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Mascarade électorale yankee et autre… L’Illusion démocratique bat son plein !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 29 septembre 2016 by Résistance 71

Nous ne perdons plus de temps avec les fadaises électorales de tout poil, ce qui ne nous empêche pas de garder un œil distrait sur le cirque ambiant. Nous avons cette perle qui mérite d’être relayée sur le grand Barnum électoral corporatiste yankee et la litanie d’inepties confortant à qui mieux mieux le glissement vers un totalitarisme se durcissant. Rappelez-vous qu’où que ce soit: VOTER C’EST ABDIQUER, voter c’est déléguer votre pouvoir politique souverain à une clique de parasites ne servant que les intérêts particuliers d’une caste oligarchique bien spécifique.

Message à l’auteur: Robert, merci de tenter de ramener le marxisme au plus proche de la réalité politique. Nous pensons que tu te « bookchinises » (si, si, c’est un compliment…), encore un petit effort, tu y es presque… L’anarchisme t’attend, parce qu’honnêtement, le seul véritable communisme, est le communisme sociétal originel et il est anarchiste par essence… Marx est systémique, un autre rouage du système, une partie de la grande illusion étatique (capitalisme d’état et éternelle « dictature du prolétariat » sous la houlette du parti d’avant-garde tout puissant et de sa nomenklatura prétorienne à la botte), une « ruse de la Raison » si on veut… Revenons sur terre ! La nature de l’Homme est anarchiste au sein d’une société sans et donc CONTRE l’État.

~ Résistance 71 ~

 

Lire nos dossiers « Illusion démocratique » et « La société organique »

 

« Electeur, vote encore si tu l’oses ! » (Sébastien Faure, 1919)

 

Que se passe-t-il aux États-Unis d’Amérique ?

 

Robert Bibeau

 

28 septembre 2016

 

url de l’article original:

http://www.les7duquebec.com/7-au-front/trump-ou-clinton-ont-ils-le-choix/

 

La petite bourgeoisie et les analystes politiques d’estrades sont confondus.  Les experts ne comprennent pas que : 1) les États-Unis sont le fer-de-lance de l’impérialisme occidental ; 2) et que pour ce motif ce pays vit avant les autres la période de décadence économique, politique et idéologique qui balaiera bientôt tous les continents ; 3) le multimilliardaire Donald Trump représente la réponse la plus percutante que ce mode de production déchue peut offrir pour contrecarrer sa décadence. Hillary Clinton représente la vieille garde passéiste. La politicienne retorse, véreuse, menteuse, discréditée, épouse d’un ex-président dégénéré a fait son temps. Seuls, la petite bourgeoisie de gauche, les bureaucrates syndicaux, les ONG subventionnées et les assistés sociaux voteront pour l’ex-première dame cocue. Tous ceux-là, y compris Bernie Sanders, le New York Times et le Washington Post déchireront leur chemise sur la place publique et accréditeront ainsi le mythe du milliardaire « révolutionnaire ». Les riches ont décidé d’offrir le poste à une nouvelle génération d’arnaqueur, et Trump est leur vainqueur. La pire jambette que pourrait commettre un organe de gauche serait d’appuyer le candidat Républicain. Le multimilliardaire ne veut pas du soutien de la go-gauche discréditée.

Bien entendu, ni Donald ni Hillary ne peuvent résoudre la crise économique systémique qui secoue l’Amérique et l’ensemble du mode de production capitaliste. Chacune des factions du grand capital américain l’a bien compris.  Il n’y a que la gauche réformiste et altermondialiste – qui pense que des réformes sont envisageables, les riches savent que cela est invraisemblable.

Aux grands maux, les grands remèdes

Que cherchent donc les multimilliardaires qui soutiennent Donald Trump ? Oubliez les fanfaronnades à propos de murs frontaliers (déjà construits) ; à propos des restrictions à l’immigration musulmane (les musulmans riches pourront entrer et les musulmans pauvres seront interdits de séjour comme il en a toujours été) ; oubliez la discrimination contre les LGBT (la bourgeoisie promeut le mariage gai au moment où les hétérosexuels ne se marient plus). Le grand capital mondial vise trois objectifs avec son candidat outrancier :  premièrement, il souhaite placer les États-Unis dans une bonne position quand la situation économique aura dégénérée « Put America First »!  C’est la raison pour laquelle Trump crie à qui veut l’entendre qu’il ouvrira les traités de libre-échange afin non pas de les répudier, mais de les renégocier à l’avantage du capital américain moins profitable que celui de ses voisins (2). Trump oublie simplement que l’Amérique n’est déjà plus la première puissance économique mondiale. Elle est devancée par L’Allemagne-Union européenne et par la Chine. Deuxièmement, Trump veut faire ce qu’Obama n’a pas osé faire, hausser les taux d’intérêt domestiques et renchérir le crédit et sa rentabilité. En haussant le loyer de l’argent, le Président Trump va remplir les poches de l’oligarchie financière, mais ce faisant des millions de familles américaines seront mises en faillite, jetées à la rue, pire qu’en 2008. La pauvreté endémique s’épandra sur toute l’Amérique créant des turbulences sociales, des soulèvements et possiblement la guerre civile. Ce qui nous amène au troisième objectif de la présidence du multimilliardaire, soit réprimer, écraser dans le sang, ces soulèvements de la populace, des pauvres noirs, latinos ou blancs, et des prolétaires multiethniques de la grande Amérique.

Le candidat Trump, saura-t-il réaliser les plans de l’establishment ? Le risque de guerre civile est-il trop élevé ? La dame Clinton saurait-elle le faire plus subtilement, plus nuancé ?  L’armée, la garde civile, la police accepteront-elles de tirer sur la foule révoltée ? La population américaine surarmée saurait-elle tenir la milice et les services de police en échec ? Les premiers tests réalisés dans le cadre de la répression des noirs et des latinos démontrent que la situation est très volatile et que rien n’est moins certain qu’une victoire des forces de l’ordre dans le cas d’un soulèvement de masse dans les grands centres métropolitains. Voilà, les questions qui hantent l’oligarchie financière américaine qui en dernière analyse décidera de qui sera le 45e Président des États-Unis.

Pourquoi la mascarade électorale ?

Puisque les dés sont pipés et que l’un ou l’autre candidat mènera l’Amérique au bord du précipice, par une voie ou par une autre, à quoi sert cette mascarade électorale sous la démocratie des riches ? Une campagne électorale bourgeoise a trois fonctions, la première fonction est de mettre les candidats à l’épreuve de la confrontation… Lequel parviendra à créer la mystification la plus crédible autour de sa personnalité controversée ? La seconde fonction est de créer du consentement, de préparer l’opinion parmi la petite bourgeoisie – le prolétariat – le lumpenprolétariat et les assistés sociaux – aux sacrifices qui seront imposés par le prochain chef de l’État des riches. La troisième fonction est de compromettre tous ces gens à qui on dira un jour de révolte – « C’est vous qui l’avez voulu! » – « c’est vous qui l’avez élu! » – même à ceux qui protesteront « Je n’ai pas voté pour ça ! »… Mais oui vous avez voté pour ça… à quoi vous vous attendiez ?

Finalement, Trump ou Clinton c’est la même tromperie, excepté que Donald croit fermement qu’il saura briser la classe prolétarienne américaine alors qu’Hillary sait qu’elle n’y parviendra pas… Veut-elle vraiment de l’emploi ? La classe prolétarienne ne doit se commettre pour aucune de ces girouettes, surtout pas pour ceux de la go-gauche collaboratrice de service chargée d’accréditer cette mascarade alambiquée (3).

Notes

(1)   http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/le-krach-est-en-marche/

(2)   http://www.les7duquebec.com/7-au-front/les-vrais-patrons-sont-derriere-les-rideaux-quatre-traites-inegaux/

http://plus.lapresse.ca/screens/71edb5db-ffdf-4250-b841-614284defb9a%7C_0.html

Changement de paradigme politique: Voter c’est se soumettre…

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“Si voter servait à changer quoi que ce soit, ce serait interdit depuis longtemps.”
~ Emma Goldman ~

“L’État, les États nous doivent tout, nous ne leur devons rien. Rompons les rangs, boycottons le vote et les institutions.”
~ Slogan Anarchiste ~

“Dans les faubourgs où le chômage gronde, les affamés lèvent le drapeau noir de l’anarchie*.”
~ Achile Leroy ~

(*) Historiquement, le noir est une des couleurs de la classe ouvrière. Le noir est l’emblème des “sans travail”. Louise Michel, communarde sortit du bagne de Nouvelle-Calédonie lutta pour faire adopter le drapeau noir comme symbole de l’anarchie. Elle y parvint en 1883. En 1831, des ouvriers terrassiers de Reims au chômage attachèrent un chiffon noir à une pancarte où était inscrit: “De l’ouvrage ou la mort !” Le drapeau noir est l’étendard des révoltés de la terre, il représente l’Idée, celle d’une société émancipée, faite d’associations libres et d’autogestion, anti-autoritaire. Le drapeau noir n’a jamais représenté dans l’histoire une quelconque autorité constituée ou centralisée. Il flotta dès 1918 en Ukraine, porté par l’armée populaire paysanne anarchiste de Nestor Makhno ; il flotta sur les usines italiennes en 1920 lors de la grève générale expropriatrice

 

Voter, c’est se soumettre…

 

Anarchix

 

Mars 2010

 

Source:

http://legauloisdechaine.blog.lemonde.fr/2010/03/17/voter-cest-se-soumettre/

 

… A la loi de la minorité dominante et non pas comme on veut nous le faire croire àl’avis majoritaire, qui de surcroi est également un leurre puisque cela ne fait qu’instaurer une dictature de la majorité, tout en délégant les pouvoirs a une clique d’aristocrates qui font ce qu’ils veulent du pouvoir. Et qu’on ne vienne plus parler des « contre-pouvoirs » qui n’existe que dans l’imagination des « démocrates » indécrotables et des propagandistes de tout poil…

Le système électoral est historiquement la marque de l’oligarchie(*). Ce que l’on appelle république n’est qu’un compromis entre la monarchie et les poussées démocratiques qui se sont exercées au fil du temps. Le citoyen n’est consideré par la caste politique arrogante et méprisante que comme un électeur et un contribuable. La délégation de pouvoir est une ineptie totale qui ne fait que conforter sans contrôle, la minorité exploitrice dans son rôle de seigneur et la vaste majorité exploitée, dans son rôle de serf, que le globalisme va rendre a une nouvelle forme d’esclavagisme.

Depuis bien longtemps, le politique assumé par nos partis fantoches et obsolètes, a été detourné et acheté par la haute finance. Tout politicien sortant du moule de l’asservissement aux intérêts particuliers des oligarches est broyé à terme par les diktats de ceux qui détiennent la finance et l’influence politique, ce sont les mêmes du reste. Il suffit de voir comment les politicards rampent devant le FMI , la banque mondiale, la BCE ou les PDG des grandes institutions financières, pour réellement se rendre compte à qui appartient réellement le pouvoir décisionnaire…

Quand on voit cette classe politique arrogante, de droite comme de gauche, qui bafoue la souveraineté du vote populaire en référendum sur le traité européen, contourne sa décision souveraine, car n’étant pas dans la ligne des intérêts particuliers des ordures de la finance qui les commandent, pour remettre la France dans le « droit chemin oligarchique » et a l’encontre de la décision du peuple… C’est explicitement dire au peuple:

« Nous nous foutons royalement de vous et de vos décisions, et nous ferons ce qui est le mieux pour nous et nos protecteurs, avec ou sans vous… »

Et vous voulez encore aller voter apres un coup pareil ?… Apres avoir été bafoué, humilié, il y a encore des citoyens prêts à aller perdre leur temps à placer un papelard dans une urne ?… Non sens total!

Elire est une illusion entretenue, cela donne l’illusion de « participer » à la vie politique du pays.. foutaise.. la politique participative de tous et sur tout est la seule réponse, le peuple fédéré, gère la société lui-même, sans délégation de pouvoir, qui n’a absolument pas lieu d’être.

Une chose est claire depuis bien longtemps et il serait grand temps que les citoyens s’en rendent compte une bonne fois pour toute:

L’oligarchie dirigeante n’oeuvre que pour ses propres intérêts… son propre maintien au pouvoir, et sa propre jouissance des privilèges inhérents, que viennent simplement régulièrement légitimer les « consultations electorales », qui ne sont qu’une mascarade de légalisation du systeme par une fraction du peuple… en cela voter c’est acquiescer a se faire voler, piller, trousser, houspiller, virer, taxer (voler pardon, je l’avais déja dit…).

Dans ce cirque barnum du politico-social a la sauce propagandiste, les politicards de tout poil ne sont que des hommes sandwiches qui vendent leur salade, promus eux-mêmes par des stratégies commerciales comme on vend un paquet de lessive. Le citoyen, dans la masse de l’opinion publique n’est qu’un consommateur qu’on matraque à grand coup de slogans et de propagande… La volonté générale n’est que pâture au clientélisme, le citoyen engoncé dans son role de chair a urnes et a impôts, qu’on sort pour le dépoussiérer et lui redonner l’illusion participatrice une fois de temps en temps au court des grands messes paiennes électorales des dieux de la finance. L’éducation et l’information ne sont que propagande, le débat et la délibération réels confisqués et totalement biaisés par une presse vendue et achetée par le conglomérat utile à l’élite des cartels du show-business médiatique.

