Archive pour union eurasienne russie chine

La croisée des chemins dans les relations russo-occidentales…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 9 avril 2015 by Résistance 71

Comme très souvent, très bonne analyse de l’excellent Pepe Escobar.

— Résistance 71 —

 

Grand marché eurasiatique ou guerre nucléaire ?

 

Pepe Escobar

 

6 avril 2015

 

url de l’article en français:

http://lesakerfrancophone.net/grand-marche-eurasiatique-ou-guerre-nucleaire/

 

Une source haut placée dans la diplomatie européenne a révélé à Asia Times que le gouvernement de la chancelière allemande Angela Merkel n’y est pas allé de main morte avec Pékin, dans le but de faire dérailler son partenariat stratégique à plusieurs volets avec la Russie.

Pékin ne va pas nécessairement prêter l’oreille à ce geste politique de Berlin, car la Chine est trop occupée à accorder les cordes de son instrument qu’est la Nouvelle route de la soie paneurasiatique, qui implique des liens d’affaires et de commerce étroits à la fois avec l’Allemagne et la Russie.

La tactique allemande fait ressortir encore plus la pression exercée par les éléments durs au sein du gouvernement des USA, qui sont résolus à prendre pour cible la Russie et à l’encercler. En dépit de tous les beaux discours autour de l’indignation causée par les manigances de la U.S. National Security Agency (NSA) qui l’a mise sous écoute, la chancelière suit la voie tracée par Washington. Si elle avait été vraiment outrée, elle aurait levé unilatéralement les sanctions imposées à la Russie. Comme Merkel ne l’a pas fait, nous voici donc en présence de la bonne vieille tactique de négociation du bon et du méchant.

Bref, Washington ne peut tolérer que l’Allemagne et la Russie s’engagent dans des relations commerciales et politiques étroites, qui menaceraient directement son hégémonie dans l’Empire du Chaos.

Ainsi, toute la tragédie ukrainienne n’a absolument rien à voir avec les droits de la personne et le caractère sacré des frontières. Rappelons que l’Otan a arraché le Kosovo à la Yougoslavie-Serbie sans même se donner la peine de tenir un vote, comme on l’a fait en Crimée.

Ces S-500 sont à surveiller

Parallèlement à cela, une autre tactique fascinante est en cours. Certains éléments du royaume du baratin formé par les groupes de réflexion aux USA, qui ont des liens étroits avec la CIA, commencent à tergiverser à propos de la guerre froide 2.0, par crainte d’avoir mal jugé ce qui se passe vraiment sur l’échiquier géopolitique.

J’arrive de Moscou, où l’on a l’impression que le Service fédéral de sécurité et les services du renseignement militaire russe sont de plus en plus exaspérés par les provocations sans fin de Washington et de l’Otan, des pays baltes à l’Asie centrale, de la Pologne à la Roumanie, de l’Azerbaïdjan à la Turquie.

Vous trouverez ici un résumé détaillé mais partiel de ce que l’ensemble de la Russie considère comme une menace existentielle, soit la volonté de Washington et de l’Otan d’empêcher la Russie de s’engager dans le commerce et le développement en Eurasie, de détruire son périmètre de défense et de l’amener à s’engager dans une guerre frontale.

Une guerre frontale n’est pas une idée particulièrement géniale. Les missiles antimissiles et antiaériens russes du système S-500 peuvent intercepter tout missile balistique intercontinental, missile de croisière ou avion existant. Ils sont propulsés à une vitesse de 25 000 km/h, atteignent une altitude de 185 km, parcourent horizontalement 3 500 km et peuvent intercepter jusqu’à dix missiles en approche. Aucun système antimissiles des USA ne peut les arrêter.

Du côté des USA, certains disent que le système S-500 est déployé en accéléré, ce qu’a corroboré à Asia Times une source proche des services secrets des USA. Les Russes n’ont rien confirmé. Officiellement, Moscou dit que le système sera déployé en 2017. Ce qui veut dire que tôt ou tard, l’espace aérien appartiendra aux Russes. Il est dès lors facile d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

La politique de l’administration Obama, qui consiste à promouvoir l’hystérie guerrière contre la Russie tout en lui livrant une guerre économique (à coup de sanctions), monétaire (contre le rouble) et pétrolière apparaît alors comme l’œuvre d’une bande de spécimens appartenant à une sous-classe de la zoologie.

Au sein de l’Union européenne, certains adultes voient déjà les signes avant-coureurs d’une guerre nucléaire. Les systèmes de défense conventionnels de l’Otan ne sont pas de taille, tout comme l’accroissement de la puissance militaire en cours d’ailleurs, car le tout peut être démoli par les quelque 5 000 armes nucléaires tactiques dont Moscou dispose.

Dans le doute, ne t’abstiens pas de les intimider !

Il faut évidemment du temps pour transformer les mentalités actuellement fixées sur la guerre froide 2.0, mais certains signes laissent croire que les Maîtres de l’Univers prêtent l’oreille, comme dans cet article qui, pourrait-on dire, brise la glace (publiquement).

Admettons que la Russie décide de mobiliser cinq millions de personnes et de passer à la production militaire. L’Occident reviendrait alors aussitôt sur sa politique et proposerait une entente cordiale. Admettons aussi que Moscou décide de confisquer tout ce qui reste des richesses acquises de façon douteuse par les oligarques. Le taux d’approbation de Vladimir Poutine, déjà loin d’être négligeable, grimperait à au moins 98 %. Poutine a fait preuve d’assez de retenue jusqu’à maintenant, ce qui n’a pas empêché sa diabolisation hystérique puérile de se poursuivre.

