il distille depuis cimes aux abîmes un venin de fruits acides aux élites. Cette clique d’illuminés parasites, sa tripotée d’hypocrites et de tristes sbires imaginent éliminer l’hérésie pour se prémunir de la ruine de l’empire.

Mais déjà la joie juvénile éjacule de la jugulaire des jouvencelles en jaquette. Jamais leurs jurons, jérémiades et jugements ne justifieront le joker de la junte au jeu de jacadi des enjeux d’aujourd’hui.

La Kommandantur khazare des racketteurs en képi qui ont karcherisé les souks de l’Irak à Nagasaki a hacké les stocks, et écoule au black ses kilos de coke de New-York à Vladivostok.

Élus et oligarques s’allient à globaliser l’illusion légale en laquelle enliser la plèbe aliénée. Malgré la litanie de paroles en l’air, le peuple en colère cumule galères, inégalités, malheurs et violences folles. Il est à la limite de la révolte. L’actuel soulèvement des éléments lucides illustre l’hallali des leaders et des collabos en col blanc.

L’imminente immolation du système n’est un mal que dans la mesure où l’homme se complait au royaume des ombres. Mais la mort programmée de la matrice lui permettra demain d’enjamber l’abîme. D’admettre finalement l’amour comme dénominateur commun au monde.

Ni la nomination ni les boniments des prétendants au trône ne nous concernent. L’unique et nécessaire manière dont anéantir la domination des nuisibles est d’ignorer leur énorme arnaque et de renaître en pleine Nature.

Oublions les obligations et les donneurs d’ordres. L’horreur est concomitante à l’obéissance aux dogmes et aux normes. La voie organique oppose un veto catégorique à l’oppression sous toutes ses formes : c’est pourquoi les clones et robots œuvrent à désorganiser nos forces.

Pour autant, le principal si ce n’est le pire des appâts dont disposent les puissants pour empêcher l’émancipation populaire est la Peur. Puisque l’appréhension de perdre leurs possessions pousse la plupart des personnes à persévérer dans l’impasse, apportons l’espoir en la providence en réponse à l’inepte paradigme capitaliste.

Quant au quotidien que l’on qualifie d’inique et qu’aucun n’indique acquérir sans quête d’un quelconque équivalent égotique, qu’on lui évoque le quotient du qualitatif au quantitatif, et qu’il esquive systématiquement la question.

Alors que l’air pur se raréfie, l’erreur est la ruée vers l’or et le rêve de réussir. L’art du guerrier est au contraire de taire sa douleur et rire à la mort en son for intérieur. Le reste ne regarde rien que l’orgueil, et ne saurait nuire à l’irrépressible attrait de l’être pour autrui.

Si puissant soit l’ascendant du seigneur sur ses serfs, sans la somme de mensonges assurant le sursis de sa position, il subirait soudain l’assaut assassin d’esclaves désabusés et de masses hostiles. Il suffit que cent singes s’associent à scier les structures qui les asservissent, et nous serons assez pour susciter la suite.

Rétifs à toute tentative de nous attendrir ou de nous éteindre, le but de notre attitude a toujours été de détruire l’autorité totalitaire de l’État.

L’humain s’use au bureau ou à l’usine pour les plus-values d’usurpateurs qui abusent, grugent et nous bouffent les globules. Mutualisons les outils et les aptitudes ; habituons-nous à l’usage au lieu de l’usure en vue d’exclure de nos heures l’absurde labeur qui nous tue.

Voici venir la vague vengeresse et les vents violents de la révolte du vivant. Vautours et vampires verront le revers d’avoir vanté le vice, vilipendé la vertu, inversé les valeurs et violé sans vergogne la vérité. La ferveur des vauriens et mauvais élèves enverra la vermine au vert et ouvrira la voie d’un nouvel avenir.

Wall-Street et les Windsor ont switché le swastika sur les wagons. Les WASP, work-addicts et clowns du showbiz auront Waterloo et non Walpurgis.

L’axe anglo-saxon excelle dans l’exaction. Son exemple exonère d’examiner les extrêmes : le luxe qu’il exige exploite un maximum d’existences en exil et dans un exquis paradoxe, s’excuse de l’expédient en excitant la xénophobie. L’hexagone exsangue devra s’extraire des axiomes et de la doxa ; exproprier les exploitants pour s’extrader du vortex.

Effrayé que l’analyse du citoyen anonyme décrypte ses mythes et que l’asphyxie enraye son hymne, l’hydre Élyséenne, myope à la mystérieuse odyssée des cycles, bégaye au paroxysme de l’hystérie. De joyeux types s’égayent à nettoyer l’Olympe. Que leurs dynamiques se synchronisent et dynamitent la synarchie tyrannique.

Zouaves, zoulous, zadistes, zonards ou tziganes, azimutons l’azote et l’ozone. Bizutons les zélotes et gazons les zombies nazis au zyklon. Bazar et zizanie zèbrent l’horizon de Byzance : zigzaguons au zoo et dézinguons le bouzin en zigouillant les vizirs. Que le zéphyr diffuse le zen azur au zénith.

Du crépuscule des clowns sur un empire usé (Zénon l’ailé)

Posted in actualité, altermondialisme, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 6 décembre 2016 by Résistance 71

Ô homme ! Prends garde !
Que dit le profond minuit ?
« Je donnais, je dormais,
Je me suis éveillé d’un rêve profond ;
Le monde est profond.
Et plus profond que ne le pensais le jour.
Profonde est sa douleur,
Et la joie, plus profonde encore que la peine du cœur
La douleur dit: Péris !
Cependant la joie veut l’éternité,
Elle veut une éternité profonde, profonde !

~ Friedrich Nietzsche, « Ainsi parlait Zarathoustra », 1883 ~

 

« Ragnarök »

De la subversion à la terreur idéologique

 

Zénon l’ailé

 

6 décembre 2016

 

« Tout le monde tient le beau pour le beau,

C’est en cela que réside sa laideur.

Tout le monde tient le bien pour le bien,

C’est en cela que réside son mal. »

~ Lao-Tseu – Tao-tö King ~

 

Un premier coup de semonce eut lieu le 21 avril 2002. Le peuple français, apeuré de son propre élan nationaliste, fit alors machine arrière en promettant qu’on ne l’y reprendrait plus. Puis pour ainsi dire amende honorable en s’infligeant quinze ans de néolibéralisme à la sauce yankee… Tout était bon pourvu qu’étouffe l’hydre visqueuse couvée chez nous. Rassurée de voir le troupeau regagner l’enclos républicain, la classe politique n’a jamais admis que ce vote ne reflétait pas tant l’opinion des masses populaires, que leur profond dégoût devant les magouilles et autres innombrables trahisons de leurs gouvernements successifs… Les mêmes causes produisant mécaniquement les mêmes effets, se poser en éternels garants des droits de l’Homme et de la liberté n’aura pas suffi aux « démocrates » pour enrayer la gangrène « fasciste »… Nous l’observons aujourd’hui partout : avec le parti Jobbik en Hongrie, l’AFD allemand, plus récemment avec le Brexit ou encore l’élection de Trump. En France, le Front National semble d’office pressenti pour le second tour en mai prochain. Les journalistes, politologues et autres experts s’interloquent et s’indignent en chœur de l’indocilité du votant… Se foutent-ils tout simplement de nos gueules ? Ou sont-ils schizophrènes au point d’oublier en avoir été les principaux artisans ?

