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Liban visions de la rébellion: « Gilets Jaunes » libanais ou révolution colorée impérialiste ? (VT, NEO, Al Manar)

Posted in actualité, colonialisme, guerre iran, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 28 octobre 2019 by Résistance 71

Nous publions ci-dessous deux textes sur la situation actuelle de protestations et de rébellion au Liban. Le premier d’André Vitchek que nous avons traduit de VT, initialement publié sur le site New Eastern Outlook (NEO, source russe) et le second de la chaîne Al Manar (Liban) rapportant les propos du chef du conseil exécutif du Hezbollah sur la situation.

Il est à noter que ces évènements interviennent dans le même temps que des mesures bancaires de l’empire pour tenter de freiner les échanges financiers du Hezbollah libanais. Y a t’il connexion entre les deux ? Sommes-nous au Liban en présence d’un mouvement similaire à celui des Gilets Jaunes de France ou en présence d’une énième “révolution colorée” ? Il semblerait que si ceci n’est pas téléguidé de l’extérieur, des forces sont déjà à l’œuvre pour récupérer la crise pour certains intérêts particuliers. A suivre donc…

~ Résistance 71 ~

 

 

Beyrouth brûle: la rébellion contre les élites a commencé

 

André Vitchek

 

25 octobre 2019

 

Source: 

https://www.veteranstoday.com/2019/10/25/neo-beirut-is-burning-rebellion-against-the-elites-has-begun/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les pneus brûlent, la fumée s’élève dans le ciel. On est en octobre, le 18ème jour du mois, la capitale du Liban, connue auparavant comme la “Paris de l’Orient”, est couverte de fumée.

Pendant des années j’ai averti que le pays, gouverné par des élites corrompues jusqu’à la moëlle, ne pourrait pas tenir indéfiniment. Pendant ces cinq années où j’appelais Beyrouth mon chez moi, les choses partaient sérieusement en sucette.

Rien ne s’améliorait: pratiquement plus de transports publics, des coupures d’électricité à outrance, de l’eau courante contaminée ou ne courant plus tant que ça. Périodiquement, les ordures ménagères s’entassaient dans les rues et dans les rues de banlieue. Une fois qu’un avion avait atterri et que les portes s’ouvraient, l’épouvantable puanteur des poubelles nous accueillait, nous les résidents de Beyrouth, de retour à la maison.

Pratiquement tout le monde savait que tout ça ne pouvait pas continuer indéfiniment. La ville souffrait de maladies rencontrées dans la quart monde tout en étant inondée de SUV Land Rover, de Maseratis et de Porsches, conduites par des personnes en costard Armani.

Beyrouth s’était presque effondrée au niveau de Djakarta avec, il faut l’admettre, toute une élite très intelligente et hautement éduquée, capable de converser simultanément en trois langues: le français, l’arabe et l’anglais. Ville ayant aussi des galeries d’art de tout premier ordre, des cinémas d’art & essai, des bars et des boîtes de nuit huppés, des marinas, ports de plaisance de tout premier ordre et les meilleures librairie de tout le Moyen-Orient.

Certains disent que Beyrouth a toujours été aux mains de l’esprit et de l’instinct, mais quelque chose est arrivé à son cœur. Maintenant, il n’y a plus rien qui marche vraiment ici. Mais si vous avez quelques millions de dollars, alors cela n’a pas vraiment d’importance, vous pouvez acheter ce que vous voulez ici.

Si vous êtes pauvre, destitué, abandonnez tout espoir. Et la vaste majorité des gens ici sont maintenant misérablement pauvres. Personne ne sait exactement combien de gens son destitués, car tout recensement est interdit afin de ne pas “déranger l’équilibre religieux” (ce fut, pendant des années, un consensus que de ne pas savoir combien de chrétiens et de musulmans résidaient dans le pays…)

Il est certain que la plupart des gens ne sont pas riches et maintenant, outragés par leurs dirigeants, politiciens corrompus et soi-disante “élite”, ils crient haut et fort: “Assez est assez !” “Halas, à bas le régime !”

***

Le gouvernement a décidé d’imposer un impôt/taxe sur les appels sur WhatApp. Pas grand chose sans doute en apparence, mais ce le fut et soudainement, cela devint toute une affaire. “La goutte d’eau…” sans doute. (NdT: comme la hausse du carburant, taxe carbone pour les Gilets Jaunes de France en novembre 2018…).

La ville explosa. Des barricades furent érigées. Des pneus mis à feu. Partout : dans les voisinages tout autant aisés que pauvres. “Révolution !” commencèrent à crier les gens. Le Liban possède une histoire d’insurrections de gauche, communiste même. Il a aussi sa part de fanatisme religieux et d’extrême droite. Qui va gagner ? Qui sera décisif dans cette rébellion nationale ?…

Le parti communiste a quelques trains de retard. Mais le Hezbollah, jusqu’à présent la force sociale la plus solide du pays, n’est pas encore convaincu que le gouvernement de Saad Hariri doit simplement démissionner. D’après l’agence Reuters:

“Le leader du Hezbollah libanais Sayyed Hassan Nasrallah a dit… que le groupe ne demandait pas la démission du gouvernement au sein des protestions nationales qui agitent le pays. Nasrallah a dit lors d’un discours télévisé, qu’il soutenait le gouvernement, mais appelait à un nouvel agenda, un “nouvel esprit”, ajoutant que les manifestations en cours montraient que le chemin à suivre n’était pas celui de toujours plus d’impôts.” et que tout impôt nouveau imposé aux pauvres le pousserait à appeler les supporteurs du Hezbollah à se rendre dans les rues, a ajouté Nasrallah.”

Jusqu’ici, les manifestations ont laissé un grand nombre de personnes blessées alors que deux immigrants syriens ont perdu la vie. des analystes locaux disent que ceci est la situation de soulèvement la plus sérieuse depuis celle de 2015 (incluant la campagne “Tu pues!”, en réaction à la grave crise de la collecte des ordures ménagères dans Beyrouth et au désastre social ne faisant qu’empirer), mais d’autres personnes, y compris l’auteur de ces lignes, pensent et sont convaincus que ceci constitue la plus grande catastrophe au Liban depuis les années 1980.

