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Le fléau du colonialisme passé et présent: La mascarade du concept de la « réconciliation »…

Posted in actualité, altermondialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 25 octobre 2013 by Résistance 71

On entend souvent parler du concept de « réconciliation » au sujet du colonialisme et de la « cicatrisation » des blessures passées et présentes. Le Canada, à l’instar de l’Afrique du Sud, a institué sa commission sur le « Vérité et la Réconciliation » au sujet de l’holocauste dont les nations autochtones furent victimes aux mains de l’état et des église (idem aux Etats-Unis et en Amérique latine du reste, mais ces écrits demeurent plus spécifiques aux crimes contre l’humanité perpétrés au Canada). Il est important de bien comprendre ce que veut dire le mot « réconciliation » dans ce contexte colonialiste, toujours sous le coups des bulles pontificales Romanus Pontifex de 1455 et Inter Caetera de 1493, comme nous l’avons vu précédemment.

Kevin Annett nous explique la véritable signification de ce qu’est la « réconciliation » aux yeux de l’État et de l’église. Édifiant !!…

— Résistance 71 —

 

A découvert: Génocide au Canada passé et présent (Appendix 4(b), 3ème édition 2010)

 

(“Hidden No Longer: Genocide in Canada Past and Present, appendix 4(b)”)

 

Kevin Annett

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Appendix 4(b): Note sur la “réconciliation” et sa véritable signification en tant que re-soumission

 

Comment les mots sont utilisés et ce qu’ils veulent véritablement dire sont deux choses très différentes. Le langage peut-être une arme brandit par ceux-là même qui ont des intérêts bien définis à défendre.

Les églises et les états qui ont massacrés des millions de personnes au nom de leur dieu ont légitimisé leurs devoirs, comme ils le font toujours, avec une vision du monde qui rend le meurtre permis.

Le livre biblique de la Génèse est le paradigme de base de l’euro-christianisme et ainsi de la culture mondiale. Le message essentiel de la Génèse est que l’Homme est mauvais et corrompu, qu’il l’est devenu et a ainsi condamné notre monde, par le truchement d’un acte de désobéissance contre un dirigeant tout-puissant, que nous appelons jehova-dieu. La rédemption de cette damnation n’est possible que par ce que la bible et la chrétienté appellent la “réconciliation” avec celui qui a été offensé.

Le terme “réconciliation” n’est pas ce qu’il semble être ; dans le langage courant cela veut dire que deux opposants enterrent la “hache de guerre” et retournent en terme équitable l’un envers l’autre. La véritable signification de ce mot est en fait l’opposé de ceci et se réfère au moment où une partie rebelle est vaincue et fait pénitence envers son ancien maître, se re-soumettant elle-même entièrement aux termes du dominant.

La définition littérale latine de “réconciliation” est “re-concilio” ce qui veut dire: “forcer de nouveau dans la réunion”, ceci est un acte coercitif d’une partie sur l’autre.

Remontons au Moyen-Age, lorsque l’église catholique lança sa première croisade majeure contre les “sarazins et les païens”, c’est à dire contre quiconque n’est pas un chrétien catholique. Comme nous l’avons vu auparavant, un système légal devait voir le jour afin de justifier les conquêtes et les meurtres de l’église envers “les autres”, incluant, plus tard les peuples indigènes de la planète entière. Ainsi les hommes de loi du Vatican concoctèrent ce que l’on appelle “l’Indulgence”, un outil brillant qui fit du pillage, du viol, du meurtre et de tout acte violent une vertu, s’ils étaient perpétrés au nom de l’église.

D’un seul coup, les chrétiens pouvaient massacrer en toute quiétude sans honte et sans être sujets aux reproches, comme cela est toujours le cas aujourd’hui quand il s’agit de crimes commis par l’église et ses agents. Donc, de cette manière, tous ces “incroyants” qui furent endommagés d’une manière ou d’une autre par l’église n’ont aucune base pour accuser et témoigner des crimes qui ont été commis à leur encontre, car les opposants à l’église étaient, comme les originaux Adam et Eve, la cause de leur propre chute. De plus, ces ennemis de l’église devaient faire une restitution spéciale à celle-ci pour avoir causé la violence qui leur a été infligée !

Cet acte de restitution par le conquis fut appelé la Réconciliation.

Pendant l’inquisition espagnole par exemple, les catholiques qui avaient pêchés en devenant luthériens (protestants) furent “réconciliés au travers de la perte de propriétés et furent obligés d’endurer des temps d’incarcération”. En 1612, cinq citoyens de Madrid furent “soumis à la réconciliation pour faits de judaïsme et furent envoyés aux galères en tant qu’esclaves” (Henry Charles Lea, “The Inquisition of the Spanish Dependencies”, New York, 1908, p.421).

