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Solutions pour lutter contre le fléau mondial que représente le colonialisme à son apogée avec l’occident depuis le XVème siècle (1ère partie)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 13 août 2014 by Résistance 71

“Un guerrier confronte le colonialisme avec la vérité afin de régénérer l’authenticité et de recréer une vie digne d’être vécue et des principes pour lesquels on peut mourir. La lutte est de restaurer les liens qui ont été coupés par la machine coloniale… Traduire ce sens éthique en une philosophie politique concise est difficile. Je suggérerais en point de départ, de conceptualiser le terme d’ANARCHO-INDIGÉNISME. Pour prendre racine dans l’esprit des gens, la nouvelle éthique va devoir capturer l’esprit du guerrier en lutte et l’amener en politique. Il y a deux éléments fondamentaux: “indigène” qui évoque les racines culturelles et spirituelles de cette terre et de la lutte d’Onkwehonwe pour la justice et la liberté et la philosophie politique et le mouvement qui est fondamentalement anti-institutionnel, radicalement démocratique et totalement impliqué dans l’action pour amener un changement: l’anarchisme.”

~ Taiaiake Alfred ~

 

Comment la résurgence indigène peut et doit inspirer l’émancipation occidentale de son joug colonialiste

 

Résistance 71

 

13 Août 2014        

 

1ère partie

2ème partie

 

Nous avons déjà vu sur ce blog comment pour parvenir à ses fins colonisatrices l’oligarchie occidentale à dû au préalable convaincre ses populations du bienfondé de cette entreprise criminelle au fondement raciste et suprémaciste. Ainsi, la république française érige t’elle en hérauts du progressisme des individus comme Jules Ferry (auquel notre Flamby national a dédié son pathétique quinquennat…), présenté dans les livres d’histoire comme le “père de l’école publique gratuite et obligatoire”, mais omettant à dessein de mentionner ses tirades à l’assemblée nationale sur “la suprémacie de la race blanche”, sur son “devoir de civilisation” de ces contrées barbares que furent immanquablement pour la mythologie officielle, les nations et peuples colonisés au nom du “progrès et de l’humanisme” dont la France et l’occident étaient (et seraient toujours) les porte-étendards.

Le colonialisme est l’épitôme de la barbarie. Il est l’outil de domination du monde par l’occident depuis le XVème siècle et ceci a été rendu possible par notre complicité, notre accord tacite, même si la vaste majorité des populations occidentales n’y participent pas directement, le simple fait de tirer les dividendes du vol, du pillage et de la mise en servage de millions de personnes de par le monde, relève de la complicité volontaire ou tacite. Pourquoi ? Parce que nous avons à la fois été “convaincus” du bienfondé de ces exactions, mais aussi avons été manipulés à les endorser par les enseignements d’une pseudo-science sociale raciste et suprémaciste, présentée aux peuples occidentaux comme étant le résultat d’un “droit divin”, puis d’un “droit naturel” au nom de la “civilisation” et de la “loi de la survie du plus apte” et autres fadaises directement issues du darwinisme-social, fabrication pseudo-scientifique utile à la justification de la domination de l’occident sur le reste du monde.

Ainsi, pour sortir de ce fléau mondial qu’est la colonisation, il ne suffit pas d’une émancipation néanmoins plus que nécessaire des populations colonisées, mais également de celle des populations des pays colonisateurs, endoctrinées par une propagande toxique, visant à l’acquiescement, au maintien du même consensus du statu quo oligarchique et ayant pour but la domination et l’enrichissement du même infime pourcentage de la population siégeant en haut de la pyramide politico-sociale créée à cet effet.

Comment y parvenir ? Comment sortir de l’étau propagandiste qui colonise idéologiquement à la fois les populations des pays colonisateurs et celles des pays colonisés ? La réponse à ces questions se trouvent en grande partie dans l’analyse et l’action de la résurgence indigène contre le colonialisme. Nous pouvons nous-mêmes puiser les ressources aux mêmes origines et tenir le même raisonnement critique que les peuples et nations colonisés, puisqu’intrinsèquement… Nous sommes tous des colonisés, seuls le degré de violence et d’oppression variant. Il convient aussi ici de noter que contrairement à ce que l’oligarchie veut nous faire croire, nous ne vivons en aucun cas dans un monde “post-colonial”, mais toujours dans un monde bel et bien colonial. Les pays toujours colonisés n’étant pas des moindres: Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zelande, Mexique, Palestine ainsi que toute l’Amérique Latine et Centrale ; leurs populations originelles colonisées étant en lutte permanente, pour certaines depuis 1492, contre le terrorisme d’état et l’oppression coloniale de la culture euro-centrique artificiellement dominante.

Aimé Césaire disait à juste titre: “A mon tour de poser une équation: Colonisation = Chosification”. Peut-on en sortir ?

Pour nous aider à y voir plus clair et à entrevoir les solutions de notre émancipation de ce fléau colonial, tant pour les colonisés que pour nous, occidentaux qui ne désirons rien avoir à faire dans cette ignominie qui n’a que trop durée et opprime tout le monde à des degrés différents, nous utiliserons des extraits d’écrits, traduits par nos soins, du professeur de Science Politique à l’université de Victoria en Colombie Britannique (Canada) et membre de la nation Mohawk de la Confédération Iroquoise Haudenosaunee: Taiaiake Alfred, Ph.D, Docteur ès Science Politique, qui écrivit en 2005 un excellent ouvrage sur le sujet: “Wasáse, indigenous pathways of action and freedom”, University of Toronto Press, 2005, second edition 2009.

Voici le résumé de ce qui est dit dans les chapitres 2 & 3 de son livre: Traduction des extraits: Résistance 71

=[]= “Je pense que la véritable culpabilité (pour un colon) implique une participation plus active dans le processus de colonisation. Ce qui marque la culpabilité d’une personne est qu’elle prenne part dans le processus de dépossession territoriale, du déni politique de l’existence d’Onkwehonwe (NdT: mot Mohawk qui désigne les peuples autochtones d’Amérique du Nord), de la violence raciale et de la coercition, de la déstructuration culturelle et de l’exploitation économique… Sur un plan théorique, l’ennemi de notre lutte est la mixture toxique de la religiosité monothéiste, de la théorie politique libérale, de l’économie capitaliste néolibérale et de leurs théories de soutien sur la supériorité raciale et la fausse présomption de la supériorité culturelle euro-américaine.”

[…]

“De quels types de colons sont composées les sociétés aujourd’hui ?.. Il y a ceux qu’Albert Memmi a appelé ‘les colons qui refusent d’accepter’ leur position et leur rôle dans un état injuste, généralement des intellectuels de ‘gauche’. Leur indignation au sujet des injustices de l’impérialisme et du processus historique, n’est généralement pas accompagnée d’action. Ils sont souvent progressistes de nature, mais demeurent très attachés aux valeurs de la société coloniale à laquelle ils appartiennent. Ils sont souvent réduits au silence par le fait d’être coincés entre leurs déconstructions intellectuelles du pouvoir et leur lâcheté morale lorsqu’il s’agit d’agir contre une injustice dans un véritable sens.

Les colons qui refusent de reconnaître leur privilège et leur héritage de choses mauvaises, pratiquant ainsi une autre forme d’égoïsme et d’hypocrisie… Ces gens sont paralysés par la peur. Leur culpabilité les rend inutiles à nos luttes et deviennent paradoxalement, un des plus gros blocs conservateurs de la société coloniale.”

[…]

“Un autre bras du corps colonial est le colon qui a accepté son rôle, qui a internalisé les mythes coloniaux, souvent des histoires racistes, les notions de supériorité de la race blanche et le mensonge du progrès ou celui de l’espoir des immigrants que l‘accumulation et l’augmentation de la richesse est en fait la formule magique du bonheur, de l’acceptance par l’homme blanc et de la légitimité en tant que citoyen. La vaste majorité de la population se situe dans cette catégorie.

La caractéristique des sociétés coloniales est le retranchement des colons dans des notions irrationnelles de supériorité raciale et culturelle, spécifiquement parmi l’ “élite” économique, les politiciens et universitaires qui les servent.”

[…]

Je suis convaincu que la vaste majorité des colons est dans un état de déni profond. Ils savent que les fondations mêmes de leur pays sont corrompues, ils savent que leurs pays sont “coloniaux” dans le sens historique du terme, mais ils continuent de refuser de voir et d’accepter le fait qu’il ne peut pas y avoir de transcendance réthorique ni de refonte du passé pour arranger les choses sans faire des changements radicaux dans leur pays, leur gouvernement et la façon dont ils vivent. Pour absolument aucune autre raison que celle d’un attachement égoïste à des privilèges économiques et politiques, qui a été hérité collectivement d’un peuple dominant dans une relation coloniale, ces gens donc, par instinct culturel et impératif, nient la vérité. Nier la vérité est un processus culturel et psychologique essentiel dans la société colonialiste (NdT: qu’on retrouve de manière constante aux USA, au Canada, Australie , NZ, Israël/Palestine et les sociétés dominantes blanches d’Amérique du Sud).

[…]

La substance de base du problème du colonialisme est la croyance en une quelconque supériorité et universalité de la culture euro-américaine, spécifiquement les concepts des droits individuels comme la plus haute expression de la liberté humaine, de la ‘démocratie représentative’ comme étant le meilleur garant de la paix et de l’ordre et le capitalisme comme étant le seul moyen de parvenir à la satisfaction des besoins matériels humains. C’est en fait le dogme libéral qui est la plus claire et la plus présente manifestation de l’arrogance euro-américaine, qui s’affiche au travers du spectre politique et de la structure de classe coloniale comme le racisme, le conservatisme et le libéralisme… Nous pouvons schématiser le cadre de la mentalité impérialiste/coloniale qui est devenu la norme dans les sociétés coloniales contemporaines comme suit:

  • Le partage et l’égalité sont de mauvaises choses: Ceci est clarifié dans la société coloniale avec le rejet de toute forme de véritable socialisme.
  • L’égoïsme et la concurrence sont de bonnes choses: Vu au travers de l’attachement colonial à l’argent, aux biens matériels et à la concurrence.
  • La science et la technologie sont progressistes et donc bonnes, tandis que l’humain est mauvais (à cause du pêché originel ou par sa reluctance au contrôle) et la nature est terrifiante: L’homme blanc n’a de cesse de conquérir et d’exploiter le monde naturel afin d’imposer la prédictabilité et l’ordre pour que le capitalisme fonctionne au mieux.
  • L’ordre est supérieur à la vérité et à la justice.
  • La Culture euro-américaine est la forme parfaite d’existence: et toute autre façon de vivre est une menace directe à la civilisation et à la liberté. Ceci est rendu très clair de par le dédain, le déni et l’hostilité flagrante envers les autres peuples et leur façon de voir et d’être dans le monde.

Si nous désirons vraiment une décolonisation et une normalisation des rapports, ces croyances et suppositions doivent être pointées du doigt et problématisées si on désire un processus réel de décolonisation.

[…]

Ainsi, toute notion d’autonomie indigène est rejetée par les états comme étant une “menace à la souveraineté nationale”, le tout fondé sur une fiction totale de préserver une unité nationale et un rejet explicite des droits collectifs inhérents d’Onwehonwe ; l’indigénéité n’est légitimée et négociée qu’en tant que partie d’un état et de ses droits individuels au sein d’un contexte social communautaire, ce qui est un concept bien différent de celui de droits collectifs pré-existants et totalement indépendant de l’état.

[…]

En fait, la reconnaissance et le respect des droits d’Onwehonwe sont mis en conflit avec le sens des valeurs de la propriété blanc et de leur sentiment personnel et émotionnel de sécurité, qui est fondé sur une assertion de convénience et de droit à continuer de bénéficier de crimes initiés par les générations passées sans aucune reconnaissance ni dédomagement (non financier) pour les peuples qui ont physiquement soufferts de cette relation.

[…]

Les blancs qui ne sont pas encore décolonisés doivent en venir à admettre qu’ils ont eu et ont toujours tort. Ils doivent admettre qu’Onkwehonwe a des droits inhérents et collectifs à leur indigénéité, qui sont indépendants et autonomes de la société colonisatrice: les droits aux territoires, à la culture et à la communauté.”

Note du traducteur: Alfred en vient ensuite à discuter de ce que colons et colonisés ont quelque part en commun, ce qui rejoint tout à fait la ligne conceptuelle des grands théoriciens de la décolonisation comme le furent Frantz Fanon, Aimé Césaire et Frederick Douglass avant eux. Il dit ceci:

“Le colon et le colonisé ont tous deux été forcés d’accepter de vivre dans un état de captivité. Ceci correspond au sens plus profond de la tournure qu’a pris le colonialisme moderne. Bien sûr tout ceci est possible parce que le grand mensonge a été incorporé dans tous les aspects de nos vies aussi loin que l’on puisse se rappeler comme étant la mémoire, l’identité et les relations politiques et économiques de domination et d’exploitation. Quelle type de culture a été produite par ce déni de vérité et en érodant l’authenticité des façons de vivre enracinée, saines et intelligentes, pour être au service du pouvoir politique et économique ? Cette question doit être posée non seulement aux assujettis mais également aux dominants.

Le colonialisme est une relation totale au pouvoir et il a façonné l’existence non seulement de ceux qui ont tout perdu mais aussi de ceux qui en ont profité.”

[…]

“Dans ce monde où l’arrogance impérialiste, les mensonges et la fausse conscience sont normaux, les voies Onkwehonwe sont les seules pouvant mener à la liberté. L’aboriginalisme, la redéfinition sociale et culturelle du génocide, ne peut offrir aucun mode de vie à Onkwehonwe. Ceci est basé sur le fait que tout ce qui est intégral à nos peuples est gelé dans le passé (et donc sans intérêt) et que si nous devons avoir un futur, c’en sera un qui sera défini et permis seulement à la totale discrétion de la société dominante.

[…]

Une étude de l’universitaire de droit américaine Deborah Yashar montre qu’en Amérique Latine tout comme au Canada, aux Etats-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande, les processus de négociations sur les droits territoriaux définissent toujours les peuples indigènes dans le contexte de structures coloniales et dans le cadre des valeurs culturelles euro-américaines. A ce moment, les discours sur la décolonisation excluent la discussion sur ce que les colonisateurs considèrent être de leur seul ressort: les éléments constitutifs de l’État… Ainsi, toute discussion s’est heurtée à la réalité fondamentale de la souveraineté d’état et de la notion toute euro-américaine du pouvoir: le contrôle et la pensée monologique. Il semblerait que les idées et croyances plus pluralistes et complexes d’Onkwehonwe soient trop avancées pour les institutions simplettes coloniales et pour les “élites” les contrôlant et qui réduisent le monde en une vision manichéenne simpliste: eux contre nous et le vrai contre le faux. L’aboriginalisme ayant ses racines dans cet essentialisme dichotomique, rentre parfaitement dans le moule de la mentalité euro-américaine.