On entend la colère à chaque coin de rue de la capitale, dans les cafés et dans les magasins:

“La confiance est brisée!” Même ceux qui se situaient assez loin de toute action politique soutiennent maintenant les manifestants. Mlle Jehan, une employée de bureau de l’ONU à Beyrouth est une de ceux qui se sont retrouvés du côté de la rébellion:

“Ce qui se passe à Beyrouth et partout au Liban est bien. Il est grand temps que nous nous soulevions. Je vais y aller aussi. Ceci n’a absolument rien à voir avec les religions. C’est au sujet de nos vies brisées.”

***

En lisant les médias de masse occidentaux, on pourrait penser que le problème du Liban est lié à la dette étrangère (le Liban est, par habitant, le 3ème pays le plus endetté de la planète. La dette du pays se situe à 150% du PIB), de ses réserves minuscules de l’ordre de 10 milliards de dollars et de la façon dont le pays interagit avec les donneurs et les prêteurs. Le FMI et ses “conseils” sont constamment mentionnés.

Mais même les agences de presse comme Reuters doivent admettre que le problème est loin de n’être que problèmes structurels:

“Alors que les dollars se sont évaporés, les banques ont effectivement arrêté de prêter et ne peuvent plus remplir les opérations de change de base avec leurs clients, a dit un banquier.” “Le rôle des banques et de verser du fric dans la banque centrale pour financer le gouvernement et protéger la monnaie”, a t’il dit. “Rien n’est fait sur le déficit fiscal parce que faire quelque chose à ce niveau serait déranger les systèmes de corruption en place.”

Ici réside le mot clef: “corruption!” Les élites libanaises sont corrompues au-delà de l’imaginable. Seul des pays comme l’Indonésie peuvent entrer en compétition avec la corruption des clans troglodytes libanais lorsqu’il s’agit de pomper la richesse de toute la nation. Rien n’est propre ou pur au Liban, c’est aussi pour cela qu’il n’y a aucune statistique accessible.

L’argent provient de l’exploitation monstrueuse et sans vergogne des ressources naturelles de l’Afrique de l’ouest. Tout le monde le sait, mais personne n’en parle, publiquement du moins. J’ai travaillé en Afrique de l’Ouest et je sais pertinemment ce que les hommes d’affaires racistes libanais y font. Mais l’argent volé à ces Africains n’enrichit en rien le Liban et son peuple. (NdT: ce qui serait bien entendu tout aussi dégueulasse disons-le tout net…)

Il remplit les coffres des banques libanaises et est dépensé dans l’achat de yachts somptueux, de voitures de sport européennes surévaluées et dans des clubs privés bizarres dans et autour de la capitale. Tandis que bien des Libanais sont à la limite de la famine, des avions s’envolant pour Nice, Venise ou les îles grecques sont constamment remplis de ceux qui recherchent la dolce vita.

Le Liban fait des milliards de dollars du commerce de la drogue, particulièrement celles cultivées et raffinées dans la vallée de la Beqaa. Ces drogues sont exportées essentiellement à destination de l’Arabie Saoudite pour la consommation des riches ou injectées sur les champs de batailles du Yémen et de la Syrie, ces soi-disantes “drogues du combat”.

Une fois de plus, tout le monde le sait, mais rien n’est fait pour l’arrêter. Des centaines de familles, des paysans producteurs aux politiciens, deviennent honteusement riches de ce commerce. Ceci ne fait qu’ajouter quelques super yachts de plus dans les proverbiales marinas de Beyrouth..

Ensuite, il y a “l’aide étrangère”, “l’investissement européen dans l’infrastructure”, l’argent saoudien et qatari. La plupart de ce fric va directement dans les poches des hauts-fonctionnaires corrompus, du soi-disant “gouvernement” et de tous leurs potes, sous-traitants. Pratiquement rien n’est plus construit, mais l’argent lui est bien parti. Le Liban a des employés de chemin de fer qui reçoivent chaque mois leur salaire, mais il n’y a plus de chemin de fer…

Une gare a été convertie en bar à vodka. Le Liban mendie pour l’argent afin de pouvoir héberger des réfugiés de toute la région, mais pratiquement tout l’argent alloué va dans les poches profondes des corrompus. Bien peu va aux réfugiés ou aux Libanais pauvres qui doivent entrer en compétition pour des petits boulots sous-payés avec les désespérés syriens et palestiniens.

Les pauvres deviennent de plus en plus pauvres. Et pourtant, des employées de maison éthiopiennes, philippines et kenyanes trimbalent les courses des riches, essuient la bave de la figure des morveux nés dans les familles de l’élite libanaise et nettoient les toilettes. Certaines sont torturées par leurs maîtres, beaucoup se suicident. Le Liban est un endroit dur pour ceux qui n’ont pas l’allure phœnicienne ou européenne.

Et les bidonvilles du sud de Beyrouth s’agrandissent. Certains villes libanaises comme Tripoli au nord, ressemblent en totalité à de gigantesques bidonvilles.

Ali est un réceptionniste dans un hôtel du centre-ville de Beyrouth qui se plaint:

“Je travaille ici comme réceptionniste 14 heures par jour et ne gagne que 540 US$ par mois. J’ai besoin de minimum 700 US$ pour survivre. J’ai une sœur qui habite aux Etats-Unis et je veux la visiter pour une semaine, il m’est impossible d’obtenir un visa. Je n’ai que 24 ans. Je ne vois absolument aucun futur dans ce pays, je suis comme les milliers de personnes qui manifestent dans les rues de Beyrouth.”

D’après des estimations variées, le Liban pourrait bien totalement s’effondrer à partir de février 2020. Il est impossible d’en piller plus d’argent. La fin de partie approche.

Si le Liban s’effondre, les riches auront bien entendu leur parachute doré. Ils ont des familles à l’étranger: en Australie, au Brésil, en France, aux Etats-Unis. Certains ont deux passeports, d’autres ont des maisons dans les plus beaux endroits du monde.

Les pauvres resteront avec absolument rien: la carcasse desséchée d’un pays, pillé au préalable par ses “élites”. Il y aura partout de vieilles Ferrari, mais personne ne peut manger la carcasse d’une voiture. Il y aura des piscines luxurieuses abandonnées, juste à côté de plages détruites et polluées.

Les gens le savent et ils en ont assez. Mohamed, un travailleur de chez Starbucks à Beyrouth est déterminé:

“C’est terrible certes, mais il est grand temps. On ne peut plus le supporter. Nous devons changer le pays, drastiquement. Cette fois-ci les choses sont différentes. Ce n’est pas au sujet de nos convictions religieuses,  mais au sujet de nos vies quotidiennes.”

