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Solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire (version PDF Taiaiake Alfred)

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Introduction à “la grande loi du changement” et des solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire

 

Résistance 71

 

11 février 2017

 

Version PDF en français de la partie correspondante du livre “Wasase” du professeur de science politique Taiaiake Alfred de l’universite de Victoria en Colombie Britannique, Canada ; traduit de l’anglais par Résistance 71 et mise en page pdf par Jo de JBL1960.

Nous devons nous émanciper de l’idéologie coloniale qui a rendu et rend toujours possible les empires passés et l’empire actuel anglo-américain sur fond de mondialisme et de destruction des peuples et de la planète. Nous pensons que l’avenir de l’humanité passe par l’émancipation des peuples occidentaux de l’idéologie coloniale dominante et leur tenue côte à côte, main dans la main avec les peuples opprimés et colonisés du monde parce qu’en définitive, nous sommes tous des colonisés, ce n’est qu’une question de degré dans une matrice de la domination oligarchique.

Ce texte que nous avions publié en plusieurs parties en août et septembre 2014, traduit du livre du pr. Alfred “Wasase” (2005, 2009) est toujours d’une actualité brûlante pour la simple et bonne raison que rien ou pas grand chose n’a été fait pour sortir de ce marasme qui nous mène droit à l’abyme.

Nous pensons que ce texte fait partie de l’arsenal des outils de compréhension menant inévitablement à une solution de changement radical de la société, au besoin pour l’humanité de marcher enfin sur le chemin de l’harmonie une fois réalisé la fausse route que nous avons empruntée en suivant le modèle étatico-capitaliste de gestion de la société humaine. Place nette doit être faite dans les esprits et les attitudes, individuellement et collectivement, pour que surgisse et s’épanouisse la société des sociétés, la société humaine naturellement contre l’État et toute forme d’institution coercitive de domination.

Ainsi…

“Un guerrier confronte le colonialisme avec la vérité afin de régénérer l’authenticité et de recréer une vie digne d’être vécue et des principes pour lesquels on peut mourir. La lutte est de restaurer les liens qui ont été coupés par la machine coloniale… Traduire ce sens éthique en une philosophie politique concise est difficile. Je suggérerais en point de départ, de conceptualiser le terme d’ANARCHO-INDIGÉNISME. Pour prendre racine dans l’esprit des gens, la nouvelle éthique va devoir capturer l’esprit du guerrier en lutte et l’amener en politique. Il y a deux éléments fondamentaux: “indigène” qui évoque les racines culturelles et spirituelles de cette terre et de la lutte d’Onkwehonwe pour la justice et la liberté et la philosophie politique et le mouvement qui est fondamentalement anti-institutionnel, radicalement démocratique et totalement impliqué dans l’action pour amener un changement: l’anarchisme.”

“Le colon et le colonisé ont tous deux été forcés d’accepter de vivre dans un état de captivité. Ceci correspond au sens plus profond de la tournure qu’a pris le colonialisme moderne. Bien sûr tout ceci est possible parce que le grand mensonge a été incorporé dans tous les aspects de nos vies aussi loin que l’on puisse se rappeler comme étant la mémoire, l’identité et les relations politiques et économiques de domination et d’exploitation. Quelle type de culture a été produite par ce déni de vérité et en érodant l’authenticité des façons de vivre enracinée, saines et intelligentes, pour être au service du pouvoir politique et économique ? Cette question doit être posée non seulement aux assujettis mais également aux dominants.
Le colonialisme est une relation totale au pouvoir et il a façonné l’existence non seulement de ceux qui ont tout perdu mais aussi de ceux qui en ont profité.”

~ Taiaiake Alfred ~

 

La Grande Loi du Changement (Taiaiake Alfred)

VERSION FRANCAISE EN PDF

 

 

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Résurgence politique = Terre + Culture ou la formule naturelle de désintoxication de l’idéologie coloniale…

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“Une existence indigène ne peut pas se réaliser sans respecter toutes les facettes de la tradition: culture, spritualité et gouvernement. Les mystiques qui ignorent la politique et vivent leur identité seulement au travers de leurs arts sont tout aussi perdus que les matérialistes dont les vies sont dénuées de spiritualité.”
“Une raison qui fait que nous avons perdu notre voie est que le système de valeur matérialiste courant nous a aveuglé et nous empêche de voir la beauté subtile des systèmes indigènes fondés sur un profond respect de l’équilibre.”
~ Taiaiake Alfred ~

“Toute personne indigène comprend que nous sommes tous intrinsèquement parties d’un système qui n’est pas au-dessus ou en-dehors ou séparé du monde naturel et de sa loi naturelle ; nous faisons partie de la mosaïque de la vie… Il n’y a aucune honte dans la nature et de vivre par la loi naturelle, il n’y a que de la dignité.”
~ Russell Means ~

 

Conversation avec Taiaiake Alfred au festival Hay de Médelin en Colombie

Entretien avec Erika Valero le 28 Janvier 2016

 

url de l’article original:

http://taiaiake.net/2016/02/05/hay-festival-medellin-interview/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Note: Taiaiake Alfred (Ph.D) est professeur de science politique à l’université de Victoria en Colombie Britannique, Canada. Il est Mohawk, clan de l’Ours du territoire de Kanahwake.

 

Taiaiake Alfred sur Résistance 71

 

Comment décririez-vous votre communauté, les Mohawk ?

Je suis quelqu’un qui a grandi dans une réserve indienne, dans un environnement de terre perdue, de pollution et avec tous les problèmes sociaux qui vont avec. Mais en même temps, je viens d’une communauté qui est très fière et aime se battre pour la justice. J’en ai fait ma propre mission dans la vie que de me battre pour notre terre, pour la nettoyer et pour permettre à nos enfants d’être encore plus indigènes que nous de façon à ce que nous soyons de nouveau en équilibre avec le monde naturel.

Au Canada, nous sommes devenus très résistant au colonialisme, nous y avons gagné la réputation d’être une des nations qui recherche toujours la confrontaton, ce qui est vrai. Ils ont essayé de nous retirer notre terre et notre gouvernement.

Les Mohawks sont aussi connus à New York pour être ceux qui travaillent l’acier, qui construisent les grattes-ciel comme les tours jumelles du WTC et autres bâtiments très hauts. Mon père a fait cela, tous mes copains aussi. C’est ce que les gens pensent de nous à New York lorsque vous dites “Mohawk”…

Dans votre travail, vous parlez au sujet de la revitalisation de la jeunesse et de la culture, pouvez-nous nous expliquer ce concept ?

Mon travail consiste en l’observation de chaque nation et de trouver des opportunités pour qu’elle puisse maintenir une connexion avec leurs pratiques ; ou si ces pratiques culturelles sont perdues, nous essayons de trouver des façons pour ces gens de réapprendre des autres tribus. Le modèle de base est celui du “maître et de l’apprenti”, comme pratiqué avec les langues ou les arts. Beaucoup de nos jeunes sont perdus, à cause de la perte de la terre et des assauts racistes répétés sur notre culture. Ils sont natifs, autochtones, mais ils ne savent pas ce que cela veut vraiment dire. Ils ont perdu les connexions avec leurs traditions. Il y a beaucoup de frustration et de colère, donc il y a beaucoup de violence dans nos communautés aussi bien que des violences latérales et des abus de substances (alcool et drogues).

J’ai été très impliqué dans la politique dans ce qui fut appelé la reivindicación de la tierra (NdT: en espagnol dans le texte original, Alfred donne cet entretien en Colombie rappelons-le). Ceci impliqua le processus légal et politique pour récupérer nos terres. Ce fut mon travail lorsque j’ai commencé ce travail il y a plus de 10 ans. Lorsque je suis passé à la revitalisation culturelle, ce fut lorsque nous ramenions notre jeunesse à des pratiques culturelles et de langues sur la terre que nous avions récupérée.

Il y a 12 ans, j’ai commencé à travailler avec une communauté en particulier. Nous avons essayé de comprendre une nouvelle façon d’impliquer les jeunes et de les maintenir motivés, qu’ils aient un but et qu’ils soient fiers d’être indigènes. Il ne s’agit pas de retourner 100 ans ou plus en arrière, mais d’intégrer notre vécu dans la vie moderne, un nouvel équilibre. Cela fait deux ans maintenant et nous avons observé des changements extraordinaires chez ces jeunes et dans leurs familles.

Comment utilisez-vous le conte de tradition orale, la langue et l’art pour ramener les jeunes vers leurs traditions ?

Je fais pas mal de choses différentes, mais c’est toujours le même chemin. J’avais l’habitude d’écrire des choses plus académiques et plus politiques dans ce but, mais maintenant, j’écris plus créativement et narrativement.

Il y a pas mal de gens qui le font en utilisant la langue, mais pour nous c’est plus en parlant à des groupes et en communiquant à leur niveau, ce qu’ils n’ont pas l’habitude d’entendre. A l’école, ils étudient l’histoire et le leadership. C’est très politique. Mais lorsque je vais y faire des cours, je leur parle de la grande Terre, parce que je vis dessus. J’ai souffert ce qu’ils ont souffert. J’essaie de les convaincre que toutes les réponses que le gouvernement leur donne ne vont pas les aider. La seule chose qui va les aider à se sentir entier de nouveau est d’être dans une saine relation de respect avec leur territoire, leur terre, et respecter la vision de leurs ancêtres au sujet du fait d’être indigène.

Quelle est la vision ancestrale d’être indigène ?

C’est très simple. Juste d’être respectueux, durable et d’honorer la relation avec tous les autres éléments du monde naturel ; de ne pas mettre l’humain au-dessus de quoi que ce soit d’autre, de regarder cette relation comme une arme secrète inter-connectée. Les relations qui existent et maintiennent cet équilibre sont sacrées. Les humains sont en bonne santé lorsque l’environnement est en bonne santé, il en va de même pour les animaux. C’est très simple mais très profond dans le même temps.

Il est presque impossible d’avoir cette vision maintenant à cause du capitalisme. Ce système voit tout comme une commodité, une marchandise, ceci inclut les personnes. Il est très difficile d’avoir une vision de respect des uns des autres dans ce contexte. Donc, nous créons ces espaces non-capitalistes où les gens peuvent expérimenter ce que cela veut vraiment dire d’être une personne indigène.

Comment décririez-vous votre travail en tant qu’éducateur ?

Mon travail à l’université de Victoria en Colombie Britannique est d’enseigner le leadership indigène. J’éduque, je forme des leaders au niveau de la maîtrise et du doctorat, ainsi ils peuvent retourner dans leurs communautés avec une connaissance et un baguage culturel. Ces leaders sont déjà dans les deux mondes (indigène et colonial), mais nous sentons qu’ils doivent être responsables de la tradition indigène et non pas d’une autre idée de progrès ou du capitalisme. La plupart des autochtones au Canada sont victimes de la ségrégation, un peu de la même façon que les indigènes d’ici en Colombie. Il n’y a rien pour eux. Ils sont isolés dans des zones climatiques dures et froides ; ils ont le plus souvent été expulsés et relocalisés des bonnes terres (ancestrales) vers des terres marginales de façon à ce que d’autres personnes prennent possession et tirent avantages des resseources naturelles. C’est çà le colonialisme.

