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Résistance au Nouvel Ordre Mondial: Trotskisme yankee et néoconservatisme…

Posted in actualité, altermondialisme, économie, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 1 février 2015 by Résistance 71

Qui sont les « néoconservateurs » américains et occidentaux ? Historique du mouvement issu du trotskisme en gardant présent à l’esprit que Trotski, tout comme Lénine, était un agent de Wall Street et de la City de Londres. Voir à ce sujet notre dossier sur « Wall Street et la révolution bolchévique » de l’historien Antony Sutton. Ceci nous éclaire sur le pourquoi capitalisme et capitalisme d’état (marxisme et ses variantes léniniste, trotskiste, staliniste, puis plus tard maoïste…) sont les deux côtés de la même pièce capitaliste, pilotés par les mêmes intérêts convergents de la haute finance et de l’industrie transnationale. Le mouvement trotskiste néoconservateur n’en est qu’un des avatars supplémentaire…

En France, Jospin et Cambadélis (entre autres) issus du mouvement « lambertiste », en sont les représentants de longue date…

— Résistance 71 —

 

Les New York Intellectuals et l’invention du néo-conservatisme

 

Denis Boneau

 

Novembre 2004

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article15635.html

 

À partir de 1945, les services de propagande états-uniens et britanniques recrutent des intellectuels souvent issus des milieux trotskistes afin d’inventer et promouvoir une « idéologie rivalisant avec le communisme ». Les New York Intellectuals, Sidney Hook en tête, accomplissent différentes missions confiées par la CIA avec zèle et efficacité, devenant rapidement des agents de premier plan de la Guerre froide culturelle. Des théoriciens majeurs de ce mouvement, comme James Burnham et Irving Kristol, ont élaboré la rhétorique néo-conservatrice sur laquelle s’appuient aujourd’hui les faucons de Washington.

En 1945, les stratèges soviétiques veulent obtenir la reconnaissance des démocraties populaires de l’Europe de l’Est. Ils lancent, en s’appuyant sur les services secrets, une campagne internationale pour la paix. Leur objectif est de conserver le contrôle du « glacis défensif » en évitant une série de conflits armés avec la coalition anglo-saxonne. En Grande-Bretagne, les gouvernements, notamment celui de Clement Attlee, cherchent à rompre avec la propagande de guerre qui a justifié de 1942 à 1945 l’alliance avec Moscou. Dans ce contexte, en février 1948, Attlee crée, au sein du Foreign Office, le Département de recherche de renseignements (IRD), véritable « ministère de la Guerre froide » alimenté par les fonds secrets et chargé de produire de fausses informations pour discréditer les communistes. Aux États-Unis, la situation est plus favorable. Les procès de Moscou, l’exil de Trotski, ancien bras droit de Lénine, et le pacte germano-soviétique ont considérablement nui au Parti communiste. Dans ce contexte, les marxistes rejoignent massivement l’aile trotskiste de la gauche radicale dont une fraction pactisera avec la CIA, trahissant la IVe Internationale. Après une série d’échecs désastreux, les services soviétiques renoncent à toute influence idéologique aux États-Unis et privilégient les pays d’Europe de l’Ouest, spécialement la France et l’Italie.

Les services secrets britanniques et états-uniens cherchent à fabriquer une pensée assez crédible et universelle pour rivaliser avec le marxisme-léninisme. Dans ce contexte, les New York Intellectuals – Sidney Hook, James Burnham, Irving Kristol, Daniel Bell…- vont constituer des combattants culturels particulièrement efficaces.

Les premiers « coups tordus »

Les New York Intellectuals n’ont pas besoin d’infliltrer les milieux communistes : ils s’y trouvent déjà et s’y définissent comme militants trotskistes. La CIA, en recrutant des hommes comme le philosophe marxiste Sidney Hook, collecte des renseignements utiles sur la gauche radicale états-unienne et tente de saboter les réunions internationales parrainées par Moscou.

En mars 1949, à New York, se tient une « conférence scientifique et culturelle pour la paix mondiale », à l’hôtel Waldorf Astoria. Des délégations de militants communistes s’y pressent ; la réunion est secrètement supervisée par le Kominform. Mais l’hôtel est sous contrôle de la CIA, qui y a installé un quartier général secret au dixième étage. Sidney Hook, qui joue le communiste repenti, reçoit à part des journalistes auxquels il explique « sa » stratégie contre « les staliniens » : intercepter le courrier du Waldorf et diffuser de faux communiqués. Profitant de la « position de cheval de Troie » de Sidney Hook, la CIA mène une campagne d’intoxication médiatique allant jusqu’à divulguer publiquement l’appartenance politique de certains participants préfigurant ainsi la « chasse aux sorcière » du sénateur McCarthy. Avec zèle et brio, Hook mène son équipe d’agitateurs, de délateurs et de manipulateurs, rédigeant des tracts et semant le désordre lors des tables rondes… Simultanément, à l’extérieur de l’hôtel Waldorf, des dizaines de militants d’extrême-droite défilent pancarte à la main pour dénoncer l’ingérence du Kominform. L’opération est un succès total, la conférence tourne au fiasco. 
Tirant les leçons du « coup du Waldorf », la CIA états-unienne et l’IRD britannique systématisent l’enrôlement de trotskistes dans la lutte secrète contre Moscou, au point d’en faire une constante de la « guerre psychologique » qu’ils livrent à l’URSS [1].

Sidney Hook, chef de file des New York Intellectuals

Né dans un quartier pauvre de Brooklyn en 1902, Sidney Hook entre en 1923 à l’université de Colombia où il rencontre John Dewey, son premier maître à penser. Après son doctorat, il obtient une bourse de la fondation Guggenheim qui lui permet d’étudier en Allemagne et de visiter Moscou. Comme tant d’autres intellectuels de l’époque, il est fasciné par Staline et le régime soviétique. À son retour aux États-Unis, il débute sa carrière à l’université de New York au département de Philosophie. Il ne quittera son poste qu’en 1972 pour s’installer à Stanford au terme d’une évolution intellectuelle qui l’aura conduit du communisme au néoconservatisme. À la fin de la Première Guerre mondiale, après s’être marié avec une militante communiste, Hook s’inscrit dans un syndicat d’enseignants proche du Parti. Il travaille à une traduction de Lénine et publie un livre remarqué, Towards the understanding of Karl Marx. Intellectuel typique de la gauche radicale, il participe aux manifestations contre l’exécution des anarchistes Sacco et Vanzetti.

Au début des années 30, Hook rompt avec les communistes et se rallie au clan des trotskistes réunis au sein de l’American Workers Party, fondé en 1938. Il organise la « Commission d’enquête sur la vérité dans les procès de Moscou » qui a pour but d’innocenter Trotski écarté du pouvoir par Staline.

À partir de 1938, il abandonne définitivement l’idéal révolutionnaire. En 1939, il fonde le Committee for cultural freedom, une organisation antistalinienne qui constituera, après la guerre, l’une des bases du Congress for cultural freedom [2]. Plus qu’une rupture, cette « trahison » – Hook surveille ses anciens amis pour le compte de la CIA – constitue pour lui une opportunité politique et financière attractive. Lorsque Hook évoque les raisons de sa conversion, il désigne des « staliniens » comme Brecht qui, au cours d’une discussion à New York en 1935 aurait plaisanté à propos de l’arrestation de Zinoviev et Kamenev : « Ceux-là, plus ils sont innocents, plus ils méritent d’être fusillés ». Une dénonciation qui en dit long sur les méthodes de Hook qui n’hésitait pas à citer des propos critiques en les retirant de leur contexte pour les rendre odieux.

Dans cette logique de délation, l’initiative du sénateur du Wisconsin, McCarthy, est soutenue discrètement par Hook qui publie deux articles, « Heresy, yes ! Conspiracy, no ! » (Hérésie, oui ! Conspiration, non !) et « The dangers of cultural vigilantism » (Les dangers de la vigilance culturelle) dans lesquels, prétendant critiquer McCarthy, il encourage à espionner et dénoncer les fonctionnaires, intellectuels et politiques proches des communistes. Hook a toujours prétendu par la suite qu’il n’avait jamais soutenu le sénateur du Wisconsin, ce que récuse la philosophe Hannah Arendt, pourtant alliée naturelle de Hook. Dans « Heresy, yes ! », il décrit la postures idéologique des « libéraux réalistes » et la notion de « culpabilité par fréquentation ». Il en déduit que l’État doit mener la « chasse aux sorcières » en gardant l’apparence d’un régime libéral. Pour cela, l’administration, plutôt que de criminaliser les fonctionnaires communistes, doit pouvoir amener les individus suspects à démissionner. Concernant les enseignants, Hook note qu’un professeur communiste « pratique une véritable fraude professionnelle » [3]. Au finale, Hook considère que la « chasse aux sorcières » constitue une erreur politique, non pas en raison de la nature fasciste de cette campagne de délation, mais plutôt parce que l’initiative de McCarthy, trop peu discrète, contribue à mettre en équivalence la violence soviétique et états-unienne. Dans « The dangers of vigilantism », il préconise d’autres moyens, plus secrets, afin de chasser les communistes : il s’agit par exemple de confier la charge des enquêtes de loyauté aux instances professionnelles.

Effectivement Sidney Hook préfère les actions discrètes. Son implication dans plusieurs opérations de la Guerre froide culturelle, dont le Congrès pour la liberté de la culture, met en évidence sa conception de la démocratie, conçue comme une façade nécessaire du bloc atlantiste mené par les États-Unis. En 1972, il quitte New York et devient jusqu’à sa mort l’un des principaux théoriciens conservateurs rassemblés au sein de la Hoover Institution [4]. En fréquentant les cercles de la diplomatie secrète, Sidney Hook devient un conservateur respecté par les gouvernants. En 1985, Ronald Reagan lui remet la plus haute distinction civile états-unienne, la Medal of Freedom après avoir décoré, le même jour Frank Sinatra et Jimmy Stewart. Il meurt en 1989. Sa femme reçoit les condoléances du Président Bush : « Pendant toute sa vie, il fut un défenseur sans peur de la Liberté (…) Alors qu’il affirmait souvent qu’il n’existe rien d’absolu dans la vie, l’ironie voulut qu’il prouve lui-même le contraire car s’il y eut un absolu, ce fut Sidney Hook toujours prêt à combattre courageusement pour l’honnêteté intellectuelle et la vérité ».

Convertir les trotskistes

La « trahison » de Sidney Hook qui a rendu possible la réussite de la campagne d’intoxication du Waldorf est le point de départ d’un mouvement de conversion d’une fraction de l’aile trotsksite. La CIA et l’IRD font confiance aux marxistes repentis pour mener à bien une opération de grande envergure : la fabrication d’une « idéologie rivalisant avec le communisme », selon l’expression de Ralph Murray, premier chef de l’IRD, dont le Congrès pour la liberté de la culture sera le principal instrument de promotion.

 

La tactique de la CIA et l’IRD consiste donc, dans un premier temps, à « retourner » des militants trotskistes et à s’assurer de leur obéissance. Pour cela, les services investissent une partie des fonds secrets dont ils disposent afin de « sauver » des revues radicales de la faillite totale. Ainsi la Partisan Review, fief des New York Intellectuals, ancienne tribune communiste orthodoxe, puis trotskiste [5], reçoit plusieurs dons. En 1952, le chef de l’Empire Time-Life, Henry Luce, verse grâce à Daniel Bell 10 000 dollars pour que la revue ne disparaisse pas. La même année, Partisan Review organise un symposium dont le thème général peut être résumé ainsi : « l’Amérique est maintenant devenue la protectrice de la civilisation occidentale ». Dès 1953, alors que les New York Intellectuals dominent le Congrès pour la liberté de la culture, Partisan Review reçoit une subvention issue du « compte du festival » du Comité américain pour la liberté de la culture, alimenté par la fondation Farfield… avec des fonds de la CIA. De la même manière, New leader animé par Sol Levitas est « sauvé » après l’intervention financière de Thomas Braden… avec l’argent de la CIA. On comprend mieux comment l’agence est parvenue à fidéliser certains groupes de la gauche radicale.

En plus du « sauvetage » de Partisan Review, la CIA collabore avec les services britanniques afin de créer une revue anticommuniste. Il recrute ainsi Irving Kristol, le directeur exécutif du Comité américain pour la liberté de la culture. Kristol est entré en 1936 à City College où il rencontre deux futurs camarades de la guerre froide, Daniel Bell et Melvin Lasky. Trotskiste antistalinien, il travaille pour la revue Enquiry. Après la guerre, recruté par les services états-uniens il retourne à New York pour diriger la revue juive Commentary. Directement financé par les crédits Farfield (CIA), il est chargé d’inventer Encounter sous la surveillance de Josselson. Le « magazine X », qu’il dirige avec le naïf Stephen Spender sera le fer de lance de l’idéologie néoconservatrice états-unienne.

La lutte contre le communisme au Congrès pour la liberté de la culture

Les New York Intellectuals et autres communistes repentis sont logiquement contactés par Josselson (placé sous les ordres de Lawrence de Neufville) qui, pour le compte de la CIA, est chargé de créer le Congrès pour la liberté de la culture. L’objectif est alors d’organiser en Europe de l’Ouest la « guerre psychologique », selon l’expression d’Arthur Koestler, contre Moscou.

Arthur Koestler, né en 1905 à Budapest, a été un militant communiste actif pendant plusieurs années. En 1932, il visite l’Union soviétique. L’Internationale finance l’un de ses livres. Après avoir dénoncé à la police secrète sa petite amie russe, il quitte Moscou et rejoint Paris. Pendant la guerre, il est arrêté et déporté en tant que prisonnier politique. La guerre terminée, Koestler écrit Le Zéro et l’infini, un livre dans lequel il retrace son parcours et dénonce les crimes du stalinisme. La rencontre des New York Intellectuals, par l’intermédiaire de James Burnham, lui permet de fréquenter les milieux où se décident les opérations culturelles secrètes. À la suite de nombreux entretiens avec des agents de la CIA, il supervise l’écriture d’un ouvrage collectif, une commande directe des services. Le Dieu des ténèbres (André Gide, Stephen Spender…) constitue une sévère condamnation du régime soviétique. Arthur Koestler est ensuite employé dans le cadre de la mise en place du Congrès pour la liberté de la culture.

Koetsler écrit le Manifeste des hommes libres à la suite de la réunion du Kongress für Kulturelle freiheit de Berlin organisé en 1950 par son ami Melvin Lasky. Pour lui, « la liberté a pris l’offensive ». James Burnham est largement responsable du recrutement de Koestler qui va vite devenir, en raison de son enthousiasme, trop gênant aux yeux des conspirateurs du Congrès.

Le parrain de Koestler, James Burnham, est né en 1905 à Chicago. Professeur à l’université de New York, il collabore à diverses revues radicales et participe à la construction du Socialist Workers Party. Quelques années plus tard, il organisera la scission du groupe trotskiste [6]. En 1941, il publie The Managerial Revolution, futur manifeste du Congrès pour la liberté de la culture, traduit en France en 1947 sous le titre de L’Ère des organisateurs. La conversion de Burnham est particulièrement spectaculaire. En quelques années, après avoir rencontré le chef des réseaux stay-behind [7], Franck Wisner et son assistant Carmel Offie, il devient un ardent défenseur des États-Unis, selon lui unique rempart face à la barbarie communiste. Il déclare : « Je suis contre les bombes actuellement entreposées en Sibérie ou au Caucase et qui sont destinées à la destruction de Paris, Londres, Rome, (…) et de la civilisation occidentale en général (…) mais je suis pour les bombes entreposées à Los Alamos (…) et qui depuis cinq ans sont la défense – l’unique défense – des libertés de l’Europe occidentale ». Parfaitement conscient de la fonction du réseau stay-behind, Burnham, ami intime de Raymond Aron, passe du trotskisme à la droite conservatrice devenant l’un des intermédiaire principaux entre les intellectuels du Congrès et la CIA. En 1950, lorsque le turbulent Melvin Lasky reçoit des fonds détournés du Plan Marshall, Burnham, Hook et Koestler sont vraisemblablement mis dans la confidence. Burnham va pouvoir, grâce au Congrès pour la liberté de la culture diffuser dans toute l’Europe de l’Ouest son livre The Managerial Revolution.

« Une idéologie rivalisant avec le communisme »

Raymond Aron [8] est le principal artisan de l’importation en France des thèses des New York Intellectuals. En 1947, il sollicite les éditions Calmann-Lévy afin de afin de faire publier la traduction de The Managerial Revolution. Au même moment, Burnham défend aux États-Unis son nouveau livre Struggle for the World (Pour une domination mondiale). L’Ère des organisateurs est immédiatement interprété (à juste titre), notamment par le professeur Georges Gurvitch, comme une apologie de la « technocratie ».

Cherchant à disqualifier l’analyse en termes de luttes de classe, Burnham déclare que les directeurs sont les nouveaux maîtres de l’économie mondiale. Selon l’auteur, l’Union soviétique, loin d’avoir réalisé le socialisme, est un régime dominé par une nouvelle classe constituée de « techniciens » (dictature bureaucratique). En Europe de l’Ouest et aux États-Unis, les directeurs ont pris le pouvoir au détriment des parlements et du patronat traditionnel. Ainsi, l’ère directoriale signifie un double échec, celui du communisme et du capitalisme. La principale cible de Burnham est évidemment l’analyse marxiste-léniniste dont le principe, la dialectique historique, annonce l’avènement d’une société communiste mondiale. En fait, « le socialisme ne succédera pas au capitalisme » ; les moyens de production, partiellement étatisés, seront confiés à une classe de directeurs, seul groupe capable de diriger, en raison de leur compétence technique, l’État contemporain.