Le Liban, en comparaison avec d’autres pays honteusement capitalistes, est un pays bien éduqué. On ne peut pas/plus tromper les gens ici. La rébellion contre les “élites” ne fait que commencer. Les gens veulent reprendre leur pays. (NdT: et leur vie, pour vivre, tout simplement…)

= = =

Manifestations au Liban… Second son de cloche:

 

 

Liban: Conseil exécutif du Hezbollah: Riyad et Abou Dhabi financent les protestations

 

Al Manar

 

28 octobre 2019

 

Url de l’article: http://french.almanar.com.lb/1536152

 

Le chef du conseil exécutif du Hezbollah, Sayed Hachem Safieddine, a mis en garde contre « tout atermoiement de la part des responsables libanais dans la mise en œuvre du plan des réformes… Faute de quoi, nous aurons une position claire et décisive devant tous les Libanais ».

« Au début de la fronde sociale des gens, nous nous sommes retrouvés plus proches d’eux, et aujourd’hui nous ne sommes pas en désaccord avec leur mouvement de protestation. Nous valorisons et respectons leurs objectifs et ce qu’ils font », a expliqué M.Safieddine.

Et de rappeler : « Quand nous avons dit que nous possédons des informations confirmées sur la présence des entités recevant un financement (douteux), nous ne voulions pas nécessairement dire tous ceux qui font partie de ce mouvement de protestation. Nous croyons ceux qui avaient dit qu’ils paient de leur propre argent. Mais les principaux accusés, qui sont bien connus, ne les ont pas nié ».

Implication des ambassades d’Arabie et des Emirats

Il convient de noter que plus d’une semaine après le début des protestations pacifiques au Liban contre la corruption et la vie chère, de nouvelles révélations ont été faites sur des sources suspectes de financement des manifestations.

Dans ce contexte, le PDG de la télévision libanaise LBC, Pierre Daher, a reconnu lors d’une rencontre avec le Premier ministre Saad Hariri, avoir reçu une aide financière avec ses collègues Tahsin Khayyat (al-Jadid) et Michel al-Murr (MTV).

Par ailleurs, une investigation du site libanais Al-Ahed révèle l’implication des ambassades d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis à Beyrouth dans cette affaire. Ceux-là même qui veulent en profiter dans le sens de leurs propres intérêts politiques.

Al-Ahed révèle que les sources de financement sont nombreuses, dont les plus importantes sont les ambassades d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.

Par ailleurs, des représentants de l’ambassade émiratie sont présents dans une cellule du commandement des manifestations, créée par le parti des « Forces libanaises » de Samir Geagea, tandis que d’autres personnes sur le terrain s’occupent des coordinations entre l’ambassade des Émirats arabes unis et les organisateurs des manifestations.

Des sources bien informées ont confirmé au journal Al-Ahed que l’ambassade des Émirats arabes unis a pris en charge les coûts de la médiatisation des événements et de la logistique nécessaire sur le terrain: transport, appareils audio, parasols, drapeaux, tentes, cabines de toilettes mobiles, repas et eau.

Des paiements en espèces ont été également observés: 100 dollars par jour pour tous ceux qui viennent quotidiennement dans les rues et pour bloquer les voies et les routes, et 150 dollars par jour pour ceux qui passent la nuit sous les tentes ou à ciel ouvert.

De nombreuses personnes qui avaient l’intention de rejoindre les manifestations disent qu’ils ont changé d’avis lorsqu’il ont vu ce soutien douteux de la part des étrangers, comme l’arrivée de plats chauds à une heure régulière pour un nombre déterminé de manifestants comme si c’était fait « à la commande ». Ces repas sont servis dans des boîtes imprimés avec des slogans qui invitent à la « révolution ».

Les manifestants qui se retirent de ce « mouvement » ont parlé au journaliste d’Al-Ahed de leurs inquiétudes après avoir vu des gens riches et des capitalistes célèbres du pays qui veulent « surfer sur les vagues » des protestations spontanées. De leurs aveux, beaucoup d’argent est versé dans les rues et de très nombreuses personnes sont payées plus d’une fois.

Les Émiratis ne sont pas les seuls à assurer le financement suspects des protestations: l’ambassade saoudienne à Beyrouth exercent aussi des pressions et des menaces financières sur la presse et plusieurs médias audiovisuels, les contraignant de couvrir les événements de manière tendancieuse.

 

Résistance au colonialisme et à l’hégémonie yankee… Fin de partie pour l’empire au Liban !

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerre iran, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 27 novembre 2018 by Résistance 71

 

Lecture complémentaire:

Comprendre ce qu’il se passe au Moyen-Orient, les enjeux…

Hezbollah son histoire de linterieur naim qassem

 

Le Hezbollah au Liban: L’hégémonie des Etats-Unis est finie

 

Elijah J. Magnier

 

21 novembre 2018

 

url de l’article original:

https://ejmagnier.com/2018/11/21/le-hezbollah-au-liban-lhegemonie-des-usa-cest-fini/

 

La politique de l’administration américaine envers le Liban est de toute évidence mouvante et instable, avec à sa tête un président qui manque de connaissances générales sur le Moyen-Orient et par-dessus tout sur le rôle du Hezbollah dans la région. Le président Donald Trump serait apparemment prêt à réduire son soutien militaire à l’armée libanaise et à imposer de nouvelles sanctions au Liban, sans savoir que ce faisant, il renforce l’Axe de la résistance et jette le Pays du Cèdre dans les bras de la Russie et de l’Iran. Pendant que les USA infligeaient d’autres sanctions au Hezbollah, leurs partenaires européens ont tenu ces derniers mois des réunions secrètes avec des dirigeants de l’organisation pendant la visite de leurs délégations officielles à Beyrouth.

L’hégémonie des USA s’effrite peu à peu au Moyen-Orient. En Irak, le groupe armé « État islamique » (Daech) a pris son essor sous l’œil attentif et complaisant de l’administration américaine dans les mois qui ont suivi son occupation de Mossoul en juin 2014. Washington considérait Daech comme un atout stratégique, sans s’apercevoir que sa politique sans scrupule se retournerait contre ses propres intérêts au Moyen-Orient. Il s’est ainsi mis à dos l’Europe, mais surtout les peuples du Moyen-Orient, en particulier les minorités qui ont souffert énormément de la tyrannie de Daech.

