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Vatican et colonialisme: Introduction au mouvement de la Longue Marche sur Rome (printemps 2016)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 4 mai 2015 by Résistance 71

Nous sommes en train de traduire de la documentation afin de présenter au public francophone une initiative sous l’égide de l’Assemblée des Nations Premières du Canada: La Longue Marche sur Rome (Mai 2016). Cette longue marche verra des membres des peuples indigènes du monde entier (USA, Canada, Mexique, Amérique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande et plus encore…) et des non-indigènes, marcher sur Rome depuis Paris. Arrivés sur la place St Pierre, une délégation sera reçue (on l’espère..) par le pape François 1er pour lui remettre en mains propres une demande officielle de répudiation des bulles pontificales Dum Diversas (1452), Romanus Pontifex (1455) et Inter Caetera (1493), qui servirent de décrets à la doctrine chrétienne de la découverte, dont les effets sont toujours dévastateurs aujourd’hui.

Mise à jour: Information sur la Longue Marche sur Rome (Mai 2016)

— Résistance 71 —

 

La “découverte de l’Amérique” fut-elle une mission chrétienne “sainte et louable” ?

 

Sandra JTM Evers & David MacKinnon

 

3 Mai 2015

 

url de l’article original:
http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/05/03/was-discovery-america-holy-and-praiseworthy-christian-mission

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Est-ce que la découverte et l’acquisition de terres européennes en Amérique, intentionnelles ou par exécution, peuvent-être proprement caractérisées comme un projet de poursuite d’une tâche “sainte et louable” d’encouragement de la divulgation et de la propagation de la foi catholique ? Réfléchissons-y un moment et regardons plus attentivement à l’architecte principal de cette mission “sainte et louable” et à l’homme qui choisît de cadrer cette mission en de tels termes, le pape Alexandre VI.

Qui était le pape Alexandre VI?

Avant son élection, le pape Alexandre VI était le cardinal Borgia et en tant que tel il était membre d’une des plus puissantes familles espagnoles de la Renaissance. Il était un véritable Borgia, de nom et de sang et se caractérisait par une ambition sans borne, une grande avarice, sensualité et la réputation d’être “sans aucun scrupule”. Son élection au saint siège ne fit rien pour limiter ses désirs et ses ambitions. Lorsque le pape, avec le temps, tomba sous l’influence de son fils Cesare Borgia, ses violentes mesures assumèrent cette scélératesse démoniaque qui réagit nécessairement au gré des buts poursuivis. En termes de fomentation et de conspiration, son élection comme pape et représentant de dieu demeure un des points d’honneur des réalisations politiques de son clan sans pitié. Le pape Alexandre VI fut le père de 11 enfants et sa cour est demeurée célèbe pour son népotisme avéré. On dit qu’il mourut empoisonné de sa propre main avec son fils Cesare, après qu’ils eurent mangé par erreurs des brioches destinées à un riche cardinal dont les biens étaient convoités par les deux Espagnols. Le conseiller politique de Cesare Borgia n’était autre que le célèbre Machiavelli, dont le livre “Le Prince” se servit de Cesare Borgia comme d’une inspiration. Le contexte était certes différent, mais à cette époque, le pape Alexandre VI avait un rôle essentiel dans le “grand jeu” naissant de l’expansionnisme chrétien dans le monde au XVème siècle. Si l’on devait donner un équivalent dans le monde moderne au pape Alexandre VI, ce ne serait pas le pape François 1er, mais plutôt un président ou un premier ministre siégeant au plus haut niveau d’un conseil d’administration d’une grande entreprise transnationale.

L’objectif du Vatican était-il de poursuivre le travail “saint et louable” d’évangélisation du monde ?

Le pape Alexandre VI fut aussi l’homme qui proclama la bulle Inter Caetera en 1493, le décret pontifical qui divisa le monde en deux parties et qui altéra la destinée du continent des Amériques. Il parvint au siège suprême de “vicaire du christ, successeur du prince des apôtres, souverain pontif de l’église universelle, souverain de l’état de la ville du Vatican, serviteur des serviteurs de dieu, etc…”, parmi des rumeurs de corruption et sur toile de fond d’un collège des cardinaux bien disposé à de telles pratiques. Le collège des cardinaux n’était plus, loin s’en faut, ce qu’il était au début de l’église romaine et “était devenu un corps représentant des monarques et princes européens et un corps dans lequel les papes pouvaient perpétuer et perpétuaient l’influence de leurs familles dans les affaires de l’église.” Des 27 cardinaux en vie à la mort de son prédécesseur, la pape Innocent VIII, une dizaine étaient des neveux-cardinaux, huit étaient des princes de couronne, quatre étaient des noble romains et un des cardinaux avait obtenu sa fonction en remerciement des services rendus par sa famille au saint siège. Seulement quatre d’entre eux étaient des membres de carrière du clergé montés du rang.

Dépeindre le Vatican pendant l’âge de la découverte comme étant une mission chrétienne bien intentionnée ne reflète en rien la réalité d’un corps servis par des représentants très chevronnés dans l’art des accords et encore moins les inclinaisons du souverain pontif lui-même. Bien qu’il n’y ait aucune mention d’amener les “nations barbares” à la foi catholique (NdT: ceci fut fait dans la bulle Romanus Pontifex du pape Nicolas V en 1455), l’intention sous-jacente de la bulle Inter Caetera et principalement des deux bulles la précédant Romanus Pontifex (1455) et Dum Diversas (1452), était de légitimiser l’engagement de la monarchie portugaise dans le commerce des esclaves et par la suite, de justifier les prises de terres du nouveau monde par d’autres monarques chrétiens.

Le prétexte moral/légal invoqué par le Vatican pour ratifier le projet de la couronne d’Espagne pour découvrir et saisir des terres aux Amériques, invite à la comparaison avec certaines entités modernes para-publiques qui justifient d’énormes acquisition de terres et de ressources en Afrique sur la base de causes supérieures, comme le développement durable, la sécurité alimentaire et même la protection de la nature. Cette technique vaut la peine d’être enquêtée plus avant.

Les bulles pontificales étaient-elles des vœux naïfs de partage des évangiles de Jésus Christ avec les païens ?

Toute suggestion que la destruction et l’oppression des peuples indigènes sont des résultats non intentionnels d’une mission altruiste qui aurait dérapée apparaîtrait en contradiction directe avec les termes mêmes des bulles pontificales. L’existence même du Nouveau Monde au temps de ces bulles était sujet à controverse au XVème siècle. Mais l’intention d’exploration était sans équivoque dès le départ. Le but et objectif final étaient l’acquisition (des terres) et sa motivation la veulerie. Romanus Pontifex autorise le roi du Portugal à “envahir, traquer, capturer, vaincre, subjuguer quelques païens et sarrazins que ce soient et tout autres ennemis du christ… et de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel.” Les lettres de patente données aux explorateurs père et fils Cabot (par le roi d’Angleterre), qui souligne le titre de propriété radical de tout le territoire d’Amérique du Nord, autorisent les explorateurs à “subjuguer, occuper et posséder toutes les villes, villages, châteaux et îles.. des païens et des infidèles, pourvu que ces terres soient inconnus de rois chrétiens.

Un nombre croissant de chercheurs et écrivains spécialistes des titres de propriété sur les terres indigènes, principalement Steven Newcomb, ont argumenté depuis des années que la base de la notion que le gouvernement des Etats-Unis possèdent le titre des terres en Amérique est fondée sur ces bulles pontificales. Comme Newcomb, Peter d’Errico et Robert Miller l’ont montré à maintes reprises, Le verdict du cas légal de la cour suprème des Etats-Unis dans l’affaire Johnson contre McIntosh, reconnaît implicitement la connexion entre les bulles pontificales de la découverte et l’affirmation des titres supérieurs de propriété par le gouvernement. Cette affaire est en train de gagner une audience mondiale (NdT: aussi grâce à nos traductions en français depuis plusieurs années pour dénoncer ces faits dans le monde francophone…). La Longue Marche sur Rome sera une marche des peuples indigènes sur le Vatican pour officiellement demander la révocation par le pape des bulles pontificales incriminées. Cette marche est programmée pour le mois de Mai 2016. Les peuples indigènes et non-indigènes peuvent tous bénéficier de comprendre comment la Vatican au XVème siècle, a fabriqué un système d’inégalité pour d’abord légitimiser le commerce des esclaves (pour les Portugais) puis l’assertion de souveraineté sur le Nouveau Monde, sans aucune considération sur l’impact qu’aurait une telle politique sur les peuples indigènes du monde entier.

David MacKinnon est un ancien avocat de cour, membre de la Law Society of British Columbia et du Barreau du Québec.

Dr Sandra J.T.M Evers est professeur et chercheuse en anthropologie sociale et culturelle à l’université VU d’Amsterdam au Pays-Bas.

La Longue Marche sur Rome 2016 est un mouvement public de prise de conscience et une marche des peuples indigènes sur le Vatican afin de demander formellement l’abrogation sans réserve des bulles pontificales de la découverte, Dum Diversas, Romanus Pontifex et Inter Caetera.

Note de Résistance 71: Bientôt plus d’info sur la Longue Marche sur Rome, nous sommes en train de traduire une partie de leur doc.

Pour plus d’information, veuillez consulter:

http://longmarchtorome.com/

Article connexe: « Vers le démantèlement de la doctrine chrétienne de la découverte » (Steven Newcomb, traduction Résistance 71, Novembre 2014 )

L’hypocrisie ensoutanée continue

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Résistance 71

 

13 Avril 2015

 

Le pape vient de nous gratifier d’un autre deux poids, deux mesures avec sa déclaration sur le génocide arménien. Si le pape a qualifié et à juste titre de génocide, ce massacre de plus d’un million d’Arméniens placés sous le joug Ottoman au début du siècle dernier, nous sommes en droit de nous attendre à ce que ce même pape reconnaisse publiquement le génocide des peuples et nations du continent des Amériques à partir de 1492 et de la soi-disante “découverte” du “nouveau monde” par les envoyés des royautés européennes et donc du pape.

Le plus grand génocide de l’histoire de l’humanité s’est tenu entre la fin XVème et fin XIXème siècles sur le continent américain qui vit le massacre de 70 à 100 millions d’Amérindiens (selon les sources) en grande partie sous l’égide de l’église catholique apostholique et romaine et des roitelets européens mandatés par les bulles Romanus Pontifex (Nicolas V 1455) et Inter Caetera (Alexandre VI 1493), qui furent intégrés au système légal nord-américain dans le premier quart du XIXème siècle (cf notre traduction de larges extraits de l’ouvrage de Steven Newcomb à ce sujet “Païens sur la terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte” récemment publiée sur ce blog…).

L’Église aura t’elle le courage:

  • De reconnaître ses torts ?
  • De reconnaître sa responsabilité légale ?
  • De faire face aux conséquences qui s’imposent ?

 

Le pape est-il sur la voie d’une véritable réconciliation ou ne fait-il que diversion sur les malversations et turpitudes de l’église perpétrées au nom d’une mythologie religieuse ?

Les églises, catholique dans un premier temps, suivie de ses consœurs protestantes, qui ont assimiliées la doctrine chrétienne de la découverte telle qu’énoncée dans les édits papaux, sont responsables des vols, pillages, assassinats, de l’évangélisation et de l’enlèvement forcé des enfants indigènes qui moururent par dizaines de milliers dans des pensionnats-prisons aux Etats-Unis et au Canada (plus de 50 000 enfants morts/disparus au seul Canada, ce qui est un chiffre conservateur, dans ses pensionnats pour Indiens gérés pour l’essentiel par les églises catholique, anglicane, méthodiste et unifié du Canada) entre les années 1867 et 1996, date de la fermeture du dernier pensionnat pour Indiens au Canada.

Reconnaître le génocide d’un empire c’est bien, reconnaître celui de son propre empire (la chrétienté), c’est encore mieux. Allez cureton en chef, encore un effort, répudie ces bulles qu’enfin soient rendues caduques, nulles et non avenues toutes les lois sur la propriété au « nouveau monde » dont les terres ont été usurpées, volées, pillées et qui doivent être rendues à leurs propriétaires naturels: les peuples et nations originels du continent américain!

Pour de plus amples informations sur les crimes génocidaires perpétrés par l’église sur le continent des Amériques, veuillez consulter ces documents:

https://resistance71.wordpress.com/genocide-pensionnats-indiens-canada-kevin-annett/

https://resistance71.wordpress.com/colonialisme-doctrine-chretienne-de-la-decouverte/

https://resistance71.wordpress.com/2012/09/12/howard-zinn-ou-lhistoire-sous-bonne-influence-christophe-colomb-et-la-civilisation-occidentale1ere-partie/

https://resistance71.wordpress.com/2012/09/20/howard-zinn-ou-lhistoire-sous-bonne-influence-christophe-colomb-et-la-civilisation-occidentale-2eme-partie/

https://resistance71.wordpress.com/?s=colonialisme

Les bulles papales responsables de la doctrine chrétienne de la découverte, Romanus Pontifex (1455) et Inter Caetera (1493):

https://resistance71.wordpress.com/2013/10/09/lorigine-profonde-du-colonialisme-occidental-les-bulles-pontificales-romanus-pontifex-1455-et-inter-caetera-1493/

 

 

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ 4ème partie ~

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“Pendant dix siècles, le christianisme, armé de la toute puissance de l’église et de l’État et sans concurrence aucune de la part de qui que ce fût, put dépraver, abrutir et fausser l’esprit de l’Europe.”
~ Michel Bakounine ~

“L’historien Schlomo Sand nous laisse à l’inévitable conclusion que les juifs contemporains n’ont pas d’origine commune, que leurs origines sémites sont un mythe. Les juifs n’ont absolument aucune origine en Palestine et donc leur action de soi-disant ‘retour’ doit être comprise comme prétexte à une invasion expansionniste tribale.”

~ Gilad Atzmon ~

 

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ 4ème partie ~

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Chapitre 8: Convertir la découverte chrétienne en conquête du paganisme

Dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh, le juge de la Cour suprême des Etats-Unis, John Marshall, écrivit que “les différentes nations d’Europe” n’avaient pas “entièrement” ignoré les droits des nations natives, car les nations d’Europe avaient “respecté les natifs en tant qu’occupants”. Le mot “entièrement” suggère bien sûr que les nations européennes avaient essentiellement ignoré les droits des nations natives, mais simplement pas “entièrement”. Comme nous allons le voir, du point de vue de la cour suprême, les droits des Indiens furent ignorés dans la mesure nécessaire de s’assurer que les nations indiennes fussent placées dans l’incapacité de contredire l’affirmation par les Etats-Unis de leur “domination ultime” sur les terres du continent et leur “titre (de propriété) absolu”.

[…] Le juge dit aussi que les chartes royales illustraient comment le “peuple chrétien” avait assujetti un “droit de prendre possession” des terres indigènes du continent, sur la base de la “découverte”, “nonobstant l’occupation par les natifs, qui étaient des païens”. En d’autres termes, Marshall voyait les chartes royales comme preuves que les monarques chrétiens européens, qui envoyèrent des colonisateurs sur ce continent, étaient en possession d’une autorité gouvernementale (dominion) pour convoyer ou octroyer les terres des “païens”.

[…] Comment cela fut abondamment illustré dans le chapitre 4 de ce livre, en particulier avec le point de vue de Henry Summer Maine au sujet des Indiens comparés “presque universellement aux Canéens de l’ancien testament”, la toile de fond cognitive de Marshall dans l’affaire Johnson est le modèle cognitif du “peuple élu sur la terre promise”: Les monarques chrétiens ou les nations s’arrogeant la “découverte” des terres, le faisaient sous le coup d’un mandat de dieu qui leur avait été donné en tant que ‘peuple élu’, pour localiser, posséder, et occuper les terres païennes ‘promises’. D’après ce modèle mental, dieu est considéré avoir promis la terre aux chrétiens européens et ce n’est donc en conséquence qu’une question de temps avant que les peuples indigènes ne soient extirpés de ces terres. Le juge Joseph Story à son tour, colporta ce sens même d’occupation temporaire des terres par les Indiens, lorsqu’il se référa aux Indiens ayant possession de la terre pour leurs “buts temporaires et fugitifs”.

[…] Les droits des peuples indigènes ne furent donc pas totalement ignorés, mais furent “dimininués dans une grande mesure”, dans une grande mesure parce que leurs “droits à la souveraineté totale en tant que nations indépendantes, furent nécessairement diminués par le principe fondamental original, celui qui veut que la découverte ait donné le titre exclusif à ceux qui ont fait la découverte.”. Devant l’ampleur de l’existence de la domination des Amérindiens par les Etats-Unis, ceci mena à cette conception du fait de la diminution de la souveraineté des Indiens et de leur indépendance, à cet égard, le point suivant est central à l’argument du présent travail.