Léon Blum a bien compris la dimension fondamentalement anti-marxiste des thèses technocratiques de James Burnham. Après la guerre, en tant qu’allié de Washington, l’ancien homme fort du Front populaire doit pourtant préfacer la traduction française, non sans une certaine gêne : « Si je n’étais sûr de la sympathie des uns et de l’amitié des autres, j’aurais vu dans cette demande comme une trace de malice (…) on imagine guère d’ouvrage qui, sur la pensée d’un lecteur socialiste, puisse exercer un choc plus inattendu et plus troublant » [9]. Avec un parrain comme Raymond Aron et un préfacier comme Léon Blum, L’Ère des organisateurs connaît un succès considérable.

Proche de Sidney Hook avec qui il soutient la « chasse aux sorcières », Daniel Bell publie en 1960 La Fin des idéologies, un recueil d’articles publiés dans Commentary, Partisan Review, New Leader et de communications du Congrès pour la liberté de la culture. La traduction française est préfacée par Raymond Boudon, qui durant toute sa vie a combattu les théories de l’école française de sociologie incarnée par Émile Durkheim et Pierre Bourdieu dans le but d’imposer une conception américanisée des sciences sociales. La Fin des idéologies, comme son nom l’indique, reprend la thèse favorite des New York Intellectuals, à savoir l’extinction du communisme comme idéal. Daniel Bell, membre actif du Congrès pour la liberté de la culture qui contribue à diffuser son livre, annonce aussi l’émergence de nouveaux conflits idéologiques : « La Fin des idéologies fait le pronostic de la désintégration du marxisme comme foi, mais ne dit pas que toute idéologie va vers sa fin. J’y remarque plutôt que les intellectuels sont souvent avides d’idéologies et que de nouveaux mouvements sociaux ne manqueront pas d’en engendrer de nouvelles, qu’il s’agisse du panarabisme, de l’affirmation d’une couleur ou du nationalisme » [10]

De l’anticommunisme au néo-conservatisme

Les New York Intellectuals, engagés dans de multiples opérations d’infiltration, ne revèlent leur véritable appartenance idéologique que tardivement rejoignant massivement les rangs des néoconservateurs dont les principaux bastions sont déjà tenus par des marxistes repentis. Irving Kristol, qui entretient des rapports conflictuels avec Josselson, dirige de 1947 à 1952 Commentary. Une autre figure majeure du néoconservatisme, Norman Podhoretz, sera ensuite placée à la tête de la revue quasi-officielle du Congrès pour la liberté de la culture de 1960 à 1995. En France, Raymond Aron crée Commentaire en 1978 [11]. Le fils d’Irving Kristol, William, est le directeur du très néoconservateur Weekly Standard.

 

William Kristol

Contrairement à une thése répandue, il n’y a pas eu d’infiltration trotskiste dans la droite états-unienne, mais une récupération par celle-ci d’éléments trotskistes, d’abord dans une alliance objective contre le stalinisme, puis pour employer leurs capacités dialectiques au service de l’impérialisme pseudo-libéral. Burnham et Shatchman quittent le Socialist Workers Party et la IVe Internationale en 1940 pour fonder un parti scisionniste. Max Shatchman prône bientôt l’entrisme dans le Parti démocrate. Il rejoint le faucon démocrate Henry « Scoop » Jackson, surnommé le « sénateur Boeing » en raison de son soutien acharné au complexe militaro-industriel. Il réorganise son parti comme une tendance au sein du Parti démocrate sous l’appellation Parti des sociaux démocrates états-uniens (SD/USA). Au cours des années 70, le sénateur Jackson s’entoure de brillants assistants tels que Paul Wolfowitz, Doug Feith, Richard Perle, Elliot Abrams [12]. En conservant le plus longtemps possible son discours d’extrême gauche, Max Shatchman fait de SD/USA une officine de la CIA apte à discréditer les formations d’extrême gauche, tandis qu’il devient l’un des principaux conseillers de l’organisation syndicale anticommuniste AFL-CIO [13]. On trouve au bureau politique de SD/USA des personnalités comme Jeanne Kirkpatrick qui deviendront des icônes de l’ère Reagan. Dans une complète confusion des genres, le théoricien d’extrême droite Paul Wolfowitz intervient comme orateur aux congrès du parti d’extrême gauche. Carl Gershamn devient président de SD/USA, il est aujourd’hui directeur exécutif de la National Endowment for Democracy [14]. D’une manière générale les membres de ce parti, dont les principaux relais sont la revue Commentary et le Committee for the Free World, sont récompensés pour leurs manipulations dès l’élection de Ronald Reagan.

Les New York Intellectuals n’ont pas seulement développé une critique de gauche du communisme, ils ont aussi inventé un habillage « de gauche » aux idées d’extrême droite dont la maturation finale est le néoconservatisme. Ainsi, les Kristol et leurs amis peuvent-ils présenter avec aplomb George W. Bush comme un « idéaliste » qui s’emploie à « démocratiser » le monde.

 

[1] Frances Stonor Saunders, Qui mène la danse ? La CIA et la Guerre froide culturelle, Denoël, 2003.

[2] « Quand la CIA finançait les intellectuels européens », par Denis Boneau, Voltaire, 27 novembre 2003.

[3] Bernard Genton, Une passion anticommuniste, Sidney Hook (1902-1989), IEP Strasbourg.

[4] « La Hoover Institution, archives réservées aux Républicains », Voltaire, 26 octobre 2004.

[5] Terry Cooney, The rise of the New York Intellectuals, Partisan review and its circle, University of Wisconsion press.

[6] Voir la lettre de démission de James Burnham sur Marxists.org.

[7] « Stay-behind : les réseaux d’ingérence américains » par Thierry Meyssan, Voltaire, 20 août 2001.

[8] « Raymond Aron, avocat de l’atlantisme », par Denis Boneau, Voltaire, 21 octobre 2004.

[9] James Burnham, L’Ère des organisateurs, Calmann-Lévy, 1947.

[10] Daniel Bell, La Fin des idéologies, Presses universitaires de France, 1997, p. 212.

[11] « La face cachée de la Fondation Saint-Simon », par Denis Boneau, Voltaire, 10 février.

[12] « Les racines historiques du néoconservatisme : une attaque diffamatoire contre le trotsksime », World socialist web site, 23 mai 2003.

[13] « AFL-CIO ou AFL-CIA ? », par Paul Labarique, Voltaire, 2 juin 2004

[14] « La nébuleuse de l’ingérence démocratique » par Thierry Meyssan, Voltaire, 22 janvier 2004.

Au cœur du Nouvel Ordre Mondial: Wall Street et la révolution bolchévique (Professeur Antony Sutton)… 2ème partie.

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1ère partie

3ème partie

4ème et dernière partie

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Seconde Partie

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Chapitre 4

Wall Street et la révolution mondiale

Avant la première guerre mondiale, la structure de la finance et des affaires des Etats-Unis était dominée par deux conglomérats: la Standard Oil des Rockefeller et le complexe industriel des Morgan, de la finance et des compagnies de transport. Les alliances de trust des Rockefeller et des Morgan ne dominaient pas seulement Wall Street, mais par le biais de dictatures inter-reliées, presque l’ensemble du tissu économique des Etats-Unis. Les intérêts des Rockefeller monopolisaient le pétrole et industries affiliées, contrôlaient le trust du cuivre, celui des fonderies et le trust gigantesque du tabac, en plus d’avoir quelqu’influence dans quelques propriétés des Morgan comme l’industrie de l’acier et quelques centaines d’autres petits trusts industriels, opérations de services publiques, chemins de fer, des institutions banquières. La National City Bank était la plus grande des banques influencée par la Standard Oil des Rockefeller, mais le contrôle financier s’étendait aux compagnies de Trust américaines (United States Trust Company) et la Hanover National Bank, ainsi que des compagnies d’assurance majeurs telle l’Equitable Life and Mutual de New York.

Les grandes entreprises des Morgan étaient dans l’acier, le transport et l’industrie électrique, qui incluait la General Electric, le trust du caoutchouc et les chemins de fer. Comme Rockefeller, Morgan contrôlait des corporations financières, la National Bank of Commerce, a Chase National Bank, New York Life Insurance et la Guaranty Trust Company. Les noms de Morgan et de la Guaranty Trust Company apparaissent beaucoup dans ce livre […]

[…] Les financiers américains associés avec ces groupes étaient impliqués dans le financement de revolution bien avant 1917. L’intervention de la firme légale de Wall Street Sullivan & Cromwell dans la controverse du canal de Panama est enregistrée dans les auditions du congrès en 1913 [..]

[…] Le plus bel exemple documenté de l’intervention de Wall Street dans une révolution est celui de l’opération d’un consortium de New York dans la révolution chinoise de 1912, menée par Sun Yat-Sen. Bien que les gains finaux du consortium demeurent incertains, l’intention et le rôle de ce groupe financier de New York est complètement documenté jusqu’aux versements d’argent, l’information sur les sociétés secrète chinoises impliquées, les listes de livraison de l’armement acheté. Le consortium de banquiers new-yorkais pour la révolution de Sun Yat-Sen incluait Charles B. Hill, un avocat de la firme Hunt, Hill & Betts. En 1912, la firme avait pour adresse 165 Broadway, New York, mais en 1917, elle déménagea au 120 Broadway (voir le chapitre 8 pour la haute signifiance de cette adresse…). Charles B. Hill était le directeur de plusieurs sucursales de Westinghouse, incluant Bryant Electric, Perkins Electric Switch et Westinghouse Lamp, toutes affiliées avec Westinghouse Electric dont les bureaux de New York sont aussi au 120 Broadway. Charles R. Crane, organisateur de la Westinghouse en Russie, a eu un rôle connu dans la première et le seconde phase de la révolution bolchévique.

Le travail du consortium de 1910 en Chine est archivé dans la Laurence Boothe Papers de l’Institut Hoover. Ces papiers contiennent plus de 110 documents, incluant des lettres de Sun Yat-Sen pour et de ses soutiens américains. En retour de ce soutien financier, Sun Yat-Sen promit au consortium Hill des concessions sur les chemins de fer, la banque et les affaires dans la nouvelle Chine révolutionnaire.

Un autre cas de révolution soutenue par les institutions financières de New York concerne celui de la révolution mexicaine de 1915-16 […]

[…] L’implication de Wall Street dans les raids frontaliers mexicains fut le sujet d’une lettre du 6 Octobre 1916 de Lincoln Steffens, un communiste américian au colonel House, aide personnel du président Woodrow Wilson:

“Mon cher colonel House,

Juste avant que je ne quitte New York lundi dernier, j’ai été assuré de manière convaincante que ‘Wall Street’ a procédé aux arrangements nécessaires pour qu’un raid supplémentaire de bandits mexicains ait lieu aux Etats-Unis; ce raid arrivera bien à point et sera si atroce qu’il fixera les élections… “

Une fois au pouvoir au Mexique le gouvernement Carranza acheta plus d’armes aux Etats-Unis. L’American Gun Company fut contractée pour envoyer 5 000 Mausers et une license de transport fut donnée par le comité de commerce de guerre pour 15 000 fusils et 15 millions de cartouches…

Les raids de Pancho Villa et Carranza sur les Etats-Unis furent reportés par le New York Times comme étant la “révolution du Texas” (un genre de répétition générale pour la révolution bolchévique à venir) et furent faits conjointement par des Allemands et des bolchéviques. Le témoignage de John A. Walls, procureur de Brownsville, Texas, devant le comité Fall en 1919 amena une preuve documentée du lien entre les intérêts bolchéviques aux Etats-Unis, l’activité allemande et les forces de Carranza au Mexique. Conséquemment, le gouvernement Carranza, le premier au monde avec une constitution de style soviétique (qui fut écrite par des Trotskistes), était un gouvernement qui avait un soutien à Wall Street.

La révolution de Carranza n’aurait probablement pas pu réussir sans les munitions américaines et Carranza n’aurait pas pu rester longtemps au pouvoir s’il l’avait fait sans l’aide américaine.

Une intervention similaire dans la révolution bolchévique de 1917 en Russie tourne autour d’un intermédiaire et banquier suédois Olof Aschberg. De manière logique, l’histoire commence avec des emprunts tsaristes de la période pré-révolutionnaire fait aux consortiums banquiers de Wall Street.

Les banquiers américains et les emprunts tsaristes

En Août 1914 l’Europe entra en guerre. Sous la loi internationale, les pays neutres (et les Etats-Unis furent neutres jusqu’en Avril 1917) ne pouvaient pas prêter de l’argent aux pays belligérants. Ceci était autant une question légale que de moralité[…]

[…] Des documents des archives de département d’état démontrent que la National City Bank, contrôlée par les intérêts de Stillman et de Rockefeller et la Guaranty Trust, contrôlé par les intérêts Morgan, ont levé de concerts des prêts substantiels pour la russie belligérante avant l’entrée en guerre des Etats-Unis et que ces prêts furent octroyés après que le département d’état fît remarquer à ces firmes que cette procédure était à l’encontre de la loi internationale. De plus, des négociations pour ces prêts furent entreprises au travers d’entités de communication gouvernementale sous le couvert du “chiffre vert” (encodage) de haut niveau du département d’état. Ci-dessous sont reproduits des extraits des câbes du département d’état qui feront foi de cette affaire.

(NdT: s’ensuit ici dans le livre, la reproduction de 5 correspondances du département d’état avec la Russie et les correspondants américains en Russie, en Suède et aux Etats-Unis)

[…] Clairement, les intérêts des Morgan-Rockefeller n’avaient aucune intention ni intérêt à rester dans la loi internationale. Il y a eu une intention évidente dans ces câbles de fournir des prêts aux belligérents. Il n’y a eu aucune hésitation de la part de ces firmes d’utiliser les moyens techniques du département d’état pour conduire leurs négociations. De plus, malgré sa protestation, le département d’état a permis aux messages d’être échangés. Finalement et de manière des plus intéressante pour la suite des évènements, Olof Aschberg, la banquier suédois, fut un participant et négociateur intermédiare important dans les négociations faites au profit de Guaranty Trust. Intéressons-nous donc de plus près à cet Olof Aschberg.

Olof Ashberg à New York en 1916

Olof Aschberg, le “banquier bolchévique” (ou le “Bankier der Weltrevolution”, comme il fut appelé dans la presse allemande), était le propriétaire de la Nya Banken, fondée en 1912 à Stockholm. Ses co-directeurs incluaient des membres importants des coopératives et des socialistes suédois, incluant G.W. Dahl, K.G. Rosling et C. Gerhard Magnusson. En 1918, Nya Banken fut placée sur la liste noire alliée à cause des ses opérations financières avec l’Allemagne. En réponse à sa mise sur la liste noire, Nya Banken changea son nom pour celui de Svensk Ekonomiebolaget. La banque demeura sous le contrôle d’Aschberg et était en grande partie toujours sa propriété. Son agent de Londres était la British Bank of North Commerce, dont le président était Earl Grey, un ancien associé de Cecil Rhodes. D’autres personnes dans le cercle intéressant des relations d’afaire de Aschberg étaient Krassin, qui était jusque la révolution bolchévique (quand il changera de couleurs pur devenir un leader bochévique pur et dur), le manager russe de Siemens-Schukert à Pétrograde, Carl Furtenberg, ministre des finances dans le premier gouvernement bolchévique et Max May, vice président en charge des opérations internationales pour la Guaranty Trust de New York. Olof Aschberg tenait Max May en si haute estime qu’une photo de May est incorporée dans le livre d’Aschberg.

A l’été 1916 Olof Aschberg était à New York représentant à la fois Nya Banken et Pierre Bark, le ministre des finances du tsar. La mission d’affaire primordiale d’Aschberg à New York, d’après le New York Times du 4 Août 1916, était de négocier un prèt de 50 millions de dollars pour la russie avec un consortium banquier américain emmené par la National City Bank de Stillman. Cette affaire fut conclue le 5 Juin 1916, il en résulta un emprunt russe de 50 millions de dollars à New York à un taux d’intérêt de 7,5% par an, ce qui correspondait un crédit de 150 millions de roubles pour le consortium NCB en Russie. Le consortium new yorkais se retourna ensuite et émît des obligations à 6,5% en son nom propre sur la marché américain pour la somme de 50 millions de dollar. Ainsi la National City Bank (NCB) fit un bénéfice sur le prêt de 50 millions de dollars à la Russie et le mit sur le marché américain pour un autre bénéfice tout en obtenant un crédit de 150 millions de roubles dans sa succursale russe.

Pendant sa visite à New York au nom du gouvernement tsariste, Aschberg fit quelques commentaires prophétiques concernant le futur des WEtats-Unis en Russie:

“L’ouverture au capital américain et à l’initiative américaine après la fin du tumulte sera nationale avec le réveil que la guerre a apporté. Il y a maintenant beaucoup d’américains à Pétrograde, des représentants de maisons d’affaires qui restent informés de la situation et dès que le changement s’opérera, un énorme commerce avec les Etats-Unis s’établira.”

Olof Aschberg dans la révolution bolchévique

Alors que l’opération financière tsariste était émise à New York, Nya Banken et Olof Aschberg faisaient passer des fonds du gouvernement allemand aux révolutionnaires russes, ceux qui finiraient par mettre à bas le “comité Kerensky” et établiraient le régime bolchévique.