Nous assistons à une perpétuelle escalade. Les révolutions de couleur; le coup d’État de Maidan ; les sanctions; le méchant Hitler-Poutine; l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan; des bases de l’Otan partout. Sauf que dans la réalité, le contre-coup d’État en Crimée et les victoires sur le champ de bataille par les armées des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk ont fait dérailler les plans les plus détaillés du département d’État des USA et de l’Otan. En plus de cela, Merkel et François Hollande ont été contraints de conclure une entente cordiale avec la Russie (Minsk 2), parce qu’ils savaient que c’était l’unique moyen d’empêcher Washington d’armer davantage Kiev.

Poutine est essentiellement engagé dans un processus très complexe de préservation et d’épanouissement de l’histoire et de la culture de la Russie, teinté de panslavisme et d’eurasisme. Le comparer à Hitler ne tient même pas la route comme blague de jardin d’enfants.

Mais il serait étonnant que les néocons à Washington comprennent quoi que ce soit à l’histoire et à la culture russes. La plupart d’entre eux n’arriveraient même pas à répondre à des questions portant sur Leo Strauss et Carl Schmitt, leurs héros adorés. En outre, leur anti-intellectualisme et leur arrogance exceptionnaliste n’offrent un espace privilégié qu’à une intimidation sans borne.

Une de mes sources, universitaire aux USA, a envoyé une lettre à Nancy Pelosi avec copie conforme à un néocon notoire, l’époux de Victoria, reine du Nulandistan. Voici la réponse du néocon, à partir de son adresse courriel à la Brookings Institution : Va donc te faire f… ! Un autre exemple éloquent de mari et femme faits l’un pour l’autre.

Il semble toutefois y avoir, dans l’entourage du gouvernement, des gens avec un QI décent qui sont prêts à affronter la cellule néoconservatrice au sein du département d’État, les néocons qui infestent les pages éditoriales du Wall Street Journal et du Washington Post, toute une série de groupes de réflexion et bien sûr l’Otan, dont le chef militaire en place, le général Breedlove/Follehaine, fait tout pour se distinguer dans son interprétation postmoderne du docteur Folamour.

L’agression russe est un mythe. La stratégie adoptée jusqu’ici par Moscou est purement défensive. Moscou s’engagerait sans hésiter dans une coopération stratégique avec l’Occident si cette dernière comprenait les intérêts de la Russie en matière de sécurité. Si les intérêts de l’ours sont bafoués, comme lorsqu’on le provoque, l’ours se défendra. Quiconque possède une compréhension minimale de l’histoire sait que l’ours a déjà enduré quelques souffrances. Il ne s’effondra pas et ne disparaîtra pas non plus.

Par ailleurs, un autre mythe a été démoli, celui voulant que les sanctions nuiraient grandement aux exportations et aux surplus commerciaux de la Russie. Elle a bien sûr été blessée, mais le mal était supportable. La Russie possède des matières premières à profusion et une immense capacité de production intérieure, ce qui suffit à répondre à la majeure partie de la demande dans le pays.

Ce qui nous ramène à l’UE, à la Russie, à la Chine et à tout ce qui se trouve autour, qui pourraient se joindre au plus grand marché commercial de l’histoire couvrant l’ensemble de l’Eurasie. C’est ce que Poutine a proposé en Allemagne il y a quelques années. C’est aussi ce à quoi s’affaire déjà la Chine. Que proposent les néocons en retour? Une guerre nucléaire en sol européen.

Enjeu géopolitique: L’Eurasie sur un échiquier 3D ?…

Posted in actualité, économie, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 14 novembre 2014 by Résistance 71

Très bonne analyse de contexte du toujours excellent Pepe Escobar, valide dans un contexte de dimension géopolitique « classique », néanmoins cet article suscite quelques questions de notre part car l’histoire nous a prouvé que le plus souvent rien n’est ce qui paraît être:

Et si « l’animosité » sino-yankee n’était qu’une façade de plus, la collusion financière et industrielle entre la Chine et le pays du goulag levant (ex-USA) est de plus en plus forte. Les travaux d’analyse historique du professeur Antony Sutton, que nous avons traduit en grande partie sur ce blog, ont montré que l’URSS a été une création de Wall Street et de la City de Londres. Dans la même veine, la même chose ne se reproduit-elle pas devant nos yeux ? N’est-ce pas David Rockefeller lui-même qui poussa à la « normalisation » des relations entre Washington et Pékin du temps de Mao et qui fit secrètement envoyer son larbin Kissinger à Pékin avant que Nixon ne s’y rende en 1972 ? N’est-ce pas D. Rockefeller qui se félicitait dans un éditorial du New York Times en 1970 du « grand leadership du timonier Mao » ?… N’est-ce pas les Etats-Unis qui lâchèrent Chiang Kaï Chek en rase campagne pour soutenir Mao qu’ils voyaient plus « maléables » et profitable à terme?

Nous l’avons dit ici même depuis bien longtemps: la Chine a plus d’intérêts à s’allier avec l’empire actuel que la Russie, les « élites » autoproclamées chantres du N.O.M ont la Chine comme modèle de contrôle de société. A ce titre, la Russie n’est-elle pas en train de se faire piéger ? Fait-elle partie aussi d’une alliance de 3ème niveau ? Sommes-nous sur un échiquier non pas bi-dimensionnel mais tri-dimensionnel ? Doit-on voir au delà des marionnettes politiciennes qu’on agite devant nos yeux, Obama, Xi Jinping et Poutine en étant les « stars » ? Quelles sont les transnationales positionnées derrière les grands travaux énoncés par Pepe Escobar dans son article ?