La politique impitoyable des USA a mené à la création des Hachd al-Chaa’bi (les Forces de mobilisation populaire). Ces forces sont devenues depuis un membre essentiel de l’Axe de la résistance, qui rejette l’hégémonie américaine et dont l’idéologie axée sur l’indépendance comprend des objectifs similaires à ceux de l’Iran et du Hezbollah. Ces forces nationales sont généralement hostiles à Israël et à la présence des forces américaines en Mésopotamie.

De plus, les nouveaux dirigeants irakiens (le premier ministre Adel Abdel Mehdi, le président du parlement Mohamed al-Halbousi et le président Barham Salih) ont été choisis en parfaite harmonie avec la volonté de l’Iran. Si l’Irak doit choisir entre Téhéran et Washington, il ne prendra pas position en faveur de sanctions contre le peuple iranien, peu importe les conséquences. Puis si les USA forcent la main de l’Irak à cet égard, ils perdront la Mésopotamie au profit de l’Iran et de la Russie. Moscou a d’ailleurs déjà sa place au centre opérationnel de Bagdad qu’il partage avec des conseillers militaires irakiens, syriens et iraniens de haut rang, en étant prêt à combler le vide si les USA cessent ou limitent leur soutien militaire à l’Irak, tout en veillant à ce que Daech ne revienne pas occuper quelque ville que ce soit en Mésopotamie.

En Syrie, les USA, ainsi que leurs partenaires européens et arabes, visaient un changement de régime et sont devenus inextricablement liés à une politique de destruction délibérée du Levant, dont l’objectif est la chute du président Bachar al-Assad. Le Qatar à lui seul aurait investi plus de 130 milliards de dollars dans cet objectif raté. Aujourd’hui, l’estimation la plus faible des coûts de reconstruction de la Syrie oscille entre 250 et 350 milliards de dollars. La guerre imposée à la Syrie a entraîné la formation de nombreux groupes syriens entraînés par l’Iran et le Hezbollah, qui ont naturellement partagé leur expérience de la guerre avec leurs alliés. Si Assad le souhaite, ces groupes formeront une alliance solide avec l’Axe de la résistance qui prend de l’ampleur en Irak et qui existe depuis des décennies au Liban.

En Palestine, le Hamas s’est joint à la campagne visant un changement de régime en Syrie au début de la guerre en 2011. Ses dirigeants politiques ont alors déclaré leur animosité envers Assad et bon nombre de combattants du Hamas se sont ralliés à al-Qaeda tandis que d’autres ont opté pour Daech, notamment dans le camp palestinien de Yarmouk, au sud de Damas. Ces combattants palestiniens ont partagé avec les combattants syriens et étrangers leur expérience de la guérilla apprise de l’Iran et dans les camps d’entraînement du Hezbollah. Quelques-uns d’entre eux ont commis des attaques suicide contre les forces de sécurité irakiennes et des civils en Mésopotamie, et contre l’armée syrienne et ses alliés, dont le Hezbollah, au Levant.

Mais l’administration américaine a décidé de prendre ses distances de la cause palestinienne et de s’engager inconditionnellement en faveur de la politique d’apartheid israélienne à l’endroit de la Palestine. Bref, les USA soutiennent Israël aveuglément. Ils ont déclaré que Jérusalem est la capitale d’Israël, ont suspendu l’aide financière aux institutions de l’ONU qui soutiennent les réfugiés palestiniens (écoles, soins médicaux, logements) et ont rejeté le droit de retour des Palestiniens.

Tout cela a poussé divers groupes palestiniens, y compris l’Autorité palestinienne, à reconnaître que toute négociation avec Israël est inutile et que les USA ne peuvent plus être considérés comme un partenaire fiable. En outre, le changement de régime raté en Syrie et les conditions humiliantes rattachées au soutien financier arabe ont été, d’une certaine façon, les dernières gouttes qui ont fait déborder le vase et convaincu le Hamas de changer sa position, en renonçant à l’accord d’Oslo et en se joignant à l’Axe de la résistance.

Les 48 heures qu’ont duré la dernière bataille à Gaza les 12 et 13 novembre ont mis en lumière une unité sans précédent entre le Hamas, le Djihad islamique et de nombreux autres groupes palestiniens (13 groupes au total étaient réunis pour la toute première fois dans un même centre de commandement militaire), ainsi que leur proximité à l’Iran et au Hezbollah. C’est une autre illustration de l’échec de la politique des USA au Moyen-Orient.

Au Liban, le Hezbollah a acquis une expérience unique et impressionnante de la guerre au cours des cinq dernières années de lutte contre les groupes extrémistes que sont al-Qaeda et Daech, en combattant aux côtés de deux armées classiques sur de nombreux fronts : l’armée syrienne et l’armée de la superpuissance russe. Les USA semblent maintenant prêts à monter la pression sur le Liban afin de paralyser encore plus son économie. Ces sanctions vont probablement affecter davantage le Liban que le Hezbollah comme tel.

Les USA ont mis sur leur « liste des terroristes » des propriétaires de bureaux de change au Liban qui ont échangé des euros obtenus de l’Iran contre des dollars. Ils ont arrêté un homme d’affaires bien connu qui profite de la sympathie que lui témoigne le Hezbollah et qui vend ses propriétés à rabais aux militants du Hezbollah et à leurs familles.

Avec la collaboration de l’ancien premier ministre Haidar Abadi, les USA ont également obtenu de Bagdad de geler plus de 90 millions de dollars dus à un entrepreneur en construction libanais qui avait honoré des contrats dans diverses villes irakiennes, parce que les Américains l’accusent d’être proche du Hezbollah.

En outre, le département du Trésor des USA oblige la banque centrale libanaise à fournir une quantité impressionnante de renseignements et de données sur les civils, sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme, et a réussi à geler les comptes de nombreux chiites, y compris ceux qui n’ont absolument rien à voir avec le Hezbollah.

Enfin, l’administration américaine a ajouté à sa liste des terroristes le secrétaire général du Hezbollah, son adjoint et divers hauts dirigeants. Ces hommes ne pourront ainsi jamais visiter Disneyland ou se la couler douce à Las Vegas!