La découverte comme “masque” du pouvoir mental de conceptualisation

[…] Ainsi, l’assomption sous-jacente et hautement implausible suggérée par la cour est que la simple arrivée physique des Européens sur le continent des Amériques est ce qui leur a “donné le titre (de propriété) ultime” sur les terres de ce (sous) continent. Pourtant, malgré la très longue présence physique de dizaines de millions de personnes indigènes sur le continent au moment de l’arrivée des Européens, il n’y a aucune raison sensible et apparente de croire que la simple arrivée des Européens auraient pu annihiler la possession des Indiens de façon à donner aux Européens le titre ultime de propriété sur les terres indigènes du continent.

[..] La théorie cognitive nous permet de reconnaître là une affirmation sous-jacente enfouie dans le verdict de Johnson: Les Européens se sont mentalement aloués la domination sur les terres du continent et leur titre de propriété en se conceptualisant imaginairement eux-mêmes comme ayant la domination et le titre sur les terres du continent. Le concept de “découverte” réfère tacitement à la capacité des Européens d’imaginer la possibilité d’une “réalité” particulière et d’agir ensuite avec une énergie intense et répétée sur cette possibilité de l’imaginaire jusqu’à ce que la “réalité” envisionnée se “manifeste” ou “soit construite”. […] NdT: C’est le principe connu du “répéter un mensonge très souvent et il devient vérité…”

La personnification de la découverte dans le verdict de l’affaire Johnson

Un point clef exprimé dans le verdict est que le gouvernement des Etats-Unis a formellement adopté l’argument disant que le “peuple chrétien” avait “découvert” ce continent “païen” et que les “habitants civilisés” des Etats-Unis avaient donc collectivement “maintenus ce pays” sur la base du “droit à la découverte”. Marshall a dit que c’est à la base même du droit de la découverte que tous les états des Etats-Unis “tiennent et assument maintenant le titre (de propriété) par lequel ce pays fut acquis”.

]…] L’utilisation par Marshall du concept de “découverte” est même plus problématique parce que les chrétiens européens n’ont pas découvert ce continent dans le sens de découvrir un endroit qui était inconnu, il ne sont en fait apparus que sur des terres occupées et connues de dizaines de millions de personnes constituant les nations indigènes. Il est donc en cela parfaitement incorrect de dire que les européens auraient découvert des terres “jusque là inconnues”, d’un point de vue euro-centrique, cela ignore totalement la mentalité propre des peuples autochtones et leur conscience toute particulière de leurs propres terres. Il est de fait bien plus correct de dire que les Européens sont arrivés invasivement sur ce continent.
Ce qui est généralement référé à la doctrine de la découverte pourrait en fait être appelée de manière bien plus juste et précise la doctrine de l’arrivée européenne, mieux même: la doctrine de l’invasion européenne chrétienne.

[…] Le pouvoir d’octroyer des terres en possession des Indiens a déjà été exercé précédemment par les nations européennes, nous dit le juge suprême Marshall. Ainsi toutes les nations d’Europe qui ont acquises des terres sur ce continent ont reconnu pour elles-mêmes et on reconnu pour les autres, le droit exclusif des découvreurs chrétiens de s’approprier les terres occupées par les Indiens.

Les Etats-Unis ont-ils adopté la doctrine de la découverte ?

Les Etats-Unis ont-ils adopté ou rejeté le principe de la découverte ?” avait demandé Marshall. En répondant à cette question, le juge de la cour suprême des Etats-Unis suggéra qu’au traité de Paris de 1783 (qui mît fin à la guerre d’indépendance des Etats-Unis), la Grande-Bretagne avait transféré son assertion de domination ultime aux Etats-Unis et que lorsque ce transfert eut lieu, les Etats-Unis commencèrent à utiliser les mêmes arguments que ceux de la découverte chrétienne pour assumer leur propre affirmation de domination sur les territoires indiens de l’Amérique du Nord (NdT: n’oublions pas que le Canada n’existait alors pas, il fut “officiellement” créé en 1867). Ceci fut fait sur la base de cette affirmation de “dominion” ou de “droit de prendre possession”, a dit Marshall, que les Etats-Unis affirmèrent subséquemment avoir le pouvoir et le droit de donner, distribuer les terres qui étaient toujours habitées et en possession légitime des nations indiennes. De surcroît, les Etats-Unis refuseraient de reconnaître que les Indiens possédaient quelque droit que ce soit qui pourrait être en conflit et leur permettre de contrôler la terre à l’encontre des Etats-Unis.

[…] Ainsi, les institutions des Etats-Unis reconnaissaient que la “couronne” britannique avait le titre (complet) et absolu sur les terres et comme il ne peut y avoir qu’un seule titre de propriété “absolu” pour la même chose au même moment, Marshall en conclût alors que les titre des Indiens était moins qu’absolu, et donc moins que “complet”. De l’opinion de la Cour suprême, comme le titre indien n’était pas un titre de dominion/domination, il n’était “juste” qu’un droit “d’occupation des sols” sujet à la domination des premiers “découvreurs” européens chrétiens ou sujet à la “domination” du successeur politique et légal de ces premiers découvreurs, à savoir, les Etats-Unis. […]

Règles de la conquête

Le juge Marshall expliqua que la cour ne faisait qu’appliquer aux Indiens les règles coutumières de la conquête:

La conquête donne un titre que les tribunaux du conquérant ne peuvent pas nier, quelque soit l’opinion privée et spéculative des individus, respectant l’affirmation de justice originale qui a été correctement évaluée. Le gouvernement britannique qui était alors notre gouvernement et dont les droits furent passés aux Etats-Unis, avait affirmé le titre des terres occupées par les Indiens au sein des limites établies par les chartes des colonies britanniques. […] Le titre de propriété de la très vaste portion des terres que nous possédons, y a son origine. Il n’est pas du ressort des tribuanux de ce pays de mettre en question la validité de ce titre, ou d’en soutenir un autre qui lui serait incompatible.

[…] Puis Marshall se lance dans une analyse de la conquête et du rôle du conquérant donnant la fausse impression qu’il appliquait ces règles de la conquête aux Indiens:

Le titre [de propriété] par conquête est acquis et maintenu par la force. Le conquérant en prescrit les limites. […] Le plus souvent, les conquis sont assimilés et incorporés dans la nation victorieuse et deviennent sujets ou citoyens du gouvernement avec lequel ils sont connectés. […]”

Utilisant une mauvaise et fausse description des Indiens comme étant de “féroces sauvages”, Marshall poursuivit pour expliquer pourquoi il était impossible d’appliquer les règles ci-dessus à la conquête des Indiens:

Mais les tribus indiennes habitant ce pays étaient féroces et sauvages, leur occupation était la guerre et leur subsistance dépendait principalement de la forêt. Les laisser en possession de leur pays était laisser le pays à l’état sauvage ; les gouverner en tant que peuples distincts était impossible, parce qu’ils étaient aussi braves et hautement motivés qu’ils étaient féroces et étaient totalement prêts à repousser par les armes toute tentative sur leur indépendance.” […]

Ce fut Marshall lui-même qui, au nom de la cour suprême des Etats-Unis, utilisait le verdict de l’affaire Johnson comme une opportunité pour suggérer une règle nouvelle et totalement différente de la conquête, que les Etats-Unis pourraient utiliser contre les nations indiennes. Quelle fut cette nouvelle règle suggérée par Marshall ? Simplement celle-ci:

Quoi qu’extravagante puisse paraître la prétention de convertir la découverte d’un pays habité en sa conquête, si le principe a été établi en première instance, puis maintenu subséquemment, si un pays a été acquis sous ce principe, si la propriété de la vaste masse de la communauté a ce principe pour origine, alors ce principe devient la loi de la terre et ne peut pas être mis en question.

[…] Marshall reconnait librement qu’une telle prétendue conquête puisse paraître “extravagante” et même être hors du raisonnable. Et pourtant, il dit aussi qu’il peut être possible de justificer cette prétention à la conquête pour plusieurs raisons: d’abord si la conquête prétendue a été établie au préalable puis maintenue, secondo, si le pays a été acquis sur la base de cette prétention de conquête et tertio si la propriété de la vaste masse de la communauté a pour origine la prétendue conquête. Alors la conquête devient la loi et ne peut plus être questionnée.

Ainsi, les Etats-unis prétendraient que les nations indiennes sont les habitants “conquis” de ce continent et qu’elles ne possèdent pas de droit de dominion sur leur propres terres ancestrales, ainsi menant à la “conclusion” que le “titre absolu de propriété” du sol était en possession des premiers chrétiens foulant cette terre ou des successeurs politiques et légaux de ces premiers chrétiens. La théorie résultante de “l’occupation païenne” veut dire que les nations indiennes étaient vues par les Etats-Unis comme ne possédant ni la domination ni le titre absolu des terres du continent et seraient ainsi vues comme étant incapables de transférer le titre absolu à d’autres. Sur cette base, la cour suprême a décidé que les titres de propriétés de la terre détenues par des entreprises étaient nuls et non avenus, car les Indiens n’avaient que le titre d’occupation des sols a vendre dans la mesure où les achats privés de terres aux Indiens n’étaient pas considérés comme valides.. La cour considéra les titres opposés être valides, mais neeanmoins contre le don de terre des Indiens, car cela résultait d’un don des Etats-Unis, qui de manière supposée détenaient le titre de propriété absolu par droit de découverte et de domination chrétienne.

[…] Ainsi de par notre analyse du verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh, nous avons documenté que le concept de découverte comme il est utilisé dans le verdict de l’affaire Johnson veut dire découverte par le peuple chrétien de terres habitées par des “natifs”, qui sont des “païens”. Il s’ensuit que nous pouvons caractériser avec précision la nouvelle règle du juge Marshall comme:

  • Une affaire de prétendre qu’une simple découverte de terres habitées par des “païens” par les chrétiens, était la même chose que la “conquête” desdits “païens”.
  • Que ce prétendu évènement de la découverte a résulté dans la présomption que les Européens chrétiens possédaient automatiquement le “dominion/la domination” ultime sur les peuples indigènes et leurs terres.

Cette règle de prétendue conquête est fondée sur le pouvoir cognitif de l’assomption. Après tout, un des sens du mot “assumer” est … “prétendre”, un autre est “d’approprier ou de s’arroger” comme dans “assumer le droit de ou sur…” Ainsi le verdict de l’affaire Johnson démontre clairement la capacité des officiels du gouvernement des Etats-Unis, comme John Marshall le haut fonctionnaire magistrat, d’imaginer que les Etats-Unis possèdent le “pouvoir plénier” sur les nations indiennes et de clâmer, sur la base de la découverte (chrétienne), un droit de s’approprier les terres indiennes et les ressources naturelles de ce continent pour le bénéfice économique exclusif des Etats-Unis. Par là donc, le verdict dans l’affaire Johnson assume, sur la base d’une règle de prétendue conquête et d’une distinction entre “les peuples chrétiens” et les “païens”, que les Etats-Unis ont le droit de coloniser un continent entier. De l’opinion de la Cour Suprême des Etats-Unis, cette “nouvelle règle” établie est devenue la loi de la terre.

L’écriture de Marshall dans le rendu du verdict de la cour suprême dans l’affaire Johnson contre M’Intosh (1823) est véritablement ingénieux et d’un point de vue indigène, quelque peu diabolique. Il a utilisé la religion chrétienne et le nationalisme chrétien, combinés avec les pouvoirs cognitifs de l’imagination et de l’assomption, pour construire une réalité subjugatrice pour les Indiens d’Amérique du Nord. Plus de 180 ans après que Marshall eut écrit noir sur blanc le rendu du verdict de l’affaire Johnson au nom d’une cour suprême unanime, cette réalité subjugatrice sert toujours de pierre angulaire pour la loi et la politique fédérale indienne. Clairement, la doctrine de la prétendue conquête chrétienne de John Marshall et sa doctrine du prétendu titre chrétien absolu (titre foncier ultime des Etats-Unis) sont deux aspects brillants et néfastes de son héritage judiciaire.

Chapitre 9: Le processus mental de la négation

En catégorisant les peuples indigènes comme païens, le juge Marshall les conceptualisait en termes de ce qu’ils n’étaient pas!

Ceci est un exemple d’assigner les peuples indigènes une catégorie de négation fondée sur un MCI chrétien, qui du point de vue chrétien, suggère inconsciemment tout ce qui est positif, bon et totalement humain. Au contraire, de la même perspective, la catégorie des “païens” sert une fonction cognitive tacite d’un jugement fondé sur la négation: non chrétien, mauvais, négatif, incivilisé, pas totalement humain. A ce titre, le fait d’être “païen” » peut tout aussi bien vouloir dire “ne pas exister”, comme nous le verrons plus loin.

[…]

Res Nullus

James Truslow Adams identifia un tel processus mental de négation lorsqu’il écrivit: “Un païen était considéré comme nullus, de cette façon sa propriété n’avait pas de propriétaire, ainisi le sol américain pouvait être approprié par qui que ce soit la trouvait en premier.” Quelqu’un qui est classifié comme non-existant est, du point de vue de celui que l’a classifié de cette façon, le propriétaire de rien du tout. Ainsi la catégorie “nullus” a servi de but pour assigner mentalement les peuples indigènes dans la catégorie des politiquement inexistants sans concept de nation indépendante contre les nations chrétiennes européennes.

Le terme nullus est dérivé du latin null voulant dire “rien, aucun, invalide et nul (et non avenu)”. Le terme “vide, nul” est dérivé du latin vacuum signifiant “vide”.

[…] Ces processus mentaux étaient empruntés de la Rome antique et de la loi, du droit romains. Un des aspects du droit romain voulait qu’à la déclaration des hostilités, les terres ennemies soient déclarées “nullius” ou “sans propriétaire”. L’ennemi des Romains étaient déclaré n’être “personne” (dans le sens d’inexistant), ce qui voulait dire politiquement inexistant pour l’empire romain. Cet art mental de la guerre rendait subtilement les terres ennemies “vacantes” et donc “ouvertes” à la possession.

Le processus romain pour prendre possession des terres ennemies était connu sous le nom d’ “occupatio” dans le droit romain, ce qui voulait dire occupation de la terre.

Ceci voulait dire “prendre possession d’une terre qui n’appartient à personne et de s’en approprier le titre de propriété.” Le terme romain était “res nullius”, qui avait deux façons de voir la chose: “La propriété n’avait jamais eu de propriétaire et la propriété n’avait plus de propriétaire au moment de l’appropriation”.

[…] D’après Henry Sumner Maine, nous avons le concept romain d’occupatio référant à “l’occupant qui prit possession en premier lieu” ou de “terres nouvellement découvertes”. En accord avec Maine, l’occupatio romain incluait les droits complets de domination, alors que d’après conception de la cour suprême des Etats-Unis, le titre indien d’occupation des sols n’incluait pas la domination/dominion.

[…] Le juriste Hinsdale identifia une connexion directe entre le principe de droit romain de res nullius et le verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh, mais avec une connotation religieuse comme nous l’allons voir. […] Hinsdale nota que Maine ne vit pas “que l’application de la doctrine du droit romain au Nouveau Monde des XVIème et XVIIème siècles fut faite par le moyen d’une nouvelle définition de nullus.” En d’autres termes, d’après la lecture d’Hinsdale de Francis Lieber, la signification de la doctrine légale pré romano-chrétienne de nullus, fut changée pendant le soi-disant Âge de la Découverte.

Hinsdale commença son explication de la nouvelle signification de res nullius en notant que “les puissances maritimes de l’époque n’ont pas reconnu les sauvages comme leurs ennemis ni plaidé les droits du conquérant en relation avec leurs prises de terres à l’Ouest.” Hinsdale dit que le juge Marshall pensait que “les possessions anglaises en Amérique ne furent pas assumées en tant que droit de conquête mais par le droit de ‘découverte’ et que ceci fut également le fondement des prises de possession des autres puissances qui se divisèrent le Nouveau Monde.

[…] Développant sur ce point Hinsdale continua:

De manière pratique, la découverte, lorsque consommée par la prise de possession, était conquête, mais théoriquement, c’était quelque chose de très différent. Un ennemi défait dans la bataille était ‘nullus’ d’après le droit romain, mais une autre définition, une plus amène avec la mentalité de l’époque, fut alors adoptée. Cette définition fut fournie par l’église catholique apotholique et romaine.