Autant de questions qui valent la peine d’être posées, mais aussi d’être répondues…

— Résistance 71 —

 

Le canard boiteux sorti de la caravane de la route de la soie

 

Pepe Escobar

 

13 Novembre 2014

 

url de l’article:

http://www.informationclearinghouse.info/article40202.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Il n’y a pas de plus belle illustration du vers où le monde multopolaire se dirige que ce qui vient juste de se passer au sommet de l’Asia Pacific Economic Cooperation (APEC) de Pékin.

Regardez bien les photos officielles. Tout est dans le positionnement et ceci étant la Chine, pleine de signification symbolique. Devinez qui est à la place d’honneur, côte à côte avec le président chinois Xi Jinping et devinez où se trouve le blaireau leader de la “nation indispensable”, où a t’il été relégué ? Les Chinois peuvent aussi être les maîtres de l’envoi d’un message de dimension mondiale.

Lorsque le président Xi a instamment demandé “d’ajouter du bois de chauffage dans le feu de l’économie de l’Asie-Pacifique et du monde”, c’est ce qu’il voulait dire, sans faire attention aux conclusions inprécises résultant du sommet.

1) Pékin va aller de l’avant sans retenue pour le Free Trade Area of the Asia-Pacific (FTAAP), la vision chinoise d’un accord commercial “tout inclusif, tout gagnant” qui fait véritablement la promotion de la coopération Asie-Pacifique au lieu du partenariat trans-pacifique (TPP) écrit par les corporations américaines et piloté par les Etats-Unis.

2) Le modèle est établi pour “une connectivité généralisée”, des mots mêmes de Xi, ce qui implique que Pékin va mettre en place l’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB ou Banque d’Investissement d’Infrastructure Asiatique), un nouvel accord gazier très important entre Pékin et Moscou, celui-ci au travers du gazoduc Altaï de Sibérie Occidentale, la Chine ayant déjà envoyé pas moins de 40 milliards de dollars pour le commencement de la construction de la ceinture économique de la route de la soie et la route de la soie maritime du XXIème siècle.

Une fois de plus, tout converge vers la plus spectaculaire, la plus ambitieuse et largement connectée offensive d’infrastructure pluri-nationale jamais tentée: les multiples nouvelles routes de la soie, un réseau très complexe de chemins de fer ultra-rapides, de pipelines, de ports, de cables fibre-optique et d’une structure de télécommunication ultra moderne ; ceci est déjà en train de se construire au travers de l’Asie Centrale, relié à la Russie, à l’Iran, à la Turquie et à l’Océan Indien, se branchant sur l’Europe jusqu’à Venise et Berlin.

Ceci est l’inter-connexion de Pékin et le “rêve d’Asie-Pacifique” de Xi, qui se trouve bien au-delà de l’Asie Orientale, les yeux fixés sur un commerce pan-Eurasiatique, ayant en son centre, qui d’autre, que l’empire du milieu.

La campagne “Allons à l’Ouest” a été officiellement lancée en Chine à la fin des années 1990. Les nouvelles routes de la soie sont une “poussée à l’Ouest et au sud” turbo-compressée, étendant les marchés, les marchés et les marchés. Pensez à l’Eurasie d’un futur proche comme une grande ceinture de soie chinoise et sous certaines latitudes, dans un condominium avec la Russie.

Vous voulez votre guerre chaude ou froide?

Alors que Pékin rêve, Noam Chomsky a été très vocal au sujet d’une réaction en chaîne catastrophique du style de 1914, faite par l’occident et qui pourrait bien déraper hors de contrôle et les enjeux, une fois de plus, sont nucléaires. Moscou est absolument horrifiée par cette possibilité immonde et ceci explique pourquoi la Russie, sous les provocations incessantes des Etats-Unis, ainsi que sous le coup de sanctions économiques, a exercé une retenue titanesque. Non seulement la Russie ne peut pas être “isolée” comme l’ont tenté les Etats-Unis avec l’Iran, mais Moscou a identifié et dénoncé la fumisterie néoconservatrice en Ukraine.

A la réunion du Club Valdaï de Sotchi, le président Poutine a tiré toutes les conclusions nécessaires dans un discours crucial, qui fut manifestement ignoré par les médias corporatistes occidentaux. Les élites de Washington et de Wall Street n’ont absolument aucune intention d’autoriser un minimum de multipolarité dans les relations internationales. Ce qui reste est le chaos. C’est ce que j’ai dit à plusieurs reprises, durant les années de gouvernement Obama et cela est au centre de mon nouveeau livre “Empire of Chaos”.

Moscou est au courant de tous les liens complexes d’inter-relations avec l’Europe, spécifiquement l’Allemagne et avec le toujours disparaissant, mais néanmoins toujours influent consensus de Washington et pourtant la Russie détient le joker pour être une puissance eurasiatique ; troublée, il y aurait toujours un pivot possible sur l’Asie.

Gorbatchev avait raison lorsqu’il a indiqué à Berlin comment, brisant une promesse qui lui avait été personnellement faite par le père Bush, l’OTAN s’est embarquée dans une expansion toujours plus à l’Est et comment l’occident, essentiellement les Etats-Unis et quelques uns de ses vassaux européens, semblent maintenant obsédés de lancer une nouvelle guerre froide, avec un nouveau mur de Berlin se tenant métaphoriquement à Kiev.

