Archive pour syrie media propagande desinformation

Guerre en Syrie: Le chaînon manquant…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, guerre iran, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, Internet et liberté, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 3 septembre 2013 by Résistance 71

Israël le chaînon manquant dans le puzzle syrien

 

Adrian Salbuchi

 

2 Septembre 2013

 

url de l’article en français:

http://french.irib.ir/component/k2/item/272948-israël-le-chaînon-manquant-dans-le-puzzle-syrien,-par-adrian-salbuchi

 

 

Alors que le monde retient son souffle, se demandant quand les États-Unis et ses alliés vont attaquer la Syrie, les gouvernements occidentaux avec leurs médias traditionnels bien huilés semblent ignorer un joueur clé qui est resté étrangement silencieux durant cette crise : Israël.

Aujourd’hui, la puissance américaine repose en grande partie sur son armée terrifiante, son complexe industriel-financier – et son influence médiatique mondiale. Mais ce pouvoir s’érode rapidement parce que, à l’ère de l’Internet, le pouvoir est de plus en plus une question de prestige, de crédibilité et de confiance, un domaine où les États-Unis sont en train de tomber bien bas.

L’interventionnisme américain est devenu beaucoup trop flagrant au cours des vingt dernières années. La guerre des Balkans à la fin des années 1990, avec le bombardement de Belgrade, a déclenché des alarmes initiales, en particulier parmi les pays non-alliés, car, couplée avec la guerre du Golfe de Bush Senior en 1991, il est devenu clair que l’hégémonie américaine internationale était résolue à conquérir le monde entier, en particulier avec une ex-Union soviétique écartée.

Mais ce qui a vraiment fortement mis tous les clignotants au rouge fut l’Irak. Les fausses accusations d ’« armes de destruction massive » comme prétexte de Baby Bush [Bush Junior] pour détruire tout un pays, juste pour qu’il puisse déloger un ancien associé indésirable, Saddam Hussein, furent manifestement obscènes et prouvèrent à beaucoup que l’hégémonie américaine mondiale était officiellement hors de contrôle.

À l’époque, l’Amérique avait encore l’excuse des horribles attaques terroristes du 11 Septembre à New York et Washington pour justifier son bellicisme massif. Mais la crédibilité américaine prit un rude coup lorsque George W lui-même finit par admettre que : (a) il n’y avait aucun lien d’aucune sorte entre Saddam et le méchant Oussama, qui aurait soi-disant perpétré le 11 Septembre (hélas ! nous ne saurons jamais, parce que plus tard Obama a jeté Oussama dans l’océan…) et (b) il n’y avait incontestablement, assurément et sans équivoque aucune, pas d’armes de destruction massive en Irak… Ajoutez à cela le poids de preuves croissant selon lesquelles le 11 Septembre pourrait avoir été une attaque sous faux drapeau…

Alors, l’Amérique dut concevoir un nouveau système de guerre, ou plutôt un nouveau système pour entrer elle-même en guerre contre ses cibles, sélectionnées comme étant des « États voyous ». Il n’est plus suffisant d’aller à la télévision accuser tel ou tel pays d’être un « danger pour la paix mondiale » ou qu’il « n’a pas le genre de démocratie que nous voulons voir » comme Hillary Clinton le déclara lors d’une visite en Égypte pas plus tard que l’année dernière…

Non. Quelque chose de nouveau devait être inventé : le « printemps arabe », qui est le code pour inciter, déclencher et manigancer des troubles civils dans les pays cibles qui peuvent ensuite dégénérer, le cas échéant, en véritable guerre sociale. Et si le gouvernement du moment ne comprend toujours pas le message et insiste en s’accrochant au pouvoir, alors les agences de renseignement des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Israël et d’autres peuvent intensifier la destruction nationale manipulée jusqu’à une totale guerre civile. Libye, Syrie, Égypte, Afghanistan, Irak…

Manigancer de telles guerres dans tout le Moyen-Orient a fondamentalement nécessité : 
(a) d’identifier qui seraient les « combattants de la liberté » – pour la plupart des voyous, des terroristes, des guérilleros, des soldats de fortune et un large assortiment de violents mercenaires ; 
(b) ensuite, de les armer avec des armes mortelles high-tech (mais pas trop « high » quand même), de les financer pour s’assurer qu’ils puissent faire ce qu’ils veulent à l’intérieur du pays cible ; 
(c) de les lâcher sur les villes d’Égypte, de Libye, de Syrie et d’ailleurs, tout comme ils l’ont fait (et le font encore) à l’intérieur de l’Irak.