D’abord dans l’antiquité puis au moyen-âge, les premières structures de l’État, articulées autour de la Cité, de la région et de l’empire, reposaient sur le contrat suivant : l’échange d’une partie des fruits du labeur contre une garantie de sécurité physique. En somme, ni plus ni moins que ce que propose aujourd’hui encore la mafia, mais là n’est pas le sujet… Au fur à mesure des siècles et des découvertes technologiques, l’accord initial s’est peu à peu étendu à des sphères de rapports humains jusque-là restées naturelles : les bases de l’échange, dans une société d’accumulation, devant êtres régies par un code et bénies par un magistrat. L’éducation et la pratique de la médecine supervisées par l’autorité ad hoc. Plus les prétentions bourgeoises ont essaimé parmi les peuplades autonomes, plus s’est approfondi l’assujettissement de l’individu aux lois et aux normes… Le contrôle étatique a conquis les domaines de l’alimentaire, de la circulation des personnes et des biens, des principales ressources vitales que sont l’eau et l’espace public, ou encore du récit officiel de la légende nationale.

Ainsi avons-nous, par habitude et goût d’un certain confort mais sans doute également par peur des représailles, progressivement accepté l’extension des prérogatives de l’État jusqu’au degré d’immixtion dans la vie privée que nous connaissons. Nous avons accepté d’aller faire la guerre sous des motifs rivalisant d’inventivité. Le fichage et la surveillance généralisés. La pollution de l’air, de la terre et des eaux. Accepté les croisades coloniales, les assassinats ciblés et les génocides. Accepté d’être continuellement traités comme des chiens nous et nos familles… Irons-nous jusqu’à l’abattoir sans même essayer de nous en sortir ?

Toutes ces petites compromissions ; tous ces renoncements anodins ont conduit nombre de possédants à nous considérer indignes du libre-arbitre inhérent à l’espèce humaine… Ils ont décidé la surenchère esclavagiste entre les peuples au grand bénéfice des sociétés apatrides. Ont utilisé certains d’entre nous comme cobayes à des fins d’extension de leur arsenal répressif… Ils ont ravagé des pays entiers. Pillé, affamé leurs populations pour en contraindre les dirigeants rétifs à se plier au diktat mondialiste. Ils ont étudié toutes nos tentatives d’émancipation pour mieux les tuer dans l’œuf, et perfectionné leurs façons de nous convaincre que leur projet serait l’émanation du bon sens commun… Ils continuent de nos jours à favoriser l’injustice et les inégalités. À distiller dans le cœur des peuples la haine de l’Autre, la peur, et la soumission à la pression normative. À démanteler tous les droits et protections sociales acquis de haute lutte… Ils continuent, sous prétexte d’anti-terrorisme, de violer chaque jour le peu qu’il nous reste de libertés… Et nous continuons de nous indigner, pas trop fort tout de même car nous savons bien que Big Brother nous surveille.

S’ils sont parvenus jusque-là sans provoquer un soulèvement général, c’est en raison de leur connaissance multiséculaire des moyens de maintenir les populations divisées. Par une répartition asymétrique des droits et des charges. Par l’injonction constante au culte de soi. Et par l’identification à des principes idéologiques en apparence antagonistes… En effet, la fausse alternance « droite-gauche » tout comme l’opposition du « communisme » au « capitalisme » auront permis d’occuper les esprits, tandis que s’organisait la concordance des volontés mondialistes. L’effondrement du modèle Soviétique a redistribué les cartes du poker menteur impérial… Il fallait fabriquer dare-dare un autre épouvantail à brandir aux peuples désenchantés par l’illusion démocratique. D’abord l’Islam salafiste, puis les populistes d’extrême-droite en ont rempli la fonction. Ainsi s’est vu formé leur soi-disant « front républicain » contre les « extrêmes »… Pris en otages entre la culpabilité xénophobe et la menace djihadiste, les électeurs n’auront d’autre option acceptable que de souscrire à leur asservissement absolu. Du moins est-ce l’aboutissement espéré par les oligarques.

Ils ont déjà si bien avancé le dépeçage de l’humanité, leurs trahisons et leurs crimes sont devenus si flagrants qu’ils sont obligés d’en revenir aux fondamentaux ; et n’ont plus que la sécurité pour se parer d’un semblant de légitimité… Voyez comme ils en ont fait l’objet de leurs campagnes et de leurs promesses. Pourquoi dès lors s’étonner de l’explosion de la délinquance, de l’impunité, de l’incroyable taux de récidive, de la violence endémique en périphérie de nos villes ? N’imaginez pas que tel ou tel parti politique a l’intention de remédier à ce problème. Comment pourraient-ils se passer du terrorisme ou des petites frappes de quartiers, alors qu’il s’agit du meilleur moyen de faire accepter leurs propres méfaits comme dérisoires en comparaison ? Mais aussi, et surtout, de justifier la création d’un État policier algorithmique et eugéniste ?

On observe ainsi toute la perfidie d’un double discours dans lequel, d’un côté, on accuse l’Islam radical de menacer les « valeurs » nationales, tandis qu’on finance de l’autre toutes les infrastructures nécessaires à son développement, qu’il s’agisse des mosquées ou bien d’organismes de prosélytisme associatif… On laisse les pétromonarchies du golfe investir dans les cités tout en prétendant défendre une laïcité dans les faits à géométrie variable. On refuse la liste des djihadistes revenus de Syrie sur le territoire, puis on va bombarder au lendemain d’attentats chez nous des populations civiles qui n’y sont pour rien… Vous aurez compris le principe. Parallèlement, la même méthode est utilisée avec l’ »extrême-droite », que l’ensemble du spectre politique s’accorde à diaboliser comme il se doit, alors même que sa surreprésentation médiatique lui assure une place de choix sur l’échiquier mondialiste.

« La guerre civile ou la dictature », tel est, en substance, le dilemme qui nous est imposé. Avec bien sûr une troisième voie, présentée comme un « moindre mal » : celle d’un subtil mélange des deux dans des proportions raisonnables, moyennant une totale soumission et l’acceptation du retour au servage de la part des classes laborieuses… L’accroissement des tensions communautaires, la radicalisation des mentalités ne sont pas fortuites. Elles participent à la transition voulue par l’oligarchie d’une dictature molle à un totalitarisme pleinement assumé.

Tout est mis en œuvre pour nous y préparer. Regardons comme se fondent les anciennes délimitations entre politiques « libérales » et celles dites « sociales ». Regardons le bourbier de contradictions dans lequel s’empêtrent les idéologues du moment, lorsqu’ils essayent de soutenir tel ou tel parti pris. Regardons comme les gens sont perdus, ne savent plus à quelle conviction ni à quel espoir se raccrocher. De quelque côté où l’on se tourne, l’étau se resserre de partout. Et le piège semble inextricable.