La preuve de la connexion intime d’Aschberg avec le financement de la révolution bolchévique provient de plusieurs sources, certaines meilleures que d’autres […]

[…] D’atres preuves proviennent du colonel B. V. Nikitine qui était responsable du contre-espionage dans le gouvernement de Kérensky; ces sources consistent en 29 télégrammes transmis de Stockholm à Pétrograde et vice versa, en rapport avec le financement des bolchéviques. Trois de ces télégrammes se réfèrent à des banques, les télégrammes 10 et 11 se réfèrent à Nya Banken et le télégramme 14 se réfère à la la banque russo-asiatique de Pétrograde. Le télégramme 10 lit:

“Gisa Furstenberg Saltsjobaden. Peu de fonds, peu pas assister, si vraiment urgent donner 500, dernier paiement marque de grosses pertes pas d’espoir pour l’original, instruire Nya Banken pour câbler 100 mille de plus Sumenson.”

Le télégramme 11: “Kozlovsky Sergievskaya 81. Premières lettres reçues Nya Banken a télégraphié câble dont Soloman offrant l’agence télégraphique référe à Bronck Savelievich Avilov.” […]

[…] Une autre mention de Nya Vanken se trouve dans “Les accusations contre les bolchéviques” qui furent publiées dans la période Kerensky. Dans ces documents se trouve une pièce signée par Gregory Alexinsky, un ancien membre de la Douma, qui fait référence aux transferts de fonds aux bolchéviques. Le document dit en partie ceci:

“En accord avec l’information juste reçue, ces personnes de confiance à Stpckholm étaient: the bolchévique Jacob Furstenberg, plus connu sous le nom de ‘Hanecki’ (Ganetskii) et Parvus (Dr. Helphand); à Pétrograde: l’avocat bolchévique M.U. Kozlovsky, une femme de la famille de Hanecki, Sumenson, engagé dans la spéculation avec Hanecki et d’autres. Kozlovsky est le receveur en chef de l’argent allemand, qui est transféré depuis Berlin par la Disconto-Gesellschaft à ‘Via Bank’ de Stockholm et ensuite à la banque de Sibérie à Pétrograde, où son compte en banque en ce moment est couvert à hauteur de plus de 2 millions de roubles. La censure militaire a dévoilé un échange de télégrammes ininterrompu d’une nature politique et financière entre les agents allemands et les leaders bolchéviques (Stockholm-Pétrograde).” […]

Nya Banken et la Guaranty Trust rejoignent Ruskom Bank

Plusieurs années plus tard, à l’automne 1922, les soviétiques formèrent leur propre banque internationale. Elle érait fondée sur un consortium qui impliquait les anciens banquiers privés russes et de nouveaux investissements venant de banquiers d’Allemagne, de Suède, des Etats-Unis, et du Royaume-Uni. Connus sous le nom de RuskomBank (banque du commerce extérieur), elle était dirigée par Olof Aschberg, son comité directeur consistait en des banquiers privés tsaristes, des représentants allemands, suédois, des banques américaines et bien sûr de représentants de l’URSS. La légation américaine de Stockholm rapporta de ceci à Washington et nota dans une référence à Aschberg que “sa réputation est piètre”…

Le consortium banquier étranger de la RuskomBank représentait essentiellement du capital britannique […]

[..] Le building de l’ancienne banque de Sibérie à Pétrograde fut utilisé comme QG de la RuskomBank dont les objectifs étaient de lever des emprunts à court-terme dans des pays étrangers, d’introduirre le capital étranger en URSS et de manière générale faciliter le commerce russe avec l’étranger.Elle ouvrit le 1er Décembre 1922 à Moscou et employait environ 300 personnes.

En Suède la RuskomBank était représentée par la Svenska Ekonomibolaget de Stockholm, la banque Nya Banken d’Aschberg sous un nouveau nom et en Allemagne par la Garantie und Creditbank für Den Osten de Berlin. Aux Etats-Unis, la banque était représentée par la Guaranty Trust de New York (JP Morgan). En ouvrant la banque, Aschberg commenta:

“La nouvelle banque s’occupera de l’achat de machinerie, de matière première d’Angleterre et des Etats-Unis et donnera des garanties pour la réalisation des contrats. La question d’achats en Suède n’est pas encore survenue, mais on peut espérer que ce sera le cas par la suite.” […]

[…]  Finalement au début de 1924 la banque russe de commerce (RuskomBank) fusionna avec le commissariat soviétique du commerce extérieur et Olof Aschberg fut démit de ses fonctions à la banque sous l’accusation d’avoir mal utilisé les fonds de la banque… RuskomBank devnt ensuite Vneshtorg, nom par lequel elle est connues aujourd’hui (NdT: en 1974).

Nous devons maintenant revenir en arrière et regarder les activités de l’associé d’Aschberg à New York, la Guaranty Trust Company pendant la première guerre mondiale pour établir les fondations de l’examen de son rôle dans l’ère révolutionnaire russe.

La Guaranty Trust et l’espionage allemand aux Etats-Unis dans la période 1914-1917

Pendant la première guerre mondiale l’Allemagne leva des fonds considérables à New York à des fins d’espionage et d’opérations clandestines en Amérique du Nord et du Sud. Il est important de noter le flot de ces fonds car cela provient des mêmes firmes: la Guaranty Trust et l’American International Corporation, qui furent impliquées dans la révolution bolchévique et la suite. Sans également mentionner (souligné dans le chapitre 3) le fait que le gouvernement allemand finança les activités révolutionaires de Lénine [..]

[…] Les emprunts majeurs allemands levés aux Etats-Unis entre 1915 et 1918, d’après Heynen (un homme d’affaire allemand impliqué dans des opérations clandestines aux Etats-Unis), étaient comme suit:

Le premier emprunt de 400 000 US$ fut fait en Septembre 1914 par les banquiers d’investissement Kuhn, Loeb & Co. 25 millions de Reichsmark furent déposés avec Max Warburg à Hambourg, l’affilié allemand de Kuhn, Loeb & Co. Le capitaine George B. Lester du renseignement militaire américain dit au sénat que la réponse de Heynen à la question: “Pourquoi avez-vous utilisé Kuhn, Loeb & Co. ?” fut: “Kuhn, Loeb & Co était considéré comme les banquiers naturels du gouvernement allemand et de la Reichsbank”.

Le second emprunt de 1,3 millions de dollars ne provint pas directement des Etats-Unis mais fut négocié par John Simon, un agent de la Suedeutsche Disconto-Gesellschaft afin de sécuriser les fonds pour faire des livraisons en Allemagne.

Le troisième emprunt provint de la Chase National Bank (du groupe Morgan) pour le montant de 3 millions de dollars; le quatrième emprunt fut de 1 million de dollars de la part de Mechanics and Metals National Bank. Ces emprunts ont financé les activités d’espionage allemand aux Etats-Unis et au Mexique. Une partie de ces fonds fut tracée jusque Sommerfeld, qui était un conseiller de von Rintelen (un autre agent de l’espionage allemand) et qui fut plus tard associé avec Hjalmar Schacht et Emil Wittenberg. Sommerfeld acheta des munitions pour l’usage au Mexique. I avait un compte à la Guaranty Trust et de ce compte furent effectués les paiements à Western Cartridge Co d’Alton dans l’Illinois pour des munitions qui furent envoyées à El Paso pour l’utilisation des bandits de Pancho Villa. Environ 400 000 US$ furent dépensés en munitions , propagande mexicaine et autres activités.

L’ambassadeur allemand d’alors, le comte von Bernstorff se rappela de son amité avec Adolf von Pavenstedt, un associé d’Amsinck & Co., qui était contrôlée et possédée en Novembre 1917 par l’American International Corporation. Celle-ci figure bien plus dans les chapitres suivants avec son comité directeur où figuraient de grands noms de Wall Street tels: Rockefeller, Kahn, Stillman, Du Pont, Winthrop, etc. Von Pavenstedt était “intimement lié avec tous les membres de l’amabassade. Von Bernstorff regardait lui-même von Pavenstedt comme un des plus respectés “si pas la personalité de l’empire allemand la plus respectée à New York”. De fait, Von Pavenstedt fut “pendant des années, le chef payeur du système d’espionage allemand aux Etats-Unis”. En d’autres termes, il n’y a pas l’ombre d’un doute que Armsick & Co, sous contrôle d’American International Corporation, était intimement associée acvec le financement des activités d’espionage de guerre allemandes aux Etats-Unis […]

[…] Paul Bolo-Pasha, un autre agent de l’espionage allemand et important financier français auparavant au service du gouvernement allemand, arriva à New York en Mars 1916 avec une lettre d’introduction pour von Pavenstedt. Par son intromission, Bolo-Pasah rencontra Hugo Schmidt, directeur de la Deutsche Bank à Berlin et ses représentants aux Etats-Unis. Un des projets de Bolo-Pasha fut d’acheter des journaux étrangers afin de pervertir leurs éditoriaux et de la biaiser en faveur de l’Allemagne. Les fonds de ce programme furent arrangés à Berlin sous la foeme de crédit avec la Guaranty Trust Company, les crédits étant ensuite mis à la disposition d’Amsinck & co et Adolf von Pavanstedt, qui a sont tour mit les fonds à disposition de Bolo-Pasha.

En d’autres termes, à la fois la Guaranty Trust Company et Amsinck & co, une sucursale d’American International Corporation, étaient direcgtement impliquées dans les activités d’espionage allemand et autres activités aux Etats-Unis […]

Les liens de la Guaranty Trust-Minotto-Caillaux

Le conte Jacques Minotto est un lien plus qu’improbable et pourtant vérifiable et persistant qui relie la révolution bolchévique en Russie avec les banques allemandes, l’espionnage allemand aux Etats-Unis durant la première guerre mondiale, la Guaranty Trust de New York, la révolution française bolchévique avortée et les procès reliés pour espionnage Caillaux-Malvy en France.

Jacques Minotto est né le 17 Février 1891 à Berlin, fils d’un père autrichien descendant de la nobelesse italienne et d’une mère allemande. Il fut éduqué à Berlin et entra au service la Deutsche Bank en 1912. Presqu’immédiatement, Minotto fut envoyé aux Etats-Unis comme assistant d’Hugo Schmidt, le directeur adjoint de la Deutsche Bank et représentant de la banque à New York. Après un an à New York, Minotto fut envoyé à la Deutsche Bank de Londres où il circula dans des milieus politiques et diplomatiqes importants. Il retourna aux Etats-Unis à la déclaration de guerre en Europe où il se mit en rapport avec l’ambassadeur allemand le conte von Bernstorff, après quoi il entra au service de la Guaranty Trust de New York. Là, il fut sous les ordres directs de Max May, directeur de département extérieur et associé du banquier suédois Olof Aschberg; Minotto n’était pas un petit enployé de banque. Les interrogatoires des procès Caillaux à Paris établirent que Minotto travaillait directement pour Max May. Le 25 Octobre 1014, la Guaranty Trust envoya Minotto en Amérique du sud pour y faire un rapport sur la situation politique, fnancière et commerciale. De la même manière qu’à Londres, Washington et New York, il évolua dans les plus hautes sphères politiques et diplomatiques. Un des buts de la mission de Minotto en Amérique du sud était d’établir un mécanisme par lequel la Guaranty Trust pourrait être utilisée comme un intermédiaire pour la levée de fonds préalablement mentionnée sur le marché monétaire londonien, qui fut ensuite refusée à l’Allemagne pour cause de guerre mondiale […]

[…] Joseph Caillaux était un politicien français connu, voire célèbre. Il était aussi associé avec le conte Minotto dans l’entreprise financière en Amérique latine pour le compte de la Guaranty Trust et fut ensuite impliqué dans une célèbre affaire d’espionage française en 1919, qui avait une connexion bolchévique. En 1911, Caillaux devînt ministre des finances puis président du conseil. Jean Louis Malvy devînt sous-secrétaire d’état du gouvernement Caillaux […]

[…] En Juiller 1915, le comte Minotto arriva d’Italie, rencontra le couple Caillaux; la même année ceux-ci visitèrent Bolo-Pasha toujours à Biarritz. En d’autres termes, en 1915 et 1916, les Caillaux établirent une relation sociale continue avec le comte Minotto et Bolo-Pasha, tous deux étant des agents du réseau d’espionage allemand aux Etats-Unis.

La mission de Bolo-Pasha en France était de faire gagner de l’influence pour l’Allemagne au moyen des journaux parisiens du Temps et du Figaro. Bolo-Pasha vint ensuite à New-York le 24 Février 1916. Il y négocia un emprunt de 2 millions de dollars et là il fut associé avec von Pavenstedt, l’agent allemand important au sein d’Amsinck & Co. Severance Johnson, dans son ouvrage “The Ennemy Within”, a connecté Caillaux et Malvy avec la révolution bolchévique française avortée en 1918 et dit que si la révolution avait été un succès, “Malvy en aurait été le Trotsky et Caillaux son Lénine”. Caillaux et Malvy avaient formé un parti socialiste radical en France, utilisant des fonds allemands et ils furent jugés pour leurs activités subversives. Les interrogatoires de la cour de justice dans les procès français d’espionnage introduisent un témoignage concernant les banquiers new yorkais et leur relation avec ces agents de l’espionage allemands. Ils établissent de plus les liens entre le comte Minotto et Caillaux, ainsi que la relation entre la Guaranty Trust compagny et le Deutsche Bank ainsi que la coopération entre Hugo Schmidt de la Deutsche Bank et Max May de la Guranty Trust Company. Le transcript de l’interrogatoire français établit en page 940, un extrait de la déposition du comte Minotto à New York (page 10 et retraduit du français):

Question: Sous les ordres de qui étiez-vous à la Guaranty Trust?

Réponse: Sous les ordres de Mr. Max May

Question: Etait-il un vice-président ?

Réponse: Il était vice-président et directeur du département des relations étrangères

Plus tard en 1922, Max May devint le directeur de la banque soviétique RuskomBank et représenta les intérêts de la Guaranty Trust dans cette banque. L’interrogatoire français établit que le conte Minotto, un agent de l’espionnage allemand, était employé à la Guaranty Trust Company; que Max May était son supérieur direct et que Max May était aussi intimement associé avec le banquier bolchévique Olof Aschberg. En bref donc, Max May de la Guaranty Trust était lié à des levées de fonds illégales et à l’espionage allemand aux Etats-Unis durant le première guerre mondiale; il était lié indirectement à la révolution bolchévique et directement à la création de RuskomBank, la première banque internationale de l’Union Soviétique.

Il est trop tôt pour tenter une explication pour activité internationale en apparence inconsistante, illégale et parfois immorale. Il y a deux explications possibles: la première serait une recherche du profit qui ne connaît ni bornes ni limites de temps; la seconde, qui est en accord avec les mots de Kahn de Kuhn, Loeb & Co et de l’American International Corporation, à savoir la réalisation des buts socialistes, buts qui “devraient et doivent être menés à bien” par des moyens non-socialistes.

Chapitre 5

La mission de la Croix Rouge américaine en Russie, 1917

“Pauvre Mr Billings qui croyait être en charge d’une mission scientifique pour l’aide de la Russie… Il n’était en réalité rien d’autre qu’un masque. La réalisation de la mission de la Croix Rouge n’était rien d’autre qu’un masque.”

*Cornelius Kelleher, assistant de William Boyce Thompson (“Russia Leaves the War”, George F. Kennan)

Le projet de Wall Street en Russie en 1917 utilisa la mission de la Croix Rouge (NdT: ci-après désignée par ses initiales “CR”) comme son véhicule opérationnel. La Guaranty Trust et la National City Bank avaient toutes deux des représentants en Russie au moment de la révolution. Frederick M. Corse de la National City Bank succursale de Pétrograde, était attaché à la mission de la CR américaine de laquelle beaucoup sera dit par la suite. La Guaranty Trust était représentée par Henry Crosby Emery. Emery fut détenu brièvement par les Allemands en 1918, puis fut envoyé représenté la Guaranty Trust en Chine.

[…] Durant la première guerre mondiale, la CR dépendait lourdement de Wall Street, et plus spécifiquement de la fime Morgan.

En échange de financement, Wall Street demanda le conseil de guerre de la CR et sur les recommandations de Cleveland H. Dodge, un des financiers qui soutenait Woodrow Wilson, Henry P. Davidson, un partenaire de J.P. Morgan, en devint le chairman. La liste des administrateurs de la CR prit alors tournure d’un directoire des directeurs de New York: John D. Ryan, président d’Anaconda Cuivre, George W. Hill, président de l’American Tobacco Company, grayson M.P. Murphy, vice-président de la Guaranty Trust Company et Ivy Lee, expert en relations publiques pour les Rockefeller. Harry Hopkins, qui devint délèbre plus tard sous le président Roosevelt, devint assistant au manageur général de la CR à Washington D.C.