[…]

Ainsi en chaque circonstance, toute proposition progressiste est toujours formulée dans un cadre étatique. L’État est incapable de se situer par rapport aux autres dans un cadre pluraliste et pacifique. L’acceptation d’une existence Onkwehonwe dans le cadre de l’état colonial, au-delà de toute créativité possible et imaginable, revient à une sentence de mort à terme pour la nation autochtone. L’impératif programmé de l’état est l’homogéinisation et le contrôle du singulier par le monopole de la force coercitive et de la légitimité. Sans une refonte fondamentale de l’État lui-même, il n’y a aucune chance de réformer la relation entre celui-ci et les peuples indigènes.

[…]

La solution du colon, qui assume un total manque de soutien dans la société dominante pour l’adhésion à un cadre de décolonisation de la relation avec Onkwehonwe parmi la population générale de l’état, est de nier le potentiel de la loi internationale comme une avancée bénéfique des droits indigènes. En fait, le Canada, les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont fait câler tout progrès vers une reconnaissance signifiante des droits des peuples indigènes aux Nations-Unies et dans d’autres forums internationaux.

[…]

Il convient de dire que la source principale des problèmes générés par le défaitisme spirituel dans nos nations, est l’effet qu’a eu l’action des églises chrétiennes (NdT: catholique, presbytérienne, anglicane, méthodiste, évangéliste, unifiée du Canada et tout ce ramassis de sectes ensoutannées…) sur nos peuples…

Nous devons considérer ce que la chrétienté institutionnelle, l’effort de convertir Onkwehonwe en chrétiens et de les voir se soumettre à l’autorité des églises, ont fait avec succès de manière générale, sur le collectif indigène. L’apport de l’effet de la chrétienté est clair: les églises ont apporté un soutien financier aux entreprises coloniales ; elles ont aidé à rationaliser le racisme pour leurs paroissiens blancs ; elles ont forcé Onkwehonwe à accepter l’éthique biblique de la souffrance et de normaliser leur oppression dans la recherche d’une rédemption transcendante plutôt qu’immanente ; elles furent responsables de la gestion des pensionnats pour Indiens, qui furent l’outil principal de la politique d’assimilation forcée.

[…]

La bible chrétienne a amené la peur dans les cœurs de nos peuples. Ceci est notre principale faiblesse. Je parle de peur parce que la combinaison d’une lecture autoritaire du texte, avec le manque d’expérience de la polémique et la menace permanente de la rétribution et de la violence, sont des choses terrifiantes. Cette peur a paralysé nos communautés, les empêchant de résister activement à l’agenda colonial de l’église et de l’état.

A suivre…

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Réflexion sur le colonialisme occidental passé et présent: L’échec de la réconciliation (Taiaiake Alfred)

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“Cinq cents ans de guerre physique et psychologique ont créé une culture coloniale de la peur parmi à la fois les peuples subjugués et les peuples dominants… La culture coloniale, pour à la fois les victimes et les perpétrateurs, est fondamentalement un déni du passé et de ses implications morales.”

~ Taiaiake Alfred, Wasase, 2005 ~

 

Travaux du professeur Taiaiake Alfred

 

L’échec de la réconciliation

 

Taiaiake Alfred, Ph.D

 

Conférence du professeur Taiaiake Alfred (Université de Victoria, BC) prononcée dans le cadre du colloque “Civic Freedom in an Age of Diversity : James Tully’s Public Philosophy” qui s’est tenu du 24 au 26 avril 2014 à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

 

Vidéo de la conférence: 92 minutes

http://taiaiake.net/2014/05/14/the-failure-of-reconciliation/

 

~ Résumé de la conférence en français par Résistance 71 ~

 

6 Juin 2014

 

Le sujet abordé ici est l’impact du colonialisme sur la société, spécifiquement dans le cas de la société canadienne.

La décolonisation d’une société dans sa forme moderne, passe par une réconciliation entre les colons et les colonisés. Ceci a été le but avoué de la Commission pour la Vérité et la Réconciliation (CVR) du Canada, but qui a échoué ; nous allons ici essayer de voir pourquoi.

Quel est l’impact majeur du colonialisme sur une société ?

On peut l’identifier comme étant la déconnexion des peuples indigènes avec leur terre et donc à terme, leur culture et ce afin d’exploiter les ressources naturelles. Partout où il y a eu colonisation et le Canada n’échappe pas à la règle, tout passe par la relation qu’ont les peuples autochtones avec leurs terres ancestrales et culturelles.

Ainsi, la dynamique du colonialisme est de déconnecter les gens colonisés d’avec leur terre. La CVR sert de fait de “tampon” pour adoucir les rancœurs nées de cette déconnexion et de sa contre-partie inhérente: l’exploitation capitaliste de cette terre. De tous les critères identifiables créant, façonnant un peuple, une nation, il est indéniable que la connexion établie avec la terre, le territoire (ici pris dénué du sens de la propriété qui n’existe pas dans la culture amérindienne, où la terre est vue comme un lieu d’existence nourricier, partagé par tous et emprunté d’une génération à une autre…), constituent l’identité des peuples indigènes et ce où que ce soit sur Terre.

Ainsi, la vision occidentale de vouloir “compenser” des personnes pour une “perte” (illégale de surcroi) de terre est futile et contre-productif, car cela ne résoud en rien le problème de base, ni ne fait “tourner” la page de l’histoire, chose que les colons occidentaux sont si prompts à faire ou vouloir faire.

Ainsi, il est aujourd’hui évident que le but ultime du programme des pensionnats pour Indiens du gouvernement canadien (qui vit la mort de plus de 50 000 enfants autochtones entre les années 1820 et 1996), était d’intensifier la déconnexion des peuples autochtones avec leur terre. Ceci eut aussi pour effet de diviser plus avant la société native.

Il est établi que lorsque les gens sont déconnectés de leur terre et territoires ancestraux, privés de leur identité culturelle profonde, il est bien plus facile de les déplacer afin de pouvoir utiliser et exploiter l’environnement et ses ressources naturelles (pour le Canada, elles sont multiples sous la forme d’eau, de bois, de gaz naturel, de pétrole par exemples, mais aussi de la commodité d’utilisation des territoires pour le transport fluvial, routier ou la constructions d’oléo/gazoducs etc…).

Ainsi le développement colonialiste de la terre brise les liens ancestraux, viole la terre et diminue les communautés qui vivent sur une terre brisée, morcelée et ayant de plus perdu sa spiritualité.

Quels sont les effets directs de tout ceci ?

Une certaine perte d’autonomie dans les activités de ressources ancestrales telles que la chasse, la pêche, les agricultures traditionnelles, ceci engendrant fatalement une perte de liberté.

Couper les communautés de leurs terres détruit un peuple (partie intégrante de l’ethnocide) et le rend ainsi plus facile à contrôler.

Il est vital de comprendre que tout objectif sincère et réel de RÉCONCILIATION entre les colons et les colonisés doit impérativement remplir le devoir de RECONNECTER les peuples autochtones avec la terre. La reconnexion devient l’union de la communauté.

Quand on analyse la pensée coloniale occidentale et sa mise en pratique, on s’aperçoit très vite que pour les colons, la réconciliation est parfaitement synonyme de “compensation” (toujours financière) et, ceci fait, de “tourner la page, d’aller de l’avant” et de bien sûr continuer à exploiter les terres. Pour la société coloniale, on paie afin d’en finir.

Hors, que signifierait véritablement une réconciliation efficace:

  • Arrêter de nuire
  • Restituer
  • Rétablir de nouvelles relations sur d’autres bases

Ainsi, le premier pas tangible et réel vers une réconciliation véritable est un transfert massif de territoires en retour aux nations autochtones ! Le retour de la terre à ses peuples natifs est essentiel pour la re-culturation. Toute solution économique ou sociale est grandement insuffisante.

Le processus de la véritable décolonisation passe immanquablement, par la reconnexion des peuples autochtones avec leur terre. C’est cela que nous appelons la RÉSURGENCE indigène.

Pour cela, il faut réimplanter les gens dans les communautés et faire en sorte que les enfants des personnes reconnectées deviennent pas à pas, plus culturellement autochtones que leurs parents. Le concept par de la base: On ne parle pas de “nation”, mais de familles, de clans (associations volontaires de plusieurs familles) et du comment rendre les familles plus fortes et plus soudées. Il y a de par le monde de très bons exemples de succès de ce type de projet comme à Hawaii ainsi que la reconnexion des population Maoris de Nouvelle-Zélande avec la terre et la culture maori.

De fait, en ce moment même, le Réseau International de Résurgence Autochtone connecte entre eux des projets du Canada, des Etats-Unis, d’Hawaii (USA), de Nouvelle-Zélande et d’Australie. Le professeur Taiaiake Alfred voyage, s’informe et enseigne dans ce réseau.

Une des caractéristiques de la perte culturelle est la perte de la langue. Dans certaines communautés Mohawk (confédération iroquoise) dont fait partie le professeur Alfred (territoire Mohawk de Kanahwake, Québec, clan de l’ours), jusqu’à 90% des membres des communautés ne parlent plus la langue Mohawk. Ainsi il est important de concevoir le rattachement à la terre comme étant l’antidote au colonialisme dans une perspective autochtone. Par la reconnexion à la terre renaît la culture, l’autonomie, la solidarité et donc la liberté d’un peuple et d’une nation.

NdT: La notion de “nation” n’a ici rien à voir avec la notion d’état, les sociétés indiennes étant d’excellents exemples de nations sans état, aux chefferies sans pouvoir obéissant aux peuples… Le mouvement zapatiste du Chiapas au Mexique a réactualisé ce concept avec son motto de “diriger en obéissant”…

Note: à ce stade (62 minutes dans la conférence, les organisateurs décident de passer à une session de questions/réponses avec l’assistance)

En réponse à des questions de l’audience voici, en substance, ce qu’ajoute le professeur Alfred à son exposé:

La restitution de la terre est en fait un problème qui va bien au-delà de la perte potentielle d’exploitation pour l’état colonial, car celui-ci craint, est terrifié en fait, à l’idée que les autochtones ne fassent de ces territoires restitués, des “zones autonomes souveraines”, ce qui représente un des aspects de l’éternel conflit entre les sociétés et l’État. Parce que l’état est si reluctant à restituer, nous pouvons considérer que le concept de “reconnexion avec la terre” est crucial, vital et touche le véritable nerf sensitif du système colonial.

L’État ne veut pas en fait valider la terre et veut à tout prix préserver l’autorité, son autorité, à déterminer qui est “autochtone” et qui ne l’est pas.

Les Etats-Unis et le Canada refusent en tant qu’entités coloniales de négocier selon les termes établis dans la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU (UNDRIP) sur les questions territoriales et d’autorité ainsi que d’autonomie. Il est devenu évident que l’UNDRIP est devenue totalement inutile pour les luttes de terrain et leurs revendications idoines.

Le Canada en particulier, demeure sur la position de la possession de la terre par la “couronne” (Note du traducteur: Nous savons que la “couronne” ne représente pas la “famille royale britannique”, mais la City de Londres, sa Banque d’Angleterre sous l’égide du Vatican). L’État ne cesse de demander le compromis sans jamais rien donner en échange ou si peu que c’en est insultant.

A terme il est très important de gagner le “cœur et l’esprit” du plus de blancs possible, car lorsque qu’un Indien parle, cela est perçu le plus souvent par la communauté coloniale comme la litanie d’“encore un Indien qui se plaint…” Au contraire, lorsqu’un blanc prend la parole de manière argumentée, les autres personnes de la communauté écoutent ou, en tout cas, les chances qu’ils écoutent sont bien plus élevées. Le débat peut ainsi intervenir au sein de la communauté coloniale et faire avancer les choses de l’intérieur.

De fait, les intellectuels et les universitaires commencent sérieusement à reconsidérer et à rephraser leur concept sur le colonialisme et le problème inhérent de la réconciliation.

Nous allons dans la bonne direction et gagnons le momentum nécessaire.

 

Fin (92 minutes)

Colonialisme d’hier et d’aujourd’hui… En sortir par et pour les peuples (analyse Taiaiake Alfred)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 13 décembre 2013 by Résistance 71

Cette excellente analyse du professeur de science politique Taiaiake Alfred de l’université de Victoria (Canada) nous sensibilise à la vision de l’autre côté de la barrière coloniale. Le but étant de détruire cette « barrière » qui divise et détruit peuples et nature.

Notre dossier « colonilaisme et luttes indigènes« 

En savoir plus sur la pensée de l’auteur

— Résistance 71 —

 

Ce que la terre veut dire pour nous

 

Taiaiake Alfred

 

13 décembre 2013

 

url de l’article:

http://nationsrising.org/what-does-the-land-mean-to-us/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Un guerrier est celui qui peut utiliser les mots de façon à faire penser que tous font partie d’une même famille. Un guerrier dit ce qui est dans le cœur des gens, parle de la signification de la terre pour eux, les rassemble afin  qu’ils combattent pour elle.

– Bighorse, Diné

Si les buts de la décolonisation sont la justice et la paix, comme cela est souvent explicité par les gouvernements et les gens dans la politique autochtone, alors le processus de parvenir à ces buts doit refléter une clause fondamentale à la fois de la part des Onkwehonwe (NdT: Les autochtones, littéralement les habitants de l’île de la Grande Tortue) et des colons afin d’honorer l’existence de l’un l’autre. Cet honnorification ne peut pas se produire lorsqu’on demande à une des parties de sacrifier son héritage et son identité en échange de la paix. C’est pourquoi la seule possibilité d’une relation juste entre les Onkwehonwe et la société des colons est la conception d’une relation de nation à nation entre les peuples, le type de relation reflétée dans les anciens traités de paix et l’amitié consacrée entre les peuples indigènes et les nouveaux venus, lorsque les hommes blancs commencèrent à arriver sur nos territoires.