Regardons par ailleurs comme ils associent toutes les voix dissidentes, tous les lanceurs d’alertes et dénonciateurs de leurs bobards en une hypothétique « fachosphère », repaire comme chacun sait d’ignorants crédules et d’odieux nazillons aux chapeaux pointus. Que vous vous réclamiez de l’anarchie, du marxisme, du souverainisme, de l’écologie radicale ou même d’aucune école de pensée particulière n’a pour les tenants de la pensée unique plus la moindre espèce d’importance. Avisez-vous de remettre en question l’ordre établi de spoliation institutionnelle, de contester la légitimité des lignées parasites au pouvoir depuis des siècles ou de démentir l’interprétation officielle des évènements se déroulant sous nos yeux, vous serez taxé au choix de « conspirationnisme », de « rouge-brunisme », de « crypto-fascisme » ou encore – ultime trouvaille sémantique en vogue chez les nouveaux censeurs – de « confusionnisme »… Reconnaissons cependant aux autoproclamés « antifas » un art consommé de pousser à fond le paradoxe. Car prétendre établir ce qui est dicible et ce qui ne l’est pas ; vouloir interdire toute voix opposant une contradiction à la sienne, n’est-il pas le commencement et le principe même du fascisme ?

Les postures politiciennes ne doivent plus nous y tromper : nous sommes d’ores et déjà en dictature. Et c’est précisément car de plus en plus de personnes à travers le monde en prennent conscience que l’Empire aux abois se retranche dans sa dernière forteresse. En insinuant sa « guerre de tous contre tous », il espère tirer profit au lieu de subir la colère des peuples… Non seulement cette stratégie est vouée à l’échec. Mais elle est en train de se retourner contre lui. Car ironiquement, ses employés ne comprennent pas qu’associer l’intégralité des courants de pensée qui lui sont hostiles ne fait qu’en fédérer les groupes, et nous aider à tracer les lignes de force d’une résistance cohérente. En outre, la question des clivages idéologiques apparaîtra dérisoire lorsque la misère touchera les travailleurs toutes catégories confondues. Et la capacité d’entraide sera bientôt la plus sûre façon de s’assurer les meilleures chances de survie.

L’avenir qu’ils nous réservent est une fusion des modèles totalitaires passés et présents. Un village global où pour accéder au statut de « surhomme » implanté, il faudra d’abord se départir de toutes ses qualités humaines… Devant les attaques multiples et coordonnées que nous subissons, nous devons songer aux moyens d’y répondre de façon stratégique ; et non plus seulement réagir dans l’emphase émotionnelle. Car ils ne renonceront pas à leurs privilèges sur la base de jérémiades et simples protestations de forme. Il ne suffira pas de ne pas voter pour déminer ce énième piège qui nous est tendu, ni pour mettre un terme une fois pour toutes au règne de l’absolutisme marchand. Il faudra tout faire pour empêcher son prochain représentant d’usurper le pouvoir sous prétexte d’assentiment de 2 ou 3% de la population. Il doit être clair que manifester après coup notre désaccord dans la rue n’est plus d’actualité. Qu’il est inutile d’attaquer le mal à coups de banderoles et de slogans ou même au lance-pierres. Chacune de nos réactions violentes le renforce… Mais si la Bête ne peut être abattue en lui tirant dessus, elle peut cependant l’être si nous cessons de l’alimenter.

Notre contre-attaque devra se focaliser sur les moyens de subsistance de l’Empire, c’est-à-dire le priver dans toute la mesure du possible des ressources que sont l’impôt, la TVA payée sur chaque produit de consommation courante, et les intérêts versés pour chaque prêt bancaire… Il est nécessaire pour cela de nous unir, quelles qu’aient été jusque-là nos croyances et nos opinions. De nous organiser de sorte à ne plus dépendre d’un emploi au service du capital pour se nourrir et se loger. Sortir de sa bulle et son quant-à-soi. Élargir au maximum des réseaux locaux d’échange et d’entraide, pour contrer l’atomisation des rapports humains que nous observons. De mutualiser les outils, les repas, de prendre le temps de se parler, de partager nos savoirs-faire et de nous instruire ; contre le modèle individualiste et débilitant de la société de consommation. De soustraire son argent des banques pour l’investir dans des biens concrets : qu’il s’agisse de terres, de caravanes, de groupes électrogènes ou de matériels de soins… Il sera certes difficile à chacun d’agir sur tous ces fronts à la fois. Mais il suffit que dans cet effort, quiconque prenne la part qui lui est possible, et le rapport de force alors tournera en faveur des peuples.

À ceux qui objecteraient qu’une société sans État ouvrirait la voie au chaos généralisé, je demanderais de réfléchir à ce qu’ils observent aujourd’hui. N’est-ce pas justement l’État, vendu aux intérêts de la finance internationale, l’actuel plus grand fauteur de troubles à l’ordre public ? Par ailleurs, jamais les peuples autochtones n’ont fait preuve d’autant de violence que les régimes soi-disant « civilisés ». Ni les insurgés de tous pays plus de morts que les guerres et les entreprises coloniales. L’individu lambda n’est pas sanguinaire par nature. Il le devient par suite d’un lent et profond travail de conditionnement collectif.

S’il vous indiffère de voir se déliter sous vos yeux l’univers sécure que vous connaissiez, de voir se faner l’innocence des mômes avant même d’avoir grandi, d’être libre ou non et d’avoir l’inestimable chance d’être en vie, alors continuez d’obéir et de voter au prochain tour. Mais si pour vous, comme à beaucoup d’autres, cette condition de sous-hommes est inacceptable, rejoignez les rangs des Indivisibles au fond de l’arrière-cour. Il arrive qu’on y manque d’eau chaude et nous vivons à l’ombre des lumières de la ville… Mais la chaleur humaine y est bien présente, et par-dessus tout, nous sommes libres.

Nous n’avons pas de nom ni d’appartenance, et notre cercle n’a pas de centre. Notre seul dénominateur commun est la conscience de notre force. L’amour de la vie et de la beauté nous importe plus que le sort de nos petites personnalités. Nous portons en nous la foi et l’espoir que le temps nous enseigne assez de sagesse pour vivre en paix et en harmonie… Car nous savons que tout mouvement de l’Histoire induit mécaniquement son inverse, et que tôt ou tard, vous y viendrez… nous veillons sur la flamme en attendant votre arrivée.