La question d’une mission de la CR en Russie vint devant le troisième meeting de ce conseil de guerre de la CR reconstitué; cette réunion eu lieu dans la bâtiment de la CR à Wahshington DC le 20 Mai 1917 à 11 heures du matin. Le président Davison fut délégué pour explorer l’idée avec Alexander legge de l’International Harvester Company. Celle-ci subséquemment fournît 200 000 US$ pour financer la mission en Russie […]

La mission de la Croix Rouge américaine en Russie, 1917

En Août 1917, la mission de la CR américaine en Russie n’avait qu’une relation nominale avec la CR américaine et elle a certainement été la mission la plus inhabituelle de toute l’histoire des missions de la CR. Toutes les dépenses, incluant jusqu’aux uniformes (les membres de la mission étaient des colonels, des commandants, des capitaines ou des lieutenants), étaient payées de la poche de William Boyce thompson […]

[…] La mission comprenant seulement 24 membres (et non pas 40), ayant les grades de lieutenant jusqu’à lieutenant-colonel et était complémentée par trois aide de camps, deux photographes / cinéastes et de deux interprètes sans grades. Seulement cinq sur les 24 personnes étaient médecins, il y avait en plus 2 assistants en recherche médicale. La mission arriva en train à Pétrograde par la Sibérie en Août 1917. Les cinqs médecins et assistants restèrent un mois et repartirent aux Etats-Unis le 11 Septembre 1917. Le Dr. Frank Billings, chef de mission et professeur à la faculté de médecine de l’université de Chicago fut dégoûté des activités politiques de la majorité de la mission […]

[…] La majorité des membres de la mission, comme indiqué sur la table ci-dessous, était composée d’avocats, de financiers et de leurs assistants, du district financier de New York (Wall Street). La mission était financée par William B. Thompson, décrit sur la circualire officielle de la CR comme étant le “Commissaire et gérant d’affaires; directeur de la banque fédérale américaine de New York”.Thompson emmena avec lui Cornelius Kelleher, décrit comme un attaché de mission mais en fait le secrétaire de Thompson avec la même adresse, 14 Wall Street, New York city. La publicité pour la mission était gérée par Henry S. Brown, de la même adresse […]

Liste des membres de la mission de la CR américaine en Russie, 1917

Membres de la communauté financière de Wall Street et leur affiliation (16) :

  •    Andrews de Liggett & Myers Tobacco
  •    Barr de la Chase National Bank
  •    Brown assistant de William B. Thompson
  •    Cochran de McCann Co.
  •    Kelleher secrétaire de William B. Thompson
  •    Nicholson de Swirl & Co
  •    Pirnie de Hazen, Whipple & Fuller
  •    Redfield de Stetson, Jennings & Russell
  •    Robins promoteur minier
  •    Swift de Swift and Co.
  •    Thacher de Simpson, Thacher & Bartlett
  •    Thompson de la banque de la réserve fédérale de New York
  •    Wardwell de Stetson, Jennings & Russell
  •    Whipple de Hazen, Whipple & Fuller
  •   Corse de la National City Bank
  •    Magnuson, recommandé par un agent confidentiel du colonel Thompson

Médecins, corps médical (8):

  •    Billings (Médecin)
  •    Grow (médecin)
  •    McCarthy (médecin, recherche médicale)
  •    Post (médecin)
  •    Sherman (chimie alimentaire)
  •    Thayer (médecin)
  •    Wightman (profession médicale)
  •    Winslow (hygiène)

Assistants, aides-de camp, interprètes, etc (7):

  •    Brooks (assistant)
  •    Clark (assistant)
  •    Rocchia (assistant)
  •    Travis (cinéaste)
  •    Wyckoff (cinéaste)
  •    Hardy (justice)
  •    Horn (transport)

[…] La mission de la CR américaine en Russie (ou plutôt devrions-nous l’appeler la mission de Wall Street en Russie…) employait également trois interprètes russe-anglais: le capitaine Ilovaisky, un bolchévique russe, Boris reinstein, un russe-américain, plus tard secrétaire de Lénine et le chef du bureau Karl Radek pour la propagasnde internationale révolutionnaire, qui employait aussi John Reed et Albert Thys Williams ainsi que Alexander Gumberg (alias Berg, de son vrai nom Michael Gruzenberg), qui était un frère de Zorin, un ministre bolchévique. Gumberg fut aussi l’agent en chef bolchévique en Scandinavie. Il devint ensuite un assistant confidentiel de Floyd Odlum de l’Atlas Corporation aux Etats-Unis ainsi qu’un conseiller de Reeve Schley, un des vice-présidents de la Chase Bank […]

[…] Voilà ce que fut la mission de la CR américaine en Russie en 1917.

La mission de la CR américaine en Roumanie

En 1917, la CR américaine envoya également une mission d’assistance médicale en Roumanie alors combattant les puissances centrales en tant qu’alliée de la Russie. Une comparaison de la mission de la CR envoyée en Russie et celle envoyée en Roumanie suggère que la mission basée à Pétrograde n’avait que très peu de connexion avec une quelconque assistance médicale. Par opposition, la mission envoyée en Roumanie porta haut les principes de la CR sur l’humanité et la neutralité, alors que la mission de Pétrograde abusa des deux de manière flagrante […]

Comparaison des personnels des deux missions de la CR en Russie et Roumanie, 1917

Personnel médical (médecins et chirurgiens):

Russie 7, Roumanie 16

Assistants médicaux et infirmier(e)s:

Russie 7, Roumanie 10

Avocats et hommes d’affaires:

Russie 15, Roumanie 4

(Sources: American Red Cross, Washington D.C et archives du département d’état de l’amvbassade de Pétrograde, 1917)

La mission de la CR en Roumanie resta en poste à Jassy pour le reste de l’année 1917 et en 1918. Le personnel médical de la mission russe, les sept médecins, quittèrent la mission dégoûtés en Août 1917, protestèrent contre les activités politiques du colonel Thompson et retournèrent aux Etats-Unis. Ainsi, losrqu’en Septembre 1917 la mission de la CR en Roumanie demanda à la mission de Pétrograde que les médecins et infirmiers viennent aider dans la crise roumaine montante, il n’y avait plus de médecins ni d’infirmiers dans la mission en Russie à envoyer en renfort en Roumanie.

Alors que la quasi totalité du temps de la mission en Russie était occuppé à des manœuvres politiques, la mission roumaine, elle, se jetta corps et âmes dans le travail d’aide médicale dès qu’elle arriva à pied d’œuvre […]

Thompson et la Russie de Kerensky

Que faisait donc la mission de la CR en Russie ? Thompson acquit vite une réputation de vie opulente à Pétrograde, mais il ne se consacra apparemment qu’à deux projets majeurs dans la Russie de Kerensky: le soutien du programme de propagande américain et le soutien pour le prêt russe pour la liberté. Peu de temps après être arrivé à Pétrograde, Thompson rencontra Mme Breshko-Breshkovskaya et David Soskice, le secrétaire de Kerensky et fut d’accord pour contribuer à hauterur de 2 millions de dollars à un comité d’éducation populaire afin qu’il puisse “avoir son propre média et engager du personnel pour donner des cours au moyen d’illustrations cinématographiques”, ceci fut un but de propagande pour convaincre la Russie de continuer la guerre contre l’Allemagne […]

Thompson donne 1 million de dollars aux bolchéviques

Ce qui a une signifiance historique plus imporrtante néanmoins fut le soutien financier donné aux bolchéviques d’abord par Thompson, puis après le 4 décembre 1917, par Raymond Robins.

La contribution de Thompson à la cause bolchévique fur enregistrée dans la presse américaine de l’époque. Le Washington Post du 2 Février 1918, se fendit de ces quelques paragraphes:

Donne un million aux bolcheviki

William B. Thompson qui fut à Pétrograde de Juillet à Novembre dernier, a fait une contribution personnelle d’un million de dollars aux bolchéviaques avec pour but de disséminer leur doctrine en Allemagne et en Autriche.

Mr Thompson a eu une opportunité d’étudier les conditions en Russie en tant que chef de mission pour la Croix Rouge américaine, dont les dépenses furent aussi grandement couvertes par ses dons personnels. Il pense que les bolchéviques constituent la plus grande puissance contre le germanisme en Russie et que leur propagande a eu des effets néfastes sur les régimes militaires de l’empire germanique.

Mr Thompson s’élève contre la critique américaine des bolshéviques. Il pense qu’ils ont été mal représentés et il a fait cette contribution personnelle à la cause avec la croyance que cela est de l’argent bien dépensé pour le futur de la Russie aussi bien que pour celui des alliés.

La biographie d’Hermann Hagedorn “Le magnat: William Boyce Thompson et son temps (1869-1930)”, reproduit un câble de JP Morgan New York à W.B. Thompson, Croix Rouge américaine, Hotel Europe, Pétrograde. Le câble est estampillé d’une date de réception – 8 Dek 1917 pour 8 Décembre 1917 et lit:

“Second câble reçu. Avons payé National City Bank un million de dollars suivant les instructions – Morgan”

La succursale de la National City Bank de Pétrograde fut exempte du décret de nationalisation des bolchéviques; en fait, elle fut la seule banque domestique ou étrangère qui fut exemptée du décret. Hagedorn dit que ce million de dollars payé sur le compte de la NCB de Thompson fut utilisé “pour des buts politiques”.

Le promoteur minier socialiste Raymond Robins

William B. Thompson quitta la Russie début Décembre 1917 et retourna à la maison. Il voyagea par Londres, où, en compagnie de Thomas Lamont de la firme JP Morgan, il rendît visite au premier ministre britannique Lloyd George. Son adjoint, Raymond Robins fut laissé en charge de la mission de la CR américaine en Russie […]

[…] Il y a beaucoup de preuves, incluant les déclarations de Robins lui-même, que ses atours sociaux réformistes étaient juste une couverture pour toujours plus d’acquisition de pouvoir et de richesse… Il pensait que la reconnaissance américaine du pouvoir bolchévique se faisait trop attendre, qu’elle aurait dû être immédiate et qui si les Etats-Unis avaient reconnus tout de suite les bolchéviques, “je pense que nous serions maintenant en contrôle des ressources en surplus de la Russie et que nous aurions des officiers de contrôle sur tous les points de la frontière.”

Ce désir de “gagner le contrôle des ressources en surplus de la Russie” était aussi évident pour les Russes. Cela senble t’il être un réformateur social de la Croix Rouge américaine ou un promoteur minier de Wall Street engagé dans un exercice pratique d’impérialisme ? […]

La Croix Rouge Internationale et la révolution

Fait inconnu de ses administrateurs, la CR a été utilisée de temps en temps comme véhicule ou comme couverture pour des activités révolutionaires […]

[…] En résumé, l’image que nous avons maintenant de la mission de la CR américaine en Russie en 1917 est vien loin de celle d’un humanitarisme neutre. Cette mission fut en fait la mission des fnanciers de Wall Street pour influencer et paver le chemin pour le contrôle, à travers soit de Kerensky ou des révolutionnaires bolchéviques, du marché et des ressources russes. Il n’y a pas d’aautre explication possible quant aux actions de cette mission. Quoi qu’il en soit, ni Thompson, ni Robins n’étaient des bolchéviques. Ils n’étaient même pas des socialistes consistants. L’auteur est enclin à interprêter que les atours socialistes de chacun de ces hommes n’étaient qu’une couverture pour des objectifs plus prosaïques. Chacun de ces hommes avait des arrières-pensées commerciales, à savoir, pensait utiliser le processus politique en Russie pour gagner plus financièrement. Que le peuple russe désirait ou non les bolchéviques n’avait aucune espèce d’importance. Que le régime bolchévique agisse par la suite contre les Etats-Unis, comme il l’a fait par la suite, n’avait que peu d’intérêt également. Le seul objectif majeur et sur-important était le gain en influence politique et économique avec le nouveau régime, quelque soit son idéologie. Si William Boyce Thompson avait agit seul, alors le fait qu’il ait été le directeur de la banque fédérale de New York n’aurait que peu d’intérêt. Quoi qu’il en soit, le fait que cette mission était dominée par des représentants des institutions de Wall Street lève une question très sérieuse: en effet, cette mission était-elle planifiée, préméditée par un consortium de Wall Street ? Le lecteur pourra juger par lui-mème alors que le reste de l’histoire se dévoile.

Chapitre 6

Consolidation et exportation de la révolution

“Le grand livre de Marx Das Kapital est à la fois un monument de réflexion et un entrepôt de faits.”

(Lord Milner, membre du cabinet de guerre britannique, 1917 et directeur de la London Joint Stock Bank)

William Boyle Thompson est un nom inconnu de l’histoire du XXème siècle et pourtant il a joué un rôle crucial dans la révolution bolchévique. En fait, si Thompson n’avait pas été en Russie en 1917, une histoire bien différente aurait pu se dérouler et suivre un cours tout aussi différent. Sans l’assistance financière, mais surtout diplomatique et propagandiste donnée à Trotsky et Lénine par Thompson, Robins et leurs associés de New York, les bolchéviques auraient tout aussi bien pu s’estomper et la Russie aurait pu être impliquée dans une société socilaiste mais constitutionnelle.

Qui fut William Boyce Thompson ? Thompson était un promoteur du marché boursier minier, un des meilleurs dans la catégorie des affaires à haut risque. Avant le première guerre mondiale, il gérait le porte-feuille et les opérations boursières piur les intérêts des cuivre Guggenheim… Il était aussi le manageur du consortium Kennecott, une autre opération financière de Guggenheim évaluée à 200 millions de dollars […]

[…] Une faculté extraordinaire pour lever du capital pour les promotions d’affaires minières à riques valut à Thompson fortune personnelle et des rôles de direction à la Inspiration Consolidated Copper Company, la Nevada Consolidates Copper Company et Utah Copper Company, toutes de grandes productrices américaines de cuivre. Le cuivre bien entendu étant un élément fondamental dans la fabrication de munition… thompson était aussi le directeur de Chicago Rock IOsland & Pacific Railroad, de Magma Arizona Railroad (NdT: railroad voulant dire chemins de fer) et de la Metropolitan Life Insurance Company. Ce qui est le plus intéressant pour cet ouvrage et son sujet est que Thompson fut “un des plus lourds actionnaires de la Chase Bank, qui poussa Thompson pour un poste au sein du système de la réserve fédérale et en 1914, thompson devint le premier directeur à temps plein de la banque de la réserve fédérale de New York, la banque la plus importante de tout le système de la réserve fédérale… Cette même personne devint d’abord un ardent supporteur de Kerensky, puis un ardent supporteur des bolchéviques…

Avant de quitter la Russie au début de Décembre 1917, Thompson légua la direction de la mission de la CR américaine en Russie à son assistant Raymond Robins. Celui-ci organisa ensuite les révolutionnaires russes afin qu’ils r´álisent le plan de Thompson de divulguer la propagande bolchévique à travers l’Europe (voir Appendix 3 dans le livre).

Un document du gouvernment français confirme ceci: “Il apparaît que le colonel Robins a été capable d’envoyer une mission subversive de bolchéviques russes en Allemagne afin de commencer une révolution là-bas.” Cette mission mena à la révolte avortée spartakiste allemande de 1918 […]

Une entre-vue avec Lloyd George

Les documents du cabinet de guerre britannique sont maintenant dans le domaine public et archivent l’argument avec lequel Thompson put convaincre le gouvernement britannique d’une politique pro-bolchévique.

Le premier ministre britannique était Lloyd George […]

[…] En 1970, le livre de Donald McComick “Le masque de Merlin”, leva le voile du secret. McCormick démontre qu’en 1917, David Lloyd George avait trop trempé dans “les intrications des intrigues de l’armement mondial pour être un agent libre” et était inféodé à Sir Basil Zaharoff, un vendeur d’armes de réputation internationale, dont la fortune considérable provenait du fait d’avoir vendu des armes aux deux côtés de la belligérence dans plusieurs conflits. Zaharoff possédait un énorme pouvoir de derrière le rideau et, d’après McCormick, était consulté en matière de politique guerrière par les leaders alliés. Plus d’une fois, rapporte McCormick, Woorow Wilson, Lloyd George et Georges Clémenceau swe rencontrèrent dans la maison de Paris de Zaharoff. McCormick note que “les chefs d’état alliés ´´taient obligés de le consulter avant de planifier une grande offensive”. Les services de renseignement britanniques, d’après McCormick, “découvrirent des documents qui incriminaient des serviteurs de la couronne comme des agents de Sir Basil Zaharoff et ce au sus de Lloyd George.” En 1917, Zaharoff fut lié avec les bolchéviques et chercha à empêcher les anti-bolchéviques d’obtenir leurs munitions et était déjà intervenu en faveur des bolchéviques à la fois à Londres et à Paris.

Fin 1917 donc, à l’époque où Lamont et Thompson arrivèrent à Londres, le premier ministre Lloyd George était endetté auprès des puissants intérêts de l’armement international, intérêts qui étaient les alliés des bolchéviques et qui leurs donnaient uns assistance afin de prolonger leur temps au pouvoir en russie. Le premier ministre britannique qui rencontra Willaim thompson en 1917 n’était pas encore un agent libre; Lord Milner était l’homme de l’ombre et, comme la citation en début de ce chapitre le suggère, penchait favorablement en faveur du socialisme et de Karl Marx […]

Les intentions et objectifs de Thompson

Pourquoi est-ce qu’un financier important de Wall Street et directeur de la banque de la réserve fédérale voudrait organiser et assister des révolutionnaires bolchéviques ? Pourquoi non pas un mais plusieurs associés de Morgan travaillaeraient-ils de concert pour encourager à la formation d’une “armée de volontaires révolutuonnaires” soviétique, une armée dédiée de manière supposée, au renversement de Wall Street, incluant Thompson, Thomas Lamont, Dwight Morrow, la fime Morgan et leurs associés ?

