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Résistance politique: Les dernières élections au Brésil sont une nouvelle preuve de l’illusion démocratique ! (CrimethInc)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 1 novembre 2018 by Résistance 71

Un autre appel pour le développement d’un Réseau de Résistance et de Rébellion International. Mettons à bas l’illusion démocratique !

Pour que se mette en place la société des sociétés égalitaire, anti-autoritaire, non coercitive, solidaire, émancipée et donc… libre !

~ Résistance 71 ~

Les historiens et les économistes aux gages de l’État nous ont enseigné, sans doute, que la commune de village, étant devenue une forme surannée de la possession du sol, forme qui entravait les progrès de l’agriculture, dut disparaître sous l’action des forces économiques naturelles. Les politiciens et les économistes bourgeois ne cessent de le répéter jusqu’à nos jours ; et il y a même des révolutionnaires et des socialistes — ceux qui prétendent être scientifiques — qui récitent cette fable convenue, apprise à l’école.

Eh bien, jamais mensonge plus odieux n’a été affirmé dans la science. Mensonge voulu, car l’histoire fourmille de documents pour prouver à qui veut les connaître — pour la France, il suffirait presque de consulter Dalloz — que la commune de village fut d’abord privée par l’Etat de toutes ses attributions ; de son indépendance, de son pouvoir juridique et législatif ; et qu’ensuite ses terres furent, ou bien tout bonnement volées par les riches sous la protection de l’Etat, ou bien directement confisquées par l’Etat…

~ Pierre Kropotkine ~

“La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation. Avant d’être économique, l’aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l’économique est une dérive du politique, l’émergence de l’État détermine l’apparition des classes.”
~Pierre Clastres, directeur de recherche en anthropologie politique au CNRS, 1974~

“Le peuple consent parce qu’on le persuade de la nécessité de l’autorité ; on lui inculque l’idée que l’homme est mauvais, virulent et trop incompétent pour savoir ce qui est bon pour lui. C’est l’idée fondamentale de tout gouvernement et de toute oppression. Dieu et l’État n’existent et ne sont soutenus que par cette doctrine.”

“L’État n’a pas plus de réalité que n’en ont les dieux ou les diables. Ce ne sont que des reflets, des créations de l’esprit humain, car l’homme, l’individu est la seule réalité. L’État n’est que l’ombre de l’homme, l’ombre de son obscurantisme, de son ignorance et de sa peur.”

“Plus encore, l’esprit de l’homme, de l’individu, est le premier à se rebeller contre l’injustice et l’avilissement; le premier à concevoir l’idée de résistance aux conditions dans lesquelles il se débat. L’individu est le générateur de la pensée libératrice, de même que de l’acte libérateur. Et cela ne concerne pas seulement le combat politique, mais toute la gamme des efforts humains, en tout temps et sous tous les cieux.”
~ Emma Goldman ~

Brésil: l’alternative au fascisme n’est pas la démocratie [parlementaire]

Extrait

 

CrimethInc

 

29 octobre 2018

 

url de l’article original:

https://crimethinc.com/2018/10/29/brazil-the-alternative-to-fascism-is-not-democracy-from-democracy-to-freedom-in-portuguese-greek-and-german

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Au Brésil, Jair Bolsonaro, avocat fasciste de la dictature et du massacre de masse a gagné les élections. Qui a besoin d’un coup d’état quand on peut accomplir la même chose par le vote ?… Nous avons déjà expliqué comment les partis politiques centristes et de gauche ont pavé la route de ce succès. Du Brésil à la France, tous les partis du spectre politique ont perdu toute prétention d’offrir une solution aux problèmes sociaux autre qu’en augmentant la violence étatique. Dans ce contexte, il ne peut être surprenant que les politiciens représentant explicitement la police et l’armée arrivent au pouvoir alors qu’ils sont devenus eux-même les goupilles du système et de l’état lui-même.

Nos cœurs sont avec nos camarades au Brésil, qui ont déjà fait l’expérience d’une énorme répression de l’état et de violence capitaliste et vont devoir faire face à encore plus et pire. Peut-être que la résistance immédiate qui a reçu l’élection de Trump peut servir de point de référence utile. Pourtant, à cause des manières spécifiques du Brésil d’être le récipient de la violence colonialiste, la vague de nationalisme qui est déjà formée aux Etats-Unis et en Europe va impliquer considérablement plus de violence là-bas. Nous en appelons à toux ceux autour du monde qui veulent se préparer à se mobiliser en solidarité avec tous ceux qui sont et seront ciblés par les attaques que Bolsonaro a promis de mener.

En tant qu’anarchistes, nous ne croyons pas que les élections donnent une légitimité quelconque à quelque parti politique dirigeant que ce soit. Aucune élection ne devrait pouvoir légitimer la violence policière, le racisme, l’homophobie ou le féminisme à nos yeux, ni les prisons, les frontières ou la destruction du monde naturel dont dépend la survie de tous. Aucun vote ne pourrait donner un mandat à quiconque voulant dominer les autres. La règle de la majorité est aussi répugnante pour nous que la dictature: toutes deux font de la coercition la base fondamentale de la politique.

La question importante n’est pas comment peut-on améliorer la démocratie ; fondamentalement, la démocratie est un moyen de légitimer des gouvernements afin que les gens acceptent leurs impositions, leurs diktats et ce sans compter à quel point ceux-ci peuvent être tyranniques et oppresseurs. La question importante est de comment pouvons nous nous défendre de la violence (pseudo-légitime) de l’État, comment trouver les voies pour remplir nos besoins ne dépendant pas de la majorité ni de la coercition, comment collaborer et co-exister plutôt que d’entrer en concurrence pour le pouvoir. Alors que des régimes de plus en plus oppresseurs se retrouvent au pouvoir autour du monde, nous devons en finir avec nos illusions au sujet d’un “bon” gouvernement démocratique et nous organiser pour nous protéger les uns les autres par tous les moyens nécessaires.

L’opposé du fascisme n’est pas la démocratie. L’opposé du fascisme est la liberté, c’est la solidarité, c’est l’action directe, c’est la résistance. Mais ce n’est pas la démocratie. Démocratie, encore une fois, a été le mécanisme qui a amené et amène le fascisme au pouvoir !

[…]

Note de Résistance 71: Nous mettons ci-dessous le lien vers le livre publié par CrimethInc (sa version PDF), malheureusement en anglais, mais qui vaut le coup d’être lu pour ceux qui peuvent le faire. Excellente analyse, bien illustrée. Nous le traduirons peut-être dans le futur, ce n’est pas l’envie qui nous manque, mais le temps.