Le pivot de Moscou vers l’Asie et tournant le dos à l’occident se produit sur plusieurs niveaux, depuis des mois maintenant, tout le monde peut le voir. On peut dévaster des hectares de forêt supplémentaires pour écrire comment le résultat a été directement influencé par ce qu’Obama a lui-même décrit comme le “Ne faites pas de choses idiotes” de la doctrine de politique étrangère, qu’il baptisa à bord de l’avion présidentiel Air Force One en revenant d’un nouveau voyage en Asie en Avril dernier.

Au sujet de l’énergie, la pirouette du Financial Times concernant un autre méga-accord gazier entre la Russie et la Chine, l’étiquetant “La vengeance de Poutine”, est d’une connerie proverbiale. La Russie se tourne vers l’Est parce que c’est là que la demande se trouve. Au sujet de la finance, Moscou vient juste de mettre fin à l’étalonage du rouble sur le dollar US et l’euro ; ce qui a fait instantanément chuter le dollar contre le rouble. VTB pour sa part a annoncé qu’il allait peut-être quitter la bourse de Londres pour aller à Shanghaï. Hong Kong attire déjà les géants de l’énergie russes.

Maintenant mélangez ces développements clef avec le double accord énorme sur l’énergie en yuan-rouble et vous avez l’image d’une Russie se protégeant activement contre des attaques spéculatives politiquement motivées de l’occident contre sa monnaie.

Le partenariat symbiotique et stratégique entre la Russie et la Chine s’étend visiblement à l’énergie, à la finance et aussi de manière inévitable à la technologie militaire. Ceci crucialement inclut la vente par Moscou à Pékin de son système de défense anti-aérien S-400 et son futur S-500.

Le système S-500 peut intercepter n’importe lequel des missiles balistiques intercontinentaux américain ou missiles de croisières (comme les Tomahawk), tandis que les missiles intercontinentaux russes déployés à vitesse “V”, équipé du système MIRV sont simplement imbattables. Pékin de son côté, développe déjà des missiles sol-mer qui peuvent torcher tout ce que la marine US pourrait leur envoyer, des portes-avions aux sous-marins en passant par les systèmes de défense anti-aérienne mobiles.

Se joindre à la caravane

Stratégiquement, Pékin et Washington ne pouvaient être que des pôles opposés dans ce que j’appelle la naissance du siècle eurasien.

Pékin a clairement identifié Washington/Wall Street se battant à mort pour préserver le court moment unipolaire. La Chine et les pays du BRICS, travaillent vers ce que Xi a défini comme un “nouveau modèle de relations au pouvoir”. L’état d’esprit de Washington/Wall Street est “toi ou moi” au lieu d’une situation “gagnant-gagnant” ; les maîtres de l’univers auto-proclamés croient qu’ils peuvent toujours monopoliser le pillage parce que la Russie, puis la Chine, battront éventuellement en retraite pour éviter la confrontation.. Ceci est quelque part l’aspect en Asie-Pacifique aujourd’hui qui ressemble à l’Europe de 1914.

Avec ce genre de truc passant pour de “l’analyse” dans les cercles académiques états-uniens et avec les élites de Washington/Wall Street au travers de leur pays des think tanks complètement myopes, s’accrochant toujours à leurs platitudes de contes de fées (mythiques) comme le “rôle historique” des Etats-Unis comme arbitre de l’Asie moderne et équilibreur clef du pouvoir, il ne faut pas du tout s’étonner que l’opinion publique occidentale ne puisse même pas s’imaginer de l’impact de ces nouvelles routes de la soie dans la géopolitique du XXIème siècle.

Un quart de siècle après la chute du mur de Berlin, les Etats-Unis sont totalement dirigés par une oligarchie. L’Europe est géopolitiquement inepte et inutile. La “démocratie” a été dégradée en une pathétique auto-parodie à travers l’ensemble de l’occident. Un impérialisme “humanitaire” tout autant que néoconservateur en Irak, Libye, Syrie, Ukraine et plus a mené de désastre en désastre. Le turbo-capitalisme financier est une bombe à retardement.

La Russie et la Chine ne proposent peut-être pas un système alternatif, du moins, pas encore… Mais quoi qu’il en soit, alors que les chiens de guerre, de la haine et de l’inégalité aboient, la caravane sino-russe passe. La caravane vend l’intégration économique eurasienne, pas des bombes. Une véritable intégration de l’Asie-Pacifique est peut-être encore un rêve lointain ; mais pourtant ce que l’APEC a montré et de manière graphique une fois de plus, est l’implosion spectaculaire, au ralenti, de la domination géopolitique de l’ancienne nation indispensable.

Le cauchemar géopolitique de l’empire: Une Eurasie créée par la Russie et la Chine…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, économie, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique et social, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 9 juin 2014 by Résistance 71

Le psychopathe Zbigniew Brzezinski, ideologue de la dominance impérialiste américaine doit grimper aux rideaux et ne plus en descendre à l’idée d’une Union Eurasienne créée sous l’égide de la Russie et de la Chine.

— Résistance 71 —

 

La naissance d’un siècle eurasiatique

 

Pepe Escobar

 

2 Juin 2014

 

url de l’article en français:

http://www.elcorreo.eu.org/La-naissance-d-un-siecle-eurasiatique?lang=fr

 

 

Un fantôme hante Washington, la vision inquiétante d’une alliance sino-russe combinée avec une symbiose de commerce et d’échanges de biens en expansion à travers la majeure partie du continent eurasiátique aux dépens des Etats-Unis d’Amérique (US).