La nouvelle définition de ‘nullus’ était, un païen, infidèle, incroyant ou une personne non-baptisée. “Le paganisme, qui voulait dire non-baptisé’, dit Dr. Lieber, “retire à l’individu ces droits qui sont une véritable moralité juridique inhérente à chaque être humain.” […] Ainsi cette définition concède que res nullius est la propriété de celui qui découvre, qu’un infidèle est nullus, que le sauvage américain est un infidèle et que l’argument est ainsi complété. Que l’église, dont un des grands devoirs et de protéger le faible et le vulnérable, ait suppléé la moitié de la logique qui a justifié de la ruine et de la mise en esclavage des païens, est une des grandes anomalies de l’histoire.

[…] Ainsi Hinsdale décrivit un processus mental dans lequel nos ancêtres natifs étaient métaphoriquement conceptualisés sur la base (exclusive) de la religion chrétienne, comme étant des païens, des infidèles ou des sauvages non-croyants.

[…] En accord avec ce cadre de réflexion, en catégorisant nos nations natives respectives comme politiquement inexistantes, soit partiellement, soit entièrement, pour manque de baptême chrétien, quelques penseurs chrétiens européens, comme l’a montré Hinsdale, ont étiqueté les terres ancestrales des nations indigènes comme étant “terra nullus”, ou terres vacantes sur lesquelles les chrétiens pouvaient dès lors légitimement affirmer leur “dominion/domination”. Et bien que Francisco de Victoria, qui est considéré comme le père fondateur de la “loi internationale” ou “loi des nations”, fut de l’opinion que les non-chrétiens étaient des humains qui avaient le droit à la liberté, la propriété et à la domination territoriale, ceci ne fut pas le chemin conceptuel suivi par la cour suprême des Etats-Unis dans son verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh en 1823.

Occupation païenne et dominion chrétien

Marshall a dit dans le verdict de l’affaire Johnson que du point de vue de la Grande-Bretagne, “il n’y avait pas de disticntion entre les terres vacantes et les terres occupée par les Indiens.” Pourquoi ? parce que comme Francis Lieber l’avait fait remarquer, d’une perspective chrétienne européenne, les peuples qui n’étaient pas baptisés étaient vus comme manquant “ces droits qu’une véritable moralité juridique considère inhérents à chaque être humain.” Sur cette base conceptuelle et malgré quelques caractéristiques “humaines” que les chrétiens européens considéraient les peuples indigènes avoir, ceci n’empêcha pas un empire chrétien européen de “découvrir” et de clâmer une domination totale sur les nations indigènes et leurs terres.

En catégorisant nos ancêtres comme étant païens et infidèles, les chrétiens européens catégorisaient également nos ancêtres comme moins qu’humains, pareils à des monstres.

[…] Il convient ici de noter que la loi internationale est dite ne s’appliquer qu’à la catégorie unique des croyants de la chrétienté. Ainsi, la loi internationale de la chrétienté et son principe de loi d’occupatio était l’acte de chrétiens ou d’une puissance chrétienne clâmant le droit de prendre possession des terres habitées par des peuples indigènes décrétés par les Européens chrétiens comme étant des païens, des monstres ou moins qu’humains.

[…] Dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson, un “prince ou peuple chrétien” avait “dominion” par droit de “découverte”, mais les “païens” n’avaient aucun droit.

Comme l’a également dit le juge Joseph Story dans son interprétation du verdict de l’affaire Johnson: “En bien des cas, les Indiens furent traités comme des communautés indépendantes, libres de se gouverner elles-mêmes, aussi longtemps que cela n’interférait pas avec les droits primordiaux des Européens découvreurs du continent.

Les Européens chrétiens s’approprient mentalement les nations et territoires indigènes

Avant l’invasion européenne chrétienne du continent, les nations indigènes étaient physiquement et mentalement libres et indépendantes des idées et du jugement de la chrétienté. Une autre façon de dire ceci serait de dire qu’avant la venue des Européens chrétiens sur ce continent avec leur intention de conquérir et de subjuguer, ils n’avaient absolument aucun contrôle des peuples et nations indigènes de l’endroit et ce sur tout le continent des Amériques. Ainsi donc, d’une perspective indigène, l’existence libre et indépendante des nations indigènes peut-être vue comme la base de toutes discussions sur l’existence même des Indiens des Amériques. Le système conceptuel de la loi et de la politique fédérales indiennes est fait pour nier cette réalité de base en prétendant que dès le premier moment où les Européens chrétiens ont posé les yeux sur le continent, l’esprit européen a pris possession de l’existence des peuples et nations indigènes.

[…]

Pourquoi les nations et peuples Indiens continuent d’être légalement libres

[…] Qu’est-ce qui a causé les peuples et nations indigènes de cesser d’être légalement libres et indépendants ?

La réponse est: rien ! Les peuples et nations indigènenes continuent jusqu’à ce jour d’être légalement libres et indépendants des Etats-Unis et de toute activité mentale des officiels et fonctionnaires du gouvernement fédéral. Néanmoins, la loi fédérale indienne est fondée sur l’assomption que le gouvernement des Etats-Unis possède une autorité plénière et une domination légitimes sur les nations amérindiennes sur la seule base de la “prétention extravagante” que le peuple chrétien a découvert des terres païennes pendant la période du soi-disant Âge de la Découverte.

[…] Comme ce livre l’a clairement démontré, le double modèle cognitif idéalisé (MCI) du conquérant et du peuple élu sur la terre promise ont fourni la base pour prétendre qu’une simple présence mentale et physique des Européens chrétiens sur le continent causa le fait que les peuples et nations indigènes ne sont plus libres. Ce point de vue repose sur la présomption suivante:

Dès que les Européens chrétiens eurent envahi l’espace territorial de non-chrétiens, les dits non-chrétiens cessèrent immédiatement d’avoir une “indépendance parfaite”. Pourquoi ? Parce que les païens et les nations païennes doivent respecter la volonté de dieu comme exprimée dans la Génèse 1:28 de l’Ancien Testament. En d’autres termes, c’est par la “volonté de dieu” que les chrétiens exercent et maintiennent une suprématie sur les non-chrétiens en les subjugant et en exerçant une domination sur la terre et tout autre être vivant.

En se présumant inconsciemment comme ayant un droit de pouvoir mental et de jugement sur des “païens”, les chrétiens furent capables de juger les Indiens comme n’étant plus autorisés à continuer de vivre librement et indépendamment. Sur la base d’un point de vue biblique disant qu’au peuple élu est providentiellement assigné la tâche de subjuguer la terre et d’exercer la domination sur tout être vivant, les chrétiens se considèrent comme étant un peuple choisi divinement et obligé de “sauver” les païens en les subjugant, ce qui de manière euphémiste est référé comme étant les “civiliser”. Ceci devait être accompli en scindant les nations païennes pour ensuite convertir les membres de ces nations au christianisme, pour que chaque chrétien individuellement se retrouve soit sujet d’une monarchie européenne ou citoyen d’un état chrétien européen par le biais d’une assimilation progressive. C’est de ce point de vue que les païens sont destinés par dieu à être sauvés et réduits dans la civilisation chrétienne européenne.

Chapitre 10: La théorie des nations chrétiennes: cachée à la vue de tous

[…] Dans son petit livre très utile “Les droits des Tribus Indiennes” (Illinois University Press, 1992), Stephen L. Pevar écrivit: “Bien des gens questionnent le droit du gouvernement fédéral de gouverner les Indiens et croient que les nations indiennes n’ont pas perdu leur indépendance. Le gouvernement des Etats-Unis n’est pas du tout d’accord avec ceci et ses tribunaux ont maintenus de manière consistante le pouvoir du gouvernement fédéral sur les Indiens et son droit de pouvoir intervenir dans leurs affaires.” En soutien de ses commentaires, Pevar cita le verdict de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire Worcester contre l’état de Georgie en 1832 et quelques autres verdicts de cours suprêmes. Il dit alors:

Pour bien des raisons, le congrès pourrait bien avoir tort en présumant qu’il a le droit de gouverner les Indiens. Pour les personnes intéressées à suivre ce sujet, il y a pas mal de sources qui peuvent être consultées. En toute probabilité quoi qu’il en soit, le gouvernement fédéral continuera à exercer son pouvoir sur les nations et tribus indiennes et ce livre rend compte de cette assomption. Le vieil adage qui dit que ‘la force donne le droit’ contrôle la relation entre les Indiens et les Etats-Unis. Le gouvernement fédéral ne leur permettra jamais de vraiment s’auto-gouverner, il ne leur rendra pas non plus leurs terres.” … Pevar identifia également une autre théorie qu’il assure les Etats-Unis avoir utilisé pour justifier de l’assomption du contrôle fédéral sur les Indiens. Une des manières par laquelle la cour suprême a justifié d’un tel contrôle a dit Pevar “est une règle de la loi internationale qui déclare que la découverte et la conquête donnent au conquérant la souveraineté sur la propriété foncière des terres ainsi obtenues.” La citation est directement empruntée du verdict de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire des Indiens Tee Hit Ton contre les Etats-Unis (1955). En d’autres termes: “Aux vainqueurs le butin”. Puis citant le verdict de Johnson contre M’Intosh, Pevar nota que la cour suprême avait décidé “Qu’en vertu de la ‘découverte’ de l’Amérique du Nord par les Européens et la ‘conquête’ de ses habitants, le gouvernement fédéral est autorisé à forcer ses lois sur les personnes et les propriétés au sein des Etats-Unis.

[…] Ce livre a déjà présenté un grand nombre de preuves démontrant la base religieuse de l’assertion par les Etats-Unis d’une autorité sur les peuples et nations indiens du sous-continent… La théorie des nations chrétiennes est une théorie cachée et pourtant officielle développée par les hauts fonctionnaires du gouvernement des Etats-Unis pour expliquer comment les nations indiennes passèrent de libres et indépendantes à être regardées comme être sujettes à l’autorité gouvernementale ultime des Etats-Unis.

En 1835, juste un an avant la publication des “Elements de la loi internationale” de Henry Wheaton, le juge John Catron (sur la base du verdict de l’affaire Johnson) déclara que les Etats-Unis avaient le droit de physiquement forcer les Indiens à être obéissants, ceci basé sur la loi internationale de la chrétienté ou “Loi des Nations”. Cent ving ans après que Catron ait publié son verdict dans l’affaire de l’Etat du Tennessee contre Foreman, le juge de la cour suprême Stanley Reid, écrivant pour une cour majoritaire, utilisa une ligne de raisonnement similaire dans le verdict de l’affaire Tee Hit Ton contre les Etats-Unis, pour affirmer que la découverte chrétienne avait donné aux nations chrétiennes la souveraineté sur la propriété de et le titre de propriété sur les terres indiennes païennes. (NdT: ceci remonte à 1955 et non pas au déluge !!…)

Nous pouvons examiner un extrait du juge Catron dans son rendu de décision de l’affaire l’État du Tennessee contre Foreman. Le juge Catron fut plus tard nommé à la cour suprême des Etats-Unis par le président Andrew Jackson (NdT: sans doute le plus ouvertement raciste de tous les présidents des Etats-Unis…):

Nous maintenons que le principe déclaré au XVème siècle comme ‘loi de la chrétienté’ disant que la découverte donnait la permission d’assumer la souveraineté sur et de gouverner les peuples natifs non convertis (au christianisme) d’Afrique, d’Asie et des Amériques du Nord et du Sud, a été reconnu comme partie de la loi internationale (ou loi des nations), depuis plus de quatre siècles et que ceci est maintenant reconnu par toutes les puissances chrétiennes dans leurs départements politique et judiciaire […] Notre assertion est fondée sur le droit de coercition. Ceci peut-être dénoncé par les moralistes. Notre réponse à cela est que ceci est la loi de la terre. Sans cette assertion et sa mise en place drastique et vigoureuse, nos ancêtres n’auraient jamais pu habiter ce continent. Abandonner ce principe maintenant, serait admettre qu’ils n’étaient que des usurpateurs injustes et que nous-mêmes, succédant à leur autorité usurpée et assertion nulle et non-avenue de posséder et de gouverner le pays, devrions en toute honnêteté l’abandonner, retourner en Europe et laisser les parties subjuguées revenir à l’état sauvage et les terres redevenir des terrains de chasse.

Ci-dessus donc, nous trouvons le juge Catron disant que, durant l’Âge de la Découverte, c’était la Loi de la Chrétienté qui donnait aux puissances chrétiennes “découvrant” de “nouvelles terres” le droit “d’assumer la souveraineté sur et de gouverner les natifs païens non-convertis, non-baptisés et non-chrétiens.” Donc Catron, pour la cour suprême de l’état du Tennessee, a non seulement affirmer que les puissances chrétiennes avaient “le droit de coercition pour l’obéissance” sur les nations indigènes non-chrétiennes, mais encore que ce droit religieux de coercition est validement exercé par le gouvernement des Etats-Unis et est en quelque sorte devenu “la loi de la terre” dans ce pays. Cette théorie au fondement religieux de ce nationalisme chrétien expliqua comment les nations indigènes passèrent de manière supposée à l’état de liberté et d’indépendance à celui d’être considérées sujets de la domination ultime par l’autorité gouvernementale des Etats-Unis et de ses hauts-fonctionnaires. Le juge Catron écrivit ceci dans son rendu du verdict de l’affaire l’état du Tennessee contre Foreman juste 12 ans après que le juge Marshalleut écrit son compte-rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh.

[…] De plus, en 1955, le verdict de la cour suprême des États-Unis dans l’affaire Tee Hit Ton Indians contre les Etats-Unis, déclara pour la majorité de la cour qu’”un groupe identifiable d’Amérindiens appartenant à la tribu Tlingit des Indiens d’Alaska… n’était pas recevable de quelque compensation que ce soit sous le 5ème amendement de la constitution pour la prise par le gouvernement des Etats-Unis de bois sis sur les terres d’Alaska près du parc national du Tongass, forêt qui appartiendrait aux Indiens Tee Hit Ton.” Le juge Stanley Reed délivra l’opinion de la cour et écrivit ceci sous le libellé de “Titre Indien”:

“[…] Après la conquête, les Indieins furent autorisés à occuper des portions de territoire sur lesquelles ils avaient auparavant exercé une ‘souveraineté’. Ceci n’est pas un droit de propriété mais correspond à un droit d’occupation des sols que le souverain accorde et protège contre l’intrusion de tierces parties, mais ce droit d’occupation peut-être annulé et ces terres pourraient être approriées par le souverain lui-même sans aucune obligation légale et applicable de compenser les Indiens de quoi que ce soit.

Le passage ci-dessus fut écrit avec le modèle du conquérant en tête et sur la base de la présomption que les Amérindiens sont des sujets des processus mentaux des hauts-fonctionnaires du gouvernement fédéral américain. L’expression “après la conquête” est de ce fait très significative.

[…] Ainsi donc la cour suprême semblait vouloir dire qu’après la conquête du sub-continent nord-américain, les Indiens ne furent capables de continuer à occuper les sols de leurs terres ancestrales que si les blancs le leur permettaient.

[…] Ainsi ce fut la vision et l’avis de la cour suprême dans l’affaire des Indiens Tee Hit Ton en suivant les modèles du conquérant et celui du “peuple élu-terre promise”, que la “découverte chrétienne” et la “conquête chrétienne” avaient donné aux “conquérants chrétiens” la souveraineté sur et les titres des terres habitées par ce que Wheaton appelait “les nations païennes des autres quartiers du monde”. Sur cette base, comme le nota le même Wheaton, les droits indiens étaient dits être “subordonnés à ceux des premiers découvreurs chrétiens.” Ceci donc, est une explication plus complète et plus explicite de la théorie des nations chrétiennes qui est en permanence sous-jacente à la loi fédérale indienne, une théorie que la plus grande partie des universitaires et érudits d’aujourd’hui choisissent de totalement ignorer et de laisser en dehors de tout commentaire sur le sujet.

Dans la dernière partie, nous verrons quelle conclusion apporter, celle de Steven Newcomb dans son ouvrage et la notre…

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ 3ème partie ~

Posted in actualité, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 24 mars 2015 by Résistance 71

“La propriété c’est le vol !”