“From Democracy to Freedom” (220 pages), téléchargeable gratuitement ici:

https://cloudfront.crimethinc.com/assets/books/from-democracy-to-freedom/from-democracy-to-freedom_screen_single_page_view.pdf 

Lectures complémentaires:

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Que faire ?

Illusion démocratique

 

Brésil et néo-féodalisme… Le Nouvel Ordre Mondial a un visage… de plus…

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Comment peut-on encore penser que l’élection puisse apporter quelque solution que ce soit dans un système à la dérive complète…
Il n’y a pas de solution au sein du système. il n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir. Voter c’est abdiquer, voter c’est être complice des crimes commis, où que ce soit pour quelque parti que ce soit. Il faut arrêter de gober les mouches et de céder à l’illusion démocratique.
A bas l’État, à bas la dictature marchande, pour que vive enfin la société des sociétés ! Soutien au peuple brésilien qui entre dans une période bien sombre.
Il est temps de former le Réseau de Résistance et de Rébellion International à l’appel de l’EZLN et des Caracoles de bon gouvernement du Chipas !
Deixa disso! / ¡Ya Basta!

~ Résistance 71 ~

 


Conscientização ~ Resistência 

 

L’élection d’un chef de gang d’extrême droite ouvre la porte à “un nettoyage jamais vu dans l’histoire dub Brésil”

 

Samil Hadj Ali

 

29 octobre 2018

 

url de l’article:

https://www.investigaction.net/fr/bresil-lelection-dun-chef-de-gang-dextreme-droite-ouvre-la-voie-a-un-nettoyage-jamais-vu-dans-lhistoire-du-bresil/

 

Bolsonaro a été élu ce dimanche avec 56% de voix environ, contre 44% de voix pour Fernando Haddad, à l’heure où ces lignes sont rédigées.  Son programme  se résume, pour reprendre ses propos, à : «  un nettoyage jamais vu dans l’histoire du Brésil ».

Quelques figures de la barbarie néo-fasciste

Voici de manière abrégée le portrait- et celui de quelques membres de son gang- de celui qui va gouverner par la terreur et l’écrasement le Brésil, au profit des classes exploiteuses, des néo-esclavagistes du 21ème siècle, de l’impérialisme US, et le conduire fatalement vers l’abîme.

Réélu systématiquement, Bolsonaro a siégé 26 années au Parlement durant lesquelles il a présenté 170 propositions de lois, dont deux seulement ont été discutées.

Au Parlement, il s’est abjectement distingué en votant pour une loi considérant la torture comme une pratique légitime, mais aussi en appelant à la répression contre les homosexuels, tout en tenant  régulièrement discours racistes, et discriminatoires des femmes. Ces agissements et propos lui ont valu trente poursuites judiciaires et trois condamnations. En 2003, il fut condamné par la justice à une amende de 150 000 reais, pour propos racistes, homophobes et incitation au viol, suite à l’agression verbale, dans l’enceinte du Parlement, de la députée du PT, Maria Rosario : « Tu ne mérites pas d’être violée. Tu es trop laide pour ça !

D’autres condamnations furent prononcées contre lui pour propos racistes à l’encontre des Afro-Brésiliens et des Quilombolas. (Communautés d’anciens esclaves afro-brésiliens qui réclament à ce jour la reconnaissance par l’État des terres sur lesquelles ils vivent et travaillent).

Au Parlement, il a systématiquement voté pour les lois antisociales, proposées par le gouvernement de l’usurpateur, golpiste et mouchard de l’ambassade US, Temer.

Il fut un ardent défenseur de la loi imposant le gel des dépenses publiques dite « de loi de la mort et de la fin du monde », en 2017, pour une durée de 20 ans.

L’un de ses votes les plus odieux, expression de sa haine de classe, concerne le rejet de la création d’une législation protégeant les droits des femmes de ménages, – « trabalhadoras domesticas », une profession surexploitée dans un Brésil non libéré des stigmates de l’héritage esclavagiste. Au plan économique il voté avec enthousiasme pour la vente des puits de pétrole off-shore aux multinationales.

Un anti-corruption corrompu jusqu’à l’os

Anti-corruption autoproclamé, la justice électorale a pu néanmoins établir contre lui l’existence entre 2000 et 2014 d’une « caixa dois », –caisse noire– pour ses campagnes électorales, renflouée par des dons financiers  non déclarés et  des pots-de-vin –propina-. À cet effet son nom figurait sur la liste des hommes politiques véreux, publiée par le site du Tribunal Supérieur Électoral en 2014.

Entre 2006 et 2018, soit en 12 ans, son patrimoine, sur la base de sa déclaration de biens pour l’élection présidentielles au TSE, augmenté de 168%, passant de 434 000 reais -100 000 euros environ-, à environ à 2 millions 287 000 reais, alors que son salaire de député est de 24 000 reais nets.

En 2009, une de ses ex-épouses, Cristina Siqueira, s’est refugiée avec leur fils en Norvège, et demandé l’Ambassadeur du Brésil, Carlos Henrique Cardim, de l’aider à obtenir l’asile politique, suite aux menaces de mort proférées par son mari.  Elle a certes démenti ses propres aveux, en septembre 2018, soit neuf années plus tard, malgré les documents consulaires confirmant ses aveux et sa démarche, publiés par ailleurs par la presse.

Dans une enquête s’appuyant sur les documents de la Policia civil de Rio de Janeiro, la presse brésilienne relate par ailleurs l’accusation faite par cette même ex-épouse du vol commis par Bolsonaro en octobre 2007, alors que le couple s’était engagé dans une procédure de divorce, de 30 mille dollars, de 800 mille reais – en bijoux, -200 000 euros-, et 200 mille reais en espèces-50000 euros-. Ces sommes et ces bijoux avaient été déposés dans le coffre-fort d’une agence de la banque du Brésil, à Rio de Janeiro, par son ex-épouse.

Son fils Eduardo, député fédéral, n’est pas en reste. De 2014 à 2018, le patrimoine de cet homme de haine et d’Ordre nouveau, a augmenté de plus de 430%, passant de 205 000 reais -50 000 euros-, à 1milion 400 mille reais – 400.000 euros environ-

Le général Mourâo. Le colistier adorateur des tortionnaires

Ce lugubre personnage, qui aime traiter les Indiens du Brésil de fainéants et les Afro-Brésiliens de bandits, est un adepte de la torture.