Les USA ne semblent pas s’apercevoir que l’Iran et la Russie ne demandent pas mieux que de voir les USA lever leur soutien conditionnel à l’armée et au gouvernement libanais. En coordination avec le gouvernement libanais, l’Iran peut construire de nombreuses usines au Liban, fort de son expérience dans divers domaines, dont l’industrie pharmaceutique, la production automobile, les services publics et l’industrie militaire. Pour sa part, la Russie s’active déjà à établir des relations avec les responsables libanais, en les invitant à Moscou, ce qui lui permettra d’accroître sa présence et de s’implanter au Liban.

Les USA ne peuvent rien faire aujourd’hui pour réduire la puissance militaire du Hezbollah. Sayyed Nasrallah serait apparemment prêt à lancer ses missiles de précision contre Israël pour montrer sa force et, surtout, pour faire ressortir toute la faiblesse d’Israël dans une guerre à venir. Il ne fait aucun doute qu’Israël possède un arsenal militaire impressionnant ayant une grande capacité de destruction. Sauf que depuis 1949, Israël n’a jamais eu à subir les tirs de missiles de précision, aux ogives contenant des centaines d’explosifs, capables de survoler l’ensemble du territoire israélien et d’atteindre n’importe quelle cible.

Si le Dôme de fer d’Israël arrive à intercepter 80 % des missiles du Hezbollah, les conséquences découlant des 2 000 missiles (sur 10 000, dont 8 000 seraient interceptés) qui atteindraient leurs cibles avec 400 à 500 kg de charge explosive chacun sont inconcevables pour Israël. C’est l’équivalent d’un million de kg d’explosifs, et ce, dans l’éventualité où le Hezbollah se limitait à 10 000 missiles (Israël soutient que le Hezbollah possède 150 000 roquettes et missiles).

Le Hezbollah représente une partie importante de la population libanaise. C’est une organisation non conventionnelle, qui a fini par faire partie intégrante « du cœur et de l’esprit » de la population, une ancienne stratégie que le Hezbollah a adoptée pour mieux s’intégrer à la population et à la société dans laquelle il vit.

Le Hezbollah a déployé sa force à l’échelle nationale à une occasion, soit le 7 mai 2008, lorsque le groupe a pris la capitale libanaise en ne tirant que quelques coups de feu et en beaucoup moins de temps qu’il n’a fallu à Israël pour occuper Beyrouth en 1982. Le Hezbollah n’a pas besoin de recourir à la force militaire pour contrôler le Liban. D’autant plus que les chiites libanais ne sont dorénavant plus les seuls à faire partie de l’Axe de la résistance. L’Axe n’hésitera pas à se retourner contre les USA s’il est poussé à prendre le contrôle du pays, ce qui pourrait survenir si les USA poursuivent leurs efforts en vue de subjuguer le Liban à leur hégémonie.

Guerre impérialiste au Moyen-Orient: Ingérence saoudienne de plus dans la vie politique libanaise

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, crise mondiale, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , , on 5 mars 2018 by Résistance 71

Les “7 commandements de Riyad” au premier ministre libanais Hariri pour une normalisation

 

Al Manar

 

4 mars 2018

 

Source: http://french.almanar.com.lb/800171 

 

L’Arabie saoudite aurait posé des conditions au Premier ministre libanais pour que les relations entre lui et le royaume redeviennent normales.

Mohamed Balout, analyste du journal libanais Ad-Diyar a écrit que l’Arabie saoudite avait posé sept conditions à Saad Hariri afin que les relations libano-saoudiennes redeviennent « normales ».

Il ajoute que le royaume saoudien concentre ses efforts sur deux axes différents : « l’amélioration des relations avec Beyrouth en général », et « l’amélioration des relations avec la personne de Premier ministre Saad Hariri en particulier ».

L’analyste arabe affirme que les dirigeants saoudiens ont déterminé des points essentiels pour une amélioration des relations avec Saad Hariri, disant que l’application entière de ces conditions devrait pousser le Premier ministre dans les bras de Riyad.

Les sept conditions du régime de Riyad sont les suivantes :

1- Refuser toute alliance ou coopération avec le Hezbollah lors des élections parlementaires libanaises : Riyad avait déjà posé cette condition avant d’inviter Hariri en Arabie saoudite

2- Restreindre le niveau de coopération ou de coalition électorale avec le Courant patriotique libre (CPL) à deux ou trois bureaux : d’après les informations qui sont disponibles, Hariri et le CPL, Parti du président Aoun, s’étaient mises d’accord sur des alliances à créer à travers le Liban

3- Améliorer les relations avec ses alliés libanais issus du 14 Mars (des atomes désormais libres sur quoi compte Riyad pour changer le cours des élections, NDLR): les informations existantes témoignent du fait que l’Arabie saoudite accorde beaucoup d’importance à l’amélioration des liens entres Saad Hariri et Samir Geagea, chef des Forces libanaises (FL). Cependant, elle ne veut pas que le Courant du 14 Mars soit dirigé par Samir Geagea et préfère qu’il soit présidé par Saad Hariri, figure plus consensuelle.

4- Appeler Saad Hariri à avoir des réactions et des prises de position radicales contre le Hezbollah : et ce, malgré le fait que le Premier ministre qui dirige la ligne politique du pays, ne pourrait adopter des positions extrémistes envers un parti politique. Samir Geagea et Sami Gemayel ont déjà pris parti contre le Hezbollah.

5- Resserrer l’étau autour des groupes de résistance (Hezbollah et ses alliées) et entraver leurs prises de décision au Liban : Les Saoudiens chercheraient en effet à empêcher l’influence de l’Iran au Liban.

6- Entretenir de bonnes relations avec le président Michel Aoun tout en coupant tout lien avec le Courant patriotique libre (CPL) : auparavant, les autorités saoudiennes avaient demandé à Saad Hariri de limiter ses liens avec les membres du CPL et de ne pas prendre de position hostiles à Riyad.

7- Coopérer avec les « partis compétents » aux élections parlementaires libanaises afin de contrer le Hezbollah et l’empêcher de s’accréditer de la majorité des sièges au Parlement, lors du scrutin législatif de mai prochain.

Les sept conditions de Riyad posées à Saad Hariri ont été révélées, après la visite qu’il a effectuée, mercredi dernier, en Arabie saoudite. Il s’agissait de la première visite dans le Royaume depuis la crise déclenchée en novembre après l’annonce de la démission surprise du Premier ministre libanais.