 “Si la propriété est un droit naturel, absolu, imprescriptible et inaliénable, pourquoi donc de tout temps y a t’il eu tant de spéculation sur son origine ?…

Le droit d’OCCUPATION, du PREMIER OCCUPANT, est ce qui résulte de la possession réelle, actuelle et physique d’une chose. J’occupe un lopin de terre, la présomption est donc que j’en suis le propriétaire jusqu’à ce que le contraire soit prouvé […] Grotius nous dit: ‘originellement, toutes choses étaient communes et indivisées, elles étaient la propriété de tous.’ La propriété est fondée en premier lieu sur la guerre et la conquête, puis sur des traités et des accords… Ces traités furent imposés aux plus faibles par les plus forts et dans ce cas ils sont nuls et non avenus… ainsi vivons-nous un état permanent d’iniquité et de fraude.”
~ Pierre Joseph Proudhon,“Qu’est-ce que la propriété ? 1840~

 

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ 3ème partie ~

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Chapitre 7: Johnson contre MacIntosh

L’affaire Johnson & Graham’s Lessee contre McIntosh n’a en fait pas du tout impliqué directement des Amérindiens. L’affaire fut portée devant la justice pour régler une “dispute” entre non-Indiens. Les deux parties clâmant avoir des droits et des doléances rivaux sur la même parcelle de terre dans l’état de l’Illinois. Les évènements initiaux qui menèrent au litige commencèrent juste avant la guerre d’indépendance des Etats-Unis, lorsque deux entreprises immobilières: l’Illinois Land Company et la Wabash Land Company, achetèrent de grosses parcelles de terre aux Indiens. La première vente de terres eu lieu en 1773, lorsque l’Illinois Land Company acheta des terres aux Indiens Illinois (autrement connus sous le nom de Wabash). La seconde vente eu lieu en 1775, lorsque la Wabash Land Company acheta des terres aux Indiens Piankeshaw (autrement connus sous le nom de Kaskaskias). Quatre décennies plus tard, en 1818, le gouvernement des Etats-Unis vendît 4800 Ha de terre à un certain William McIntosh, terres sises dans ce qui devint l’état de l’Illinois. Les terres achetées et occupées par McIntosh étaient dites inclues “dans les limites des terres de l’achat des terres de 1775 aux Indiens Piankeshaws”. Le problème à résoudre pour les différents tribunaux fut celui de savoir qui avait un titre de propriété prédominant sur les terres. Était-ce les compagnies immobilières (qui fusionnèrent après les achats originaux) ou William McIntosh, qui avait acheté sa terre des Etats-Unis ?

L’affaire impliquait tout un tas d’autres questions tangentielles toutes plus intéressantes les unes que les autres comme: Qu’est-ce qu’un titre de propriété ? Quel type de titre de propriété possédait les Indiens en première instance ? Lorsque des sujets britanniques, que ce soient des personnes privées ou des entreprises commerciales, achetaient des terres des nations indiennes, quel type de titre de propriété recevaient alors les acheteurs sujets britanniques ? Est-ce que les spéculateurs fonciers non-indiens qui achetèrent des terres aux Indiens avant l’existence des Etats-Unis d’Amérique, reçurent un titre de propriété valide aussi loin que soient concernées les tribunaux des Etats-Unis ? D’un autre côté, quel type de propriété reçurent les Etats-Unis des Indiens, lorsque le gouvernemnt fédéral acheta leurs terres par traités ? Et lorsqu’il en vint à une concurrence légale entre les anciens sujets britanniques (ou leurs héritiers) qui avaient acheté les terres directement aux Indiens avant que les Etats-Unis ne soient même formés et quelqu’un qui acheta plus tard ces mêmes terres du gouvernement fédéral des Etats-Unis, laquelle des deux parties, de l’opinion de la cour suprême de justice des Etats-Unis, possédait un titre de propriété supérieur à faire valider ?

[…] En conclusion du rendu de la décison de la cour suprême que le juge Marshall écrivit au nom d’une cour unanime, il dit que chaque société a le droit “de prescrire ces règles par lesquelles la propriété peut-être acquise et préservée” et que ce droit ne peut pas être remis en question. La cour en l’occurence a pris sa décision dans cette affaire avec la présomption que les Etats-Unis en tant que société possèdent un droit inquestionable d’établir ses propres règles en regard de l’achat et du maintien de la propriété […]

Le juge Marshall a aussi admis que la cour avait atteint son verdict dans l’affaire Johnson sur la base de concepts injustes, ou sur une injustice, aussi loin que le droit des Indiens soit concerné. De l’opinion de la cour suprême, ce fut la prérogatives des Etats-Unis que de gérer l’affaire Johnson de cette manière et que la cour ne questionnerait pas le droit du gouvernement des Etats-Unis de le faire. Ci-dessous, nous allons voir ce que voulait dire le juge Marshall lorsqu’il se référait à des principes “autres que ceux de la justice abstraite”, à savoir la “découverte” et la “découverte chrétienne”.

L’injustice qui fut appliquée par la cour suprême envers les nations indiennes a tout a voir avec le fait que la cour catégorisa les nations de la manière “nations civilisées” et “nations non-civilisées”. Au tout début de son rendu, le juge Marshall dit que les “nations civilisées” (c’est à dire les nations européennes) possédaient “l’indépendance parfaite”… En vertu de la reconnaissance par la cour que les nations européennes était à la fois des “nations” et qu’elles étaient “civilisées”, la cour leur reconnaissait “l’indépendance parfaite” et la “parfaite souveraineté”.

Au contraire des nations indiennes, qui étaient elle qualifiées par la cour comme “n’étant pas civilisées”. Comme seules les “nations civilisées” chrétiennes européennes étaient reconnues posséder “l’indépendance parfaite”, cela signifiait que les nations indiennes “non-civilisées” étaient reconnues comme ayant un “indépendance imparfaite” et donc de ne pas être indépendantes. Comme nous le verrons plus loin, la cour suprême des Etats-Unis a décidé avec son verdict dans l’affaire Johnson contre M’Intosh que l’indépendance des nations indiennes avait été “diminuée” par la “découverte” du continent par les Européens chrétiens. […]

L’âge de la découverte dans le verdict de l’affaire “Johnson contre McIntosh”

Marshall ouvrit le corps du rendu de justice du verdict de l’affaire Johnson avec la discussion suivante concernant la découverte:

A la découverte de cet immense continent, les grandes nations d’Europe s’empressèrent de s’approprier pour elles-mêmes le plus possible de terres qu’elles purent respectivement acquérir. Cette grandeur de territoire offrait un énorme champ pour l’ambition et l’entreprise de tous ; de plus le caractère et la religion de ses habitants fournissaient une bonne excuse pour considérer les Indiens comme un peuple sur lequel le génie supérieur de l’Europe pouvait affirmer une ascendance.

[…] Les nations européennes avaient justifié leur affirmation de domination (“plus haut pouvoir”) sur le continent basée sur le caractère et la religion des Indiens (“païen”). Considérant que durant l’âge de la découverte, l’Europe occidentale était connue sous le nom de “Chrétienté” (où le christianisme prévaut ou a subjugué avec succès le paganisme), la déclaration de Marshall disant que les Européens avaient affirmé “une ascendance” sur le continent basée sur la religion ne peut-être interprêtée que comme faisant référence au christianisme et au fait que les peuples indigènes n’étaient pas chrétiens. La cour suprême de l’état du Tennessee fournit aussi plus tard, en 1826, une explication similaire dans son verdict de l’affaire Cornet contre Winton:

Pour avoir une vision correcte des règles adoptées et appliquées aux affaires indiennes lorsque des dons furent faits par les rois d’Angleterre sur les terres d’Amérique du Nord, nous devons regarder les opinions qui prévalaient à l’époque en matière de religion. Les pères spirituels de la chrétienté dictèrent la croyance des gens et assumèrent un énorme pouvoir sur ce passage des écritures saintes trouvé dans Matthieu 16:18. En tant que successeur de St Pierre, son don des pays infidèles était considéré scellé dans les cieux et bien entendu, dans la conscience même des chrétiens. Les ténets indiscutables de ceci furent écrit par Lord Coke de Colvin (sic) disant que tous les infidèles sont nos ennemis perpétuels de droit, car il existe une perpétuelle hostilité entre eux, possédés par quelques diables que ce soit et les chrétiens. La vieille loi des nations n’avait pas alors été estompée par la moderne, en ce qui concerne leur conduite envers les pays infidèles. Ce fut pratiqué par toutes les nations de l’antiquité: les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Romains et par les Israélites sous les auspices de Moïse et de Joshua. En accord avec ce qui était permis, ils extirpèrent les habitants des pays qu’ils envahirent, les expulsant de leurs logis ou les tuant ou les réduisant en esclavage, au mieux de leurs intérêts du moment. C’est avec ces opinions religieuses et cette loi des nations pour gouvernement que les Espagnols s’en vinrent aux frontières du Mexique, en possession d’un don qui leur avait été donné par le dépositaire suprême des biens terrestres (le pape), par lequel la totalité du continent des Amériques fut faite sujette de leur domination. Ils appelèrent les nations indigènes à renoncer à leurs erreurs et à la religion de leurs ancêtres afin d’embrasser la seule et unique foi ou de s’abandonner ainsi que leur pays au gouvernement des nouveaux venus. Sous cette loi des nations, ils importèrent des esclaves d’Afrique et consignèrent leurs prisonnier et leurs descendants à un esclavage perpétuel.

Sous ces auspices fut imbriquée la domination européenne sur le sol et les corps des humains, dans les codes de la jurisprudence américaine. Ceci fut tenu pour un titre légal de la plus haute authenticité à travers tout le monde chrétien.

Ainsi, malgré la présence de dizaine de millions d’autochtones vivant déjà au préalable sur ce continent, on nous dit que les monarchies de la chrétienté occidentale ont assumé le droit de régner sur les terres de ce continent “d’en haut” (projection métaphorique de “l’ascendance” décrite…). Marshall a écrit que les Européens ont utilisé le “caractère” indien (sauvage) et la “religion” (païenne ou infidèle, incroyant) comme justification de leur affirmation d’ascendance (de domination) sur le continent. Mais il a aussi fait référence à l’Europe ayant un “génie supérieur”. Ceci est une référence directe et une affirmation que les Européens étaient placés “plus haut” sur l’échelle de l’intelligence que les Indiens et aussi suggère que les Européens, en vertu d’une intelligence “supérieure”, possédaient une plus haute position de pouvoir en relation à la terre du continent et en relation aux peuples indigènes y vivant.

Puis Marshall affirma que les monarques européens se sont convaincus eux-mêmes qu’ils étaient justifiés d’assumer “l’ultime domination” sur les terres nouvellement “découvertes” du continent parce que les Indiens seraient adéquatement compensés par la civilisation européenne et le christianisme. Comme le dit Marshall, les Indiens recevraient la civilisation et le christianisme “en échange” de “l’indépendance illumitée” pour les Européens.

L’emploi par le juge de la cour suprême du concept “d’échange” demande un MCI de transaction commerciale. Une transaction commerciale se doit de toujours être un “échange réciproque” d’une chose pour une autre. Les participants à la transaction sont à la fois donneurs et receveurs. Sur la base de ce modèle, nous pourrions caractériser Marshall comme décrivant la civilisation et le christianisme comme étant des produits donnés ou “offerts” aux Indiens “en échange” d’une “indépendance illimitée” que les monarques européens auraient reçu des Indiens.

Cette mention par Marshall d’un tel “échange” est assez troublante. Après tout il a dépeint les monarques européens comme offrant et recevant, mais il n’a jamais explicitement expliqué ce que les Indiens “donnèrent” de fait, encore moins qu’ils donnèrent une “indépendance illimitée” aux monarques européens Le seul indice que l’on trouve est l’implication par Marshall que les monarques avaient “l’intention” de donner la civilisation et le christianisme aux Indiens comme moyen de “compensation”. Une compensation est faite pour quelque chose qui a été perdu, ou pour une blessure reçue ou pour de dégâts occasionnés. Il y a une partie responsable et cette partie doit compenser la ou les victimes.

Ainsi une manière d’interpréter ce langage quelque peu troublant de Marshall, serait de considérer que les Indiens seraient la partie lésée qui méritaient d’être compensée, dédommagée parce que les monarques européens s’étaient aloués à eux-mêmes une “indépendance illimitée” sur le continent ; ce qui handicaperait, minimiserait les Indiens en ne les autorisant pas à maintenir leur propre indépendance. En d’autres termes, les Indiens méritaient d’être dédommagés pour leur perte d’indépendance et de liberté. Et pourtant, l’explication de Marshall devint ironique lorsqu’il suggéra que les Indiens seraient compensés de leur perte d’indépendance par les deux choses qui ont été responsables de cette perte en première instance: la civilisation européenne et le christianisme. Ceci implique qu’une fois le processus “d’échange” complèté, les Indiens perdraient leur indépendance, mais ils auraient été adéquatement dédommagés en recevant la “civilisation européenne, le christianisme et un système de lois coercitives imposées.

[…] Marshall n’a jamais indiqué que les Indiens aient jamais volontairement été d’accord “d’échanger” leur propre indépendance contre la civilisation européenne et le christianisme. Ceci peut-être interprété comme une image conceptuelle. Marshall de manière évidente considérait comme inutile de savoir que les Indiens n’étaient en fait aucunement participants dans cet “échange”. Malgré le désir des Indiens de garder leurs terres et leurs modes de vie traditionnels, le phrasé de Marshall implique que les monarques chrétiens européens avaient conceptuellement “échangé” la civilisation européenne et le christianisme pour l’indépendance indienne. Il a été dès lors nécessaire pour les sujets des monarques de s’engager sur le dur chemin mental et physique de faire de l’indépendance européenne et de la subjugation physique, sociale et culturelle indienne, une réalité.

Le modèle du “peuple élu-terre promise” et le verdict de l’affaire Johnson

[…] Nous avons vu que les nations de la chrétienté ont conceptuellement emprunté au narratif biblique de l’ancien testament, de l’histoire du “peuple élu sur la terre promise” du contexte Moyen-Oriental et l’ont étendu au monde entier. Pour ce faire, elles se sont aventurées dans des voyages de croisades océaniques tout en se voyant comme un nouveau peuple élu, qui sur la base de passages bibliques comme celui de la Génèse 1:28 et psaumes 2:8, furent déterminées à subjuguer la terre et à étendre leur domination à toutes choses et être vivants. Ce sens d’une mission religieuse de croisade afin de christianiser, évangéliser et dominer le monde entier fut un objectif majeur de l’âge de la découverte, ce que le juge Marshall expliqua en tant que rapporteur de la cour suprême des Etats-Unis.

Comme les nations européennes étaient toutes à la recherche de terres sur le même continent, pour éviter “des colonisations conflictuelles et par conséquent des guerres les unes avec les autres”, elles avaient établi entr’elles un “principe”, que toutes devaient reconnaître comme étant la Loi par laquelle le droit d’acquisition de la terre sur le continent fut que “la découverte donnait le titre au gouvernement pour lequel les sujets ou autorités avaient fait la découverte, contre tous les autres gouvernements européens.

L’utilisation par Marshall d’un tel phrasé de “nations européennes” et “gouvernements européens” pourrait mener le lecteur à penser et à conclure que le principe de découverte identifié par Marshall était en fait séculier et non pas religieux. Fort heureusement quoi qu’il en soit, le juge associé à l’affaire Joseph Story, qui siégeait également à la cour suprême au moment du verdict dans l’affaire Johnson contre McIntosh, donna une vision plus profonde de la nature religieuse et de la toile de fond historique du concept de Marshall sur la “découverte”. Story était un ami intime de Marshall…

Voici ce que dit Story, son explication fut d’abord publiée juste 10 ans après que le verdict fut rendu dans l’affaire Johnson (NdT: en 1833 donc), l’utilisation d’expression linguistique séculière comme “nations européennes” pour disctuter du principe de la découverte, pour immédiatement passer à une explication de la “découverte” en termes du pape et en termes de catégorisation religieuse des Indiens comme étant des “païens infidèles”:

“[…] Les Indiens étaient une race sauvage, profondément plongée dans l’ignorance et le paganisme. S’ils n’étaient pas extirpés pour leur manque de religion et de morale juste, ils auraient pu être récupérés de leurs erreurs. Ils étaient voués à se soumettre au génie supérieur de l’Europe et en échangeant leurs habitudes sauvages et dégradantes pour la civilisation et le christianisme, ils devaient alors y gagner bien plus que l’équivalemt pour leurs souffrances et sacrifices. L’autorité papale fut aussi amené au secours de ces grands plans afin de renverser le paganisme et de propager la religion catholique. Alexandre VI, par sa bulle édictée en 1493 (bulle Inter Caetera), donne à la couronne de Castille la totalité de ce très vaste territoire qui venait juste d’être découvert, ou à découvrir, entre les pôles, aussi loin que ces terres n’étaient pas déjà possédées par un prince chrétien.