En activité dans l’armée lors de l’opération, constitutionnellement illégale, de destitution de Dilma, Roussef, il déclara à des officiers de réserve que le remplacement du PT n’entraînerait pas de « changement significatif dans le pays. L’avantage de ce changement aura pour avantage d’éliminer l’incompétence, la mauvaise gestion et la corruption ». La même année, il rendra un vibrant hommage, à titre posthume, toujours devant un public d’officiers de réserve, au colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra, ancien commandant de DOI-CODI de l’État de São Paulo -Détachement d’opérations et d’information et centre d’opération de défense interne, structures spécialisées dans la répression et la torture des opposants-, en déclarant « Il a combattu le terrorisme et la guérilla, il est donc un héros ».


Brésil 1964

Le colonel Ustra fut le premier militaire dont la justice brésilienne a établi en 2008 le rôle de tortionnaire pendant la dictature. Il a été reconnu coupable de la mort et de la disparition de 60 personnes et d’avoir torturé 500 femmes et hommes, parfois devant leur enfants. Autant de chiffres à mettre sous le nez du spécialiste des questions internationales de CNews,  quant son commentaire sur la « torture non excessive » sous la dictature militaire au Brésil.

Le gang du psychopathe

Dans cette galerie, il y a d’abord le chef du parti néo-fasciste Parti social-libéral, Gustavo Bebianno. Cet homme qui déclare détester la politique, est un mixte d’avocat et d’homme de main. Ceinture noire de jiujitsu et homme de confiance de Bolsonaro, il est pressenti pour le ministère de la justice. À côté de lui se tient le député fédéral Juliano Bezzera. Doté d’un physique de videur, violent et grossier, il est réputé pour user de méthodes expéditives.  Lui aussi est appelé à de hautes responsabilités À ces deux individus prêts à tout, il faut ajouter Fernando Franceschini. Policier, aujourd’hui député fédéral, il fut Secrétaire à la sécurité publique de l’État de Parana. En 2015, il coordonna la violente répression de la police militaire et fédérale contre des enseignants qui manifestait pacifiquement devant l’Assemblée législative de l’État, provoquant 200 blessés graves par balles de caoutchouc et bombes lacrymogènes.  Ce tableau serait incomplet sans l’inévitable figure théocratique et obscurantiste attitrée du gang, le pasteur et ex-sénateur néo-pentecôtiste, Magno Pereira Malta.

Enfin, citons un autre général, en l’occurrence Elieser Girao, député fédéral, donné comme futur ministre de la défense. Partisan d’une moralisation-épuration des institutions du pays, il milite pour l’emprisonnement des juges du Tribunal supérieur fédéral, une institution pourtant totalement acquise à la destitution de Dilma Roussef et au gouvernement de Temer.

L’allié politico-idéologique privilégié

Un parti politique fait totalement corps idéologiquement avec Bolsonaro, au point de constituer une phalange. Il s’agit du Parti de la rénovation travailliste du Brésil -PRTB, dirigé par Fidelix Levy. Ce ramassis de politiciens aventuriers et corrompus a pour originalité d’entretenir des liens fraternels avec les groupes néo-fascistes et néonazis du Brésil, parmi lesquels le Frente Nacionalista- Front nationaliste-

Le parti agit fanatiquement pour une plus grande participation de l’armée dans la vie publique,  pour l’union entre l’État et la religion, et pour l’annulation de la Constitution de 1988.

En 2007, la presse démocratique révéla que le journal d’extrême droite, la Folha Politica, spécialisé dans la fabrication de fausses nouvelles et la falsification des faits historiques était financé par ce parti.

 Les fils Bolsonaro

Il y a Flavio Bolsonaro. Sénateur fédéral, il s’est fait une spécialité dans la promotion de la généralisation du port d’armes et la baisse de l’âge légal pour les peines pénales. Il s’est distingué récemment dans la destruction d’une plaque en hommage à la militante et élue progressiste de Rio de Janeiro, la sociologue Marielle Franco, assassinée en mars 2018 par un groupe armé, équivalent des Escadrons de la mort. À ce jour aucune trace des assassins de Marielle, dans une ville qui a donné 60% de suffrages à Bolsonaro

L’autre fils, Eduardo Bolsonaro, député fédéral, milite pour la criminalisation des idées communistes, la répression des homosexuels, et pour l’interdiction de la politique des quotas, qui a permis à de nombreux Afro-brésiliens d’accéder aux études supérieures. Il a été le contact permanent du suprémaciste Steve Bannon pour l’organisation des manipulations électorales.

Ce gang et ces hommes, dont les valeurs sentent et suintent la mort, dont la langue est celle de la torture, de la terreur, de l’exclusion, du racisme, de l’exploitation économique et de l’oppression, ont inauguré cette nuit l’ère de la bestialité politique au Brésil. Leur bestialité.

 

Nouvel Ordre Mondial et élections… Brésil, retour à la caserne ?…

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BRÉSIL : RETOUR À LA CASERNE

(TRADUCTION RENÉ BERTHIER)

 

Leonardo Brito (historien) et Luiz Merino (sociologue) Rio de Janeiro – Brésil. 

 

20 octobre 2018

 

Pour Le Monde Libertaire

 

url de l’article: 

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Bresil_:_Retour_a_la_caserne

 

Le Brésil aujourd’hui est parcouru de tensions extrêmes qui peuvent être interprétées de manière différente. Le ml en ligne entend présenter aux lecteurs des points de vue différents sur la situation dans ce pays et se faire le lieu d’un débat en proposant ses colonnes aux camarades brésiliens. C’est pourquoi le présent article ne représente que l’opinion de son/ses auteurs

L’arrivée imminente au pouvoir du néofasciste Jair Messias Bolsonaro montre l’approfondissement de la scission qui existe dans le pays depuis près de deux décennies, résultant des contradictions, des limites et des erreurs de la gauche institutionnelle (soulignées par nous, anarchistes, toujours!). Pactiser avec la bourgeoisie a permis l’émergence des forces les plus autoritaires possibles au Brésil. Pour que vous ayez une idée, le nouveau gouvernement d’extrême droite probable suggère la nomination de plusieurs généraux de l’armée pour occuper des ministères à Brasilia (cinq sont déjà envisagés). Le plus grave est le fait que le gouvernement Michel Temer a, ces derniers mois, laissé le soin de créer un tel « groupe de travail » qui crée une vaste communauté d’information, de contrôle et de répression par de l’État brésilien. 