Au Canada, l’option donnée à ces gens est de quitter leurs terres et d’aller à l’école, à l’université. Pour moi, c’est une destruction de leur identité nationale et même avec cette option, ils n’y arrivent pas. Ils doivent en plus aller dans la bonne université. Il y a pas mal d’écoles donc nous essayons de nous occuper de leur éducation politique de façon à ce qu’ils puissent tirer le meilleur parti des deux mondes.

Pensez-vous qu’il soit possible de vivre entre deux cultures et d’avoir une vision indigène de la vie dans votre système économique et social actuel ?

C’est très difficile, vous devez faire des sacrifices et vous impliquer. Vous ne pouvez juste pas avoir une vie normale et vous attendre à en avoir le bénéfice. Vous devez sacrifier quelque part du confort et des récomprenses matérielles qui viennent en participant à ce système afin de maintenir cette connexion. C’est du temps et de l’argent, mais c’est possible.

Quand je vais à la chasse, j’emmène parfois des gamins, mes gamins ou d’autres personnes pour maintenir la connexion. Cela coûte de l’argent mais cela vaut le coup parce que vous pouvez avoir une toute autre relation avec ce que vous mangez, avec ce que vous cuisinez et avec la conservation de la viande. On a juste besoin de tirer un élan (orignal) et on a de la viande pour un an pour toute la famille. Nous utilisons des fusils et des munitions qui ne font pas souffrir l’animal. Il y a plusieurs façons de conserver la viande, maintenant nous la congelons essentiellement.

Résistance politique: La résurgence indigène est une main tendue à l’occident anti-colonial pour un changement de paradigme politique…

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“La terre est la mère de tous les peuples et tout le monde y vivant doit y avoir des droits égaux.”
~ Chef Joseph, Nez Percé, 1890 ~

“Une nation suit une autre nation comme les vagues de la mer, c’est l’ordre de la Nature et les regrets sont inutiles. Votre temps de déclin et de pourrissement est peut-être lointain, mais il viendra aussi sûrement, car mème pour l’Homme blanc, dont le dieu a marché et parlé avec lui d’ami à ami, il ne peut pas échapper à notre destinée commune. Nous sommes peut-être frères après tout. Nous verrons bien.”
~ Chef Seattle, Nation Squamish, 1850 ~

 

Ce que la terre signifie pour nous

 

Taiaiake Alfred

 

19 Novembre 2013

 

url de l’article original:

http://nationsrising.org/what-does-the-land-mean-to-us/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Un guerrier est celui qui peut utiliser des mots de façon à ce que tout le monde sache qu’ils font partie de la même famille. Un guerrier dit ce qui est dans le cœur des gens, parle de ce que la terre représente pour eux, les rassemble pour qu’ils se battent pour elle.

– Bighorse, Diné

Si les objectifs de la décolonisation sont la justice et la paix comme cela est souvent mentionné par les gouvernements et les peuples en matière de politique indigène, alors le processus d’atteindre ces buts doit refléter une chaîne d’accord basique à la fois de la part d’Ongwe’honweh et de la part des colons et honorer l’existence de l’autre. Cet hommage ne peut pas se produire lorsqu’un des partenaires dans la relation est demandé de sacrifier son héritage et son identité en échange de la paix. C’est pourquoi la seule possibilité d’une relation juste et équitable entre Ongwe’honweh et la société coloniale est le concept de relation et de partenariat de nation à nation entre les peuples, le type de relation mis en place dans les traités originaux de paix et d’amitié consacrés entre les peuples indigènes et les nouveaux arrivants de ce continent lorsque les hommes blancs commencèrent à arriver sr nos territoires.

Les colons réfutent les tentatives de raisonner logiquement au travers du problème de cette façon. Les arguments usuels faits au sujet de la restitution (faire face à la justice pour les crimes commis et restituer la terre volée) et de la réconciliation (la paix), se terminent toujours en des défenses conservatrices d’injustices flagrantes contre les arguments les plus justes et structurés en faveur de la restitution. Tolérer le crime encourage la criminalité. Mais l’argument actuel des colons présume qu’il y a eu un certain passage de temps, que les injustices sont historiques et que le temps passé a mené à un changement de circonstances à la fois pour les perpétrateurs et pour les victimes, qu’ainsi le crime a été effacé et qu’il n’y a plus aucune obligation de payer pour ces crimes. Ceci est la version sophistiquée de l’argumentation classique du colon de base: “Les Indiens l’ont eu dur, mais ce n’est pas de ma faute: je n’étais pas ici il y a 100 ans”, ou alors “J’ai acheté mon ranch légalement au gouvernement.”

Mais cette idée si communément tenue par les blancs est fausse: ceci assume que le passage du temps mène au changement de circonstance. Ceci est fondamentalement faux, spécifiquement lorsque ceci est en relation avec Ongwe’honweh, les sociétés coloniales occupantes (Etats-Unis et Canada) et de ce qu’il s’est produit entre nous. Entre le début XXème et début XXIème siècles, les vêtements des gens ont peut-être changés, leurs noms sont peut-être différents, mais le jeu qu’ils jouent est le même. Sans un véritable changement des réalités de notre relation, on ne peut pas considérer les torts faits comme historiques. Le crime de colonialisme (comme doctrine) et de la colonisation dans les faits, continuent bel et bien de nos jours et les perpétrateurs sont toujours présents parmi nous.

Où en sommes-nous maintenant sur ces questions en tant qu’Ongwe’honweh ? Lorsque nos demandes sont avancées correctement au gouvernement colonial, sans qu’elles ne soient altérées ou détournées/falsifiées par les collabos indigènes du système du pouvoir blanc, Ongwe’honweh sur tout le continent des Amériques a ces trois requêtes essentielles:

  1. La gouvernance sur un territoire défini;
  2. Le contrôle des ressources naturelles au sein de ce territoire, avec une attente de partager les bénéfices du développement avec l’état, et
  3. La reconnaissance légale et politique des croyances culturelles Ongwe’honweh et de leurs modes de vie sur ce territoire.

Qu’y a t’il de si radical à ce sujet ? Ceci n’est que justice, qu’Ongwe’honweh soient reconnus dans leurs patries.

Mais les colons ont répondu à nos demandes de manière “radicale”. Leurs réponses à Ongwe’honweh ont été les mêmes à travers les frontières et ce même parmi les états colons soi-disant “progressistes” comme le Canada ou les Etats-Unis. Ces gouvernements ont refusé de mettre un terme à l’érosion, au “grignotage”continuels de notre base territoriale, ils insistent sur le fait qu’ils doivent bénéficier de nos ressources naturelles et ce même au sein de nos territoires Ongwe’honweh ; ils défendent la suprématie (pseudo) légale et constitutionnelle de leurs gouvernements sur les notres et ils insistent sur l’équivalence des droits entre nous et les colons sur nos territoires ancestraux, sur nos patries.

De Nunavut (terre Inuit) dans l’Arctique à la Terre de Feu chilienne et même au-delà des océans sur Aotearoa (Nouvelle-Zélande), il y a une certaine constance dans le schéma de demandes/réponses.

Certains pourraient penser que la lutte de notre peuple a changé ces dernières années ; mais non, frères et sœurs, c’est toujours la même chose. Terre, culture, communauté… ce sont les champs de batailles de notre survie. Les colons le savent très bien et nous nous devons aussi nous en rappeler ou alors ils réussiront dans leur vieille mission de nous déposséder de notre terre, de notre héritage et de notre histoire.

Mais il y a un danger de laisser la colonisation être la seule histoire de nos vies indigènes.

Le colonialisme est un cadre analytique efficace, mais il est limité en tant que théorie de la libération. C’est un narratif dans lequel le pouvoir du colon est fondamental et indécrottable ; il limite la liberté des colonisés en cadrant tout mouvement comme acte de résistance ou de défi du pouvoir colonial. Pour les peuples indigènes, les systèmes coloniaux ont toujours des moyens de prendre le contrôle sur les peuples et leurs terres pour les besoins des notions occidentales de “progrès” et d’intérêts coloniaux. Nous vivons maintenant dans une ère de manipulation coloniale post-moderne ; les instruments de domination évoluent et les élites inventent de nouvelles méthodes pour effacer l’identité indigène et sa présence. Bien que ceci soit subtil et non-violent en surface, ces stratégies nient la capacité des peuples indigènes d’agir sur leurs identités authentiques, coupant la vie indigène de ses connexions vitales à la terre, à la culture et à la communauté et n’offrent aux peuples indigènes qu’une seule solution: la dépendance ou la destruction.

Bien loin d’être dans une ère post-coloniale, la survie des nations indigènes est menacée aujourd’hui de la même manière et même dans des domaines plus brutaux d’oppression coloniale qu’auparavant. Le discours actuel et la mise sous tutelle des peuples et nations indigènes au Canada est un exemple de cette nouvelle réalité. Une façade de réconciliation est utilisée pour bétonner la suprématie blanche, pacifier et coopter le leadership indigène et faciliter un accès total aux terres et aux ressources indigènes de ce continent à des fins d’extraction commerciale. Contre tout cela, un mouvement ancestral a ré-émergé au sein des peuples indigènes et de leurs alliés occidentaux occupants, penseurs et activistes d’Amérique du Nord (NdT: dont Résistance 71 fait partie…): la résurgence indigène.

Nous sommes totalement motivés à redéfinir l’identité et l’image des peuples indigènes en termes d’authenticité et de profondeur afin de régénérer et de réorganiser une conscience politique radicale ayant pour but de réoccuper la terre et d’obtenir la restitution pour protéger l’environnement du marasme de l’exploitation et pour restaurer une relation de nation à nation entre les nations indigènes et les colons.

Ce recadrage nécessaire de l’indigénéité en tant que résurgence politique fournit les bases ethiques, culturelles et politiques pour un mouvement transformateur qui a le potentiel d’enlever la marque d’infâmie du colonialisme de la terre et de libérer les esprits des peuples originaux et des nouveaux arrivants et ce de manière identique.

Résistance à l’impérialisme occidental: Le colonialisme et la dépendance étatique ~ 2ème partie ~ (Taiaiake Alfred)

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“Avant l’arrivée de l’homme blanc, nous Indiens, n’avions pas de chefs. Nous avions des leaders bien sûr, des hommes et des femmes choisis par consensus pour leur sagesse et leur courage. L’idée d’une hiérarchie pyramidale avec une personne seule en haut était européenne… Nos “chefs” ne commandent pas, ne dirigent pas. Lorsque des problèmes importants se produisent, ils se réunissent, recherchent un consensus entre eux et ensuite disent au peuple ce qu’ils pensent et demandent son avis…”

~ Russell Means ~

 

Le colonialisme et la dépendance étatique (Extraits)

 

Taiaiake Alfred, Ph.D

Directeur de l’École de Gouvernance Indigène, Université de Victoria (Colombie Britannique, Canada)

 

Article publié dans le “Journal de la santé autochtone”

 

Novembre 2009

 

~ Extraits traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Note: Le professeur Alfred est membre de la nation Mohawk de Kahnawake.