Et si tout cela ne fonctionne pas, alors il suffit d’ordonner à plusieurs escadrons de chasse de l’OTAN de bombarder ce fichu lieu et de fournir des données satellites aux « combattants de la liberté » locaux afin qu’ils puissent exécuter des opérations style Hollywood – telles que l’assassinat en direct à la TV de Mouammar Kadhafi et de sa famille, accompagné des ricanements d’Hillary Clinton sur CBS TV.

Mais le cas de la Syrie est différent.

Le monde ne se laissera plus embobiner par l’Amérique. Des secteurs croissants de la communauté internationale commencent à comprendre que ces bandes d’assassins violents, de violeurs et de criminels – alias les combattants de la liberté syriens – ont été armés, entraînés, financés et ont reçu le plus total soutien des médias grâce aux États-Unis et leurs alliés.

Le département américain des sales tours est actuellement en plein délire, essayant de mettre sur le dos du gouvernement de Bachar Al-Assad les récentes attaques aux armes chimiques, mais cela ne remporte qu’un très faible taux de crédibilité. Le bon sens dicte que ce serait un suicide pour le président Bachar al-Assad de tuer ses propres citoyens – y compris les enfants – dans un quartier de Damas, quand ses vrais ennemis sont les terroristes et les délinquants soutenus par l’Occident, qui tente de conquérir son pays.

Pourquoi Assad donnerait-il à ses ennemis « le prétexte parfait » pour une attaque armée contre la Syrie ? Le bon sens nous dit que Assad est sûrement en train de dire la vérité lorsqu’il accuse ces mêmes terroristes de cette attaque « sous fausse bannière » comme moyen d’amener l’OTAN à leur côté, avec ses jets, ses bombes à fragmentation et napalm.

Chaque fois que nous entendons parler de ces attaques terroristes épouvantables nous devons comprendre deux questions fondamentales : (1) qui bénéficie de telles attaques, et (2) suivre la piste de l’argent…

Aujourd’hui, la crédibilité, la confiance et le prestige de l’Amérique sont tombés si bas que même le parlement britannique a finalement désavoué toute intervention armée par le Royaume-Uni, au moins jusqu’à ce que l’ONU ou quelque entité véritablement indépendante digne de confiance produise des preuves irréfutables de qui a perpétré ces odieuses atrocités à l’arme chimique en Syrie la semaine dernière.

Donc David Cameron ne peut pas pour l’instant suivre en mode « petit caniche » derrière Obama, comme son prédécesseur Tony Blair le fit docilement derrière George W. il y a une dizaine d’années sur l’Irak.

Mais regardons trois facteurs qui font défaut dans l’analyse en cours sur la crise syrienne :

1) Israël

Depuis les deux guerres du Golfe, l’Amérique a mené les guerres des Israéliens pour leur compte. Dans le cas de l’invasion et de la destruction de l’Irak en 2003, c’était tellement évident que les mêmes néoconservateurs qui en 1996-7 planifièrent la guerre contre l’Irak dans leur think tank « Projet pour un nouveau siècle américain » (PNAC) – Paul Wolfowitz, Richard Perle, Dick Cheney, Condoleezza Rice, Bush, Douglas Feith, David Wormser et d’autres – mettraient plus tard à exécution cette guerre en 2003 en tant que responsables de haut rang dans le régime de George W. Bush. La principale raison : Saddam Hussein était alors la plus grande menace pour « l’allié démocratique et préféré » Israël.

Plusieurs de ces néoconservateurs – Douglas Feith, David Wormser, Richard Perle et d’autres bushistes – avaient déjà été jusqu’à préparer un rapport sur la stratégie pour le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en 1996 intitulé « A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm » [Rupture franche : une nouvelle stratégie pour sécuriser le royaume] qui, encore une fois, ciblait à l’époque l’Irak comme ennemi-clé d’Israël.

Donc, la guerre en Irak fut dans une large mesure une guerre par procuration qui profita seulement à Israël, devenant un énorme casse-tête pour l’Amérique, qui perdit des milliers de ses fils.

Comme l’ancien Premier ministre de Malaisie, Mahathir Bin Mohammed, le fit remarquer avec sa célèbre phrase : « Les Juifs gouvernent le monde par procuration. Ils obtiennent des autres qu’ils se battent et meurent pour eux. »

2) Israël

Le rôle excessif et dominateur que le sionisme joue dans la politique américaine, dans la finance américaine, dans les universités américaines, dans les médias traditionnels américains, y compris Hollywood, « l’industrie du divertissement », et sur la politique étrangère américaine, a pratiquement été prouvé. La question vitale aujourd’hui se situe au cœur d’un débat d’une portée de plus en plus considérable parmi l’intelligentsia américaine, qui, bien sûr, est étouffé par les médias dominants.