 

Et ce n’est pas une surprise que Washington soit inquiet. Cette alliance existe déjà de diverses manières : à travers le groupe des BRICS de puissances émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ; dans l’Organisation de Coopération de Shanghai, le contrepoids asiatique à l’OTAN ; au sein du G20 et les membres de 120 nations à travers le Mouvement de non Alignés (NAM).

Le commerce et l’échange de biens sont seulement une partie du pacte futur. Les synergies dans le développement de nouvelles technologies militaires retiennent aussi l’intérêt. A la vue du style Star wars du système ultrasophistiqué de défense aérienne antimissile russe prêt pour 2018, Pékin en veut une version. Pendant ce temps, la Russie est sur le point de vendre des douzaines de Sukhoi Su-35 de dernière génération aux chinois alors que Pékin et Moscou vont sceller une coopération dans le domaine de l’industrie aéronautique.

Cette semaine devrait voir les premiers vrais feux d’artifice de la célébration d’un nouveau siècle eurasiatique en gestation quand le président russe Vladimir Poutine rendra visite au président chinois Xi Jinping à Pékin.

Vous vous souvenez du « Ductistan » : tous ces oléoducs et gazoducs clés qui croisent de droite à gauche l’Eurasie pour former le vrai système circulatoire de la vie de la région. Maintenant il semble que le dernier accord de Ductistan sera aussi signé pour un montant de 1 trillion [million de millions] de dollars et 10 ans de préparation. Dans cet accord le géant énergétique russe contrôlé par l’État, Gazprom, acceptera de fournir China National Petroleum Corporation (CNPC), le géant contrôlé par l’État, 3 750 milliards de pieds3 quotidiens de gaz naturel liquide pendant au moins par 30 ans, à partir de 2018. C’est l’équivalent d’un quart des exportations de gaz de la Russie vers toute Europe. L’actuelle demande quotidienne de gaz de la Chine est de près des 16 Millairds de pieds 3 quotidiens et l’importation couvre 31,6 % de la consommation totale.

Il est possible que Gazprom reçoive encore la principale partie de ses bénéfices de l’Europe, mais l’Asie pourrait être son Everest. La compagnie utilisera cette méga affaire pour augmenter les investissements en Sibérie orientale et toute la région sera aussi reconfigurée comme un centre privilégié de distribution de gaz pour le Japon et la Corée du Sud. Si vous voulez savoir pourquoi aucun pays clef de l’Asie n’a été disposé à « isoler » la Russie au milieu de la crise ukrainienne – et en défiant le gouvernement d’Obama – il ne faut pas chercher au-delà du Ductistan.

Exit le pétrodollar, le « gaz-o-yuan » arrive

Et ensuite, en parlant d’inquiétude à Washington, il faut considérer le sort du pétrodollar, ou plutôt la possibilité « thermonucléaire » que Moscou et Pékin se mettent d’accord pour le paiement de l’accord Gazprom-CNPC non en pétrodollars mais en yuans chinois.

On peut difficilement imaginer un glissement plus tectonique, avec le croisement du Ductistan et une coopération croissante politico-économico-énergétique sino-russe. À côté, apparaît, la possibilité future d’une impulsion, dirigée de nouveau par la Chine et la Russie, vers une nouvelle monnaie de réserve internationale – en réalité un panier de monnaies – qui remplace le dollar (au moins dans les rêves optimistes de membres des BRICS).

Juste après le sommet décisif sino-russe viendra un sommet des BRICS au Brésil en juillet. Cela quand la banque de développement des BRICS de 100 milliards de dollars, annoncée en 2012, verra officiellement le jour comme alternative potentielle au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque Mondiale comme source de financement des projets pour le monde en développement.

Le « gaz-o-yuan » reflète plus qu’une coopération des BRICS pour esquiver le dollar, comme dans le cas du gaz naturel acheté et payé en devise chinoise. Gazprom envisage même d’émettre des titres en yuans comme moyen de planification financière de son expansion. Des titres en yuans sont déjà échangés à Hong Kong, à Singapour, à Londres et plus récemment Francfort.

Rien ne pourrait être plus sensé pour le nouvel accord de Ductistan que de le libeller en yuans. Pékin paierait Gazprom dans cette monnaie (convertissable en roubles) ; Gazprom accumulerait les yuans et la Russie achèterait alors la myriade de biens et de services faits en Chine en yuans convertissables en roubles.

C’est connu que les banques de Hong-Kong, de la Standard Chartered à la HSBC – ainsi que d’autres étroitement liées à la Chine par des accords commerciaux – se sont diversifiées en Yuans, ce qui implique qu’il pourrait devenir l’une des monnaies de réserve de facto avant d’être totalement convertible (Pékin travaille officieusement à un yuan totalement convertible en 2018).

L’accord sino-russe sur le gaz est lié de façon inextricable à la relation énergétique entre l’Union Européenne (UE) et la Russie. Après tout, la principale part du PIB russe provient des ventes de pétrole et de gaz, ainsi que son influence sur la crise de l’Ukraine. De son coté, l’Allemagne dépend de la Russie pour un lourd 30 % de son approvisionnement en gaz naturel. Cependant, les impératifs géopolitiques de Washington – nourris par l’hystérie polonaise – ont mené à pousser Bruxelles à trouver des façons de « punir » Moscou dans la future sphère énergétique (mais sans mettre en danger les relations actuelles dans le domaine de l’énergie).