[…] Story ensuite décrivit “l’autorité papale” et une “bulle papale publiée en 1493” comme contexte du concept de la découverte qu’il allait expliquer. Dans ce document du Vatican dit Story, le Pape accordait “à la couronne de Castille l’entièreté du très vaste territoire découvert, ou à être découvert, entre les pôles, autant que les terres ne furent pas au préalable, possessions d’un prince chrétien.” Quel était le motif de ce don ? D’après Story, une des raisons pour laquelle le pape fit ce don était “pour le but de renverser le paganisme et de propager la religion catholique.” Ainsi, l’histoire que le juge suprême Story utilisa afin de contextualiser le concept de découverte dans l’affaire Johnson avait tout a faire avec quatre bulles papales émises par le pape Alexandre VI en 1493 après que le pape fut mis au courant par le roi Ferdinand et la reine Isabelle que Cristobal Colòn avait réussi à localiser des terres de l’autre côté de l’océan Atlantique. Dans la bulle Inter Caetera du 4 Mai 1493, le pape Alexandre VI déclara être de son désir que les “nations barbares” soient renversées, subjuguées et converties à la foi catholique et la religion chrétienne “pour l’honneur de dieu et pour l’expansion de l’empire chrétien.” Dans la bulle Inter Caetera, la pape déclare que:

“[…] qu’en notre époque spécifiquement, la foi catholique et la religion chrétienne soient exaltées et se développent partout, que l’on s’occupe de la santé des âmes et que les nations barbares soient renversées et amenées à la foi elle-même.
[…] Et afin que vous puissiez entreprendre une telle grande chose avec plus de promptitude et de motivation permises par notre faveur apostolique, nous, de notre plein accord, pas à votre requête ni la requête de quiconque d’autre à votre égard, mais de par notre seule largesse et certaine connaissance et de par la plénitude de notre pouvoir apostolique, par l’autorité de Dieu tout puissant qui nous est transmise par Pierre et le vicaire de Jésus Christ, que nous détenons sur terre, déclarons par la présente, que toutes îles trouvées par vos envoyés et vos capitaines, vous soient attribuées à vous vos héritiers et successeurs, rois de Castille et de Leon, pour toujours, avec l’ensemble des dominions/colonies, villes, camps, places et villages et tous droits, jurisdictions et appartenances de toutes îles et territoires trouvés ou à trouver, découverts ou à découvrir vers l’Ouest et le Sud, en traçant et en établissant une ligne allant du pôle arctique, ci-après nommé le Nord au pôle sud ci après nommé le Sud, sans se soucier si les terres ou les îles découvertes ou à découvrir se situent en direction de l’Inde ou vers quelque autre quartier ; la ligne se situant à cent lieues à l’Ouest et au sud des îles des Açores et du Cap Vert. Avec cette précaution néanmoins qu’aucune de ces îles et de ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, au-delà de cette ligne vers l’Ouest et le Sud, ne soient déjà en possession d’un roi ou d’un prince chrétien au jour de la naissance du Christ notre seigneur de l’an précédent cette années de grâce 1493. Nous vous faisons, appointons vous et vos héritiers et successeurs futurs, roi de celles-ci avec tout pouvoir, autorité et juridiction de toute sorte, avec toutefois cette provision que tout roi ou prince chrétien en possession de ces terres ne puisse en être dépossédé ou être expulsé. De plus, nous vous ordonnons en vertu de la sainte obéissance, qu’employant toute diligence dûe sur place, comme vous l’avez promis et sans que nous doutions de votre obéissance inhérente à votre loyauté et largesse d’esprit royale, vous devrez nommer sur ces terres des hommes d’expérience, obéissants et vivant dans la crainte de Dieu, afin qu’ils instruisent les habitants et les résidents de ces contrées à la foi catholique et à les entraîner à la bonne morale. De plus, quiconque de quelque rang que ce soit, même royal ou impérial, contreviendrait à l’interdiction de se rendre sur ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, sans permission spéciale de votre part ou de vos héritiers et successeurs, pour y faire commerce ou pour toute autre raison que ce soit, se verrait excommunié late sententie ipso facto.
[…] Ne laissons personne contrevenir éhontement à notre recommandation, exhortation, réquisition, don, permission, tâche, constitution, décret, mandat, prohibition et volonté. Quiconque tenterait ceci doit savoir qu’il subira la colère de Dieu tout puissant et des apôtres Pierre et Paul. Édicté à Rome, St Pierre, dans l’année de l’incarnation de notre seigneur mil quatre cent quatre-vingt-treize, le quatrième jour du mois de mai, dans la première année de notre pontificat.

Donné par ordre de notre plus grand saint seigneur, le pape

June. For the referendary,     For J. Bufolinus,

  1. de Mucciarellis.         A. Santoseverino.
  2. Podocatharus.

Comme mentionné dans les chapitres précédents, le saint siège du Vatican avait accordé au Portugal au XVème siècle, le droit de sugjuguer toutes les terres non-chrétiennes le long de la côte occidentale africaine et ailleurs. La bulle papale Dum Diversas émise par le pape Nicolas V pour le roit Alphonse V du Portugal, accordait au roi et à son neveu le prince Henri le navigateur le droit “d’envahir, de capturer, de vaincre et de subjuguer tous les sarrasins, païens et autres ennemis du Christ, de les réduire en esclavage perpétuel et ainsi de prendre possession de tous leurs biens, richesses et propriétés”. Le langage du pape Alexandre dans la bulle Inter Caetera reflète son désir pour le saint siège de voir que le droit du roi du Portugal soit protégé, qu’il puisse garder toutes les terres non-chrétiennes que le Vatican avait auparavant donné au Portugal, tout en s’assurant que le roi Ferdinand d’Espagne et la reine Isabelle reçoivent une grande latitude de pouvoir eux-mêmes posséder et coloniser les terres distantes non-chrétiennes.
Ce qui est important ici est que le juge Story a identifié une bulle papale du Vatican datant de 1493 comme origine du principe de la découverte que son ami et mentor John Marshall avait incorporé dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh. Le Vatican promulga ce principe dans le but religieux de renverser (”subjuguer”) le paganisme et de propager la doctrine de la foi catholique chrétienne.
J’ai indiqué ci-dessous en italique le phrasé identique utilisé par Story en comparaison avec celui de Marshall pour exprimer le principe de la découverte, dont il dit qu’il a pour origine la bulle papale de 1493:
“Alexandre VI, par une bulle émise en 1493, a accordé à la couronne de Castille l’immense territoire alors découvert ou à ietre découvert, entre les pôles, pour autant que ces terres ne soient pas déja en possession d’un prince chrétien. Le principe donc, que la découverte a donné le titre au gouvernement dont les sujets ou ceux qui en avaient l’autorité, contre tous les autres gouvernements européens, ayant été établi (par le don du pape), il devint alors évident, que tout gouvernement dans les limites de ses découvertes excluait toutes autres personnes de tout droit d’acquérir le sol par quelque don que ce soit des natifs. Aucune nation ne souffrirait que ses propres sujets ou ceux d’une autre nation puissent être suspicieux d’un tel titre. Il fut décrété n’être qu’un droit appartenant exclusivement au gouvernement dans sa capacité souveraine de mettre un terme au titre indien sur la terre et de perfectionner sa propre domination sur la terre et d’en disposer comme bon lui semble.”
[…]

La découverte chrétienne dans le verdict de l’affaire Johnson

Ce fut lorsque le juge Marshall examina les chartes royales d’Angleterre dans la décision de l’affaire, qu’il révéla explicitement l’origine religieuse chrétienne du concept de la découverte qu’il avait mentionné au début de son rendu.
Marshall déclara: “Personne de toutes les puissances d’Europe, n’a plus donné son plein accord de principe et ce sans équivoque que l’Angleterre.” Il continua en se référant à une terminologie religieuse spécifique qu’il considérait illustrative de “ce principe” de découverte ; il plaça même en italique dans le texte les mots peuple chrétien pour insister explicitement sur ce point:
“Les documents à ce sujet sont nombreux et très complets. Dès 1496, la monarchie donna une commission aux Cabot père et fils, pour découvrir des pays inconnus des peuples chrétiens et d’en prendre possession au nom du roi d’Angleterre. Deux ans plus tard, John Cabot fit ce voyage et découvrît le (sous) continent de l’Amérique du nord, il en longea les côtes le plus au sud possible jusqu’à la Virginie. C’est à cette découverte que les Anglais tracent leur titre de propriété.”
[…] Puis Marshall insista encore sur la présomption trouvée dans les chartes anglaises qui disaient que le “peuple chrétien” avait le droit de prendre possession des terres, pays “découverts”, pourvu que ces contrées fussent habitées par des “païens” ou non-chrétiens. Ainsi:
“[…] Le droit de découverte donné par cette commission est confiné en ces contrées “inconnues des peuples chrétiens” et à ces pays dont Cabot fut autorisé à prendre possession au nom du roi Henri VII d’Angleterre. Assumant ainsi un droit de prendre possession, nonobstant l’occupation des terres par les peuples natifs, qui étaient païens et en même temps, admettant et reconnaissant le titre de propriété de tout peuple chrétien qui en aurait fait la découverte préalable.
Le même principe de découverte continua à être reconnu. La charte donnée à Sir Humphrey Gilbert en 1578 l’autorise à découvrir et à prendre possession de tels territoires reculés, païens et barbares n’étant pas encore la propriété d’un prince ou d’un peuple chrétien. Cette charte fut ensuite renouvelée pour être donnée à Sir Walter Raleigh dans pratiquement les mêmes termes.”
La répétition des expressions peuple chrétien et prince ou peuple chrétiens et la distinction faite entre les deux catégories de peuple chrétien et de natifs, qui étaiet païens, nous permet de bien saisir le fondement et le contexte religieux de ce concept de découverte. Ceci est aussi pourquoi il est plus précis de se référer à la conception principale qui régit le verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh comme étant celle de la découverte chrétienne que simplement la découverte ou découverte européenne. Le fait que Marshall ait aussi associé le principe de découverte chrétienne avec les affirmations de domination euro-chrétiennes, est illustré par son insistance sur le fait que le roi d’Angleterre donna à John Cabot et à d’autres explorateurs anglais le “droit de prendre possession” des terres barbares et paiennes. L’expression de Marshall droit de prendre possession, dont Thomas Hobbes dit qu’il “est appelé dominion”.
C’est pourquoi la déclaration de Marshall disant que les Anglais ont assumés un “droit de prendre possession” fut une autre façon que de dire, au nom de la cour suprême des Etats-Unis, que les peuples chrétiens avaient assumé la “domination” sur toutes terres non-chrétiennes qu’ils avaient localisées sur le continent nord-américain.

A suivre…

 

 

Comprendre le colonialisme actuel: Introduction au texte « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 4 mars 2015 by Résistance 71

« La force, même cachée, induit la résistance »
~ Proverbe Lakota (Sioux) ~

« Dans un tel monde de conflit, un monde de victimes et de bourreaux, il est du devoir des pensants de ne pas être du côté des bourreaux. »
~ Albert Camus ~

 

Introduction au livre “Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery” de Steven Newcomb

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Février 2015

 

Nous traduisons de larges extraits de ce livre phare pour comprendre les fondements mêmes du colonialisme, ses racines religieuses chrétiennes racistes, suprémacistes, eugénistes et génocidaires et comment en comprenant bien les mécanismes il est possible de renverser la vapeur et de priver l’empire actuel anglo-américain de sa “terre promise”. N’oublions jamais qu’un empire sans terre est un empire à terre. Si nous voulons stopper l’empire actuel il suffit de lui retirer le tapis de sous les pieds: son territoire illégitime, volé aux peuple indigènes depuis le XVème siècle. L’avenir de l’humanité passe par les Amérindiens (et leur contre-partie moyen-orientale: les Palestiniens…). Pour une fois, soyons du bon côté de l’Histoire !

~ Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Extraits de la bulle Romanus Pontifex du pape Nicolas V du 8 Janvier 1455:

“… Ainsi après avoir pesé toutes les conséquences avec la méditation qui se doit et après avoir noté que nous avons donné par missives antérieures la faculté ample et simple au roi Alphonse d’envahir, de rechercher, de capturer, de vaincre et de subjuguer tous sarazins et païens que ce soient et tout autre ennemi du Christ où qu’il soit et les royaumes et duchés et principautés et colonies et possessions et tous biens mobiles ou immobiles en leur possession ainsi que de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel et d’appliquer et de s’approprier pour lui-même, ses héritiers et successeurs lesdits royaumes, duchés, principautés, colonies, possessions et biens et de les convertir en ses biens et profits et qu’en ayant sécurisé cette faculté, ledit roi Alphonse ou par son autorité, l’Infante sus-nommée, ont acquis justement et légalement et possèdent et ont fait l’acquisition ces îles, terres, ports et mers et que ceux-ci appartiennent de plein droit au dit roi Alphonse et ses héritiers et successeurs…”

Extraits de la bulle Inter Caetera du pape Alexandre VI du 4 Mai 1493:

“… Nous, [pape Alexandre VI],de notre plein accord, pas à votre requête ni la requête de quiconque d’autre à votre égard, mais de par notre seule largesse et certaine connaissance et de par la plénitude de notre pouvoir apostolique, par l’autorité de Dieu tout puissant qui nous est transmise par Pierre et le vicaire de Jésus Christ, que nous détenons sur terre, déclarons par la présente, que toutes îles trouvées par vos envoyés et vos capitaines, vous soient attribuées à vous vos héritiers et successeurs, rois de Castille et de Leon, pour toujours, avec l’ensemble des dominions/colonies, villes, camps, places et villages et tous droits, jurisdictions et appartenances de toutes îles et territoires trouvés ou à trouver, découverts ou à découvrir vers l’Ouest et le Sud, en traçant et en établissant une ligne allant du pôle arctique, ci-après nommé le Nord au pôle sud ci après nommé le Sud, sans se soucier si les terres ou les îles découvertes ou à découvrir se situent en direction de l’Inde ou vers quelque autre quartier ; la ligne se situant à cent lieues à l’Ouest et au sud des îles des Açores et du Cap Vert. Avec cette précaution néanmoins qu’aucune de ces îles et de ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, au-delà de cette ligne vers l’Ouest et le Sud, ne soient déjà en possession d’un roi ou d’un prince chrétien au jour de la naissance du Christ notre seigneur de l’an précédent cette années de grâce 1493…
… De plus, quiconque de quelque rang que ce soit, même royal ou impérial,  contreviendrait à l’interdiction de se rendre sur ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, sans permission spéciale de votre part ou de vos héritiers et successeurs, pour y faire commerce ou pour toute autre raison que ce soit, se verrait excommunié late sententie ipso facto… “

Dans l’avant-propos du livre Peter D’Errico écrit ceci:

“Des dogmes religieux datant du XVème siècle édictés sous forme de bulles papales furent établis comme les fondations même de la loi de propriété foncière, de territoire de la nation et de la loi fédérale sur les Indiens au tout début du XIXème siècle. Des décisions de tribunaux de justice ont lié la loi des Etats-Unis au monde de la chrétienté et de l’impérialisme chrétien. Ce processus ne fut ni caché ni mystérieux, il ne fut pas non plus une conspiration ourdie entre les juges et les prêtres. Ce fut la planification de longue haleine pour la saisie de tout un continent. Ce fut la théorie qui guida les pratiques coloniales. C’est l’histoire que raconte ce livre “Pagans in the Promised Land” (“Païens en Terre-Promise”).

Le christianisme, le sytème de croyance de l’église, est différent de la chrétienté, qui est un amalgame d’églises (catholique, protestante, orthodoxe) et d’états. La chrétienté consiste en l’alliance de princes séculiers et d’autorités sacerdotales ; elle culmine avec la doctrine du droit divin des rois et des papes…

[…] Ainsi ce livre “Pagans in the Promised Land” n’est pas une attaque sur le christianisme, mais une exploration analytique dépassionnée des manières d’où ont émané la loi fédérale des Etats-Unis sur la propriété, la nation et les Amérindiens, celles de la chrétienté. Pour être plus spécifique, les lois fédérales de propriété et se rapportant aux Indiens, leur corps de réglementation créé par le gouvernemnt des Etats-Unis pour définir ce que sont les peuples indigènes sur cette partie du continent, leurs droits à la terre et les droits de propriété des colons, est une manifestation continuelle de la mission historique mondiale de la chrétienté: d’amener toute la création en son domaine.

[…] Il est essentiel ici pour le lecteur qui serait sensible aux enseignements chrétiens de Jésus Christ, d’être ouvert à l’apprentissage au sujet d’une histoire problématique de la chrétienté dans sa relation avec la loi fédérale des Etats-Unis.”

* * *

L’essentiel de la loi fédérale indienne et les fondements de la loi sur la propriété foncière aux Etats-Unis (et au Canada…) provient d’une décision de justice très importante: Le rendu de la décision de la cour suprême des Etats-Unis en 1823 dans l’affaire Johnson contre MacIntosh, écrit par le juge John Marshall. Cette décision et son compte-rendu légal sont cités en permanence dans les affaires de litiges territoriaux entre le gouvernement fédéral des Etats-Unis (et du Canada, puisque le rendu de l’affaire Johnson contre M’Intosh y a fait jurisprudence de manière fort utile pour l’état colonial canadien…) et les peuples et nations natives du continent nord-américain.