Thompson au moins était franc au sujet de ses objectifs en Russie: il voulait garder la Russie en guerre contre l’Allemagne (même s’il plaida devant le cabinet de guerre britannique que la Russie était hors de la guerre de toute façon) et de garder la Russie comme un marché pour les entreprises américaines dans la période de l’après-guerre. Le memorandum de Thompson à Lloyd George de Décembre1917 décrit parfaitement ces objectifs […]

[…] Thompson était un financier, un promoteur et bien que sans intérêt préalable avec la Russie, il finança personnellement la mission de la CR en Russie et utilisa la mission comme un véhicule pour des manœuvres politiques. De la vision d’ensemble de l’affaire, nous pouvons déduire que les motifs de Thompson étaient essentiellement financiers et commerciaux. De manière spécifique, thompson était au plus intéressé par le marché russe, et comment ce marché pouvait-être influencé, diverti et capturé pour une exploitation post-guerre par le ou les consortiums de Wall Street. Thompson voyait certainement l’Allemagne comme un ennemi, mais moins un ennemi politique qu’un ennemi économique ou commercial. L’industrie et la banque allemandes étaient les vrais ennemis. Pour contre-carrer l’Allemagne, Thompson était prêt à mettre de l’argent sur tout véhicule politique qui pourrait paeachever cet objectif. En d’autres ternes, Thompson était un impérialiste américain qui se battait contre l’impérialisme allemand et cette lutte fut finement reconnue et exploitée par Lénine et Trotsky. […]

[…] En bref, derrière et sous les aspects militaires, diplomatiques et politiques de la première guerre mondiale, il y avait une autre bataille faisant rage, à savoir, des manœuvres pour le pouvoir économique mondial qui émergera des opérateurs internationaux qui auront suffisemment de muscles et d’influence.

Thompson n’était pas un bolchévique, il n’était même pas pro-bolchévique; il n’était pas non plus pro-Kerensky, ni même pro-américain. La motivation ultime et débordante était la capture du marché russe dans l’après-guerre. Ceci était un objectif commercial et non pas politique. L’idéologie pouvait faire tanguer les révolutionnaires comme Kerensky, Trotsky, Lénine et consorts, mais pas les financiers.

Thompson retourne aux Etats-Unis

Thompson retourna donc ensuite aux Etats-Unis et en fit le tour avec une plaidoirie de reconnaissance publique des Soviets. Dans un discours qu’il fît au rocky Mountain club de New York en Janvier 1918, Thompson appela à l’assistance du gouvernement bolchévique émergent et s’adressant à une audience essentiellement de la côte ouest, évoqua l’esprit des pioniers américains… Pour ceux qui étaient dans l’audience, nous ne savons pas ce qu’ils en pensèrent, quoi qu’il en soit personne ne défia sa position. L’orateur était un directeur respecté de la banque de la réserve fédérale de New York, un homme d’affaire multi-millionnaires s’étant fait tout seul et n’était pas connu pour être “rose” (NdT: rosy en anglais est un terme péjoratif désignant les socialistes)…

Pendant que Wall Street se demandait s’il avait tourné bolchévique; Thompson trouva une certaine sympathie au sein de la communauté des directeurs de la banque de la réserve fédérale de New York. Le co-directeur W. L. Saunders, président de l’Ingersoll-Rand Corporation et un des directeurs de la banque de la réserve fédérale écivit au président Wilson le 17 Octobre 1918, faisant état de sa “sympathie pour la forme de gouvernement soviétique”, tout en réfutant en mème temps tout motif ultérieur tel que “se préparer maintenant pour avoir le marché mondial après la guerre” […]

[…] Par leur influence politique, il pourrait manipuler le pouvoir de police de l’état afin de pouvoir faire ce dont ils avaient été incapables de faire, ou ce qui coûtait trop d’argent à faire faire sous le régime de l’entreprise privée. En d’autres termes, le pouvoir coercitif de l’état était le moyen de maintenir un monopole privé. Ceci était exactement ce que Frederick Howe avait proposé. L’idée d’une Russie centralisée à l’économie planifiée, quand on y pense: un gigantesque monopole ! Thompson, ses amis et autre directeur, tenaient la corde en contrôlant ceux qui géraient l’opération.

Les ambassadeurs officieux: Robins, Lockhart et Sadoul

Les bolchéviques de leur côté évaluèrent correctement le manque de sympathie par les représentants à Pétrograde des trois puissances majeurs occidentales: les EtatsUnis, La Grande-Bretagne et la France. Les Etats-Unis étaient représentés par l’ambassadeur Francis qui ne masquait aucunement son manque de sympathie pour la révolution. La grande-Bretagne était représentée par Sir James Buchanan, qui avait des liens étroits avec la monarchie tsariste et était suspecté d’avoir quand mème aidé la phase Kerensky de la révolution. La France était représentée par l’ambassadeur Paléologue, ouvertement anti-bolchévique. Au d´´but de 1918, trois autres personnages firent leur apparition et devinrent les représentants de facto de ces pays occidentaux en poussant vers la sortie les officiels reconnus les représentant.

Raymond Robins prit les commandes de la mission de la CR américaine après le dédpart de Thompson au début D´´cembre 1917 mais se concentra plus sur des matières politiques et économiques que sur d’obtenir de l’assistance et de l’aide pour une Russie minée ar la pauvreté… En Janvier 1918, Robins câbla Thompson alors à New York:

“Le gouvernement soviétique plus fort aujourd’hui que jamais auparavant. Son autorité et son pouvoir ont été grandement consolidés par la dissolution de l’assemblée constituante… Je ne peux pas assez insister sur l’importance de la reconnaissance rapide de l’autorité bolchévique… Sisson approuve ce texte et vous demande de montrer ce câble à Creel. Thacher et Wardwell sont d’accord.”

Plus tard durant l’année 1918, à son retour aux WEtats-Unis, Robins soumit un rapport au secrétaire d’état Lansing contenant ce paragraphe d’ouverture:

“Coopération économique américaine avec la Russie; la Russie accueillera a bras ouverts l’assistance américaine dans la reconstruction économique”.

Les efforts persistants de Robins pour la cause bolchévique lui donna un certain prestige damns le camp bolchévique, voire même peut-être quelqu’influence politique[…]

[…] Des documents dans les archives du bureau soviétique de New York saisis par le comité Lusk en 1919 confirment qu’à la fois Robins et sa femme étaient associés de manière proche aux activités des bolvhéviques aux Etats-Unis et avec la formation du bureau soviétique à New York.

Le gouvernement britannique étavbliit une relation officieuse avec le régime bolchévique en envoyant en Russie un jeune agent parlant le russe, Bruce Lockhart. Lockhart était en fait la contre-partie britannique de Robins, mais au contraire de Robins, Lockhart avait des contacts directs avec son ministère des affaires étrangères. Lockhart ne fut pas choisi par le secrétaire aux affaires étrangères ou le ministère, tous deux furent choqués de sa nomination. D’après Richard Ullman, Lockhart “a été sélectionné pour sa mission par Milner et Lloyd George eux-mêmes…” “Maxime Litvinov, agissant comme représentant officieux soviétique à Londres, écrivit à Lockhart une lettre d’introduction auprès de Trotsky, dans cete lettre, il nommait l’agent britannique comme ‘étant un très honnête homme qui comprend notre position et sympathise avec nous et notre cause.” […]

[…] D’après Lockhart, le directeur de banque socaliste Milner était un homme qui lui inspirait “la plus grande affection et reconnaissance du héros”. Lockhart se souvient comment Milner sponsorisa personnellement sa nomination pour sa mission en Russie, poussa jusqu’au niveau du ministère et après sa nomination, parla presque quotidiennement avec Lockhart. Tout en ouvrant la voie pour la reconnaissance des bolchéviques, Milner fit aussi la promotion du soutien financier de leurs opposants dans le sud de la Russie et ailleurs, tout comme le fit Morgan depuis New York. Cette politique à double-face est consistante avec la thèse qui veut que le modus operandi des internationalistes politisés, tels Milner et Thompson, était de placer de l’argent public sur quelque cheval révolutionnaire ou contre-révolutionnaire que ce soit qui avait des allures de gagner la partie. Les internationalistes bien sûr clâmant les bénéfices subséquents. L’indice réside peut-être dans cete observation de Lockhart qui disait que Milner était un homme qui “croyait en l’état hautement organisé.”

Le gouvernement français appointa un supporteur encore plus évident des bolchéviques en la personne de Jacques Sadoul, un vieil ami personnel de Trotsky.

En résumé, les gouvernements alliés neutralisèrent leurs propres représentanrs diplomatiques à Pétrograde et les remplacèrent par des agents officieux plus ou moins sympathiques à la cause bolchévique.

Les rapports de ces ambassadeurs officieux furent en contraste direct avec les demandes d’aide adressées à l’occident depuis l’intérieur de la Russie. Maxime Gorky protesta contre la trahison des idéaux révolutionnaires par le groupe Lénine-Trotsky, qui imposa une poigne policière de fer et fit de la Russie un état policier […]

[…] Ainsi, même dans les premiers jours de 1918, la trahison subie par la révolution libertiare a été notée par des observateurs pertinents comme Maxime Gorky et De Witt C. Poole. La démission de Poole (NdT: diplomate américain chargé d’affaire à Archange en Russie) choqua le département d’état qui émit “la plus grande réticence quant à votre décision de démissionner”…

Ainsi les gouvernements alliés non seulement neutralisèrent leurs propres représentants gouvernementaux, mais les Etats-Unis ignorèremt même les supplications à l’intérieur et à l’extérieur de Russie pour arrêter le soutien aux bolchéviques. Le soutien influent pour les Soviets vint lourdement du secteur financier de New York (très peu de soutien émana des révolutionnaires américains intra-muros), et surtout de l’Americain International Corporation, une firme contrôlée par les intérêts de Morgan.

Exporter la révolution: Jacob H. Rubin

Nous sommes maintenant dans la position de comparer deux cas, pas les seuls du reste, dans lesquels les citoyens américains Jacob Rubin et Robert Minor assistèrent à l’exportation de la révolution vers l’Europe et d’autres parties de la Russie.

Jacob Rubin était un banquier qui de ses propres mots “aida à former le gouvernement soviétique d’Odessa.” Rubin était le président, trésorier et secrétaire de Rubin Brothers au 19 west 34 street, New York city. En 1917, il était associé avec l’Union Bank of Milwaukee et la Provident Loan Society de New York. Les administrateurs de la société Provident Loan incluent des personnes mentionnées autre part comme ayant des connexions avec la révolution bolchévique: P.A Rockefeller, Mortimer L. Schiff and James Speyer.

[…] Rubin de l’Union Bank of Milwaukee était à Odessa et désirait rester avec les bolchéviques: “Rubin ne désire pas partir, il a offert ses services aux bolchéviques et apparemment sympathise avec eux.”

Bien que sachant qu’il a été arrêté comme espion par le gouvernement de Denikin en Russie du sud, nous n’en sauraons guère plus sur Rubin. Par contre, nous en savons bien plus sur Robert Minor, qui fut pris la main dans le sac et relâché par un mécanisme réminiscent de la lib´ration de Trotsky d’un camp de prisoniers de guerre à Halifax.

Exporter la révolution: Robert Minor

Le travail de la propagande bolchévique en Allemagne, financé et organisé par William B. Thompson et Raymond Robin était fait sur le terrain par des citoyens américains sous la supervision du Commisssariat populaire aux affaires étrangères de Trotsky:

Une des première inovations de Trotsky dans le bureau des affaires étrangères a été d’instituer un bureau de presse sous Karl Radek et un bureau de la propafgande révolutionnaire internationale sous Boris Reinstein; la totalité de la puissance de ces entités de pouvoir fut tournée contre l’armée allemande […]

[…] Robert Minor était un exécurant du bureau de la propagande de Reinstein… Il était un dessinateur pamphlétaire de talent et un socialiste. Il quitta son texas naal pour venir à l’Est. Certaines de ses contributions parurent dans “Masses”, un journal pro-bolchévique. En 1918, Minor était dessinateur au Philadelphia Public Ledger. Il quitta New York en Mars 1918 afin de reporter sur la révolution bolchévique […]

Organisation du travail pour la propagande étrangère en 1918

Commissariat Populaire aux Affaires Étrangères ==> Trotsky

Bureau de Presse ==> Radek

Bureau de la propagande révolutionnaire internationale ==> Reinstein

Agents / Exécutifs de terrain:

–       John Reed

–       Louis Bryant

–       Albert Rhys

–       Williams

–       Robert Minor

–       Philip Price

–       Jacques Sadoul

En Novembre 1918, Minor et Price quittèrent la Russie et allèrent en Allemagne. Leurs produits de propagande furent utilisés pour la première fois sur le front russe de Mourman: des pamphlets furent làchés par avion sur les troupes britannique, française et américaine…

[…] Le 8 Juin 1919, Minor fut arrêté à Paris par la police française et rendu aux autorités militaires américaines à Koblenz; en même temps, les spartakistes allemands furent arrêtés par les autorités britanniques dans les environs de Cologne. Subséquemment, les spartakistes furent condamnés pour conspiration, sédition et cause de mutinerie parmi les troupes alliées; Price fut arrêté, mais comme Minor, rapidement relâché […]

[…] pour résumer, nous avons vu que le directeur de la banque de la réserve fédérale de New York William Boyce Thompson était actif à promouvoir les intérêts bolchéviques de plusieurs façons: production d’une propagande en russe, financement des opérations bolchéviques, discours, organisation (avec Robins) d’une mission révolutionnaire bolchévique en Allemafgne (mouvement spartakiste) et peut-être en France et avec l’associé de Morgan, Lamont, influence Lloyd George et le cabinet de guerre britannique afin de changer la politique britannique. De plus Raymond Robins fut cité par les autorités gouvernementales françaises pour avoir organiser les bolchéviques russes pour la révolution allemande. Nous savons que Robins travaillait au grand jour pour les intérêts soviétiques en Russie et aux Etats-Unis. Finalement, nous trouvons que Robert Minor, un des propagandistes utilisés dans les programmes de Thompson, fur relâché en des circonstances qui suggèrent une intervention au plus haut niveau du gouvernement américain.

De manière évidente, ceci n’est qu’une partie d’un puzzle bien plus grand. Ceci ne représente pas une chaînes d’évènement s’étant produits par le plus pur des hasard. Ils constituent une suite logique et cohérente d’évènements sur plusieurs années. Ils suggèrent la mise en place d’une influence puissante aux sommets de plusieurs gouvernements.

Au cœur du Nouvel Ordre Mondial: Wall Street et la révolution bolchévique (Professeur Antony Sutton)… 1ère partie.

Posted in actualité, documentaire, ingérence et etats-unis, N.O.M with tags , , , , , , , , , on 12 décembre 2011 by Résistance 71

L’implication de Wall Street dans la révolution russe de 1917 (bolchévique)

*** Traduction  de larges extraits du livre du professeur Antony C. Sutton: « Wall Street and the Bolshevik Revolution » *** 1 ère partie ***

Note des traducteurs: Le professeur Antony Cyril Sutton (1925-2002), économiste et historien britannique ayant vécu une très grande partie de sa vie aux Etats-Unis, est une sommité du monde académique et pourtant il n’est connu que dans des cercles restreints. Pourquoi?

Parce qu’il a passé la vaste majorité de sa vie professionnelle à rechercher et à analyser les dessous du pouvoir. Il était un conservateur qui ne pouvait accepter le degré de trahison des “élites” dirigeantes occidentales sur les multiples facettes du monde économique, politique et social.

Docteur ès Sciences de l’université de Southampton, il fut professeur entre 1968 et 1973 à Stanford University (Californie), maître de recherche associé au Hoover Institute, un des berceaux conservateurs s’il en est dans l’establishment éducatif états-unien.

Entre 1968 et 1973, il publia en trois volumes les fruits de ses recherches sur le transfert de technologie s’opérant entre les Etats-Unis, l’occident et l’URSS: “Western Technology and the Soviet Economic Development”. Pour le professeur Sutton, le transfert de technologie était tel que cela en était une trahison pure et simple, surtout considérant le fait, que le transfert de technologie vers l’URSS et le bloc de l’Est soutenait directement les efforts de guerre du Vietnam contre les Etats-Unis. Le professeur Sutton non seulement condamnait cette guerre, mais de plus il rendait responsable l’élite banquière et industrielle états-unienne de la mort des jeunes soldats américains dans cette guerre impérialiste. Inutile de dire que le professeur Sutton se retrouva vite au ban de l’intelligentsia et du monde académique américains.

En 1974, Sutton publia le premier ouvrage de sa trilogie sur les financements de Wall Street: “Wall Street and the Bolshevik Revolution”  (que nous avons traduit et publierons ici en 4 parties).

En 1976, il publia le second volet de la trilogie, dont nous proposons ici la traduction de larges extraits (la traduction française totale étant à notre connaissance inexistante… merci de nous dire si le lectorat en trouve trace): “Wall Street and the Rise of Hitler”, ouvrage qui fut suivit la même année du troisième volet: “Wall Street and Franklin Delano Roosevelt”.

Voici ce qui est dit sur le site internet du professeur Sutton:

“Antony Sutton a été persécuté mais jamais attaqué en justice pour ses recherches et leurs publications. Sa carrière académique fut brisée par sa dévotion à découvrir et énoncer la vérité. En 1968, le fruit de ses recherches sur “La technologie occidentale et le développement économique de l’URSS” fut publié par le Hoover Institute de l’université de Stanford. Sutton y montre comment la base technologique et de production de l’état soviétique, qui s’est engagé à suppléer de l’armement au Nord-Vietnam et contribue par là-même à la mort et l’estropiage de jeunes soldats américains, fût construite par des entreprises industrielles américaines et payée essentiellement par le contribuable américain. Depuis leurs grandes usines d’acier et de fer à la construction d’équipement automobile en passant par une technologie de précision, de l’informatique, essentiellement la majorité de l’entreprise industrielle soviétique a été construite avec l’aide directe des Etats-Unis ou de son assistance technique.”