Il y a des rumeurs persistantes à Bruxelles ces jours-ci sur l’annulation possible du gazoduc South Stream, projet de 16 milliards d’euros, dont la construction devrait commencer en juin. Une fois terminé, il devrait pomper encore plus de gaz naturel russe vers l’Europe, dans ce cas sous la mer Noire (en évitant l’Ukraine) par la Bulgarie, Hongrie, Slovénie, Serbie, Croatie, Grèce, en Italie et Autriche.

La Bulgarie, la Hongrie et la République Tchèque ont déjà fait comprendre qu’ils sont fermement opposés à toute annulation. Et probablement l’annulation n’est pas à l’ordre du jour. Après tout, l’alternative unique évidente est le gaz de la mer Caspienne de l’Azerbaidjan, et cela ne surviendra pas à moins que l’UE développe ses propres projets de construction.

En tous cas, l’Azerbaidjan n’a pas la capacité de fournir les besoins en gaz naturel et d’autres acteurs comme le Kazakhstan, marqué par des problèmes d’infrastructure, ou le Turkménistan peu fiable, qui préfère vendre son gaz à la Chine, sont déjà hors du tableau. Et il ne faut pas oublier que South Stream, combiné avec des projets énergétiques subsidiaires, va créer de nombreux emplois et investissements dans plusieurs pays de l’UE parmi plus dévastées économiquement.

Malgré tout, de telles menaces de l’UE, bien qu’irréalistes, servent seulement à accélérer la symbiose croissante de la Russie avec les marchés asiatiques. Pour Pékin en particulier, c’est une situation gagnant-gagnant. Après tout, il n’y a pas de comparaison entre une énergie fournie à travers des mers surveillées et contrôlées par la marine de guerre des Etats-Unis d’Amérique et des routes terrestres stables et permanentes depuis la Sibérie.

Choisis ta propre Route de la Soie

Certes, le dollar US continue d’être la première monnaie de réserve, représentant 33 % des échanges mondiaux à la fin de 2013, selon le FMI. Cependant, le montant était de 55 % en 2000. Personne ne connaît le pourcentage en yuans (et Pékin ne communique pas), mais le FMI remarque que les réserves « d’autres monnaies » sur les marchés émergents ont augmenté de 400 % depuis 2003.

On peut dire que la Fed « monétise » 70 % de la dette du Gouvernement US afin d’essayer d’empêcher que les taux d’intérêt s’envolent. Le conseiller du Pentagone Jim Rickards, comme tout banquier basé à Hong Kong, tend à croire que la Fed est en faillite (bien qu’ils ne le diront pas officiellement). Personne ne peut arriver à imaginer la dimension du futur déluge possible dont le dollar pourrait souffrir au milieu d’un Mont Ararat de 1,4 trillions de dérivés financiers.

Il ne faut pas penser qu’il s’agirait de la fin du capitalisme occidental, néanmoins, seulement la décadence de la foi économique régnante, du néolibéralisme, qui est encore l’idéologie officielle des US, de la majorité écrasante de l’Union Européenne et de certaines parties de l’Asie et de l’Amérique du Sud.

En ce qui concerne ce que l’on pourrait appeler le « néolibéralisme autoritaire » de l’Empire du Milieu : qu’est-ce qui peut ne pas plaire pour le moment ? La Chine a démontré que c’est le résultat d’une alternative orientée du modèle capitaliste « démocratique » occidental pour des nations qui veulent réussir. C’est de construire pas une, mais une myriade de, nouvelles Routes de Soie, des connexions massives de chemins de fer à grande vitesse, de ports, et des réseaux de fibres optiques, de pipelines à travers des parties immenses de l’Eurasie. Celles-ci incluent une route du Sud-est Asiatique, une route de l’Asie centrale, une « route maritime » de l’océan indien et même un chemin de fer à travers de l’Iran et de la Turquie qui arrive à l’Allemagne.

En avril, quand le président Xi Jinping a s’est rendu à Duisburg au bord du Rhin, avec le plus grand port du monde dans les terres et directement au cœur de l’industrie de l’acier de la Ruhr en Allemagne, il a fait une proposition audacieuse : on devrait construire une nouvelle « une Route économique de la Soie » entre la Chine et l’Europe, sur la base du chemin de fer Chongqing-Xinjiang-Europe qui va déjà de la Chine au Kazakhstan, ensuite à travers de la Russie, la Biélorussie, la Pologne, et finalement l’Allemagne. C’est 15 jours en train, 20 jours de moins que les cargos naviguant depuis le littoral oriental de la Chine. Cela représenterait le dernier tremblement de terre décisif géopolitique en terme d’intégration de la croissance économique à travers de l’Eurasie.

Il faut rappeler que, s’il n’y a pas de changements radicaux, la Chine est sur le point de se convertir, et de se maintenir, comme puissance économique globale numéro un, une position dont elle a joui pendant 18 des 20 derniers siècles. Mais ne le dites pas aux hagiographes de Londres, ils croient encore que l’hégémonie US durera, bon, éternellement.