L’une de ses étapes a été jouée par deux de ses prestigieux professeurs – Stephen Walt, ancien doyen de la John F. Kennedy School of Government à l’université d’Harvard et son collègue John Mearsheimer, professeur de sciences politiques à l’université de Chicago – qui publièrent en 2007 leur livre révolutionnaire : Le Lobby israélien et la politique étrangère américaine.

Ils y montrent d’une manière très convaincante et bien documentée l’étendue considérable et puissante de l’influence que le lobby « Israël First » exerce sur les médias américains, les banques, le Congrès, le département d’État et le Pentagone, où ils sont capables de faire pencher la balance systématiquement en faveur d’Israël, quel qu’en soit le coût. Peu importe que ce soit bon ou mauvais.

Et le coût pour l’Amérique a été extrêmement préjudiciable à l’intérêt national. C’est là que réside l’une des racines les plus importantes du mépris, de la méfiance et même de la haine que des portions croissantes de l’opinion publique mondiale ressentent envers les États-Unis et ses principaux alliés.

3) Israël

Le problème du président Barack Obama en ce moment est que l’establishment militaire américain est très conscient des enjeux de toute « attaque préventive » contre la Syrie et, plus important encore, contre l’Iran. Une intervention contre l’un ou les deux pays conduira sans aucun doute à une guerre massive au Moyen-Orient.

Regardez une carte : la Syrie et l’Iran se situent carrément à l’intérieur de la sphère d’intérêt géopolitique vitale de la Russie, ce qui est déjà une lourde intrusion occidentale. Lisez sur leurs lèvres : la Russie dit : « Pas un pas de plus ! »

L’Amérique ferait bien de réfléchir à deux fois ou même à trois fois avant de faire quoi que ce soit d’inconsidéré…

Mais voilà le problème : depuis qu’Israël a été forcé de quitter le Sud-Liban en juillet 2006 par les forces bien armées et entraînées (par l’Iran et la Russie) du Hezbollah commandées par Nasrallah, l’État juif panse ses blessures ; fureur noire et vengeance brûlent dans le cœur du sionisme.

Depuis que Bibi Netanyahu est revenu au pouvoir en 2011, Israël est passé en mode de guerre préventive, utilisant le programme nucléaire inexistant de l’Iran comme prétexte. Depuis ces quatre ou cinq dernières années, Israël menace l’Iran d’une attaque militaire presque tous les jours, avec Washington, Londres et Paris, nerveusement complaisants…

Cependant l’armée américaine est douloureusement consciente qu’il y a une part de vérité dans les paroles de l’ancien Premier ministre Mahathir. Ils ne veulent pas encore mener une autre guerre israélienne, cette fois en Iran. Donc, ils ont agi comme frein, ce qui se reflète en la prudence croissante d’Obama en ce qui concerne l’Iran, allant même jusqu’à dépêcher ses huiles en Israël pour calmer Netanyahu, essayant de s’assurer qu’Israël ne lance pas une attaque préventive unilatérale sur l’Iran qui entraînerait les États-Unis dans un conflit massif au Moyen-Orient, dont les résultats sont loin d’être clairs.

En fait, une défaite américano-britannique au Moyen-Orient pourrait très bien signifier le début de la fin de l’Amérique en tant que superpuissance mondiale. La Russie (et la Chine) regardent d’un œil perçant le Moyen-Orient… Ils ne clignent pas des yeux…

La stratégie militaire américaine en cours indique que si la Maison Blanche doit se mesurer à l’Iran, il faut d’abord sortir la Syrie. Au moins, cela semble la promesse bateau de l’Amérique pour garder les chiens de guerre de Netanyahu à distance.

Mais les semaines se sont transformées en mois, les mois en années et les sionistes en Israël, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France et ailleurs sont de plus terriblement impatients.

Ils veulent leur Jour J maintenant !

Si la route de Téhéran doit passer par Damas, alors Amérique : prends Damas maintenant !

Depuis trois ans, les États-Unis manigancent la guerre civile du « printemps arabe » en Syrie mais Bachar al-Assad est toujours là. La Russie est derrière lui.

Un vote unanime du Conseil de sécurité de l’ONU contre la Syrie n’est plus une option. Le Parlement de Grande-Bretagne vient de dire non à David Cameron, et le soutien du président français François Hollande aux États-Unis manque de poids : malheureusement pour le Français, cela fait de nombreuses décennies que la France n’est plus en mesure de décider de l’issue d’une guerre, où que ce soit… Maintenant, nombreux au Congrès américain sont ceux qui rouspètent…

Alors, Monsieur le « CEO », [Chief Executive Officer, PDG] des États-Unis d’Amérique Barack Obama : la décision vous appartient maintenant !