Les colons réfutent les tentatives de raisonnement logique du problème. Des disputes courantes au sujet de la restitution (payer pour les crimes et restituer les terres) et de la réconciliation (créer la paix), se sont toujours terminées en la défense conservatrice des injustices pourtant évidentes et ce contre les arguments les plus fondés et objectifs en faveur d’une restitution. Tolérer le crime encourage la criminalité. Mais l’argument des colons actuels présume que comme les injustices sont historiques et le passage du temps a mené au changement de circonstances pour les perpétrateurs des crimes et leurs victimes, et donc que le crime s’est estompé, effacé et qu’il n’y a plus d’obligation de payer pour celui-ci. Ceci est la version sophistiquée du sentiment commun du colon: “Les Indiens l’ont eu certes dur, mais ce n’est pas de ma faute: je n’étais pas ici il y a plus de 100 ans”, ou “J’ai acheté mon ranch légalement au gouvernement, tout est carré, boulon…”

Mais cette idée, si communément tenue par les blancs est fausse ; cela assume que le passage du temps mène à un changement de circonstances. Ceci est fonfamentalement faux, spécifiquement lorsqu’on a affaire à la relation entre Onkwehonwe et les sociétés colonisatrices et ce qu’il s’est passé entre nous. Entre le début de ce siècle et le début du siècle dernier, les vêtements des gens ont peut-être changés, leur nom est peut-être différent, mais les jeux joués sont les mêmes. Sans un véritable changement des réalités de notre relation, il n’y a aucune manière pour que nous considérions les mauvaises choses qui ont été faites et qui sont devenues faits historiques. Le crime du colonialisme perdure aujourd’hui et ses perpétrateurs sont présents parmi nous.

Où en sommes-nous sur ces questions maintenant en tant qu’Onkwehonwe ? Quand nos demandes sont avancées devant les gouvernements colons de manière précise, et non pas de manière cooptée ou adoucies par les collaborateurs autochtones avec le pouvoir blanc, Onkwehonwe au travers de tout le continent des Amériques a trois demandes essentielles:

1.     La gouvernance sur un territoire bien défini.

2.    Le contrôle des ressources au sein de ce territoire, avec l’attente de partager les dividendes du développment avec l’état et

3.    La reconnaissance légale et politique des croyances cultureles d’Onkwehonwe et ses façons d’étre et de se comporter sur ce territoire.

Qui a t’il de si radical là-dedans ? Il n’est que juste et correct qu’Onkwehonwe soit reconnu dans notre patrie même.

Mais “radical” est le comment les colons ont répondu à nos demandes. Leurs réponses aux demandes d’Onkwehonwe ont été les mêmes au-delà des frontières parmi mêmes les états colons soi-disant “progressistes” comme le Canada et les Etats-Unis. Ces gouvernements ont refusé d’arrêter l’érosion de notre base territoriale ; ils insistent à bénéficier financièrement de toutes les ressources au sein des territoires d’Onkwehonwe, ils défendent la suprématie légale et constitutionnelle de leurs gouvernements sur les notres et ils insistent sur l’équivalence des droits entre nous et les colons sur nos territoires ancestraux.

De Nunavut dans l’Arctique (NdT: pays et terres Inuits) à la Terre de Feu (du Chili) et au travers du Pacifique sur Aotearoa (NdT: “pays du long nuage blanc” ou appelée du nom colonial de Nouvelle-Zélande…), il y a constance dans ce schéma de demande et de réponse.

Certains peuvent penser que la lutte de nos peuples a changé ces dernières années. Mais non, frères et sœurs, c’est toujours la même chose. La terre, la culture, la communauté… Ce sont les champs de bataille de notre survie. Les colons le savent pertinemment et nous nous le rappellerons ou bien ils réussiront dans leur ancienne mission de nous déposséder de nos terres, de notre héritage et de de l’histoire.

Mais il y a danger que de laisser la colonisation n’être que la seule histoire des vies indigènes.

Le colonialisme est un cadre analytique efficace, mais il est limité en tant que théorie de la libération. C’est un narratif dans lequel le pouvoir du colon est fondamental et n’est pas remis en cause ; il limite la liberté des colonisés en cadrant, définissant leurs mouvements comme actes de résistance ou des résultats du pouvoir colonial. Pour les autochtones, les systèmes coloniaux ont toujours été des méthodes pour contrôler et maintenir le contrôle sur des peuples indigènes et sur leurs terres pour le bien des notions occidentales de progrès et des intérêts des colons. Nous vivons maintenant dans une époque de manipulation coloniale post-moderne ; les instruments de la domination ont évolué et les élites inventent de nouvelles méthodes pour effacer les identités indigènes et leurs présences. Bien que subtiles et non-violentes en surface, ces stratégies refusent la capacité aux peuples indigènes d’agir sur leurs identités authentiques, coupant les vies autochtones de leurs connexions vitales avec la terre, la culture et la communauté en n’offrant aux autochtones qu’une seule option: dépendence ou destruction.

Loin d’être dans une ère post-coloniale, la survie même des nations indigènes est menacée aujourd’hui tout comme auparavant, dans ces ères plus brutales d’oppression coloniale. Le discours actuel est le cadrage des peuples indigènes du Canada est un exemple de cette nouvelle réalité. On utilise une “façade” de “réconciliation” afin de renforcer, de consolider la suprématie blanche, de pacifier et de coopter le leadership indigène et de faciliter un accès total aux terres autochtones afin d’en extraire les ressources. Contre cela, un mouvement ancestral a re-émergé parmi les autochtones et leurs alliés penseurs et activistes colons d’Amérique du Nord: la résurgence indigène.

Nous nous dédions à la refonte de l’identité et de l’image des peuples indigènes en termes qui soient authentiques et sensés afin de régénérer et d’organiser une conscience politique radicale, de réoccuper la terre et obtenir la restitution, de protéger l’environnement naturel et de restaurer une relation de nation à nation entre les nations indigènes et celles des colons établis.

Ce recadrage de l’indigénéité comme Résurgence fournit les bases éthiques, culturelles et politiques pour un mouvement de transformation qui a le potentiel d’enlever la marque du colonialisme de la terre et de pareillement libérer les esprits des Peuples Originaux et des Nouveaux-Venus.

Taiaiake Alfred  est un membre du clan de l’Ours de la nation Mohawk de Kahnawake. Il est professeur titulaire de Gouvernance Indigène de la faculté de sciences politiques de l’université de Victoria en Colombie Britannique. Il a publié trois ouvrages :Wasáse: indigenous pathways of action and freedom (Broadview, 2005); Peace, Power, Righteousness (Oxford University Press, 1999/2009); and Heeding the Voices of Our Ancestors (Oxford University Press, 1995).

Vous pouvez le suivre sur Twitter: @Taiaiake.

La solution au colonialisme occidental en Amérique du nord passe par la restitution (Taiaiake Alfred)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 23 octobre 2013 by Résistance 71

La restitution est le véritable chemin de la justice pour les peuples indigènes

 

Taiaiake Alfred

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Je pense que la réconciliation doit être intellectuellement et politiquement déconstruite de façon à devenir le but des peuples indigènes dans leurs luttes politique et sociale. Je considère la réconciliation comme étant un concept émasculateur, faible et acceptant trop facilement des demies-mesures d’une notion de justice qui n’aident en rien les peuples indigènes à regagner leur dignité et leur force. Une de mes préoccupations dans toute discussion impliquant la réconciliation est de trouver des moyens pour briser son emprise sur notre conscience de façon à ce que nous puissions aller vers une véritable fondation de justice durable, qui résultera en de véritables changements dans les vies des peuples indigènes et le retour à leurs territoires.

Sans une restitution territoriale massive effectuée aux peuples natifs, collectivement et individuellement, incluant les terres, les transferts de fonds fédéraux et provinciaux et toutes autres formes de compensation pour les maux passés et les injustices continuelles toujours commises contre la terre et les nations indigènes, la réconciliation absoudra de manière permanente les injustices coloniales et ceci en soi n’est qu’une autre injustice de plus. Ceci est au moins clair dans notre compréhension des choses du passé et du présent dans un cadre indigène et de nos histoires communes et ce même si les leaders natifs ont trop peur des répercussions politiques et sont peu enclins de faire les sacrifices nécessaires pour faire avancer un tel agenda.

La compréhension des autres de la nature des problèmes auxquels nous avons à faire face est bien plus complexe. L’ignorance totale de la société canadienne au sujet des faits de leur relation avec les peuples indigènes et le déni volontaire et orchestré de la réalité historique par les Canadiens empêchent toute discussion cohérente au sujet d’une véritable réconciliation. Se limitant à une discussion historique n’englobant que les cinq ou dix dernières années, les médias et le public focalisent sur l’inefficacité des milliards de dollars dépensés par an et donnés par la voie du système des affaires indiennes (Department of Indian and Northern Affairs ou DINA). L’histoire complexe de ce qu’il s’est passé et des complexités entremêlées du passé impactent sur les relations présentes et futures et sont réduites à des questions de titres de propriété, de droit et de bon gouvernement le tout au sein d’institutions déjà établies par l’état. Considérons l’effet d’élargir nos visions et celles de la société. Quand on considère 200 ou 300 ans d’interactions, cela deviendrait très clair et ce même pour les blancs, que le véritable problème auquel leur pays doit faire face est que les nations se disputent sur les questions de conquête et de survie, d’empire et de génocide et sur les requis moraux pour être une société juste.

En considérant une longue vision des choses et les faits réels, le problème indien devient une question de bien et de mal pour la justice dans sa forme la plus fondamentale.

Quelque chose a été volé, des mensonges ont été dits et rien n’a jamais été corrigé. Ceci est le cœur même du problème. Si nous ne nous écartons pas du discours pacificateur de réconciliation et si nous ne commençons pas à recadrer la vision des gens sur ce problème, afin de concevoir que la question n’est pas de savoir comment se réconcilier avec le colonialisme qui nous oppose, mais au lieu de cela, comment utiliser la restitution comme étant le premier pas vers la justice et un retour vers une société morale, alors nous ne ferons que faire avancer la colonisation et non pas la décolonisation.

Ce qui a été volé doit être rendu et des excuses doivent être faites pour les crimes qui ont été commis, crimes qui sont la base de la vie de tout Canadiens non-indigènes, vieilles familles tout comme immigrants récents, car tous ont profité de la terre pour être citoyen de ce pays.

Quand je dis à un “colon”: “rendez-le”, suis-je en train de lui dire de tout rendre et de quitter le pays ? Bien sûr que non. L’irrédentisme n’a jamais fait parti de la vision de nos peuples. Quand je dis: “rendez-le”, je parle de ce que les colons montrent du respect pour ce que nous partageons, la terre et ses ressources et de faire une bonne et juste chose en nous offrant la dignité et la liberté qui nous sont dûes en nous retournant suffisamment de terres pour que nous soyons de nouveau libres, indépendants et auto-suffisants.

La restitution n’est pas un jeu sur la culpabilité blanche, c’est ce que les processus de réconciliation sont devenus de fait. La culpabilité est un concept monothéiste totalement étranger à la culture indigène, cela ne se rumine pas sous la menace d’une punition pour des méfaits passés au point d’une paralysie morale et politique. La restitution est une purification. C’est un rituel de reconnaissance et de confession dans lequel il y a une reconnaissance et une acceptance des mauvaises actions et une véritable démonstration de tristesse et de regrets, continués dans la réalité d’une promesse de ne plus jamais causer de tort et de rediriger ses actions vers ceux à qui le tort a été commis. Rien que de considérer ce type de discussion serait un changement et un défi radicaux envers les négociations de réconciliation, qui sont plus au sujet de nous faire tenir dans le cadre colonialiste, plutôt que de confronter et de vaincre ce même cadre. Quand je parle de restitution, je parle de nous restaurer nous-mêmes en tant que peuples, notre pouvoir spirituel, notre dignité ainsi que les bases économiques pour notre auto-suffisance. Les Canadiens comprennent de manière implicite que le processus de réconciliation ne va pas les forcer à remettre en question ce qu’ils ont fait, mais cela va les réconforter dans leur idée de persévérance et de comprendre une fois que les peuples indigènes, pardon aborigènes, sont réconciliés avec l’impérialisme. La réconciliation sera alors peut-être capable de bouger en dehors de la puanteur du racisme ouvertement prôné dans les relations sociales et publiques. Ceci représente une solution facile au problème du colonialisme pour les blancs et il ne fait aucun doute que beaucoup se satisferaient de cet escamotage de la réalité coloniale. Mais logiquement et moralement, on ne peut pas échapper au fait que les problèmes réels et profonds du colonialisme sont un résultat direct du vol de nos terres, ce qui ne peut pas être solutionné autrement qu’en nous rendant ces territoires.

Il y a au moins deux aspects de ce vaste problème. Le premier est la compréhension de la dimension économique; l’effet continue sur nos communautés d’être illégalement dépossédées de nos terres. Le second est la dimension sociale, les dénis politiques et légaux des existences collectives indigènes. Recibler la lutte d’Onkwehonwe (peuples originels) comme cherchant la restitution comme étant la précondition de la réconciliation n’est ni extrémiste ni irrationnel, comme le diraient sans aucun doute les intellectuels et leaders politiques indigènes et certainement les blancs. La restitution de manière générale, implique le retour de ce qui a été volé, accepter des réparations (soit par terres, matérielles ou monnétaires) pour ce qui ne peut pas être rendu et forger une nouvelle relation socio-politique basée sur “l’admission canadienne des fautes et malveillances passées et l’acceptation de la responsabilité et l’obligation  de s’engager dans un processus de reconstruction avec les peuples indigènes fondé sur la restitution-réconciliation-paix”.

L’autre aspect du problème est méthodologique; les leçons apprises des luttes des peuples indigènes pour leur auto-détermination depuis le milieu du XIXème siècle sont que la restitution et la réconcilation ne peuvent être achevées qu’au travers d’un conflit constructif de contentieux avec l’état et avec la société canadienne par la résurgence et la la démonstration du pouvoir indigène dans les sphères sociales et politiques. Du Mouvement de la Force Rouge (Red Power Movement) à la crise d’Oka en passant par la nouvelle génération des sociétés de guerriers, l’histoire a démontré qu’il était impossible de transformer la société coloniale de l’intérieur de ses institutions, ni de parvenir à la justice et à une coexistence pacifique sans d’abord transformer les institutions de la société coloniale elles-mêmes. Pour le dire simplement, l’entreprise économique “Canada”, qui fonctionne sous le déguisement d’un état “démocratique libéral » est, par sa création même et sa culture, simplement incapable de relations de coexistence pacifique avec les nations indigènes. L’échec constant des solutions négociées pour changer des choses conséquentes dans la vie des indigènes ou d’un accord du retour de la terre le prouve (être d’accord de gouverner et d’utiliser la terre comme le ferait l’homme blanc en échange de la reconnaissance de son corps de gouvernement n’est pas une libération du colonialisme). Le véritable changement interviendra lorsque les colons seront forcés de reconnaître ce qu’ils sont, ce qu’ils ont fait, et ce dont ils ont hérité, dès lors. Ils seront incapables de fonctionner comme entité coloniale et commenceront à voir et à envisager des relations de respect avec les autres personnes, les considérant comme d’autres êtres humains.