Les élus ne représentent pas le peuple, ils représentent les intérêts particuliers de ceux qui les ont commandités en premiere instance… Le peuple ne fait que légitimer la supercherie!

Voter est une perte de temps… Le système est une mascarade !…

Le cirque Barnum du désir de puissance et de profit absolu…

Cherchez à qui cela profite.. et boycottez cette ineptie.. Le pouvoir au peuple et rien qu’au peuple…

Aux votards du second tour des régionales…

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Nous avons publié cette harangue originellement le 6 janvier 2012, avec d’autres articles, elle fait partie du dossier « Illusion démocratique » sur ce blog.

Votards, rejoignez le premier mouvement politique de France: le mouvement abstentionniste ! Cessez de passer vos vies à vous soumettre et à élire le moindre mal, de choisir la peste plutôt que le choléra ! Avec une abstention non plus à 53% mais à 70% et plus, le levier politique sera énorme. Le premier pas du changement de paradigme politique, c’est de refuser de donner à l’oligarchie notre consentement. Cela commence avec le vote et refuser d’élire ces baltringues quels qu’ils/elles soient ! Voter c’est se soumettre, voter c’est abdiquer !

fraternellement

— Résistance 71 —

 

Voter, est-ce agir ?

 

par AnarSonore

Nous refusons toutes les élections, qu’elles soient politiques ou professionnelles. Car jamais un élu, de quelque bord qu’il soit, n’a à parler ni à décider à notre place. Face au pouvoir des canailles, nous appelons en toutes circonstances à l’abstention.

On nous dit que les élections seraient le moyen pour les opprimés de renverser la situation. Observons tout d’abord que les alternances gouvernementales n’ont rien produit de semblable. Abusivement présenté comme démocratique, le parlementarisme, produit de la délégation de pouvoir, favorise la démission au quotidien, déshabitue les individus de l’exercice du pouvoir politique et favorise les « spécialistes » de la politique et autres nantis. Défendre le parlementarisme, c’est accepter de se soumettre aux résultats des urnes, même quand on sait que les résultats sont truqués, c’est légitimer la politique anti-sociale qui en découle. C’est aussi attendre éternellement la « prochaine » élection pour espérer un changement, et, dans l’attente, continuer à se faire piétiner. C’est transformer la lutte sociale en champ clos de conflits entre fractions parlementaires qui, lorsqu’elles sont minoritaires se présentent comme « la » solution de rechange, avant de continuer toujours la même politique quand elles reprennent le pouvoir. Un mouvement de lutte qui chercherait à s’appuyer sur le parlementarisme ne peut que s’affaiblir et se diviser et oublierait la masse croissante d’exploités qui refuse le jeu électoral et s’abstient consciencieusement à chaque élection.

Si l’électoralisme divise, l’action directe construit au contraire le rapport de force puisque, par définition, elle est l’action collective et sans intermédiaire des opprimés en lutte. L’action directe est la base originelle du syndicalisme, celle qui lui a permis, un temps, de contrer les attaques du capital. Il est grand temps de renvoyer les bureaucrates, les permanents politiques et syndicaux, les « partenaires sociaux », les élus (politiques ou professionnels), les spécialistes du paritarisme (qui participent à la gestion anti-sociale des caisses et de l’administration) aux poubelles de l’histoire.

Nous refusons tous les partis politiques, toutes les chapelles, tous les États et toutes les cliques d’arrivistes et de possédants, qui, au nom de la démocratie, de dieu ou d’un drapeau vivent en parasites sur la misère matérielle et morale qu’ils nous imposent à coups de lois et de milices. A bas l’État, le parlementarisme et les partis politiques !

Illusion démocratique: De plus en plus de gens rejoignent le 1er mouvement politique de France… Le mouvement abstentionniste !

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« Si voter servait à quelque chose, ce serait interdit depuis longtemps »
~ Emma Goldman ~

Lu à travers les médias alternatifs déchaînés, cette excellente prise de position d’un citoyen honnête… La prise de conscience politique se produit. 53% d’abstention. On peut mieux faire ! Votards blanc ou nul, rejoignez le grand mouvement abstentionniste, car se déplacer pour voter c’est acquiescer, c’est valider le système criminel et obsolète étatique !… Si les votards blanc/nul ne se déplacent plus, l’abstentionnisme grimpera à 63 ou 65%, passé cette barre, nous le peuple pourrons mettre une sérieuse pression sur les Bozos de la politique de tout poil et de touts bords et sérieusement commencer à réorganiser le paradigme politique. Voter c’est valider les baltringues et leur système criminel qui se foutent royalement de vous !

Prochaine étape: désinscription des listes électorales. Refusez les cartes d’électeur. C’est la première étape du refus de coopération avec un système politique totalement obsolète et parasitaire en parallèle avec le boycott de tout vote et de toute institution.

Le grand chambardement politique, c’est maintenant ! Reprenons le pouvoir qui nous a été usurpé depuis bien trop longtemps ! Grève générale de l’élection et expropriation des mandatés qui ne représentent pas, n’ont jamais représenté le peuple ! Qu’on se le dise !

— Résistance 71 —

 

Le deuil de la démocratie représentative

Gee

7 Décembre 2015

url de l’article original:

http://grisebouille.net/le-deuil-de-la-democratie-representative/

D’abord, un chiffre pour remettre les pendules à l’heure : 91%. C’est le pourcentage de français qui n’a pas voté pour le FN1. Moins d’un français sur 10 a donné une voix à ce parti. Et de fait, que le FN soit « le premier parti de France » n’est pas en soi le symbole d’une droitisation ou d’une radicalisation rampante de la société français. C’est le symbole de la mort de la démocratie représentative, le signe ultime que celle-ci ne représente plus rien ni personne.

Hier, je n’ai pas voté. Je n’irai pas plus dimanche prochain. Ami votant2, je sais que, probablement, tu me méprises, tu as envie de me hurler dessus, de me dire que c’est honteux, que des gens sont morts pour que je puisse voter, qu’à cause de moi le fascisme pourrait s’installer. Je ne t’en veux pas, j’étais pareil il y a à peine 4 ans.

Les étapes du deuil

Tu connais peut-être les 5 étapes du deuil de Elisabeth Kübler-Ross. Ça n’a pas forcément une grande valeur scientifique, mais ça permet de schématiser certains mécanismes émotionnels. Laisse-moi te les énoncer :

  1. Déni
  2. Colère
  3. Marchandage
  4. Dépression
  5. Acceptation

Ami votant, je sais déjà que tu as dépassé le stade du déni : tu sais pertinemment que la démocratie représentative est morte. Sinon, tu voterais pour des idées qui te correspondent, tu voterais pour faire avancer la société, pour donner ton avis sur la direction à prendre. Mais tu ne fais pas cela : au contraire, tu votes « utile », tu votes pour faire barrage à un parti, tu votes pour « le moins pire ». C’est déjà un aveu que le système est mort.

En fait, tu oscilles entre les étapes 2 et 3. Entre la colère envers un système qui se fout de ta gueule, la colère contre les abstentionnistes qui ne jouent pas le jeu… et le marchandage. « Allez, si je vote pour le moins pire, système, tu continues à vivoter ?  Allez, peut-être que si on vote PS cette fois, il fera une vraie politique de gauche ? Allez système, tu veux pas continuer à faire semblant de marcher un peu si je fais des concessions de mon côté ? Si je mets mes convictions de côté, tu veux bien ne pas être totalement lamentable ?»

Encore une fois, je comprends le principe, j’étais au même point lors des dernières élections présidentielles. J’appelais les gens à voter, je critiquais les abstentionnistes qui se permettaient de se plaindre alors que, merde, ils n’avaient pas pris la peine de faire leur devoir de citoyen. Je savais pertinemment que le PS au pouvoir ne ferait aucun miracle, que fondamentalement rien ne changerait par rapport à l’UMP, à part à la marge. Mais il fallait bien choisir le moins pire. La démocratie représentative était déjà morte, je le savais. Le vote utile, on nous le rabâchait depuis avant même que j’ai le droit de vote. Sans parler du référendum de 2005 où ça sentait déjà fort le sapin. Mais je n’avais pas terminé mon deuil. Et puis Hollande est passé.

Les derniers coups de pelle

Je ne pourrais jamais assez remercier François Hollande. Il m’a aidé à terminer mon deuil. En me renvoyant ma voix en pleine figure, en m’appuyant bien profondément la tête dans les restes puants et décomposés de notre système politique. Le quinquennat de François Hollande aura été la plus parfaite, la plus magnifique démonstration que le vote est une arnaque et que le pouvoir du peuple est une immense illusion. Le changement, c’est maintenant ! Rappelle-toi, le PS avait tous les pouvoirs en 2012 : la présidence, l’Assemblée, les villes, les régions… merde, même le Sénat était passé à gauche ! Une première !  Les types avaient les mains libres et carte blanche pour tout. Il fallait écouter Copé, la pleureuse « profondément choquée », nous expliquer l’énorme danger que représentaient ces pleins pouvoirs. Lutter contre la finance ? Imposer les revenus du capital comme ceux du travail ? Interdire le cumul des mandats ?

LOL NOPE.

Au lieu de ça, nous aurons eu la même merde qu’avant. Parfois en pire. Course à la croissance alors même que nous produisons déjà trop pour la planète. Course au plein emploi alors que le travail est condamné à disparaître (ce qui, je le rappelle, devrait être une bonne nouvelle). Course à la productivité alors que les syndromes d’épuisement professionnel se multiplient et que le mal-être des travailleurs se généralise. Diminution de ce qu’on nous matraque comme étant « le coût du travail » mais qu’un employé sensé devrait comprendre comme « mon niveau de vie ». Détricotage méthodique des services publics qui devraient au contraire être renforcés.

Nous n’attendions rien de Hollande, il a réussi à faire pire. Des lois liberticides au nom d’une sécurité qu’elles ne garantiront même pas. Un État d’Urgence à durée indéterminée. Des militants assignés à résidence pour leurs convictions. Des manifestations politiques interdites. Des gamins mis en garde à vue parce qu’ils ne respectent pas une minute de silence. Heureusement que c’est sous un parti qui se dit « républicain » que tout cela se passe, sinon, on pourrait doucement commencer à s’inquiéter.

Vous me traitez d’irresponsable parce que je n’ai pas été voter dimanche ? Moi je me trouve irresponsable d’avoir légitimé notre gouvernement actuel en votant en 2012. Depuis 2012, j’ai fait comme beaucoup de monde : j’ai traversé le stade 4, celui de la dépression. À me dire que nous étions définitivement foutus, que même lorsqu’un parti qui se disait en opposition totale avec le précédent se vautrait à ce point dans la même politique insupportable, il n’y avait plus de solution. Que la démocratie était morte, et que nous allions crever avec elle. Ami votant, admets-le, tu as eu la même réaction. Mais comme toujours, à chaque vote, tu régresses, tu retournes à l’étape 3, au marchandage, à te dire que peut-être, on pourra incliner un peu le système en s’asseyant sur nos convictions.

Moi, j’ai passé le cap. Je suis à l’étape 5, à l’acceptation. La démocratie représentative est morte, point. Que cela soit une bonne chose ou non, l’avenir le dira, mais le fait demeure : ce système est mort. Tu penses que retourner à l’étape de marchandage, c’est garder de l’espoir et qu’accepter la mort de notre système, c’est le désespoir. Je ne suis pas d’accord. Faire son deuil, c’est bien. C’est même nécessaire pour passer à autre chose et, enfin, avancer.

La démocratie est morte, vive la démocratie !

Tu remarqueras que je persiste à ajouter « représentative » quand je parle de mort de la démocratie. Parce que je ne crois pas que la démocratie elle-même soit morte : je pense que la démocratie réelle n’a jamais vécu en France. Le système dans lequel nous vivons se rapproche plus d’une « aristocratie élective » : nous sélectionnons nos dirigeants dans un panel d’élites autoproclamées qui ne change jamais, là où la démocratie voudrait que les citoyens soient tour à tour dirigeants et dirigés. Le simple fait que l’on parle de « classe politique » est le déni même de la notion de représentation qui est censée faire fonctionner notre démocratie représentative : la logique voudrait que ces politiciens soient issus des mêmes classes qu’ils dirigent. Attention, ne crachons pas dans la soupe, notre système est bien mieux qu’une dictature, à n’en pas douter. Mais ça n’est pas une démocratie. Je te renvoie à ce sujet à ce documentaire, J’ai pas voté, que tout le monde devrait voir avant de sauter à la gorge des abstentionnistes.

Des gens sont morts pour qu’on puisse voter ? Non, ils sont morts parce qu’ils voulaient donner au peuple le droit à s’autodéterminer, parce qu’ils voulaient la démocratie. Est-ce qu’on pense sérieusement, en voyant la grande foire à neuneu que sont les campagnes électorales, que c’est pour cela que des gens sont morts ? Pour que des guignols cravatés paradent pendant des semaines pour que nous allions tous, la mort dans l’âme, désigner celui dont on espère qu’il nous entubera le moins ? Je trouve ce système bien plus insultant pour la mémoire des combattants de la démocratie que l’abstention.