Vous pouvez soit entrer en conflit avec la Syrie aujourd’hui – aujourd’hui, même – sous les applaudissements unanimes des sionistes en Israël, du Congrès, des banques et marchés mondiaux, des grands médias du monde entier, soit vous vous retirez et votre prestige, « M. Le Président », est anéanti.

Vous serez mis au pied du mur. Et un président menteur n’est pas président du tout.

M. Poutine ne le sait que trop bien, et c’est pourquoi il maintient une puissante flotte russe errant dans les eaux de la Méditerranée au large des côtes de la Syrie…

Encore une fois, honte à toi, Amérique !

Un autre beau pétrin dans lequel le cheval de Troie israélien t’aura mise…

 

Adrian Salbuchi (Argentine)

 

Traduction : Dana Goldstein

Ingérence et groupes armés salafistes en Syrie: reportage turc des évènements à Jisr al-Choughour

Posted in actualité, guerres hégémoniques, ingérence et etats-unis, média et propagande with tags , , , on 5 juillet 2011 by Résistance 71

A Jisr al-Choughour, des journalistes turcs confirment la version des autorités syriennes

 

Par Pierre Marulaz

Le 4 Juillet 2011

 

Url de l’article original:

http://www.infosyrie.fr/decryptage/a-jisr-al-choughour-des-journalistes-turcs-confirment-la-version-des-autorites-syriennes/

 

 

Voici la traduction d’un article paru sur le site internet du journal turc Radikal en date du 16/06/2011 et relatif aux sanglants incidents de Jisr al-Choughour, qui ont particulièrement défrayé la chronique internationale, le plus souvent dans une interprétation défavorable au régime de Damas. Ce reportage a été fait au moment où les forces syriennes ont pu chasser les insurgés armés de Jisr. Les journalistes turcs y corroborent globalement la version des autorités syriennes, en s’appuyant sur leurs investigations dans Jisr et les villages avoisinants : à chaque fois, semble-t-il, les habitants ont accueilli les soldats syriens comme des libérateurs. Et l’ensemble des témoignages recueillis par ces journalistes – ressortissants d’un pays dont le gouvernement vient d’adopter une ligne plutôt hostile à Damas – conclut à l’implication de groupes armés et impitoyables, que seule la force a pu contraindre à faire cesser leurs exactions. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce compte-rendu ne va pas du tout dans le même sens que la version officielle – et quasi-obligatoire – diffusée par les médias occidentaux.

CISR ES SUGUR – La ville de Cisr Es Sugur (Jisr al-Choughour, Ndlr), à 40 km de la frontière turque, où il y a deux semaines 120 membres des forces de sécurité ont été tués, connait actuellement les jours les plus sanglants du « printemps arabe ». Après cet incident (le massacre des 120 policiers syriens, Ndlr) les soldats syriens qui assiégeaient la ville,  sont entrés, en début de semaine, dans Cisr avec des chars.

Les habitants de la ville ont quitté leurs maisons, craignant un massacre. Mais personne n’arrive à savoir exactement ce qui s’est passé dans ville. Les journalistes d’Agence Anatolie (Anadolu Agence) et de TRT (Télévision Radio Turque) ont néanmoins pu entrer dans la ville de Cisr Es Sugur.

Les impressions des journalistes sont cependant de nature de faire la lumière sur ce qui s’est vraiment passé :

Des chars nous ont accueilli…

Dès l’entrée de la ville devenue « ville fantôme » et où les traces du conflit sont visibles partout, un grand nombre de chars, des véhicules militaires et des troupes sont là. Nous nous rendons à notre première destination, un bâtiment qui est utilisé comme « QG de sécurité « , conscients du fait que les soldats nous imposeront des limites dans l’exercice de notre métier. Les officiers supérieurs qui mènent des opérations dans la région environnante nous ont dit qu’en raison des événements survenus dans le pays, ils ne voulaient pas que nous photographions les visages des soldats, ce qui pourrait mettre leur vie en péril. On nous a dit qu’en dehors de ceci, aucune restriction n’interviendra, nous pourrons aller où nous voulons et faire des reportages, et que nous pourrons travailler dans la ville autant que nous le souhaitons.

Dans la ville où pour des raisons de sécurité nous n’avons pas pu passer la nuit, nous nous sommes déplacés en compagnie de quelques véhicules d’escorte et d’un grand nombre de soldats, et lors de nos entrées dans certains villages du gouvernorat nous avons rencontré un vif intérêt des habitants. Les témoignages des habitants de la ville qui sent le sang et la brûlure (Jisr, Ndlr), avaient pour caractéristique de contredire la majeure partie des allégations sur ce qui s’est passé à Cisr Es Sugur.