Zénon – décembre 2016

=*=

“Chaque chose a sa place dans la loi naturelle ; où est le mal dans la Nature ? Il n’y a pas de mal dans la Nature. Vivre en accord avec la loi naturelle, nous pouvons pleinement percevoir au travers de nos sens, nous développons une appréciation pleine et riche du monde réel qui nous entoure, de ce que nous expérimentons dans la vie quotidienne, pour la réalité.”
~ Russell Means, 2012 ~

“Nous avons besoin d’une véritable grande vision et l’homme qui l’aura devra la suivre comme l’aigle recherche le bleu le plus profond du ciel.”
~ Tasunke Witko (Crazy Horse) ~

Solution politique au marasme ambiant… La société contre la médiocratie étatique (Zénon l’Ailé)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 15 novembre 2016 by Résistance 71

« Là où il n’y a pas d’esprit [Geist], pas de force intérieure, il y a une force externe, une régimentation, l’État. Là où il y a un esprit, il y a la société. Le non-esprit engendre l’État. L’État est une substitution à l’esprit. »
~ Gustav Landauer, 1919 ~

« Le monde est à nous ! Prenons-le, multiplions les territoires libérés de l’entreprise marchande ! »

« La fin de la démocratie parlementaire ne signifie pas le retour aux dictatures archaïques, à la mentalité agraire, à l’occlusion mentale et à la peste démagogique. Elle ouvre la voie à une démocratie directe, fondée sur l’intelligence sensible et le progrès humain, le seul qui nous intéresse. »
~ Raoul Vaneigem, 2002 ~

« La société est une société des sociétés des sociétés, une ligue des ligues de ligues… Seulement là, y a t’il liberté et ordre ; seulement là, y a t’il esprit [Geist], un esprit qui veut dire auto-suffisance, communauté, unité et indépendance…
Toute propriété de choses, toute propriété de terre est en réalité propriété des Hommes. Quiconque retient la terre des autres, des masses, force par essence les autres à travailler pour lui. La propriété privée est vol et esclavagisme… Nous devons reposséder la terre. Les communautés du socialisme doivent redistribuer la terre. La terre n’est jamais la propriété de quelqu’un. Laissons la terre sans maître alors nous, les Hommes, seront libres. »
~ Gustav Landauer, 1919 ~

=*=

« Médiocratie »

Ultimes soubresauts de l’ère darwinienne

 

Zénon l’Ailé

 

13 novembre 2016

 

Jusqu’au milieu des années quatre-vingt-dix, l’imaginaire collectif se représentait l’an deux-mille comme un triomphe de modernité. Un paradis technologique où la machine  aurait réglé l’ensemble des maux de la Terre, et où l’Homme libéré de toute contingence matérielle saurait se destiner à de plus hautes vocations. La science-fiction d’Hollywood annonçait des capsules individuelles sillonnant les airs entre les gratte-ciels, des cybers-programmes stimulant les capacités cérébrales et des véhicules à remonter le temps. La propagande était si bonne que le public en redemandait… Bientôt dix-sept ans après les douze coups de l’heure fatidique, l’humanité ne semble pas encore tout à fait remise de sa gueule de bois.

Car si effectivement, de nombreux fantasmes d’alors se concrétisent, on constate que leur développement sert quasi-exclusivement au renforcement des moyens de contrôle des populations de la part des pouvoirs en place. En parallèle, toutes les infrastructures sociales subissent en continu des assauts de démolition contrôlée, qu’il s’agisse de santé, d’éducation, de système législatif ou de sécurité. Chaque institution se voit détournée de ses fonctions régaliennes, et nul ne semble comprendre ce qui se passe… Plus de deux-cent cinquante mille décès chaque année font des erreurs médicales la troisième cause de mortalité aux États-Unis, où l’illettrisme concerne par ailleurs environ un quart de la population. En France, deux millions de téléspectateurs regardent quotidiennement un joueur de bonneteau encocaïné leur souiller la tronche avec ses débilités. Les nouvelles icones sont des porte-maillots du Qatar et autres mouflettes en silicone incapables de s’exprimer. De part et d’autre de l’Atlantique, les candidats à la pestilentielle offrent le spectacle d’enfants qui gesticulent, se chamaillent et se coupent sans arrêt la parole pour ne rien dire. Des gens meurent tombés d’une falaise en voulant se prendre en « selfie », d’autres en chassant le pokémon au milieu d’une voie d’autoroute… Tout est normal. La sécu remboursera jusqu’à trente mille euros votre opération de changement de sexe, et la mairie de Paris subventionnera votre film de promotion du fist-fucking.

Si l’on étudie l’Histoire et l’évolution humaines, on remarque que chaque découverte ou acquis technologique a permis un élargissement des consciences. Depuis le paléolithique à la plus récente époque et au point crucial où nous nous trouvons, sciences et technique ont dans l’inconscient populaire toujours été synonymes de progrès et de prospérité. Il s’est bien trouvé quelques esprits chagrins pour dénoncer l’utilisation des pesticides ou de l’arme atomique, mais tout avançait globalement au mieux… Pourtant, un phénomène rampant s’est insinué dans le corps social, d’abord insensiblement, puis de façon de plus en plus nette : celui de l’abrutissement généralisé. La tendance, encouragée par les biens zélés du système car bénéfique à l’expansion de leurs pouvoirs, a progressivement gagné du terrain. Et peu à peu gangréné tous les étages de la gouvernance, au point de menacer l’équilibre instable de leur théâtre de marionnettes. Ainsi, on verra le postulant devenir instituteur avec une moyenne de quatre sur vingt, le cambrioleur poster sur internet une photo de lui sur les lieux du délit, ou encore le député convaincu d’évasion fiscale plaider l’inadvertance et le simple oubli. En cours de français, les collégiens de quatrième seront invités à réaliser une vidéo sur le thème du handball. Et leurs parents bientôt exhortés à une fois encore élire la plus grande raclure du moment. Nul ne peut évidemment prédire l’avenir. Dressons donc un état des lieux du présent pour en deviner les perspectives qui se dessinent…

À tout saigneur, tout honneur : commençons par le sommet de la pyramide. La formation uniformément dispensée par les « grandes écoles » consiste pour l’essentiel à répondre à n’importe quoi, tout en évitant le plus soigneusement du monde la question posée… L’art du politicien, de nos jours, n’est plus celui de savoir dire, mais plutôt de taire en donnant l’impression de clore le débat. L’appauvrissement du champ lexical recommandé par les conseillers en novlangue, et la multiplicité des sujets tabous devant les médias ont réduit le discours politique à la plus profonde vacuité. Il ne reste à cette corporation plus que le linge sale et les attaques ad hominem pour espérer se faire valoir. D’où la transformation peu à peu du carnaval démocratique en règlement de comptes et en jeux du cirque… Par ailleurs, et bien que ceci soit secondaire en comparaison, on observe aujourd’hui chez le politicard moyen une absence totale de charisme et de prestance physique. Des avortons consanguins dans une chorale de basse-cour. C’est ainsi que notre onéreux chef-des-tas, incapable de se retenir devant un micro de journalistes, balance n’importe quoi sur tous les sujets pourvu qu’on en fasse les gros titres. Mais cette échappatoire de feindre la plus crasse incompétence pour se dégager de toute responsabilité est ambivalente… Car il se pourrait qu’un jour proche, la profonde nausée du peuple, sciemment alimentée depuis si longtemps, déborde leurs prévisions et que l’explosion de fureur grégaire se retourne contre eux.