Comme si les contradictions de la très fragile démocratie bourgeoise libérale du Brésil, depuis la transition d’un gouvernement militaire à un gouvernement civil, dans ce que nous appelons la « nouvelle République », ne suffisaient plus, le processus aigu de militarisation de l’État et de la société civile brésilienne avance à grandes pas. Depuis la seconde moitié des années 1980, l’ordre politique établi au Brésil à partir de la charte constitutionnelle de 1988 a imposé certaines contraintes juridiques aux forces armées pour qu’elles agissent dans le paysage politique du pays. Malgré cela, les opportunités n’ont pas manqué aux gouvernements élus par le vote populaire d’avoir recours à ces mêmes forces pour agir dans le domaine de la sécurité publique dans les États brésiliens, largement soumis au trafic de drogue et au modèle avorté de « guerre contre la drogue », au cycle d’interventions violentes dans les quartiers pauvres des grands centres urbains du pays.

L’usage politique des forces de sécurité fédérales a toujours été l’objectif de tous les gouvernements brésiliens depuis la prétendue « ouverture » politique de l’avant-dernière décennie du siècle dernier. Des événements tels que la grève des travailleurs de la Companhia Siderúrgica Nacional (CSN) en 1988 et la très violente répression subie par les Métallos – comme le Massacre de Volta Redonda – ; le mouvement national de 1995 visant à paralyser les employés de Petrobrás dont l’un des principaux objectifs était d’empêcher la privatisation de Petrobrás, en application des ordonnances néolibérales du gouvernement Fernando Henrique Cardoso ; et plus récemment la paralysie des camions dans le pays (un mélange de grève des chauffeurs routiers autonomes et de lock-out) alimentée par la politique libérale perverse de prix du carburant, en vigueur dans le pays depuis la prise du pouvoir par le gouvernement Michel Temer : tous ces événements ont été clairement marqués par le recours à l’appareil répressif de l’État brésilien, illustrant comment le recours aux militaires a toujours été utilisé pour résoudre les conflits de classes au Brésil.

Cela illustre comment le recours aux militaires a toujours été utilisé pour résoudre les conflits de classes au Brésil. Au cours de la présente décennie, la période qui a précédé les grands événements du pays (la Coupe du monde de football de 2014 et les Jeux olympiques de Rio de Janeiro en 2016) a été marquée par d’importantes manifestations populaires contre le coût très élevé de ces événements et mettant l’accent sur le processus de gentrification [De l’anglais « gentry ». Dans une traduction libre, la réévaluation des zones dégradées de la ville qui, par le biais d’opérations public-privé (utilisant une grande quantité de ressources de l’État), a encouragé des interventions et des déplacements importants de communautés d’origine établies il y a plusieurs décennies dans certaines régions de villes comme Rio de Janeiro. Le meilleur et le plus tragique exemple d’enlèvement a été la communauté de «Vila Autódromo», un ancien village de pêcheurs qui a résisté autant que possible aux politiques d’enlèvement violent menées par la ville de Rio de Janeiro.] et la spéculation immobilière élevée dans plusieurs zones des centres urbains où eurent lieu ces événements sportifs.

En 2014, afin de statuer sur la possibilité de manifestations populaires semblables à celles de l’année précédente, le gouvernement Dilma Roussef (Parti des travailleurs) – une sorte de version « soft » du modèle néolibéral en vigueur depuis la décennie précédente – fit « cadeau » à la société civile de l’institution du GLO (Garantie de la loi et de l’ordre). Des attitudes comme celle-ci montrent que le PT, à travers ses gouvernements, a abandonné son projet politique, qualifié de « démocrate populaire » : cours des années qui ont précédé et marqué les gouvernements Lula et Dilma, ils sont devenus de moins en moins populaires et démocratiques.

Ainsi, l’instrument juridique et policier prévu par une interprétation plus large de la Constitution de 1988 permettrait en pratique l’intervention et la militarisation de zones où ont lieu des conflits et des protestations populaires contre toute mesure antipopulaire prise par le gouvernement fédéral. La « boîte à pandore » est ouverte dans les casernes brésiliennes. Les forces armées, en particulier les forces fédérales (marine, armée de terre, aéronautique et forces de sécurité nationales [Appareil répressif créé en 2004 par le gouvernement Lula da Silva (2003-2010) et constitué de policiers et pompiers militaires désignés par les services de sécurité publique de l’État.] ) se voyaient ouvrir les portes ouvertes et offrit toute la garantie légale afin d’agir en tant que pouvoir de police, ce qui est interdit par l’ordre constitutionnel actuel. En bref, cette maxime est vraie, qui dit qu’il est toujours possible de rejeter la démocratie libérale quand se trouve menacé le contrôle des fractions de classe dominante. C’est sans aucun doute la dimension principale de la domination autocratique de la bourgeoisie brésilienne, coloniale, autoritaire et caricaturale. Ce sont des caractéristiques communes aux élites dominantes des pays périphériques comme le Brésil.

Juste après le coup d’État de 2016 qui a renversé le pouvoir de l’ancienne présidente Dilma Rousseff et mis fin au gouvernement de coalition contradictoire, contre-réformiste et social libéral dirigé par le Parti des travailleurs, les  » hommes nouveaux du gouvernement » (pas si nouveaux!), pour la plupart des agents politiques parasites qui ont soutenu le gouvernement Rousseff et l’ont abandonné à son destin lorsque son taux d’impopularité a augmenté et lorsque sont devenus plus évidents les effets d’inversion du modèle économique des années Lula et Dilma, ces « hommes nouveaux » ont continué d’occuper des espaces dans l’appareil d’État brésilien.

L’illusion démocratique [Empruntant le titre du grand article de Michel D. publié dans Le Monde Libertaire 1798 de septembre 2018.] s’était dissipée. Toutes les contraintes (s’il en existait) des institutions démocratiques bourgeoises sont tombées à terre. Quelques mois après le coup d’État, la capitale du pays, Brasilia, a été le théâtre de manifestations populaires importantes en novembre 2016, contre l’approbation de l’amendement constitutionnel qui établissait un plafond pour les dépenses fiscales de l’Etat, point culminant de l’agenda ultra néolibéral de l’actuel président de la République, Michel Temer (ancien vice-président élu et réélu sous Dilma Rouseff).