Alors oui, j’ai fait mon deuil, et ça me permet d’avoir de l’espoir pour la suite. Parce que pendant que la grande imposture politicarde se poursuit sur les plateaux-télé, nous, citoyens de tous bords, essayons de trouver des solutions. Plus le temps passe, plus le nombre de gens ayant terminé leur deuil augmente, plus ces gens s’intéressent réellement à la politique et découvrent des idées nouvelles, politiques et sociétales : tirage au sort, mandats uniques et non-renouvelables, revenu de base, etc. Des solutions envisageables, des morceaux de savoir, de culture politique… de l’éducation populaire, en somme. Rien ne dit que ces solutions fonctionneront, mais tout nous dit que le système actuel ne fonctionne pas. Et lorsque ce système s’effondrera, ce sera à ces petits morceaux de savoir disséminés un peu partout dans la population qu’il faudra se raccrocher. L’urgence aujourd’hui, c’est de répandre ces idées pour préparer la suite. Ami votant, tu as tout à gagner à nous rejoindre, parce que tu as de toute évidence une conscience politique et qu’elle est gâchée, utilisée pour te battre contre des moulins à vent.

Notre système est un vieil ordinateur à moitié déglingué. Tu peux continuer d’imaginer qu’en réinstallant le même logiciel (PS ou LR, choisis ton camp camarade), il finira par fonctionner. D’autres utilisent la bonne vieille méthode de la claque sur la bécane (le vote FN) : on sait bien que ça ne sert à rien et que ça ne va certainement pas améliorer l’état de l’ordi, mais ça soulage. Certains imaginent qu’en déboulonnant l’Unité Centrale et en hackant petit à petit le système, on finira par faire bouger les choses (la députée Isabelle Attard est un bon exemple, personnellement je la surnomme l’outlier, la donnée qui ne rentre pas dans le modèle statistique du politicien). Ce n’est pas la pire des idées. On a même parlé de rebooter la France. Qui sait, si on arrive à mettre sur pied une telle stratégie en 2017, possible que je ressorte ma carte d’électeur du placard. Mais les plus nombreux, les abstentionnistes, ont laissé tomber le vieil ordinateur et cherchent juste à en trouver un nouveau qui fonctionne.

Alors on fait quoi ? Soyons clairs, je suis comme tout le monde, je n’ai aucune idée de la manière dont on peut passer à autre chose, pour instaurer une vraie démocratie. Une transition démocratique pourrait s’opérer en douceur en modifiant les institutions petit à petit : tout le monde aurait à y gagner. Politiciens compris, car l’alternative est peut-être l’explosion, et c’est une alternative à l’issue très incertaine. Mais clairement, nous ne prenons pas la direction d’une transition non-violente.

Je continue pour ma part à penser que, comme le disait Asimov, « la violence est le dernier refuge de l’incompétence ». Mais nous constatons chaque jour un peu plus notre impuissance dans ce système, et les politiciens actuels seraient bien avisés de corriger le tir avant qu’il ne soit trop tard. Avant que les citoyens ne se ruent dans ce dernier refuge.

Résistance politique: La déliquescence du système de la « démocratie » représentative ouvre la porte à la société non étatique…

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Nous bâtirons notre émancipation sur les ruines de leurs Parlements

 

Guillaume Goutte

Groupe Salvador Segui, FA

 

25 Juin 2015

 

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« Ils disent nous représenter mais connaissent quoi de nos existences ?

Sont-ils déjà venus dans nos rues, histoire de voir ce qui se passe ? 

À moi seul, je te représente plus que ton député, 

tes sénateurs, ministres et autres fils de… »

Fonky Family – Dans la légende

 

La démocratie parlementaire – ce système qui, via un ensemble d’institutions de « représentation » verticale, capte la souveraineté populaire pour nous déposséder de notre capacité à décider collectivement de nos vies – est moribonde. Du moins sous nos latitudes, où une majorité des individus autorisés à voter rechignent, depuis plusieurs années, à se rendre aux urnes pour porter au pouvoir une des crapules qui disent nous représenter. Rien qu’aux dernières élections – les départementales de mars 2015 –, le taux d’abstention a atteint les 50,02 % au second tour (soit plus d’un électeur sur deux). Et qu’on ne vienne pas nous le justifier en arguant que les départements n’intéressent personne ou que leurs prérogatives ne sont pas assez évidentes, puisque les dernières législatives – qui désignent les députés, tout de même ! – en date (2012) ont été boudées par 44,59 % des électeurs (second tour) et les élections européennes (2014) par 56,7 %.

L’escroquerie parlementaire

Si le désamour est sensible, il n’est pas étonnant. Les élus, les éditocrates et les philosophes de plateaux télé ont beau s’acharner à nous présenter la démocratie parlementaire comme l’expression la plus aboutie de la liberté politique, nous ne sommes plus dupes. Les scandales politiques, financiers, sexuels se multiplient, n’ayant de cesse de dévoiler une classe politique qui pue comme un cadavre, agrippée à ses privilèges comme un enfant gâté à ses jouets. Détournements d’argent, passe-droits de tous ordres, agressions sexuelles et impunité s’ajoutent aux lois antisociales, aux logiques sécuritaires tous azimuts et aux politiques d’austérité qui accablent le quotidien des plus fragiles. Comment avoir confiance en des élus qui vous demandent de vous serrer la ceinture, tout en propulsant ministre de l’Économie un banquier millionnaire (Emmanuel Macron pour ne pas le nommer) ? Comment peut-on encore croire que cette démocratie-là incarne un idéal de liberté quand ses gendarmes tuent un manifestant à Sivens ou quand ses flics assassinent dans les commissariats, la plupart du temps en toute impunité ?

Mais au-delà des seules magouilles, des scandales et des bavures, le problème de la démocratie parlementaire réside dans son essence même, il est structurel. En plusieurs décennies d’existence, ce système – quelles que soient les formes qu’il a épousées – n’est parvenu qu’à faire la preuve de son inaptitude à sortir d’un modèle de société autoritaire et carcéral, où l’ordre se construit et se maintient à coups de matraque. Une exigence sécuritaire dictée par l’organisation politico-juridique que cette démocratie parlementaire sous-tend et reproduit, en tant que classe spécifique, à savoir l’État. Cette démocratie verticale est une démocratie en uniforme, conçue et pensée pour préserver ses propres intérêts et ceux des bourgeoisies. Et c’est pourquoi elle s’est aussi historiquement illustrée par son incapacité à émanciper le prolétariat de l’exploitation capitaliste – une incapacité qui découle de ce projet de société étatique dans lequel elle s’inscrit de fait. N’en déplaise aux partisans des révolutions sociales par le haut et par les urnes – celles des partis politiques –, la démocratie parlementaire n’a jamais aboli le rapport social capitaliste, et ne le fera jamais – le contraire la condamnerait à se nier elle-même. Les gouvernements changent de couleurs politiques, passent un coup à gauche un coup à droite, multiplient les portefeuilles ministériels ou les réduisent, mais rien n’y fait : chaque matin, c’est la rue, le turbin ou la prison qui nous tend les bras, pendant qu’eux s’occupent d’administrer les richesses qu’ils captent de notre travail ou se dorent la pilule sur les plages de je ne sais quel paradis fiscal. C’est un peu trivial, diront certains, mais notre quotidien aliéné l’est tout autant. L’exploitation de l’homme par l’homme n’a, au fond, pas besoin de deux mille pages pour s’énoncer clairement.

Le vote obligatoire, ou comment fabriquer la légitimité

Le désaveu de ces électeurs – ces « mauvais citoyens » qu’on appelle « abstentionnistes », quand ce n’est pas carrément « cons » (rappelez-vous la une de Libération) – traduit non seulement un désintérêt pour les programmes politiques de ceux qui affichent leur visage tout sourire dans nos rues, mais aussi, et c’est plus profond, une perte de confiance populaire dans le système électoral lui-même, qui n’est plus perçu, à juste titre, que comme une machine destinée à régénérer toujours la même classe politique. C’est précisément ce qui fait frémir certains élus. Car s’ils peuvent se contenter du « tous pourris » – après tout, ils savent ce qu’ils sont –, ils ne s’imaginent pas encore pouvoir gouverner sans avoir été portés par un système – en l’occurrence les élections – disposant encore d’une certaine légitimité. Non qu’ils soient particulièrement soucieux de démocratie (au sens premier du terme : le pouvoir du peuple), mais ils ont bien compris qu’un système sans un minimum d’assise populaire – au moins de façade – n’est pas amené à durer (bien des dictatures en témoignent).

Aussi, pour combattre l’abstentionnisme, certains ont-ils récemment proposé de recourir à la solution préférée de toute démocratie parlementaire : la répression. Et Claude Bartolone, actuel président (PS) de l’Assemblée nationale, d’évoquer la possibilité de rendre le vote… obligatoire ! Autrement dit de sanctionner par une amende tout électeur qui n’irait pas aux urnes. Une manière, en somme, de fabriquer de toutes pièces, par la menace, une légitimité au système électoral parlementaire. En échange, Claude Bartolone propose de reconnaître officiellement le vote blanc, donc de le comptabiliser. On les comprend : contrairement à l’abstention, le vote blanc ne les inquiète pas en soi, car si ce dernier peut traduire l’impopularité des candidats proposés, la première exprime un désaveu pour le système électoral en lui-même ; et c’est ce désaveu-là qu’ils veulent faire taire en poussant les gens dans les isoloirs.

Nos voisins belges, nous dit-on, expérimentent déjà depuis un certain temps le vote obligatoire : quiconque ne remplit pas son « devoir citoyen » peut être condamné à payer une amende de 30 euros. Le montant n’est certes pas extrêmement élevé, mais le principe de coercition est bien là et, en régulant cet acte sacré de toute démocratie parlementaire qu’est le vote, il achève de s’imposer comme principe régulateur majeur de la société elle-même dans son ensemble.

Éconduire et désamorcer nos rages

Au-delà de l’élaboration de cette légitimité artificielle, le vote obligatoire et la reconnaissance du vote blanc visent aussi à faire taire les expressions plus radicales des contestations sociales et populaires. Comme le rappe IAM dans La Fin de leur monde : « On râle, on gueule, on vote, espérant que ça va changer
 / Mais dresse tes barricades et tu les verras tous hésiter. » Car l’une des escroqueries de la démocratie parlementaire, c’est bien de nous faire croire qu’un bulletin de vote est en mesure d’incarner et d’exprimer nos colères et que les élections sont l’ascenseur permettant de faire remonter nos doléances au haut de la pyramide étatique. C’est d’ailleurs ce que les médias appellent, après chaque dépouillement, le « vote sanction » : on vote pour untel parce qu’il est contre le gouvernement actuel et voter devient un exutoire.

La montée de l’abstention fait craindre aux puissants que les colères générées par la misère sociale s’expriment autrement qu’à travers un inoffensif bulletin de vote. Ils voudraient faire de l’isoloir le substitut des grèves, des manifestations, des occupations, des sabotages, des espaces de libre expression publique, des barricades, de toutes ces formes d’action directe qui, elles, sont susceptibles de faire plier nos exploiteurs pour satisfaire nos intérêts de classe et, pourquoi pas, porter des ambitions plus grandes de révolution sociale. L’isoloir a toujours été le tombeau des rêves émancipateurs, et les croquemorts qu’on appelle « hommes politiques » feront tout pour qu’il le reste.

Cette démocratie qui s’arrête aux portes de l’entreprise

Le recours au vote obligatoire est bien aussi la preuve que ces mêmes hommes politiques ne croient pas eux-mêmes au système qui les porte. Car si les parlementaires étaient des individus de conviction, ils chercheraient moins à brandir la menace de la répression qu’à s’attaquer aux raisons mêmes, et profondes, de ce désamour croissant pour les élections. Mais de la part de politiciens qui préfèrent ouvrir des prisons plutôt que des écoles, il n’y a, là encore, rien d’étonnant.

Cette inconsistance idéologique s’illustre également par le « deux poids-deux mesures » — travers que les hommes politiques ont depuis longtemps érigé en principe de gouvernement — qu’on a récemment pu observer à l’égard de cette question de la participation aux élections. En effet, il y a quelques mois, fin 2014, l’Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel adoptaient et validaient la suppression des élections prud’homales, retirant aux travailleurs leur droit à choisir eux-mêmes leurs conseillers prud’homaux (désormais désignés directement par les organisations syndicales). Prétexte ? Trop peu de travailleurs y participaient – et cela coûtait trop cher. À suivre cette implacable logique, on devrait donc supprimer les élections départementales et européennes. Ou obliger les travailleurs à voter aux élections prud’homales. Mais, là, on ne joue plus sur le même terrain. Les prud’hommes, ce n’est plus l’hémicycle de l’Assemblée nationale ou le parquet ciré de l’Élysée, c’est le terrain de l’exploitation économique, celui de la lutte des classes, du travail, autrement dit d’un espace quasi totalitaire qui s’accommode fort peu de démocratie – et au sein duquel moins il y en a, mieux nos dirigeants se portent. Or on contrôle mieux les bureaucrates d’une grande organisation syndicale (surtout à notre époque) que le vote des travailleurs qui ont compris l’importance de la justice du travail.