Tous les édifices publics sont détruits

Le bureau du poste de la ville, l’hôpital, la banque et tous les bâtiments appartenant à l’appareil judiciaire ont été rendu inutilisables, soit durant la reprise de la ville soit durant les trois jours où les groupes armés en avaient pris le contrôle. Dans le bâtiment du renseignement militaire où l’un des incidents violents de Cisr est survenu, et où 72 soldats ont perdu la vie, une odeur âcre de brûlé et de sang séché, qui se fait sentir en de nombreux endroits, parle clairement de l’horreur vécue là.

Soldats décapités

Devant le bâtiment, dont une partie a été dynamitée, et qui porte les traces de milliers des balles, il y a des véhicules complètement brûlés. Dans le jardin il reste un grand nombre de cocktails Molotov et des douilles de balles provenant de différents types d’armes.

Grace à de nombreuses taches de sang séché nous pouvons voir où chaque soldat a été tué, mais c’est surtout l’endroit où quelques soldats blessés ont trouvé refuge avant d’être décapités, situé dans une petite salle du bâtiment , qui est terrifiant.

Il reste des affaires privées et du sang coagulé en une épaisse couche et provenant du cadavre, jeté dans une poubelle devant le bâtiment, de l’un des soldats. Des soldats qui, selon les témoignages, ont attendu du renfort pendant deux jours. Selon les témoignages des habitants, la tête décapitée du chef de l’unité de renseignement militaire a été piquée au bout d’un perche et exposée pendant trois jours sur la place de la ville.

Sur l’ensemble des édifices publics des traces de balles et des taches de sang séché sont encore visibles. Le palais de justice dont la salle des archives a été dynamitée pour faire disparaitre les dossiers judiciaires, et une banque mise à sac dont les distributeurs des billets et le coffre fort ont été ouverts à l’explosif, ont subi des dégâts lourds et sont inutilisables.

Cadavres dans l’Oronte

Sur le pont sur le fleuve l’Oronte qui traverse la ville, il reste une partie des barricades formées avec des pneus. Sur le pont et au bord du fleuve les traces sanglantes des corps mutilés par des groupes armés, sont encore visibles. Quand on avance sur le pont l’odeur du sang qui se lève du fleuve à certains endroits devient très âcre.

On nous a indiqué qu’une partie des cadavres, parmi lesquels il y avait aussi celui d’une fille de 9 ans, jetés depuis le pont ont été repêchés mais les autres entrainés par le courant du fleuve, qui coule vers la Turquie, n’ont pu être retrouvés.

Nous avons essayé de retrouver deux femmes qui auraient été violées ainsi que la famille d’une petite fille qui aurait été violée, elle aussi, par les groupes armés dans un village près de la ville. Cependant, un proche de la famille, qui ne voulait pas faire des déclarations publiques à la presse, nous a expliqué que les hommes armés sont entrés de force dans les maisons et là ont violé la jeune fille qui a 7 ans. Dans la ville et les villages environnants que nous avons visités pendant deux jours nous n’avons pas vu la moindre trace qui confirmerait les allégations selon lesquelles l’armée a ouvert le feu avec les chars (sur les habitants, Ndlr).

Les soldats ont été accueillis avec joie

Durant nos déplacements, selon des itinéraires choisis au hasard, l’intérêt intense manifesté par les habitants aux soldats qui nous ont accompagnés, parmi lesquels il y avait aussi des officiers supérieurs, nous a surpris. Jusqu’à présent, dans les villages où même les médias syriens ne sont pas allés, les témoignages des habitants souvent en pleurs, les supplications aux soldats de ceux qui ont des proches toujours portés disparus pour qu’ils les trouvent, les récits sur l’horreur vécue sont en complète contradiction avec l’opinion commune répandue sur les événements survenus dans la ville.

A un endroit où il y a quelques villages rapprochés les uns des autres, les habitants ont bloqué le convoi de véhicules dans lequel nous avions pris place. Le nombre des habitants qui se sont agrégés au convoi a dépassé les 2 000. Dans un village où les soldats venaient pour la première fois, les habitants ont entouré le véhicule des officiers supérieurs et leur ont fait une offrande (sacrifice d’un animal). Quelques heures plus tard un festin, auquel nous avons aussi participé, était préparé avec l’offrande.

Le danger persiste

Le jour de notre retour en ville (Jisr al-Choughour, Ndlr) nous sommes allés à la boulangerie pour la filmer : elle avait réouvert. Le jour même, un des employés de la boulangerie a été identifié comme appartenant au groupe qui a terrorisé la ville pendant trois jours. A cause des membres de ces groupes armés, qui dans la journée poursuivent une vie normale et qui la nuit lancent des attaques en cachant leur visages, le danger persiste en ville.