Ceci est également détaillé dans le premier volet du triptique de Sutton sur Wall Street, et nous allons vous faire découvrir ci-après, en plusieurs publications, que cela fut également vrai de l’Allemagne nazie.

Le pourquoi de l’omission délibérée de ces évènements pourtant dûments documentés de manière irrévocable et inattaquable, sera évident pour beaucoup de lecteurs au fur et à mesure du déroulement de la recherche du professeur Sutton sur Wall Street et la révolution bolchévique (ainsi nommée car elle constitue historiquement la seconde phase de la révolution russe après celle amorcée en 1905 et qui amena les Menchéviques aux commandes)…

C’est en analysant l’histoire sans son paravent consensuel et en la comprenant donc mieux, que nous comprendrons en retour le monde contemporain et pourrons efficacement anticiper le futur. Le vieil adage de “qui ne connaît pas l’histoire est amené à la répéter” prend tout son sens aujourd’hui. C’est en fait le but de l’oligarchie en place.

La vérité nous libèrera… pour toujours !

~ Résistance 71 ~

Seconde partie

Troisième partie

Quatrième et dernière partie


Wall Street et la révolution bolchévique (larges extraits)

1ère partie

Par Antony C. Sutton (1974)

 

url du livre original en ligne:

http://www.reformation.org/wall-st-bolshevik-rev.html

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Chapitre 1

Les acteurs sur la scène révolutionnaire

“Cher Monsieur le président,

La forme de gouvernement soviétique a toute ma sympathie comme étant ce qui convient le mieux au peuple russe…”

(Ouverture d’une lettre de William Lawrence Saunders, président d’Ingersoll-Rand Corporation, directeur d’American International Corporation et vice-président de la banque de la réserve fédérale de New York au président des Etats-Unis Woodrow Wilson le 17 Octobre 1918)

Le dessin pamphlétaire qui illustre ce livre a été dessiné par Robert Minor en 1911 pour le St Louis Post-Dispatch.

Minor était un artiste talentueux, très bon dessinateur et écrivain doublé d’un révolutionnaire bolchévique; il fut arrêté en Russie en 1915 pour soi-disant de la subversion; il fut plus tard financé par des financiers importants de Wall Street.

Le dessin de Minor (NdT: qu’on peut voir sur le lien original du livre ci-dessus) met en scène un Karl Marx barbu et hilare se tenant sur Wall Street avec un exemplaire de la revue “Socialism” sous le bras et acceptant les félicitations de financiers connus comme J P Morgan, L’associé de Morgan George W. Perkins, John D. Rockefeller, John D. Ryan de la National City Bank et Teddy Roosevelt, qu’on identifie facilement grâce à sa célèbre dentition, qui se tient en arrière-plan. Wall Street est décorée avec des drapeaux rouges. La foule en liesse et les chapeaux jetés en l’air suggèrent que Karl Marx devait avoir été un homme populaire au sein du district financier de New York.

Minor rêvait-il ? Bien au contraire, nous allons voir que Minor était très terre à terre en décrivant une alliance enthousiaste entre Wall Street et le socialisme marxiste. Les personnages du dessin de Minor, Karl Marx (symbolisant les révolutionnaires du futur Lénine et Trotsky), JP Morgan, John D. Rockefeller et Robert Minor lui-même, sont aussi des personnages importants de ce livre.

Les contradictions suggérées par le dessin de Minor ont été glissées sous le tapis de l’histoire parce qu’elles ne cadrent pas avec le spectre classique et consensuel de la gauche et de la droite en politique. Les bolchéviques sont à l’extrême gauche du spectre politique et les financiers de Wall Street sont à l’extrême droite, dès lors, raisonnons-nous de manière implicite, ces deux groupes n’ont absolument rien en commun et toute alliance entr’eux est totalement absurde. Les facteurs qui sont contraires à cet arrangement conceptuel sont en général rejetés comme observations bizarres ou d’infortunées erreurs. L’histoire moderne possède une telle dualité intégrée et il est certain que si trop de faits inconfortables ont été rejetés et poussés sous le paillasson, alors l’histoire est fausse.

D’un autre côté, on peut observer que les deux extrêmes, droite et gauche, du spectre politique, sont absolument collectivistes.

Le national socialiste (par exemple le fasciste) et le socialiste international (par exemple le communiste), recommandent tous deux des système politico-économiques totalitaires fondés sur la puissance politique pure et dure et la coercition individuelle. Les deux systèmes demandent un contrôle monopoliste de la société.

Alors que le contrôle monopoliste des industries fut au départ l’objectif de JP Morgan et de John D. Rockefeller, vers la fin du XIXème siècle le cœur de Wall Street avait compris que la manière la plus sûre de gagner un monopole sans conteste était “d’entrer en politique” et de faire travailler la société pour les monopolistes et ce sous couvert du bien et de l’intérêt publics. Cette stratégie fut détaillée en 1906 par Frederick C. Howe dans son ouvrage “Confessions d’un monopoliste”. Howe qui soit dit en passant, est aussi un personnage dans l’histoire de la révolution bolchévique.

Ainsi un emballage conceptuel alternatif des idées politiques et des systèmes politico-économiques serait de classifier le degré de liberté individuelle contre le degré de contrôle politique centralisé. Sous une telle classification, l’état providence industriel et le socialisme sont du même côté du spectre politique. C’est ainsi que l’on peut constater que les tentatives du contrôle monopoliste de la société peuvent être étiquettées différemment tout en ayant des traits de caractère très similaires.

En conséquence, une des barrières sur le chemin d’une compréhension mature de l’histoire récente est la notion que tous les capitalistes sont les ennemis jurés et mortels de tous les marxistes et socalistes. Cette idée erronée trouve son origine avec Karl Marx et fut sans aucun doute très utile pour ses objectifs. En fait, cette idée est un non-sens total. Il y a eu une alliance continue, même si savemment dissimulée, entre les capitalistes politiques internationaux et les socialistes révolutionnaires internationaux et ce pour leur bénéfice mutuel. Cette alliance n’a pas été pour ainsi dire observée, parce que les historiens, mis à part quelques exceptions notoires, ont une conception marxiste inconsciente biaisée et sont ainsi enfermés dans le moule de l’impossibilité qu’une telle alliance existe.

Le lecteur large d’esprit doit garder deux choses à l’esprit: les capitalistes monopolistes sont les ennemis mortels de la libre-entreprise et de ses entrepreneurs et aussi, au vu de la faiblesse de la planification centrale socialiste, l’état socialiste totalitaire est le marché captif parfait pour les capitalistes monopolistes si une alliance peut-être établie avec les tenants du pouvoir socialiste.

Supposons, car cela n’est qu’une hypothèse à ce stade, que les capitalistes monopolistes américains aient été capables de réduire une Russie sous planification socialiste au statut de colonie technique captive ? Ceci ne serait-il pas l’extension logique internationaliste du XXème siècle des monopoles sur les chemins de fer des Morgan et du trust pétrolier des Rockefeller de la fin du XIXème siècle aux Etats-Unis?

Mis à part Gabriel Kolko, Murray Rothbard et les révisionistes, les historiens n’ont pas du tout été alertes quant à une telle combinaison d’évènements. L’historiographie, à de rares exceptions près, a été forcée dans la dichotomie capitalistes contre les socialistes. L’étude monumentale et lisible de George Kennan sur la révolution russe maintient de manière consistante cette fiction de la dualité entre Wall Street et le bolchévisme. “La Russie quitte la guerre” n’a qu’une seule référence incidentelle à la firme J.P Morgan et aucune référence du tout concernant la Guaranty Trust Company; et pourtant, ces deux organisations sont abondemment mentionnées dans les dossiers du Département d’État (NdT: le ministère des affaires étrangères américain), auxquels de fréquentes références sont faites dans ce livre, toutes deux étant partie des preuves principales présentées ici. Aucun de l’auto-incriminé “banquier bolchévique”, Olof Aschberg ni la banque Nya Banken de Stockholm ne sont mentionnés dans la recherche de Kennan et pourtant tous deux furent essentiels au financement bolchévique. De plus, , dans de circonstances mineures mais néanmoins cruciales, du moins cruciales pour notre développement, Kennan a commis des erreurs factuelles. Par exemple, Kennan cite le directeur de la banque de la réserve fédérale William Boyce Thompson comme quittant la Russie le 27 Novembre 1917. Cette date de départ rendrait physiquement impossible la présence de Thompson à Pétrograde le 2 Décembre 1917 d’où il transmît un télégramme de demande d’un million de dollars à Morgan à New York. Thompson en fait quitta Pétrograde le 4 Décembre 1917, deux jours après avoir envoyé le télégramme à New York. Là encore, Kennan fait état du fait que le 30 Novembre 1917, Trotsky fît un discours devant le soviet de Pétrograde dans lequel il observa: “Aujourd’hui, j’ai avec moi ici à l’institut Smolny, deux Américains en relation étroites avec les éléments capitalistes américains”. D’après Kennan, il est “difficile d’imaginer “ qui d’autre “auraient pu être” ces deux Américains, “sinon Robins et Gumberg”. En fait, Grumberg n’était pas américain mais russe. De plus, comme Thompson était toujours en Russie le 30 Novembre 1917, alors les deux Américains qui visitèrent Trotsky étaient plus certainement Raymond Robins, un promoteur minier devenu bon samaritain et… Thompson de la réserve fédérale de New York.

La bolchévisation de Wall Street était connue dans les cercles informés dès 1919. Le journaliste financier Barron enregistra une conversation avec le magnat du pétrole E.H. Doheny en 1919 qui mentiona spécifiquement trois financiers importants, William Boyce Thompson, Thomas Lamont et Charles R. Crane:

–       A bord du SS Aquitaine, soirée du Vendredi 1er Février 1919.

J’ai passé la soirée dans la suite des Doheny. Mr Doheny a dit: “Si vous croyez en la démocratie, vous ne pouvez pas croire au socialisme. Le socialisme est le poison qui détruit la démocratie. La démocratie veut dire des opportunités pour tous. Le socialisme fait croire qu’un homme peut quitter son travail et être mieux loti. Le bolchévisme est le fruit véritable du socialisme et si vous lisiez les témoignages intéressants devant les comités du sénat vers la mi-Janvier qui montrèrent tous ces pacifistes et faiseurs de paix comme des sympathisants de l’Allemagne, des socialistes et des bolchéviques, et vous verriez que la majorité des professeurs d’université aux Etats-Unis enseignent le socialisme, le bolchévisme et que cinquante-deux de ces professeurs étaient dans des comités pacifistes en 1914. Le président Eliot d’Harvard enseigne le bolchévisme. Les pires des bolchéviques aux Etats-Unis ne sont pas seulement les profs d’université dont le président Wilson fait partie, mais les capitalistes et les femmes de capitalistes et aucun ne semble savoir de quoi ils parlent. William Boyce Thompson enseigne le bolchévisme et il va sûrement convertir Lamont de JP Morgan and Co, Vanderlip est un bolchéviste ainsi que Richard Crane. Beaucoup de femmes rejoignent le mouvement et ni elles ni leurs maris ne savent de quoi il retourne ou ce à quoi cela mène. Henry Ford en est un autre, ainsi que la majorité  de la centaine d’historiens que Wilson a emmené à l’étranger avec lui avec cette idée insensée que l’histoire puisse enseigner à la jeunesse une juste démarcation des races, des gens et des nations géographiquement.”

En bref, ceci est l’histoire de la révolution bolchévique et de ce qui s’ensuivît, mais une histoire qui se démarque de l’approche traditionnelle des capitalistes contre les communistes. Notre histoire postule un partenariat entre le capitalisme international monopoliste et le socialisme révolutionnaire international pour servir leur bénéfice mutuel. Le coût humain final de cette alliance est retombé sur les épaules du citoyen russe, du citoyen américain. L’entreprenariat a été discrédité et le monde a été propulsé vers une planification socaliste inefficace comme résultat de ces manœuvres monopolistes dans le monde de la politique et de la révolution.

Ceci est aussi une histoire réfléchissant la trahison de la révolution russe. Les tsars et leur système politique corrompu furent éjectés pour n’être remplacés que par les agents du pouvoir d’un autre système corrompu. Là où les Etats-Unis auraient pu exercer une influence dominante pour amener une Russie libre, cela trébucha sur les ambitions de quelques financiers de Wall Street, qui pour leurs intérêts personnels, pouvaient accepter une Russie tsariste centralisée, une Russie marxiste centralisée, mais en aucune manière une Russie libre et décentralisée. Les raisons de ces hypothèses vont se dévoiler alors que nous développerons les faits sous-jacents et non-dits jusqu’ici, de la révolution russe et de ses conséquences.

Chapitre 2

Trotsky quitte New York pour faire la révolution

“Vous aurez une révolution, une terrible révolution. Quelle route prendra t’elle dépendra beaucoup des instructions de Mr Rockefeller à Mr Hague. Mr Rockefeller est le symbole de la classe dirigeante américaine et Mr Hague est le symbole de son outil politique.”

(Léon Trotsky à New York le 13 Décembre 1938, note: Hague était un politicien du New Jersey)

En 1916, l’année qui a précédée la révolution russe, l’internationaliste Léon Trotsky fut expulsé de France, officiellement à cause de sa participation à la conférence de Zimmerwald, mais aussi sans nul doute à cause des articles enflammés qu’il écrivît pour le journal Nashe Slovo, publication russe parisienne. En Septembre 1916, Trotsky fut poliment escorté à la frontière espagnole par la police française. Quelques jours plus tard, la police de Madrid l’arrêta et le plaça dans une “cellule de première classe” au prix de une peseta et demie par jour. Subséquemment, Trotsky fut conduit à Cadix, puis à Barcelone finalement pour être mis à bord du bateau à vapeur de la compagnie espagnole transatlantique, le S.S Montserrat. Ainsi, Trotsky et sa famille traversèrent l’océan Atlantique et arrivèrent à New York le 13 Janvier 1917 […]

[…] Comment pût survivre en Amérique capitaliste un Trotsky qui ne parlait que russe et allemand ?

D’après son autobiographie “Ma Vie”: “Ma seule profession à New York fut celle d’un socialiste révolutionnaire”. En d’autres termes, Trotsky écrivit des articles occasionnels pour le Novy Mir, le journal socialiste russe new yorkais. De surcroi, nous savons que l’appartement familial de Trotsky avait un réfrigérateur et un téléphone et que, d’après Trotsky lui-même, la famille voyageait occasionnellement en limousine. Ce mode de vie intrigua les deux jeunes garçons Trotsky. Quand ils se rendirent dans un salon de thé, les garçons demandaient anxieusement à leur mère pourquoi le chauffeur n’entrait pas avec eux ? Ce style de vie très confortable est également en porte à faux avec les revenus déclarés de Trotsky. Les seuls fonds que Trotsky admît avoir reçu pour l’année 1916 et 1917 furent de 310 US$ et d’après Trotsky toujours: “J’ai distribué ces 310 US$ à cinq immigrants qui retournaient en Russie.” Toujours est-il que Trotsky paya pour une cellule de première classe en Espagne, la famille Trotsky voyagea à travers l’Europe et les Etats-Unis, ils ont obtenu un excellent appartement à New York, payant trois mois de loyer en avance et ils avaient l’usage d’une limousine avec chauffeur pour leurs déplacements. Tout cela avec les revenus d’un révolutionnaire exilé appauvri qui écrivait quelques articles pour un journal de langue russe de faible diffusion le Nashe Slovo à Paris et le Novy Mir à New York !

Joseph Nedava estime les revenus de Trotsky pour 1917 à 12 US$ par semaine, “agrémentés de quelques piges pour discours et entretien”. Trotsky fut à New York en 1917 pour trois mois de Janvier à Mars, cela fait donc 144 US$ de revenu du Novy Mir et disons en étant large, 100 US$ de salaire pour quelques lectures, pour un total de 244 US$. De ces 244 US$, Trotsky devait donner 310 US$ à ses amis, payer pour son appartement de New-York, soutenir sa famille et trouver les 10 000 US$ qui lui furent confisqués par les autorités canadienne du port d’Halifax en Avril 1917. Trotsky maintient que ceux qui disent qu’il avait d’autres sources d7argent ne sont que des “mauvaises langues” promptes à “répandre des calomnies stupides et des mensonges”; mais à moins que Trotsky n’eut joué aux courses, ceci ne pouvait-être fait. Il est évident que Trotsky avait une autre source de revenus.