 

1ère partie

2ème partie

 

Note de Résistance 71: Nous invitons les lecteurs à transcrire les passages que nous avons mis en caractères gras dans le contexte de nos vies quotidiennes occidentales et à y réfléchir… N’y voyez-vous pas grande similitude ?… Ne sommes-nous pas tous des colonisés à des degrés coercitifs différents ? Ainsi n’avons-nous pas cause commune contre la même oligarchie ?

L’avenir de l’humanité passe par l’union des peuples colonisés avec les peuples occidentaux émancipés œuvrant dans un nouveau paradigme politico-social égalitaire et en associations libres.

Les effets de la colonisation

La situation à laquelle doivent faire face les peuples indigènes d’Amérique du Nord n’est pas unique, ni aujourd’hui, ni en termes de la dynamique de la relation entre un envahisseur/oppresseur et les sujets de sa colonisation. Frantz Fanon, un psychiâtre français, utilisa les outils de la psycho-analyse pour expliquer pourquoi le peuple noir n’avait pas la confiance individuelle et collective dans la colonie française de la Martinique aux Caraïbes. Fanon attribua ces problèmes aux assomptions racistes tenues par à la fois les blancs et les noirs. Celles-ci plaçant les peuples blancs au sommet de la civilisation et mesurant tout à chacun en fonction des standards de la culture blanche. Ainsi, seuls ces noirs assimilés dans la culture française étaient reconnus comme étant civilisés. Ceux qui ne s’étaient pas assimilés faisaient l’expérience d’une forme de ridicule perpétuel ayant pour résultat un malaise individuel et un sentiment déplacé. Fanon analysa que les gens colonisés qui mimiquent les modes de vie des colonisateurs, qui s’assimilent à la “norme” et suppriment leur nature à un niveau conscient et inconscient, commencent à souffrir de névroses et de disfonctionnements psychologiques variés (Fanon, 1982). Il n’y a certainement aucune preuve que les problèmes de l’assimilation et de la psycho-pathologie soient différents avec les peuples indigènes d’Amérique du Nord.

[…]

Avec le temps, pour toutes les nations premières, le succès ou l’échec de stratégies de survie particulières dépendaient de plus en plus des facteurs économiques généraux et des décisions politiques du gouvernement sur lesquels les nations premières n’avaient et n’ont toujours aucun contrôle. La faim est devenue un problème majeur partout. La surpopulation des zones et le non accès à l’eau potable, ainsi que les pauvres conditions sanitaires des logements dans les réserves indiennes contribuèrent à un taux très important de maladies infectieuses (dites de promiscuité). Le manque d’accès à la nourriture traditionnel a affaibli la santé plus avant ; les régimes alimentaires sont devenus bien moins variés et le mode de nutrition traditionnel très sain fut remplacé par de la nourriture industrielle comme les farines et le sucre blancs, causant une détérioration plus avancé de la santé générale des nations premières tout en créant une dépendance vis à vis du gouvernement et des bureaucraties de la santé publique, choses qui continuent aujourd’hui dans les communautés autochtones.

Les réserves indiennes sont devenues des environnement dangereux, pas seulement dans leur aspect physique mais aussi dans leur aspect psychologique, la colonisation a créé un double effet néfaste psycho-physiologique.

[…]

Ainsi, la vie dans les réserves est caractérisée par un bien plus haut degré de violence, de haine et d’agression généré par les abus de substances toxiques (alcool et drogues) que dans les autres communautés. Ceci est un des effets majeurs du refus de la colonisation de donner accès à des pratiques culturelles fondées sur la terre, ce qui mène à une perte de liberté à la fois individuelle et collective équivalent à l’effet psychologique d’anomie, ou d’un état d’aliénation profonde résultant de l’expéreince d’une sérieuse dissolution culturelle, qui elle, mène à l’abus de substances et aux problèmes inhérents comme le suicide et la violence inter-personnelle. Dans le cas de la vie sur les réserves indiennes au Canada, une anomie a évolué en une culture dans beaucoup de nations premières comme si ses effets avaient été normalisés et que les personnes des communautés natives et leur entière vie étaient teintées par ces effets néfastes de la colonisation (Tanner, 2009, p.251-251).

Ce nouveau type de vie a vu l’introduction du système de “Conseils de bandes/tribus” issu de l’Indian Act ou Loi sur les Indiens, les tribunaux criminels canadiens (NdT: l’équivalent des cours d’assises en France) et le système des cours de justice. La Gendarmerie Royale du Canada (NdT: la GRC ou police montée canadienne) et les écoles missionnaires…

En conséquence, les relations de type traditionnel furent abandonnées tandis que la manipulation, la corruption, le mensonge et l’exercice de la force devinrent les outils principaux de l’objectif de contrôle social et politique. Le circuit des tribunaux ainsi que la GRC ont aussi contribué à la dissolution des structures sociales traditionnelles. Spécifiquement, ils amenuisèrent le rôle des anciens (et conseils d’anciens) en tant qu’arbitres des conflits et changèrent la compréhension des gens sur le système de justice passant d’un système de concept restaurateur (de paix et de confiance) à un système coercitif et punitif. Les écoles missionnaires (NdT: gérées par les églises catholique, anglicane, unifiée du Canada) promurent et normalisèrent la violence sexuelle et les abus corporels, ainsi que la langue anglaise (française au Québec) et le christianisme.

[…]

Du travail de recherche de Tanner au sein des communautés Cree de James Bay dans le nord du Québec (2009), il est possible d’identifier quatre effets spécifiques de l’imposition de l’Indian Act et de la mise des communautés sur des réserves de manière coercitive:

  • La désorientation: causée par le manque d’autogestion (NdT: qui est naturelle chez les Indiens des Amériques et de fait fans toutes les sociétés traditionnelles non étatiques parce que “refusant” l’État…) et de capacité de gestion appropriée de l’environnement bureaucratique et capitaliste imposé.
  • La perte de pouvoir: dû au passage en force des lois coloniales et des politiques des autorités gouvernementales.
  • La division: résultant de l’incapacité des gens à remplir leurs obligations traditionnelles, sociales, culturelles et spirituelles.
  • La maladie: causée par une nutrition inférieure et par la nature sédentaire de la vie sur les réserves.

[…]

Les traumatismes historiques expérimentés par les peuples indigènes dans le processus d’être extirpés de leurs terres et de la construction du régime colonial furent le fondement de leur marginalisation ; ceci constitue un autre facteur se trouvant à la racine de la crise de la dépendance (Whitebeck, Adams, Hoyt & Chen, 2004, p.99-130).

Le spectre des effets psycho-physiologiques se manifestant au sein des nations premières du Canada sont les mêmes que ceux qui ont été directement et causalement liés aux expériences d’oppression dans la recherche portant sur les survivants de l’holocauste nazi et de leurs familles. Une récente recherche indique que les effets directs et les héritages multigénérationnels de l’expérience du colonialisme ont créé des effets similaires sur les peuples des nations premières que sur les survivants de l’holocauste juif de la seconde guerre mondiale (Yellow Horse Braveheart & DeBruyn, 1998). Conceptualisé comme la source “d’un traumatisme historique non résolu”, le schéma de la colonisation au Canada comme elle fut expérimentée par les peuples indigènes possèdent trois caractéristiques identifiables:

  • Des processus de dépossession et d’oppression continus et multigénérationnels
  • Une marginalisation et assimilation systématique et violente et
  • Une déculturation forcée au profit du christianisme et une intégration forcée dans le capitalisme de marché

[…]

Ainsi de la sorte, la relation entre les premières nations et l’état canadien demeure coloniale et est pour la plupart une relation de conflit enracinée dans l’impératif pour l’état de maintenir son contrôle sur les terres indigènes et de limiter le pouvoir des nations et peuples originels…

La légitimité (l’acceptance et le soutien des institutions coloniales) est un madat des plus important pour le régime colonial. L’impératif le plus important et le plus immédiat une fois la saisie des terres accomplie, est d’assimiler les personnes indigènes qui ont survécues à l’assaut initial sur leurs existences. Sans une autonomie et identité indigène authentiques et sans fondation culturelle, il n’y a plus de stockage de mémoire ou de base intellectuelle sur laquelle se maintenir en tant que personne indigène ou en tant que communauté pour maintenir la cohésion afin de défier les régimes coloniaux continuant leurs efforts de marginalisation et de destruction du pouvoir ancestral. […]

Il y a de véritables raisons à cette dépendance psychologique, financière et politique; de véritables effets de l’entreprise coloniale qui se sont constitués avec la défaite de l’autonomie indigène et la relégation des nations premières vers un état de dépendance du gouvernement qui est aussi la source de leur déstabilisation (Kirnmayer & Valakakis, 2009, p.453).

[…]

Il apparaît que pour certaine personnes indigènes, la façon de soulager les stress d’être dans une position de colonisés soit d’accepter les demandes du régime colonial et de s’assimiler. Les gens qui choisissent l’assimilation permettent une acceptation au sein de la société occupante et la culture de la consommation ainsi que dans la société civile canadienne au sens le plus large. Mais il y a un énorme problème avec l’assimilation et ce même pour ceux qui la choississent contre toute forme de résistance au colonialisme: la véritable assimilation, l’immersion complète et l’intégration dans la norme est impossible. C’est autour de cette dynamique psycho-culturelle que tourne un autre effet najeur du colonialisme.

“L’aborigénisme”, ou le changement social et culturel d’image du génocide, est fondé sur l’idée que ce qui est intégral aux peuples indigènes est une relique obsolète et inutile et que si les nations premières doivent avoir un futur viable, il sera défini par et s’exprimera seulement à la discrétion de la société dominante (Alfred, 2005).
L’aborigénisme assume qu’en renouvelant les relations entre les nations premières et le régime colonial, les aspects importants de la culture indigène seront abandonnés ou compromis pour les intérêts d’honorer les valeurs et les cultures euro-américaines et pour préserver les fondements principaux et centraux du régime colonial et des préférences envers la société occupante et dominante. En réalité, l’aborigénisme est une fausse conscience, une imbrication permanente d’assomptions du colonialisme et d’attitudes dans la culture et la société des nations premières. Cette conscience coloniale génère un désir de non-confrontation, d’identités coopératrices, d’institutions et de stratégies de coopération de la personne colonisée interagissant avec le colonisateur. En l’abscence d’identités enracinées dans les cultures indigènes, des aspects d’identité et de choix culturels sont ainsi sélectionnés depuis le pastiche présenté comme la société dominante et la machinerie judiciaire et bureaucratique brutale de l’État. Les postures les plus évidentes et les plus prononcées aborigénistes sont vues dans l’attitude de celui qui recherche le recouvrement social seulement pour cicatriser les plaies et vivre en paix avec les colons. Le réconciliateur qui prie un dieu chrétien et s’épanouit devant des juges blancs en est un autre. Les deux côtés réfléchissent l’image du processus colonialiste essentiel, celui de “civiliser” les peuples indigènes, nous faisant par ce processus des “citoyens” des états conquérants, de façon à ce qu’au lieu de nous battre pour nos terres et de résister à toujours plus de colonisation, nous recherchions une “résolution” qui soit acceptable et qui ne soit pas déreangeante pour l’état et la société que nous avons été amenés à embrasser et dans laquelle nous nous identifions.