Construire nous-mêmes nos libertés et leurs garants

Au final, ce qu’il faut surtout retenir de cette volonté de faire taire notre refus des processus de régénération de la classe politique dirigeante, c’est qu’il traduit avant tout l’aveu de faiblesse d’un système désormais vraiment malade. Et contre lequel on devrait redoubler d’attaques, pour l’achever. Mais de même que « nous n’avons pas peur des ruines », « nous sommes capables de bâtir aussi », disait en son temps l’anarchiste espagnol Buenaventura Durruti. Et, de fait, ces nouvelles offensives doivent dépasser le simple discours du « tous pourris » (aussi chéri par le Front national) pour embrasser des perspectives révolutionnaires proposant d’autres possibles, des alternatives concrètes, profondément inscrites dans un projet de société sans classes, sans État, donc sans aliénation, qu’elle soit politique ou économique.

L’histoire du mouvement ouvrier compte nombre d’expériences réelles de démocratie directe qui portent en elles le refus d’une société étatique au profit d’une organisation sociale basée sur des assemblées populaires souveraines et des élus contrôlables, révocables et porteurs de prérogatives définies collectivement – autant de garde-fou pour parer toute transformation du « pouvoir de faire » en « pouvoir de dominer ». Actuellement, dans notre jeune XXIe siècle, les rebelles zapatistes du Chiapas, en révolution depuis 1994, expérimentent un tel fonctionnement antiautoritaire, apportant quotidiennement la preuve que, comme le libéralisme, la démocratie parlementaire n’est pas une fatalité, et encore moins l’expression la plus aboutie de la liberté en société.

Abstention, abstentionnisme et action directe

En période électorale, on voit parfois fleurir, au milieu des gesticulations démagogiques des candidats, des campagnes appelant à une abstention révolutionnaire. La logique est simple à saisir, puisqu’il s’agit simplement d’appeler les électeurs à ne pas se rendre aux urnes et « à agir au lieu d’élire ». Mais tout cela est-il bien sérieux ? Une abstention peut-elle vraiment être révolutionnaire ? À mon sens, non. Tout comme le vote, l’abstention n’est absolument pas en mesure de bouleverser le monde capitaliste. Et si voter ne changera jamais rien à nos vies, s’abstenir non plus. Pour un révolutionnaire, l’abstention doit moins être considérée comme un acte politique fort que comme une simple posture éthique, qui découle d’un refus légitime et conscient de participer à l’accession au pouvoir de tyrans qui nous écraseront demain. L’abstention n’a jamais changé le monde, et elle ne sera probablement jamais amenée à le faire. Et c’est bien pourquoi l’abstentionnisme – pensée qui consiste à faire de l’abstention un vecteur d’émancipation – me paraît aussi vain et dénué d’intérêt que le vote.

En réalité, plutôt que de s’époumoner à appeler à une abstention déjà conséquente, nous devrions observer à l’égard des périodes électorales une attitude de total désintérêt : convaincus qu’il n’y a rien à attendre de ces mascarades, nous ferions mieux de nous consacrer pleinement à des œuvres militantes plus utiles, au sein des luttes sociales, des expériences d’autonomie et en poursuivant le travail acharné de diffusion des idées et des pratiques anarchistes. Seule l’action directe, sous ses formes les plus diverses, pourra nous conduire à la ruine des Parlements, préalable indispensable à l’épanouissement concret de nos libertés et à la désaliénation de nos quotidiens.

Illusion démocratique: Votard, votard… Es-tu heureux ?

Posted in actualité, altermondialisme, économie, militantisme alternatif, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 26 février 2015 by Résistance 71

Ils ont voté et puis après…. (février 2015)

 

Groupe Aubenas de la Fédération Anarchiste

 

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http://www.aubanar.lautre.net/ils-ont-vote-et-puis-apres-fevrier-2015/

 

Monsieur ou Madame Lambda a une trachéite, un banal mal de gorge… Le genre de truc à soigner avec ses propres connaissances en automédication ou avec l’aide de son entourage. Mais Monsieur ou Madame Lambda ne se fait pas confiance ni ne fait confiance aux connaissances de ses connaissances… Infusion de feuilles de ronce, cuillerée de miel, cierge à saint Truc… Monsieur ou Madame Lambda décide de ne pas décider, de ne pas prendre sa santé en main. Car Monsieur ou Madame Lambda a appris son impuissance depuis son enfance. Education, médias, conformisme, traditions séculières se sont penchés sur son berceau. Alors Monsieur ou Madame Lambda laisse à un « spécialiste » le soin de le soigner. Le « spécialiste » choisi rejoint d’autres « spécialistes » choisis par d’autres Monsieur ou Madame Lambda. Et loin des gens qui les avaient choisis pour gérer à leur place leurs problèmes de santé, tous ces « spécialistes » se sont regroupés en familles : pro « infusion de feuilles de ronce » contre pro « cierge à saint Truc ». Alors le « grand spécialiste des spécialistes », choisi par le seigneur du château, a fait taire les discussions. Ce sera purge pour tout le monde. Cela peut paraître incongru pour soigner une trachéite mais comme c’était le remède proposé par le favori du « grand spécialiste des spécialistes »…
Monsieur ou Madame Lambda, après avoir été sondé(e), sera purgé(e)…

Monsieur ou Madame Lambda a mal à son vécu, un banal mal à la société… Le genre de truc à soigner avec ses propres connaissances en autogestion et avec l’aide de son entourage. Mais Monsieur ou Madame Lambda ne se fait pas confiance ni ne fait confiance aux connaissances de ses connaissances… Monsieur ou Madame Lambda décide de ne pas décider, de ne pas prendre sa vie en main. Car Monsieur ou Madame Lambda a appris son impuissance depuis son enfance. Education, médias, conformisme, traditions séculières se sont penchés sur son berceau. Alors Monsieur ou Madame Lambda laisse à un(e) « élu(e) » le soin de décider à sa place. L’élu(e) choisi(e) rejoint d’autres élu(e)s choisi(e)s par d’autres Monsieur ou Madame Lambda. Et loin des gens qui les avaient choisis pour gérer à leur place leurs besoins, tous ces spécialistes de la gestion de la vie des autres se sont regroupés en clans. Alors le « grand spécialiste des spécialistes », choisi par le seigneur du château, a fait taire tout le monde. Ce sera purge pour tout le monde. Le 49.3 pour imposer les choix libéraux proposés par le favori du « grand spécialiste des spécialistes »…
Ainsi Monsieur ou Madame Lambda, pour avoir laissé un autre décider à sa place, se voit maintenant dépossédé(e) de toute liberté de choix. Et quand bien même son spécialiste, son élu(e) aurait décidé avec de nombreux autres élu(e)s de mettre en causes les choix du « château »… 49.3 !

Loi Macron : Des dépités socialistes menacent de voter contre, avec la majorité de la droite. Et puis il y a le risque que la loi passe grâce à des voix de députés de droite… pour une loi prétendument socialiste… 49.3 !
L’article 49.3, c’est le « vos gueules !» policé lancé à la face de tous les « Monsieur Lambda » et de toutes les « Madame Lambda » qui ont cru au pouvoir du peuple par procuration. A la représentation de la volonté populaire par des élus à l’écoute et au service de ses électeurs.

Souvenir : Début 91, les pacifistes battent le pavé pour tenter de faire plier la représentation nationale qui va le 16 janvier, en session extraordinaire, voter l’éventuel engagement militaire des forces françaises dans la guerre du Golfe. Dans toute la France, on essaie d’interpeller les députés du cru. 523 d’entre eux resteront sourds en approuvant l’entrée en guerre. 43 votent contre (dont tous les députés communistes et sept socialistes). Il y a 2 abstentions.
Par chez nous, en Basse-Ardèche, le prétendu représentant du peuple était Jean-Marie Alaize, membre du parti prétendument socialiste.
Le gouvernement en place était dirigé par Michel Rocard.
Le député de la circonscription d’Aubenas avait-il été l’un des sept députés socialistes à avoir  voté contre ? L’un des deux abstentionnistes ?
Que nenni… il avait répondu aux militants pacifistes qui avaient jugé utile de le rencontrer : « Je suis député de l’Ardèche en Ardèche mais je suis membre du parti socialiste quand je suis à l’Assemblée nationale… ».
Autrement dit : « Merci d’avoir voté pour moi maintenant lâchez-moi ! » Monsieur ou Madame Lambda a dû apprécier…
Quand bien même une majorité de députés socialistes aurait menacé de voter contre l’entrée en busherie, Rocard aurait alors utilisé le 49.3 pour museler toute opposition dans sa majorité. Et ce n’est pas le dépôt d’une motion de censure par l’opposition du moment qui aurait changé quoi que ce soit. Les récalcitrants de la majorité retrouvent leur clan en cas de danger…
Rocard connaissait parfaitement l’importance de l’article 49.3. Il en aura usé 28 fois en 37 mois de règne à Matignon. Mais Rocard, dites-moi, ce n’est pas dans ses jupes que Manuel Valls a fait ses premiers pas en politique ?

Monsieur ou Madame Lambda a donné sa voix. C’est donc muets, muettes que Messieurs et Mesdames Lambda laisseront le Pouvoir parler à leur place. Et décider.

     Mais que diable allaient-ils faire dans cet isoloir ?

Aux votards!…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 23 mars 2014 by Résistance 71

Rappelez-vous: au moment où vous lâchez votre papelard dans la boîte à suggestions pour esclaves… Vous perdez votre souveraineté ! Finie, terminée, envolée jusqu’à cette prochaine seconde de la prochaine grand-messe électorale, le grand Barnum de la pseudo-démocratie !

— Résistance 71 —

Résistance et solution politique: Boycott du vote en cette année de grand cirque électoral…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , , , on 29 janvier 2012 by Résistance 71

« Les élections sont historiquement la marque de l’oligarchie. »

 

Il n’y a pas de solutions au sein du système ! Bâtissons le contre-pouvoir autogestionnaire, seule solution contre la dictature oligarchique.

— Résistance 71 —

 

La Démocratie contre les élections

 

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http://anarsonore.free.fr/spip.php?breve129

Malgré leurs origines démocratiques, les élections représentatives ne sont plus que le moyen par lequel un peuple se décharge de ses responsabilités au profit d’une véritable caste. Cette oligarchie y trouve sa légitimité et entretient les mirages politiques qui masquent l’état alarmant de nos sociétés. Ces constats de plus en plus évidents nourrissent le cynisme, mais il sont aussi un appel pour que les populations rompent avec un mode de vie apathique et retrouvent les sources de la démocratie à venir.

Les élections représentatives sont évidemment un héritage historique : désigner ses propres dirigeants est un acte suffisamment rare dans l’histoire pour le reconnaître. Mais cela ne peut qu’encourager à dénoncer ses limites graves, comprendre son délitement et admettre que la dramatique situation actuelle nécessite une réappropriation de nos racines démocratiques.

Car la « démocratie représentative » a été voulue, pensée et pratiquée dès ses origines pour s’opposer à l’expression du peuple : elle a été conçue volontairement pour que seule une petite élite professionnelle au mandat indépendant décide à la place d’une population devant rester passive. Les élections sont historiquement la marque de l’oligarchie, où un cercle étroit de « personnalités » décide pour tous [1]. Ce que l’on cherche à faire passer pour le principe même de la démocratie n’est donc qu’un compromis passé entre la tradition aristocratique et les poussées démocratiques – la Vième république étant même régression vers la monarchie. Mais bien plus, le vote électoral ne peut avoir de sens que s’il est inscrit dans une société animée par de multiples pratiques démocratiques ; sinon, il n’est qu’une mascarade. Elire des représentants est d’une profonde absurdité quand ceux-ci ne sont plus tenus ni par leurs propres engagements ni par les lois de la république ; quand les débats d’idées sont déclarés advenus sans avoir jamais existé, ne serait-ce qu’entre eux ; ou quand les seules réformes conséquentes ne font qu’accentuer le long effondrement de nos sociétés, comme la corruption qui est devenu notre régime social. Les conditions dans lesquelles l’élection pouvait encore avoir un sens ont aujourd’hui quasiment disparues comme disparaissent tous les traits démocratiques hérités que notre époque piétine. Car il est d’une sordide hypocrisie de décrire une fois l’an une population salariée comme souveraine quand elle est soumise à un arbitraire grandissant vis-à-vis du travail tous les autres jours [2]. Dans son fondement, mais aussi dans les conditions actuelles, la « démocratie représentative » est non seulement une mauvaise solution, mais bien plutôt le centre du problème.

Le système représentatif piétine la démocratie en entretenant le mythe d’un « savoir politique » pour condamner à l’impuissance les premiers concernés face à la gestion de leurs propres affaires.

Elire un représentant donne l’impression d’intervenir dans la vie politique. Ce qui pousse à glisser un bulletin dans une urne, c’est la volonté d’avoir prise sur une société qui semble devenir folle et dont l’évolution devient de plus en plus hors de contrôle de la population. Celle-ci est alors libre moins d’un jour par an de sanctionner la caste dirigeante qui a œuvrée sans interruption durant tout son mandat sans que les problèmes fondamentaux en soient diminués – bien au contraire.