Dans Cisr et les villages environnants, où les gens ont commencé lentement à émerger de leurs maisons, la peur ressentie, à cause du choc des événements toujours prégnants et des membres des groupes armés demeurés cachés, frappe notre attention. Après l’entrée de l’armée dans la ville, celle-ci a encerclé une vaste zone où se sont enfuis les membres des groupes armés.

La nature des groupes armés

L’insurrection armée dans la région est, tant aux yeux des habitants que de ceux des responsables de la ville, une « rébellion salafiste »… Aucun conflit confessionnel entre les habitants n’est palpable. Il n’y a pas non plus de confrontation confessionnelle avec les villageois qui ont accueilli les soldats avec joie. Selon certains, il se peut qu’il y ait aussi des membres de groupes armés parmi ceux qui ont fui vers la frontière turque après les événements.

Média, propagande et désinformation: la Syrie est un gros enjeu géopolitique, l’empire met le paquet !

Posted in actualité, désinformation, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande with tags , , on 14 juin 2011 by Résistance 71

Une opposition vraiment virtuelle !

Par Roula Ziyadeh

 

Url de l’article original:

http://www.infosyrie.fr/2011/06/une-opposition-vraiment-virtuelle/

 

 

Les médias occidentaux sont très friands, depuis les révolutions tunisienne et égyptienne, des réseaux sociaux informatiques, vecteurs de la « démocratisation » (traduire : occidentalisation) du monde arabe. Facebook et Twitter étaient déjà branchés, et si en plus ils sont « démocrates » !

 

Depuis le début des troubles en Syrie, Facebook est de nouveau à l »honneur chez les journalistes de France, de Navarre et d’Amérique. C’est par dizaines de milliers que les internautes s’inscriraient sur les pages dédiées à la « révolution » syrienne, en une sorte de referendum virtuel anti-Bachar al-Assad. Mais internet étant tout à la fois une source merveilleuse d’information et un outil très efficace de désinformation, il nous a paru nécessaire de faire le point sur l’ »opposition Facebook », et de voir, à la lumière des dernières données disponibles, la réalité politique et sociologique qui se cache derrière ce « buzz » occidentalo-syrien. Voici donc quelques intéressantes figures de combattants virtuels de la liberté, de guérilléros en chambre, parfois syriens, souvent intégristes, et jamais installés en Syrie !

Quant aux manifestants virtuels, convoqués via Facebook pour de vrais rassemblements en Syrie, il faut savoir que moins de 5% d’entre eux vivent dans ce pays et seraient donc susceptibles de se joindre effectivement aux manifestations en question. Manifester pour la démocratie à Damas… depuis Los Angeles, Londres, Tel Aviv ou le VIe arrondissement de Paris est, il est vrai, plus confortable…

Le barbu de Stockholm

Avec 200 000 membres déclarés à ce jour, Syrian Revolution 2011 est la page la plus importante de la « révolution » en Syrie, et est la source principale de nouvelles et de vidéos Youtube sur les événements syriens. Sauf que le porte-parole officiel du site vit en Suède et y dirige, selon la presse syrienne , la branche de la Fraternité musulmane, autrement dit les Frères musulmans basés en Egypte, et peu réputés jusqu’à présent pour leur orientation libérale. Le nom de ce porte-parole est فداء الدين طريف السيد عيسى (Fida’ ad-Din Tarif as-Sayyid `Isa), né en 1985.

Dès avril, cependant, un incident l’oblige à tomber le masque : le contenu de la page principale disparait subitement, avec l’immense majorité de ses membres, qui ne sont plus du coup que quelques centaines. Peu de temps après ce « crash » informatique, une vidéo apparaît sur le site : on y voit un  homme – L’administrateur de la page Syrian Revolution 2011 – très en colère, dénonçant avec force ceux – les gens de Damas – qu’il accuse d’avoir piraté sa page Syrian Revolution sur Facebook, et de l’avoir réduite à presque rien. Mais un quart d’heure plus tard, un nouveau message est chargé sur la page. Qui explique qu’en fait que tout ceci vient d’une erreur technique de Facebook. Et peu après la page est restaurée avec les 138 000 membres qu’elle revendiquait à ce moment. Dans le même temps, l’administrateur-propriétaire a fait retirer la vidéo accusant les autorités syriennes d’avoir piraté le site. Vidéo qui indique clairement que ce propriétaire du fameux site Syrian Revolution 2011 est installé à Stockholm en Suède et qu’il est membre des Frères musulmans ; d’ailleurs, sur son profil Facebook, on trouvait des photos de réunions qu’il a tenues avec les dirigeants égyptiens de la fraternité, il y avait même le logo de la confrérie, mais quand Fida’ ad-Din est apparu à la BBC et qu’il a exposé son identité, il a pris soin d’enlever toutes les photos précédentes de son profil Facebook. Autre détail « éclairant », notre « blogueur de la liberté » s’était aussi exprimé dès le 5 février à la télévision privée anti-Damas Barada et avait appelé le peuple syrien à manifester dans les rues utilisant le terme « جماعتنا » (qui est normalement utilisé par  les Frères musulmans).