Johnson contre M’Intosh est analysé dans le chapitre 7 du livre. Les six premiers chapitres sont faits pour mener à une compréhension optimale des implications de la décision de la cour suprême en 1823. Les chapitres suivants en expliquent les conséquences du point de vue amérindien et comment en sortir.

Le livre de Steven Newcomb “Pagans in the Promised Land” est une des clefs de la compréhension du monde colonial dans lequel nous vivons toujours. La compréhension des sujets abordés dans l’ouvrage est primordiale pour bien comprendre non seulement l’emprise impérialiste que l’oligarchie possède sur le monde, mais aussi comment en sortir par la voie des peuples. Le futur de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie colonialiste mortifère les faisant acquiescer à “L’ordre” établi et se tenant main dans la main avec les peuples colonisés et opprimés par l’occident depuis plus de cinq siècles…

~ Résistance 71 ~

 

Introduction (Steve Newcomb)

 

Le gouvernement des Etats-Unis a refusé aux nations indiennes une existence libre et ont exproprié la très vaste majorité des terres indiennes par le moyen de la domination d’un système conceptuel qui opère en partie sur la base de ce que les théoriciens cognitifs appellent des “Modèles Cognitifs Idéalisés” ou MCI…

Si je réussis dans les chapitres qui vont suive, l’établissement central de la loi et de la politique fédérales indiennes, qui dit que les Etats-Unis ont une autorité plénière (absolue) sur les nations indiennes sur la base de la doctrine de la découverte du continent nord-américain par les chrétiens, se révèlera être des plus bizarres. Ce fondement, je le maintiens, est en pleine violation de la présomption que le christianisme n’est pas préféré au dessus des autres religions dans la loi états-unienne… Ainsi sur quelles bases serait-il constitutionnellement permis et moralement acceptable pour la cour suprême des Etats-Unis de catégoriser le peuple chrétien et ensuite, au moyen de l’abandon culturel et cognitif de ces catégories de religion, nier aux nations amérindiennes le droit de maintenir leur existence libre originelle et leur propre intégrité territoriale ?

[…]

Dans les chapitres à suivre, il deviendra très clair que la théorie cognitive fournit le type de vision nécessaire pour comprendre que lorsque des formes dominantes de raisonnement (catégorisation) trouvées dans le narratif de la bible (ancien testament) sont inconsciemment utilisées pour raisonner au sujet des Amérindiens, les terres indiennes deviennent métaphoriquement, du point de vue des Etats-Unis, la terre promise du peuple élu des Etats-Unis.

[…]

Ainsi, lorsque les terres indiennes de l’Amérique du Nord (zone cible) sont comprises en terme de terre promise dans un narratif tiré de l’ancien testament (domaine source), il en résulte deux métaphores conceptuelles:

  • Les terres indiennes sont la terre promise, c’est à dire des terres que dieu a promis à son peuple élu des Etats-Unis d’Amérique.
  • Le peuple américain est un peuple choisi, élu (par dieu pour prendre possession des terres indiennes d’Amérique du Nord). Les canéens (païens et infidèles) du narratif de l’ancien testament sont un concept du domaine source recouvrant le concept de domaine cible des Indiens d’Amérique, résultant ainsi en la métaphore voulant que les Indiens soient les Canéens ou païens de la terre promise.

[…]

En d’autres termes, au sein du contexte de la loi et de la politique fédérales indiennes, il a été et continue d’être parfaitement acceptable pour le gouvernement des Etats-Unis de contrôler et de gouverner les vies des Amérindiens au travers des administrations variées et des décisions de ses administrateurs. Un exemple typique de l’histoire destructrice de cette présomption est la loi d’expulsion des Indiens de l’ “Indian Removal Act” de 1830, qui résulta dans le déracinement génocidaire dans la plupart des cas de la vaste majorité des Indiens vivant dans l’Est des Etats-Unis vers des terres se situant à l’Ouest du fleuve Mississippi. Cette politique est le plus souvent associée avec les nations Cherokee (Piste des larmes), Choctaw, Chickasaw, Creek et Seminole qui furent expulsées vers l’Ouest vers de nouvelles terres indiennes. Le résultat direct de cette politique fut l’estimation de la mort de 10 000 Cherokees lors de la longue marche de la piste des larmes qui les mena de leurs territoires de l’Est vers l’Oklahoma en 1838.

[…]

Avant la loi de réappropriation des terres de 1887, les Indiens avaient toujours en leur “possession” quelques 60 millions d’hectares. Les 40 années qui s’ensuivirent virent la réappropriation par les Etats-Unis de plus de 40 millions d’hectares. Dans la seule année 1890, le gouvernement US parvint à obtenir plus de 7 milions d’Ha. La même année, le commissaire aux affaires indiennes Thomas J. Morgan expliqua la logique se nichant derrière la politique de redistribution des terres: “la politique établie du gouvernement est de briser les terres de réserves indiennes, de détruire les relations tribales, d’établir les Indiens dans leurs lopins, les incorporer dans la vie nationale et les gérer non pas de nation à nation ou comme tribus ou bandes, mais de traiter avec les Indiens comme des citoyens individuels.

[…]

Pourquoi les nations indiennes, en tant que nations véritablement souveraines, ne sont-elles pas autorisées à tenir leurs propres terres de manière fiduciaire pour elles-mêmes, sans l’implication du gouvernement des Etats-Unis, demeure un mystère. Ce serait par exemple vu comme un non-sens total si les terres Etats-Uniennes étaient gérées fiduciairement par le Vatican ou le gouvernement de l’Italie. Pourtant lorsqu’il s’agit des nations indiennes, cette idée devient soudainement parfaitement sensée pour tout le monde.

Malgré des siècles de génocide et d’oppression, les peuples et nations indigènes vivent toujours et nous, peuples autochtones, continuons à persévérer, maintenant armé de la langue des colons et de ses systèmers conceptuels, qui, par la théorie cognitive, nous permet d’avoir plus que jamais une meilleure et plus profonde vision de la mentalité de la société coloniale.

[…]

Ainsi, après plus de trente ans de travail de la part des représentants des peuples indigènes et des experts sur les droits de l’Homme, l’assemblé générale de l’ONU a adopté le 13 Septembre 2007, la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes (DDPI) (143 pays votèrent pour, mais les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande votèrent contre…). L’adoption de cette déclaration signale la reconnaissance formelle que les nations indigènes ont un droit inhérent et fondamental à l’auto-détermination. Cela annonça l’aube d’une ère nouvelle pour les droits des peuples et nations indigènes Les votes “non” et les onze abstentions d’autres pays nous rappellent qu’il y a toujours un énorme boulot à effectuer et qu’il y a la place pour bien des réformes de terrain. C’est mon désir le plus humble et le plus cher que ce livre puisse assister de manière modeste avec ce travail et qu’il aide à faciliter la mise en application de ces réformes plus que nécessaires pour que la planète se débarrasse enfin de la mentalité de domination de la chrétienté, de son oppression et de son exploitation.

Le chapitre 1 concerne une présentation sur la théorie cognitive, que nous ne traduirons pas ici…

A suivre…

= = =

Source:

“Pagan in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery”, Steven T. Newcomb, Fulcrum, 2008

 

 

Résistance au colonialisme: Les Apaches toujours en lutte contre le génocide de leur nation…

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« Quand  j’étais jeune, j’ai parcouru ce pays d’est en ouest et je n’y ai vu personne d’autre que des Apaches. Après bien des saisons j’ai de nouveau parcouru la terre pour y trouver une autre race de gens venus pour la prendre. Comment cela se fait-il ?… »

« Vous devez parler directement de façon à ce que vos mots aillent dans nos cœurs comme des rayons de soleil. Parlez Américains! Je ne vais pas vous mentir, ne me mentez donc pas !… »

~ Cochise, Chiricahua Apache, 1812-1874 ~

 

Les Apaches de San Carlos luttent contre la “découverte chrétienne”

 

Peter d’Errico

 

20 février 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/02/20/san-carlos-apache-battle-against-christian-discovery

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le cri de guerre des San Carlos Apaches qu’a fait résonner le président des Apaches de San Carlos Terry Rambler afin de prévenir de la prise en compte hostile des terres apaches par les Etats-Unis et l’entreprise minière Rio Tinto, puise sa source au cœur même du néo-colonialisme américain contre les nations natives.

L’attaque actuelle sur les terres apaches provient d’une loi qui vient de récemment passer au congrès des Etats-Unis, la loi « Southeast Arizona land exchange and conservation Act. » Le libellé de cette loi cache son véritable but. La loi n’a rien à voir avec la préservation de l’environnement. Elle autorise les compagnies minières à commencer leurs exploitations avec tous les dangers environnementaux et la destruction que la prospection minière implique.

Le libellé de la loi montre également la racine profonde anti-indienne de la loi: les terres en question n’appartiennent pas du tout à l’état d’Arizona, ce sont des territoires apaches. Déjà, rien que dans le libellé de la loi elle-même, on trouve un niveau de tromperie non négligeable…
Nous sommes habitués de la pratique politique commune de toujours cacher le véritable but de la loi derrière des phrases redondantes et bien ficelées, avec des mots comme “conservation/préservation” au lieu de “destruction”. Nous devrions aussi être familier avec le fait que le gouvernement fédéral et sa loi fédérale indienne présente toujours un masque pro-Indien couvrant un visage anti-Indien: “responsabilité de confiance” au lieu de “domination fédérale”.

La loi Rio Tinto, appelons-là donc par son véritable nom, commence avec cette déclaration présomptueuse: “Le but de cette section est d’autoriser, de diriger, de faciliter et d’expédier l’échange de terre entre Resolution Copper et les Etats-Unis.

Mais comment les Etats-Unis clâment-ils leur propriété sur cette terre ?

Les Etats-Unis affirment leur titre de propriété sur les terres ancestrales apaches de la même manière qu’ils ont affirmé leur titre de propriété sur toutes les terres indiennes: au travers de la “doctrine chrétienne de la découverte” reconnue par la cour suprême des Etats-Unis. Cette doctrine de la “découverte chrétienne” stipule que les Indiens ne sont que les “occupants” de leurs terres et qu’ils ne tiennent pas leur “occupation” de la terre par droit inhérent, mais seulement par “la grâce du souverain.”

La cour suprême a fondé sa décision au sujet de la “découverte chrétienne” sur des concepts religieux datant du temps de l’empire de la chrétienté. La Cour a soutenu et affirmé que des bulles papales datant du XVème siècle autorisant l’exploitation coloniale par le Portugal et l’Espagne et leur domination sur le “nouveau monde” donnait aussi l’autorité à la colonisation anglaise. La cour en a conclu que cette autorité religieuse à dominer et à coloniser les “païens et infidèles” s’étendait au gouvernement des Etats-Unis après la révolution américaine dont résulta l’indépendance.

La cour suprême des Etats-Unis a réaffirmé à maintes reprises et continuellement le principe de la “découverte chrétienne”. La cour cite toujours l’affaire Johnson contre M’Intosh de 1823, comme une loi valide. En fait, les tribunaux états-uniens à tous les niveaux ont cité la décision de Johnson vs M’Intosh plus de 300 fois depuis 1823, et au moins quatre fois en 2014.

En 1955, les Etats-Unis ont explicitement argumenté en faveur de la “découverte chrétienne” dans l’affaire Tee-Hit-Ton vs USA résultant en une décision de la cour suprême disant que les Etats-Unis pouvaient prendre la propriété indienne sans compensation puisque les Indiens ne sont pas propriétaires de leurs terres.

Les Apaches San Carlos se dressent contre la loi fédérale indienne et son cadre prévu par les décisions et rendus des affaires Johnson et Tee-Hit-Ton qui a établi que le principe de domination religieuse est inhérent dans la loi fédérale indienne. La loi Rio Tinto présume donc que les terres apaches sont propriétés des Etats-Unis car c’est ce que la loi fédérale indienne dit !

Cette loi contient une sous-section intitulée “Consultation avec les tribus indiennes”. Il y est dit: “Le secrétaire devra s’engager dans la consultation de gouvernement à gouvernement avec les tribus indiennes affectées concernant les problèmes préoccupationnels affectant les tribus dans l’échange des terres.” “La loi définit le “secrétaire” comme étant celui de ministère de l’agriculture. On nous demande de croire que le projet Rio Tinto a quelque chose à voir avec la nourriture, encore une autre tromperie…

La “consultation” dont il est fait mention dans le phrasé de la loi se focalise sur le fait de l’après échange, pas avant. Par contraste, la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes (DDPI) de l’ONU mandate spécifiquement le “consentement préalable”. L’article 19 de la DDPI dit: “Les Etats doivent consulter et coopérer de bonne foi avec les peuples indigènes concernés au travers de de leurs propres institutions représentatives afin d’obtenir leur consentement libre, informé et préalable avant d’adopter et de mettre en application toutes mesures administratives ou législatives qui pourraient les affecter.

L’article 32 de la même déclaration renforce le principe de “consentement préalable” avec ces deux mandats suivants:

  • Les peuples indigènes ont le droit de déterminer et de développer des priorités et des stratégies pour le développement ou l’utilisation de leurs terres ou territoires et autres ressources et…
  • Les états doivent consulter et coopérer de bonne foi avec les peuples indigènes concernees au travers de leurs propres institution représentatives afin d’obtenier le consentement préalable, libre et informé de tout projet affectant leurs terres ou territoires et autres ressources, et ce particulièrement en connexion avec le développement, l’utilisation, ou l’exploitation de monerais, d’eau ou toute autre ressource.

La loi Rio Tinto échoue totalement à reconnaître les droits des Apaches San Carlos sous la déclaration des Nations-Unies. Le fait que la loi utilise la phrase “consultation de gouvernement à gouvernement” ne veut pas dire que la loi reconnaisse de fait et protège le gouvernement indigène des Apaches San Carlos. Cette phrase est un autre niveau de déception et de tromperie, un masque et une fenêtre d’opportunité créée pour un mouvement unilatéral de la part des Etats-Unis.

Pour rendre les choses pires encore, la loi dit que toutes réponses à des “préoccupations” inidennes et toutes mesures prises pour “en minimiser les effets adverses” devront être “mutuellement acceptables” à Rio Tinto !

Le fait est que les Etats-Unis ont refusé d’accéder aux normes légales internationales annoncées par l’ONU et sa DDPI. Bien que le président Obama ait renversé le vote “non” original des Etats-Unis lorsque l’ONU a adopté la déclaration, il le fît avec une nuance déclarée que “le concept d’auto-détermination de la déclaration est consistante avec la reconnaissance existante des Etats-Unis au sujet de la relation avec les tribus fédéralement reconnues.

En d’autres termes, les Etats-Unis campent sur la position que la loi fédérale indienne personnifie déjà les principes et les mandats de la déclaration de l’ONU (NdT: quelle foutaise !…) Comme nous le constatons néanmoins avec la loi Rio Tinto, la loi fédérale indienne n’a que peu de ressemblance avec les normes de l’auto-détermination établies sous la loi internationale. Bref, la déclaration d’Obama, tandis qu’attachée au vote “oui”, est toujours en fait une continuation de votre “non”. (NdT: une autre fadaise pour montrer qu’une fois de plus l’empire fait ce qu’il veut, comme çà l’arrange et qu’il se fout complètement des conséquences, car il se sait protégé…)

Au bout du compte ici, les San Carlos Apaches ont une bataille sur les bras, une bataille sérieuse et profonde contre des forces retranchées de la domination coloniale qui ont avancé et ont une expérience en le domaine de plus de 500 ans. Toutes les nations indiennes devraient prendre bonne note du défi de Rambler: “Nous devons nous unir et combattre ceux… qui cherchent à nous prendre notre liberté de culte, notre droit humain des plus importants…

La solution contre-impérialiste: Le démantèlement de la doctrine chrétienne de la « découverte », fondement du colonialisme occidental…

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Pour en savoir plus:

La doctrine chrétienne de la « découverte » sur Résistance 71

 

Déclaration pour le démantèlement de la doctrine chrétienne de la découverte

 

Nation Akimel O’tham

Nahuacalli, Ambassade des Peuples Originels

 

Avril 2013

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Nous, les nations des peuples originels, procédons à cet appel pour la réflexion et la prise d’action sur des problèmes d’importance critique pour notre survie présente et future.