Car le « citoyen votant » ne peut au mieux aujourd’hui que protester a posteriori contre les politiques menées, en corriger les excès après-coup et éventuellement essayer de faire défendre ses droits menacés. Il plébiscite alors d’autres candidats, qu’il doit supposer mieux intentionnés et moins corrompus ; il doit pour cela fermer les yeux sur le passé des clans politiciens auxquels ceux-ci appartiennent. Mais il faut surtout, pour élire un représentant, faire comme si des choix importants existaient, et comme si des projets différents pouvaient être effectivement mis en œuvre, ce qui n’est évidemment pas le cas : les grandes lignes des orientations sont imposées par la course mondiale du capitalisme, par l’intermédiaire de ceux qui détiennent les finances, la force ou l’influence : les diktats du FMI ou de la Banque Mondiale en sont les traits saillants, et impliquent le lobbying, la corruption et les maffias, broyant tout prétendant de bonne foi [3]. L’importance que la population accorde aux élections montre aussi bien qu’elle veut décider que le fait qu’elle ne décide officiellement jamais de rien. Et pour cause : les oligarques aux commandes, les éternelles luttes de factions qui s’y déroulent clandestinement, les négociations permanentes qui s’y mènent secrètement, forment un monde à part, un milieu où chacun est coopté par un confrère du même acabit, une sphère totalement déconnectée des réalités complexes du quotidien de chacun.

L’oligarchie dirigeante ne cherche que ses propres intérêts, son propre maintien, que viennent régulièrement légitimer les « consultations électorales ».

Vouloir « éviter le pire » en donnant sa voix à un candidat c’est comprendre que des dangers réels et profonds sont en train de ravager nos sociétés, et qu’aucun « responsable politique » n’a de projet crédible qui puisse mieux faire que de contenir ces fléaux pour gagner du temps jusqu’à une prochaine fois. Mais c’est surtout refuser de voir que les cliques dirigeantes et leurs appareils participent activement à ce délabrement, et y participer.

Car ce qui a pu faire de l’occident un modèle mondial légitime est en train de s’effondrer ; les libertés se restreignent à un minima qui recule régulièrement, les droits sont peu à peu rognés secteur par secteur, la notion de devoir et de responsabilité semble disparaître à tous les échelons, la vie en société même devient une gêne nécessaire pour les petites affaires personnelles de chacun. La course techno-économique assèche les hommes et les savoirs, accélérant les multiples ségrégations, dressant chacun contre tous dans une course sans fin ; la peur se mue en seconde nature en contaminant tous les rapports humains [4]. Les idéologies les plus néfastes prolifèrent, au grand jour ou en sourdine. Aucune issue ne semble exister aux catastrophes écologiques qui s’annoncent comme des certitudes. Et tous les pays du monde, hypnotisés par cette puissance instrumentale, semblent suivre le même chemin. Placer ses espoirs dans quelques oligarques revient à se voiler la face : tout le monde sait parfaitement qu’il s’agit de se décharger à bon compte d’une décomposition sociale qui exigerait un engagement durable de tous. Cette déliquescence de ce qui rend une société vivable ne sera jamais affrontée en en confiant la gestion à qui que ce soit, fût-il énarque. Les « élus » l’évoquent pour en masquer l’ampleur et pondent des mesures de détails, tandis que les opposants la dramatisent en attendant leur tour. Ces carriéristes cyniques transforment les idées en appâts pour acheter le consentement, mais l’utilisation des mots n’engage plus à aucun acte. Les bavardages des politiciens occupent la place des véritables délibérations qui devraient avoir lieu au sein des populations et leur novlangue [5] se propage à tout langage qui permettrait de se comprendre [6]. De cette confusion généralisée et impalpable surgit alors le besoin d’une solution magique, d’une personnalité providentielle qui résoudrait tout, enfin : une communauté d’adultes devient une bande d’individus infantilisés.

La politique établie dépolitise en éludant les enjeux fondamentaux de notre époque, détournant l’attention de chacun, effritant le sens des choses : elle approfondit le malheur de tous, scrutin après scrutin.

Ces scrutins électoraux constitueraient le seul moyen d’expression où existe un sentiment collectif, comme les manifestations sportives. La société est tellement divisée, rendue anonyme, atomisée [7], qu’elle ne semble exister qu’à ces moments où chacun est sommé de s’identifier à des représentants qui se vendent comme des produits et font de la politique un spectacle.

La destruction méthodique des cultures de chacun et des projets collectifs fait que les seuls garants apparent d’un bien-être collectif ne sont plus que d’insipides figures médiatiques. Elles-mêmes sont des hommes-marchandises promus par des partis-entreprises selon des stratégies commerciales vendant des programmes-emballages et des sondages-marketing qui martèlent des mots-slogans. L’opinion publique y est traitée comme un marché de consommateurs sensés être séduits par un matraquage organisé d’images standardisées : la volonté générale n’est plus que clientélisme, le citoyen est devenu une chair à urnes. L’industrie médiatique arrive à faire passer cette foire généralisée où toutes les questions sont pré-machées et les réponses pré-digérées pour l’expression authentique d’un peuple [8]. C’est évidemment une guerre déclarée contre les résistances informelles et banales de chacun, et les mouvements sociaux qui se succèdent et qui freinent les délires d’un système suicidaire clos sur lui-même. L’inventivité des gens, la création d’idées fécondes, le jaillissement de propositions nouvelles, le travail de pratiques singulières, se manifestent à ces moments-là, mais également tous les jours où les questions sont formulées, posées et travaillées par les gens eux-mêmes. Une campagne électorale polarise les discussions populaires autour des bulletins de vote, des chicanes de sérails, des faux problèmes : le débat et la délibération sont confisqués et totalement biaisés. L’électeur est un citoyen sans cité : aucune agora n’existe qui ne soit désamorcé, simulacre, piège. La sphère publique est le domaine réservé du personnel politique et de ses affaires privées. Alors que la formulation d’une opinion élaborée exige des informations fiables, des délibérations fréquentes, des actes engageants, ce travail de citoyen est véritablement clandestin : l’oligarchie demande une collaboration mystificatrice, une reddition sans condition. Les élus sont censés incarner la tendance d’un peuple, mais ils la simplifient, la formatent, la mutilent pour que les intelligences multiples correspondent à leurs impératifs. Jamais une personne, ou même une assemblée, ne pourra représenter la société en miniature : les débats sur la parité ou les quotas rappellent que la pluralité extraordinaire qui constitue une collectivité n’est pas réductible sans éliminer, éternellement, la quasi-totalité de la population. Chercher à « équilibrer » la diversité des propriétaires du pouvoir n’est qu’aménager la dépossession. Aucun discours de bureaucrate, aussi larmoyant soit-il, ne pourra jamais rivaliser avec l’expérience intime de chacun. Qu’un individu puisse s’informer, parler, décider à la place d’un autre est une étrangeté peu compatible avec un projet démocratique, sinon avec la réalité [9].

Le fonctionnement électoral contraint la société à rentrer dans ses catégories ; il n’exprime pas la singularité d’une population, il organise son atomisation pour asseoir sa domination.

Le vote régulier est compris comme la seule action politique possible, alors qu’il est traversé par une contestation rampante. Il agit donc plutôt comme le verrou principal aux véritables passions démocratiques, qui peinent à trouver d’autres terrains pratiques et à retrouver une histoire méconnue avec laquelle il conviendrait pourtant de renouer.

Car un malaise profond et grave grippe depuis longtemps la machinerie électorale : la désertion des partis, l’usure instantanée du pouvoir, la dispersion des voix, la volatilité des choix individuels, l’omniprésence du vote sanction ou « anti-système », l’abstention, les bulletins blancs et nuls, la non-inscription sur les listes, etc… sont omniprésents et servent de créneau aux démagogues qui postulent à leur tour. De fait, il n’y a plus guère que l’inoculation de peur à haute dose pour discipliner les comportements « démocratiques » et forcer le peuple à correspondre aux attentes de la clique aux commandes… Aller voter, c’est d’abord manifester cette terreur sourde et lucide d’être victime des mécanismes aveugles qui excluent des populations entières du système actuel. Mais cette « crise de la représentation » est bien sûr un refus fort, même s’il est confus, des traits les plus inadmissibles et les plus répandus de ce système : l’inégalité politique. Cette juste colère ne trouve pas d’expression politique dans un espace quadrillé par la délégation et la vacuité du langage ; cette asphyxie provoque un nihilisme actif. Et pour cause : la confiscation et le monopole du pouvoir et de la parole publique sont des phénomènes tellement étendus et inscrits en chacun qu’aucune solution simple ne viendra les résoudre [10]. Pourtant depuis son apparition , il y a plus de deux siècle, le système représentatif a été la cible de tous les mouvements d’émancipations, qu’ils soient ouvriers, anti-colonialistes, féministes, étudiants, régionalistes ou écologistes. Chacun à leur manière ont inventé des fonctionnements nouveaux : des mandats impératifs et révocables pour tout « élu », le tirage au sort pour désigner des délégués, des assemblées délibératives et souveraines, une rotation des tâches, et des analyses permanentes pour éviter la division sans cesse renaissante du travail politique. D’innombrables tentatives eurent lieu pour instituer une démocratie radicale qui s’organise sur l’exercice du pouvoir par tous et non sa délégation au profit que quelques-uns, qui repose sur la passion politique et non sur le repli sur soi, et qui exige du citoyen non qu’il donne sa voix mais qu’il prenne la parole. Les principes de l’égalité politique n’ont jamais été aisés à mettre en pratique, à l’échelle d’un groupe [11] comme à celle de la planète [12] ; ils sont le début des problèmes véritables. Mais l’histoire oubliée est riche de telles créations humaines, qu’il s’agisse de moments révolutionnaires où se sont créées des assemblées populaires souveraines (France 1789, Russie 1917, Catalogne 1936, Hongrie 1956, …) ou de cités entières pratiquant des formes directes de démocraties (la Grèce antique, l’Italie de la Renaissance, …). Ce sont, aujourd’hui, les mouvements sociaux qui, partout dans le monde, cherchent à tâtons d’autres modes d’organisations. Ces pratiques demandent un changement complet dans les habitudes actuelles, une critique qui ne reconnaît de limite qu’en elle-même : le spectre du totalitarisme rôde là où le pouvoir, visible ou non, s’exerce sans paroles vraies, dans le silence et le bruit.

La politique instituée et sa servitude volontaire est le principal obstacle qu’affrontent tous ceux pour qui une véritable démocratie est directe et le seul pouvoir légitime est collectif.

La recherche éperdue de pouvoir et la quête illimité de profit sont les deux faces d’un même un rêve de puissance dominatrice. La destruction de l’environnement, l’asservissement des individus et l’aliénation de nos sociétés ne sont ni une fatalité ni des maux nécessaires : ils représentent notre incapacité commune à définir un projet qui reprendrait le principe d’émancipation individuel et collectif pour tous les peuples. Une telle volonté d’autonomie poserait alors des limites claires à l’exercice du pouvoir de tous, comme elle prônerait une sortie du salariat et une égalisation des revenus. Elle exigerait évidemment que les populations cessent de fuir leurs responsabilités dans la consommation, le conformisme et le divertissement.

(St Denis, Avril 2007)

Voir en ligne : Bathyscaphe

Notes

[1] Manin.B, 1996 ; « Principes du gouvernements représentatif », Flammarion

[2] Moses I.Finley, 1976 ; « Démocratie antique et démocratie moderne », Pbp

[3] Maillard.J, 1998 ; « Un monde sans loi », Stock

[4] Maurin.E, 2004 ; « Le ghetto français », Seuil

[5] Orwell.G, 1948 ; « 1984 », Seuil

[6] Castoriadis.C, 1996 ; « La montée de l’insignifiance » Seuil

[7] Riesman.D, 1964 ; « La foule solitaire », Dunod

[8] Brune.F ,1996 ; « Les médias pensent comme moi », l’Harmattan

[9] Rosanvallon.P, 1976 ; «  L’âge de l’autogestion », Seuil

[10] Mendel.G, 2006 : « Pour une histoire de l’autorité », la Découverte

[11] Lapassade.G, 1966 ; « Groupes, organisations, institutions », Anthropos

[12] Fotopoulos. T, 2002 ; « Vers une démocratie générale », Seuil

Société libertaire solution à la destruction oligarchique: l’autogestion ? parlons-en !…

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L’autogestion pourquoi faire ?

 

Par Maurice Joyeux

 

Extraits du no9 de Volonté Anarchiste, 1979

 

 

On parle beaucoup d’autogestion aujourd’hui ? Ce mot jailli de la révolte des étudiants en Juin 68, comme bien d’autres empruntés au vocabulaire socialiste de caractère économique, est en passe de faire la fortune de quelques aigrefins de la politique. Terme précis, rarement employé auparavant et qui singularise une proposition caractérisée et nettement définie, il est devenu une formule vide qui recouvre toutes les adaptations imaginables et ne fait plus reculer personne.

Dire qu’on est pour l’autogestion ne signifie plus rien, si en même temps on ne répond pas sans équivoque à trois questions : l’autogestion pour quoi faire ? l’autogestion au profit de qui ? l’autogestion comment ? ce qui dans le langage de «papa» consistait, lorsqu’on définissait l’économie socialiste, à évoquer les principes, à déterminer des méthodes, à proposer des moyens.

Les principes

Les principes de l’économie socialiste tel que nous les concevons, nous autres anarchistes, sont clairs. Ils supposent l’abolition d’un système économique basé sur le profit, la plus-value et l’accumulation du capital, la collectivisation des moyens de production et d’échange, la suppression des différenciations de classe, l’abrogation de la centralisation étatique agent de coordination et de coercition du système capitaliste, la limitation de l’autorité aux accords passés librement entre les participants à l’élaboration d’une économie socialiste.