Il y a de gros obstacles à la reconnaissance des droits indigènes dans ce pays parce que l’impératif d’assimiler toute différence est, en fait, une caractéristique inhérente de la démocratie libérale. Les tentatives de sortir du paternalisme raciste si typique de tous les pays coloniaux, sont handicappées par le cadrage de tout le projet de décolonisation dans le contexte légal et politique de l’état démocratique libéral. Détachées de la mythologie coloniale de la société des colons au travers de l’application d’une logique disciplinée de justes principes, les relations entre les indigènes et les colons ne peuvent pas être réconciliées sans déconstruire les institutions qui furent construites sur le racisme et l’exploitation coloniale. Pour qu’il y ait finalement justice au sortir de cette situation coloniale, une réhabilitation radicale de l’état est requise. Sans changements radicaux de l’état lui-même, toutes propositions de changement sont ultimement des propositions assimilatrices.

Il y a des différences fondamentales entre les modèles d’organisation de la société et de gouvernance indigène et canadien. Les cultures indigènes et les structures gouvernementales qui ont émergées en leur sein sont fondées sur des relations de rapports et d’obligatons d’humains à humains et sur la vision économique que la durabilité des relations et de la reproduction perpétuelle de la vie matérielle sont des objectifs premiers, sur la croyance que les organisations doivent être fondées sur les unités familiales liées à la terre, et sur la conception d’une liberté politique qui équilibre l’autonomie d’une personne avec la responsabilité de la famille. Mettez ceci en contraste avec l’état démocratique libéral dans lequel la relation première est entre des citoyens de droit et la fonction principale du gouvernement est d’intégrer des diversités politiques et sociales pré-existantes au sein de la singularité d’un état, assimilant toutes les cultures en une identité unique patriotique et dans lequel la liberté politique est régulée par des structures distantes et supposément représentatives dans un système inaccessible de responsabilité publique, qui a depuis longtemps été corrompu par l’influence des grosses entreprises commerciales.

Comment quelqu’un peut-il s’attendre à ce que ces deux cultures politiques totalement différentes et opposées puissent être réconciliables ? Elles ne le sont pas. Les institutions coloniales et les sous-cultures disfonctionnelles qu’elles ont pondues dans les communautés indigènes sont le résultat des tentatives échouées de forcer les nations indigènes dans leur moule de démocratie libérale. Etant donnés les différents conflits de forme et d’objectifs entre la gouvernance indigène et la gouvernance libérale, l’une ou l’autre doit être radicalement transformée si on veut parvenir à une forme de réconciliation. En tant que tyrannies majoritaires dans les situations coloniales, les sociétés démocratiques libérales opèrent toujours sur la conviction que les peuples indigènes vont succomber et se soumettre à la plus grande force culturelle et numérique de la société coloniale. Cela coûte très cher financièrement et socialement de faire l’effort d’assimiler les individus indigènes dans la démocratie libérale et les valeurs culturelles judéo-chrétiennes et ce sans autre justification que ces faibles arguments formés sur un préjudice idéologique et culturel envers la supposée supériorité de l’héritage intellectuel et culturel européen. Voici pourquoi la réconciliation, comme elle est couramment comprise, est injuste; tout compromis à la démocratie libéral est une capitulation de l’essence même de toute forme d’existence indigène.

Des logiques sans préjudices de la décolonisation pointent vers le besoin de créer une coexistence parmi des communautés politiques autonomes. Une coexistence éventuelle pacifique demande un processus de décolonisation dans lequel Onkwehonwe sera émancipé et non pas coincé dans les valeurs, cultures et pratiques de la démocratie libérale. Si les buts de la décolonisation sont la justice et la paix, alors le processus pour y parvenir doit refléter une clause basique à respecter de la part des indigènes et des colons afin de reconnaître l’existence de l’un l’autre. Ceci ne peut pas se produire lorsqu’un des partenaires dans la relation est forcé de sacrifier son héritage et son identité en échange de la paix. Voilà donc pourquoi la seule possibilité d’une relation juste entre les peuples indigènes et la société coloniale est le concept d’une relation de nation à nation entre les peuples, le type de relations qui fut reflétée dans les traités originels de paix et d’amitié qui furent consacrés entre les natifs et les nouveaux arrivants qui commencèrent à arriver dans nos territoires. Le seul moyen de sortir de l’injustice de la relation courante est de commencer à pratiquer un processus de résurgence-excuses-restitution et de chercher à restaurer les relations pré-coloniales qui étaient fondées sur le partage et la coopération entre des peuples différents.

Le Canada refuse les tentatives de raisonner logiquement sur ce problème de cette façon. Les arguments communs au sujet de la restitution et de la réconciliation se terminent toujours par des prises de position défensives et conservatrices concernant les injustices évidentes et ce à l’encontre des arguments les plus justes et les plus raisonnables formulés en faveur de la restitution. Cela devrait être l’évidence même que légitimer les injustices ne fait qu’en promouvoir d’autres.

Tolérer les crimes encouragent la criminalité. Mais cet argument actuel canadien présume que comme les injustices sont historiques et que le passage du temps a certainement mené à un certain changement de circonstances pour à la fois les perpétrateurs et les victimes, le crime a été effacé et il n’y a pas d’obligation d’en payer le tribut.

Ceci est la version sophistiquée du sentiment le plus commun du colon: “Les Indiens l’ont eu dur, mais ce n’est pas de ma faute parce que je n’étais pas ici il y a cent ans”, ou bien: “J’ai acheté mon ranch au gouvernement de manière honnête”. Dans le sillage des excuses faites pour les pensionnats indiens et l’accord de compensation, nous devons dire ici que des excuses à moitié sincères et légalement restreintes du gouvernement plus quelques paiements de menues monnaies à ceux qui ont survécus les abus durant leur séjour dans ces pensionnats, sont loin d’une véritable reconnaissance, encore moins d’une absolution morale, légale ou politique pour le plus grand crime de la dépossession des peuples de la totalité de leur masse territoriale.

Le premier argument, pro-restitution, est puissant en lui-même. C’est précisément la reluctance des colons d’enquêter sur et d’inculper ses propres actions et celles de ses ancêtres, qui permet à l’injustice de s’accumuler continuellement et de se renfermer dans la culture dominante. En considérant les faits et la réalité qui définissent les relations entre les colons et les indigènes, le contre-argument de l’histoire pointe vers la restitution. Placer le contre-argument dans un contexte socio-politique actuel annule tout pouvoir qu’il pourrait avoir dans un autre contexte historique, théorique ou mythique. La clé de tout cela est d’assumer que le passage du temps mène au changement de circonstances. Ceci est faux, surtout considérant la relation entre les nations indigènes et la société canadienne et l’injustice d’une relation coloniale. Entre le début de ce siècle et le début du siècle dernier, les vêtements ont peut-être changés et leurs noms sont peut-être différents, mais leur rôle est toujours le même. Sans un changement substantiel dans les circonstances de la colonisation, il n’y a aucun fondement à considérer l’injustice historique. Le crime du colonialisme est présent aujourd’hui, tout comme le sont ses perpétrateurs et il n’y a toujours pas de raison morale et logique pour les peuples indigènes de chercher une réconciliation avec le Canada.

Cet essai est adapté de la discussion de l’auteur sur la réconciliation dans son livre: “Wasáse: Indigenous Pathways of Action and Freedom” (Peterborough, ON: UTP/Broadview Press, 2005).

Source:

http://speakingmytruth.ca/downloads/AHFvol2/17_Alfred.pdf

Comprendre la résistance autochtone au colonialisme: Un exemple de modèle politique non étatique autonome… La confédération iroquoise, une vision Mohawk

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“Vous êtes tous égaux et avez tous le même pouvoir et si vous vous disputez sérieusement, les conséquences seront des plus sérieuses et ce désaccord fera que vous ne vous respecterez plus l’un l’autre et tandis que vous vous querellerez les uns avec les autres, la panthère blanche (le dragon de la discorde) viendra et prendra vos droits ; puis vos petits-enfants souffriront et seront réduits à la pauvreté et à la disgrâce.”

~ Prophécie iroquoise du XVème siècle ~

 

“Quoi que vous fassiez, vous devez penser aux conséquences de vos actions sur les 7 prochaines générations”

~ Proverbe iroquois ~

 

 

Le dragon de la discorde

 

(Traduction d’extraits du chapitre 3 du livre “Heeding the Voices of Our Ancestors, Kahanawake Mohawk Politics and the Rise of Native Nationalism”, 1995)

 

Taiaiake Alfred, Ph.D

Professeur Science Politique Université de Victoria, BC

Mohawk, Kanahwake

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

[…]

 

La loi sur les Indiens (Indian Act)

 

Un système de gouvernement élu nominalement succéda au gouvernement traditionnel en 1890, lorsque la communauté (Mohawk de Kanahwake, NdT: prononcez “Ganaouagué”) accepta les provisions de la loi sur les Indiens (Indian Act) ~ Villeneuve 1984 ~

La loi sur les Indiens établît également un système électoral et mit en place un “conseil de bande” d’hommes localement élus afin de former le leadership politique de la communauté. Le gouvernement canadien avait auparavant fait de gros efforts pour avoir un certain degré de contrôle sur le territoire. […] Ainsi, l’avènement en 1890 des institutions politiques modernes à Kanahwake directement issues du gouvernement canadien et comportant le conseil de bande, le système d’allotement de terrain et la liste des membres, représentait le succès des efforts du gouvernement canadien de remplacer le système de contrôle local inhérent au système de gouvernance traditionnel et remplacé par un système de gouvernance euro-américain.

[…]

Le “caractère iroquois” était en fait une émergence culturelle politique à Kanahwake qui permettait une accommodation à la loi sur les Indiens fondée sur la perception que le gouvernement canadien partageait la motivation Mohawk d’une co-existence mutuelle idéale entre nations (NdT: Cf. la référence de base sur le traité Wampum à deux rangées, source de tout traité et accord entre nations partageant la même terre de l’île de la grande tortue…). Dans la vision Mohawk, à la fois le département (des affaires indiennes) et le gouvernement local Mohawk avaient des responsabilités dans les différents domaines de l’autorité. Mais quand le département essaya de gagner plus d’influence sur les affaires internes, ou de restreindre l’autonomie politique de Kanahwake, les Mohawks réagirent très fermement. Les Mohawks et le gouvernement canadien avaient deux visions différentes sur la même législation et les mêmes institutions.. Lorsque la nature de la loi comme perçue et imposée par le gouvernement canadien devint claire, la résistance Mohawk émergea, alimentée par un sentiment que le gouvernement canadien avait trahi le “sens réel” de la loi aux yeux des Mohawks. L’incompréhension, la double compréhension, contribua ainsi à la paix pendant un moment, mais éventuellement s’en vint à former le cœur même de la résistance Mohawk à l’intégration au système canadien.

Le gouvernement canadien avait créé la loi sur les Indiens non pas comme un moyen de co-existence pacifique avec les nations autochtones et les communautés indiennes autonomes, mais comme un instrument de domination coloniale interne sur ce que le Canada voyait comme étant des communautés minoritaires marginales. Alors qu’en surface était présentée une protection volontaire des terres indiennes et des statuts, la loi sur les Indiens et les législations affiliées étaient en fait le moyen par lequel le Canada cherchait à éventuellement à usurper toutes les terres indiennes au nom de la Couronne (NdT: La banque d’Angleterre qui a créée l’entreprise commerciale Canada en première instance…) et d’abroger les droits indiens et les statuts spéciaux en assimilant tous les Indiens dans la population et la culture générale, Plus le temps passa, et plus les Mohawks devenaient réceptifs à la véritable nature de la loi sur les Indiens (Indian Act).

[…]

Le contraste entre les idéologies assimilationnistes et traditionnalistes fut mit en exergue lors d’une réunion parlementaire de comité sur la loi indienne en Juin 1947. Parlant pour le conseil de bande élu, la longue maison (traditionnalistes) et la confédération des six nations iroquoises, Matthew Lazare décrivit la position de Kanahwake sur la réforme de la communauté. Il proposa un programme en 6 points qui incluait:

  • Un retour au gouvernement traditionnel de style iroquois
  • Un contrôle des membres
  • Un rejet de l’impôt sous toute forme que ce soit, spécifiquement l’imposition individuelle des Mohawks
  • Un rejet de la citoyenneté canadienne
  • Une demande pour que tous les résidents non-indiens partent de kanahwake
  • Une demande pour que les nonnes des Sœurs de Ste Anne, particulièrement abusives, soient retirées des fonctions d’enseignement dans les écoles gouvernementales

 

[…] La loi sur les Indiens est un document assimilationniste par excellence, qui recherche à coopter la nation autochtone en plaçant les indigènes au sein de la société canadienne, mais pour être certain, tout en créant un statut inférieur et en maintenant des institutions politiques racialement séparées (ségrégation).

 

Retour dans les bois

 

(Traduction d’extraits du chapitre 4 du livre “Heeding the Voices of Our Ancestors, Kahanawake Mohawk Politics and the Rise of Native Nationalism”, 1995)

 

“Frères ! Nous avons tout supporté patiemment pendant  bien longtemps; nous avons fait tout ce qui pouvait être fait en accord avec le bien-être de nos nations en général et ce sans compter tous les avantages qui nous ont été retirés… Notre patience est maintenant complètement épuisée !”

~ Thayendenaga, Mohawk, 1794 ~

 

Lorsque les Mohawks de Kanahwake “retournèrent dans les bois” à la recherche de principes de guidance, ils revisitèrent une tradition politique uniquement faite dans le but de redonner à leurs communautés de solides fondations. Les institutions et la pensée politique de leurs ancêtres avaient survévu jusqu’à l’époque moderne. Plus qu’une mémoire ou des réminiscences culturelles, elles étaient des concepts opérationnels dans de nombreuses communautés iroquoises. La nation Onondaga au nord de l’état de New York aux Etats-Unis, était toujours gouvernée par un conseil traditionnel iroquois, tout comme l’étaient divers segments d’autres communautés iroquoises dans l’état de New York et dans la province de l’Ontario. Dans l’esprit de beaucoup d’Iroquois, la philosophie politique traditionnelle iroquoise demeurait une idée importante et une puissante alternative aux valeurs euro-américaines.