À propos de journalisme, on ne saurait dresser un tableau de la connerie ambiante sans faire un aparté au sujet des médias. L’éloquence de leur unisson nous aura fait gober les faux charniers de Timisoara, l’affaire des couveuses du Koweït, l’analyse d’urine brandie à l’ONU comme arme de destruction massive de Saddam Hussein… Les papiers d’identité retrouvés aux abords de Charlie Hebdo, sur la promenade des Anglais, ou encore – j’allais oublier – au milieu des cendres du World Trade Center. Les médias nous ont fait accepter de renflouer les banques en 2008 pour les sauver, de répondre au terrorisme par plus de guerre et se faire vacciner contre des maladies générées de toutes pièces… La liste serait trop longue. À chacun de la compléter… Si l’on s’interroge sur la ligne éditoriale des bons pères de l’information française, rappelons leur principale appartenance aux groupes de Bolloré, Bouygues, Dassault, Lagardère, Bertelsmann ou bien Niel et LVMH… C’est-à-dire avionneurs, fabricants d’armes, vampires de la haute finance et magnats de l’immobilier. On notera aussi la raréfaction de l’écrit au profit de la vidéo, ainsi que la désaffection par le public de toute la presse traditionnelle qui, bien qu’aux mains de milliardaires, ne doit plus, hors redevances publicitaires, sa survie qu’à l’apport substantiel de deniers publics. Cette fière indépendance des médias vaut à la France d’être classée quarante-cinquième au rang des pays selon la liberté de la presse derrière le Ghana, l’Afrique du Sud et même les États-Unis… Comment dès lors s’étonner que les votards élisent chaque fois le baudet en meilleure position pour faire avancer le plan globaliste ?

Ce soir tous ces clowns dépités nous annoncent la victoire de Trump.

En France, et les uns de s’affliger de l’accession au trône d’un « facho », et les autres de se réjouir d’une victoire de l’« antisystème ». Sortons de cette logique bipolaire et gardons à l’esprit que le dollar est cliniquement mort depuis belle lurette. Maintenu sous perfusion par la guerre et l’émission de monnaie de singe. Les oligarques avaient deux possibilités. Soit préserver le dollar et intensifier les conflits au Moyen-Orient. Ce fut d’abord l’option retenue, mais Poutine s’est révélé plus retors négociateur qu’ils ne l’escomptaient. Soit préparer le terrain du « changement de coquille » en vue de l’inévitable crash financier. Cela requérait de favoriser l’air de rien la montée du populisme tout en protégeant leurs actifs, notamment par le Brexit, de redorer le blason « démocratique » auprès du public, pour ensuite faire porter le chapeau de la prochaine « crise » aux ignobles conservateurs de tous poils. Nous aurons certes au moins pour l’instant évité le scénario de guerre. J’en connais toutefois quelques-uns qui découvriront bientôt que le papier ne se mange pas.

Demain, le grand cirque électoral sera fini. Nous serons repartis pour un tour et il faudra retourner marner. Si la guignolade en vigueur se contentait du champ des loisirs, cela ne resterait qu’un épiphénomène. Mais il se trouve que le chaland sera accompagné dans le processus huit heures par jour de vie salariale. La plupart ont expérimenté dans le privé les conséquences du principe de Peter ; voulant que tout employé soit promu jusqu’à son niveau d’incompétence, au-delà duquel il sera maintenu à son poste. Mais on en retrouve l’équivalent dans le secteur public, où le meilleur moyen pour un chef de se débarrasser d’un mauvais agent est de le faire monter en grade, entrainant sa mutation d’office. Dans un cas comme dans l’autre, un réflexe de soumission à la hiérarchie verra le salarié obéir indistinctement à toutes les consignes, jusqu’à l’auto-sabotage et à l’absurde… C’est ainsi qu’il y a deux ans, la SNCF s’est vue devoir raboter mille-trois-cent quais de gares suite à une commande de rames de TER trop larges, ou encore qu’un assemblage de plaques en tôle poétiquement appelée « canopée » des Halles, s’avère à la fois une passoire dès qu’il pleut et un four solaire pour les riverains les jours de beau temps. L’anecdote prêterait à rire n’eût été son coût d’un milliard d’euros.

Déjà, le petit personnel du mondialisme commence à se faire du souci. Les éditorialistes, traders, publicitaires et autres « community manager » à s’apercevoir qu’hors le système parasitaire qui les nourrit, leurs boulots ne servent à rien. Et à se demander comment se recycler lorsque le vent tournera… Ils ne sont pourtant qu’au tout début de la désillusion. Il leur faudra, comme aux autres, voir leur salaire ne plus suffire à leur subsistance pour envisager sauter le pas. Rejoindre l’armée des surnuméraires ; des « non-accompagnés » indésirables de la Matrice… Les derniers emplois épargnés par l’intelligence artificielle et la robotique seront occupés par des semi-humains rabougris et anesthésiés. Nous vivons une époque extraordinaire à tous points de vue. Une période charnière de révélations et de décisions. Une fois le roi mis à nu ; son imposture taillée en pièces, nous devrons tous composer avec la panique de ceux qui n’y seront pas préparés. Et la tournure des choses dépendra de la proportion d’individus conscients dans chaque îlot de réfugiés.

Certes, tout est mis en œuvre pour étouffer jusqu’à la possibilité d’un éveil des peuples. Par l’envahissement des écrans, jeux vidéo et publicités ; n’importe quoi susceptible de distraire l’attention. Celui des antennes-relais, ondes GSM, Wi-Fi et objets connectés. Ou encore celui des OGM et autres poisons alimentaires dans nos assiettes. Si l’on ajoute à la liste la destruction programmée de l’enseignement scolaire, la banalisation des violences gratuites, l’inversion du sens des mots et des valeurs, il est clair que le niveau général ira en faiblissant chez tous ceux entortillés dans les mailles du système… Mais ce stratagème n’aura pas la moindre incidence ni sur l’évolution, ni sur le nombre de ceux qui voudront s’élever.

Car s’il devient de plus en plus outil de fichage et relai virtuel du consumérisme, Internet permet encore une transmission horizontale du savoir à l’échelle du globe. De révéler au grand jour les crimes et l’impunité dont jouissent les puissants, ou d’expliquer les causes d’évènements sous-tendant la marche du Monde… Je me rappelle de sity.net ou de Serge Monast. À l’époque, il n’existait qu’une dizaine de blogs de ré-information francophones, et la simple évocation de technologies top-secrètes ou d’expériences de contrôle mental suffisait à vous faire passer pour un dingue. Mais maintenant que des milliers de gens se consacrent à cette œuvre de décryptage, il est devenu impossible d’endiguer le réveil des foules. La multiplicité plutôt que la concentration est la clef de cette réussite. Que l’on en décapite un ; il en renaîtra cinq. Chaque jour confirme davantage la véracité de nos dires. L’actuelle diabolisation des « complotistes » n’est-elle pas un signe que nous sommes en train de gagner ? Combien des « sombres délires » d’alors se sont vérifiés authentiques ? Et combien de millions sommes-nous à refuser leur paradigme ?

Nous avons compris l’inanité du discours politique, mais aussi plus largement celle de la démocratie « représentative ». Nous avons compris que le vote ne revient qu’à légitimer la présence au pouvoir des pantins de l’oligarchie mondialiste, et à cautionner de fait les crimes commis en notre nom. Nous avons compris la mécanique frauduleuse des règles bancaires et de la finance internationale. Compris la machiavélique mise en œuvre d’un choc des civilisations en vue d’instaurer l’« ordre par le chaos »… Nous avons compris le projet eugéniste, vendu sous couvert de lutte contre le réchauffement climatique, d’accès à la parentalité « pour tous » ou au suicide assisté pour les dépressifs… Nous avons enfin compris qu’aucun salut ni secours n’était à attendre d’un sauveur quel qu’il soit, et que le havre de paix et d’amour à leur projet mortifère était à bâtir par nous-mêmes.