La bourgeoisie brésilienne a ses tours et ses astuces. Elle a établi un plafond progressif principalement pour les dépenses sociales de l’État [ Il est important de rappeler que ce n’est qu’en 2016 que la capitale du Brésil a été le théâtre de 151 manifestations, appartenant toutes deux à des groupes de gauche, de droite et d’extrême droite. Les données proviennent du portail de la métropole. Disponible à l’adresse https://www.metropoles.com/distrito-f Federal/o-ano-dos-protestos-2016-teve-151-manifestacoes- en-planada. Consulté le 20 octobre 2018.] , qui sont fondamentales dans un pays foncièrement inégalitaire comme le Brésil. Quelques mois plus tard, après les protestations à grande échelle (et qui donnèrent lieu ensuite à des épisodes d’action directe par les secteurs les plus radicaux) le 24 mai 2017, le gouvernement Temer édicta un nouveau décret de GLO, permettant l’usage ostensible de l’armée, à Brasilia et dans d’autres villes du pays où auraient lieu des manifestations violentes. Face aux vigoureuses répercussions, même parmi les groupes politiques réactionnaires, le gouvernement Temer révoqua le lendemain le décret de « Garantie de la loi et de l’ordre ».

Le flirt avec l’autoritarisme était passé. Il y eut un nouveau retour à la caserne. Ce processus s’est considérablement développé et a créé un environnement favorable à la croissance électorale de l’extrême droite brésilienne, représentée par le néo-fasciste Jair Bolsonaro. Sur le point de parvenir à la présidence de la République par le vote populaire, Bolsonaro a reçu un cadeau du gouvernement moribond de Michel Temer. Il convient également de mentionner le rôle fondamental des grands médias et des réseaux sociaux virtuels, qui ont joué un rôle clé dans la propagation de fausses informations, principal instrument de campagne du candidat, qui représente l’ultra-droite néofasciste lors de l’élection présidentielle actuellement en cours au Brésil.

Temer, il faut le rappeler, est une marionnette des fractions rentières de la bourgeoisie brésilienne, un cadavre sans sépulture, qui vient d’être inculpé par la police fédérale pour son implication dans des groupes d’entreprises qui contrôlent les activités économiques dans le port de Santos, dans l’état de São Paulo [Pour plus de détails sur le scandale du « décret sur les ports » qui entraînera très probablement l’emprisonnement de Michel Temer, voir: https://www.cartacapital.com.br/politica/a-policia-federal-aperta-o-cerco-a-temer. Consulté le 20 octobre 2018.] .

À la suite de ces récents événements, le gouvernement brésilien a publié le 15 septembre un décret qui devrait être l’embryon d’un nouveau système organisé d’information et de « contrôle de l’ordre public », déjà désigné dans le pays comme le premier acte institutionnel [Il s’agit ici d’une référence historique à des actes institutionnels, à des décrets-lois limitant les libertés politiques minimales et approfondissant la dictature civil-militaire établie au Brésil le 1er avril 1964.] du probablement futur gouvernement Bolsonaro. Le décret présidentiel 9527/18 « crée le groupe de travail du renseignement pour lutter contre le crime organisé au Brésil ».

Ce groupe de travail est composé de divers organismes de répression, de police, d’information et de contrôle fiscal de l’État brésilien. [agence de renseignement brésilienne, centre de renseignement de la marine du commandement de la marine du ministère de la Défense, centre de renseignement de l’armée du commandement de l’armée Ministère de la défense, centre de renseignement aéronautique du commandement aéronautique du ministère de la défense, conseil de contrôle des activités financières du ministère des finances, secrétariat des recettes fédérales du ministère de la défense, département de la police fédérale du ministère de la sécurité publique, Police fédérale des autoroutes du ministère de la Sécurité publique, département des pénitenciers nationaux du ministère de la Sécurité publique, secrétariat national de la Sécurité publique, également de ce dernier ministère.]

Cette mesure est sans précédent dans l’histoire du Brésil depuis la création du tristement célèbre Système national d’information (SNI), institué par les secteurs militaire et d’affaires arrivés au pouvoir avec le coup d’État d’avril 1964. Une telle « communauté de l’information » avait été dans les années de dictature militaire, une sorte de grande Hydre de Lerne, personnage mythique très bien adapté pour comprendre ce que le SNI représentait pour tous ceux qui s’opposaient – et s’opposent – aux régimes autoritaires d’autrefois et d’aujourd’hui. Le fait est que, dans une interprétation large du décret du 15 octobre 2018, toute organisation qui « affronte l’État brésilien » (il s’agit d’une transcription textuelle de ce décret), incluant les organisations de gauche, les syndicats et autres organisations classiques, peut être compris comme des éléments constitutifs du « crime organisé » dans son rôle historique d’affrontement contre les maux sociaux et contre ’État brésilien lui-même.

Des temps sombres se dessinent à l’horizon pour les organisations de la gauche populaire en général et les libertaires / anarchistes en particulier. Faisons de ce retour à la caserne, exécuté par l’extrême droite brésilienne, un moment propice à réaction et l’organisation autonome de mouvements sociaux luttant contre la montée de cette autocratie bourgeoise si persistante, typique de notre formation sociale et historique. La grande leçon que la gauche institutionnelle dans son ensemble a tirée de ce processus a été de reconnaître les insuffisances et les limites évidentes des sphères représentatives que la démocratie libérale bourgeoise propose à la classe ouvrière.

Nos aspirations ne sont pas et (et ne le seront jamais !) dans les urnes. Cela fait au moins deux siècles que le militantisme socialiste libertaire le dit ! La situation au Brésil exige maintenant la construction d’un grand front antifasciste, puisqu’un éventuel succès électoral du néo-fasciste Jair Messias Bolsonaro n’est qu’une étape dans un long processus de régression politique et sociale qui tendra à s’étendre dans le pays au cours des prochaines décennies. Seule la résistance des travailleurs auto-organisés pourra changer le cours de cette histoire.

Leonardo Brito (historien) et Luiz Merino (sociologue) Rio de Janeiro – Brésil. 20 octobre 2018

Pour Le Monde Libertaire

Résistance politique: Devant le marasme total de l’état, les anarchistes brésiliens pensent et agissent…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, presse et média, résistance politique, Social & Retraite, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 6 juin 2017 by Résistance 71

« La libération authentique, le processus d’humanisation, n’est pas un autre dépôt cognitif à mettre en l’Homme. La libération est une praxis: la réflexion et l’action d’hommes et de femmes sur leur monde afin de le transformer. »
~ Paolo Freire, éducateur, pédagogue critique brésilien ~

Très bonne analyse des compagnons brésiliens sur la situation locale, nous concordons avec leurs avancées. Il est intéressant une fois de plus de noter que quelque soit l’environnement politico-social, la pensée, l’analyse et l’action anarchistes sont concordantes avec une évidence organique primordiale: nous, les peuples, devons nous réapproprier le pouvoir non pas pour le déléguer une énième fois à une clique « avant-gardiste », mais pour le rediluer là où il n’aurait jamais dû sortir de solution: en nous, dans le peuple. Récemment, les femmes mohawks ne nous ont-elles pas suggéré un cri de paix: « Le pouvoir réside dans le peuple ! » Jusqu’à quand ignorerons-nous les sages conseils prodigués ?…