Le chemin vers la Guerre Froide 2.0

Malgré de graves problèmes financiers récents, les pays du BRICS ont délibérément travaillé à devenir une antithèse de l’original G8 – après avoir expulsé la Russie en mars – à nouveau un Groupe de 7 soit le G7. Ils sont impatients de créer une nouvelle architecture mondiale pour remplacer celle qui a été imposée après la Deuxième Guerre mondiale et se considèrent comme un défi potentiel au monde « exceptionaliste » et unipolaire que Washington imagine pour notre avenir (avec lui même comme robocop mondial et l’OTAN comme sa force robocop). L’historien et animateur impérialiste Ian Morris dans son livre « War ! What is it Good For » ?, a défini les USA comme le « globocop » [gendarme mondial] décisif et « le dernier meilleur espoir de la Terre ». Si ce globocop « se fatigue de son rôle », écrit-il, « il n’existe pas de plan B ».

Eh bien, un plan BRICS existe, ou du moins c’est ce que les BRICS aimeraient croire. Et quand les BRICS agissent dans cet esprit sur la scène mondiale, ils évoquent rapidement un mélange curieux de crainte, hystérie et de combativité dans l’establishment de Washington.

Prenons Christopher Hill comme exemple. L’ex secrétaire d’État adjoint pour l’est de l’Asie et ambassadeur US en Irak est maintenant conseiller de l’Albright Stonebridge Group, une entreprise de consulting très liée à la Maison Blanche et au Département d’État. Quand la Russie était « à terre et hors jeu », Hill avait l’habitude de rêver d’un « nouvel ordre mondial » sous hégémonie US. Maintenant, que ces russes peu reconnaissants ont méprisé ce que « l’Occident leur offrait » – c’est-à-dire « un statut social spécial avec l’OTAN, une relation privilégiée avec l’Union Européenne et une coopération internationale dans des efforts diplomatiques » – ils sont, à son avis , entrain d’essayer de ressusciter activement l’empire soviétique. Traduction : si vous n’êtes pas des vassaux, vous êtes contre nous. Bienvenus dans la Guerre Froide 2.0.

Le Pentagone a sa propre version de cela, dirigée pas tant contre la Russie que contre la Chine qui, son think-tank sur les guerres futures l’affirme, est déjà en guerre avec Washington par de nombreuses façon. Par conséquent, si ce n’est pas l’Apocalypse maintenant, ce sera l’Armageddon demain. Et il va sans dire que pour toute chose qui va mal, tandis que le gouvernement d’Obama « pivote » de visu vers l’Asie et les médias US se gargarisent d’ une renaissance de la « politique de contention » de l’ère de la Guerre Froide dans le Pacifique, c’est la faute de la Chine.

S’enfonçant dans une folle précipitation vers la Guerre Froide 2.0, quelques faits risibles se font jour sur le terrain : le gouvernement US, avec 17,5 milliards de dollars de dette, envisage un affrontement financier avec la Russie, le plus grand producteur mondial d’énergie et importante puissance nucléaire, de même qu’il promeut aussi un encerclement économique militairement insoutenable autour de son plus grand créancier : La Chine.

La Russie affiche un important excédent commercial. Les gigantesques banques chinoises n’auront aucun problème pour aider les banques russes si les fonds occidentaux s’épuisent. En termes de coopération inter-BRICS, peu de projets dépassent l’oléoduc de 30 milliards de dollars qui est planifié et qui s’étendra de la Russie vers l’Inde à travers le nord-ouest de la Chine.

Les compagnies chinoises discutent déjà avec empressement de la possibilité de participer à la création d’un couloir de transport de la Russie vers la Crimée, ainsi que d’un aéroport, un chantier naval, et un terminal de distribution de gaz naturel liquide sur place. Et un autre gambit [sacrifice en échecs] « thermonucléaire » est en cours : la naissance d’un équivalent pour le gaz naturel de l’Organisation de Pays exportateurs de Pétrole qui inclurait la Russie, l’Iran, et comme on le dit le mécontent allié des US, le Qatar.

Le (tacite) plan à long terme des BRICS implique la création d’un système économique alternatif qui inclut une corbeille de monnaies adossés à l’or qui laisserait de côté l’actuel système financier mondial centré sur les USA (ce n’est pas une surprise que la Russie et la Chine accumulent tout l’or possible). L’euro – une monnaie saine adossée sur de grands marchés de titres liquides et d’immenses réserves d’or – serait aussi la bienvenue.

Ce n’est pas un secret à Hong Kong que la Bank of China a utilisé un réseau SWIFT parallèle pour réaliser toute sorte de commerce avec Téhéran, qui est placé sous un régime dur de sanctions de la part des États-Unis d’Amérique. Comme Washington manie Visa et Mastercard comme armes dans une campagne croissante dans le style Guerre Froide contre la Russie, Moscou se propose à mettre en œuvre un système alternatif de cartes de paiement et de crédit qui ne soit pas contrôlé par l’industrie financière occidentale. Un chemin plus facile encore serait d’adopter le système chinois d’Union de Paiements dont les opérations ont déjà dépassé American Express en volume global.

Je pivote juste sur moi-même

Il est probable qu’aucun « des pivots » du gouvernement d’Obama vers l’Asie puissent contenir la Chine (et la menacer à travers le contrôle des voies maritimes de l’énergie par la Marine de guerre US) réussisse à ce que Pékin s’éloigne de sa stratégie dite de « développement pacifique », inspirée de Deng Xiaoping, ayant l’intention de devenir une puissance commerciale mondiale.