Avant le resserrement de la grille de contrôle totalitaire en préparation, nous disposons d’une étroite fenêtre temporelle par où favoriser une révolution des consciences, et nous unir pour contrecarrer le projet. Il existe en revanche un revers et un piège en cet espoir. Celui de rester chacun confortablement cantonné derrière son écran. Le temps que nous passons concrètement seuls et passifs est du temps gagné pour les oligarques… L’étape à franchir est le passage à l’acte. Vous vous demandez comment ? C’est simple. De la même façon que le public s’est naturellement détourné des médias aux ordres pour échafauder en parallèle autre chose, il nous reste à transposer cette opération de décalage vis-à-vis des institutions dans la vie réelle. Par la réappropriation de l’espace et la constitution de micro-associations informelles. Par le bannissement pur et simple dans nos échanges de l’usure, directe ou indirecte. La préemption de tous les biens spéculatifs et l’instauration d’un droit d’exploitation vivrière des terres agricoles. La fin de toute personnalisation du mandat public. Et par l’exercice direct du libre-arbitre, tant dans la destinée individuelle que collective.

Nous sommes à la croisée des chemins de l’Histoire, mes amis. Entre l’effondrement de l’ancien système et l’avènement de la dictature en devenir, nous avons l’opportunité ici et maintenant de faire pencher la balance en faveur des peuples. Il nous incombe à tous d’honorer cette chance et de prendre part à cet élan historique. Peser dans le processus et devenir les grains de sable qui enrayeront la Machine. Comme des grains de sable, ils essayent de nous retenir. Mais nous sommes à la fois trop petits et trop nombreux pour qu’ils nous saisissent… Il ne suffit que d’un feu de paille pour menacer leur hégémonie… Soyons l’étincelle capable d’embraser tout l’empire.

Zénon – 13 novembre 2016

« Le socialisme ne peut pas éviter la lutte contre la propriété terrienne et foncière. La lutte pour le socialisme est la lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire. [… ] Ainsi les socialistes doivent former de nouvelles communautés qui produisent ce dont leurs membres ont besoin. […] Notre esprit doit s’enflammer, illuminer, provoquer et attirer. Parler seul ne le fera jamais. Nous devons donner l’exemple et montrer le chemin. »
(Gustav Landauer, 1919)

=*=

« Médiocratie » en format .pdf

Les chroniques de Zénon sur JBL1960

Tranches de vie et regards croisés… d’en bas à gauche (Zénon l’ailé) 2ème partie: Communes

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 5 novembre 2016 by Résistance 71

J’ai
glissé le long
du sourire
d’un mot,
bien formé.
C’est mon origine…
Mais,
je
ne me rappelle plus
si
je
fus expulsé
ou
si
j’ai pris mes affaires
et
ai glissé
en pensant…

 

Ce furent
des mots
qui
nous
créèrent.
Ils
nous façonnèrent
et étendirent
leurs lignes
pour
nous contrôler.

 

Mais
je
sais
que
quelques hommes
se rassemblent
dans des grottes
en SILENCE

Plus jamais les Zapatistes ne seront seuls…

~ Subcommandante Insurgente Marcos ~
“Poème en deux temps et estocade subversive”
Trahi à la traduction par Résistance 71…

 

=*=

 

Regards croisés (2/2) : Communes

 

Zénon

 

Novembre 2016

 

Lire la 1ère partie

 

Depuis la tombée du jour alternait une régulière succession de paysages de campagne et de plats villages en bord de nationale. Deux ou trois fois seulement, la Lune avait semblé percer la nuit nuageuse. Il n’avait depuis son départ dû croiser qu’une vingtaine d’autres véhicules, tout au plus, ni vu l’horizon violacé par l’éclairage d’un centre-ville depuis une bonne heure. Dans la vieille 205 prêtée pour le voyage par un ami, il n’avait déniché que des albums de Tryo et de Grand Corps Malade… Pas tellement sa came. Rabattu alors sur la radio, il avait écouté France Info puis Rire et chansons, avant de finalement préférer se laisser bercer par le ronronnement du moteur. Il se sentait partir à somnoler, et songeait à s’arrêter quelque part lorsque l’apparition dans son rétro de gyrophares d’une moto de gendarme le tira de son apathie… Le pandore défourcha pesamment sa bécane et avança vers la portière avant. Tony vit alors ce mastard d’une cinquantaine d’années, bedonnant sous sa ceinture trop étroite et visiblement blasé, lui demander ses papiers… Contrôle de routine, il en avait l’habitude. Mais comme chaque fois, il ressentit au creux du bide cette sensation familière. Cette appréhension, quoiqu’adoucie par l’expérience, de voir percé à jour en lui ce mélange de peur et de colère instinctivement ressentis face aux uniformes.

Originaire des Mureaux dans les Yvelines, Tony n’avait durant sa jeunesse connu de tout le territoire que l’immensité bétonnée des grands ensembles périurbains. Plutôt sanguin mais pas belliqueux de nature, il avait été comme pas mal de potes plusieurs fois victime de violences policières sous Sarkozy ministre de l’intérieur. Et il avait littéralement pété une durite après l’accession du nabot à la présidence. Ayant personnellement considéré son élection comme une déclaration de guerre de la part des riches envers ceux d’en-bas, Tony avait décidé qu’il était grand temps de rendre les coups… Il s’était mis à cambrioler boutiques de luxe et hôtels particuliers, avec une habileté qui lui avait à l’époque valu de faire les choux gras de la presse… Puis était arrivé ce jour d’octobre où tout avait basculé. En train de s’accaparer le contenu d’une boîte à bijoux, Tony avait entendu grincer le pas de la porte sur le palier… Croyant de retour les propriétaires des lieux, il s’était préparé à les surprendre à l’entrée en se précipitant dehors comme il l’avait déjà une fois réussi. Et rencontré le plastron rembourré d’un représentant des forces de l’ordre parmi tous ceux en planque à l’attendre. Le flic s’était bousillé le fémur en dégringolant dans les escaliers. Devant la médiatisation de cette affaire ; en plein contexte de compétition d’exemplarité en matière pénale, le procureur l’avait accusé de tentative d’homicide sur un dépositaire de l’autorité publique, et requis contre lui six ans ferme. Il en avait été condamné à cinq.

Dans les premiers temps, seule sa haine du système ; la rancune des injustices qu’il avait subies, le maintint en vie dans cet univers où régnait la loi du plus fort dans sa plus brute expression. Tony dut se bastonner contre certains codétenus ainsi que des matons avant de se faire respecter. Faire sienne la règle du lieu où il se trouvait. Mais le plus difficile de la vie carcérale n’était ni cette violence, ni la promiscuité pas plus que les cris incessants. Le plus dur avait été l’inaction couplée à l’enfermement ; lesquels lui faisaient sans cesse ruminer les mêmes souvenirs et les mêmes pensées. À la contrainte du corps s’ajoutait la réclusion de l’esprit. Il était tentant, dans ces conditions, de se laisser engrainer à donner dans la surenchère… Mais tandis que, depuis une semaine au mitard, il ressassait encore la liste de ses projets de représailles, Tony perçut confusément qu’il n’ajoutait que plus de souffrance au mal en le réactualisant à chaque instant. Il se fit alors en lui un déclic. Il réalisa qu’il était tout à fait capable de décider du cours de ses réflexions. Qu’il était seul responsable de son état d’esprit, et par conséquent seul maître à bord de lui-même.