~ Résistance 71 ~

 

Brésil… Démocratie directe maintenant !…

Analyse de la situation au Brésil par les anarchistes brésiliens

 

Coordenação Anarquista Brasileira (CAB)

 

1er juin 2017

 

Source:

https://robertgraham.wordpress.com/2017/06/01/brazilian-anarchists-on-the-crisis-in-brazil/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

de la Federação Anarquista de Rio de Janeiro (FARJ):

https://anarquismorj.wordpress.com/category/anarquismo-no-brasil/coordenacao-anarquista-brasileira/

 

Le Brésil fait en ce moment l’expérience d’un tremblement de terre politique mettant à nu la pourriture absolue de l’élite du pays et affaiblissant plus avant les liens qui la maintient au pouvoir. L’opération orchestrée qui a permis les enregistrements entre le président Michel Temer et le propriétaire de JBS, la plus grande entreprise de viande au monde, change l’équilibre des forces du pays et met de l’huile sur le feu de la crise politico-sociale. En état d’instabilité politique, il est plus difficile au gouvernement de mobiliser sa base et d’avancer dans le domaine des droits du travail et des réformes des retraites, qui sont les plus grosses attaques sur la classe opprimée. Mais ceci ne constitue pas une raison de se réjouir et nous ne devons pas faiblir dans ces luttes. Maintenant est venu le temps d’intensifier la lutte, de généraliser les mobilisations avec des manifs de rue, des grèves menant vers la grève générale afin de bloquer les mesures d’austérité et les soi-disantes réformes sociales.

Note de Résistance 71: La grève générale se doit d’être illimitée et expropriatrice, c’est à dire que les ouvriers et travailleurs doivent prendre le contrôle des moyens de production, de distribution et de services et les organiser en associations libres au sein de communes émancipées et continuer de produire dans le souci de la seule satisfaction de la demande populaire. C’est la seule solution viable…

Nous devons approfondir la démocratie certes, mais sous la forme de la démocratie directe, où les travailleurs dans leurs lieux de travail, d’étude, de résidence, décident de l’action du pays. Nous ne pouvons pas accepter les miettes de ceux d’en-haut, nous devons imposer un programme populaire de droits sociaux construit et décidé par et pour le peuple. Nous devons construire la démocratie directe, hors des accords de ceux d’en-haut ; ceci doit se produire dans les voisinages, dans les villages, communes, bidonvilles, se façonner dans les occupations de terres et de logements, d’usines, d’écoles et d’universités.

Le coup qui a mis à terre le 4ème mandat PT/PMDB dans la présidence a fait que soit rendu possible un premier tour de mesures anti-peuple très dures et ce à grande vitesse, avec un vaste soutien du congrès et des médias, notablement la chaîne de télévision Globo. Temer a approuvé la réforme des écoles, des lycées, la loi de plafond budgétaire, la loi sur les délocalisations et plusieurs autres attaques, initiées durant le gouvernement PT.

Des décennies de bureaucratisation des lutes par les grands syndicats centraux et la pratique du cooptage des leaders des grands mouvements sociaux par la PT a aidé et aident toujours, à démobiliser les gens et à mettre des bâtons dans les roues de la résistance contre ces attaques sociales. Malgré cela, d’autres secteurs comme celui des élèves du secondaire et des peuples indigènes sont en train d’insuffler une nouvelle force de vie dans les luttes de terrain. La croissance du mécontentement populaire avec le président Temer et sa politique de réformes du travail et des retraites (NdT: tiens, tiens… cheval de bataille récurrent néolibéral n’est-il pas ?..), s’est manifesté par un énorme impact dans les rues de la nation, dans la mobilisation pour la grève générale des 15 et 28 avril, forçant les putschistes à reculer sur leurs propositions.

Avec plus de 90% de rejet, le gouvernement Temer n’a aucune légitimité de poursuivre ce faux système démocratique. Ceci ne sert qu’à maintenir à flot les hommes d’affaire et la classe politique qui volent, pillent et tuent les gens. Le gouvernement de conciliation de classes Lula et Dilma était un gouvernement pour les riches et les affairistes, jetant quelques miettes aux pauvres. Et les très nombreuses accusations de corruption n’ont fait que rendre plus évidente la relation de favoritisme qui existe entre le milieu du gros business et l’état. Les cas de corruption ne sont pas des cas isolés, mais de fait c’est ce qui fait tourner la grande roue de l’état et de son complice du secteur privé.

C’est à dire que le système représentatif ne sert que les intérêts du capitalisme et non pas celui du peuple, de façon à ce que les mondes politique et des affaires puissent faire avancer leurs projets. 

Voilà pourquoi des “solutions magiques” comme les privatisations, la délocalisation, les attaques sur les droits des travailleurs ne servent en fait que les businessmen afin qu’ils /elles profitent toujours plus. Les attaques sur les droits sociaux, sur les indigènes et leurs territoires, sur les paysans et les sans-terres, sur les femmes, les homos, le génocide des noirs et des résidents des bidonvilles et des voisinages pauvres ainsi que la criminalisation de la pauvreté ne sont qu’une seule et même chose. Ce ne sont que des mesures et des politiques pour que la droite et les secteurs conservateurs, les hommes d’affaire, les propriétaires terriens, les banquiers et politiciens imposent leur idéologie, profitent toujours plus, concentrent toujours plus de richesses en le moins de mains possible, exploitent toujours plus. Des hommes d’affaire comme João Dória ne sont pas différents des autres politiciens, ils sont les ennemis du peuple.

Si les politiciens professionnels ont perdu leur réputation, le système judiciaire quant a lui,  essaie de conserver une certaine légitimité avec des opérations ponctuelles anti-corruption afin de renforcer son pouvoir dans les structures de l’état. Les chefs de la justice, de la police fédérale et du procureur public, avec des secteurs directement alignés sur les Etats-Unis, reçoivent un soutien massif du réseau médiatique Globo afin d’accumuler le pouvoir au moyen de dangereux biais autoritaires. Il est nécessaire de répudier cette escalade et d’éviter toute illusion de rédemption par la justice bourgeoise.