Guerre impérialiste et ingérence au Moyen-Orient: La nouvelle guerre du Liban aura sûrement lieu…

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“La solution pratique, légitime et objective [pour la libération de la terre] est donc représentée par des opérations de résistance qui forcent un effet clair et direct, la retraite de l’ennemi et la reconsidération des agendas politiques et des méthodes… Le bloc fondamental sur lequel toutes les tactiques reposent est représenté dans la perception qu’on a de ce qui constitue une solution plausible: la résistance ou la négociation ? Les deux modes ont clairement démontré leurs résultats.

Il n’y a pas de restitution de terres après des négociations et une occupation ne peut pas soutenir la pression d’une résistance.

La dépendance et la subordination aux régimes [politiques] piègent l’activité de la résistance dans une conjoncture d’obligations et de système de requis, compromettant ainsi la liberté et l’efficacité qui généralement caractérisent une telle activité [de résistance].”

~ Naïm Qassem (2005) ~

 

Vers une nouvelle guerre au Liban

 

Thierry Meyssan

 

14 Mars 2016

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article190702.html

 

Depuis mai 2008, le Liban ne respecte plus sa propre constitution et n’a plus de budget. Le pays, aujourd’hui à la dérive, est redevenu une proie facile pour Israël. L’échec de l’opération contre la Syrie conduit le parti colonial à se chercher une nouvelle cible. Si une seconde guerre civile peut encore être évitée, il sera difficile d’empêcher une nouvelle invasion.

Depuis l’accord de Doha et l’élection anticonstitutionnelle de Michel Sleiman comme président de la République, en 2008, le Liban n’a pas connu d’événement politique marquant jusqu’à août dernier. Au cours des sept derniers mois, le pays a été secoué lors de la « crise des ordures » par des manifestations susceptibles de déboucher sur une seconde « révolution du Cèdre », puis par une crise de confiance avec l’Arabie saoudite et ses alliés, enfin par une mise en cause internationale du Hezbollah. Trois événements qui, pris séparément, semblent s’expliquer par eux-mêmes et ne débouchent sur rien. Et pourtant…

En août 2015, débuta subitement la « crise des ordures » : l’État ne parvint pas à renouveler le contrat de ramassage des poubelles par la société Sukleen. En quelques jours, le pays dans son ensemble devint une vaste poubelle, les déchets s’amoncelant dans les rues. Des manifestations se formèrent accusant le gouvernement d’incurie. Bientôt des milliers de manifestants clamaient dans le centre de la capitale que les politiciens eux-mêmes étaient des ordures, pillant l’État au détriment des citoyens. Des médias évoquaient un début de révolution colorée comparable à la « révolution du Cèdre » organisée par les États-Unis après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri ; d’autres médias évoquaient une extension du « printemps arabe » [1]. En définitive la fureur populaire retomba car le système communautaire unique du Liban —imposé par la France— attache chaque citoyen à sa communauté religieuse et l’empêche de se positionner sur les questions nationales.

Toutefois, sept mois plus tard, la crise des ordures n’est toujours pas résolue. Certes, la capitale et les grandes villes sont nettoyées, mais dans de nombreuses régions, les poubelles s’accumulent répandant une odeur nauséeuse. La persistance et la généralisation de ce problème ont des conséquences en matière de santé publique. Les virus se propagent et presque tous les Libanais sont malades épisodiquement. Elles ont aussi des conséquences économiques. De facto, le tourisme, principale source de revenu officiel du pays, est en forte baisse.

La seconde crise a débuté avec l’annulation du don saoudien de 3 milliards de dollars à l’Armée libanaise [2]. En réalité, ce « don » était la rémunération versée à l’Armée libanaise pour avoir détruit le témoignage de Majed el-Majed qu’elle avait arrêté lors de son transport en ambulance, le 26 décembre 2015. Le célèbre terroriste était le représentant du prince Bandar Ben Sultan au Levant. Il était suspecté de connaître personnellement la totalité des politiciens qui soutiennent secrètement les jihadistes. Son témoignage aurait gravement mis en difficulté le royaume saoudien. L’homme eut la bonne idée de mourir après quelques jours de détention sans que son témoignage détaillé ne soit enregistré [3].

Pour justifier l’annulation de son « don », Riyad évoqua la réaction du Liban à l’exécution de cheikh Nimr Baqr al-Nimr. Le 2 janvier 2016, la pétro-dictature avait en effet décapité le chef de son opposition. Or, il se trouve que cette personnalité était un religieux chiite, ce qui souleva une vague d’indignation dans toutes les populations chiites du monde, y compris au Liban [4]. L’Arabie saoudite mobilisa ses alliés pour affirmer son droit absolu à tuer qui il souhaite parmi ses sujets, tandis que le Liban se tint prudemment sur la réserve. Riyad décida d’y voir une forme d’ingratitude au regard des milliards déversés durant des années pour soutenir le 14-Mars, c’est-à-dire la coalition des partis communautaires libanais collaborant avec Israël.

Surtout, Riyad décida de couler l’économie libanaise en interdisant à ses sujets de se rendre au Liban et en faisant étendre cette interdiction aux Bahreïnis et aux Émiratis. Privé de ses touristes du Golfe, les commerces et les banques sont immédiatement entrés en récession.

La troisième crise est celle concernant le Hezbollah. Ce réseau de résistance à l’occupation israélienne s’est progressivement transformé en parti politique et participe au gouvernement. Principalement soutenu par la Syrie dans la période 1982-2005, il se tourne progressivement vers l’Iran après le départ de l’Armée arabe syrienne du Liban. Dans la période 2006-2013, il reçoit un arsenal considérable des Gardiens de la Révolution iraniens. Cependant, depuis l’élection de cheikh Hassan Rohani en Iran, le Hezbollah se prépare à une rupture et développe ses propres sources de financement en s’appuyant sur la diaspora libanaise et/ou chiite à l’étranger, principalement en Afrique et en Amérique latine. Suite à la signature de l’accord 5+1 avec l’Iran, le 14 juillet 2015, le Hezbollah s’engage contre les jihadistes aux côtés de l’Armée arabe syrienne, tout en prenant progressivement ses distances avec Téhéran.

Le 16 décembre 2015, le Congrès des États-Unis a adopté à l’unanimité une loi interdisant aux banques de travailler avec le Hezbollah ou des organes liés à la Résistance libanaise et visant, en outre, à empêcher la diffusion de la chaîne de télévision Al-Manar [5]. Immédiatement le Trésor a pris des sanctions contre Ali Youssef Charara, PDG de la société Spectrum Investment Group, accusé de participer au système de financement de la Résistance [6]. La loi états-unienne a été suivie par des résolutions du Conseil de coopération du Golfe et de la Ligue arabe qualifiant le Hezbollah de « mouvement terroriste ».