Avec l’aborigénisme, toutes les bases indépendantes des existences indigènes sont abandonnées ou compromises dans la négociation de notre dépendance et notre intégration de toutes les manières, dans les institutions de la société occupante.

[…]

Dès lors que les identités aborigènes, les constructions légales et les politiques sont supposées être la base de ces notions historiques, la politique ne peut pas résoudre la souffrance sociale qui résulte d’une injustice permanente et elle ne devient qu’un cataplasme sur la jambe de bois de la colonisation perpétuelle. Si l’aborigénisme devait devenir le cadre principal de l’identité indigène et pour la construction des relations entre les peuples indigènes et l’état, cela mènerait immanquablement à la totale érosion des nations premières en tant qu’entités politiques et culturelles distinctes. Un tel résultat ne ferait que renforcer la crise à laquelle doivent déjà faire face nos peuples et nations originels. […]

Des arrangements avec le colonialisme sont recherchés. Le peuple indigène qui sombre dans l’aborigénisme devient un miroir culturel de la société dominante, et parce que ceux qui en sont désirent élever leur statut au sein de la société occupante, on leur donne des opportunités pour usurper la voix et les prérogatives des véritables représentants des nations premières.

[…]

Ainsi d’une perspective indigène, ce ne sont pas les bureaucrates indigènes, les hommes/femmes d’affaires, les politiciens et les avocats indigènes ayant des positions d’influence dans les agences de l’état ou les processus de négociations promus par le gouvernement, qui ont un droit ou une responsabilité quelconques de représenter les nations premières sur les questions fondementales de l’identité indigène, des droits inhérents, de la connaissance cuturelle, de la loi traditionnelle et du mode de gouvernance ou de la spiritualité. Ce sont les Anciens et ceux qui ont été reconnus traditionnellement et qui détiennent la connaissance traditionnelle ou les leaders spirtituels qui ont ce droit et cette responsablité. C’est pourtant ces personnes dont la voix est totalement ignorée ou appropriée et manipulée pour faire avancer l’agenda aborigéniste.

[…]

Ainsi, fondé sur cette compréhension des choses et d’une perspective orientée vers la trouvaille de solutions, le colonialisme est le mieux conceptualisé comme un résultat irrésistible d’un processus multigénérationnelle et à multiples facettes de la dépossession forcée et d’une tentative d’aculturisme, d’une déconnexion à la terre, à la culture et à la communauté, qui a résulté dans le chaos politique et la discorde sociale au sein des communautés des nations premières et la dépendance collective des nations premières envers l’état. Le mal qui en a résulté sont l’érosion de la confiance et des liens sociaux qui sont essentiels à la capacité d’un peuple à se maintenir lui-même en tant qu’individus et en tant que collectivités.

[…]

Les grandes solutions étatistes comme l’auto-gouvernement (sous couverts des “conseils de bandes” répondant au gouvernement colonial canadien…) et les saisies de terres ne sont pas tant des mensonges qu’ils n’ont aucune relevance quant au problème à sa racine. Depuis bien longtemps nous avons été en quête pour le pouvoir de gouvernement et l’argent, quelque part durant ce voyage du passé vers le futur, nous avons oublié que notre but était de nous reconnecter avec nos terres et de préserver nos cultures harmonieuses et nos modes de vie dignes de tous les respects. Ce sont ces choses qui sont les véritables garanties de la paix, de la santé, de la force et du bonheur, de la survie…

Le colonialisme a forcé trois options de base pour les peuples indigènes: la destruction, la dépendance ou l’assimilation. Aucune de ces trois options est moralement justifiable et de fait aucune d’entr’elles ne fonctionnent dans la vie pratique et ce même en se plaçant dans la perspective du régime colonial. Le fait d’une existence indigène continue n’est plus en question, la croissance démographique en véritables termes tout comme en pourcentage de la population générale du pays, augmente. Le fait est que l’existence indigène n’est plus remise en question, mais ce qui l’est c’est sa qualité.

Les éléments d’une existence indigène ayant un sens sont: la terre, la culture et la communauté. Aujourd’hui comme hier, les peuples des nations premières se voient refuser ces droits humains on ne peut plus basiques alors qu’ils sons forcés d’endurer des existences intolérables et humiliantes, dans des conditions inacceptables sur les réserves, séparés à la fois par la “loi” et la politique de leurs terres par le régime colonial ; ou ils sont forcés hors de leurs terres et dans la société occupante et bien que de temps en temps ils puissent accéder à un certain succès économique dans cette situation, on leur refuse toujours leur droit humain de base que sont la terre, la culture et une communauté authentiques.

Recommandations

Une considération sérieuse pour aller au-delà de l’histoire, de la nature et des effets du colonialisme sur les peuples indigènes du Canada de manière politico-économique aussi bien qu’au travers de la lorgnette psychologique et sociologique, ne pointe que dans une seule direction:

La solution au problème de dépendance psychologique et financière des nations premières envers l’état, fait qui trouve sa racine dans le colonialisme, est le retour des terres aux nations premières et le ré-établissement de la présence et de la connexion des nations premières sur leurs terres ancestrales.

C’est par la régénération de leurs communautés autour de pratiques culturels fondées sur la terre que les nations premières pourront reconstruire des existences socio-culturelles autonomes ainsi que des modes économiques auto-suffisants.

[…]

La Commission Royale sur les Peuples Aborigènes (CRPA) a étudié et publié un rapport en 1996 sur le problème de la dépendance dans un contexte colonial. La recherche fut faite entre 1992 et 1996… Le rapport établit clairement que “l’autogestion aborigène ne sera qu’une farce sans une base raisonnable pour pouvoir obtenir une auto-suffisance économique.”

[…]

Le recouvrement de la santé mentale, de corps et d’esprit du point de vue indigène, ne peut être possible que dans le contexte d’une communauté forte, stable et en pleine santé. […]

Les gens doivent se reconnecter avec le terrain, avec la géographie, celle de leur héritage indigène s’ils veulent vraiment comprendre les valeurs de l’enseignement traditionnel, celles dispensées par leurs ancêtres s’ils veulent tirer une force et une substance qui soient indépendantes du pouvoir colonial et qui est régénérateur d’une existence indigène authentique et autonome.

[…]

Ainsi les effets mesurables des efforts collectifs de communauté sur ces objectifs devraient-être:

  1. La restauration de la présence indigène sur la terre et la revitalisation des pratiques liées à celle-ci
  2. Une plus grande confiance dans les régimes alimentaires traditionnels parmi les peuples indigènes
  3. La transmission de la culture indigène, des enseignements et de la connaissance spirituels de la terre entre les anciens et les jeunes
  4. Le renforcement des activités familiales et la ré-émergence de la culture et des institutions sociales indigènes comme autorités gouvernantes au sein des nations premières et
  5. Des initiatives et améliorations sur le court et long termes au niveau des économies durables de la terre, comme les économies primaires de base pour les communautés autochtones et comme économies de supplément pour les communautés indigènes urbaines

Le peuple doit regagner sa capacité à l’auto-suffisance afin de pouvoir subvenir à ses propres nourriture, habillement, logement et médicaments. Ce qui est ultimement important à la lutte pour la liberté est la reconstitution de nos propres corps affaiblis et malades et des relations de communautés accomplies au travers un retour vers les sources naturelles de nourriture et de la vie physique et dure de nos ancêtres.

Le retour à la terre traditionnelle et à des pratiques culturelle basées sur l’eau doivent être reconstitués comme la voie indigène de revitalisation par le mentoring, la compréhension des relations enseignement-apprentissage, qui établissent une véritable solidarité de développement communautaire.

[…]

L’exemple des familles Cree et leur expérience dans la Baie de James peut–être pris comme un modèle fonctionnant de mise en œuvre de survie culturelle dans le monde d’aujourd’hui et dans le futur (Tanner, 2009). Voici les trois éléments du “camp de brousse” saisonnier établissant de solides principes de base:

  1. Ré-établir une présence familiale sur la terre de manière saisonnière, cyclique, ou cérémonielle
  2. Fournir un soutien financier pour assister les familles à se maintenir elles-mêmes en utilisant des practiques de terroir traditionnelles et
  3. Restaurer la forme traditionnelle de communauté et l’enseignement culturel de la terre

[…] Nous devons finalement bien comprendre que la politique gouvernementale ne peut pas résoudre le problème indigène.

Les peuples indigènes qui sont en vie aujourd’hui ont réussi à survivre physiquement contre les abus d’un des pires régimes coloniaux de l’histoire. La survie en tant que nations et communautés demandent que nous agissions sur nos connexions profondes à la terre et notre héritage de résistance au colonialisme. Notre capacité à le faire a été sévèrement affectée par les pertes et les maux dont nous avons souffert à cause des forces négatives amenées dans nos communautés par les colons occupants et leur régime colonial.

C’est par l’action politique et sociale de défense de la terre et les droits politiques des nations premières que beaucoup d’indigènes colonisés regagnent la connaissance de leur histoire et de leur culture et la confiance de demander et d’affecter le changement dans leurs vies ainsi que dans la société au sens le plus large.

Comme le souligne Kirmayer et Valaskakis dans leur revue et comparaison des différentes stratégies de promotion mentale du bien-être et de la récupération psychologique des effets négatifs du colonialisme:

L’activisme politique et social peut-être un chemin vers la guérison. L’activisme fait passer l’attention du ‘blâme de la victime’ vers la reconnaissance de structures systémiques oppressives. L’engagement avec les aspirations d’une communauté ou d’un peuple offre un sens immédiat de but et de direction. Cela demande la construction de liens fonctionnels de la communauté pour développer une solidarité efficace à la fois individuelle et collective. Si cela a du succès, un tel activisme amène de grandes récompenses pas seulement en termes de reconnaissance sociale, de pouvoir et de ressources économiques, mais aussi en terme d’un sens renouvelé d’une agence individuelle et collective” (Kirmayer & Valaskakis, 2009, p.458).

Le message en provenance de l’enseignement traditionnel et de la recherche académique est consistant et ne peut être plus clair: Retour à la terre et réapprentissage du comment vivre de nouveau comme un indigène en accord avec les enseignements traditionnels originaux qui ont fait mieux que maintenir les peuples et la terre durant des millénaires. Même la cour suprême du Canada en commençant avec la décision dans l’affaire Delgamuukw et dans d’autres décisons depuis, a mandaté la protection des utilisations traditionnelles culturelles de la terre par les peuples indigènes. Ceci donne la base dans le système légal canadien pour un large mouvement politique, culturel et social afin de ré-affirmer la présence autochtone sur la terre. C’est cette voie qui génèrera une nouvelle réalité indigène pour les peuples des nations premières et les communautés au Canada.