Nous affirmons notre droit d’exercer notre existende libre en tant que nations et peuples de ce continent et de cet hémisphère Abya Yala, appelé Amérique, une existence qui remonte au début des temps comme cela a été exprimé dans nos histoires sur l’origine. Nos ancêtres ont évolué au moyen de systèmes profonds de connaissance et de multiples langages. La sagesse et la spiritualité de nos ancêtres ainsi que leurs profonds pouvoirs de discernement et d’observatons scientifiques ont grandement contribué à l’humanité en termes de nourriture, de médecine, de mathématiques, de connaissance spirituelle et de compréhension, tout en servant de gardiens aux vastes systèmes écologiques et aux eaux pures, qui sont la source de la vie. Nos ancêtres libres et indépendants ont étudié les lois de l’univers et ont développé nos systèmes originels de compréhension spirtituelle et d’harmonisation avec le monde naturel. Nos systèmes de gouvernance légaux uniques sont et seront toujours profondément enracinés dans notre Terre-Mère, nos terres et nos territoires ancestraux traditionnels.

L’année 1492 marque le début d’un processus récurent de crimes contre l’humanité, notre humanité en tant que peuples originels d’Abya Yala (Les Amériques). En 1492, Cristobal Colon (ou Christophe Colomb, dont le nom en espagnol veut dire le “colonisateur porteur de la croix ») fut commissionné pour naviguer vers nos patries ; il toucha terre à l’île de Taino de Guanahani et il affirma la prise de possession au nom de la croix chrétienne et la couronne de Castille. Il fit ceci sur la base de l’affirmation par la chrétienté (NdT: Christendom en anglais ou “domination chrétienne) que les monarques chrétiens avaient le droit divin de “découvrir” et de “conquérir” les non-chrétiens et ainsi d’affirmer leurs droit sur leur territoires, terres ancestrales et ressources. Colon rebaptisa cette première île San Salvador (Saint Sauveur) et il y ériga une croix et un échafaud symbolisant l’intention d’imposer la domination politique castillanne et la loi de la couronne sur les nations et peuples originels et leurs territoires. Ce processus fut répété à une échelle massive, où que les agents de la chrétienté envahissaient les terrritoires et les sites de cérémonies de nos nations, ayant l’intention de nous dominer et de nous déposséder de nos terres et de notre spiritualité.

En 1493, la pape Alexandre VI prétendît faire un “don” apostolique de terres non-chrétiennes à la couronne de Castille et de León pour “la propagation de l’empire chrétien” (empirii cristiani) et exprima son désir que les nations non-chrétiennes, barbares, soient subjuguées et “amenées à la foi chrétienne”. Le document du pape dit à la couronne de Castille et de León:

Nous, de notre propre volonté, par la teneur de la présente, que les dites îles trouvées par vos envoyés et capitaines, vous soient données, assignées à vous, vos héritiers et successeurs, rois de Castille et de León, pour toujours, avec les colonies, villes, camps, endroits et villages et tous les droits, jurisdictions et appartenances de toutes les îles et terres découvertes et à découvrir, trouvées et à trouver… Nous vous faisons, nommons, vous et vos héritiers et successeurs, seigneurs de ces terres avec plein pouvoir de droit, toute autorité et toute jurisdiction nécessaire de quelque sorte que ce soit avec cette restriction néanmoins qu’aucune terre propriété d’un autre prince chrétien ne puisse lui être enlevée.”

Les droits à la colonisation antérieure de “tout prince chrétien”, spécifiquement du Portugal, devaient être protégés mais pas les droits des nations et peuples non-chrétiens. De ce décret résulta une tradition de domination politique, économique, sociale et culturelle et la subjugation imposée à nos peuples et nations au nom de la “civilisation” et la “conquête pacifique” comme les missionnaires catholiques, dominicains, franciscains et jésuites imposèrent la conversion religieuse comme instrument de domination coloniale.

Nous nous sommes rassemblés pendant trois jours sur le territoire traditionnel des nations d’O’otham afin de discuter les effets destructeurs, mortifères et génocidaires de la Doctrine Chrétienne de la Découverte sur nos nations et peuples originels. Nous nous sommes concentrés sur le besoin de démanteler et de défier les idées déshumanisatrices et les arguments qui ont typiquement été appelés la Doctrine de la Découverte (aussi connue sous le nom de “droit de la découverte”). Ces idées de domination et de subjugation sont parfaitement illustrées dans la bulle papale Inter Caetera de 1493 et autres documents issus par la saint siège au Vatican et adopté par les couronnes portugaise et espagnole et leurs successeurs.

Les pays d’Angleterre, de France, Hollande et Russie affirmèrent également de créer des droits de souveraineté au travers d’actes symboliques. En résultat de la succession politique internationale, des pays de part l’occident tracent tous leur lignée politique aux prérogatives de Colomb en 1492 et aux bulles papales des XV et XVIème siècles. Aux Etats-Unis par exemple, la formation politique des états de Californie, de l’Arizona, du Nouveau-Mexique, du Nevada, du Colorado et de l’Utah peut être drectement tracée à ces mêmes documents.

Après bien des présentations et une longue délibération à la “Conférence pour le Démantèlement de la Doctrine de la Découverte”. Nous avons trouvé que la Doctrine de la Découverte continue ses effets destructeurs et son impact négatif sur nos peuples et nations depuis tous ces siècles.

Nous affirmons par la présente que la domination, subjugation et déshumanisation persistantes de nos peuples et nations indigènes, sont une claire violation de nos droits humains. Comme moyen de gérer avec ces violations constantes et les insistances à la domination dont nos peuples souffrent quotidiennement, nous faisons et lançons cet appel à la conscience et affirmons notre détermination à former un Tribunal des Peuples indigènes pour faire reconnaîre, connaître et surveiller les droits de nos peuples et nations et de faire condamner les perpétrateurs de ces violations de nos droits, de faire distribuer mondialement une information éducative au sujet de la Doctrine de la Découverte et des ses effets et ce en affirmation des systèmes originaux et légaux de nos dits peuples et nations.

Nous notons de plus, que depuis l’invasion, la colonisation et l’imposition subséquente des états coloniaux sur ce continent, nos peuples ont souffert de la persécution, de massacres et du déni de nos droits humains de libre circulation en tant que peuples originels sur notre propre continent. La néo-colonisation actuelle impose illégalement des industries minières sur nos territoire et aussi nous criminalise au sein de frontières coloniales. Les impositions religieuses de la chrétienté continuent d’influer négativement sur nos pratiques spirituelles ancestrales, allant jusqu’à nous priver d’accès à nos centres de cérémonie qui sont maintenant considérés êtres des ruines de valeur archéologique vouées à être développées comme centre de distraction pour touristes.

Ainsi, nous affirmons que la domination, la subjugation et la déshumanisation actuelles et persistantes de nos peuples originels est une claire violation de nos droits.

Afin de gérer les violations systématiques de nos droits et libertés et des formes variées de domination et de domestication affectant nos peuples aujourd’hui et considérant que les Indiens ont un impératif en termes de sauvegarde de nos droits et de développement de notre destinée ; sous ce principe d’auto-détermination, nous appelons à la constitution du Tribunal des Peuples Indigènes afin de montrer la preuve des violations de nos droits et des effets désastreux qui empêchent un futur meilleur et qui condamnerait similairement ceux responsables de ces violations de droits humains, qui par leur nature sont des crimes contre l’humanité. Ce Tribunal des Peuples Indigènes doit être de caractère global et doit servir à disséminer la connaissance de la situation historique et actuelle des peuples indigènes et aussi surveiller chaque situation. Ce corps légal devra promouvoir et informer la société mondiale au sujet de la Doctrine de la Découverte et de ses effets négatifs et morifères contre l’humanité.

= = =

Source:

http://www.nahuacalli.org/#!contact/c55t

http://www.nahuacalli.org/

Résistance politique: Une étude de la doctrine chrétienne de la découverte ordonnée par l’UNPFIP

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S’il ne faut jamais attendre grand chose de l’ONU sur un plan pratique puisqu’elle est par essence pieds et poings liés à l’oligarchie qui l’a créée en première instance, le fait d’amener ce sujet de la doctrine chrétienne de la découverte, fondement « légal » ou voulu comme tel du colonialisme occidental depuis le XVème siècle, cela aura au moins pour mérite d’amener les feux de la rampe voire une certaine attention publique et médiatique sur ce ce qui est la véritable clef des solutions pour l’annihilation de l’empire anglo-américain.

Pour y parvenir, il faut que le plus de personnes possible soient mises au courant de ce qu’est la doctrine chrétienne de la découverte (bulles papales Romanus Pontifex et Inter Caetera de 1455 et 1493) et également être familier avec le plus grand cas légal qui incorpora cette doctrine chrétienne raciste dans la loi des Etats-Unis régissant la propriété et la souveraineté sur les territoires, le verdict de l’affaire Johnson contre McInstosh, Cour Suprême des Etats-Unis, 1823.

Le public français et francophone doit savoir sur quoi est fondé le colonialisme occidental depuis plus de 500 ans: Une doctrine religieuse raciste, génocidaire et eslavagiste, incorporée aux lois des états-nations et qui régit toujours aujourd’hui les lois foncières et de souveraineté des nations indigènes aux Etats-Unis, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

— Résistance 71 —

 

Le Forum permanent des Nations Unies questionne la doctrine de la découverte

 

Peter d’Errico

 

20 mars 2014

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/03/20/un-permanent-forum-raises-stakes-christian-discovery-doctrine?page=0%2C0

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le professeur Joshua Jeffers, candidat au doctorat en histoire et enseignant à l’université de Purdue, a écrit une étude importante sur la Doctrine Chrétienne de la Découverte, étude publiée dans le magazine d’histoire de l’état du Maryland au printemps 2013. Jeffers a commencé son étude, validée universitairement, avec une discussion de la décision de la cour suprême des Etats-Unis de 1823 dans l’affaire Johnson contre McIntosh, qui fit de la doctrine “le principe légal fondamental sur lequel est fondé le droit à la propriété foncière des Etats-Unis… avec des conséquences dévastatrices pour les nations amérindiennes.”

Après une stricte analyse de la trajectoire de la doctrine chrétienne de la découverte depuis ses origines dans les decrets papaux du XVème siècle, Jeffers explore les façons par lesquelles cette obscure doctrine légale religieuse a émergé dans la discussion ouverte de notre époque. Il décrit la situation actuelle comme “augmentant l’agitation à son sujet”. Les lecteurs du présent média sont les témoins de cette agitation tandis que les colonnistes et les articles de presse rapportent le mouvement croissant pour amener les Nation-Unies à focaliser sur la doctrine chrétienne comme étant une doctrine coloniale et impérialiste.

Dans une conclusion provocante, Jeffers suggère que le défi des peuples indigènes du XXIème siècle à cette doctrine est tout aussi signifiant que les débats ayant eu lieu au XVIème siècle et qui examinèrent le sous-jacent théologique et légal du colonialisme espagnol. Il montre que l’examen récent de Johnson contre m’Intosh, appelant à remettre en question sa légitimité comme précédent, fait aussi écho des arguments au sujet des spéculateurs terriens britanniques du XVIIème siècle et des théoriciens légaux américains des XVIII et XIXème siècles.

La conclusion de Jeffers au sujet de la signifiance historique du moment présent semble amplement soutenue par les faits. Comme il le note fort justement, “dans les deux dernières décennies, plus de 750 articles et plusieurs livres venant d’universitaires aussi variés que des politologues, légistes et historiens de la colonisation, ont critiqué vertement la décision de la cour suprême dans l’affaire Johnson contre MacIntosh.”

Il y a non seulement eu une explosion des commentaires critiques dans le monde universitaire, mais la critique a aussi débordé en dehors du débat académique pour aboutir dans la presse et l’arène politique.

La 11ème session du Forum Permanent de l’ONU sur les problèmes indigènes (2012) a examiné la Doctrine Chrétienne de la Découverte en tant que “thème spécial”. La session impliqua un panel d’experts internationaux, en préparation d’un article sur la conférence et des déclarations venant de membres de peuples indigènes de partout dans le monde. Le rapport de la session a recommandé qu’une étude formelle se tienne pour le Forum Permanent lui-même.

L’étude recommandée par la session spéciale a été préparée par Mr Edward John, un membre du Forum, et est maintenant dans sa phase finale de révision. Elle sera présentée à la 13ème session du forum, programmée pour les 12-23 Mai 2014. Mr John enquête non seulement sur les “impacts” de la Doctrine Chrétienne de la Découverte, mais aussi de ses “mécanismes, processus et instruments de rectification”.

L’étude va de fait atteindre le niveau de signifiance historique suggérée par le Professeur Jeffers: Elle représente une mise en examen mondiale de la notion de découverte chrétienne, avec ses implications légales, politiques et économiques, ainsi que la place réelle de la religion dans les activités de gouvernement. La question est de savoir si la discussion va se concentrer sur le verbe “rectifier” comme “rhabiller” ou comme ‘remettre en position droite, donc rectifier un tort” (NdT: le verbe incriminé ici en anglais is “redress” qui peut avoir deux sens: rectifier un tort ou rhabiller, difficle à transcrire le jeu de mot dans la traduction… voir la phrase dans l’article original).

Il convient d’abord de se référer à la doctrine avec son véritable nom, celui de: Doctrine Chrétienne de la Découverte et non pas à la phrase commune à laquelle se réfère bon nombre d’écrivains, même ceux qui lui sont critiques et qui l’appelle “doctrine de la découverte”. Le véritable nom insiste sur le fait que la doctrine est fondamentalement enracinée dans la religion dès l’origine. Ce n’est pas une règle séculiaire, mais une règle de discrimination religieuse.

Nous devons à Steven Newcomb (NdT: que nous traduisons régulièrement sur ce blog…) d’avoir établi la base académique de ce sujet en démontrant l’enregistrement historique et documenté de la “découverte” comme étant de fait une doctrine religieuse. Ce fut Newcomb qui martela sans cesse les termes de “doctrine chrétienne de la découverte” et ce à une époque où la vaste majorité des écrivains se référaient simplement à elle dans les termes de “découverte européenne”. (NdT: Sciemment ou non est une autre histoire…)

L’archivé historique montre que “la découverte européenne” est la “découverte chrétienne” et ceci est très clair depuis l’intrusion coloniale initiale, lorsque que Christophe Colomb planta le drapeau espagnol sur le “Nouveau Monde” en 1492.

En 1493, la bulle papale “Inter Caetera” du pape Alexandre VI félicitait “notre fils bien-aimé, Christopher Colombus” et pour la couronne espagnole qui finançait Colomb, le pape “donne, accorde, octroit et vous assigne à vous et vos héritiers et successeurs, rois de Castille et de Leòn, à tout jamais… tous les droits, jurisdictions et appartenances, de toutes les îles et des terres (continentales) trouvées et à trouver, découvertes et à découvrir.” La seule limite de l’octroi du pape était si les terres étaient déjà “en possession de quelque roi ou prince chrétien”. Le nom même de Colomb porte témoignage de la doctrine. Comme le stipule le dictionnaire d’anglais Oxford: “Chistopher” veut dire “porteur du Christ”.

Comme le signale le professeur Jeffers, les racines doctrinaires de la découverte chrétienne remonte même à plus loin, au XIIIème siècle, le pape Innocent IV qui “donna aux Chrétiens l’autorité légale de circonvenir à la propriété non-chrétienne et aux droits de souveraineté.” Aux XVIème et XVIIème siècle, des chercheurs en droit tels Franciscus de Victoria et Hugo Grotius commencèrent de développer ce qu’ils appelaient le “droit international” (c’est à dire la loi du système de l’état-nation). Ils construisirent sur des précédents papaux “légitimisant la confiscation des terres, propriétés et souveraineté des peuples non-chrétiens.”

Le rendu Johnson contre MacIntosh a admis cette origine religieuse. Comme le juge suprême Marshall l’écrivit: “Personne des puissance européennes ne donna plus son plein assentiment à ce principe que l’Angleterre. Les documents à ce sujet sont nombreux et complets. Dès l’année 1496, son monarque donna une commission aux Cabot de découvrir des terres alors inconnues au peuple chrétien et d’en prendre possession au nom du roi d’Angleterre.

Les Etats-Unis furent aussi abrupts lorsqu’ils clamèrent les terres des Indiens Tee-Hit-Ton en 1955. Leur résumé légal fonda explicitement l’affirmation de droit sur la doctrine chrétienne de la découverte: “La doctrine de titre de propriété par la découverte n’est pas juste une doctrine catholique romaine, mais plutôt un principe auquel toutes les nations chrétiennes adhèrent.” Le résumé légal expliquait qu’alors même que les Etats-Unis ne “reconnaissaient pas les papes comme la source de leurs titres de propriétés”, le concept de titre par la découverte était “fondé sur la même idée que les terres occupées par les païens et infidèles étaient ouvertes à toute acquisition par les nations chrétiennes.

Johnson contre M’Intosh et l’affaire Tee-Hit-Ton sont toujours considérés comme des précédents valides dans les tribunaux américains. Les cours de justice à tous les niveaux citent souvent ces décisions. Le plus souvent ces jours-ci, les tribunaux n’élaborent pas sur les fondements religieux sous-jacents de ces décisions. Comme le dit Jeffers, les noms de ces affaires sont maintenant “un raccourci logique pour déclarer que le titre de propriété indigène de la terre était inférieur à celui du titre européen.”