Son existence en avait été transformée. Il avait depuis ce moment vécu son incarcération comme une occasion de se fortifier mentalement. S’abandonnait désormais à son silence intérieur aussi souvent que possible. Et dévorait à la suite tous les bouquins disponibles. Orwell, Kafka, Dostoïevski, Shakespeare, Tolstoï, Camus, ou encore Balzac et Céline… Ses gueulantes avaient à présent pour unique objet de réclamer ce qu’il n’y avait pas. Avec le temps, il comprenait de mieux en mieux pourquoi la ruade n’était pas la réaction la plus efficace à l’oppression. Et qu’il faut accepter pleinement la réalité de son environnement pour être capable de s’en extraire… Sorti du schéma concurrentiel de savoir qui va baiser qui comme que du besoin de se donner telle ou telle image, Tony découvrait les vertus et possibilités constructives qu’offrait l’échange gagnant/gagnant. Les alliances ou les liens qu’il nouait peu à peu se trouvaient de fait beaucoup plus fiables et plus solides que tous ceux dictés par une volonté de prédation. Ils apportaient mutuellement la confiance et la capacité de croiser les informations… Depuis maintenant deux ans, il connaissait la Taule sur le bout des ongles. Ses amis aussi. Le projet de se faire la malle ne serait resté comme pour les autres qu’un fantasme hypothétique si deux parmi eux n’avaient pas eu la ferme résolution de passer à l’acte, et s’ils n’avaient ensemble découvert la faille par où passer.

La relève de six heures du mat’ était la plus vulnérable. Les renforts de flics dehors idem. Des camarades les attendaient en caisse à l’extérieur… Le premier maîtrisa le maton tout jeune recruté, lui fit remettre son arme et ouvrir les portes des autres en le menaçant de sa lame sur la gorge. Tony n’avait de sa vie jamais connu d’adrénaline aussi forte… Il leur fallait autant que possible progresser vers l’enceinte en sous-sol, pour ne servir de cibles aux miradors qu’au dernier moment. Clameurs et tambours métalliques accompagnaient leur avancée d’un bloc à l’autre. Tenant en otage un des surveillants, ils ne rencontrèrent que peu de résistance chez ses collègues. Pour accroître à la confusion et optimiser leurs chances de sortie, ils firent libérer d’autres taulards. De quatre, ils passèrent à huit puis à quatorze… De son souvenir de la dernière course vers l’extérieur, Tony ne gardait qu’une suite d’instantanés assourdis par les tirs et les cris. Seuls deux autres détenus parvinrent à s’en sortir avec lui. Ils se firent comme convenu déposer l’un après l’autre en différents points de chute. Simplement planqués chez des potes, ses compagnons furent vite repris. Tandis qu’atterri au foyer d’Africains des Aunettes à Sainte-Geneviève-des-Bois, Tony fut initié à une vie tout à fait nouvelle…

Le foyer était une véritable pépinière d’activités parallèles… Le maître-chien croisait en rentrant à sept heures le magasinier qui partait bosser. Les femmes donnaient la journée des devoirs aux mômes à défaut d’école, et des cours de français le soir aux adultes. Tout était mutualisé, le manque de ressources était compensé par la débrouille et la solidarité générales… Le voisin vendait moitié prix des cartes de téléphone pour l’Afrique. D’autres proposaient des jouets ; robots ou poupées tombés du camion, sur des couvertures, dans le hall. Au lever du jour, les daronnes partaient avec des mangues, dattes ou autres fruits exotiques avec l’espoir de faire un billet. Cinq ou six types se partageaient une voiture et se relayaient comme taxis clandestins… Mais le plus beau restait cette cantine aménagée dans une pièce cradingue et mal ventilée du sous-sol. D’énormes matrones y préparaient des plats de mafé ou de poulet tièp assez copieux pour faire deux repas, servis un euro… Grâce à elles, tout le monde mangeait à sa faim non seulement au foyer, mais aussi dans toute la cité environnante. Dans la fumée des fourneaux, on y entendait pêle-mêle parler français, arabe, swahili et soninké. Ce n’était pas tant le talent déployé au système D que l’incroyable gaieté régnant dans les lieux qui fascinait le plus Tony. Il savait ne se trouver là qu’en transit : une cavale sans argent s’organise et il attendait d’autres plans de la part de l’un de ses contacts. Mais il n’avait encore jusque-là jamais rencontré une telle joie de vivre ensemble au sein d’une communauté.

« La plupart des gens qui rêvent d’une autre vie et arrivent ici me demandent toujours : comment faire ? Alors que la réponse est dans la question… Il s’agit de commencer par faire. » Ainsi l’avait accueilli Camille le soir de son arrivée. Elle avait accepté de le cacher moyennant coup de main à la retape de sa ferme dans le Puy-de-Dôme… Il fallait voir ce petit bout de femme d’un mètre cinquante bucheronner le bois pour monter ses ruches ! Un orage en avait détruit la plupart deux mois plus tôt. Plusieurs personnes des villages voisins venaient aussi l’aider tour à tour… Tony était bon gaillard et n’avait pas peur des travaux physiques. Mais il était impressionné par l’inaltérable énergie de Camille. Par le passé aide-soignante citadine et dégoûtée de ses conditions de travail, elle avait du jour au lendemain tout plaqué pour vivre et réaliser son rêve de gamine : devenir apicultrice. Précisément parce que les abeilles disparaissaient… Il n’existait pour elle jamais de cause perdue.

Ce fut également chez Camille que Tony avait rencontré Alain… Un autre spécialiste de la reconversion et du recyclage, puisqu’ancien technicien de maintenance en infrastructure thermonucléaire, il avait tourné casaque et s’était mis à bricoler des éoliennes à partir de déchets en tous genres. Il s’était fait embaucher à la déchetterie locale. Et fournissait aux autonomes du coin tous les matériaux dont ils avaient besoin. Alain portait la barbiche et le sourire franc. Il répétait souvent que le don était le meilleur moyen de ruiner le projet mondialiste : d’une, il était local et créait du lien ; deux, sans déposséder celui qui offrait, il permettait au contraire d’optimiser l’utilité des objets en circulation ; enfin, aussi légal qu’anonyme, il ne présentait aucune prise à la répression de la part du système. Au fil du temps, Alain avait tissé dans le département un large réseau de troc et d’entraide. C’était comme il disait une petite revanche par rapport à son ancienne vie.

Charpente, maçonnerie, plomberie ou bien électricité : autant de domaines dans lesquels Tony avait tout à apprendre. Sur les conseils d’un ami d’Alain également partisan du troc mais plutôt axé sur l’échange de services, Tony avait rallié l’université-libre des savoirs-faire, dans le Lubéron. Non loin des villas de présentateurs télé, de footballeurs et autres starlettes, des hommes et femmes de vingt à quatre-vingt ans venaient ici partager leurs techniques et leurs connaissances : système de récupération d’eau et d’irrigation, leçons de piano, de cuisine, d’arts martiaux, de forge… Langues mortes, préparation de produits d’entretien naturels, tradition druidique, herboristerie, toutes les disciplines combattues par le pouvoir étaient représentées. La philosophie générale du groupe était que lorsque plus rien d’autre n’aurait de valeur que nos bras, seule notre disposition à nous en servir ferait la différence. On mangeait à de longues tablées dressées sous un abri ouvert à tous vents. Et l’on dormait le soir dans le grand cabanon collectif ou bien dans une tente pour ceux désirant préserver leur intimité. À la belle étoile parfois l’été… La vie à l’université-libre était un tourbillon de rencontres et d’affinités.