Résistance à l’impérialisme occidental: Le colonialisme et la dépendance étatique ~ 1ère partie ~ (Taiaiake Alfred)

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“Transcrire le sens éthique et l’idée de façon à avoir une philosophie politique concise est un peu difficile ; je suggérerai de le conceptualiser comme un anarcho-indigénisme… Les deux éléments qui viennent à l’esprit sont ‘indigène’, évoquant l’enracinement culturel et spirituel en ce territoire et la lutte d’Onkwe’honweh pour la justice et la liberté et la philosophie politique, le mouvement qui est fondamentalement anti-institutionnel, radicalement démocratique et commis à prendre action pour forcer le changement: l’anarchisme.”
~ Taiaiake Alfred, Wasasé, 2009 ~

Note de Résistance 71: Nous invitons les lecteurs à transcrire les passages que nous avons mis en caractères gras dans le contexte de nos vies quotidiennes occidentales et à y réfléchir… N’y voyez-vous pas grande similitude ?… Ne sommes-nous pas tous des colonisés à des degrés coercitifs différents ? Ainsi n’avons-nous pas cause commune contre la même oligarchie?

L’avenir de l’humanité passe par l’union des peuples colonisés avec les peuples occidentaux émancipés œuvrant dans un nouveau paradigme politico-social égalitaire et en associations libres.

 

Le colonialisme et la dépendance étatique (Extraits)

 

Taiaiake Alfred, Ph.D

Directeur de l’École de Gouvernance Indigène, Université de Victoria (Colombie Britannique, Canada)

 

Article publié dans le “Journal de la santé autochtone”

 

Novembre 2009

 

~ Extraits traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Note: Le professeur Alfred est membre de la nation Mohawk de Kahnawake, clan de l’ours.

 

1ère partie

2ème partie

 

Résumé:

 

Cet article conceptualise le colonialisme d’une perspective indigène et analyse les effets de la colonisation sur les nations premières avec une insistance particulière sur l’explication des racines fondamentales des crises psycho-physiques et de la dépendance des nations premières vis à vis de l’état. Central à cette analyse est l’effet des dérangements culturels colonialement générés, qui accroissent les effets de la dépossession, ceci créant une dépendance quasi totale sur le plan psychologique, physique et financier envers l’état.

[…]

Au travers d’une étude et considération de la littérature scolastique, il est possible d’identifier une relation directe entre les lois gouvernementales et leurs politiques appliquées aux peuples indigènes ainsi que la myriade de problèmes de santé physiques et mentaux couplés aux privations économiques. L’article conclut sur un set de recommandations afin de développer des réponses à la politique de situation orientées vers le soutien et la facilité de la reconnexion des peuples indigènes avec leurs territoires, la restauration de pratiques culturelles fondées sur l’ancrage à la terre et la reconstruction des communautés indigènes.

Introduction

Les luttes incessantes indigènes contre le colonialisme consistent essentiellement dans les efforts pour redresser l’injustice fondamentale d’avoir été expulsés de force de leur terre ou de se voir refuser l’accès à la terre afin de continuer leurs activités culturelles traditionnelles. Pourtant, il y a un autre aspect du colonialisme qui est souvent ignoré dans le discours public et qui ne constitue certainement pas un point d’attention majeur de l’organisation des nations premières ni des efforts politiques du gouvernement canadien. Cet aspect est le dérangement culturel colonialement généré affectant les nations premières, qui accroit les effets de la dépossession afin de créer un état de dépendance psychologique, physique et financier quasi total envers l’état.

[…]

Comme cela est typique dans toutes les sociétés coloniales, les nations premières aujourd’hui sont caractérisées comme dépendances retranchées en termes physique, psychologique et financier, des mêmes gens qui ont causés la quasi éradication de notre existence et qui sont parvenus à nous dominer.

[…]

Dans l’arrangement des affaires sociales canadiennes, seuls les Indiens assimilés se sont vus offrir l’opportunité, l’espérance de bien-être. Pour ceux qui ont résisté ou refusé les ‘bénéfices’ de l’assimilation, les politiques du gouvernement leur ont assuré une vie ayant une certaine indignité. Ceci est l’essence même de la vie dans la colonie: assimilez-vous et soyez comme nous les colons ou souffrez des conséquences de votre résistance.” (Kirmayer & Valaskakis, 2009, p.xi)

[…]

Afin d’aller au cœur du problème du colonialisme au Canada, il est nécessaire de comprendre que l’oppression expérimentée sur un tel long laps de temps affecte l’esprit des gens de manière particulièrement négative. Des discussions sensées sur le sujet de faire diminuer les maux que la colonisation a amené demande une vision au-delà du colonialisme en tant que processus historique de changements sociétaux ou d’une bordée d’évènements militaires et légaux. Cela veut dire reconnaître que les injustices coloniales et l’oppression ont eu des effets sur à la fois les individus et les collectivités et que se préoccuper de ces effets nécessite des perspectives et des stratégies qui situent les nations premières non seulement comme des groupes d’individus au sein du Canada, mais aussi comme membres de communautés culturelles de la terre. Comprendre cette histoire du colonialisme, les aspects politiques et économiques du changement de relation entre les peuples indigènes et le peuple européen, qui résulta en la subjugation des nations premières aux puissances européennes est, en un sens fondamental, moins important qu’apprécier les dégâts occasionnés à l’intégrité culturelle et mentale ainsi que sur la santé des gens et des communautés qui composent ces nations.

[…]

Cet article considère une approche radicalement différente concernant le changement, consistant dans l’effort de réintégrer les caractéristiques et bénéfices essentiels d’une reconnexion à une patrie, un territoire et des pratiques culturelles “traditionnelles” basées et fondées sur la terre, qui ont prouvées dans bien des cas être une clef à la restauration d’une santé spirituelle, physique et psychologique ainsi qu’à l’avènement de communautés caractérisées par l’harmonie, la paix et la force.

Les institutions politiques et sociales, comme les conseils de bandes/tribus et les agences de services financés par le gouvernement qui gouvernent et influencent la vie des nations premières aujourd’hui (comme hier), ont été pour l’essentiel, moulées et organisées pour servir les intérêts de l’état canadien. Leurs structures, responsabilités et autorité se conforment aux intérêts du gouvernement canadien, tout comme leurs sources de légitimité se fondent dans la loi canadienne et non pas dans les lois et intérêts des nations premières.

[…]

Les transformations commencent avec chaque personne, mais la décolonisation ne commence à devenir une réalité que lorsque les gens rejettent individuellement, collectivement et en toute conscience les identités coloniales, les institutions qui sont le contexte même de la violence, de la dépendance et de la discorde dans les communautés indigènes… La réconciliation et la conscience politique au travers du développement économique et comme résultats attendus de cela, les processus d’autogestion, les accords sur les terres, les droits aborigènes et les stratégies légales de recouvrement des titres fonciers, ne se sont pas matérialisées.

[…]

Les approches conventionnelles sont fondées sur une accession à l’agenda capitalisto-colonial en respect des peuples indigènes et de leurs terres. Cet agenda est lourdement promu par des médias pro-assimilationnistes dans les grandes largeurs ainsi que des universitaires non-indigènes du consensus ; l’intégration dans une économie de marché et une assimilation culturelle avancée sont vues comme les seules voies viables pour une meilleure vie des peuples et nations premiers ainsi que leurs communautés. Cette perspective est aussi au centre même de la politique interne du gouvernement et il est juste de dire que cela forme également la vision de la plus vaste majorité de la population canadienne.

La confiance dans les promesses de l’intégration et de l’assimilation forme aussi une sorte de panacée pour le complexe de colonisation et les souffrances sociales résultantes au sein même du leadership des nations premières.

[…]

Les approches courantes [de règlement de problèmes relationnels autochtones-colons] sont souvent basées sur des concepts de cicatrisation, de réconciliation ou de la construction de la capacité à le faire ; cela en vient toujours à problématiser les personnes et jamais l’attitude de l’état, ainsi de telles approches ne sont pas faites pour changer les causes sous-jacentes coloniales des attitudes destructrices et malsaines ayant cours dans les communautés des nations premières.

Dans l’histoire, les gens qui ont réussis à dépasser les effets de la colonisation et qui ont recouvert leur diginité ainsi que leur capacité à être auto-suffisant et autonome n’ont pu le faire qu’après avoir soutenu un effort de respiritualisation, de revitalisation et de régénération culturelle. Dans la vaste majorité des cas, ils ont pu le faire lorsque les colons s’étaient physiquement retirés de leur espace indigène. Les peuples autochtones dans notre région du monde possèdent ce potentiel de résurgence, bien que cela soit rendu plus complexe du fait de la présence persistante des occupants coloniaux.

[…]

Le colonialisme au Canada

L’invasion et l’éventuelle domination du sous-continent de l’Amérique du Nord par les empires européens, que nous connaissons sous le vocable de colonisation est mieux compris dans sa forme de culmination de milliers d’années de développements sociétaux différents sous des conditions environnementales spécifiques. Ceci a résulté en différentes caractéristiques émergeant parmi des peuples variés, dont certaines confèrent un certain avantage relatif et d’autres un certain désavantage relatif, lorsque les gens entrent en contact les us avec les autres et commencent à contester l’essence même de l’existence des sociétés: la terre.

Il n’y a aucune preuve de la quelconque supériorité d’un groupe de gens par rapport à un ou plusieurs autres (Diamond, 2003). Ceci bien compris, toute notion de “prédestinations” génétiques ou divines pour dominer doit être rangée au placard en faveur d’analyses des particularités de la relation et des attitudes instrumentales des peuples alors qu’ils intervenaient dans le développement de la relation entre les peuples indigènes et européens dans cette partie du monde.

Ce que nous nommons le “colonialisme” est en fait un cadre théorique pour la compréhension des complexités de la relation qui s’est produite et a évoluée entre les peuples indigènes et les peuples européens alors qu’ils sont venus en contact les uns avec les autres et qui ont par la suite maintenu ces relations initiales dans la construction d’une nouvelle réalité pour ces deux peuples en Amérique du Nord. De manière plus spécifique, le colonialisme est le développement d’institutions et de politiques par les gouvernements colons impérialistes européens et euro-américain, dirigés contre les peuples autochtones. Ce processus a commencé avec le développement de rationalisations religieuses et séculières du simple fait que la présence européenne en amérique du Nord, basée sur la doctrine du Terra Nullius (le principe de la “terre vide” affirmant que l’Amérique du Nord n’était pas habitée ar des humains avant l’arrivée des Européens) et la dépossession “légale” des peuples indigènes de leurs terres ancestrales originelles.