Le dispositif est désormais complet : l’économie libanaise est ruinée et le principe de la Résistance à l’occupation israélienne est assimilé à du terrorisme. La chaîne de télévision Al-Manar ne devrait plus être accessible par NileSat et ArabSat, limitant considérablement son audience.

Deux options sont désormais possibles pour Washington et Tel-Aviv : soit une guerre classique, comme en 2006, soit —plus simple et plus discret— une guerre civile, comme le Liban l’a connue de 1975 à 1990. Le dernier président constitutionnel du Liban, Émile Lahoud, appelle à une réforme immédiate de la loi électorale, de manière à ce que le prochain parlement ne soit pas représentatif des communautés religieuses, mais de la population. C’est le seul moyen d’éviter la guerre civile.

[1] « Au Liban, une manifestation populaire pour « la chute du régime » », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 24 août 2015.

[2] « L’Arabie saoudite annule son don de 3 milliards au Liban », Réseau Voltaire, 20 février 2016.

[3] « Le silence et la trahison qui valaient 3 milliards de dollars », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 15 janvier 2014.

[4] « La mort du cheikh El-Nimr fait vaciller le régime des Saoud », par André Chamy, Réseau Voltaire, 3 janvier 2016.

[5] “Hezbollah International Financing Prevention Act of 2015 (H.R.2297)”, Voltaire Network, 16 December 2015.

[6] « Treasury Sanctions Hizballah Financier and His Company », U S Department of the Treasury, January 7, 2016.

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En parallèle à cet article de Meyssan, cette information émanant de l’IRIB / Sahar TV, chaîne d’information iranienne francophone, confortant l’analyse de T. Meyssan et laissant penser que le choix d’une nouvelle guere civile a été fait par les sionistes:

“Israël incapable de faire la guerre contre le Liban (Mohamed Raad, chef de la délégation politique du Hezbollah au perlement libanais)

Sahar TV

14 mars 2016

Le Chef de la fraction du Hezbollah, au Parlement libanais, a assuré que les Sionistes étaient incapables de faire la guerre contre le Liban.

«Le Liban est conscient de l’incapacité de l’ennemi sioniste face à la Résistance», a déclaré le Chef de la fraction du Hezbollah, au Parlement libanais, Mohammed Raad, avant de souligner : «Israël n’est pas capable d’entamer une nouvelle guerre contre le Hezbollah».

Il a, ensuite, regretté la trahison de certains dirigeants arabes, vis-à-vis de Qods, de la Palestine, du Liban, de la Syrie, de la Jordanie, et même de la Mecque et de Médine, en affirmant : «Ces dirigeants agissent en faveur des intérêts des Sionistes».

Source: http://francophone.sahartv.ir/infos/moyen_orient-i30151-israël_incapable_de_faire_la_guerre_contre_le_liban_(mohammad_raad)

L’ingérence impérialiste occidentale en Syrie déborde au Liban…

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La stratégie pour soustraire le Liban-nord à l’autorité de l’état est en marche

 

Pierre Khalaf

 

Le 21 Mai 2012,

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/La-strategie-pour-soustraire-le

 

La stratégie pour soustraire le Liban-Nord à l’autorité de l’État est en marche

 

Les mouvements islamistes extrémistes et leurs sponsors régionaux et internationaux ne perdent pas espoir de mettre en œuvre leur plan qui consiste à sortir le Liban-Nord du giron de l’État, pour le transformer en base-arrière, où les insurgés syriens auraient une totale liberté d’action.

Après avoir mis à feu et à sang Tripoli, la deuxième ville du Liban, prenant comme prétexte l’arrestation d’un militant salafiste, Chadi Mawlaoui, accusé de « liens avec une organisation terroristes financée par un ressortissant qatari », il ont entrepris de provoquer des incidents dans la région du Akkar, limitrophe de la Syrie. C’est ainsi que l’un des députés de la région, Khaled Daher, connu pour ses relations avec les groupes extrémistes, a décidé subitement d’organiser un meeting dans la localité de Halba, à la même heure et au même endroit que le Parti syrien national social (PSNS), qui commémorait le quatrième anniversaire du massacre de 11 de ses militants par des partisans de ce même Daher. L’Armée libanaise a donc renforcé ses mesures de sécurité pour empêcher les frictions entre les deux parties.

Mais l’incident qui a mis le feu aux poudres a eu lieu ailleurs, plus précisément dans la localité de Kweikhat, lorsque le convoi d’un cheikh sunnite proche de Khaled Daher a échangé des coups de feu avec des militaires libanais postés à un barrage après qu’il eut refusé de s’arrêter au check-point. Le dignitaire religieux sunnite, Ahmed Abdel Wahed et l’un de ses garde du corps ont été tués et un soldat blessé. L’armée a retrouvé une demi-douzaine de fusils-mitrailleurs, un révolver et plusieurs centaines de cartouches dans les deux véhicules tout-terrain du convoi. Un arsenal injustifiée pour une délégation censée se rendre à un meeting politique.

Juste après l’incident, deux députés du Akkar, Khaled Daher et Mouïn Merhebi, membres du bloc parlementaire de l’ancien Premier ministre Saad Hariri, ont dévoilé leur plan : ils ont appelé les habitants à « expulser » l’Armée libanaise du Liban-Nord pour la remplacer par les Forces de sécurité intérieure, des milices dirigées par des proches de Hariri.

Des groupes de jeunes ont ensuite coupé des axes routiers principaux au Liban-Nord, provoquant la paralysie de toute la région.

Pour désamorcer la crise, l’armée a annoncé la création d’une commission d’enquête afin de déterminer les circonstances de l’incident. Le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Sakr Sakr, s’est rapidement rendu au poste de contrôle de Kweikhat où a été tué le dignitaire religieux.

Le chef du gouvernement, Najib Mikati, a pour sa part chargé le ministre de la Justice de suivre de près les investigations.

Le président de la République Michel Sleiman a regretté la mort de cheikh Abdel Wahed. Le chef de l’Etat a estimé que cet incident est « une perte pour l’armée et les habitants du Akkar en même temps, car ces derniers constituent une partie très importante de l’institution militaire ».