 

Note du traducteur: Les Iroquois en général et les Mohawks en particulier, sont traditionnellement des “hommes et femmes des bois”. Chasse, pêche et guerres se passaient dans les forêts s’étendant sur ce qui est aujourd’hui de part et d’autre de la frontière américano-canadienne: les provinces de l’Ontario, du Québec autour de Montréal et sur les lacs et rivières environnant, pour le Canada et l’état de New York aux Etats-Unis. Le territoire de la confédération iroquoise s’étendait  à l’Ouest du lac Erie, au sud du lac Ontario (le nord étant territoire Huron, jusqu’ à l’Est de l’état de New York (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Iroquois_5_Nation_Map_c1650.png ) et le territoire était traversé par la “piste des Iroquois” à travers bois de l’Ouest du territoire Seneca juqu’en Est, territoire Mohawk. Les Iroquois étaient des coureurs des bois, extrêmement agiles, rapides, silencieux, dont les prouesses physiques sont devenues légendaires. Les Iroquois n’étaient pas des cavaliers, les chevaux ne passant pas dans les forêts denses, ils étaient en revanche de remarquables coureurs à pieds, nageurs et canoëistes… Ils vivaient dans des villages élaborés autour desquels ils cultivaient maïs, haricots et courges. La société iroquoise était une société d’abondance d’obédience matrilinéaire.

 

La théorie disant que les sociétés indiennes ont maintenu des éléments clef de leur culture traditionnelle tout en accommodant d’autres à la modernité, de manière plus superficielle a été un autre point de focalisation de recherche à Kanahwake.

[…] Dans les années 1960, l’anthropologue Morris Freilich a mis en avant un argument en faveur des Mohawks de Kanahwake représentant un cas de persistance culturelle. Dans son travail de recherche sur le métier de construction de hauts bâtiments à structure d’acier, entrepris par les Mohawks et leur communauté transciente de Brooklyn à New York, Freilich a comparé la culture contemporaine Mohawk avec celle de la société Mohawk traditionnelle (Freilich 1963). Sa conclusion en fut que les caractéristiques définissant la société traditionnelle Mohawk prenant en compte les rôles de genres et l’interaction de groupe étaient aussi présents dans la société Mohawk contemporaine. Pour Freilich, que la préoccupation soit la guerre ou les grattes-ciel, la structure de la société Mohawk est demeurée la même. Il vit donc un schéma de sept caractéristiques culturelles persistantes.

En ce qui concerne les hommes:

  • Une “mentalité de héros conquérant” qui poussait les hommes à se prouver à eux-mêmes loin de Kanahwake et de retourner à la maison pour la gloire.
  • Un rejet de toute autorité hiérarchique, formelle ou linéaire
  • La nécessité du danger ou de tout excitement inhérents à tout domaine que les hommes avaient choisi d’entreprendre

Les femmes quant à elles avaient deux caractéristiques persistantes:

  • La nécessité d’être en relation étroite avec la lignée matrilinéaire ou d’autres femmes Mohawk
  • L’éducation des enfants

En tant que groupe:

  • L’entretien d’un système d’adoption complexe, qui permet aux non-Mohawks d’être intégrés facilement dans la communauté
  • Un désintérêt général à l’accumulation de propriétés et de biens matériels

Freilich, 1963.

[…]

Une autre anthropologue, Mary Mathur, émît la théorie en 1973 du processus de “revitalisation rationnelle”, menant à la création de “traditionnalistes auto-conscients”. Avec la théorie de Mathur, les représentations statiques de culture sont abandonnées en faveur d’une approche qui voit la culture comme un processus dynamique et le traditionalisme comme un référant constant entre ce qui est rappelé du passé et ce qui est demandé pour subvenir aux exigences du présent. Elle argumente sur le sujet particulier de la tradition iroquoise rendant des communautés comme Kanahwake parfaitement adaptées pour une assertion d’un “nationalisme tribal” dans un contexte tout à fait contemporain.

De fait, les deux clefs essentielles de la tradition iroquoise de la Grande Loi de la Paix, qui forme la base même de la culture iroquoise, sont sa sophistication politique et le fait que cela demandait un prosélytisme actif (Mathur 1973). Mathur affirme que les Iroquois contemporains ont conservé leur sophistication politique et l’énergie observée par Latifau dans leurs ancêtres du XVIIIème siècle […] Ainsi, Mathur voit les Mohawks comme chanceux de posséder à la fois le message et le moyen pour faire avancer leurs objectifs dans l’ère contremporaine.

[…]

Tout en revigorant certains moyens, le système de la Grande Loi de la Paix et des techniques de communication, les Mohawks de Kanahwake ont façonné un message consistant en des éléments variés auparavant identifiés (Voget, 1951), comme les caractéristiques d’un “ nativisme” pendant les années 1950.

Ceci fut modernisé et consolidé en trois principes fondamentaux:

  • La mise en place de la souveraineté par le retour d’une forme traditionnelle de gouvernement
  • Le renforcement d’une identité de peuple distinct par le point de focalisation sur les ancêtres
  • Le redressement des injustices historiques entourant la dépossession des Mohawks de leur terre traditionnelle

Il y a une signifiance toute spéciale de la terre dans le cas des Iroquois, car les conflits sur les terres sont devenus le champ de bataille légal principal et est le résultat de l’échec du Canada pour sauvegarder les droits substantifs à la terre des Iroquois, droits dérivés des traités et des contrats légaux domestiques. En références particulières aux Mohawks de Kanahwake, les crises concernant l’aménagement fluvial du St Laurent dans les années 1950 et la crise d’Oka en 1990, en sont des exemples clairs.

Les problèmes de territoires ont été les étincelles qui ont mis le feu aux poudres en maintes occasions et ont mis à feu le nationalisme Mohawk dans l’ère contermporaine. A cet égard, les Mohawks de Kanahwake sont l’exemple typique de ce que Mathur appelle “le nouvel indien” défiant la société non-native sur un “nouveau champ de bataille” pendant les années 1970 et suivantes. Pour Mathur, les Iroquois furent uniques dans leur façon de propager leur propagande, leurs idées et leurs stratégies parmi les autres nations indiennes. Cette action directe a mené à la reconnaissance d’un niveau singulier d’intensité et de militantisme dans le tradtionalisme Mohawk, chose qui s’est manifestée dans ce qu’elle appella à cette époque le “nationalisme tribal” (Mathur, 1973)

L’interaction des problèmes territoriaux, de la souveraineté et de l’identité était évidente au travers des confrontations augmentant régulièrement entre les Mohawks et les gouvernements du Canada et des Etats-Unis. Ces idées se sont cristalisées dans un plan d’action en 1974, lorsque les Mohawks de Kanahwake occupèrent et tentèrent de réétablir une zone de leur territoire traditionnel dans les montagnes d’Adirondack près d’Utica dans l’état de New York. Dans la confrontation qui s’ensuivit avec les autorités de l’état de New York, un négociateur fédéral observa que “la souveraineté est un mot clef pour la nation Mohawk. Ils insistent sans discontinuer sur le fait que la nation Mohwaks est un gouvernement indépendant et souverain.” (Kwartler 1980) Clairement à ce moment, les Mohawks qui étaient en première ligne de l’activisme politique, sont passés par le processus décrit par Mathur et ont en fait consolidé tout en ensemble de principes qui met en valeur la politique contemporaine à Kanahwake.

Cette discussion a établie le cadre pour une analyse de détail du contenu du processus adaptatif de Kanahwake et de la création, en réponse à une demande fonctionnelle, d’une idéologie politique particulièrement modernisée et dérivée d’une solide base de traditions iroquoises, qui ont été enfouies pendant des années. Les Mohawks de Kanahwake ont ainsi compris que dans la nouvelle réalité politique une prise de position sûre en tant que nation et la sauvegarde de leur base territoriale, demandaient une reformulation de leur stratégie envers une plus grande confiance en des éléments traditionnels de leur culture politque.

 

La tradition politique iroquoise: Kaienerekowa (NdT: prononcez: “Gaïénérégooua”): La Grande Loi de la Paix

 

Quels sont les éléments clef de Kaienerekowa, La Grande Loi, le texte qui forme la référence de base de toutes les valeurs traditionnelles iroquoises sur le gouvernement et l’organisation sociale ?

NdT: Kaienerekowa est la constitution de la confédération des six nations iroquoises (Seneca, Cayuga, Onondaga, Oneida, Mohawk, Tuscaroa). Elle est composée de 117 articles, mis sous forme de ceintures wampum ~

La confédération iroquoise était à l’origine (NdT: XIIIème-XIVème siècle selon les estimations anthropologistes) composée de cinq nations (NdT: La nation Tuscaroa rejoignant la confédération vers la mi-XVIIIème siècle, date toujours sujet à débat…). La tradition orale iroquoise raconte comment les nations furent unies par un Pacificateur après une longue période de guerres intestines. Le message du Pacificateur (NdT: qui d’après la tradition orale iroquoise était un Huron, nation de langue iroquoienne, du nom de Deganawida) de partage du pouvoir, de compromis et de but unificateur, fut reçu par les cinq nations comme une solution à leur problème de concurrence incessante et d’hostilité généralisée. Kaienerekowa ou Grande Loi de la Paix, demeure une pièce maîtresse de théorie politique. Au travers un savant mélange de symbolisme et de spécificité, cette loi orale (NdT: documentée sous la forme de ceintures wampum) émanant du XIVème siècle détaille la formation d’un système véritablement démocratique d’organisation politique et le tout premier système politique fédéral d’Amérique du Nord.

Kaienerekowa était très spécifique en regard du fonctionnement du système de la confédération des nations. Des structures complexes de représentation proportionnelle des nations, de pouvoir de veto, de règles et d’ordre ainsi que de précédence dans le débat étaient entre-mêlées de symbolismes déjà mentionnés. La société iroquoise était caractérisée par une démocratie extensive. Le point d’entente central du système fédéral était d’assurer la perpétuation de la souveraineté populaire et tout le mécanisme politique était arrangé de telle sorte que les chefs ne faisaient que représenter la volonté des peuples. Le système iroquois était véritablement démocratique dans le sens où toute la légitimité découlait directement du peuple. Alors que les chefs étaient sélectionnés (par les femmes) pour représenter les peuples au grand conseil et corps politiques étrangers, ils déterminaient les intérêts de la nation au travers un processus de discussion publique et de consultation permanente. Kaienerekowa instruit que:

“Dès qu’un sujet important est présenté au conseil de la ligue (grand conseil) et que ce sujet affecte l’ensemble de la confédération, les sachems de la ligue doivent soumettre le sujet à la décision des peuples et la décision des peuples doit affecter la décision du conseil… Cette décision du grand conseil doit être la confirmation de la décision des peuples.

La démocratie iroquoise avait (et a toujours..) deux caractéristiques principales:

  • Tous les membres de la communauté participent au processus politique
  • Tous les clivages de la société sont représentés par une sorte de mécanisme, sexe et clan sont les deux bases essentielles de la différenciation des rôles politiques.

Ces deux mécanisme spéciaux, qui de manière usuelle prennent la forme de petits conseils ayant fonction de donner un avis vis à vis des chefs et au travers d’un débat public de toutes choses concernant la nation, par ce biais, les membres de la communauté étaient assurés d’avoir une influence sur les décisions des chefs.

La différenciation des rôles politiques fondée sur le sexe illustre ces deux principes. Aucune décision ne pouvait être prise sans le consentement unanime de tous les groupes représentatifs et les femmes avaient un rôle spécial garanti dans ce processus, menant à l’avènement d’un concensus politique. Dans la vision iroquoise, les femmes sont par nature responsable de la perpétuation de la communauté à la fois en terme physique en donnant naissance, mais aussi en préservant la culture en élevant et éduquant les enfants. Elles sont de manière innée, concernées par la stabilité et le bien commun. En conséquence et au travers un certain nombre de mécanismes formels, les femmes iroquoises reçurent la responsabilité politique de sélectionner et de répudier les leaders nominaux des clans et nations et aussi de mettre un veto sur toute décision qu’elles estiment aller à l’encontre des meilleurs intérêts de la communauté entière. Les positions nominales de leaders sont limitées aux hommes, parce que les Iroquois jugent généralement les hommes plus qualifiés pour les demandes inhérentes au leadership. Ainsi, les hommes étant plus ouvertement agressifs et psychologiquement égoïstes, cela les rend plus capables aux fonctions d’orateur, de débat et de chefferie militaire. Et pourtant, les chefs traditionnels iroquois ne représentent que la volonté de leur communauté, une communauté contrôlée de manière très efficace par les femmes.

Le rôle politique du chef est d’être un représentant au sens le plus littéral du mot. Sa fonction essentielle est de déterminer la volonté générale du peuple et de représenter ses intérêts au sein de la Ligue.

Mais un chef iroquois est plus que cela. Il est aussi un leader moral et spirituel. Si le pouvoir politique en général est dérivé de la communauté, alors le statut du chef n’est pas dérivé d’un effort de consolider le soutien de factions variées ou de groupes, mais du respect des gens pour la valeur morale de l’homme.

Le mot Mohawk pour “chef” est Royaner, qui se traduit par “celui qui est fait de bonté”. Les rôles politiques et spirituels des chefs sont succintement résumés dans Kaienereko:wa:

L’épaisseur de la peau des chefs doit être de sept envergures de bras. Leur cœur doit être empli de paix et de bonté. Leur esprit est dirigé vers le bien-être du peuple, les esprits de colère et de fureur ne doivent pas trouver droit de cité en eux et tout ce qu’ils disent et font, ne doit l’être que pour le bien du peuple et non pas pour eux-mêmes. Ils doivent penser non seulement dans le présent mais aussi pour les générations futures qui ne sont pas encore nées.”

La chefferie est alors une confiance sacrée entre le peuple de la nation et ces hommes sélectionnés pour leurs vertus et leur caractère propice à représenter le peuple à la fois dans les domaines politique et spirituel.