L’affirmation légale du Canada à un territoire est basée sur la doctrine de terra nullius (NdT: et de la doctrine chrétienne de la découverte que le professeur Alfred ne semble pas avoir étudiée en détail… Terra nullius n’est pas la seule doctrine justifiant l’accaparement frauduleux de la terre indigène par les colons parasites), des traités de paix et d’amitié avec les peuples indigènes et un certain nombre de proclamations royales assumant une prérogative impérialiste pour prévenir la reconnaissance de la terre aux indigènes ; la Grande-Bretagne et la France avant elle, ont sécurisé le contrôle contre d’autres puissances coloniales potentiellement prétendantes en reconnaissant nations et souveraineté indigènes a la fois de manière rhétorique et en pratique, car les Européens étaient incapables de vaincre militairement les nations autochtones et avaient besoin d’alliance avec des nations indigènes pour confronter leurs rivaux coloniaux. Une fois que la GB a obtenu la prépondérance du contrôle effectif sur l’Amérique du Nord, elle a ignoré toutes les reconnaissances antérieures de nation et souveraineté aux peuples autochtones, ainsi que toute garantie légale de propriété et d’accès à leur terre, choses qui étaient prévues et établies dans les traités.

[…]

En analyse finale, les puissances européennes et le Canada en tant qu’héritage de l’impérialisme européen en Amérique du Nord (avec les Etats-Unis) ont eu l’objectif consistant centré sur la saisie, le contrôle et l’utilisation des terres indigènes en soutien d’une industrie extractive basée sur les ressources naturelles afin de générer des profits d’abord pour les régimes européens, plus tard pour également la population résidente euro-américaine métropolitaine et plus récemment pour des entreprises/corporations globalisées. La politique des gouvernements européens puis euro-américains depuis le premier contact avec nos nations n’a pas seulement été égarée par des notions fallacieuses de supériorité raciale et de fadaises de droits divins pour la domination , mais aussi largement par et pour les besoins d’un mode capitaliste de production.

[…]

La plupart des Canadiens sont complètement ignorants de cette histoire. Ceci est bien lamentable mais absolument pas surprenant, étant donné qu’ une caractéristique commune des sociétés coloniales est le retranchement des colons dans les notions de supériorité raciale et culturelle. La culture canadienne et les notions dominantes formant l’auto-preception nationaliste canadienne sont surchargées de privilèges coloniaux et des mensonges les plus éhontés et auto-décepteurs (Alfred, 2005). En termes de gouvernement et de législation, ceci s’est manifesté dans des constructions légales fictives qui légitiment l’usurpation coloniale des hommes blancs et par une légitimité feinte est ainsi construite pour normaliser la structure du racisme construite sur les notions que les peuples indigènes n’ont aucun droit à la terre ni de droits politiques. En tant que projet intellectuel, l’arrogance impérialiste prend la forme de littérature, de bourse d’étude et d’art pour démontrer les éminents mérites et pour répliquer les fait simplement fabriqués ainsi que les narratifs nécessaires pour justifier les privilèges coloniaux.

[…]

Devant ceci, l’autogestion et le développement économiques sont inefficaces pour confronter le colonialisme, car plutôt que de s’attaquer aux racines mêmes du problème, ils ne font que perpétuer une relation dualiste et dépendante entre les premières nations et l’état… L’isolation forcée et la pauvreté sur les réserves ne sont pas différentes de l’exploitation destructrice de la terre d’une perspective indigène ; tout cela décime les possibilités de vivre sa vie en accord avec les valeurs culturelles traditionnelles indigènes et leurs mandats spirituels.

[…]

La résurgence d’une conscience indigène est un potentiel explosif capable de transformer les individus et les communautés en altérant les conceptions basiques de soi et dans la relation avec les autres peuples du monde. Ses éléments sont la régénération des identités consistant avec l’enseignement sacré qui vient de la terre, de l’implication à se relever pour soi-même et de la juste restitution pour les maux et les torts que nos peuples ont endurés.

A suivre…

Résistance au fléau de l’humanité: Solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire ~ 2ème partie ~ (Taiaike Alfred)

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La grande loi du changement

 

Solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire

 

Taiaiake Alfred Ph.D
Professeur de Sciences Politiques à l’université de Victoria, BC, Canada, membre du clan de l’ours de la nation Mohawk

 

Extraits du livre “Wasase, voies indigènes d’action et de liberté” (2005, seconde édition 2009)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

= = =

 

“Pour les Indiens, normes et lois sont inhérentes à l’ordre naturel et ne sont pas imposées de l’extérieur. L’État est un concept totalement étranger…”
~ Len Sawatsky ~

 

“Les chasseurs-cueilleurs avaient la liberté de s’occuper de leurs familles et de leurs proches, de vivre selon la loi naturelle, sans conflit. Il n’y a pas de conflit dans la loi naturelle ; le mal n’existe pas.”

~ Russell Means ~

 

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1ère partie

2ème partie

 

Vieilles racines sur Terre        

 

Un aspect très important de la “motivation” est la dédication au but ultime de toute politique et de toute action: la réalisation de la paix. Du point de vue de la perspective philosophique d’Onkwehonwe, la politique et les mouvements sociaux sont parties intégrantes d’un bien plus grand champ d’action de lutte qui génère des relations sensées qui réfléchissent l’impératif fondamental indigène de rechercher la vie et l’harmonie par dessus toutes les formes de mort et de destruction. Dans les différentes cultures Onkwehonwe, les objectifs de la vie humaine sont définis comme la volonté de rechercher à comprendre les enseignements spirituels de base et de façonner sa vie afin de personnifier ces valeurs qui émergent du respect de ces principes fondamentaux tels que l’honneur, l’éthique du courage, l’inter-dépendance, le besoin de partager, l’humilité, la nécessité du respect, la liberté et l’inévitabilité de la lutte. Ces principes et valeurs Onkwehonwe sont le cadre de la paix et ils sont enracinés dans la vision de la loi naturelle mondiale partagée par tous les peuples autochtones. Les philosophies qui émergent de ces éléments sont les véritables voies pour la réaffirmaion d’une coexistence pacifique. Ces Onkwehonweneha sont les véritables visions alternatives aux visions capitaliste, communiste, aborigéniste et toutes autres façons de penser et de se comporter qui ont émergées des cultures européennes et par extension, euro-américaines.

La spiritualité et la culture de nos ancêtres sont préservées par des gens qui ont consacré leurs vies à maintenir les voies anciennes, la connaissance des cérémonies qui a donné à nos ancêtres un tel pouvoir, existent toujours dans nos communautés. Le défi qui se présente à nous, est celui de nous avancer sur le chemin de ces enseignements et de marcher sur ces chemins autochtones.

Ce qui est le plus important est ce qui se trouve ici, dans mon cœur”, nous dit Oren Lyons, gardien de la tradition de la nation iroquoise Onondaga.

Ce qui nous amène à une des questions les plus vivides dans la communauté Onkwehonwe aujourd’hui: Devez-vous parler une langue indigène pour vraiment être un indigène ?

La vaste majorité Onkwehonwe ne parle pas les langues ancestrales et la fluidité dans les langues natives parmi les populations autochtones de l’Île de la Grande Tortue est en sérieux déclin de manière générale. Ceci est un fait indéniable. Ces gens ne sont-ils donc pas Onkwehonwe ? (NdT: le professeur Taiaiake Alfred parle et communique en Mohawk mais ne le parle pas couramment de son propre aveu, il y travaille néanmoins et veille à ce que ses enfants soient multilingues, incluant leurs langues natives paternelle et maternelle). Pour le dire d’une manière différente: parler une langue native est-il la caractéristique définitive pour être Onkwehonwe ? Le colonialisme a tout fait pour que nous perdions nos langues et pour nous déculturer et nous forcer à nous “assimiler” dans la culture euro-américaine, en ce sens, la langue est la preuve prima facie de l’indigénisme, mais:

  • Les façons de voir le monde et de construire des systèmes de valeurs ne sont pas uniquement contenues dans les langages parlés…
  • Les langues sont en évolution constante. Nos ancêtres ne s’exprimaient pas de la même façon qu’aujourd’hui même dans la langue native (NdT: il en va de même du français et de toute autre langue vivante, le français d’aujourd’hui est bien différent de celui du XVème siècle)
  • Si la langue est tellement une caractéristique de la culture Onkwehonwe, comment alors expliquer que ceux d’entre nous qui ont volontairement œuvré avec les colonisateurs, qui ont signé des traités “abandonnant” des millions de km2 de nos terres ancestrales aux colons et qui ont fait la guerre à leurs propres frères et sœurs, qui ont travaillé avec l’envahisseur pour décimer la terre et piller les ressources pour le profit, étaient tous des gens unilingues, parlant les langues autochtones ?

[…]

La perte du langage est un indicateur de stress social et apparaît dans le contexte d’une certaine matrice politico-économique. La domination d’une langue sur une autre est une manifestation simple de la domination politique, sociale et économique d’un groupe sur un autre; ceci explique la domination globale de la langue anglaise, associé avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni et qui domine une myriade d’autres langues dans le monde.

[…]

La domination de la pensée européenne réfléchie dans son hégémonie sur les autres langues européennes peut et doit être mise au défi et le schéma doit être inversé si nous sommes sérieux sur notre objectif de réaffirmer l’existence des identités Onkwehonwe face à l’homogénisation de la culture impérialo-capitaliste… Ainsi, l’impérialisme est de manière inhérente un processus d’homogénisation culturelle et politique. Il s’ensuit donc qu’agir contre l’empire en régénérant la culture au travers de la renaissance des langues autochtones devient nécessairement anti-impérialiste (NdT: Il en va de même en France par exemple avec le Breton, le Provençal, le Basque, le Corse, le Catalan, la Langue d’Oc, le Picard etc…).

De fait, reconquérir la faculté de s’exprimer dans nos langues ancestrales Onkwehonwe pour réorganiser et recadrer nos existences est peut-être l’action la plus radicale et la plus subversive que puisse faire un guerrier Onkwehonwe.

Au delà de tout cela, au delà des langues utilisées pour exprimer des perspectives culturelles, des croyances et des valeurs, nous devons considérer l’importance des histoires (traditionnelles), des cérémonies et des rituels pour la régénération des existences autochtones authentiques.

[…]

Quelles sont les bases de ce système spirituel Onkwehonwe de croyances et de philosophie ? Elles sont simples, comme précédemment dit: inter-dépendance, cycles de changement, équilibre, lutte et enracinement. Il n’y a rien d’unique dans les enseignements de la Lodge, de la Longue Maison ou Hogan ou au travers de l’utilisation du tabac et de l’herbe fine. Du monde entier, les chants et danses indigènes nous disent les mêmes choses. Où que ce soit, les gens étant toujours connectés avec la terre et vivant en harmonie avec la nature, les enseignements sont les mêmes. Les cérémonies font plus que nous connecter à une tradition particulière ou une communauté, elles nous connectent avec la Terre et à notre véritable existence naturelle en tant qu’êtres humains.

[…]

Dans toutes nos nations maintenant, il y a une jeunesse qui commence sa vie d’activiste politique dans une position bien plus forte que les générations précédentes. Cette jeunesse parle sa langue autochtone, elle connaît son histoire, elle est éduquée à la fois dans les valeurs traditionnelles et les valeurs euro-américaines, lui donnant une connaissance des deux systèmes et de plus en plus cette jeunesse se libère de l’acool et de la drogue qui furent un problème destructeur pour les générations précédentes. Cette jeunesse mue de sa peau coloniale et se dédie de plus en plus à une lutte anti-impérialiste.