Citons l’historien de l’époque médiévale Henry Charles Lea:

“La réconciliation avec l’église comprend la confiscation et était originellement accompagnée d’autres pénalités en rapport avec les antécédents du coupable et la promptitude avec laquelle il avait confessé et rejeté sa faute. Cela pouvait être des peines de prison, l’humiliation publique, la flagelation ou l’envoi aux galères.” (Ibid, p 421)

En effet, le rebelle indemnise le conquérant (cela semble t’il familier ?..) en reconnaissant que la violence et les injustices faites par celui-ci étaient justes et nécessaires, libérant ainsi le conquérant de tout blâme possible et de toute culpabilité, de honte ou de responsabilité de ses actes: ceci veut dire qu’il est publiquement établi qu’aucun crime n’a été commis, sauf par le conquis et le rebelle faisant acte de re-soumission.

Ceci est exactement ce que les survivants du programme des pensionnats pour Indiens ont été forcés de faire sous la loi canadienne en relation des institutions qui ont essayées de les tuer.

Cette notion et cette pratique de blâmer une victime pour sa souffrance aux mains du dirigeant et de s’attendre à ce que tout rebelle ou opposant fasse repentance selon les termes du dirigeant, est le cœur même du message de la version de l’église du texte de la Génèse et la philosophie opératoire de la “civilisation” moderne. C’est un thème qui est tellement basique à la croyance philosophique grecque et romaine que le puissant a toujours raison, que le pouvoir et la puissance sont la vertu et que les conquis n’ont aucun droit ni statut et doivent faire amende honorable et repentance au conquérant.

Les Romains avaient institutionalisé cette croyance au travers des rites de leur religion où les chefs des conquis ou autres ennemis de Rome demandaient pardon à genoux devant l’empereur avant d’être publiquement étranglés. En tant qu’héritière directe de l’empire romain, l’église catholique a incorporé cette pratique dans son traitement de tout ennemi qu’elle conquiert, ceci incluant les chrétiens dissidents, les juifs, les musulmans et les peuples autochtones des nations conquises.

L’essence de cette pratique, l’indemnisation publique du dirigeant par ses victimes et la condamnation et le meurtre de ces dernières, est simplement un acte, une représentation du paradigme de base de l’église: la supposée “chute” de l’humanité et le besoin de notre “réconciliation” avec “dieu” comme ses esclaves de nouveau soumis.

Tout ceci devint lumineux pour moi au printemps 2009 alors que je regardais le “chef” indien du gouvernement fédéral Phil Fontaine de l’Assemblée des Premières Nations canadiennes (AFN), rampant de soumission devant le pape Joseph Ratzinger de Rome (Benoit XVI), après que ce dernier ait énoncé un “regret” pour le non-holocauste et pour les “quelques dommages” infligés aux Indiens dans les pensionnats. Non seulement le pauvre Phil embrassa l’anneau papal (et sans aucun doute d’autres parties…), mais il “accepta” chaleureusement la déclaration du pape comme “preuve que finalement la cicatrisation s’est enfin produite”.

Ce que Fontaine faisait en fait n’était que rejouer un ancien rite de re-soumission. Comme tout chef conquis cherchant à se re-soumettre au groupe avant son exécution publique (Phil fut destitué de ses fonctions de “chef” de l’AFN un mois environ après son audience papale), Phil Fontaine s’engageait dans la “réconciliation”.

Malheureusement, chaque survivant des pensionnats est forcé d’endurer la même humiliation publique, en acceptant une pitance financière insultante et re-traumatisante, pour ensuite absoudre ses bourreaux de toute malversation et de tout crime, pour lesquels il peut obtenir une ré-acceptance en tant qu’esclave “réconcilié”, aussi celui qui est “cicatrisé, guéri”.

Quand le Canada, ses médias et ses églises parlent de la “réconciliation” avec ses victimes autochtones, de manière si extatique, leur joie n’est pas déplacée. Ils sont parfaitement au courant qu’être “réconcilié” avec les victimes des pensionnats pour Indiens veut dire, moralement et pratiquement, que ces Indiens fauteurs de trouble et gênants se sont de nouveau soumis aux termes de la société blanche : en abandonnant toute action légale, en libérant les blancs de toute responsabilité et en pardonnant publiquement le Canada chrétien pour ses crimes de sang, comme cela s’est produit de manière si pathétique au printemps 2010 à la présentation d’une “Charte du Pardon” formelle au Canada et à ses églises par les officiels aborigènes d’Ottawa, financés par l’état.

Pour les survivants d’un génocide chrétien, la “réconciliation” veut dire rendre les armes, l’humiliation et la défaite. Leurs conquérants chrétiens n’ont simplement jamais eu l’honnêteté de leur expliquer la signification réelle de ce terme.