La société iroquoise est matrilinéaire et est organisée en unités sous-tribales appelées clans. Toutes les fonctions politiques et sociales au niveau local sont centralisées dans les clans, de même pour les nations et la Ligue, la représentation suit aussi ce schéma. Les chefs de chaque nation furent choisis parmi des clans spécifiques par leurs femmes comme représentants d’un groupe familial particulier. Au Grand Conseil de la Ligue, les chefs des nations se réunissent pour ne parler que comme un seul homme. Les mécanismes de représentation et d’organisation sociale sont vitaux pour la bonne compréhension de la société iroquoise dans son ensemble, mais cela nous concerne moins ici que les implications que ces mécanismes ont, pour que les idées iroquoises définissent les rôles politiques et de chefferie.

Kaienereko:wa a infiltré les cinq nations dans tous les aspects de la société et spécifie que chaque nation demeure distincte et souveraine mais en même temps partie intégrante d’un tout plus important. Pour les Iroquois, il n’y avait pas de différence entre le mode de gouvernement et l’esprit de la politique entre villages et Ligue.

[…] Les Iroquois croient que la transition d’une existence tribale isolée à celle d’un gouvernement formel fut intitié par le Pacificateur Huron Deganawida, qui vint en territoire iroquois après avoir traversé le lac Ontario. Il amena ses idées de paix et de justice d’abord aux Mohawks, puis aux autres nations; Deganawida réussit alors à unifier les nations iroquoises sous ce système de religion et de gouvernement.

[…]

Le but du gouvernement dans cette tradition est de gouverner tous les aspects de la vie des peuples. Ceci n’est possible que par la nature homogène et non-différenciée de la société iroquoise et par le fait que l’instrument du gouvernement n’est pas du tout un État dans le sens moderne du terme, mais en fait la force morale de la communauté elle-même. C’est le gouvernement par le peuple, basé sur un principe d’accord consensuel en regard des intérêts de la nation dans la sphère politique. C’est le gouvernement par le peuple, basé sur une conception partagée de moralité dans les sphères sociale et religieuse.

Jusqu’ici le “peuple” a été la référence au cours de cette discussion à la fois pour identifier la société civile et le système de gouvernement dans la société iroquoise. Que veut-on dire exactement par ce mot ? D’un côté, le “peuple” se réfère à Onkwehonwe, ou les indigènes vivant sur la terre iroquoise, mais à un autre niveau d’analyse, des références au “peuple” révèle en fait les vues iroquoises sur la nature humaine, qui établit leur besoin pour un système formel de gouvernement.

[…]

Ces deux éléments du narratif, la lutte primordiale entre le bien et le mal et l’incompatibilité des groupes raciaux ou “nations”, sont la base des structures iroquoises de la formation de gouvernement orienté sur la nation. Les Iroquois pensent que chaque “race” ou chaque “nation”, doit déterminer sa propre voie séparée d’existence en harmonie avec les existences différentes mais également valides des autres nations.

De la sorte, la conception iroquoise de la nature humaine est une conception qui accepte les différences entre les Hommes comme étant un fait naturel et inéluctable de la vie. L’acceptation est le mot clef, car les iroquois croient que la paix n’est possible que si chaque nation se gouverne elle-même par les règles que le Créateur leur a donné à chacune. Ceci est une vue relativiste. Kaienereko:wa fut donnée au Onkwehonwe par Sonkwaiatison (le créateur) par son messager, le personnage de Deganawida, le Pacificateur. Ceci représente également une vue très sensible de la psychologie des dynamiques de groupes et de la politique de la diversité. En son centre réside la croyance en l’auto-détermination et l’autonomie nationale donne les seules garanties d’une co-existence pacifique.

Les vues sur la nature humaine exprimées dans Kaienereko:wa sont sans nul doute le produit de siècles d’observation de la part des Iroquois qui ont transmis ce message au cours des âges, et pourtant les circonstances historiques immédiates qui entourent la création de la Ligue confirment également le symbolisme révélé par l’histoire de cette création. Le fait que le Pacificateur délivra ce message au milieu de temps de troubles et de guerres intestines donne tout son contexte au but du message lui-même. La prophécie iroquoise fut que le Créateur dit aux Iroquois:

“Vous avez été créé depuis la terre de cette île. Je réalise maintenant que vous ne pourrez pas survivre longtemps parmi les autres… vous aurez besoin de temps avant que vous n’entriez en contact avec d’autres humains. Vous recevrez également une voie sacrée par un messager qui vous visitera vous et vos descendants.”

L’intuition de l’histoire de la création d’un mauvais côté de la nature humaine et de la difficulté que cela posait à une co-existence pacifique furent réalisées dans les années menant à la formation de la Ligue. Les Iroquois avaient oublié les instructions du créateur et avaient dégénéré en barbares qui ne pouvaient plus vivre les uns avec les autres, et encore moins avec les autres nations vivant sur terre. C’était le temps où les Iroquois n’avaient plus aucune valeur morale et guerroyaient vicieusement entre eux et avec les autres nations. La vision correspond à une période historique durant laquelle les cinq nations furent isolées, pauvres et en danger constant de perdre leur indépendance au profit de groupes et nations indiennes plus puissants. Ce fut le point le plus bas de leur existence et le temps était parfait pour l’apparition du messager portant le rappel du créateur par le biais de Kaienerekowa et du comment vivre une bonne vie en suivant les principes de la paix, de la rectitude et du pouvoir partagé. La reconstitution et la revitalisation des Iroquois sous l’égide des principes de Kaienerekowa initia une ère dans laquelle la Ligue de la confédération iroquoise prospéra et qui dura jusqu’au premier contact avec les Européens arrivant sur le continent, une ère durant laquelle la Ligue iroquoise prospéra et en fait domina au sein de ses territoires traditionnels.

[…]

Le symbolisme impliqué dans l’histoire transmet tous les concepts de base de Kaienereko:wa. En tout premier lieu, il confirme la validité du message de paix ; secundo, il démontre que seulement par l’unité peuvent les gens, les peuples, survivre et finalement, il montre que la conciliation peut surmonter tout obstacle pour parvenir au consensus nécessaire.

Le symbole iroquois le plus pervasif est, et de loin, celui du grand arbre de la paix. Dans cet arbre, on peut voir l’essence même de la philosophie politique iroquoise. Un grand arbre planté sur les rives du lac Onondaga représente les principes fédéralistes de Kaienerekowa, la confédération volontaire des nations autonomes, l’auto-détermination, l’auto-gestion, et la coexistence pacifique dans un esprit démocratique des peuples pour et par eux-mêmes. Sous l’arbre repose une massue, symbolisant l’obsolescence des conflits pour ceux qui acceptent la Grande Loi de la Paix. De la base de l’arbre pousse les grandes racines blanches, symbolisant la paix et la charité pour toute nation qui désire remonter à la racine iroquoise et prendre ombrage et protection sous les principes de Kaienerekowa. Au dessus de l’arbre se tient un aigle, toujours en alerte, observant attentivement tout danger ou menace à la sécurité et à la paix des peuples. Le symbole du grand arbre de la paix est un rappel valide et puissant des idées contenues au sein du système traditionnel de la pensée iroquoise. Mais apprécier la beauté de la forme pure de ces idées est une chose, penser aux moyens de permettre à ces idées de transcender les limites entre philosophie et politique en est une autre.

[…]

La tradition politique iroquoise dans sa véritable forme représentée par une lecture holistique de Kaienereko:wa contient des éléments clef qui sont cruciaux pour l’intégrité du système, comme la différenciation des rôles par genres (sexes), la représentation des clans, la participation directe et la prise de décision fondée sur une base de consensus. Mais ce qu’il y a de plus important encore, Kaienerekowa englobe des valeurs et des principes qui doivent être intégrés dans la pratique de la politique au sein de la communauté afin que le système fonctionne de manière optimale. De manière générale, le mouvement traditionaliste de Kanahwake s’est focalisé sur des aspects structurels superficiels de Kaienerekowa et a négligé l’importance de l’intégration des valeurs sous-jacentes à la philosophie iroquoise. Aucune interprétation traditionaliste au sein de la communauté est devenue hégémonique dans les esprits des Mohawks, parce que chacune a focalisé sur des aspects superciels et a échoué à réinstaurer le système qui permettrait au traditionalisme de progresser au-delà de l’utilité comme moyen de renforcer le pouvoir vis à vis de forces extérieures, de devenir un mouvement politique et social unificateur au sein de la communauté elle-même. Chaque longue maison a fragmenté le message holistique et s’est concentrée sur un aspect particulier du système de valeur. Comme un moyen et un message à des forces extérieures, la communauté demeure forte. Dans toute confrontation, les Mohawks s’unissent et la pleine force du message de Kaienerekowa et l’énergie de tous les Mohawks sont mis en commun.

Mais de manière interne, dans le processus de créer un consensus sur une base spirituelle, culturelle et structurelle pour une co-existence parmi les Mohawks, le mouvement traditionaliste a échoué.

Ceux qui insistent sur la paix ignorent la nature politique de la relation Mohawk avec la société non-indigène et les véritables conflits qui existent dans les arènes sociales et culturelles entre les Mohawks et les autres communautés. Ceux qui font une fixation sur le pouvoir (partagé) ignorent la base de la force de Kaienerekowa, la force de l’esprit, du corps et du relationnel et se focalisent sur une notion de pouvoir corrompue à l’européenne, une fausse abstraction de la notion indigène. Ils se précipitent vers la réalisation du pouvoir sans l’équilibre de l’influence des deux autres principes pour limiter ou porter conseil à leurs efforts. Quant à ceux de la rectitude, qui rendent responsable la société blanche de tous les maux de leur communauté, ils focalisent seulement sur l’injustice inhérente à l’imposition d’une histoire qui n’a pas été choisie par les Mohawks. Ils ignorent la nature complexe de la relation présente et l’importance de l’harmonie et de la coopération dans la réalisation des objectifs édictés.

[…]

L’objectif politique des Mohawks est essentiellement de rester en contrôle… Pour ce faire, restaurer respect, équilibre parmi les Mohawks est l’objectif interne principal à Kanahwake. Pour la vaste majorité des Mohawks, la première étape vers la réconciliation est la réforme des institutions gouvernementales déja existantes de manière interne. A cet égard, le Mohawk Council Kanahwake (MCK, Conseil Mohawk de Kanahwake, qui est l’entité gouvernementale élue avec laquelle le gouvernement canadien traite, seule..) est vu comme un problème en termes de représentation. Le problème réside dans sa charte comme un organe administratif du gouvernement canadien et une créature de la loi sur les Indiens (Indian Act).

Il est tout simplement inacceptable pour les Mohawks d’avoir un gouvernement fondé sur des lois et des principes euro-américains.

[…]

Les valeurs politiques des Mohawks tournent autour de deux axes: responsabilité et leadership. Le concept de responsabilité est intégré dans la règle simple que tout pouvoir et toute légitimité découlent de la volonté collective des individus, du peuple. Les institutions et les actions des chefs sont similaires et maintenues au standard qu’un consentement unanime doit-être obtenu pour que la légitimité d’une action soit validée… Les Mohawks demandent une responsabilité à chaque étape du processus politique. Il n’y a pas de parallèle au concept très européen de “consentement tacite”, le public se doit d’être constamment consulté et le collectif sera perpétuellement évaluateur de la pratique du gouvernement à Kanahwake ou ailleurs. De plus, l’assomption d’un statut de leadership n’implique aucun élèvement de statut ou de privilège. Bien au contraire, les leaders sont vus comme les serviteurs de l’intérêt collectif commun. Les leaders sont moins respectés que tolérés par le public Mohawk. La chefferie est une charge émanant de la fonction de médiation, qui est la charge et l’occupation principale d’un leader Mohawk. La primauté étant placée sur la responsabilité, cela dicte que les leaders passent le plus clair de leur temps à développer un consensus et les leaders prennent le rôle de conseillers entre les intérêts variés et les factions au sein de la communauté.

[…]

Dans l’abstraction, les Mohawks appliqueraient les principes de Kahswentha (NdT: wampum à deux rangées) dans leurs relations avec toute entité souveraine voisine, comme ils l’ont toujours fait. Il n’y a en fait aucune différence dans leur position envers les Hollandais du XVIème siècle, les Anglais du XVIIème, les Français du XVIIème, les Britanniques du XIXème et les Canadiens du XXème […]

La vision des Mohawks sur les relations avec d’autres nations autochtones et la confédération iroquoise est celle du transfert de leur propre souveraineté aux autres communautés indigènes. Dans une étude faite sur les territoires Mohawks, 93% des opinions exprimées indiquaient qu’il devrait y avoir un lien partiel ou total entre les Mohawks, la confédération iroquoise et les autres communautés autochtones. En revanche, alors que les Canadiens désirent voir les sociétés indigènes intégrées dans le cadre politico-économique qu’ils ont créé, les Mohawks rejettent l’idée de plier à ce qui somme toute demeure des institutions étrangères…

Ainsi les Canadiens voudraient amener les Mohawks comme membres à part entière de la nation qu’ils ont créée, tandis que Kanahwake doit, en tant que citoyens d’une autre nation, résister à la tentative d’éroder leurs institutions Mohawks et leur identité.

De la perspective des Mohawks, le problème réside en fait dans un manque de respect de la souveraineté de la nation Mohawk. Ils aspirent à un partenariat avec un Canada qui reconnaitrait les limites de leur alliance enracinée dans leur philosophie politique, ce tout en permettant Canadiens et Mohawks de bénéficier d’une telle association.

Résistance politique: Venir à terme avec notre culture colonialiste ou la transcendance libératrice ~ 2ème partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 4 juin 2013 by Résistance 71

Nous avons traduit de larges extraits d’une des recherches essentielles du professeur de science politique de l’université de Victoria (BC, Canada) Taiaiake Alfred, publiée en 1999 sous le titre: « Peace, Power & Righteousness, an indigenous manifesto » et réédité en 2009, que nous publions ici en deux parties.

Comment lutter efficacement contre le colonialisme toujours en vigueur dans des pays comme le Canada ou les Etats-Unis ainsi que contre cette mentalité globaliste néo-coloniale qui perdure dans la société occidentale ? Comment aller au delà, transcender cette hégémonie culturelle de destruction fondamentalement raciste et euro-centriste pour unifier le monde au sein d’un nouveau paradigme de paix et de tolérance.

Plus qu’une analyse, une vision fraîche pour une société universelle égalitaire.

== 1ère partie  ==

— Résistance 71 —

 

“Voici ce que la chrétienté a fait aux nations natives: Ils nous ont dit, tu ne voleras point et pourtant l’église possède plus de terres sur les réserves indiennes que n’importe quelle entité. Ils nous ont divisé ! Les missionnaires sont venus avec la bible dans une main et l’épée dans l’autre. Ils avaient le livre et nous avions la terre; maintenant nous avons le livre et ils ont nos terres.”