Note des traducteurs: S’ensuit ici dans le livre le transcript d’un entretien que le professeur Alfred a eu avec quelques jeunes autochtones (Brandon, Mika, Chris, Shana et Marilyn).

Voici quelques extraits lumineux de la conversation:

Brandon: “…La raison principale pour laquelle les autochtones boivent c’est parce qu’ils ont des problèmes qu’ils n’arrivent pas à gérer. J’ai tant de membres de ma famille qui ne peuvent pas en sortir. Ils ne peuvent pas juste sortir de la réserve. Quand je vois ces gens dans la rue, cela me motive d’autant plus de faire quelque chose de ma vie.”

Mika: “Je pense que pour nous libérer, nous devons nous lier avec les autres indigènes dans le monde entier, parce que nous devons faire face aux mêmes sortes de problèmes tels que le racisme et les problèmes liés à la terre. Nous devons analyser ce qu’ils font et travailler avec eux, parce que vous ne pouvez pas le faire en tant que nation, vous devez le faire de manière globale et gérer la situation ensemble. Cela rend plus fort.”

Chris: “L’auto-gouvernance ou de quelque manière qu’on veuille l’appeler, ne doit pas être financée par le gouvernement fédéral et ne doit pas répondre à une personne plus élevée, qui est une personne non-autochtone. Nous devons avoir quelque chose d’organisé par nous-mêmes, par nos propres gens. Nos gens éduqués doivent cogiter quelque chose avant que nous puissions bouger vers une auto-gouvernance, une auto-gestion. Ce qu’il se passe maintenant, est que nous demandons au gouvernement blanc de nous le donner. C’est nul, parce que dès lors nous leur devons des comptes. C’est pas vraiment ce que nous voulons he ?”

Shana: “Il y a une véritable poussée de la base pour la souveraineté, la liberté et l’émancipation du gouverneent qui nous opprime… Il se doit d’y avoir des gens qui retournent vers les communautés pour essayer de faire la différence, pour se renforcer de nouveau…”

Marilyn: “Les gens doivent apprendre à vivre sans la loi sur les Indiens (Indian Act). La dépendance en cette loi est bien trop grande. Beaucoup trop pensent que “c’est de là que proviennent nos droits…” C’est ce genre de chose qui perpétue la dépendance envers le gouvernement canadien. Nous avons des droits parce que nous sommes ici, point barre. Nous sommes sur ces terres depuis bien plus longtemps que quiconque d’autre. Nous devrions commencer par nous débarrasser de l’Indian Act et ensuite nous allier à travers le pays afin de ne plus agir en entités séparées. C’est la clef pour faire les demandes et de ne plus avoir à suivre leurs règles.”

Voilà l’esprit de la nouvelle génération Onkwehonwe. Claire d’esprit et vraiment, vraiment intelligente. Ils sont impatients, non pas seulement à l’encontre de la société coloniale blanche, mais aussi de leur propre leadership et de leurs organisations. Ils savent quelles sont les priorités et ils ne prendront aucun non-sens pour réponse. Le défi est de combiner l’énergie et la force de cette jeune génération avec la sagesse collective des personnes plus âgées qui ont la culture, la connaissance et l’expérience stratégique et tactique.

[…]

Il y a une logique dans l’injustice contenue dans l’analyse complète de l’histoire, de l’économie et de la politique que nous appelons “colonialisme”. Il y a aussi une logique à parvenir à la justice. C’est la logique de parvenir à vaincre l’intention génocidaire de l’impérialisme avec la persévérance et la survie continue de nos nations autochtones, outre-passant sa destruction culturelle avec nos existences sociales et culturelles revitalisées et en nous opposant à son imposition d’une isolation affaiblissante, en rétablissant des connexions cruciales qui renforcent et alimentent nos peuples.

En termes concrets, cela veut dire que les gens doivent parvenir au partage d’une véritable préoccupation du futur de nos nations, en dehors du fait du penser comment l’idée de la nation de leur peuple promeut leurs propres intérêts personnels et doivent construire une vision alternative qui peut offrir un échappatoire à la guerre interminable qui a empoisonnée les relations et les psychées des deux côtés de la division entre les peuples Onkwehonwe et colons… Les différents chemins existant pour la réconciliation du colonialisme échouent sur bien des fronts, de manière plus importante, comme moyen de résoudre de manière satisfaisante les injustices du colonialisme dans les cœurs et esprits des jeunes générations des leaders Onkwehonwe.

[…]

Les colons vont devoir grandir au-delà de leur arrogance culturelle et apprendre à devenir pluralistes dans leur vision du monde. Pour Onkwehonwe, cela veut dire générer une capacité de gouvernance, une auto-suffisance économique et des réformes sociales internes.

Un espace intellectuel et social doit être créé pour la paix. Dans la Grande Loi de la Paix rotinoshonni (des 6 nations iroquoises), Kaianereko:wa, il y a une référence à l”espace nettoyé” entre le village et la forêt, entre la maison et la famille, la sécurité et l’espace dangereux de la liberté. Avant qu’aucun accord ou réconciliation ne puisse se produire, il doit y avoir une connexion entre les gens, il doit y avoir une démonstration de respect et l’amour doit être généré. Alors et seulement alors, peuvent les “problèmes et intérêts” respectifs être discutés et sincèrement résolus. Voilà ce que veut dire une promesse de coexistence.

[…]

Nous devons dépasser les contraintes et limites éthiques de l’héritage judéo-chrétien de l’empire, qui nous ont mis sur un chemin d’auto-centralisation et de compétition violente entre les peuples divisés au sujet de la folie de leur propre “supériorité”. Nous devons en tant que race, espèce unique (humaine), reconnaître et transcender l’éthique primitive qui est devenue si destructrice alors qu’elle a fusionné avec les moyens technologiques de domination et d’armement avancé des empires modernes. Nous devons aller dans un sens qui va accepter l’inter-dépendance de tous les peuples et de tous les êtres. Existant en dehors de l’empire, les spiritualités autochtones peuvent devenir les fondations des cultures de responsabilité universelle et de respect dont on a besoin pour parvenir à une coexistence pacifique et assurer notre survie sur Terre…

Reconnaître que la violence est la fondation même du pouvoir de l’État et que cette violence est implicitement exprimée au travers de toutes les institutions, nous devons reconnaître que la paix sociale n’est pas une situation bénigne.

[…]

Onkwehonwe qui raisonne au sein du cadre de la mentalité dominante et voit au travers de l’objectif de leurs cultures colonisées sont rendus incapables de se défendre eux-mêmes de l’annihilation. Sans briser les psychologies de l’impérialisme et la mentalité coloniale, l’organisation de toute résistance est futile !

[…]

Si le pouvoir légal et politique que l’État et les colons possèdent sur Onkwehonwe est fondé sur la complicité, alors la première question que devrait avoir un peuple recherchant sa liberté est la suivante: “L’État est-il capable et a t’il la volonté d’utiliser la violence pour mettre en application des lois et des politiques existantes, au delà de l’intimidation de quelques individus et de petits groupes isolés ?” Si l’État est confronté à une large action collective, un mouvemement de grande amplitude, intensif et coordonné, de la part des peuples autochtones pour que ceux-ci réoccupent leurs terres et reprennent leurs droits et libertés, la réponse sera ‘non’.” L’objectif politique devrait être de forcer une crise politico-sociale sur deux fronts:

  • La disjonction entre la conscience politique de la société coloniale et les réalités du pouvoir d’État
  • Le conflit moral entre les identités contemporaines des colons et le renouvellement forcé du besoin de l’utilisation d’une violence colonisatrice explicite. Le conflit psychologique résidant entre la perception par les colons de vivre dans une société paisible, sécure, stable et démocratique et les scènes de violence de la répression ouverte des peuples autochtones.

[…]

Le seul espoir pour les peuples indigènes de survivre comme nations est dans le pouvoir de mouvements en dehors des structures politiques établies et au delà des chemins donnés par la loi d’état et les politiques gouvernentales (NdT: Ce qu’Alfred appelle “l’anarcho-indigénisme”). Ces temps appellent pour une génération de nouveau pouvoir par de nouveaux moyens. L’un de ceux-ci est de parvenir à gagner un pouvoir économique et ainsi les moyens de base pour influencer la loi et la politique. Un autre, à moins d’avoir accès immédiat à la terre et de pouvoir générer un pouvoir économique, est de nous réorganiser nous-mêmes pour forcer un changement au travers du pouvoir de manifestation de notre volonté collective de (sur)vivre. L’homme blanc a fait les règles depuis un bon moment: assimilez-vous ou auto-détruisez-vous. Il est plus que temps de changer les règles du jeu.

[…]

La décolonisation, pour résumer, est le processus de découvrir la vérité dans un monde créé du mensonge… Dans une réalité coloniale, notre lutte prend forme avec toutes les formes existantes de pouvoir politique et dans ce combat, nous amenons notre seule véritable arme: la puissance de la vérité…

A terme, le mouvement zapatiste du Mexique, que je tiens comme le mouvement Onkwehonwe le plus efficace et commandable, est illustratif de ma vision de transformation et de régénération. Ce mouvement zapatista a commencé en 1984, lorsque six personnes furent impliquées dans la mission stratégique de protéger les populations autochtones du Chiapas dans le sud du Mexique. Ils organisèrent la protection des populations Maya contre la répression des milices métisses qui servaient les intérêts des grand propriétaires terriens. Les Zapatistes essayèrent d’organiser leur résistance sur des principes marxistes mais échouèrent. Ce ne fut pas avant d’avoir mélangé ces idées étrangères avec un mouvement catholique appelé la “théologie de la libération” (NdT: qui vit le jour en pratique dans les années 1970 au moment de la répression généralisée anti-gauche radicale en Amérique du sud sous l’égide de l’opération Condor de la CIA) et des idées culturelles indigènes, qu’un nouveau mouvement, capable de s’attirer le soutien des populations Maya du sud du Mexique, vit le jour. Ce nouveau mouvement était pragmatique et enraciné, il reconnaissait le besoin absolu de fonder les luttes indigènes sur les vérités autochtones articulés de manière indigène dans les langues locales. Il fut aussi signifiant que les populations Maya du Chiapas furent éveillées par un leader charismatique (NdT: Le Subcommandante Insurgente Marcos qui n’a jamais été un chef, tout au plus un porte-parole, sans aucun pouvoir exécutif. Il a agi en “chef de guerre” traditionnel).

L’interaction de ces deux facteurs, les racines culturelles autochtones et la réénergisation par un leader extérieur, a mené à ce qui est le seul mouvement d’ampleur a succès de résurgence indigène, de liberté et de changements politico-sociaux de ces trente dernières années.

Plutôt que de se décider a détruire ou remplacer l’État ou d’éjecter les colons, le but final devrait être formulé comme celui de la réalisation en termes positifs de la création d’une nouvelle société. Ceci est la libération par la transformation.