Quelle était cette source ? […]

[…] La plupart des enquêtes se sont centrées sur le fait vérifiable que lorsque Trotsky quitta New York en 1917 à destination de Pétrograde pour organiser la phase bolchévique de la révolution, il quitta la place avec 10 000 US$. En 1919, le comité sénatorial Overman enquêta sur la propagande bolchévique et l’argent allemand aux Etats-Unis et toucha incidemment à la source des 10 000 US$ de Trotsky. L’examination des dires du colonel Hurban, un attaché de Washington auprès de la délégation tchèque mena à ceci:

(NdT: s’ensuit dans le livre le transcript d’une partie de l’interrogatoire du comité qui établit le fait que Trotsky obtint les 10 000 US$ de ressortissants allemands alors qu’il était aux etats-Unis…) […]

[…] Il est ici assez remarquable de noter que le comité ajourna brusquement l’interview avant même que les “sources” de l’argent de Trotsky ne purent être placées dans les archives du sénat. Lorsque l’interview repris le lendemain, le comité Overman n’avait plus aucun intérêt de connaître le fin mot de cette histoire de financement de Trotsky[…]

[…] Une somme de 10 000 US$ de provemance allemande est aussi mentionnée dans le télégramme officiel britannique aux autorités navale du port d’Halifax en Nouvelle-Ecosse au Canada, qui requirent que Trotsky et tous les gens qui l’accompagnaient furent débarqués du S.S Kristianafjord. Nous avons aussi appris d’un rapport du directorat britannique pour le renseignement que Gregory Weinstein, qui fut en 1919 un élément important du bureau soviétique de New York, collecta des fonds pour Trotsky à New York. Ces fonds venaient d’Allemagne et furent acheminés via le Volks-Zeitung, un quotidien de presse allemand de New York et sponsorisé par le gouvernement allemand[…]

Woodrow Wilson et un passeport pour Trotsky

Le président Woodrow Wilson fut la bonne fée qui donna un passeport à Trotsky pour qu’il puisse retourner en Russie afin de “porter de l’avant” la révolution. Ce passeport américain était accompagné par un permis d’entrée en Russie et un visa de transit britannique. Jennings C. Wise, dans son livre “Woodrow Wilson: disciple de la révolution”, fait ce commentaire pertinent: “Les historiens ne doivent jamais oublier que Woodrow Wilson, et ce malgré les efforts intenses de la police britannique, rendît possible pour Léon Trotsky de rentrer en Russie avec un passeport américain.”

Le président Wilson a facilité le passage de Trotsky en Russie alors que dans le même temps, des bureaucrates prudents du département d’état (NdT: ministère des affaires étangères américain), concernés par de tels révolutionnaires entrant en Russie, tentaient de manière unilatérale de rendre plus difficile les procédures d’obtention de passeport. La branche de Stockholm câbla le département d’état le 13 Juin 1917 juste après le passage de Trotsky à la frontière finlando-russe: “la délégation a confidentiellement informé les bureaux de passeport russe, britannique et français à Tornéa (frontière), qu’elle était inquiète du passage de personnes suspicieuses en possession de passeports américains.” La réponse du département d’état américain le même jour fut comme suit: “le département exerce une attention particulière pour la délivrance des passeports pour la Russie” […]

[…] En conséquence, par vertu du traitement préférentiel accordé à Trotsky, lorsque le S.S Kritianafjord (NdT: S.S est un acronyme pour Steam Ship ou navire à vapeur) quitta New York le 26 Mars 1917, Trotsky était à bord avec un passeport américain, en compagnie d’autres révolutionnaires trotkistes, de financiers de Wall Street, de communistes américains et d’autres personnes non moins intéressantes, dont très peu avaient embarqué avec pour but des affaires légitimes. Cet amalgame de passagers a été décrit par Lincoln Steffens, le communiste américain:

“La liste de passagers était longue et mystérieuse. Trotsky menait un groupe de révolutionnaires; il y avait un révolutionnaire japonais dans ma cabine. Il y avait un bon nombre de Hollandais qui se pressaient de revenir chez eux depuis Java. Ils étaient les seules personnes innocentes à bord. Le reste n’était que des messagers de guerre, deux de Wall Street pour l’Allemagne…”

Notablement, Lincoln Steffens était en route pour la Russie à l’invitation spécifique de Charles Richard Crane, un soutien et ex-président du comité des finances du parti démocrate. Charles Crane, le vice-président de la Crane Company, avait organisé la Westinghouse Company en Russie, était un membre de la mission Root en Russie et avait fait pas moins de vingt-trois visites en Russie entre 1890 et 1930. Richard Crane, son fils, était l’assistant confidentiel de secrétaire d’état d’alors (NdT: assistant ministre des affaires étrangères) Robert Lansing. D’après l’ancien ambassadeur américain en Allemagne William Dodd, Crane “fit beaucoup pour amener la révolution de Kerensky, qui mena au communisme.” Ainsi les commentaires de Steffens dans son journal de bord à propos des converstaions a bord du S.S Kristianafjord sont très pertinents: “… tous étaient d’accord pour dire que la révolution nétait que dans sa premère phase, qu’elle devait grandir. Crane et les radicaux russes à bord pensent que nous devrions être à Pétrograde pour la continuité de la révolution.”

Crane retourna aux Etats-Unis après que la révolution bolchévique fut achevée (c’est à dire, la continuité de la révolution), et bien que citoyen privé, il reçut des rapports de première main sur le progrès de la révolution bolchévique au long des réceptions des télégrammes du département d’état. Par exemple, une memorandum daté du 11 Décembre 1917 est intitulé: “Copie du rapport de la révolte maximaliste pour Mr Crane”. L’origine du meme était de Maddin Summers, consul général américain à Moscou et la lettre de présentation de Summers dit en partie:

“J’ai l’honneur d’incorporer ci-joint une copie du même rapport avec la requête qu’il soit envoyé pour l’information confidentielle de Mr Charles R. Crane. Il est assumé que le département ne verra aucune objection à ce que Mr Crane ait connaissance du rapport…”

Brièvement, l’image improbable et inquiétante qui émerge est que Richard Crane, un ami et soutien de Woodrow Wilson et un financier important doublé d’un politicien, a eu un rôle connu dans la “première” révolution et voyagea à la mi-1917 en Russie en compagnie du communiste américain Lincoln Steffens, qui était en relation avec Woodrow Wilson et Trotsky. Ce dernier était en possession d’un passeport américain délivré sur ordre du président Wilson et de 10 000 US$ en provenance supposée de sources allemandes. A son retour aux Etats-Unis, après la “seconde” révolution, Crane a bénéficié de l’accès à des documents officiels confidentiels concernant la consolidation du régime bolchévique. Ceci représente un tissu de faits interliés, intrigants, qui demandent plus de recherche et qui suggère, bien que à ce stade sans preuve évidente, que des liens existent entre le financier Crane et le révolutionaire Trotsky.

Les documents canadiens sur la remise en liberté de Trotsky

Des documents du court passage de Trotsky entre les mains des autorités canadiennes sont maintenant déclassifiees et disponibles auprès des archives du gouvernement canadien. D’après ces archives, Trotsky fut débarqué du S.S Kristianafjord par des personnels de la marine canadienne et britannique dans le port d’Halifax (Nouvelle-Ecosse), le 3 Avril 1917; il  fut enregistré comme un prisonnier de guerre allemand et interné au camp d’Ambherst en Nouvelle-Ecosse érigé pour les prisonniers allemands. Mme Trotsky, les deux garçons et cinq autres hommes russes décrits comme étant des “socialistes russes”, furent également débarquees et internés. Leurs noms sont enregistrés par les autorités canadiennes comme suit: Nickita Muchin, Leiba Fisheleff, Konstantin Romanchanco, Gregor Teheodnovski, Gerchon Melintchansky et Léon Bronstein Trotsky (toutes les ortographes identiques aux documents originaux).

Le formulaire de l’armée canadienne LB-1, sous le numéro de série 1098 (incluant les empruntes digitales des pouces) fut complété pour Trotsky, avec la description suivante: “37 ans, exilé politique, profession journaliste, né à Gromskty, Chuson, Russie, citoyen russe”. Le formulaire fut signé par Leon Trotsky et son nom complet donné comme étant: Leon Bromstein (sic) Trotsky […]

[…] Le 20 Avril 1917, la capitaine Matkins écrivit à l’amiral Kingsmill expliquant ses raisons d’avoir débarqué Trotsky; il refusa d’être mis sous pression et de prendre une décision en disant: “Je vais câbler à l’amirauté et l’informer que la milice des autorités demande une décision rapide concernant les suites à donner à l’affaire.” Le jour suivant, le 21 Avril, Gwatkin écrivit à Coulter: “Nos amis les socialistes russes doivent être libérés; des arrangements sont en ce moment en cours pour assurer leur passage en Europe.” L’ordre donné au capitaine Matkins de libérer Trotsky avait pour origine l’amirauté de Londres. Coulter reconnu l’informatiom d’un: “ceci plaira immensément à nos correspondants de New York.” […]

Les vues des services de renseignement canadiens sur Trotsky

Nous pouvons approcher le cas de la libération de Trotsky sous un autre angle: celui du renseignement canadien.

Le lieutenant-colonel John Bayne MacLean, un important éditeur et homme d’affaires canadien, fondateur et président de la MacLean Publishing Company de Toronto, géra plusieurs journaux canadiens de commerce, incluant le Financial Post. MacLean avait également une très longue association avec les services de renseignement militaires de l’armée canadienne.

En 1918, le colonel MacLean écrivit un article dans son propre magazine “MacLean’s”, article intitulé: “Pourquoi avons-nous laissé partir Trotsky ? Comment le Canada a perdu une opportunité de racourcir la guerre” […]

[…] En premier lieu, il convient de dire que le colonel MacLean était un homme intègre, aqui possédait d’excellentes connexions au sein du gouvernement et des services de renseignement canadiens. En second lieu, les archives du gouvernement déclassées depuis par le Canada, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, confiment les déclarations de MacLean à un bon degré de signifiance. Certaines déclarations de MacLean doivent être confirmées, mais l’information à notre disposition en ce début des années 1970 n’est pas nécessairement inconsistante avec l’article du colonel MacLean.

MacLean ouvre le débat de la sorte: “quelques politiciens canadiens ou officiels furent dûment responsables du prolongement de la guerre (1ère guerre mondiale), pour la grande perte de vies humaines, les blessures et les souffrances de l’hiver 1917 et des grandes offensives de 1918.”

De plus, dit MacLean, ces personnes faisaient (en 1919) tout ce qui était possible pour empêcher le parlement et le public canadiens d’obtenir les faits relatés. Les rapports officiels, incluant ceux de Sir Douglas Haig, démontrent que si ce ne fut pour le désengagement de la Russie en 1917, la guerre aurait été finie au moins un an avant et que “l’homme responsable de la défection de la Russie fut Trotsky… agissant sur instructions de l’Allemagne.”

Qui était Trotsky ? D’après MacLean, Trotsky n’était pas Russe mais Allemand. Aussi bizarre que cette assertion puisse paraître, cela coïncide avec d’autres pièces d’information et de renseignement qui stipulent que Trotsky parlait mieux allemand que russe et qu’il était l’exécutif russe du “Black Bond” allemand. D’après MacLean, Trostsy a été ostentatoirement expulsé de Berlin en Août 1914, il arriva finalement aux Etats-Unis d’où il organisa les révolutionnaires russes, ainsi que des révolutionnaires dans l’ouest canadien, qui “étaient essentiellement des Allemands et des Autrichiens voyageant comme des Russes”. Mac Lean continue:

“Originellement, les britanniques se sont rendus compte par leurs associés russes que Kerensky, Lénine et quelques autres leaders moindres étaient payés par l’Allemagne depuis au moins 1915 et ils découvrirent en 1916 les connexions avec Trotsky qui vivait à New-york. A partir de ce moment là il fut observé sans relâche par… le service de déminage. Au début de l’année 1916 un officiel allemand se rendît à New-York. Les officiels du renseignement britannique l’accompagnèrent. Il fut détenu à Halifax, mais sur leur instruction il fut permis qu’il continua sa route avec moultes excuses pour le retard occasionné. Après pas mal de manœuvres, il arriva dans un petit bureau de presse sale dans les bidonvilles et trouva Trotsky, pour lequel il portait des instructions importantes. De Juin 1916, jusqu’à ce qu’ils le relaient au service britannique, le service de déminage de New York ne perdit jamais le contact avec Trotsky. Ils découvrirent que son véritable nom était Braunstein et qu’il était Allemand et non pas russe.”

Une telle activité allemande en pays neutres a été confirmée dans un rapport du département d’état (316-9-764-9), qui décrivait l’organisation de refugiés russes pour des buts révolutionnaires […]

[…] Trotsky a été relâché “à la requête de l’ambassade britannique de Washington… qui a agit sur la requête du département d’état américain, qui lui agissait pour quelqu’un d’autre…” Les officiels canadiens furent instruits “d’informer la presse que Trotsky était un citoyen américain voyageant avec un passeport américain et que sa relâche avait été spécifiquement demandée par le département d’état à Washington. De plus, ecrit toujours MacLean, à Ottawa “Trotsky avait et continue à avoir, une très forte influence. Là, son pouvoir est si grand que des ordres furent donnés pour que toute considération lui soit accordée.”

Le thème général sur lequel MacLean s’épanche est bien évidemment que Trotsky avait des relations intimes et probablement travaillait pour l’état major allemand. Alors que ces relations ont été établies en ce qui concerne Lénine, jusqu’à confirmer que Lénine était financé et son retour en Russie facilité par l’Allemagne, il apparaît comme quasi certain que Trotsky fut aidé de la même façon. Le fond de 10 000 US$ de Trotsky à New York était de source allemande et un document archivé du département d’état américain récemment déclassifié déclare:

“9 Mars 1918, au consul américain, Vladivostok; de Polk, faisant fonction de secrétaire d’état, Washington D.C

Pour votre information confidentiel et prompte attention: ce qui suit est la substance d’un message du 12 Janvier émanant de Von Schanz de la Banque Impériale allemande à Trotsky. Message accorde la banque impériale d’un crédit de 5 millions de roubles à envoyer à l’assistant commissaire naval en chef Kudrisheff d’extrême Orient…”

Ce message suggère une liaison entre Trotsky et les Allemands en Janvier 1918, une époque où Trotsky proposait une alliance avec l’occident. Le département d’état ne donne pas la provenance du message, seulement qu’il provient du bureau du personnel de l’école de guerre. Le département d’état a traité ce message comme authentique et a agit en conséquence sur la base d’une authenticité assumée. Ceci est consistant avec le thème général de l’article du colonel MacLean.

Les intentions et objectifs de Trotsky

Par conséquent, nous pouvons dériver la séquence d’évènements suivante: Trotsky a voyagé de New York à Pétrograde avec un passeport suppléé suite à l’intervention du président Woodrow Wilson et avec l’intention déclarée de “poursuivre plus avant” la révolution. Le gouvernement britannique fut la source d’origine de sa libération de détention par les autorités canadiennes en Avril 1917, mais il se peut très bien qu’il y ait eu des “pressions”. Lincoln Steffens, un communiste américain, a agit comme relais entre Wilson et Charles R. Crane et entre Crane et Trotsky. De plus, alors que Crane n’avait aucune position officielle, son fils Richard était l’assistant confidentiel du secrétaire d’état Robert Lansing et Crane senior reçu des rapports rapides et détaillés sur les progrès de la révolution bolchévique. De plus, l’ambassadeur William Dodd (ambassadeur américain en Allemagne durant la période d’Hitler) a dit que Crane a eu un rôle actif dans la phase Kerensky de la révolution; les lettres de Steffens confirment que Crane voyait la  phase Kerensky comme n’étant qu’une étape dans la continuité de la révolution.

Le point intéressant n’est pas tant la communication parmi des personnes disparates comme Crane, Steffens, Trotsky et Woodrow Wilson, que l’existence d’au moins une mesure d’accord sur la procédure à suivre, à savoir que le gouvernement provisoire était vu comme “provisoire” et que la “seconde révolution” devait suivre.

D’un autre côté, l’interprétation des intentions de Trotsky doit être sujette à précaution: il était un adepte du double jeu. La documentation officielle démontre très clairement des actions contradictoires. Par exemple, la division admonistrative des affaires d’´xtrême orient du département d’état américain, reçût le 23 Mars 1918, deux rapports de Trotsky. L’un est inconsistent avec l’autre. Un rapport du 20 Mars 1918 de Moscou ayant pour origine le journal russe Russkoe Slovo; le rapport citait une interview avec Trotsky dans lequel il disait que l’alliance avec les Etats-Unis était impossible:

“La Russie des soviers ne peut pas s’aligner sur l’Amérique capitaliste car ce serait une trahison. Il est possible que les Américains cherchent un rapprochement avec nous, motivé par leur antagonisme avec le Japon, mais dans tous les cas il ne peut pas y avoir d’alliance de notre part et de quelque nature que ce soit avec une natio bourgeoise.”

Dans l’autre rapport, provenant aussi de Moscou figure un message du 17 Mars 1918, trois jours plus tôt, et de l’ambassadeur Francis: “Trotsky demande cinq officiers américains comme inspecteurs de l’armée étant organisée pour la défense et aussi demande des techniciens de chemins de fer et de l’équipement.”

Cette requête vers les Etats-Unie est bien évidemment inconsistante avec la rejection de “l’alliance” […]

[…] tant que nous verrons tous les révolutionnaires internationaux et tous les capitalistes internationaux comme étant des ennemis implacables les uns des autres, alors nous ne verrons jamais le point crucial, à savoir qu’il y a effectivement eu une coopération opérationnelle entre les capitalistes internationaux, ceci incluant les fascistes et les révolutionnaires internationaux; il n’y a a priori aucune raison de rejeter Trotsky comme ne faisant pas partie de cette alliance.