Si c’est ça, l’autogestion qu’on nous propose, nous sommes pour l’autogestion, encore qu’on puisse se servir d’un terme moins équivoque, celui de gestion ouvrière, nourri théoriquement par tous les grands congrès de l’histoire de notre mouvement ouvrier, depuis celui de l’Internationale qui se tint à Bâle en 1869 jusqu’à celui qui, à Amiens, en 1906, résuma dans un document concis et solide les moyens de lutte et les aspirations gestionnaires des travailleurs.  Mais enfin soyons dans le vent et va pour l’autogestion.

L’autogestion suppose la gestion de l’entreprise par l’ensemble du personnel qui y travaille.  Mais l’autogestion n’a d’intérêt pour les travailleurs de cette entreprise que si elle modifie radicalement leurs conditions d’existence, les rapports établis entre les différentes catégories de personnel, manœuvres, ouvriers qualifiés, employés, cadres, et entre tout le personnel et la direction.  Gérer en commun une entreprise alors que celle-ci conserve ses structures de classes consisterait pour le personnel à gérer sa propre aliénation.

Ce qui confère à l’entreprise ses structures de classes ce sont les différences de rémunération, le maintien d’une autorité qui excède le cadre de la tâche à accomplir, la répartition du profit tiré de la fabrication, l’appropriation par le patron de la plus-value fruit du travail collectif, les privilèges d’encadrement, les investissements prélevés, non pas sur le profit du propriétaire de l’entreprise et que finalement il capitalise, mais sur le budget de fabrication ce qui diminue la part consacrée aux salaires, la propriété des instruments de production. En un mot l’autogestion, pour nous anarchistes, suppose la suppression de tous les privilèges au sein de l’entreprise et l’égalité sur tous les plans, économique, social, moral. L’autogestion pour nous anarchistes suppose l’abolition de la propriété privée ou d’Etat des instruments de production et leur transfert aux travailleurs qui en ont la «possession» qu’ils transmettent automatiquement lorsqu’ils quittent l’entreprise à ceux qui leur succèdent.  L’autogestion, pour nous anarchistes, suppose la répartition du profit de la fabrication entre les travailleurs de l’entreprise, les collectivités chargées de l’infrastructure indispensable à une économie globale et une caisse de compensation, destinée à assurer l’équilibre entre les branches industrielles, l’agriculture, les services, voire entre les entreprises elles-mêmes.

Les travailleurs qui participent à l’autogestion assument, non seulement l’administration collective de leur entreprise, mais également la responsabilité de la réussite ou de l’échec de l’effort commun. L’autogestion réclame de tous non seulement un effort physique mais une participation intellectuelle. Et dans ce sens l’autogestion rejoint la proposition de Proudhon d’associer dans l’entreprise du travail manuel et intellectuel ce que les syndicalistes de l’époque traduisirent dans une formule lapidaire «le gouvernement de l’atelier». L’autogestion ainsi comprise donne à la tâche à accomplir une dimension globale, une universalité qui exige du travailleur l’emploi de toutes ses facultés, un intérêt passionnel qu’aujourd’hui, les travailleurs dégoûtés par le travail mécanique et parcellaire sont obligés d’aller chercher ailleurs.

Les méthodes ?

Les principes sont invariants en ce sens que c’est eux qui déterminent le but et que les changer équivaudrait à changer le projet même si l’on conserve la même phraséologie pour masquer l’opération. Mais par contre les méthodes sont déterminées par l’analyse du milieu et par conséquent elles sont sujettes à des réadaptations constantes qu’impose la conjoncture. Elles suscitent des confrontations qui lorsqu’elles se maintiennent dans le domaine des idées, sont indispensables au mouvement ouvrier.

Il existe aujourd’hui deux propositions d’organisation interne d’une entreprise autogérée. L’une est basée sur les «conseils», l’autre sur les «syndicats». Le but de l’une ou l’autre de ces propositions peut se traduire par une série de questions qu’on peut résumer en deux. «Qui doit posséder «le pouvoir» dans l’entreprise» s’interrogent les marxistes d’opposition et pas seulement eux. «Qui doit coordonner le travail dans l’entreprise» demandent les anarcho-syndicalistes. Des conseils ouvriers diront les uns, les organisations syndicales répondront les autres, encore que la frontière qui sépare ces deux courants de pensée ne passe pas forcément par des justifications théoriques nettement tranchées, mais se mesure aux expériences de cinquante ans de gestion «socialiste».

Le problème des conseils ouvriers n’est pas nouveau, même s’il fut rejeté de l’orthodoxie marxiste par ceux qui, à la suite de Kautsky et de Lénine optèrent pour la démocratie parlementaire et pour le centralisme démocratique. Rosa Luxembourg effleura le problème dans sa controverse avec Lénine mais c’est Pannekoek qui fut le plus solide théoricien de la gestion de l’entreprise par les conseils ouvriers.

Le conseil ouvrier suppose que les travailleurs éclairés sur leur aliénation dans l’entreprise par l’avant-garde, lisez «par le parti du prolétariat», prennent en main la gestion et qu’ils l’exercent par l’intermédiaire d’un conseil élu par tous et révocable à tout moment.

En mettant à part «le rôle dirigeant du parti du prolétariat» on doit convenir que cette proposition gestionnaire rejoint par sa «totalité» les propositions de tous les socialistes considérés, on ne sait trop pourquoi, comme «utopiques» mais également les aspirations des travailleurs aux prises avec les castes, les classes, les hiérarchies économiques ou d’autorité. Et la preuve indiscutable de ce sentiment c’est qu’à l’aurore de toutes les révolutions cette proposition «conseilliste» mobilise autour d’elle toute l’énergie révolutionnaire des hommes épris d’idéalisme. Mais les révolutions doivent tenir compte du milieu économique, et le nôtre est un milieu économique complexe dont tous les problèmes, en dehors même du système, qu’il soit bourgeois ou ouvrier, sont liés et s’agencent suivant un schéma irréversible qui conditionne la fabrication, c’est-à-dire la continuation de la vie pendant et après la période révolutionnaire.

Or, il faut bien convenir que les conseils ont jusqu’ici échoué.  Même lorsque pour un temps ils ont réussi à se coordonner à l’échelon politique, ce qui ne fut le cas ni en Russie, ni en Hongrie et que partiellement en Espagne, cette coordination n’a revêtu qu’un aspect politique entre l’usine, la commune et l’Etat, et ces conseils ont échoué, «parce que pas faits pour ça», à coordonner les activités multiples dans l’entreprise, dans la profession, à l’endroit où justement la réussite est le prélude indispensable à l’implantation du socialisme. Et cet échec au niveau de la production et de la distribution sera pour Lénine et pour d’autres l’argument massif en faveur de la planification et du centralisme étatique, avec son cortège de lois ouvrières au nom de l’intérêt de tous et de la nation socialiste en particulier. C’est de l’échec des conseils ouvriers à organiser la production à l’intérieur de l’entreprise et à coordonner les échanges qu’est née la N.E.P., qui sonna le glas de l’économie russe basée sur les conseils ou «soviets».

Dès sa naissance, le mouvement ouvrier a revendiqué sa place en dehors des idéologies politiques. C’est le congrès de Bâle de 1869, c’est Fernand Pelloutier qui élaboreront une théorie dont la Charte d’Amiens reste le symbole et qui consiste à proclamer que les syndicats, aujourd’hui instruments de lutte des travailleurs dans le cadre du régime, seront demain les instruments de la gestion ouvrière. C’est Pierre Besnard qui, dans Le monde nouveau, établira un projet de gestion ouvrière qui donnera ses lettres de noblesse à l’anarcho-syndicalisme. Et il faut bien convenir que les structures syndicales ont été construites de telle façon qu’elles épousent étroitement toutes les articulations de la production et de l’échange et que c’est à partir des sections syndicales et à chaque niveau que les ouvriers peuvent suivre tout le mouvement de la Production et établir les rapports qui devraient normalement exister entre les employés de l’entreprise, ainsi que les possibilités globales de rémunération.

Aujourd’hui, placés devant le problème de l’autogestion, il nous faut échapper au dogmatisme et, quelle que soit notre conviction intime, examiner sérieusement les avantages et les inconvénients des Conseils et des Syndicats.

Il est vrai qu’aux yeux de nombreux militants révolutionnaires, les syndicats sont déconsidérés. Les syndicats, disons le personnel bureaucratique des syndicats, reflètent l’avachissement des masses, leur embourgeoisement, leurs craintes devant l’aventure révolutionnaire. Les hommes à l’intérieur du syndicat valent ce qu’ils valent à l’extérieur, et les problèmes humains qui se poseront à l’autogestion ne seront pas différents dans ce domaine que ceux qui se posent à propos de l’organisation syndicale.

Mais, quel que soit son contenu actuel, l’organisation syndicale demeure un moyen d’organisation, de liaison, de contrôle extraordinaire. Ses structures verticales et horizontales épousent étroitement toute l’économie du pays, elle est le lien le plus naturel de coordination pour les travailleurs qui désirent gérer leur entreprise.

Les Conseils sont spontanés. Ils sont liesse. Ils expriment ce qui est profondément inscrit en lettres d’or dans le cœur et dans l’âme du peuple. Dans le fracas du combat ils font l’unanimité. Mais nés de la colère et de l’espoir, ils meurent au moment où la difficulté et le doute s’emparent des hommes.  Et le doute naît devant la complexité de la tâche à accomplir. Les Conseils sont sécrétés par une situation, un milieu.  Ils sont lueur et ce sont les difficultés de l’organisation qui les désagrègent. Et c’est au moment où les Conseils se désagrègent que l’heure de la dictature de gauche ou de droite sonne : seule l’organisation syndicale peut alors prendre le relais, changer le cap, transformer la liesse révolutionnaire en un travail gestionnaire coordonné, et les bureaucraties le savent bien, car, de droite comme de gauche, leur souci primordial consiste, sous le prétexte de l’intérêt général, à rendre impuissante l’organisation syndicale, à la réduire à l’esclavage. L’expérience doit nous ouvrir les yeux.  Le marxisme, qu’il se réclame de Lénine, de Guesde. de Trotsky, n’a qu’un désir, transformer l’organisation syndicale en un rouage de l’Etat, chargé de faire appliquer dans les milieux ouvriers les décisions politiques déterminées par les partis.

Conseils, syndicats, le choix peut se discuter, mais ne nous laissons pas entraîner par des considérations simplement théoriques. De toute façon, la coordination dans une entreprise autogérée exige des structures verticales et horizontales, et si les Conseils en créent, elles auront un caractère syndical, elles seront des syndicats sans en avoir le nom, sans en avoir l’autorité, sans posséder cette espèce de patine que le temps confère aux travaux concrets.

Paradoxalement, c’est dans les milieux syndicalistes révolutionnaires qu’on trouve le plus de réticence à l’aspect gestionnaire que l’anarcho-syndicalisme a conféré au syndicalisme. On peut comprendre cette méfiance car tous les essais de socialisme dans le monde se sont traduits par la subordination du syndicat à la politique.  Mais ce socialisme-là se réclamait du centralisme démocratique, voire de la démocratie parlementaire, or l’autogestion, pour nous anarchistes, c’est autre chose. La crainte des syndicalistes de voir les intérêts du personnel de l’entreprise «oubliés» si les syndicats participent à la gestion n’est pas négligeable, mais dans le cas contraire on peut également redouter de voir les Conseils se livrer à une pression continuelle sur l’organisation syndicale pour la rallier à une gestion à l’élaboration de laquelle elle n’aurait pas participé.  Et il faut bien constater que, jusqu’à ce jour, la logique des choses a conduit tous les partis de l’avant-garde à réduire au rôle d’une simple courroie de transmission les syndicats maintenus en dehors de la gestion. Et pas seulement Lénine ou Trotsky, dont le jugement sur le syndicalisme est bien connu. Lisez Pannekoek, Rosa Luxembourg et quelques autres autrement que dans des extraits et vous verrez leur opinion sur le syndicalisme et sur le rôle mineur qu’ils lui destinent.  Elle ne diffère pas de celle de tous les autres marxistes.

S’il fallait conclure ce problème, que le déroulement des événements et l’expérience se chargeront de définir en dernier ressort, on peut dire que le conseil est un élément révolutionnaire. Il anime la révolution, il en maintient la flamme le syndicat, lui, organise la production et la distribution. De toute manière, c’est d’un équilibre entre m deux propositions gestionnaires que peut naître l’harmonisation Indispensable à la santé économique de l’entreprise.

Mais en fin de compte c’est à, l’usine que se règlera le problème de l’autogestion. C’est là et nulle part ailleurs que sera jugée l’expérience. Pour que l’autogestion fasse ses preuves, soit crédible, il faut non pas la construire pour un instant exceptionnel où l’exaltation révolutionnaire rend tout momentanément possible, mais pour qu’elle fonctionne dans des temps normaux, lorsque la fièvre est tombée. Ce qui suppose le renoncement au folklore et au blablabla «révolutionnaire». C’est à partir de l’usine solidement et durablement organisée que peuvent s’ordonner les éléments de coordination à l’échelon local, régional, national, voire international.

Quel que soit le caractère «politique» de l’entreprise, trois éléments en constitueront la structure fondamentale. Le premier, de caractère général, détermine la production et la marche générale de l’entreprise ; le second, de caractère vertical, transmet à tous les échelons les décisions du premier, et le troisième, de caractère horizontal, assure la cohésion entre les différentes opérations à chaque échelon.