L’Île de la Grande Tortue a connu cela dans le passé, la réminiscence d’un grand mouvement par le chef de guerre Shawnee Tecumseh et son frère, le prophète Tenskwatewa au début du XIXème siècle.

* *NdT: Nous avons émis des idées similaires sur Résistance 71 en disant qu’il n’y avait aucune solution au sein du système quel qu’il soit et que nous devions nous concentrer sur la création d’un contre-pouvoir populaire, sûrement auto-gestonnaire, ignorer l’État et toutes les institutions, qui tomberaient comme un fruit trop mûr une fois le contre-pouvoir en marche. Retirons notre consentement, refusons de servir, organisons le contre-pouvoir entre nous, la main dans la main avec nos frères indigènes du monde entier, libérés du joug colonial, à tout jamais. C’est çà l’émancipation véritable !

En tant que peuples relevant le défi de confronter l’impérialisme, nous devrions nous nourrir de ce qu’a dit Gandhi à la fin de sa vie, lorsqu’il a dit aux gens que pour lui, après tout ce qu’il avait traversé, le bonheur résidait dans “l’effort et non pas dans le résultat”. Ceci est la marque du grand guerrier spirituel et c’est l’esprit que nous devons avoir alors que nous luttons pour régénérer nos peuples, car de tous temps et dans toutes les nations, être un guerrier, c’est vivre une vie de lutte pour la liberté et la dignité.

Il est donc grand temps de chanter nos chants de guerre et de continuer notre voyage.

* * *

Autres parties du livre « Wasase » en français

Notre dossier « Colonialisme et luttes indigènes »

Réflexion sur le colonialisme occidental passé et présent: L’échec de la réconciliation (Taiaiake Alfred)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 16 juin 2014 by Résistance 71

“Cinq cents ans de guerre physique et psychologique ont créé une culture coloniale de la peur parmi à la fois les peuples subjugués et les peuples dominants… La culture coloniale, pour à la fois les victimes et les perpétrateurs, est fondamentalement un déni du passé et de ses implications morales.”

~ Taiaiake Alfred, Wasase, 2005 ~

 

Travaux du professeur Taiaiake Alfred

 

L’échec de la réconciliation

 

Taiaiake Alfred, Ph.D

 

Conférence du professeur Taiaiake Alfred (Université de Victoria, BC) prononcée dans le cadre du colloque “Civic Freedom in an Age of Diversity : James Tully’s Public Philosophy” qui s’est tenu du 24 au 26 avril 2014 à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

 

Vidéo de la conférence: 92 minutes

http://taiaiake.net/2014/05/14/the-failure-of-reconciliation/

 

~ Résumé de la conférence en français par Résistance 71 ~

 

6 Juin 2014

 

Le sujet abordé ici est l’impact du colonialisme sur la société, spécifiquement dans le cas de la société canadienne.

La décolonisation d’une société dans sa forme moderne, passe par une réconciliation entre les colons et les colonisés. Ceci a été le but avoué de la Commission pour la Vérité et la Réconciliation (CVR) du Canada, but qui a échoué ; nous allons ici essayer de voir pourquoi.

Quel est l’impact majeur du colonialisme sur une société ?

On peut l’identifier comme étant la déconnexion des peuples indigènes avec leur terre et donc à terme, leur culture et ce afin d’exploiter les ressources naturelles. Partout où il y a eu colonisation et le Canada n’échappe pas à la règle, tout passe par la relation qu’ont les peuples autochtones avec leurs terres ancestrales et culturelles.

Ainsi, la dynamique du colonialisme est de déconnecter les gens colonisés d’avec leur terre. La CVR sert de fait de “tampon” pour adoucir les rancœurs nées de cette déconnexion et de sa contre-partie inhérente: l’exploitation capitaliste de cette terre. De tous les critères identifiables créant, façonnant un peuple, une nation, il est indéniable que la connexion établie avec la terre, le territoire (ici pris dénué du sens de la propriété qui n’existe pas dans la culture amérindienne, où la terre est vue comme un lieu d’existence nourricier, partagé par tous et emprunté d’une génération à une autre…), constituent l’identité des peuples indigènes et ce où que ce soit sur Terre.

Ainsi, la vision occidentale de vouloir “compenser” des personnes pour une “perte” (illégale de surcroi) de terre est futile et contre-productif, car cela ne résoud en rien le problème de base, ni ne fait “tourner” la page de l’histoire, chose que les colons occidentaux sont si prompts à faire ou vouloir faire.

Ainsi, il est aujourd’hui évident que le but ultime du programme des pensionnats pour Indiens du gouvernement canadien (qui vit la mort de plus de 50 000 enfants autochtones entre les années 1820 et 1996), était d’intensifier la déconnexion des peuples autochtones avec leur terre. Ceci eut aussi pour effet de diviser plus avant la société native.

Il est établi que lorsque les gens sont déconnectés de leur terre et territoires ancestraux, privés de leur identité culturelle profonde, il est bien plus facile de les déplacer afin de pouvoir utiliser et exploiter l’environnement et ses ressources naturelles (pour le Canada, elles sont multiples sous la forme d’eau, de bois, de gaz naturel, de pétrole par exemples, mais aussi de la commodité d’utilisation des territoires pour le transport fluvial, routier ou la constructions d’oléo/gazoducs etc…).

Ainsi le développement colonialiste de la terre brise les liens ancestraux, viole la terre et diminue les communautés qui vivent sur une terre brisée, morcelée et ayant de plus perdu sa spiritualité.

Quels sont les effets directs de tout ceci ?

Une certaine perte d’autonomie dans les activités de ressources ancestrales telles que la chasse, la pêche, les agricultures traditionnelles, ceci engendrant fatalement une perte de liberté.

Couper les communautés de leurs terres détruit un peuple (partie intégrante de l’ethnocide) et le rend ainsi plus facile à contrôler.

Il est vital de comprendre que tout objectif sincère et réel de RÉCONCILIATION entre les colons et les colonisés doit impérativement remplir le devoir de RECONNECTER les peuples autochtones avec la terre. La reconnexion devient l’union de la communauté.

Quand on analyse la pensée coloniale occidentale et sa mise en pratique, on s’aperçoit très vite que pour les colons, la réconciliation est parfaitement synonyme de “compensation” (toujours financière) et, ceci fait, de “tourner la page, d’aller de l’avant” et de bien sûr continuer à exploiter les terres. Pour la société coloniale, on paie afin d’en finir.

Hors, que signifierait véritablement une réconciliation efficace:

  • Arrêter de nuire
  • Restituer
  • Rétablir de nouvelles relations sur d’autres bases

Ainsi, le premier pas tangible et réel vers une réconciliation véritable est un transfert massif de territoires en retour aux nations autochtones ! Le retour de la terre à ses peuples natifs est essentiel pour la re-culturation. Toute solution économique ou sociale est grandement insuffisante.

Le processus de la véritable décolonisation passe immanquablement, par la reconnexion des peuples autochtones avec leur terre. C’est cela que nous appelons la RÉSURGENCE indigène.

Pour cela, il faut réimplanter les gens dans les communautés et faire en sorte que les enfants des personnes reconnectées deviennent pas à pas, plus culturellement autochtones que leurs parents. Le concept par de la base: On ne parle pas de “nation”, mais de familles, de clans (associations volontaires de plusieurs familles) et du comment rendre les familles plus fortes et plus soudées. Il y a de par le monde de très bons exemples de succès de ce type de projet comme à Hawaii ainsi que la reconnexion des population Maoris de Nouvelle-Zélande avec la terre et la culture maori.

De fait, en ce moment même, le Réseau International de Résurgence Autochtone connecte entre eux des projets du Canada, des Etats-Unis, d’Hawaii (USA), de Nouvelle-Zélande et d’Australie. Le professeur Taiaiake Alfred voyage, s’informe et enseigne dans ce réseau.

Une des caractéristiques de la perte culturelle est la perte de la langue. Dans certaines communautés Mohawk (confédération iroquoise) dont fait partie le professeur Alfred (territoire Mohawk de Kanahwake, Québec, clan de l’ours), jusqu’à 90% des membres des communautés ne parlent plus la langue Mohawk. Ainsi il est important de concevoir le rattachement à la terre comme étant l’antidote au colonialisme dans une perspective autochtone. Par la reconnexion à la terre renaît la culture, l’autonomie, la solidarité et donc la liberté d’un peuple et d’une nation.

NdT: La notion de “nation” n’a ici rien à voir avec la notion d’état, les sociétés indiennes étant d’excellents exemples de nations sans état, aux chefferies sans pouvoir obéissant aux peuples… Le mouvement zapatiste du Chiapas au Mexique a réactualisé ce concept avec son motto de “diriger en obéissant”…

Note: à ce stade (62 minutes dans la conférence, les organisateurs décident de passer à une session de questions/réponses avec l’assistance)

En réponse à des questions de l’audience voici, en substance, ce qu’ajoute le professeur Alfred à son exposé:

La restitution de la terre est en fait un problème qui va bien au-delà de la perte potentielle d’exploitation pour l’état colonial, car celui-ci craint, est terrifié en fait, à l’idée que les autochtones ne fassent de ces territoires restitués, des “zones autonomes souveraines”, ce qui représente un des aspects de l’éternel conflit entre les sociétés et l’État. Parce que l’état est si reluctant à restituer, nous pouvons considérer que le concept de “reconnexion avec la terre” est crucial, vital et touche le véritable nerf sensitif du système colonial.

L’État ne veut pas en fait valider la terre et veut à tout prix préserver l’autorité, son autorité, à déterminer qui est “autochtone” et qui ne l’est pas.

Les Etats-Unis et le Canada refusent en tant qu’entités coloniales de négocier selon les termes établis dans la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU (UNDRIP) sur les questions territoriales et d’autorité ainsi que d’autonomie. Il est devenu évident que l’UNDRIP est devenue totalement inutile pour les luttes de terrain et leurs revendications idoines.

Le Canada en particulier, demeure sur la position de la possession de la terre par la “couronne” (Note du traducteur: Nous savons que la “couronne” ne représente pas la “famille royale britannique”, mais la City de Londres, sa Banque d’Angleterre sous l’égide du Vatican). L’État ne cesse de demander le compromis sans jamais rien donner en échange ou si peu que c’en est insultant.

A terme il est très important de gagner le “cœur et l’esprit” du plus de blancs possible, car lorsque qu’un Indien parle, cela est perçu le plus souvent par la communauté coloniale comme la litanie d’“encore un Indien qui se plaint…” Au contraire, lorsqu’un blanc prend la parole de manière argumentée, les autres personnes de la communauté écoutent ou, en tout cas, les chances qu’ils écoutent sont bien plus élevées. Le débat peut ainsi intervenir au sein de la communauté coloniale et faire avancer les choses de l’intérieur.

De fait, les intellectuels et les universitaires commencent sérieusement à reconsidérer et à rephraser leur concept sur le colonialisme et le problème inhérent de la réconciliation.

Nous allons dans la bonne direction et gagnons le momentum nécessaire.

 

Fin (92 minutes)