Les vieux médias jouent un rôle crucial dans la mêlée des intérêts de la classe dirigeante. Le réseau Globo, qui a soutenu le coup médiatico-judicio-parlementaire, a fabriqué et légitimé le coup actuel et s’est maintenant placé du côté du plus fort, du côté du bureau du procureur général (Procuradoria-General de la Republica ou PGR), pour demander le départ de Temer. Le but est de récupérer les conditions afin de faire approuver les réformes de casse sociale avec l’élection d’un nouveau président par des élections indirectes. Nous ne pouvons jamais sous-estimer le rôle joué par les géants de la communication dans le terrain de jeu idéologique.

Le retournement de Globo contre Temer ne signifie aucune avancée pour le camp populaire. Avec le discrédit porté aux politiciens professionnels, le réseau médiatique met à l’écart les vieux briscards comme Aécio Neves et oriente son agenda sur la tendance mondiale à donner préséance à des candidatures de personnalités semblant venir de “l’extérieur” du camp partisan politique (NdT: comme Trump aux USA, Macron en France et d’autres à venir…). Ils essaient de mettre en place des gens en provenance directe du monde des affaires (NdT: comme Trump et Macron…): Doria, Meirelles, du judiciaire comme Nelson Jobim, Carmen Lúcia ou Joaquim Barbosa et même du monde du spectacle comme Luciano Huck. Il est stratégique de nous avancer dans le discrédit des vieux médias et de renforcer la demande pour la démocratisation de la communication avec des restrictions quant au pouvoir de ces entreprises, ainsi que de renforcer les moyens de communication populaires.

Il est nécessaire de se demander pourquoi la dénonciation n’arrive que seulement maintenant. bien qu’elle ait discrédité quelques politiciens et déclenché une certaine instabilité, l’action démontre néanmoins une loyauté des accords entre l’état et le capital. Le critère est économique et il y a un intérêt à défendre une entreprise qui a récemment fait face à l’opération Carne Fraca (“viande faible”), une action qui si elle a démontré les terribles conditions de production de notre nourriture, a d’abord servi les intérêts américains à affaiblir un concurrent sérieux sur le marché international de la viande. Il faut aussi noter que ce fut le gouvernement PT/PMDB qui a engraissé JBS via BNDS et des millions de dollars, transformant l’entreprise en une des plus grandes au monde.

D’en bas à gauche, démocratie directe maintenant !!…

Le fait est que ce qui a amené tant de gens dans les rues en cette première année du gouvernement Temer, pourrait bien devenir réalité: le départ de Michel Temer de la présidence de la république. Demandons-nous alors: et maintenant ? quelle est la prochaine étape ? Nous savons qu’avec l’affaiblissement des putschistes et leur base parlementaire vacillante, il y a un manque de conditions favorables pour qu’ils continuent leurs “réformes” du travail et des retraites.

Il est maintenant urgent de généraliser la lutte contre ces réformes et de reprendre nos droits qui furent bafoués par les conjonctures actuelles et passées et par le PT/PMDB. En plus de bloquer ces réformes, nous devons construire un projet qui fasse payer les riches pour le coût de la crise et qui reconnaisse l’élite de la politique, des affaires et des médias comme les ennemis du peuple. Les grosses entreprises comme JBS doivent au gouvernement plus de 400 milliards, environ trois fois le montant qu’ils contribuent au faux déficit de la sécurité sociale.

Seule l’organisation du peuple et la pression de la rue peuvent empêcher les réformes et les attaques sur nos droits sociaux. Rien en provenance du parlement n’ira dans ce sens. Nous devons empêcher l’élite politicienne et du business de tenir leurs sommets d’accords d’arrières-cours afin qu’ils parviennent à la réalisation de leur projet. La mobilisation et la pression populaire sont maintenant nécessaires et urgentes afin de bloquer ces réformes dans ce climat de crise et d’instabilité. Ce sont des pressions nécessaires que d’imposer un agenda populaire au gouvernement, même dans le cas d’élections directes. La mobilisation des gens est nécessaire pour empêcher le pire des scenario, qui serait la suspension par une intervention politico-militaire des élections de 2018 et la persécution des secteurs combattants de la gauche.

La gauche électorale demande maintenant des droits de façon à ce que la présidence de la république et le lulisme puissent apparaître, comme les années précédentes, être la sortie supposée populaire au milieu du tremblement de terre de la crise politique. Nous ne pouvons pas nous leurrer et prendre les vessies pour des lanternes ! Nous avons affirmé et continuons de le faire: nous devons vaincre le “pétisme ou PTisme” (NdT: du parti politique brésilien PT) et de tous ses héritages de la gauche. Il est vain de croire que Lula gèrera la crise et devra apporter des améliorations aux conditions de vie de ceux qui sont en bas de la société, c’est à dire la masse des gens. Une élection de Lula ne ferait que représenter un autre pacte de classe avec la bourgeoisie et ses patrons et ce en des termes encore plus affaiblis que les années précédentes.

La chose importante en ce moment, est que la lutte vienne d’en-bas et des rues afin de faire avancer le programme des droits populaires ! Promouvez l’organisation, la mobilisation contre les “réformes” du droit du travail et des retraites, et œuvrez pour la construction d’un projet populaire basé sur l’indépendance de classe. Catalysez le mécontentement populaire dans la révolte et les luttes de terrain de la base.

Ne vous laissez pas emporter par l’illusion de solutions immédiates, dans ce processus de réorganisation de la gauche et de réunion d’accords afin de sauver la démocratie bourgeoise. Il n’y a pas de lapin dans le chapeau, la solution de sortie est de construire l’organisation populaire dans les voisinages, dans les écoles, sur les lieux de travail, avec les pauvres et les opprimés. Nous devons demander la suspension immédiate de toutes les mesures anti-populaires initiées par le gouvernement PT et continuées par le leader du coup, Temer.

Le moment ne nous est pas favorable à nous les opprimés, mais la crise et la dispute entre les élites nous ouvrent l’espace pour d’autres projets. Nous devons utiliser le mécontentement pour délégitimer ce système et pour canaliser la lutte sociale.

Démocratie directe maintenant !

Pour la suspension de toutes les mesures anti-peuple !

Contre l’ajustement fiscal et les coupes franches pour la droite !

Dehors les putschistes de Globo !

Construisons le pouvoir populaire contre l’austérité et la répression !

= = =

Ce à quoi nous ajouterons: 

Il n’y a pas de solution au sein du système, il n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais !

Organisation des associations libres de producteurs et de consommateurs !

Organisation des communes libres !

Confédération des communes libres !

Organisation depuis la base de la société des sociétés !