Au total, un joli coup pour les intégristes égyptiens qui ont attiré 200 000 naïfs en grande majorité occidentaux, mais pour ce qui concerne le peuple syrien, c’est bien une manip’ de grande échelle, et d’inspiration plus intégriste que démocratique.

Combattant sur canapé

Autre figure de proue de la vraie-fausse opposition virtuelle au régime de Damas, Rami Nakhle a lui aussi dès avril relayé sur Facebook la propagande anti-Bachar, regroupant les vidéos de manifestants et les « infos » relatives aux troubles de Syrie , contribuant puissamment à donner à l’opinion internationale l’image d’une révolte massive et générale contre le régime de Damas. Et tout cela depuis son appartement de Beyrouth où il vit en exil depuis le début de l’année.

Car ce cyber-activiste de 28 ans qui verse l’huile sur le feu dans son pays d’origine depuis son canapé (voir photo) a débuté sa carrière de dissident informatique dès 2006 à Damas, réclamant, selon ses dires, la libération de prisonniers politiques et la fin de la loi martiale (abrogée tout récemment par Bachar al-Assad). Nakhle a donné à la presse occidentale un récit quasi-hollywoodien de sa fuite hors de Syrie, en janvier de cette année, sur une moto, avec la police syrienne à ses trousses. Une chose est sûre : depuis, pour le plus grand bonheur de médias comme Al Jazeera ou le New York Times, il alimente à coups de vidéos de portable indéchiffrables et de conversations avec des opposants anonymes sur Skype le mythe d’un embrasement général du pays, alors que l’on peut estimer le nombre maximum de manifestants depuis le début du mouvement à 150 000 (sur une population de 22 millions). Détail « amusant », ce désinformateur – ou au minimum internaute partisan et proche des Américains et monarchies arabes pétrolières – a lui-même été victime d’un bobard sur sa page : un correspondant (forcément)  anonyme – que notre cyber-activiste a aussitôt identifié comme un membre de la police secrète de Damas – l’avertissait qu’un membre de sa famille restée en Syrie avait été arrêté par les services de sécurité de Damas. Après un coup de fil, Rami Nakhle a pu vérifier que l’info était non fondée. Gageons que ce n’est pas la seule fausse nouvelle véhiculée par l’écran de ce combattant sur canapé beyrouthin.

L’homme de Londres

Autre figure de la « cyber-dissidence » syrienne : Aussama Monajed, établi à Londres, s’est lui aussi voué à la diffusion de vidéos de protestations, dont la localisation et l’importance numérique sont difficilement vérifiables mais qui suffisent à créer le climat politique dont les médias occidentaux sont friands. Il régnait, en avril, sur une équipe d’une vingtaine de personnes qui l’aidaient à collationner vidéos et infos sur son site Syrian Revolution News Round-up. A l’en croire, il avait des contacts dans chaque province de Syrie, chacun de ces correspondants animant un réseau de dix personnes. De quoi permettre à Aussama Monajed de donner des interviews sur la chaîne américaine CNN dont la réputation d’objectivité et d’indépendance vis-à-vis de la Maison Blanche et du Pentagone n’est plus à faire depuis les guerres du Golfe.

Il est tout aussi intéressant de citer que M. Mounajed travaillait comme producteur pour la chaîne de télévision Barada. Cette même chaîne que l’on retrouve citée, certainement pas par pure coïncidence, dans l’article paru dans Le Monde le 18/04/2011:
« Des câbles diplomatiques américains diffusés par le site WikiLeaks montrent que le département d’Etat a secrètement financé des groupes d’opposition syriens, rapporte lundi le Washington Post. Selon ces notes, Washington a fourni jusqu’à six millions de dollars depuis 2006 à un groupe d’exilés syriens pour qu’il gère une chaîne de télévision privée basée à Londres, Barada TV, et finance des activités à l’intérieur de la Syrie. Barada TV a commencé à émettre en avril 2009 mais a renforcé ses activités depuis le début du mouvement de contestation contre le régime du président Bachar Al-Assad il y a un mois. » Initiative  débutée sous l’administration George W. Bush, et soutien financier qui continue a être versé sous la présidence de Barack Obama.

