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Gilets Jaunes 17ème round: Au sujet de l’organisation de la révolution sociale (Voline 1947)

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Organisation et imposition

 

Voline

1947

 

Extrait de son ouvrage “La révolution inconnue”

 

De façon générale, une interprétation erronée – ou, le plus souvent, sciemment inexacte – prétend que la conception libertaire signifie l’absence de toute organisation. Rien n’est plus faux. Il s’agit, non pas d’ “ organisation  » ou de  » non-organisation « , mais de deux principes différents d’organisation.

Toute révolution commence, nécessairement, d’une manière plus ou moins spontanée, donc confuse, chaotique. Il va de soi – et les libertaires le comprennent aussi bien que les autres – que si une révolution en reste là, à ce stade primitif, elle échoue. Aussitôt après l’élan spontané, le principe d’organisation doit intervenir dans une révolution, comme dans toute autre activité humaine. Et c’est alors que surgit la grave question : quels doivent être le mode et la base de cette organisation ? 

Les uns prétendent qu’un groupe dirigeant central – groupe  » d’élite  » – doit se former pour prendre en main l’œuvre entière, la mener d’après sa conception, imposer cette dernière à toute la collectivité, établir un gouvernement et organiser un Etat, dicter sa volonté à la population, imposer ses  » lois  » par la force et la violence, combattre, éliminer et même supprimer ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. 

Les autres estiment qu’une pareille conception est absurde, contraire aux tendances fondamentales de l’évolution humaine et, en fin de compte, plus que stérile : néfaste à l’œuvre entreprise. Naturellement, disent les anarchistes, il faut que la société soit organisée. Mais cette organisation nouvelle, normale et désormais possible doit se faire librement, socialement et, avant tout, en partant de la base. Le principe d’organisation doit sortir, non d’un centre créé d’avance pour accaparer l’ensemble et s’imposer à lui, mais – ce qui est exactement le contraire – de tous les points, pour aboutir à des nœuds de coordination, centres naturels destinés à desservir tous ces points. Bien entendu, il faut que l’esprit organisateur, que les hommes capables d’organiser – les  » élites  » – interviennent. Mais, en tout lieu et en toute circonstance, toutes ces valeurs humaines doivent librement participer à l’œuvre commune, en vrais collaborateurs et non en dictateurs.

Il faut que, partout, ils donnent l’exemple et s’emploient à grouper, à coordonner, à organiser les bonnes volontés, les initiatives, les connaissances, les capacités et les aptitudes, sans les dominer, les subjuguer ou les opprimer. Pareils hommes seraient de vrais organisateurs et leur œuvre constituerait la véritable organisation, féconde et solide, parce que naturelle, humaine, effectivement progressive. Tandis que l’autre « organisation « , calquée sur celle d’une vieille société d’oppression et d’exploitation – donc adaptée à ces deux buts -serait stérile et instable parce que non conforme aux buts nouveaux, donc nullement progressive. En effet, elle ne comporterait aucun élément d’une société nouvelle ; au contraire, elle porterait à leur paroxysme toutes les tares de la vieille société, puisque n’ayant modifié que leur aspect.

Appartenant à une société périmée, dépassée sous tous les rapports, donc impossible en tant qu’institution naturelle, libre et vraiment humaine, elle ne pourrait se maintenir autrement qu’à l’aide d’un nouvel artifice, d’une nouvelle tromperie, d’une nouvelle violence, de nouvelles oppressions et exploitations. Ce qui, fatalement, détournerait, fausserait et mettrait en péril toute la révolution. Il est évident qu’une pareille organisation resterait improductive en tant que moteur de la Révolution Sociale.

Elle ne pourrait aucunement servir comme « société de transition  » (ce que prétendent les “communistes »), car une telle société devrait nécessairement posséder au moins quelques-uns des 

germes de celle vers laquelle elle évoluerait ; or, toute société autoritaire et étatiste ne posséderait que des résidus de la société déchue. 

D’après la thèse libertaire, c’étaient les masses laborieuses elles-mêmes qui, au moyen de leurs divers organismes de classe (comités d’usines, syndicats industriels et agricoles, coopératives, etc.), fédérés et centralisés selon les besoins réels, devaient s’appliquer, partout sur place, à la solution des problèmes constructifs de la Révolution. Par leur action puissante et féconde, parce que libre et consciente, elles devaient coordonner leurs efforts sur toute l’étendue du pays. Et quant aux « élites », leur rôle, tel que le concevaient les libertaires, était d’aider les masses : les éclairer, les instruire, leur donner les conseils nécessaires, les pousser vers telle ou telle initiative, leur montrer l’exemple, les soutenir dans leur action, mais non pas les diriger gouvernementalement.

D’après les libertaires, la solution heureuse des problèmes de la Révolution Sociale ne pouvait résulter que de l’œuvre librement et consciemment collective et solidaire de millions d’hommes y apportant et y harmonisant toute la variété de leurs besoins et de leurs intérêts ainsi que celle de leurs idées, de leurs forces et capacités, de leurs dons, aptitudes, dispositions, connaissances professionnelles, savoir-faire, etc. Par le jeu naturel de leurs organismes économiques, techniques et sociaux, avec l’aide des « élites » et, au besoin, sous la protection de leurs forces armées librement organisées, les masses laborieuses devaient, d’après les libertaires, pouvoir effectivement pousser en avant la Révolution Sociale et arriver progressivement à la réalisation pratique de toutes ses tâches. 

La thèse bolcheviste était diamétralement opposée. Selon les bolcheviks, c’était l’élite – leur élite – qui, formant un gouvernement (dit  » ouvrier  » et exerçant la soi-disant  » dictature du prolétariat « ), devait poursuivre la transformation sociale et résoudre ses immenses problèmes. Les masses devaient aider cette élite (thèse inverse de celle des libertaires : l’élite devant aider les masses) en exécutant fidèlement, aveuglément,  » mécaniquement « , ses desseins, ses décisions, ses ordres et ses  » lois « . Et la force armée, calquée elle aussi sur celle des pays capitalistes, devait obéir aveuglément à « l’élite ». 

Telle fut – et telle est – la différence essentielle entre les deux idées. 

Telles furent aussi les deux conceptions opposées de la Révolution Sociale au moment du bouleversement russe de 1917. 

Les bolcheviks, nous l’avons dit, ne voulurent même pas entendre les anarchistes, encore moins les laisser exposer leur thèse devant les masses. Se croyant en possession d’une vérité absolue, indiscutable, “ scientifique « , prétendant devoir l’imposer et l’appliquer d’urgence, ils combattirent et éliminèrent le mouvement libertaire par la violence, dès que celui-ci commença à intéresser les masses ; procédé habituel de tous les dominateurs, exploiteurs et inquisiteurs.

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 


Tout le pouvoir aux Ronds-Points !

 


Vive la Commune !

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