Cette tentartive de réévaluation limitée sera remis plus en lumière quand nous verrons l’histoire de Michael Gruzenberg, l’agent en chef des bolchéviques en Scandinavie qui sous le pseudnyme d’Alexandre Gumberg était aussi un conseiller confidentiel de la Chase National Bank de New York et plus tard à la Floyd Odium of Atlas Corporation. Ce rôle ambivalent était connu et accepté des deux employeurs soviétiques et américains. L’histoire de Gruzenberg est un cas d’école de l’histoire de l’alliance entre la révolution internationale et le capitlaisme international.

Les observations du colonel MacLean sur Trotsky ayant “une forte influence” et que “son pouvoir était si grand que des ordres furent donnés pour lui garantir la plus grande considération”, ne sont pas du tout inconsistantes avec l’intervention de Coulter-Gwatkin au profit de Trotsky ou plus tard avec les accusations stalinistes des procès des années 1930 (NdT: qui disaient que Trotsky était un agent de capital); elles ne spnt pas non plus inconsistantes avec le cas Gruzenberg. D’un autre côté, le seul lien direct connu de Trotsky avec la finance internationale est à travers son cousin Abram Givatovzo, qui était un banquier privé à Kiev avant la révolution russe et à Stockholm après la révolution. Alors que Givatovzo professait l’anti-bolchévisme, il agissait en fait pour les soviets en 1918 au cours de transaction de changes […]

[…] En bref, les allégences ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent-être. Nous pouvons quoi qu’il en soit conjecturer que Trotsky, Aleinikoff, Wolf, Coulter et Gwatkin en agissant pour un objectif commun limité avaient aussi un but commun plus important que l’allégeance nationale ou le label politique. Il n’y a pas de preuve que cela fut. Ceci n’est pour le moment qu’une supposition logique qu’on peut tirer des faits. Une loyauté plus haute que celle forgée par un but commun immédiat n’a pas besoin d’être plus que l’amitié, même si cela peut-être une vue de l’esprit considérant le polyglotisme impliqué. Cela a aussi pu être motivé par d’autres intérêts. Nous n’avons toujours qu’une vue partielle.

Chapitre 3

Lénine et l’assistance allemande à la révolution bolchévique

“Ce ne fut pas avant que les bolchéviques aient reçu de notre part un flot plus constant de fonds au moyen de diverses sources et sous différents labels, qu’ils furent en position de développer leur organe d’information majeure la “Pravda” afin de conduire leur propagande énergique et d’être capables d’étendre la base originellement étroite de leur parti.”

(von Kühlmann, ministre des affaires étrangères allemands au Kaiser le 3 Décembre 1917)

En Avril 1917, Lénine et un froupe de 32 révolutionnaires russes, la plupart bolchéviques, voyagèrent en train depuis la Suisse, à travers l’Allemagne et la Suède jusqu’à Pétrograde en Russie. Ils étaient en route pour rejoindre Léon Trotsky afin de “compléter la révolution”. Leur voyage de transit à travers l’Allemagne fut approuvé, facilité et financé par le grand-état major allemand. Le transit de Lénine et son passage en Russie faisait partie d’un plan approuvé par la commandement suprême allemand et n’a pas été immédiatememt porté à la connaissance du Kaiser; ceci fut fait afin d’aider à la désintégration de l’armée russe et d’éliminer la Russie de la première guerre mondiale. La possibilité que les bolchéviques puissent être retournés contre l’Allemagne et l’Europe ne vint pas à l’idée de l’état-major allemand. Le Major Général Hoffman a écrit:” Nous n’avons jamais su ou prévu le danger pour l’humanité résultant de ce voyage des bolchéviques en Russie.”

Au plus haut niveau, le politicien allemand qui autorisa le voyage de Lénine vers la Russie fut le chanclier Theobald von Bethmann-Hollweg, un descendant de la famille banquière de Francfort Bethmann, qui devînt très prospère au XIXème siècle. Bethmann-Hollweg fut nommé chancelier en 1909 et devint en Novembre 1913 le premier chancelier victime d’un vote de censure au Reichstag. Ce fut lui qui dit au monde en 1914 que la garantie allemande sur la Belgique n’était “qu’un vulgaire bout de papier” […]

[…] dès 1917, Bethmann-Hollweg avait perdu son soutien au Reichstag et dût démissionner, mais pas avant avoir approuvé le transit des révolutionnaires bolchéviques en Russie par l’Allemagne. Les instructions du transit allèrent de Bethmann-Hollweg à son secrétaire d’état Arthur Zimmermann, qui était directement sous Bethmann-Hollweg et qui supervisa les d´´tails des opérations au quotidien avec les ministres allemands à la fois à Berne et à Copenhague. Le Kaiser lui-même ne fut mis au courant du mouvement révolutionnaire qu’après le passage de Lénine en Russie.

Bien que Lénine lui-même ne fut pas au courant de la source précise de l’assistance, il savait très certainement que les Allemands fournissaient le financement. Il y eut quoi qu’il en soit des liens intermédiaires entre le ministère des affaires étrangères allemands et Lénine ainsi que le montre ce qui suit:

Le transferts de Lénine en Russie d’Avril 1917

–       Décision finale: Chancelier Bethmann-Hollweg

–       1er intermédiare: Arthur Zimmermann (secrétaire d’état)

–       2ème intermédiare: Brockdorff-Rantzau (ministre allemand à Copenhague)

–       3ème intermédiare: Alexandre Israël Helphand (alias Parvus)

–       4ème intermédiaire: Jacob Furstenberg (alias Ganetsky)

–       Lénine en Suisse

[…] Bien que le chancelier Bethmann-Hollweg fut l’autorité finale qui décida du transfert de Lénine et bien que celui-ci était très certainement au courant de l’origine allemande de l’assistance, Lénine ne peut néanmoins pas être étiquetté comme un agent allemand. Le ministère des affaires étrangères allemand évalua les actions probales de Lénine en Russie et décida qu’elles étaient consistantes avec leur propre objectif de la dissolution de la structure du pouvoir existant en Russie. Quoi qu’il en soit, les deux parties avaient un agenda caché: L’Allemagne voulait une priorité sur le marché russe de l’après-guerre et Lénine avait pour intention d’établir une dictature marxiste.

L’idée d’utiliser les révolutionnaires de cette façon peut-être tracée dès 1915. Le 14 Août de cette année-là, Brockdorff-Rantzau écrivit au sous-secrétaire d’état allemand à propos de sa conversation avec Helphand (Parvus) et fît une importante recommandation d’employer Helphand “un homme extraordinairement important dont nous devrions employer les pouvoirs peu communs pour la durée de la guerre…” Inclus dans le rapport était une mise en garde: “Il serait peut-être risqué d’utiliser les pouvoirs derrière Halphand, mais ce serait sans nul doute une admission de notre faiblesse si nous devions refuser leurs services par peur de ne pas être capable de les diriger.”

Les idées de Brockdorff-Rantzau de diriger et de contrôler les révolutionnaires furent en parallèle, comme nous le verrons, avec celles des financiers de Wall Street. Ce fut JP Morgan et l’Americain International Corporation qui tentèrent de contrôler les révolutionnaires à la fois américains et étrangers aux Etats-unis pour leurs propres intérêts.

Un autre document établît les termes de la demande de Lénine, dont le point le plus intéressant fut le point #7, qui permettrait aux troupes russes “d’entrer en Inde”, ce qui suggéra que Lénine avait l’intention de poursuivre le projet expansioniste du tsar. Zeman note aussi le rôle de Max Warburg dans l’établissement d’une maison d’édition russe et annonce un accord daté du 12 Août 1916 dans lequel l’industriel allemand Stinnes acquiesça de contribuer pour deux millions de roubles pour le financement d’une maison d’édition en Russie.

Ainsi, le 16 Avril 1917, un groupe de 32 personnes à bord d’un train, incluant Lénine, sa femme Nadezhda Krupskaya, Grigori Zinoviev, Skolnikov et Karl Radek, partirent de la gare centrale de Berne en route pour Stockholm. Lorsque le groupe arriva à la frontière russe, seuls Fritz Plattan et Radek se virent refuser l’entrée en Russie. Le reste du groupe fût autorisé à entrer en Russie. Plusieurs mois plus tard, ils furent suivis par quelques 200 Menchéviks, incluant Martov et Axelrod.

Il convient ici de noter que Trotsky, qui était à New York pendant ce temps là, a obtenu des fonds également traçables à des sources allemandes. De plus, von Kühlmann fait allusion à l’inabilité de Lénine d’élargir la base du parti bolchévique avant que les Allemands n’aient suppléé les fonds. Trotsky était un menshévik qui ne tourna bolchévique qu’en 1917. Ceci suggère que les fonds allemands étaient peut-être liés à la condition que Trotsky change de label politique.

Les documents Sisson

Au début de 1918, Edgar Sisson, le représentant à Pétrograde du comité d’information publique états-unien acheta un certain nombre de documents russes qui étaient supposés prouver que Trotsky, Lénine et les autre révolutionnaires bolchéviques étaient non seulement payés par le gouvernment allemand mais en étaient des agents.

Ces documents, plus tard appelés les “documents Sisson”, furent envoyés aux Etats-Unis en toute hâte et secret. A Washington D.C, ils furent soumis à l’attention du comité national de service historique pour identification. Deux historiens influents, J. Franklin Jameson et Samuel N. Harper, testifièrent de leur authenticité. Ces historiens divisèrent les documents de Sisson en trois groupes. Concernant le premnier groupe ils conclurent:

“Nous avons soumis avec grande attention ces documents à tous les tests possiblement applicables et auxquels les étudiants sont familiers… Sur la base de ces études, nous n’avons aucune hésitation à déclarer que nous ne voyons aucune raison de douter de l’authenticité de ces 53 documents.”

Les historiens furent moins confiants quant au matériel du second groupe de documents. Ce groupe ne fut pas rejeté comme des faux, mais il fut suggéré qu’ils étaient des copies de documents originaux. Bien que les historiens firent “une déclaration de non confiance” sur le 3ème groupe, ils n’étaient pas prêts à déclarer qu’ils étaient des faux.

Les documents Sisson furent publiés par le comité d’information publique, dont le président était George Creel, un ancien contributeur du journal bolchévique “Masses”. La presse américaine en général accepta ces documents comme étant authentiques avec pour seule exception notire le New York Evening Post, propriété à l’époque de Thomas W. Lamont, un associé de la firme JP Morgan. Quand seulement quelques uns furent publiés, le Post défia l’authenticité de tous les documents.

Nous savons aujourd’hui que les documents Sisson étaient des faux, seulement une ou deux des circulaires allemandes d’importance mineure étaient authentiques. Une simple examination des en-têtes de lettres suggère que les faussaires étaient des faussaires inhabituellement maladroits, peut-être travaillant pour le marché américain très naïf. Le texte de langue allemande était truffé de termes qui étaient à la limite du ridicule, par exemple: le mot “bureau” au lieu du mot allemand “Büro” ou “central” au lieu du mot allemand “zentral”, etc…

Que les documents sont des faux est la conclusion de l’étude exhaustive de George Kennan et des études faites dans les années 1920 par le gouvernement britannique. Quelques documents étaient basés sur des informations réelles et comme l’observe Kennan, ceux qui les forgèrent eurent accès à des informations de première qualité. Par exemple les documents 1, 54, 61 et 67 mentionnent que la banque Nya Banken de Stockholm a servi de conduit pur les fonds destinés aux bolchéviques depuis l’Allemagne. Ce réseau a été confirmé par plusieurs sources très fiables. Les documents 54, 63 et 64 mentionnent Furstenberg comme étant l’intermédiaire bancaire entre les Allemands et les bolchéviques, le nom de Furstenberg apparaît dans d’autres documents authentiques. Le document de Sisson # 54 mentionne Olof Aschberg et celui-ci d’après sa propre déclaration était le “banquier bolchévique”. Aschberg était le directeur de Nya Banken en 1917. D’autres documents dans les documents Sisson mentionnent une liste de noms et d’institutions, tels que la banque allemande Naphta-Industrial, la Disconto Gesellschaft et Max Warburg, le banquier de Hambourg, mais des preuves plus tangibles ne sont pas au rendez-vous. De manière générale, les documents Sisson, bienqu’étant des faux, sont quoi qu’il en soit basés sur des informations exactes […]

La partie de bras de fer à Washington

[…] Le premier rapport des évènements du début Novembre atteignit Washington le 9 Décembre 1917. Ce rapport décrivit la nature peu intense de la révolution per se, mentionait que le général William V. Judson avait fait une visite non autorisée à Trotsky et rapporta la présence d’Allemands à Smolny, le QG soviétique.

Le 28 Novembre 1917, le président Woodrow Wilson ordonna la non interférence avec la révolution bolchévique. Cette instruction vint apparemment en réponse à une requête de l’ambassadeur Francis pour une conférence alliée à laquelle la Grande-Bretagne avait déjà dit oui. Le département d’état argumenta qu’une tele conférence n’était pas pratique. Il y eut de longues discussions à Paris entre les alliés et le colonel Edward M. House, qui en référa au président Wilson comme étant “de longues et fréquentes discussions au sujet de la Russie”. De cette conférence, House dit que l’Angleterre “acquiesçait passivement”, que la France “était indifféremment contre” et l’Italie “activement aussi”. Woodrow Wilson approuva peu après un télégramme du secrétaire Robert Lansing qui donnait une assistance financière pour le mouvement Kaledin. Il y  avait aussi des rumeurs que “les monarchistes travaillaient avec les bolchéviques…” que le gouvernement de Smolny était complètement sous contrôle de l’état-major allemand et d’autres rumeurs qui disaient que tout ou partie des bolchéviques étaient des américains.” […]

[…] Le 20 Février 1918 l’amabassadeur Francis câbla à Washington pour rapporter que le gouvernement bolchévique approchait de sa fin. Deux semaines plus tard, le 7 Mars 1918, Arthur Bullard rapporta au Colonel House que de l’argent allemand maintenait à flot les bolchéviques et que cette subside était bien plus substantielle que pensée auparavant. Arthur Bullard (du comité d’information publique) argumentait: “Nous devons nous préparer à aider  quelque gouvernement national honnête que ce soit. Mais hommes, argent ou équipement envoyés à ceux aux commandes actuellement seront utilisés contre les Russes tout autant que contre les Allemands.” Ceci fut suivi par un autre message de Bullard au colonel House: “je ne conseille pas de donner une aide matérielle au gouvernement russe actuel; des éléments sinistres des soviets semblent gagner le contrôle.”

Mais il y eut des contre-forces influentes qui œuvrèrent. Dès le 28 Novembre 1917. Le colonel House câbla au président Wilson depuis Paris qu’il pensait que c’était important que la presse américaine commence à commenter sur le fait que “la Russie devrait être traitée comme un ennemi”, devrait être “supprimée”. Le mois suivant, William Franklin Sands, secrétaire exécutif de l’American International Corporation sous contrôle de JP Morgan et un ami de Basil Miles, soumît un memorandum qui décrivait Lénine et Trotsky comme ayant les faveurs des masses et pressait les Etats-Unis de reconnaître la Russie soviétique. Même le socialiste américain Walling se plaignît auprès du département d’état à propos de l’attitude pro-soviet de George Creel (du comité américain d’information publique), de  Herbert Swope et de William Boyce Thompson (de la banque de la réserve fédérale de New York).

Le 17 Décembre 1917, apparût dans un journal de Moscou une attaque sur le colonel Raymond Robins de la Croix Rouge et Thompson et qui insinuait un lien entre la révolution russe et des banquiers américains:

“… Pourquoi l’argent fut-il donné aux socialistes révolutionnaires et non pas aux démocrates constitutionnels ? On devrait pourtant supposer ceux-ci plus proches et plus chers aux cœurs des banquiers.”

L’article continue à argumenter que cela était parce que le capital américain regardait la Russie comme un futur marché et voulait ainsi s’implanter solidement. L’argent fut donné aux révolutionnairex parce que les travailleurs et les paysans font confiance aux socialistes révolutionnaires. Au moment où l’argent arriva aux révolutionnaires, ceux-ci étaient alors au pouvoir et il était supposé qu’ils y resteraient pour un moment.

Un autre rapport datant du 12 Décembre 1917 en provemance de Raymond Robins, détaille “des négociations avec un groupe de banquiers américains de la mission de la Croix Rouge américaine”. Les “négociations” avaient pour sujet le paiement de deux millions de dollars. Le 22 Janvier 1918, Robert L. Owen, le président du comité des changes du sénat américain et lié aux intérêts de Wall Street, envoya une lettre à Woodrow Wilson recommandant une reconnaissance de facto de la Russie soviétique par les Etats-Unis, la permission d’un envoi immédiat de produits qui étaient en demande de manière urgente là-bas, la nomination de représentants en Russie pour contre-balancer l’influence allemande et la création d’un groupe de service professionnel en Russie.

Cette approche fut aidée de manière consistante par Raymond Robis en Russie… D’après Robins, les bolchéviques voulaient l’assistance des Etats-Unis et une coopération commune ave cla réorganisation des chemins de fer, parce que “par leur généreuse assistance et conseil technique à réorganiser le commerce et l’industrie, l’Amérique pourra entièrement exclure le commerce allemand pour le reste de la guerre.”

En bref, le bras de fer à Washington était un reflet de la lutte entre d’un côté, la vieille ligne de la diplomatie (comme l’ambassadeur Francis) et les officiels de bas-étage des départements administratifs et de l’autre côté, des financiers comme Robins, Thompson et Sands avec des alliés comme Lansing et Miles au département d’état et le sénateur Owen au congrès.

A suivre…

Seconde Partie