Le conseil ouvrier, le conseil syndical, ou le conseil de gestion élu comme l’on veut, suivant l’opinion qu’on a sur la structure souhaitable de l’entreprise, prend des décisions globales, décide de la fabrication, établit, à l’aide du bureau d’études, les éléments techniques et le budget. Les décisions du Conseil doivent être transmises à tous les échelons de la fabrication. Elles le sont par l’organisation syndicale à travers ses sections, ce qui a l’avantage de contrôler l’opération à chaque stade et de limiter l’autorité à la stricte opération technique. Pour ceux qui veulent tenir l’organisation syndicale en dehors de la gestion, il faudra construire cet élément vertical de liaison. Enfin, il faudra coordonner à chaque palier la fabrication, soit par l’organisme syndical soit par un autre du même type.

Conseils, syndicats ? Compte tenu du caractère de notre économie, je pense qu’une action gestionnaire dans le pays revêtirait des formes différentes qui découleraient logiquement de l’importance de l’entreprise, du caractère de la fabrication, de la géographie politique ou de la géographie tout court, des us et coutumes, de la formation, soit technique soit politique, des animateurs, et c’est à cet instant que la tentation centraliste, soit sous sa forme démocratique (lois du nombre), soit sous sa forme centraliste (lois de l’élite, du parti d’avant-garde) deviendra à nouveau menaçante. La centralisation c’est la machine à former de nouvelles classes qui, à leur tour, dégageront des privilèges qui ne seront pas forcément économiques. Pour éviter cet écueil contre lequel sont venues se fracasser toutes les expériences socialistes de l’histoire, faut avoir recours à un fédéralisme qui associe des diversités d’organisation des entreprises autogérées à partir de deux pôles qui forment le principe initial et qui sont l’autogestion de l’entreprise et la mise à la disposition de la communauté de sa production.

Pour nous anarchistes, la gestion ouvrière ou l’autogestion, comme on voudra, est souhaitable, sous certaines conditions que j’ai essayé de définir. Encore faut-il, pour en faire le système économique de l’organisation socialiste, l’instaurer. Or, jusqu’à ce jour, tous les moyens employés pour instaurer le socialisme se sont soldés par des échecs, dus à leur contenu, qui recelaient des germes de l’inégalité de classes.

Les moyens ?

La barricade, l’armée révolutionnaire, la guérilla, le bulletin de vote, tels sont les moyens employés jusqu’à ce jour pour chasser le capitalisme et instaurer le socialisme.  On a parfois dit que les échecs qu’avait subis le socialisme dans les pays où il avait été institué venaient justement des moyens employés pendant la période révolutionnaire, qui avaient pesé d’un poids considérable et avaient altéré sa pureté.  C’est vrai pour la venue au pouvoir d’un parti révolutionnaire par l’intermédiaire du système parlementaire et électoral qui pourrit tout ce qu’il touche, ou par l’armée révolutionnaire dont les structures, par la force des choses, finissent par devenir hiérarchisées et autoritaires.  Cependant, c’est autre part qu’il faut chercher l’impuissance de tous les régimes dits socialistes à construire une économie basée sur l’autogestion.

Ce qui fut la pierre d’achoppement de tous les essais de socialisme ce fut la période intermédiaire. Conçue comme une pause pour permettre à la révolution de souffler, de s’organiser, aux hommes de s’adapter au système nouveau, la période intermédiaire, en figeant la situation révolutionnaire, où voisinaient la thèse et l’antithèse, n’a pas provoqué un dépassement vers la révolution mais, au contraire, favorisé la reconstitution d’une nouvelle classe bureau-technocratique décidée à défendre à son tour ses privilèges de classe, qui n’étaient pas forcément ceux de la classe capitaliste disparue. Et même, lorsqu’après un temps d’arrêt, une période intermédiaire, un pays comme la Yougoslavie, par exemple, a essayé timidement de remettre l’économie en route vers l’autogestion, le poids de la machine administrative d’Etat et celui des intérêts particuliers a été tel, que les résultats ont été dérisoires et ont contribué à jeter le discrédit sur la gestion ouvrière.

La République de 1789 est morte de ne pas avoir appliqué la constitution de 93, le communisme russe d’avoir appliqué la N.E.P. Nulle part dans les pays qui se réclament du socialisme on ne s’achemine vers un dépérissement de l’Etat. Au contraire, on se dirige vers la constitution d’une nouvelle classe dirigeante qui, par ses structures dogmatiques, prend un caractère nobiliaire par les facilités que l’instruction publique concède aux enfants des dirigeants. Partout la période intermédiaire a sonné le glas du socialisme. Construite comme une suite dialectique inévitable, elle s’est heurtée à l’homme issu d’un milieu qui lui avait conféré des habitudes, des besoins des ambitions, qui ont pu se continuer et même se développer dans un climat équivoque, celui de la période intermédiaire où voisine un essai timide de socialisme et la persistance de différenciations de classes.

Nous autres, anarchistes, nous pensons, au contraire, qu’il faut détruire tous les privilèges de classes sans exception, de façon à ce que, dans les moments difficiles qui suivent la lutte révolutionnaire, il soit possible d’avoir recours aux facilités que proposent les politiciens de tous calibres. Il faut rendre la situation économique créée par la révolution irréversible, et en ce sens Bakounine avait parfaitement raison en disant que de l’entreprise et seulement par lui, et avec l’aide de la section syndicale qu’il côtoie à chaque instant, le personnel ne la craindrait pas et, sous certaines conditions, pourrait y croire, nous disons le personnel, car l’anti-syndicalisme est l’œuvre de petites chapelles qui généralement tournent mal, plutôt que des travailleurs qui connaissent bien les qualités et les défauts de l’organisation syndicale et qui parieraient plus facilement sur l’efficacité des structures gestionnaires des syndicats, car ça c’est du solide, que sur les qualités des dirigeants qui n’échappent pas aux contradictions humaines, qui se retrouveront d’ailleurs parmi le personnel autogestionnaire.

Le second élément qui doit conduire notre réflexion, c’est l’extension rapide d’une grève lorsqu’elle sort du cadre purement local, qu’elle se déclenche en dehors des mots d’ordre officiels, dans une situation de désorganisation telle que je viens de la décrire et qu’accentue encore la revendication lorsqu’elle touche aux structures mêmes du système. Ce ne sont pas les mots d’ordre des centrales syndicales et de leurs directions qui déclenchèrent les grèves générales avec occupation d’usines de 1936 ou de 1968. Dans un cas comme dans l’autre, la grève est partie d’une entreprise de médiocre importance où il existait un noyau syndicaliste révolutionnaire. Dans un premier temps, la grève s’étendit rapidement sans l’appui et parfois contre la volonté des dirigeants syndicaux, qui, comme les politiciens et les hommes d’Etat, se trouvèrent désemparés. A ce stade, ce ne sont plus seulement les militants mais tous les travailleurs de l’entreprise qui sont en mouvement.  Pendant cette période et avant la récupération par les appareils syndicaux, les travailleurs croient à la réussite de la grève. C’est seulement lorsque le mouvement s’éternise que les dirigeants réussissent à le reprendre en main. C’est alors que les travailleurs commencent à douter des résultats, que les tractations entre le gouvernement et les appareils deviennent possibles.

La destruction était un acte positif, créateur. De période intermédiaire en période intermédiaire, les hommes ont changé de maîtres mais ils ont continué à servir des maîtres. C’est ce qu’avaient compris les militants espagnols de la C.N.T. qui à mesure qu’ils s’enfonçaient à travers l’Aragon, détruisaient tous les privilèges et instauraient le socialisme libertaire, égalitaire, gestionnaire.

L’autogestion, la gestion de l’industrie par le personnel doit être totale et toucher en priorité les forces économiques essentielles du pays. Elle est le fruit de la destruction complète du système économique de classes, sous toutes ses formes, capitalisme libéral ou étatique, de ses structures de coordination centralisées par l’Etat. La lutte révolutionnaire de destruction du système et la construction autogestionnaire doivent être simultanées.  Il existe un seul moyen à la fois de détruire le système capitaliste et de construire l’autogestion, c’est la grève gestionnaire.

Aujourd’hui nous connaissons deux éléments qui doivent nous permettre de guider notre stratégie révolutionnaire. Le premier, qui nous fut révélé en Mai 1968, c’est l’extrême fragilité du système capitaliste moderne aux rouages multiples et qui ne réagissent parfaitement que lorsque leur coordination est assurée par l’Etat. En Mai il a suffi qu’un secteur marginal entre en transe pour que l’Etat se mette à flotter, et seule l’indécision des partis politiques et des centrales syndicales, acharnés à tirer à eux les avantages du pouvoir, lui a permis de se ressaisir. Il y fut aidé par les échecs et les crimes des révolutionnaires «officiels» que depuis cinquante ans le peuple traîne comme un boulet. Le peuple croyait une révolution, possible en 68 mais il la craignait. Le peuple, aujourd’hui ne craindrait pas une révolution gestionnaire, mais il n’y croit pas. Pour que le pays participe à la transformation gestionnaire proposée, il faut qu’il y croie et qu’il ne la craigne pas.

C’est donc pendant cette période où l’Etat est désemparé et les organisations syndicales et politiques hésitantes que l’action décisive est possible. C’est l’instant où les usines doivent se remettre à tourner sous le contrôle des travailleurs et de leur organisation syndicale. C’est le moment de la chance de l’autogestion.

Le phénomène d’étalement d’une grève gestionnaire est le même que celui qui singularisa les deux grandes grèves de 1936 et de 1968, qui aboutirent à l’occupation des usines. Le phénomène de contagion jouant dans ce cas, comme il joua dans d’autres, c’est le sentiment de sortir du commun, d’échapper aux échecs précédents, plus que les obscures déductions théoriques que personne ne lit, qui pousserait les travailleurs vers l’occupation, puis la remise en route des usines dans une direction gestionnaire. Quelle que soit l’importance des forces de coercition, quel que soit l’appui que la partie conservatrice de la population leur apporte, pas plus qu’il n’était possible de faire évacuer toutes les usines occupées, il ne sera possible d’arrêter toutes les entreprises autogérées. La grève gestionnaire est possible, son succès dépend de son caractère généralisé et de l’état de désagrégation de la société capitaliste qui l’a suscitée.

Dans l’histoire la grève a souvent précédé le déclenchement de l’action révolutionnaire. Elle a été un complément à la lutte entreprise par les partis, et souvent elle fut déclenchée grâce à l’influence des partis. La grève gestionnaire c’est autre chose. C’est ainsi que ça s’est passé en 1936 et en 1968, où ils profitèrent, dans le premier cas, des élections ; dans le second, de l’embarras du gouvernement devant la révolte des étudiants. Dans une situation identique, la grève gestionnaire ne pose plus seulement les problèmes des salaires mais celui de la gestion des entreprises. A cet instant le mouvement ouvrier n’est plus à la remorque des partis de gauche et de leur programme, il les met devant le fait accompli, il leur impose une organisation de l’économie socialiste, libertaire, égalitaire, gestionnaire.

L’autogestion que les politiciens nous proposent est sans consistance, vidée de son contenu.  Une simple clause de style qui colore un programme. La seule chance de l’autogestion c’est de s’étaler sous la poussée populaire et de déferler à travers le pays avec la rapidité qui fut celle des grandes grèves avec occupation des usines. La seule chance de l’autogestion c’est la grève gestionnaire.

Nous sommes, nous autres anarchistes, pour la gestion de l’économie par les travailleurs parce que nous sommes contre le système capitaliste sous son aspect libéral ou étatique. Nous sommes contre son agent de coordination, l’Etat. Nous voulons établir l’égalité économique, complément indispensable à l’égalité politique, sans laquelle il n’existe de liberté que pour ceux qui peuvent l’acheter. L’autogestion, la gestion directe, la gestion ouvrière comme on voudra, nous semble la structure appropriée pour produire les objets nécessaires en aliénant le minimum de liberté. L’autogestion nous paraît un moyen efficace pour que le socialisme ne tourne plus à la farce tragique qu’on nous joue à Moscou, à Alger, au Caire, à Pékin ou autre part. La grève gestionnaire dans l’état de complexité de l’économie moderne nous semble le moyen le plus efficace, dans un même temps, pour arracher des mains des classes dirigeantes les moyens de production et d’échange et pour développer une expérience autogestionnaire à l’échelon national, le moyen le plus efficace pour protéger la pensée gestionnaire des tripatouillages de toutes natures.

Illusion démocratique: le suffrage universel comme soporifique social…

Posted in actualité, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , on 4 janvier 2012 by Résistance 71

Le suffrage dit universel est un moyen puissant d’endormir l’activité humaine

 

Par Paraf-Javal

La Brochure Mensuelle, 1924

 

En effet, à partir de vingt et un ans, tous les quatre ans (c’est-à-dire une fois en 1460 ou 1461 jours), l’électeur vote (c’est-à-dire essaie d’opprimer ceux qui pensent autrement que lui). L’autorité, elle, fonctionne tous les jours, à tous les instants.

Suffrage universel signifie donc : 1 jour de droit à l’intrigue, 1459 ou 1460 jours d’abdication.