~ Clyde Bellecourt, Objiwe, fondateur de l’American Indian Mouvement, AIM ~

« La société primitive est le lieu du refus d’un pouvoir séparé, parce qu’elle-même et non le chef, est le lieu réel du pouvoir. La société primitive sait par nature, que la violence est l’essence du pouvoir. En ce savoir s’enracine le souci de maintenir constamment à l’écart l’un de l’autre le pouvoir et l’institution, le commandement et le chef ; et c’est le champ même de la parole qui assure la démarcation et trace la ligne de partage.
En contraignant le chef à se mouvoir seulement dans l’élément de la parole, c’est à dire dans l’extrême opposé de la violence, la tribu s’assure que toutes les choses restent à leur place, que l’axe du pouvoir se rabat sur le corps exclusif de la société que nul déplacement des forces ne viendra bouleverser l’ordre social. Le devoir de parole du chef, ce flux constant de paroles vides qu’il doit à la tribu, c’est sa dette infinie, la garantie qui interdit à l’homme de parole de devenir homme de pouvoir. »
— Pierre Clastres —

 

Pour une meilleure réfutation du colonialisme: “Paix, Pouvoir et Rectitude, un manifeste indigène” (Seconde édition 2009, extraits)

2ème partie

 

Taiaiake Alfred, Ph.D

 

Professeur de Science Politique à l’université de Victoria, Colombie Britannique, Canada

Kanahwake Mohawk du Québec

 

~ Extraits traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

== 1ère partie ==

 

~ 2ème et dernière partie ~

 

II

 

Sur l’État colonialiste

La souveraineté de l’État dépend de la fabrication de fausses informations qui exclut la voix indigène. L’ignorance et le racisme (littéralement la croyance en la supériorité d’une race sur une autre) sont les principes fondateurs du colonialisme et de l’État colonial, ainsi que des concepts concernant la souveraineté indigène qui ne défient en rien ces principes, mais en fait, servent même à les perpétuer. Affirmer que la légitimité de l’État repose sur la règle de la loi est hypocrite et anti-historique. Il n’y a aucune justification morale pour la souveraineté de l’État. La vérité est que le Canada et les Etats-Unis furent établis seulement parce que les peuples indigènes furent décimés par des maladies venant d’Europe entre autre et furent incapables de prévenir l’immigration massive des populations venues d’Europe.

En permettant aux peuples indigènes une toute petite mesure d’auto-administration et en refusant de prendre une toute petite portion de l’argent dérivé de l’exploitation des territoires indigènes, l’État a créé des incentifs pour l’intégration au sein de son propre cadre souverainiste. Ces communautés qui coopèrent sont les bénéficiaires de la flatterie faussement altruiste qui regarde les peuples indigènes comme autant de restes anachroniques de nations du passé, les descendants de peuples qui furent indépendants et qui par une combinaison de ténacité et de chance ont pu survivre et doivent maintenant être protégés comme minorités. En acceptant de vivre comme objets, de telle communautés co-optées se garantissent un rôle dans la mythologie étatique, par laquelle elles espèrent pouvoir négocier un ensemble de droits limités mais perpétuels. En vérité, le compromis est un véritable marchandage pathétique du principe. La reformulation de la nationalité pour créer des objets historiques qui prêtent une légitimité à l’économie politique de l’état moderne, n’est rien de moins qu’une trahison.

Qu’est-ce que les traditionalistes espèrent protéger ? Qu’ont oublié les co-optés ? Dans les deux cas, la réponse est le cœur même des nations indigènes: Un ensemble de valeurs qui défient la force destructrice et homogénéisante du libéralisme occidental et du capitalisme de libre-échange et ceci honore l’autonomie de la conscience individuelle, de l’autorité non-coercitive et la profonde inter-connexion entre les êtres humains et les autres éléments de la création.

Rien n’est plus en contraste entre les traditions native et occidentale (dominante), que leurs approches philosophiques respectives sur les problèmes fondamentaux du pouvoir et de la nature. Dans les philosophies natives, le pouvoir coule du respect de la nature et de l’ordre naturel. Dans la philosophie occidentale dominante, le pouvoir dérive de la coercition, de la force et de l’artifice, effectivement, d’une aliénation de la nature. […]

C’est le matérialisme de possession intense qui est au cœur des économies occidentales, qui doit être rejeté, pour la bonne raison que ceci contredit les valeurs tradutionnelles qui ont pour but de maintenir un bon et respectueux équilibre entre les gens et entre les humains et la Terre.

La forme de justice sociale distributive promue par l’État aujourd’hui dépend de l’industrie, de son développement et de celui des entreprises qui pourvoient au travail pour les gens et aux revenus pour les institutions gouvernementales. Le plus souvent, spécifiquement sur les territoires indigènes, ces industries et entreprises se concentrent sur l’extraction des ressources naturelles. Les arbres, cailloux, poissons, deviennent des commodités marchandables dont la valeur n’est calculée qu’en terme monétaire sans référence à la connexion spirtituelle entre elles et les peuples natifs. D’un point de vue traditionnel, ceci représente une dévaluation extrême de la nature.

[…] Ainsi, créer une relation post-coloniale légitime veut dire abandonner les notions de supériorité culturelle européenne et d’adopter une attitude de respect mutuel. L’idée qu’il n’y a qu’une seule façon correcte de faire les choses n’est plus tenable. Les valeurs traditionnelles des peuples indigènes menacent directement le monopole du contrôle du pouvoir dont l’État jouit pour l’heure. Certains universitaires ont interprété la violence qui se produit lorsque l’État confronte le traditionalisme indigène, comme étant une réaction étatique naturelle à cette menace sur son monopole.

Sur le cooptage et la méthodologie coloniale

Note du traducteur: Ici nous demandons au lecteur de considérer la chose suivante… Substituer les mots “natifs”, “indigène”, “leader natif ou indigène”, “communauté indigène” dans ce qui suit par des mots plus génériques comme “communes”, “maires”, “leaders politique” etc… Vous vous rendrez sûrement compte que mis à part quelques états de fait très spécifique au cas amérindien, l’oligarchie applique ses méthodes coloniales de la même manière, contre nous, les peuples occidentaux. De fait le dogme colonial et sa perpétration est le fait du petit nombre qui oppresse de la même manière les nations conquises et leurs peuples à la maison, la différence réside essentiellement dans le degré, l’intensité de l’oppression et de sa méthodologie…

Le cooptage de notre leadership politique est un fait subtil, insidieux et indéniable et il a résulté en une perte collective de la capacité à confronter les injustices quotidiennes de la vie native, à la fois les petites et les plus profondes. Politiquement et économiquement, tous les peuples natifs sont dans une position de vulnérabilité face au pouvoir supérieur de l’État. Ceci est la réalité à laquelle nous devons faire face. Les personnes, en tant qu’individus, répondent à cette relation injuste au pouvoir de manière différente: certains résistent, d’autres collaborent. Ceux qui rationalisent et participent activement à leur propre subordination et à la maintenance de la supériorité de l’autre, sont co-optés.

Toujours, lorsque les objectifs de la communauté diffèrent des intérêts qui déterminent la politique de l’État, les leaders de la communauté sont soumis à de grosses pressions et sont incités à coopérer avec le pouvoir d’État. Des pressions politiques, sociales, psychologiques et économiques sont exercées sur les leaders de la communauté afin de les persuader ou les inciter à utiliser les ressources de pouvoir à disposition au sein de la communauté pour servir les intérêts de l’État. Un tel co-optage est difficile à résister pour les natifs à cause de la distance politique et culturelle existant entre les cultures indigène et étatique

[…]

Les stratégies de co-optage sont régulièrement utilisées par des officiels gouvernementaux à tous les niveaux de leur interaction avec les leaders natifs. C’est pourquoi il est important de bien en comprendre les mécanismes.

Quelles méthodes les agents de l’État utilisent-ils pour co-opter les leaders natifs ?

  • Influencer sur la composition du leadership de la communauté: Dans les systèmes aux racines fragiles en place dans les communautés natives aujourd’hui, les gouvernements promeuvent et soutiennent avec consistance ceux qui posent le moins de problème et de menace envers le statu quo et qui ne défient pas de manière tangible le pouvoir de l’État.
    Pour s’assurer que les communautés natives soient formellement représentées par des leaders co-optés, l’État se fie à quatre tactiques majeures:
    (i) Il légitimise les personnes désirables en leur donnant une reconnaissance formelle ou un statut légal (similairement, au niveau infrastructurel, il promeut le cadre colonial plus que le cadre traditionnel, comme la reconnaissance légale des conseils de “bandes” au Canada, conseils de “tribus” aux Etats-Unis)
    (ii) Il ignore certains individus ou court-circuite leur leadership en faveur de discuter avec des gens plus désirables (similairement, les processus gouvernementaux sont structurés de telle manière, que les communautés natives doivent dépendre de l’expertise et de la représentation de personnes non-indigènes)
    (iii) Il marginalise les personnes indésirables en attirant l’attention sur les inégalités qui existent au sein de la communauté et en étiquetant certains groupes ou perspectives différentes comme étant “extrémistes” et
    (iv) Il divertit l’attention et l’énergie hors de la résolution des problèmes importants et vers la gestion pure et simple des symptômes de la colonisation.
  • Diviser pour mieux régner: Dans ses efforts d’influencer la composition du leadership, l’état joue sur ou amplifie les divisions sociales, politiques et économiques, déjà existentes au sein de la communauté. Il peut ensuite utiliser ces clivages pour empêcher la communauté de parachever ses efforts d’unité et de solidarité, qui sont essentielles pour défier effectivement le pouvoir étatique.
  • Générer la dépendance: Les communautés qui manquent la capacité de base qu’est l’auto-suffisance, ne peuvent pas faire reconnaître fortement leur concept de nation. En gardant ceci à l’esprit, l’État empêche le développement d’une base économique pour les communautés natives et encourage la dépendance envers des forces extérieures. Avec une dépendance quasi complète de fonds transférés de l’état vers les individus et les communes, les communautés natives sont sujettes à la coercition perpétuelle et ne peuvent défier le pouvoir de l’état qu’au risque d’une privation extrême sur le plan économique et social.
  • Incorporer: Focalisant sur la co-optation des leaders individuels, cette stratégie exploite la fallacie très répandue que le système peut être changé de l’intérieur. Ceci tend à manipuler les leaders vers une position où il y a un bon degré de conflit entre leurs positions, valeurs et intérêts et ceux de la communauté. En d’autres termes: l’État travaille à resserrer le fossé entre lui et l’individu et à augmenter le fossé entre l’individu et son chez lui et ce au point où l’identité de la personne est formée non pas seulement par la tension entre le normal et la communauté mais par le processus, les politiques ou les institutions avec lesquelles il s’est associés. Breton décrit le résultat comme suit:
    Les leaders et leurs organisations deviennent partie d’un système inter-organisationnel avec un certain nombre d’intérêts communs. Ils deviennent participants dans une politique dans laquelle des organisations d’une société plus vaste jouent, en toute possibilité, un rôle meneur. En un certain degré, ils deviennent des agents de la politique de l’État.

[…] Le long processus de la colonisation a eu un impact sur notre façon de penser. Les gens sont devenus les outils de leur propre oppression (NdT: concept également énoncé chez le pédagogue critique brésilien Paolo Freire)… Les peuples natifs ne peuvent pas s’effacer du monde qui les entoure. En fait, il est essentiel d’engager la lutte contre la société blanche et de défier l’État à tous les niveaux par tous les moyens possibles.

Note du traducteur: Taiaiake Alfred passe ensuite en revue les caractéristiques nécessaires pour un bon développement de l’autogestion et de la gouvernance autonome. En lisant cette liste, ne pensez pas qu’il s’adresse exclusivement aux Amérindiens, étendez sa pensée à nous, les peuples occidentaux… Le résultat ne serait-il pas le même ?… Que pouvons-nous donc en déduire ?

Les communautés qui s’immergent dans le traditionalisme auto-conscient trouveront qu’en traduisant et en adaptant les concepts traditionnels aux réalités modernes, ils finiront par incarner les caractéristiques mêmes qui constituent l’idéal contemporain d’une nation native forte:

  • Entièreté et diversité: le membres de la communauté sont confiants de savoir qui ils sont et ce qu’ils représentent, ils ont un haut niveau d’implication dans le groupe, haut niveau de solidarité, mais aussi un grand sentiment de tolérance pour ce qui est différent et non central à l’identité de la communauté.
  • Culture partagée: Les membres de la communauté connaissent leurs traditions, les valeurs et les normes qui forment la base de la société, celles-ci sont clairement établies et universellement  acceptées.
  • Communication: Il existe un réseau de communication important au sein de la communauté et les institutions de gouvernement ont clairement établi les couloirs de passage de l’information qui est mise à disposition des gens.
  • Respect et confiance: Les personnes sont motivées à coopérer les unes avec les autres, leur gouvernement et la communauté. Ils font confiance en l’intégrité de chacun et chacune.
  • Entretien du groupe: Fierté d’appartenir à la communauté. Les membres ont établi des limites culturelles claires et œuvrent avec le gouvernement afin que celles-ci ne s’érodent pas.
  • Gouvernement participatoire et basé sur le consensus: Les leaders de la communauté sont responsables et redevables devant tous les autres membres, ils les consultent attentivement et extensivement et fondent leurs décisions sur le principe de consensus général.
  • Pouvoir de la jeunesses: La communauté est motivée à éduquer et à guider sa jeunesse, à l’impliquer dans tous les processus de prises de décisions et de respecter les défis uniques auxquels ils devront faire face.
  • Liens forts sur le monde extérieur: La communauté a des relations politiques, économiques, sociales et culturelles extensives avec les autres communautés et ses leaders cherchent constamment à développer et créer, renforcer le soutien avec les autres communautés indigènes et internationales.

[…] En effet, quel est le bénéfice d’être appelé comme il est de coutume maintenant dans certains provinces du Canada, “nations originales”, “premières nations” ou “nations natives”, lorsque la structure du gouvernement n’est rien d’autre qu’un conseil tribal légitimisé par la loi de l’Indian Act ? La seule valeur de ce jeu de mot est pour l’establishment blanc, qui ne doit pas faire face à un racisme impliqué dans la structure même de leur pays supposé éclairé. Au lieu d’être des Indiens gouvernés par l’état sous l’Indian Act, ils sont maintenant reconnus comme “peuples aborigènes” avec un “droit inhérent” à “l’auto-gouvernement”.