A bas l’État ! A bas l’argent ! A bas le marché ! A bas la société du spectacle marchand ! Vive le peuple, vive les communes libres, pour que se réalise la société des sociétés, répondant à la nature sociale humaine profonde et organique…

~ Résistance 71 ~

Résistance politique: Le cirque du foot continue sur toile de fond de massacres génocidaires des Indiens du Brésil par les colons…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 20 juin 2014 by Résistance 71

Les Indiens à l’assaut de la coupe du monde

 

Jean-Philippe Belleau

 

16 Juin 2014

 

url de l’article:

http://www.cetri.be/spip.php?article3498&lang=fr

 

Plusieurs mouvements sociaux brésiliens profitent en ce moment de l’importance symbolique de la Coupe du monde de football pour exercer sur leur gouvernement des pressions de dernière minute. Le plus virulent d’entre eux est le mouvement indien même s’il tend curieusement à passer inaperçu à l’étranger. C’est aussi celui qui a, depuis longtemps déjà, prévu des manifestations dès le coup d’envoi de l’événement sportif, sans souci de leurs coups politiques auprès de l’opinion publique, conscient que cette « tribune médiatique » disparaîtra après la finale du 13 juillet, au nouveau stade Maracana (Rio de Janeiro). On compte désormais près d’une mobilisation indienne par jour en divers points du pays. A chaque fois pacifiques, ces manifestations sont pourtant réprimées par la police, un usage systématique et démesuré de la force dont aucun autre mouvement social n’a à souffrir.

Le 27 mai, la police a violemment dispersé une manifestation indigène à Brasilia, usant de balles en caoutchouc. On a même pu voir le vieux leader indien Raoni, le plus emblématique et « nobelisable »des chefs traditionnels, victime de gaz lacrymogènes devant le stade Mané-Garrincha.

Si révolte indienne il y a pendant cette Coupe du monde, le gouvernement brésilien en portera la grande responsabilité. Car les divers gouvernements de gauche au pouvoir depuis 2003, sous les présidences de Lula da Silva d’abord puis de Dilma Rousseff depuis 2011, s’ils ont su satisfaire régulièrement les revendications des secteurs les plus marginalisés de la population, ont évité de s’attaquer aux menaces graves qui continuent de peser sur plusieurs communautés indiennes, s’aliénant les grandes ONG de ce mouvement et leur principal allié, le Conseil indigéniste missionnaire (CIMI).

Comment les Indiens en sont-ils venus à ranger une gauche de gouvernement, censée défendre les plus humbles, comme un adversaire des Indiens ?

Tout d’abord, le gouvernement, depuis 2003, s’est massivement appuyé politiquement sur la bancada ruralista, ces grands propriétaires terriens dotés de mandats électoraux. Voués notamment la culture du soja, dont l’exportation vers l’Asie garantit des revenus importants à l’économie brésilienne, ces propriétaires, très conservateurs, solidaires, ont accumulé un grand pouvoir politique et symbolique. Le plus emblématique d’entre eux est l’ex-gouverneur du Mato Grosso et le plus important producteur de soja au monde, Blairo Maggi, dont l’importance politique colossale pour le gouvernement lui a valu l’octroi de quatre matchs du premier tour dans sa capitale, Cuiaba, alors que des villes autrement plus peuplées ne figurent pas sur la carte du Mondial. Pour ces propriétaires, pour les éleveurs, pour les secteurs miniers, les Indiens continuent de représenter un obstacle à la concentration terrienne.

C’est dans le Mato Grosso do Sul que la situation des Indiens est aujourd’hui la plus dramatique. Les communautés guaranis ne trouvent aucun soutien véritable dans les différents niveaux de l’Etat brésilien. Sur les 60 chefs indiens assassinés au Brésil en 2012, près des deux tiers étaient guaranis. Harcelées par les propriétaires terriens et leurs pistoleiros, ces communautés sont aujourd’hui exsangues. Divers documents vidéo récents disséminés par CIMI montrent ces hommes de main ouvrir impunément le feu sur des manifestants guaranis, et parfois à l’intérieur de leurs villages. Un des grands échecs du gouvernement brésilien du Parti des travailleurs aura été son inhabilité, depuis 2003, à combattre l’impunité judiciaire en milieu rural.

A ces situations il faut ajouter la défaite récente de Belo Monte, où le gouvernement, passant outre aux violations des droits constitutionnels et internationaux des Indiens, a autorisé la construction d’un immense barrage hydroélectrique inondant des terres ancestrales de plusieurs communautés et, dès lors, empêchant leur capacité de reproduction sociale. Mais c’est surtout la proposition d’amendement constitutionnel PEC 215, un véritable « coup » anti-indien, qui pousse, en pleine Coupe du monde, le mouvement indigène à agir.

Cet amendement représente une menace potentiellement dévastatrice, non seulement sur les Indiens mais également sur l’écologie, menace dont on ne doit désormais plus s’étonner qu’elle vienne d’un gouvernement de gauche allié, à chaque rouage de l’Etat, à la bancada ruralista. Parce qu’il reformulerait les conditions d’obtention du statut de réserve indigène, cet amendement vise à satisfaire ceux qui convoitent les terres indiennes pour les exploiter. Sonia Guajajara, une dirigeante de l’Association des peuples indigènes du Brésil (APIB), en parle comme d’une menace d’extermination. La situation s’est envenimée le 3 juin, avec le refus désormais des représentants indigènes de participer à toute négociation avec le gouvernement, alourdissant les menaces d’un conflit social ouvert pendant la Coupe du monde.

On arrive donc à ce paradoxe qu’une série de gouvernements de gauche, portés par le Parti des travailleurs, a bafoué de façon systématique les intérêts et droits du secteur le plus démuni et le plus désarmé politiquement de la population brésilienne. Alors que les gouvernements de droite des années 1980 et 1990 pouvaient céder aux campagnes pro-indiennes et aux pressions de l’opinion publique internationale, ceux de gauche y apparaissent insensibles.

Que risque-t-il de se passer près des stades ? Des actions dans les capitales d’Etat les plus hostiles aux intérêts indiens, comme Cuiaba, sont improbables. Même chose dans les Etats sans large population indienne, comme Porto Alegre, Fortaleza, Natal ou Recife. Par contre, Manaus, Rio, São Paulo et surtout Brasilia, voire Salvador, font partie des plans désespérés des organisations indiennes pour attirer enfin l’opinion sur leur sort. Le plus grand défi médiatique pour le gouvernement serait que les peuples les plus capables de spectaculariser un conflit, notamment les Xavante et les Kayapo, se joignent aux manifestations.