Il serait très embarrassant aujourd’hui pour les puissances coloniales et leurs descendants dans les états-nations variés du monde de parler ouvertement des fondements religieux des lois établies en regard des nations autochtones. Ceci ne veut pas dire qu’il n’y ait personne qui implique et embrasse la religion au sein de l’exercice du gouvernement (des sionistes aux chrétiens évangélistes en passant par les partis politiques islamistes), mais il convient de dire que la position normale des état membres des Nations-Unies est maintenant de manière générale, nettoyée d’une telle rhétorique.

L’étude à venir du Forum Permanent fera monter l’attention rhétorique du discours international au sujet des peuples indigènes à son plus haut niveau depuis 500 ans. Ceci représente une opportunité et un défi. Les références répétées de l’étude pour “redresser” veut peut-être juste dire “rhabiller” une vieille doctrine ; un tel rhabillage de la doctrine peut-être anticipé et prévenu si des références à “l’auto-gouvernance”, “contrôle des terres” et autres aspects d’une “souveraineté effective”, sont bien comprises et mises en avant.

Peter d’Errico est diplômé de la faculté de droit de Yale (1968) Il a été l’avocat du Dinebeiina Nahiilna Be Agaditahe Navajo Legal Services, 1968-1970, à Shiprock . Il a enseigné le droit à l’université du Massachusetts, Amherst, 1970-2002. Il est avocat consultant sur les problèmes légaux indigènes.

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Autre lecture sur l’affaire Johnson contre McIntosh (1823):

https://resistance71.wordpress.com/2014/03/12/resistance-au-colonialisme-le-vol-des-terres-amerindiennes-enterine-par-une-decision-de-la-cour-supreme-de-1823/

Sur les bulles pontificales Romanus Pontifex, Inter Caetera et sur l’origine religieuse du colonialisme occidental:

https://resistance71.wordpress.com/2013/10/09/lorigine-profonde-du-colonialisme-occidental-les-bulles-pontificales-romanus-pontifex-1455-et-inter-caetera-1493/

500 ans d’injustice (Steven Newcomb) et liens sur l’origine du colonialisme:

https://resistance71.wordpress.com/2013/10/12/les-origines-du-colonialisme-inhumain-trop-inhumain-selon-le-vatican/

La bulle papale Inter Caetera de 1493 (Steven Newcomb):

https://resistance71.wordpress.com/2013/10/05/au-sujet-de-lorigine-du-colonialisme-la-bulle-papale-inter-caetera-alexandre-vi-1493/

 

France et colonialisme: Quand une boutade entre Obama et Hollande remet la doctrine chrétienne de la « découverte » sur la table…

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C’est la clef contre l’empire… Le retour à la terre. Priver l’empire de son territoire usurpé au gré de la loi canonique raciste et destructrice, c’est le rendre impuissant. Retirer le territoire à un empire, c’est l’effondrer sans espoir de retour.

Les Amérindiens ont ce pouvoir légal et nous devons les soutenir. Là est la clef du succès, nous l’avons dit et le répèterons sans cesse. A cet effet, la résurgence indigène est en train de prendre actuellement une autre dimension…

— Résistance 71 —

 

Le rachat de la Louisiane et la Doctrine de la Découverte

 

Steven Newcomb

 

25 février 2014

 

url de l’article:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/02/25/louisiana-purchase-and-doctrine-discovery

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Tandis que le président Obama accueuillait il y a peu le président français Hollande, ils ont fait la visite de Monticello, la plantation à esclaves du président américain Thomas Jefferson. Après la visite, le président Hollande a dit à un  moment donné: “Et ensuite le président Jefferson a racheté la Louisianne à Napoléon et aujourd’hui, nous ne demandons rien.” (les gens présents rigolent…)

Le président Obama a répondu: “C’était une bonne affaire en tous les cas.”

Qu’est-ce donc que le président Obama qualifait-il donc ainsi “de bonne affaire” ? De quel point de vue était-ce une “bonne affaire” ? En 1803, Le gouvernement américain acheta la prétention de la France à la “colonie et province”, appelée “Louisianne”, nommée du nom de Louis XIV, roi de France de 1643 à 1715. La grande zone s’étend sur 1 400 000 km2. Ceci représente 560 millions d’acres de territoires des nations indiennes, qui furent clâmés par la France (et l’Espagne), sur la seule base de la doctrine chrétienne de la découverte.

Le droit de découverte de la France fut fondé sur la base d’une simple idée: Lorsque les explorateurs représentant d’un “souverain” chrétien parvenait à “découvrir” l’embouchure d’un fleuve comme le Mississippi, la famille des souverains chrétiens regardaient cette “découverte souveraine” comme un droit de domination, de colonisation sur toutes les terres émergées de cette région autour de ce fleuve particulier et ce jusqu’à sa source. Ce que le président Jefferson a racheté à Napoléon était en fait la revendication par la France de sa “découverte” de tous les territoires des nations indiennes au sein de ces 1 million 400 000 km2.

Le premier explorateur français qui naviga d’amont en aval du fleuve Mississippi en 1682, des Grands Lacs jusqu’au Golfe du Mexique, fut René-Robert de La Salle. Dans “The Louisiana Purchase and Our Title West of the Rocky Mountains (U.S. Government Printing Office, 1900), Binger Hermann, alors commissaire aux territoires des Etats-Unis, écrivit: “La Salle, se tenant sur les berges du canal le plus occidental du Mississippi avec Tonty, Dautray et d’autres personnes, à environ 3 lieues de l’embouchure du fleuve, le 9 Avril 1682, prit possession des terres au nom de Louis XIV, roi de France et érigeant une colonne, ou comme insista le Dr Kohl, “une croix avec les armes du roi”, il y enfouit une assiette, y déploya le drapeau français, chanta le Te Deum et nomma le territoire “Louisianne” d’une forte voix…”

Hermann a dit que La Salle avait proclamé la possession s’étendre “de l’embouchure du grand fleuve St Louis sur le côté Est, autrement appelé Ohio, Alighin, Sipore ou Chiskagona” et ceci fut fait “avec le consentement des Chaonanons, Chikachas et autres peuples se trouvant alentour, avec qui nous avons passé alliance, ainsi que le long du fleuve Colbert ou Mississippi  et des rivières qui viennent s’y jeter…” [page 12]

L’explication continue en se référant à un endroit “au-delà des Kious ou des Nadonessiens et ceci avec leur consentement, et le consentement des Motanties, Illinois, Mesigameus, Natches, Koroas, qui sont les nations principales se trouvant dans ces territoires, avec lesquelles nous avons aussi fait alliance… jusqu’à l’embouchure vers la mer ou Golfe du Mexique.” Les envahisseurs français ont pris possession, dit le compte-rendu “avec l’assurance que nous avons reçue de toutes ces nations Indiennes, que nous sommes les premiers européens qui ont descendu ou remonté le dit fleuve Colbert (Mississippi).” [Ibid]

Dans un effort de rendre ses actions légitimes, La Salle a affirmé que les nations originelles ont consenti à l’assujettissement de leurs territoires en tant que possession française. Il n’y a bien entendu, aucun moyen de vérifier les dires de La Salle ; ni non plus un moyen de vérifier ce que les Français ont vraiment dit à l’époque aux nations indiennes ou ce que ces nations ont compris, ou ce qu’elles n’ont pas compris. Je suppose que nous sommes simplement supposés accepter l’idée que ce qu’ont dit les Français est juste. De manière évidente, un grand nombre d’information historique, comme par exemple ce que les nations indiennes ont vraiment pensé de ces appropriations des envahisseurs, ne fut jamais vraiment bien enregistré par les Français.

Ce que nous savons est que dans le verdict de la cour suprême de justice américaine de l’affaire Johnson contre MacIntosh en 1823, verdict qui fut rendu juste deux petites décennies après le traité du rachat de la Louisianne de 1803, le juge suprême, Chief Justice Marshall, qui écrivit le rendu, référait aux nations indiennes dans cette vaste étendue comme “étant de fait indépendantes”. Ceci constitue la preuve de la nationalité indépendante et originale de nos nations et des peuples qui les constitutaient, ce dont j’ai pris l’habitude obsessive de faire remarquer.

Pour en revenir aux présidents Obama et Hollande, qui aurait pu imaginer qu’une histoire connectée à la doctrine chrétienne de la découverte aurait été mentionnée dans quelques palabres anodins entre ces deux chefs d’état ? Et du fait de l’allusion à cette histoire, c’est le bon moment pour le leadership indien de saisir cette opportunité pour défier sur la scène internationale la destruction qui a été faite de nos nations et de nos peuples en conséquence directe de la doctrine chrétienne de la découverte.

Steven Newcomb (Shawnee-Lenape)  est le co-fondateur de l’Institut Légal Indigène et auteur de l’ouvrage: “Pagans in the Promised Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery (Fulcrum, 2008).  Il a publié plusieurs articles légaux et a étudié la loi fédérale américaine sur les Indiens depuis le début des années 1980.

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A lire absolument pour plus d’information sur la doctrine chrétienne de la découverte:

https://resistance71.wordpress.com/2013/10/09/lorigine-profonde-du-colonialisme-occidental-les-bulles-pontificales-romanus-pontifex-1455-et-inter-caetera-1493/

Ainsi qu’un résumé de la décision de la cour suprême des Etats-Unis datant de 1823 dans l’affaire Johnson contre McIntosh au sujet de la propriété des terres autochtones:

https://resistance71.wordpress.com/2014/03/12/resistance-au-colonialisme-le-vol-des-terres-amerindiennes-enterine-par-une-decision-de-la-cour-supreme-de-1823/ 

Résistance politique: Démonter le christianisme pour démonter le colonialisme…

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , on 30 décembre 2013 by Résistance 71

Aucune décolonisation, restitution et réconciliation n’est possible sur le continent des Amériques, dans les anciens pays colonisés et en Océanie, sans une répudiation inconditionnelle de la « doctrine raciste chrétienne de la découverte » sanctifiée par les bulles papales du XVème siècle Romanus Pontifex et Inter Caetera…

Pas à pas, nous y arrivons, les nations autochtones le clâment depuis bien longtemps, notre soutien à leur cause n’est pas identitaire, mais humanitaire, il en va simplement du futur de l’humanité. La doctrine chrétienne raciste et suprémaciste de la découverte a été étroitement imbriquée dans les systèmes légaux d’Amérique du Nord, du sud et des nations colonialistes d’Océanie (Australie, Nouvelle-Zélande), ainsi annuler la base légale, fera immanquablement effondrer le système pseudo-légal de la propriété territoriale des états colonialistes ; ce faisant retirer le tapis sous les pieds du colosse impérialiste aux pieds d’argiles…

Le moment de vérité approche…

— Résistance 71 —

 

C’est la saison de la décolonisation du christianisme

 

Nahnda Garlow

 

24 Décembre 2013

 

url de l’article original:

http://tworowtimes.com/opinions/columns/scone-dogs-seed-beads/tis-season-decolonization-christianity/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Que savez-vous du tout premier Noël ? Peut-être avez-vous entendu l’histoire de la bible:  un ange, une femme enceinte, quelques bergers avec des ânes et des rois mages venant en chameau, le tout se terminant dans une étable en Israël, regardant ce petit bébé garçon. Une image confortable avec un message pour l’humanité: Un sauveur est né.

Il ne sera pourtant pas le cadeau qu’espérait le peuple d’Israël. Il fut persécuté, capturé, torturé et tué par la dictature religieuse de son temps a cause du message controversif qu’il transportait avec lui. Message qui dit en substance ceci: “croyez-moi, cette religiosité bloque la voie de dieu”.

Il diffusa son message sur la terre, fut crucifié par la dictature religieuse et ses adorateurs zèlés (NdT: selon la légende…), pourtant il ressuscita miraculeusement trois jours plus tard, remplissant la promesse faite à savoir qu’il y a de l’espoir à suivre sa parole, la vie éternelle au paradis. (NdT: toujours selon la légende…)

Cette histoire est racontée à toutes les sauces, mais c’est un message auquel on s’accroche par exemple lorsqu’un proche disparaît. Vous les reverrez un jour au paradis et il n’y aura plus de larmes, plus de lutte, plus de douleur.

Pourtant le christianisme occidental a une telle mauvaise histoire envers l’humanité que vous ne pouvez pas dire grand chose au sujet de Jésus et de Noël dans la sphère publique sans vous retrouver réduit au silence ou sévèrement censuré. Dans un vaillant effort de sauver l’économie, voici le chevalier Dollar sur son cheval blanc, champion de Noêl. Il semble que le plus récent capitaliste Noël trouve jésus, la mangeoire et tout le reste un petit peu embarrassant, oserai-je dire tabou. A moins que ce ne soit cadré dans le contexte noir et blanc d’un film des années trente, alors c’est romantique.

Ce week-end j’essayais de trouver du papier d’emballage et aucun rouleaux n’avait des chameaux ou les rois mages dessus. Aucune carte chez les détaillants importants ne représentait même de loin la mangeoire de Noël. J’ai même quasiment pas vu d’anges ; en fait cette année, la mode de la décoration du sapin est papillons et rubans colorés. Pas de mal à cela, c’est pas jésus non plus.

Il semble que dans une tentative de divertir l’attention de l’oppression et des abus en tous genres que l’église a infligé à l’humanité, ils ont opté pour “dé-jésuifier” Noël et le renommer “la saison du don”. Noël est devenu de manière fort utile, un délice pour consommateurs ego-maniaques pour que nous puissions avancer comme soi-disants de braves gens bien propres sur eux se tenant la main, chantant à la lueur des bougies et nous dépêchant d’ouvrir nos cadeaux le plus vite possible.

Où est parti Jésus ? et qu’est-ce que c’est que tout ce coton sur mes yeux ??

Ceux qui ont deux sous de bon sens peuvent voir que le message du Christ et les actions de l’église ne sont pas sur la même longueur d’onde. Mais vous ne pouvez pas et ne devriez pas effacer le contexte chrétien de Noël et le remplacer avec de la consommation effrenée, espérant que les problèmes vont juste finir par disparaître. C’est le vieux truc d’appâter et de remplacer. D’abord, enlevez Jésus, ensuite remplacez-le avec des cadeaux aussi vite que possible et espérez que tout le monde sera trop occupé pour s’en apercevoir. Dans le même temps, des heureux à travers la nation gobent hameçon, ligne et bouchon avec, le tout en chantant “Joyeux Noël !”

Ongwehonwe (NdT: Peuples natifs des Amériques en langue Mohawk) mordent aussi à l’hameçon. Nous savons que l’église est responsable de l’abus de nos enfants, nous savons que l’église est responsable du génocide contre les nations indigènes dans le monde. De plus, nous, ongwehonwe, savons que l’église n’a pas pris d’actions drastiques pour faire ce qu’elle aurait dû faire, faire amende honorable du passé et rejeter le mandat assimilationniste. Il n’y a aucun cadeau qui peut nous distraire de cette vérité fondamentale.

Malheureusement, il y a un leadership trompé et vocal dans les églises des nations autochtones qui continue de convertir les peuples indigènes à un modèle spécial de christianisme occidental. C’est une église mal informée, qui condamne le peuple traditionnel, les danses culturelles et le concept de nation indigène comme une dégénérescence spirituelle. Peut-être que la pire offense de toutes dans cette communauté, mis à part la mauvaise interprétation de la bible, est la pratique forcenée de pousser les gens à l’opposé de la résistance politique et vers la passivité et la soumission aux puissances de ce monde ; tout cela avec l’espoir que cela leur donnera une meilleure chaise à la table lorsqu’ils se retrouveront au “paradis”. Bien sûr cette version du paradis sera pleine de rideaux dorés, de gros fauteuils en bois avec rembourage en velours écarlate où ils côtoieront un Jésus Christ blond aux yeux bleus. Mais pas de plumes, pas de danses et alors surtout pas de tambours !

Quelle est la dure vérité ici ? Malheureusement, nous ne verrons sans doute jamais le Christ si nous regardons vers l’église chrétienne pour l’exemplifier. De la même manière, vous ne pouvez jamais connaître les peuples autochtones du Canada si vous ne regardez que la loi sur les Indiens (Indian Act) qui les définit (au regard de la nation). Il semble donc que la décolonisation n’est pas seulement nécessaire pour les communautés autochtones et les peuples d’Amérique du Nord (et du sud), mais aussi pour les esprits et les institutions de l’humanité entière. Il semble que le véritable message originel de Jésus soit toujours vrai: “Croyez-moi braves gens, cette religiosité bloque la voie vers dieu.”