Allez dans une réserve et regardez autour de vous et demandez-vous si les Indiens sont mieux lotis parce que la société blanche s’est libérée de son fardeau terminologique ?

La malhonnêteté intellectuelle est un des éléments essentiels du colonialisme !

Nous devons arrêter de croire aux mensonges qui ont été dits et perpétués par les Euroaméricains pour nornaliser la tempête de ruine qui a été perpétrée sur les autres peuples. Les peuples natifs ont été enveloppés dans ces mensonges ; maintenant, nous sommes prisonniers, otages du statu quo, incapables de bouger. Nous devons nous libérer des mythes de la société blanche et commencer à agir selon nos vérités. Nous devons nous référer et crier ces mots forts et vrais de Luther Ours Debout:

“… Il n’y a pas, j’insiste là-dessus, de problème indien créé par les Indiens eux-mêmes. Chaque problème qui existe aujourd’hui en regard de la population native est dû à l’état d’esprit de l’homme blanc, qui est incapable, du moins réticent, à rechercher la compréhension et parachever l’ajustement nécessaire dans un nouvel environnement dans lequel il vient d’arriver.”

[…]

La solidarité est le pouvoir qui vient de la reconnaissance et du respect de ce que les peuples indigènes ont en commun: la lutte pour l’auto-détermination. Nous soutenons tous notre frère indigène parce que nous comprenons que tous les natifs sont liés dans l’opposition à l’injustice à laquelle nos devons faire face dans nos vies quotidiennes.

[…]

Concernant le leadership, à qui rendons-nous des comptes ?

Il est dans la nature des systèmes politiques traditionnels indigènes que le pouvoir ne soit aucunement centralisé, que l’obéissance à l’autorité ne soit absolument pas coercitive, mais volontaire et que la prise de décision en tout domaine demande le consensus.

[…]

En politique native, il y a deux approches du futur:

  • La recherche de la résurrection d’une forme de nation en tant qu’objectif traditionnel.
  • Tenter de parvenir à une reconnaissance partielle d’un droit à l’auto-gouvernement au sein du confinement légal et structurel de l’État, ce qui constitue un but assimilatoire.

 

C’est la divergence de positions politiques des organisations indigènes variées, qui permet à l’État de manipuler le soi-disant processus de “décolonisation” et ce vers ses propres objectifs.

En cela, le droit historique et moral de la nation indigène, en termes légaux, l’existence du droit indigène d’auto-détermination, gagne la reconnaissance en dehors des communautés natives. Les gens historiquement conscients et bien éduqués réalisent parfaitement le bien-fondé de la position traditionnelle native.

La loi internationale a rendu le colonialisme illégal. Néanmoins, à cause de la domination des états colons dans le système international, ce principe légal n’est appliqué que dans le contexte de relations d’état à état: la forme de colonialisme intérieur pratiqué par le Canada, les Etats-Unis, le Mexique, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et d’autres pays (NdT: comme Israël) ayant de substantielles populations indigènes est exclu.

[…] Les solutions au colonialisme doivent être développées coopérativement et en respect du pricipe d’auto-détermination. Consentir à abaisser ce standard qui donne la primauté au droit colonial, ou accepter des contraintes politiques et/ou économiques, n’est que capituler à la logique tordue du colonialisme.

Pour contraster la perspective co-optée avec une vue fermement ancrée dans la philosophie indigène, considérons les perspectives envisagées par Atsenhaienton de la nation Kanien’kehaka ou peuple de Flint, plus connu sous le nom de nation Mohawk de la confédération iroquoise et membre du clan de l’ours. Il a plus de dix ans d’expérience de travail avec l’ONU sur les processus concernant les nations indigènes, il fut un porte-parole international de la nation Mohawk et est une voix reconnue et respectée sur les problèmes de communautés et de gouvernement traditionnel par Rotinohshonni ou la Confédération Iroquoise:

Il y a une autre part très importante de l’histoire, le système de clan: Le faiseur de paix nous a amené le système de clans, où tous les loups et les ours et les tortues étaient de la même famille. Les ours des Mohawks étaient les frères des ours des Oneidas, des Onondaga, des Senecas et des Cayugas, il y avait un lien de famille non sanguin. C’est ce qui a vaincu l’hostilité à terme et a découragé les guerres, car vous devriez avoir à guerroyer contre vos frères et sœurs. Une fois tous les membres de mêmes clans frères et sœurs à travers les nations, il devint très difficule de faire la guerre l’un contre l’autre. Les gens oublient que cela est une des raisons, et non des moindres, du système de clan. Je pense que le système de clan casse le nationalisme, c’est le nationalisme qui cause les conflits, les Mohawks contre les Oneidas ou contre les Onondagas. Si nous nous asseyons tous dans nos clans et discutons des problèmes, nous nous éloignons du nationalisme qui nous divise. La paix serait parfaitement atteignable et le leadership se focaliserait sur d’autres choses. Il faut parler des problèmes au lieu de prendre position en tant que nation.

Je pense qu’il y a des visions extrêmes du rôle des leaders qui étaient applicables au XVème ou XVIème siècles; mais dans l’ère moderne, avec les télécommunications, téléphones portables, ordinateurs, fax etc, la Confédération doit s’ajuster à une forme plus participatrice de gouvernement qu’auparavant.

Les jeunes gens aujourd’hui au sein de la Confédération ont une vision bien plus claire de la véritable intention de l’auto-détermination. Ils en savent plus au sujet du gouvernement participatoire que la vieille garde, ainsi que le cercle interne des chefs et des clans des mères. Un jour, la nouvelle génération sera en charge et tout cela va changer pour le mieux, parce qu’ils savent qu’il doivent suivre un meilleur chemin. La nouvelle génération voit très bien ce qui ne fonctionne pas et comment le faire fonctionner et ils le feront, parce qu’ils voient également les problèmes liés à l’Indian Act, les systèmes électifs de délégation ainsi que les conseils de bandes et tribaux élus, qui se retrouvent hâpés dans la vie politique commune étatique.

[…]

Une certaine cicatrisation doit s’opérer avant que de pouvoir exercer l’auto-détermination. Nous devons avoir des familles fortes avant d’avoir de fortes communautés, avant d’avoir une nation forte. […] Dans le système issu de l’Europe, la couronne est souveraine, tandis que dans notre système le peuple est souverain. Leur concept de souveraineté est très différent du notre historiquement; en ce sens il y a un lien fondamental entre la lutte de nos peuples et ceux des autres peuples natifs de par le monde. Les luttes sont très similaires (NdT: Le cas palestinien par exemple en dehors du continent américain…), il suffit de changer les noms et c’est la même chose ! Tout le monde combat le colonialisme d’une manière ou d’une autre.”

Les traités modernes: le chemin de l’assimilation ?

Toutes les litigations au sujet de la terre au Canada, incluant celles impliquées dans le processus du traité de Colombie Britannique, proviennent de l’erreur primordiale de ce que le Canada clâme posséder la terre sur laquelle il existe. En fait, là où les populations indigènes n’ont pas abandonné leur propriété, le titre légal à la “couronne”, la terre n’existe pas, c’est une fiction de la loi coloniale canadienne. Accepter et endorser la validité de la possession par la couronne des titres de terre que les populations indigènes n’ont pas abandonnées par traité est accepter les affirmations racistes des siècles précédents, quand les intérêts européens obtenaient automatiquement la priorité sur les droits de peuples supposés “non-civilisés”. Ceux qui n’acceptent pas l’idée que les peuples indigènes possèdent tous leurs territoires traditionnels à moins qu’ils n’aient été abandonnés par traité, sont soit ignorant de la réalité historique ou sont des racistes qui ignorent cette réalité afin d’imposer une hiérarchie du droit fondé sur la “conquête”. Une des raison pour laquelle l’État a pu imposer sa vision raciste, anti-historique est la simple arrogance culturelle. L’État continue de négocier aujourd’hui depuis une position de force fondée sur sa fausse prétention de moralité, de justice et d’autorité.

De fait, le gouvernement canadien (quelque soit le bord politique du moment) assume de manière arrogante les droits de propriété sur l’identité des nations indigènes. Avancé dans le XXIème siècle, la solution finale du Canada pour le problème indien est de forcer les indigènes, qui ont habités cette terre depuis des millénaires, de faire ce qu’aucun peuple au monde n’est obligé de faire: de formaliser une définition d’eux-mêmes pour l’éternité et d’être d’accord sur un nombre de critères pour déterminer le fait d’être membre et qui ne sera sujet à évolution ou changement alors que le groupe doit répondre à un changement de réalités de l’environnement politique et social.

[…]

Nos communautés pour l’heure manquent du rôle culturel solide et bien défini pour les anciens et les enseignants traditionnels qui pourraient aider à la transmission de la connaissance et de la pensée. La formation d’une nouvelle intelligentsia indigène qui comprend l’essence de l’enseignement traditionnel est crucial pour réformer notre politique et notre société.

Les quatre objectifs de base de la bonne gestion d’institutions dans la société moderne:

  • Réforme structurelle: Les gouvernements natifs doivent devenir légitimes au sein de leurs communautés. Le seul moyen d’y parvenir est de rejeter les politiques électorales et de restructurer les gouvernements indigènes pour accommoder la prise de décision traditionnelle, la consultation avec tous les membres de la communauté, incluant les anciens, la jeunesse et les femmes et la mise en place de processus dispute-solution. Dans le même temps, la dépendance de la communauté auprès des conseillers blancs se doit d’être vraiment diminuée en insistant sur la capacitee du gouvernement indigène à s’auto-gérer. Ceci demande un effort soutenu pour éduquer et entraîner les membres des communautés.
  • Réintégration des langues natives: Les langues natives personnifient l’identité des peuples et sont l’élément le plus important de leur culture. Elles doivent être ravivées et protégées comme à la fois des symboles et des sources de nationalité. Ceci peut-être accompli en faisant de la langue la langue officielle de la communauté, celle utilisée par les leaders, celle utilisée pour discuter des politiques à suivre ainsi que la version officielle dans laquelle tous les documents seront écrits. Les communautés doivent faire de l’enseignement de leur langue aux adultes et aux enfants, une priorité absolue.
  • Auto-suffisance économique: Un progrès significatif vers l’auto-détermination ne peut jamais être fait tant que les communautés natives ne sont pas libres économiquement. L’auto-suffisance est impossible sans une base de ressource et des terres adéquates pour bâtir une économie. Pour ce faire, les communautés natives doivent étendre leur base de territoires et gagner un contrôle sur les activités économiques qui prennent place sur leurs territoires de façon à ce qu’elles puissent en bénéficier. De plus les communautés doivent se concentrer sur l’éducation technique et commerciale. Ce n’est qu’en développant nos ressources que nous pourrons nous émanciper du gouvernement colonial et augmenter notre capacité de contribution à la communauté.
  • Relations avec l’état colonial de nation à nation: Un espace politique doit être créé pour faire place à l’auto-détermination. Les communautés natives doivent rejeter l’autorité clâmée par l’état colonial, affirmer leur droit de gouverner leurs propres territoires et leurs peuples et agir en toute capacité pour ce faire. Les communautés doivent être préparées à bouger pour défendre leurs territoires et leur nationalité en temps et en heure, lorsque l’État se retranche dans une position de déni et négocier des nouvelles voies inovantes pour que l’État reconnaisse le principe quand leur acrtivisme crée l’espace du mouvement vers la justice.

Les natifs sont toujours obligés de négocier avec des représentants de l’État qui opèrent dans un style réaliste et adhèrent à trois principes de base qu’il faut toujours garder présent à l’esprit:

(i)  Les affaires humaines sont toujours contingentes

(ii)                  La fin justifie les moyens

(iii)                Le mensonge et la tromperie sont nécessaires

 

La forme bureaucratique a six caractéristiques essentielles:

(i)  La dépendance en des procédures formelles

(ii)                  La hiérarchie

(iii)                La tension entre le protocole et la vie réelle

(iv)                Des délais sans fin

(v)                  La subordination de la parole aux écrits

(vi)                La substitution de la personne bureaucratique pour la véritable personalité et la responsabilité

 

[…] Mettre un point final au colonialisme demande une complète destruction de ses présupposés intellectuels et moraux. A leur place, nous devons établir une bordée de justifications pour l’auto-gouvernement, l’auto-gestion indigènes, qui résonneront avec les meilleures traditions alternatives au sein de la société dominante également.

[…] La décolonisation structurelle et psychologique est un processus intellectuel tout autant que politique, social et spirituel. Nous ne considèrerons pas avoir un blanc représentant nos peuples, initiant une cicatrisation ou nous donner des leçons au sujet de notre spiritualité. Similairement, la revitalisation de nos idées et institutions ne doit pas être sous-traitée par d’autres…

Il n’y a aucun espoir, ni aucun sens, d’attaquer l’État au moyen de la force physique ou à rechercher la paix par des moyens non pacifiques. Les buts qui émanent de nos traditions demandent une approche fondée sur la diminution des fondations morales et intellectuelles du colonialisme et exposant les contradictions internes des États et des sociétés qui promettent la justice et pratiquent l’oppression. Les personnes non-indigènes doivent être amenées à réaliser que leur notion de pouvoir et de son extension sur les peuples indigènes est mauvaise sur quelque standard moral que ce soit. Cette approche promet de grandes choses pour la liberté des peuples indigènes.

[…] A cet effet, il faudra sortir le mouvement politique et intellectuel des croyances et des structures prévalentes. En cela, toute action doit être guidée par quatre principes fondamentaux:

(i)  Diminuer les certitudes intellectuelles du colonialisme

(ii)                  Agir sur l’impératif moral pour le changement

(iii)                Ne pas coopérer avec le colonialisme

(iv)                Résister toute injustice supplémentaire

 

Nous pouvons parvenir à la décolonisation au travers de sacrifice et d’un dur labeur basés sur ces principes, de concert avec la restauration d’une culture politique indigène au sein de nos communautés.

Ces mots constituent un manifeste, un défi, et un appel à l’action. Ne préservez pas la tradition, vivez là !

 

=  =  =

 

Note de Résistance 71:

Ceci correspond à la traduction d’extraits de l’ouvrage de Taiaiake Alfred: “Peace, Power, Righteousness, an indigenous manifesto”, 1999, seconde édition 2009 aux éditions Oxford University Press.

 

Autre ouvrage de l’auteur: “Wasase, indigenous pathways of action and freedom”, 2005, University of Toronto Press.