Pas plus que le déploiement avancé de troupes US ou de l’OTAN en Europe Orientale et d’autres actes de style Guerre Froide ne dissuaderont Moscou d’un soigneux jeu d’adresse : s’assurer que la sphère d’influence russe en Ukraine demeure forte sans compromettre le commerce et les échanges, ainsi que les liens politiques avec l’Union Européenne, surtout, avec l’associé stratégique, l’Allemagne. C’est le Saint Graal de Moscou : une zone de libre-échange de Lisbonne à Vladivostok qui se reflète, (pas par hasard), dans le rêve chinois d’une nouvelle Route de la Soie jusqu’à l’Allemagne.

Pour sa part, Berlin, de plus en plus vigilante au sujet de Washington, déteste l’idée que l’Europe soit attrapée dans les griffes d’une Guerre Froide 2.0. Les dirigeants allemands ont des problèmes plus importants, y compris la tentative de stabiliser une UE branlante tandis qu’il faille éviter une faillite économique en Europe méridionale et centrale et l’avancée des partis de droite de plus en plus extrémistes.

De l’autre côté de l’Atlantique, le président Obama et ses hauts fonctionnaires donnent vraiment l’impression à se trouver pris dans leurs propres pivots, vers l’Iran, vers la Chine, vers les zones frontalières orientales de la Russie, et (inaperçus) vers l’Afrique. L’ironie de toutes ces manœuvres –militaires pour commencer – est qu’en réalité elles aident à ce que Moscou, Téhéran et Pékin renforcent leur propre stratégie en Eurasie et dans d’autres lieux, comme cela se voit en Syrie ou, fondamentalement dans plus d’accords énergétiques. Ils aident à renforcer aussi la coopération croissante stratégique entre la Chine et l’Iran. L’incessant discours du « ministère de la vérité » de Washington sur tous ces événements ignore soigneusement maintenant le fait que sans Moscou, l’ « Occident » ne se serait jamais assis pour discuter un accord nucléaire définitif avec l’Iran ou n’aurait obtenu un accord de désarmement chimique de Damas.

Quand les disputes entre la Chine et ses voisins de la Mer du Sud de la Chine et entre ce pays et le Japon sur les îles Senkaku/Diaoyou s’ajouteront à la crise de l’Ukraine, la conclusion inévitable sera que la Russie et la Chine considèrent que leurs zones frontalières et voies de navigation maritime sont propriété privée et ne vont pas accepter tranquillement les défis – qu’ils soient liés à une expansion de l’OTAN, un encerclement militaire US, ou aux boucliers anti-missiles. Ni Pékin, ni Moscou, ont un penchant pour la forme usuelle d’expansion impérialiste, malgré la version des événements qui est actuellement donnée au public occidental. Leurs « lignes rouges » continuent d’être de nature essentiellement défensive, et peu importe les intimidations utilisées pour les protéger.

Quel que soit ce que Washington veut, craint ou essaie d’empêcher, les faits sur le terrain suggèrent que dans les prochaines années Pékin, Moscou, et Téhéran s’approcheront, lentement mais sûrement, créant un nouvel axe géopolitique en Eurasie. Pendant ce temps, les USA perplexes, semblent complices dans la déconstruction de leur propre ordre mondial unipolaire, tandis qu’ils offrent aux BRICS une véritable occasion d’essayer de changer les règles du jeu.

La Russie et la Chine en mode pivot

Dans le monde des think-tanks de Washington, a été renforcée la conviction de que le Gouvernement Obama devrait se focaliser dans une réédition de la Guerre Froide grâce à une nouvelle version de la politique de contention pour « limiter le développement de la Russie comme puissance hégémonique ». La recette : armer les voisins des États de la Mer Baltique pour « contenir » la Russie. La Guerre Froide 2.0 existe parce que du point de vue des élites de Washington la première n’a jamais réellement pris fin.

Cependant, tout autant que les USA peuvent lutter contre l’émergence d’un monde multipolaire, avec des puissances multiples, les faits économiques sur le terrain montrent régulièrement de telles tendances. La question demeure : le déclin de l’Hégémon sera-t-il lent et raisonnablement ou entraînera t-il avec lui le monde entier dans ce qui a été appelé l’option « Samson » ?

Tandis que nous contemplons le déroulement du spectacle, sans que le coup final soit en vue, il faut rappeler qu’une nouvelle force grandit en Eurasie et que l’alliance stratégique sino-russe menace de dominer sa région vitale loin de ses contours. Maintenant c’est un cauchemar aux proportions « Mackinderesques » du point de vue de Washington. Il faut penser, par exemple, à comment le verrait Zbigniew Brzezinski, l’ex- conseiller national à sécurité, devenue un mentor dans la politique mondiale du président Obama.

Dans son livre de 1997 «  The Grand Chessboard » [le grand échiquier], Brzezinski argumente que « la lutte pour la primauté mondiale continuera à se jouer » sur l’ « échiquier » de l’Eurasie, dont « l’Ukraine était un pivot géopolitique ». « Si Moscou récupère le contrôle de l’Ukraine », a-t-il écrit alors, la Russie « récupérera automatiquement les moyens pour devenir le puissant État impérial, embrassant l’Europe et l’Asie ».

Ceci demeure le principal soutien rationnel à la politique impériale de contention US – des voisins européens de la Russie à la Mer du Sud de la Chine. Cependant, sans une fin de partie à l’horizon, il faut garder l’œil sur un virage de la Russie vers l’Asie, la Chine pivotant de par le monde et les BRICS travaillant intensément à la tentative de réaliser un nouveau Siècle Eurasiatique.

Pepe Escobar pour Asia Times.