On voit que le suffrage universel est un puissant moyen d’endormir l’activité humaine. Il n’a rien de commun avec la souveraineté populaire, avec le droit d’être à tout moment aussi souverain qu’autrui. Il n’a rien de commun avec l’égalité.

Le système politique est absurde

Dans un pays où existe le régime parlementaire, les hommes déterminent les actes ordonnés, permis et défendus, c’est-à-dire la loi,de la façon suivante :

1° Nomination de délégués (députés, sénateurs, conseillers, etc.) Cette nomination équivaut à l’abdication totale de l’activité individuelle entre les mains des politiciens ;

2° Assemblée des politiciens qui émettent des appréciations et établissent des textes en votant sur ces appréciations ;

3° Imposition par la force de ces votes.

Ce système est absurde.

S’il y a véritablement des actes que les hommes doivent ordonner, permettre et défendre, il serait intéressant de déterminer ces actes par la logique. S’il n’y en a pas, les politiciens ne sont pas plus qualifiés que les autres hommes pour les déterminer.

Comment établit-on la vérité ? Comment détermine-t-on la science ?

Nomme-t-on à cet effet des délégués ? — Non. Celui qui dégage la vérité n’a été délégué par personne. Souvent il n’a ni diplôme ni dignité. — Vote-t-on en matière scientifique ? — Non. Le vote ne prouve rien. Galilée était seul à dire que la terre tourne. Minorité, il avait pourtant raison contre la majorité. — Impose-t-on la science par la force ? — Non. On dit aux hommes : «La voici. Voilà les preuves. Vous vous imposerez à vous-mêmes ce que vous aurez reconnu juste.»

Au point de vue scientifique, la raison des hommes est parfaite. Personne ne s’insurge contre la science, pas même les ignorants, parce que ces derniers savent qu’elle est vérifiée par ceux qui en sont capables et qu’eux-mêmes, s’ils s’en rendaient capables, pourraient la vérifier.

Au point de vue légal, la déraison des hommes est parfaite. La loi déterminée d’une façon absurde, peut être inepte, vexatoire. Elle n’en est pas moins LA LOI, du moment qu’elle aura été votée et promulguée selon les règles absurdes admises.

Voilà le système politique. Étranger à la raison, il ne peut donner de résultats raisonnables. La politique, méthode illogique, ne peut servir à l’établissement de règles de conduite logiques.

C’est le fait de fous de vouloir, si ces règles existent, les déterminer et les imposer aux gens sensés autrement que par une méthode rationnelle.

La loi est le droit du plus fort

Tout individu, arrêté à l’âge de raison, se trouve en présence d’une quantité innombrable de lois. S’il dit : «Ces lois faites sans moi, contre moi, me déplaisent.», on lui répond : «Observe-les d’abord ; tu pourras ensuite, quand l’occasion s’en présentera, user de tes droits de citoyen pour changer l’ordre social». S’il remarque : «Je suis pressé», on lui réplique : «Il ne faut pas être pressé. Ceux qui fabriquent les lois sont chargés par toi ou par tes adversaires d’agir en tes lieu et place. Fais de la politique.»

Or la politique aboutit à la confection de la loi et la loi n’est pas autre chose que l’acceptation par certains hommes (majorité) d’appréciations que contestent d’autres hommes (minorité).

Imposer des appréciations par la force, c’est tyranniser. La loi est l’oppression suprême, l’oppression légale, le droit du plus fort.

Les droits d’un homme ne peuvent dépendre de l’appréciation plus ou moins désintéressée d’autres hommes. Ces droits sont ou ne sont pas. S’ils sont, il convient de les déterminer par la logique et de les exercer au besoin, malgré la loi.

Tout électeur est conservateur

Puisque la politique aboutit à la confection de la loi, il est bon de montrer que la loi est vaine.

A la vérité il n’y a pas de loi, il ne peut y avoir de loi, la loi ne compte pas, ou plutôt, il n’y a qu’une seule loi, inscrite implicitement dans tous les codes : «Ne te fais pas pincer».

En effet, la Société ne punit pas ceux qui violent la loi, elle punit ceux qui se font pinceren violant la loi, ce qui n’est pas la même chose. Il n’est pas possible que celui qui viole la loi sans se faire pincer puisse être puni.

On est donc en droit de dire que la loi est une prime aux fourbes, qu’elle dit aux hommes : «Inutiles d’être loyaux, soyez malins. Tout aux retors, rien aux faibles, rien aux simples qui n’ont ni l’intelligence, ni la canaillerie nécessaires pour utiliser la loi à leur profit.»

Cela est si vrai qu’il y a des gens (avocats et magistrats) dont le métier officiel est d’essayer soit de tourner, soit de faire appliquer la loi, suivant les besoins de la cause.

En effet, toutes les fois que les hommes sont appelés à voter, cet appel peut être considéré comme la demande d’une signature pour la prolongation du prétendu contrat social. Le votant est un homme qui vient le jour où on le sonne comme un larbin, le jour où on le siffle comme un chien dressé à obéir, qui vient ce jour-là seulement, et pas les autres jours, cet homme qui vient quand l’autorité dit : «Le moment est arrivé de sanctionner une fois de plus et de faire marcher un système établi par d’autres et pour d’autres que toi. Le moment est arrivé de choisir ceux qui feront partie de ce système avec ou sans intention de le modifier, de choisir ceux, qui, pour contribuer au fonctionnement de la machine à broyer le faible, seront payés en argent, en influences, en privilèges, en honneurs. Le moment est arrivé d’écarter une fois de plus l’idée de révolte contre l’organisation qui t’exploite et d’obéir à l’autorité. Le moment est arrivé de voter, c’est-à-dire de faire un acte dont la signification est : «JE RECONNAIS LES LOIS».

Ne voit-on pas que la première signification de l’abstention électorale est celle-ci :

«JE NE RECONNAIS PAS LES LOIS. Je ne veux pas du régime que l’on m’impose et que l’on veut continuer à m’imposer.»

Il suit de là que tout électeur (qu’il se dise à juste titre monarchiste, ou à tort socialiste-révolutionnaire), est un conservateur, puisque le résultat de son vote est de contribuer à faire fonctionner le système en vigueur.

Tout abstentionniste conscient est un révolutionnaire

Nous avons montré que la politique est un moyen puissant pour les privilégiés d’endormir l’activité des non-privilégiés. On dit aux hommes : «Mettez votre cervelle dans votre poche, vous l’en sortirez une fois de loin en loin pour voter, c’est-à-dire pour consolider l’autorité. Pendant que vous abdiquerez, l’autorité fonctionnera sans arrêt.»

Et l’on s’étonne que la révolution ne se fasse pas ! Il y aurait lieu de s’étonner que la révolution se fît avec un pareil système, avec un système antirévolutionnaire, avec un système conservateur.

La révolution se fera quand les hommes cesseront d’abdiquer leur activité.

La révolution se fera quand les hommes cesseront de déléguer leurs pouvoirs, quand ils cesseront de se nommer des maîtres, quand ils cesseront de permettre à des gens pareils à eux de dire : «Vous m’avez donné le droit d’agir pour vous».

L’autorité tombera le jour où les hommes cesseront de se l’imposer à eux-mêmes, le jour où ils cesseront de créer des catégories de privilégiés, de gouvernants, d’oppresseurs.

La révolution commencera au moment précis où les hommes abandonneront la politique.

Toutes les révolutions ont été des moments où les hommes ont abandonné la politique, où ils se sont occupés eux-mêmes de leur sort.

Tout homme qui abandonne la politique commence la révolution, car il reprend son activité abdiquée jusque là.

Quelles seraient les conséquences de la grève électorale?

Ces conséquences seraient les suivantes :

Déclaration de guerre au système établi et commencement des hostilités avec certitude de réussir à renverser ce régime.

En effet, refuser de voter dans les conditions indiquées plus haut, n’est pas un acte d’inertie, mais un acte de révolte. Les gouvernants comprendront que l’abstentionniste conscient n’est pas un indifférent, mais un révolté et que ce révolté ne peut pas ne pas agir.

En outre, l’abstention généralisée rendrait difficile l’exercice du gouvernement.

Quelle autorité aurait un individu élu par une petite portion des électeurs ? Quelle autorité aurait des assemblées d’individus délégués par des minorités ? Quelle autorité aurait le pouvoir exécutif élu par ces assemblées ?

Du moment que l’autorité pour fonctionner, éprouve le besoin de se faire justifier par le vote, on peut conclure qu’il y a une limitede suffrages au-dessous de laquelle L’AUTORITÉ EST DISQUALIFIÉE.

Et, tandis que l’on disqualifierait l’autorité, la masse prendrait conscience de sa force.

Revenons à notre point de départ. S’il est vrai que la Société actuelle dure parce que les non-privilégiés, les prolétaires se résignent, il importe que ceux-ci cessent de se résigner, il importe qu’ils se mettent en état de révolte, il importe que chacun de ceux qui veulent renverser la société se mette en état de révolte pour son propre compte et, comme les prolétaires sont de beaucoup les plus nombreux, la révolte généralisée rendrait le renversement CERTAIN.

Ce qui précède montre, je crois, l’importance de la grève électorale, prélude possible d’une révolution dont la forme moderne paraît être la grève générale.

La grève générale, ou, si l’on veut, la grève généralisée, apparaît comme une arme tellement puissante qu’à notre sens certaines grèves partielles prenant de l’extension (comme par exemple, la grève des contribuables et celle des locataires) suffiraient pour amener le bouleversement social.

Un mouvement de cette nature serait, non seulement étranger à la politique, mais encore dirigé contre la politique, c’est-à-dire contre le système dont résulte l’organisation autoritaire qui annule notre liberté.

Ajoutons que le bouleversement social ne peut être que le mouvement précédant l’établissement d’une société raisonnable. Il est facile de montrer que celle-ci pourra être établie, dès que suffisamment d’hommes auront compris qu’elle dépend uniquement du remplacement de la concurrence par la camaraderie.

Objection : Si les révolutionnaires ne votent pas, on abandonne le pouvoir aux non-révolutionnaires

Remarquons que cette objection ne peut être faite par un révolutionnaire conscient, tout individu au pouvoir, même temporairement, ne pouvant être un révolutionnaire.

En effet, le but d’un révolutionnaire conscient est — non la conquête— mais la destruction du pouvoir.

Peut-on espérer détruire le pouvoir en continuant à la faire fonctionner, en faisant acte de conservateur ?

L’électeur, avons-nous dit, est conservateur parce qu’il fabrique un rouage de l’autorité, le rouage essentiel sans lequel point d’autorité.

L’élu, qui est ce rouage, est nécessairement conservateur, étant portion agissante de l’autorité, étant l’autorité.

Même en supposant électeurs et élus désireux de détruire le pouvoir, le fait qu’il y ait des élus contribue — non à détruire le pouvoir — mais à la justifier.

En outre, vouloir imposer la liberté par l’autorité, paraît bizarre. La liberté et l’autorité, on l’a dit bien souvent, sont incompatibles à tel point que l’une augmente à mesure que l’autre diminue et réciproquement.

Jusqu’à présent toutes les sociétés ont été établies sur le principe d’autorité. Même ce qu’on dénomme à tort socialismeest une forme de ce principe. Déléguer ces pouvoirs à quelques-uns chargés de tout répartir au mieux de la collectivité (collectivisme),équivaut à l’abandon de ses droits. Les camarades répartiteurs seront des privilégiés, des gouvernants, des oppresseurs ; les autres seront des gouvernés, des exploités, des opprimés.

Nul ne pouvant admettre qu’on l’opprime, ne peut s’autoriser à opprimer autrui. L’individu logique arrive nécessairement à la conception du communisme libertaire,qu’on pourrait ainsi dénommer camaraderie intégrale.

Le vote, conduisant à l’autorité, il convient de lutter contre le vote et non d’y participer.

Résumé

— Le suffrage universel est à tort appelé universel.Il n’est pas et ne peut être universel. Il ne peut donner satisfaction à personne.

— Le suffrage dit «universel» est le moyen puissant d’endormir l’activité humaine. Le peuple, «prétendu souverain», est un esclave qu’on saoule avec des mots. L’électeur est un homme qui abdique et se donne des maîtres.

— Le système politique est absurde. Procédant contrairement à toutes les règles de la logique, il ne peut donner des résultats raisonnables.

— Ce système ne peut aboutir :

Qu’à l’oppression d’une certaine quantité d’hommes par d’autres hommes et non à la plus grande somme de liberté pour tous ;

Qu’à l’organisation de la fourberie.

— Tout électeur est un conservateur, puisque son vote fabrique l’autorité.

— Tout abstentionniste conscient est un révolutionnaire puisque si personne ne votait, il n’y aurait pas d’autorité.

— En votant, on ne peut espérer mettre des révolutionnaires au pouvoir, puisque le pouvoir ne peut être autre chose que conservateur. Il y a lieu, non de le conquérir, mais de détruire le pouvoir.

— Il importe donc, pour tous ceux qui reconnaissent la société mal faite et désirent la changer :

1° De se débarrasser des préjugés qui, comme le préjugé politique, font d’un homme, malgré lui, un conservateur ;

2° D’étudier avec ceux qui croiront les connaître, les principes d’une société raisonnable, afin de devenir des révolutionnaires conscients ;

3° De ne pas se contenter d’être théoriquement des révolutionnaires conscients, mais de mettre en toute occasion leurs actes d’accord avec leurs idées.