Mais il ne faisait pas bon pour lui rester trop longtemps quelque part. Aussi Tony fut-il contraint de quitter, à regrets, l’université des savoirs-faire pour se faire embaucher au noir comme cuistot dans une auberge ouverte par un jeune couple dans un petit village du Gard. L’initiative était ambitieuse : il s’agissait, outre le gîte et le couvert, d’offrir à des artistes de tout le pays un lieu de visibilité auprès des locaux. Concerts gratuits, expos de peinture, batailles d’impros sur une scène bricolée de morceaux de palettes… Tony fit la rencontre de très nombreux talents inconnus. Des gens qui s’offraient à leur passion et à leur public sans autre contrepartie que la simple joie d’être ici. Du partage d’un moment, d’une émotion fugitive… Parmi eux, Tony fit la connaissance d’Helena, danseuse Tzigane. Elle lui conta l’antique histoire de leur reine à toutes, Sabaya, qui dansant un jour pour le Vatash, s’était à force de tourner sur elle-même évaporée devant lui. Helena voyait la vie toute entière comme une danse. Elle disait qu’il en allait de même sur un ring de boxe, en politique ou dans le feu d’une discussion : tout personnage n’existait que par la présence de l’Autre. Comme la course des électrons assurant la cohésion des atomes et la roue des cycles célestes. Pour Helena, pas plus nos mouvements que nos idées ne pouvaient nous appartenir : tout n’était qu’infime part d’une continuité d’énergie qui circulait la plupart du temps à leur insu entre les gens… Helena était ravissante. Tony s’en serait facilement laissé enticher, s’il n’avait pas appris en taule qu’on ne touche pas la fille d’un manouche.

Ce fut par son intermédiaire que Tony put être accueilli dans un campement tzigane des environs de Grasse. Au contraire des clichés cinématographiques sur la violence régnant dans leur communauté, il y trouva un sens du respect et de la famille garants de la survie et la cohésion du clan. D’une solidarité qui les avait toujours sauvés de la disparition. Il y avait les interminables parties d’échecs entre les anciens. De poker ou de rami à l’apéro… Carcasses de métal et bécanes de tous côtés. Marmaille à demi-nue et chiens faméliques. Et bien sûr aussi la musique : d’abord les airs lents et graves ; le chœur entonnant tantôt un couplet nostalgique, avant de reprendre par une envolée de joyeuse exubérance. Puis le rythme s’accélérait, la frénésie s’emparait du cœur et du corps, on croyait sortir de soi pour se fondre dans l’atmosphère. Enfin claquaient les dernières notes dans un grand cri d’allégresse, dont l’écho donnait l’impression de paillettes mêlées aux escarbilles et aux volutes de fumée dans la nuit… Tony se souvenait de ces ratas cuisinés pour quinze dans une parabole télé couverte d’alu, des prises de gueules homériques et des réconciliations sans rancune. Des paris perdus d’avance et des décoctions de la petite mère aux herbes… Ayant appris la mécanique auprès des copains du camp, il y était resté bossé avec eux le temps de moyenner de nouveaux papiers, passe-partout impératif à son nouveau départ. Reçu en ami au campement, Tony en repartit en frère. Jamais sa confiance en l’humanité ne s’était trouvée aussi affirmée.

Il avait sillonné la France du nord au sud et d’est en ouest. Connu la multicolore floraison des printemps d’auvergne et les neiges du Béarn en février. Vu à l’aurore fuir une biche à travers les brumes dans un sous-bois. Un glissement de terrain dans le Tarn arracher les arbres et les pylônes électriques. Les inondations dans les caves. Les férias, partout dans le sud… Leur bordel encadré par des lois ancestrales comme le lâcher-prise autrefois des noces païennes. Les eaux-mortes de la Camargue et le soleil couchant sur l’Atlantique… Il avait parcouru les Alpes, le luxuriant massif du Vercors, les pieds de vigne à perte de vue de la vallée du Rhône. Tony revoyait cette ruine d’abbaye perchée au sommet d’un pic, la vieille ville de Carcassonne et les rues pavées de Nantes. Les couleurs fauves du carnaval et l’ambiance des brasseries lilloises… Partout, il avait trouvé des gens prêts à l’accueillir et à l’aider… Un médecin de campagne à la retraite continuant d’exercer sous le manteau contre un stère de bois ou des œufs de poule. La quinzaine de personnes appliquant une méthode coopérative et horizontale pour soustraire sans qu’il n’y paraisse un maximum d’argent du système bancaire. L’ouvrier-maçon qui durant dix ans s’était creusé dans la roche une maison semi-troglodyte à flanc de falaise, et qui lui avait fait visiter les gorges d’où les maquisards balançaient les corps d’officiers Allemands et de collabos. Un groupe de parents d’élèves qui, écœurés par la théorie du genre et la pauvreté des programmes, avaient fini par monter une école et une cantine parentales… Tony songeait à sa jeunesse et à la sinistrose de son quartier. S’il avait pu deviner alors toutes les richesses du pays ! Jamais il ne serait tombé dans le piège du « foutu pour foutu ». Selon les perspectives du système, il n’existait effectivement aucun avenir… Ce dernier ne résidait plus qu’au cœur de l’Humain : dans sa créativité comme dans sa capacité de résilience. Dans la puissance de son amour, le potentiel destructeur de sa haine. Dans les montagnes russes de sa joie et de sa douleur. Dans son éloquence. Ses bégaiements. Dans sa grandeur et sa petitesse. Tony avait compris pourquoi le système n’était pas à combattre de manière frontale. On y perdait au choix sa liberté, sa vie ou son âme. Il était en revanche possible de s’appuyer sur ses nombreux points de chute pour bâtir en parallèle autre chose. Tony était tenté de de sourire à l’idée qu’il comptait parmi ceux déjà à l’œuvre… Mais la situation exigeait un minimum d’équanimité.

Examinant à la lampe de poche son permis et sa carte grise, le gendarme lui demanda sa destination. Tony répondit qu’il rendait visite à sa mère du côté de Dijon. Un bref instant, il rencontra le regard de l’officier lorsque celui-ci lui rendit ses papiers : on pouvait y lire toute la fatigue et le poids des ans passés sous un uniforme… En redémarrant, il se sentit envahi d’une certaine pitié pour le pauvre bougre endimanché comme un playmobil. Et il réalisa que sa vieille rancœur à l’égard des cognes avait disparue… Son évasion physique n’avait été qu’un prélude à sa véritable libération… Plus encore que celle d’agir, sa cavale et tous ces gens qu’il avait rencontrés lui avaient rendu la faculté d’aimer son prochain.

Aux anarchistes de tous pays…