Le faussaire américain pro gay-lesbien

Par son profil et son type d’investissement politique, Tom MacMaster est certainement l’un des plus « originaux » parmi les cyber-opposants à Bachar al-Assad. Cet étudiant (de 40 ans) en master à l’université d’Edimbourg, relaie en effet le blog oppositionnel syrien – intitulé A gay girl in Damascus – plus particulièrement voué au combat des… lesbiennes syriennes et notamment celui d’Amina Abdallah, qui militait simultanément pour la démocratie politique et la liberté sexuelle – qu’en pensent les opposants salafistes à Bachar al-Assad, au fait ? Amina aurait été enlevée début juin à Damas par des inconnus affiliés, à en croire le blog, aux services secrets du parti Baas. Ces ravisseurs auraient opéré depuis une voiture décorée d’une photo de Bassel al-Assad, frère de l’actuel président syrien, décédé dans un accident de voiture en 1994… La presse occidentale, friande de victime aussi « sexuellement correcte » du régime de Damas, a bruyamment relayé cette nouvelle illustration de l’intolérance rétrograde du régime, intimant l’ordre aux autorités syriennes de relâcher immédiatement la malheureuse. (Alors que, contrairement à l’Arabie Saoudite, ou certaines monarchies pétrolières alliées des Américains, la Syrie laïque ne réprime pas l’homosexualité qui ressort de la vie privée.)

Las ! Dès le 12 juin MacMaster devait présenter ses excuses à ses lecteurs et contributeurs : en fait, Amina n’existait pas vraiment, et était même née de l’imagination féconde du blogueur américain, véritable rédacteur du blog A gay girl in Damascus. Qui avait voulu, expliquait-il, illustrer à travers une figure fictive, les réelles difficultés rencontrées par les les homosexuels et lesbiennes syriennes ! Pour une fois, la supercherie a été dénoncée dans l’ensemble de la presse française et internationale. Les gogos qui s’étaient inscrits sur la page spéciale Facebook Free Amina sont assez remontés contre le faussaire MacMasters. Lequel dans son petit mot d’excuses, a cette soudaine révélation, qui ne manque pas de sel venant de lui :  » Cette expérience a malheureusement confirmé mes soupçons sur la couverture superficielle que font les médias sur le Proche-Orient. » Si même les désinformateurs dénoncent la désinformation !

Le Syrien du Maryland

Ammar Abdulhamid entretient, lui, la flamme de la résistance au baassisme depuis l’Etat américain du Maryland. Comme le rappelle le spécialiste français du Proche-Orient Gilles Munier sur son blog, Abdulhamid, exilé aux Etats-Unis, dirige une fondation « pro-démocratie » nommée Tharwa (Fortune, tout un programme) travaillant donc à la « démocratisation (à l’américaine) au Grand Moyen-Orient et en Afrique du Nord« , fondation basée comme il se doit à Washington. Nous donnons sur le site le portrait détaillé qu’a fait Gilles Munier de cet activiste dont la principale caractéristique politique et intellectuelle est l’instabilité, qui l’a fait passer de l’extrémisme salafiste proche de Ben Laden au néoconservatisme des faucons de Washington (voir article « l’AFP et la désintégration de l’armée syrienne », objectif des opposants pro-américains in rubrique « ré-information« .

Une propagande sectaire et haineuse

On laissera le mot de la fin (provisoire) à un autre blogueur arabe d’Occident, mais dont le sérieux et l’indépendance, tant vis-à-vis de Damas (où il est né) que de Washington, sont attestés depuis des années : Camille Otrakji (voir la traduction de son entretien en rubrique « ré-information« ) estime que que cette cyber-information est le vecteur idéal et moderne de la bonne vieille désinformation. Pour Otrakji, la maîtrise de l’image par les militants anti-Assad déguise une révolte plus sectaire que nationale, qui fait l’impasse sur les craintes légitimes des minorités syriennes. Quant elle ne les passe pas par profits et pertes, comme cette vidéo diffusée sur le site Syrian Revolution 2011, évoqué plus haut, et qui nous montre un imam égyptien semer la « bonne parole » anti-Assad sur la toile. Un imam égyptien menaçant qui dit notamment : «Aux alaouites syriens… rejoignez-nous ou vos enfants paieront un prix lourd à partir de maintenant jusqu’à l’éternité« . Sans commentaires… Rappelons que les Alaouites sont une minorité musulmane chiite (10% de la population syrienne environ) d’où sont issus nombre de dirigeants actuels du pays, à commencer par le président Bachar al-Assad.

En un  mot comme en cent Camille Otrakji a quelques raisons de se dire inquiet d’une propagande, souvent haineuse, peinturlurée en voix de la liberté. Il parle carrément de « tromperie » à ce propos : « C’est comme afficher sur l’emballage d’un produit quelque chose qui n’a rien à voir avec ce qu’il y a dedans. Tout cela est manipulé« .