M. Sleiman s’est dit satisfait de la formation d’une commission d’enquête afin de déterminer les circonstances de cet incident « le plus tôt possible ».

Malgré ces gestes d’appaisement, l’escalade s’est poursuivie. Des rafales sporadiques et des explosions ont été entendues dimanche soir dans le quartier de Tarik Jdidé à Beyrouth. Des dizaines de miliciens partisans de Saad Hariri ont attaqué la permanence du Courant arabe, une petite formation sunnite alliée à la Résistance, dirigée par Chaker Berjaoui. Les affrontements qui se sont poursuivis une bonne partie de la nuit ont fait une douzaine de blessés au moins.

Dans le même temps, des jeunes en colère ont bloqué de nombreuses routes à l’aide de pneus enflammés en plein cœur de la capitale. La seule autoroute qui relie Beyrouth au Liban-Sud a également été fermée.

Les forces de l’ordre sont intervenue pour rouvrir les axes routiers, en évitant l’affrontement avec les protestataires pour ne pas envenimer la situation.

Cette escalade politique et sécuritaire au Liban s’est accompagnée d’une escalade régionale, avec la décision du Qatar, des Emirats arabes unis et de Bahrein d’interdire à leur ressortissant de se rendre au Liban.

Le lien entre les dimension interne et régionale est évident. Il est clair que le Liban est victime d’un complot ourdi par les pays du Golfe, pour créer une zone sécurisée soustraite à l’autorité de l’État, afin de servir de base aux insurgés syriens.

Après les dissensions qui frappent le Conseil national syrien et l’échec de toutes les tentatives visant à créer des « Benghazi » à l’intérieur de la Syrie, il ne leur reste plus que la carte du Liban-Nord. Voilà pourquoi ils ont provoqué les incidents de Tripoli puis ceux du Akkar.

Déclarations et prises de positions

 Bachar el-Assad, président de la République syrienne

« Les résultats des élections montrent que le peuple syrien soutient toujours la voie des réformes que nous avons annoncées il y a un an, et que la majorité soutient le pouvoir en place. Les élections reflètent la volonté du peuple, c’est un message fort pour tous. Appeler à boycotter les élections, c’est la même chose que d’appeler à boycotter le peuple, ce qui fait que je ne pense pas qu’ils les opposants aient un quelconque poids à l’intérieur de la Syrie. L’Armée syrienne libre n’est pas une armée, et elle n’est pas libre : elle reçoit des armes et de l’argent de l’étranger, de différents pays, c’est une bande de criminels. Des mercenaires étrangers ont été capturés. Les pays occidentaux ne font que parler de violence de la part du gouvernement, jamais un mot sur les terroristes. M. Annan va venir en Syrie et je vais lui demander des explications. J’espère que le nouveau président français va penser aux intérêts de la France, je suis sûr qu’ils ne consistent pas à continuer de semer le chaos au Proche-Orient et dans l’ensemble du monde arabe. La France est responsable de la mort de centaines de milliers de Libyens. Le chaos en cours, le terrorisme, tout cela va avoir des répercussions sur l’Europe dont les Syriens sont les voisins. »

Ehud Barak, ministre israélien de la Défense

« Je suis tout à fait frustré par la lenteur de l’effondrement du régime syrien. Je crois qu’Assad est fichu de toute façon. Il faut hausser le ton beaucoup plus fort. Il est important que toutes les mesures possibles soit prises par la communauté internationale, par l’Otan, par les États-Unis, par les Russes. La Turquie pourrait jouer un rôle spécial pour accélérer l’ensemble. Je pense qu’une méthode pourrait être trouvée pour changer le régime en Syrie, de préférence celle de l’exemple yéménite, c’est-à-dire en laissant Assad et son groupe quitter le pays et sans démanteler le parti, les renseignements, les forces armées. »

Najib Mikati, Premier ministre du Liban

« Nous avons traversé de multiples épreuves, avec succès, et il est temps que nous discutions tous, les uns avec les autres, clairement et franchement et sans aucune complaisance. Il faut débattre de l’avenir des nouvelles générations. Discuter franchement de l’avenir de notre pays et le préserver. »

Michel Aoun, principal leader chrétien libanais (allié du Hezbollah)

« Le président Michel Sleiman s’entête. Il ne veut pas de dialogue. Il n’a personne au Parlement, mais il veut quand même s’imposer. Je savais dès le départ que j’allais être déçu par Najib Mikati. J’aurai préféré Omar Karamé comme Premier ministre, mais comme la majorité a opté pour Mikati, nous avons dû le nommer. Le Premier ministre bloque tous les projets qui lui sont soumis par le CPL. Pourquoi Walid Joumblatt se mêle-t-il de l’affaire Mawlaoui ? M. Joumblatt s’est engagé dans un processus qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre. Il ne peut pas faire chuter le gouvernement parce qu’il lui est demandé de prendre cette initiative en septembre prochain. Je suis favorable à toute médiation pour un rapprochement avec Joumblatt, mais je ne pense pas qu’un dialogue avec lui sera fructueux. »

Général Jean Kahwaji, commandant en chef de l’Armée libanaise

« Il n’est pas permis de porter atteinte au prestige de l’armée, sinon il ne restera rien de l’institution militaire. Il faut au contraire la renforcer davantage. L’armée est déterminée à accomplir sa mission à Tripoli, pour assurer un retour à la normale, et éviter un débordement vers d’autres régions. Des ordres claires sont données aux militaires pour y restaurer la sécurité et la stabilité, tout en épargnant les pertes dans les rangs des civils. L’armée est au service de tous. Elle ne prend parti ni pour Jabal Mohsen, ni pour Bab el-Tebbané. Une responsabilité fondamentale incombe aux hommes politiques, surtout à ceux qui peuvent être écoutés par les éléments armés, tout en sachant que plus de la moitié de ces hommes armés à Tripoli sont des partisans des responsables politiques. Il leur incombe en effet de retirer ces éléments armés, d’apaiser le ton du discours politique et de contribuer à la sécurité, à la stabilité et à la décrispation dans la ville. »

Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah

« Ce qui se passe au Liban-Nord risque d’être lourd de conséquences pour l’ensemble du pays. Il faire preuve d’une grande vigilance. La politique de dissociation de la crise syrienne et des problèmes alentour adoptée par le Liban est dans l’intérêt de tous les Libanais. L’implication du Liban dans ces crises risque de déstabiliser le pays. »