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Résistance au colonialisme: Quand une petite trahison sémantique a de grandes conséquences coloniales (Steven Newcomb)

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Les nations amérindiennes luttent contre le terrorisme depuis 1492…

~ Résistance 71 ~

 

L’héritage: Les pensionnats américains de la domination et le vote des autochtones

Steven Newcomb

25 Avril 2016

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/04/25/legacy-us-boarding-schools-domination-native-vote

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans son “Doubts About Voting? Just Think Montana, »
le journaliste Mark Trahant, Shoshone-Bannock, dit: “Les électeurs amérindiens sont enregistrés pour voter dans l’état du Montana à un ratio plus important que tout autre groupe ethnique.” Ainsi, il échoue totalement à nous classifier comme appartenant à des nations autochtones distinctes des Etats-Unis d’Amérique ; il nous définit en revanche comme un “groupe ethnique” parmi la multitude de groupes de la sorte existant aux Etats-Unis.

L’article de Trahant nous rappelle une phrase du président Obama invoquée lors d’une réunion des leaders des nations natives indiennes à la Maison Blanche: “E Pluribus Unum”, qui en latin veut dire “Unité dans la multitude”. Parce que les Etats-Unis furent fondés comme l’empire américain (Richard Van Alstyne, The Rising American Empire, 1962), la phrase est en fait plus précisément: “E Pluribus Unum Imperium”, c’est à dire “de la multitude à l’unicité d’un empire”. Un “imperium” légal note René Maunier dans son livre “La sociologie coloniale”, volume 1, 1942, est “une domination ou une subjection au sens propre”. Maunier observe plus loin: “Lorsque nous parlons du pouvoir qu’un État exerce, nous pourrions impliquer une réelle domination” (Ibid).

L’Imperium, ou empire américain, comme l’ont conçu George Washington, James Madison, John Marshall et bien d’autres, a travaillé sans relâche pour diminuer et éventuellement mettre un terme à l’existence de nos nations et peuples originels sur ce continent. Lorsque des écrivains/journalistes autochtones décident d’écrire au sujet de notre appartenance à quelque “groupe ethnique” des Etats-Unis (de l’empire américain), ils jouent directement la main de l’agenda anti-nation native qui remonte à la fondation même des Etats-Unis. Cela a été un objectif de longue durée pour cette entité de mettre un terme à toute velléité de conscience nationale de nos nations autochtones et de la remplacer par la conscience nationale des Etats-Unis.

Les preuves de la guerre états-unienne contre nos nations originelles afin de nous garder sous le joug et de nous détruire, abondent. Une telle preuve est par exemple trouvée dans le rapport annuel d’Ely Parker, haut-commissaire aux affaires indiennes, qui fut publié le 23 décembre 1869. Une partie de ce rapport s’adresse à l’élaboration de traités entre les Etats-Unis et les nations indiennes, une chose que Parker tend à ridiculiser.

Parker était un Seneca (NdT: membre de la Confédération des 6 Nations Iroquoises, Haudenosaunee) qui est devenu plus dévoué apparemment aux Etats-Unis qu’aux nations autochtones. Il devint un général de l’armée nordiste lors de la guerre de sécession et un avocat dans le système légal de l’homme blanc. Il a servi de haut-commissaire en chef aux Affaires Indiennes de 1869 à 1871. Parker écrivit ce qui suit comme négation de toute idée de nationalité/nation indienne:

“Les tribus indiennes des Etats-Unis ne sont pas des nations souveraines capables de faire des traités car aucune d’elles n’a un gouvernement organisé ayant un pouvoir et une force inhérente tels, que cela sécuriserait une fidèle observation des composants de ce caractère. Elles sont tenues pour être pupilles du gouvernement des Etats-Unis et le seul titre que la loi leur concède envers la terre qu’ils occupent est à peine celui de la possession.”

Parker épousait bien évidemment la vision que les nations indiennes ne sont pas des nations souveraines parce qu’elles ne possèdent ni la force politique, ni la force militaire pour forcer les Etats-Unis à se plier aux accords de traité que les Etats-Unis avaient juré de suivre. Le commissaire Parker dit plus loin:

“Mais, parce que ces traités ont été faits avec elles, généralement en vue de l’extinction de leur supposé titre absolu de propriété de la terre qu’ils habitent, ou sur laquelle ils èrent, elles ont reçu la fausse impression de la notion d’indépendance nationale.”

Aujourd’hui, l’idée d’indépendance nationale pour les nations indiennes, c’est à dire “un désir d’exister indépendamment de la domination politique des Etats-Unis”, semble être la chose la plus éloignée dans l’esprit de bien des autochtones.

En 1882, une décennie après la déclaration de Parker sur les traités avec les Indiens, un autre haut-commissaire aux Affaires Indiennes, Hiram Price, se fit l’avocat “d’utiliser des sociétés religieuses à des fins régulières et missionnaires parmi les Indiens”. Il proposa d’utiliser ces sociétés religieuses:

Pour le plus haut et noble but d’aider ces gens sans tuteurs et non-civilisés vers une plus haute et meilleure place dans l’existence. Il n’y a pas d’autre façon ni d’autre moyen, à mon avis, pour que notre population indienne soit rapidement et de manière permanente récupérée et sauvée de la barbarie, de l’idolâtrie et de la vie sauvage, que par les opérations éducatives et missionnaires du peuple chrétien de notre pays (Prucha, p.157).

En 1889, un an avant le massacre du chef Big Foot et de son peuple Hunkpapa à Wounded Knee, Thomas J. Morgan, commissaire aux Affaires Indiennes, introduisit une nouvelle politique indienne. Morgan lança ce que je nommerais une forme de guerre psychologique faite pour assimiler les enfants indiens dans la mentalité de la société (coloniale) dominante. Il appela cela “l’inculcation du patriotisme dans les écoles pour Indiens”. Le mot “inculquer” remonte au sombre mot “calcare” ou “marcher sur, piétiner”. Cela veut généralement dire “enseigner ou imprégner par de fréquentes répétitions”. Par un tel processus, a dit Morgan “les Indiens sont destinés à être absorbés dans la vie nationale, non pas comme Indiens, mais comme Américains.” Morgan annonça que:

Sur le campus de toutes les écoles les plus importantes devra être érigé un poteau pour les couleurs sur lequel flottera, lorsque la météo est bonne, le drapeau américain. Dans toutes les écoles quelques soient leur taille et leur caractère, soutenues totalement ou partiellement par le gouvernement, la “bannière étoilée” devrait être un objet familier et les élèves seront enseignés de respecter le drapeau comme symbole de la puissance et de la protection de leur nation.

La grande poussée pour “le vote autochtone” dans les élections américaines m’a frappé quant au succès sur le long terme, du plan américain de laver le cerveau des enfants indiens avec ce moyen du patriotisme envers les Etats-Unis et afin de retirer de nos nations autochtones originelles toute conscience nationale en relation de ce que nous sommes. Aujourd’hui, le vote autochtone en “pays indien” est une conséquence directe de la guerre psychologique qui a été engagée contre nos ancêtres lorsqu’ils étaient enfants dans les pensionnats américains de la domination coloniale. L’indépendance originelle et l’existence politique de nos nations indigènes sont ignorées de manière routinière en faveur du vocable péjoratif de “tribus” et de “tribal” ; nos propres frères nous caractérisent d’une manière subordonnée en nous qualifiant de n’être qu’un “groupe ethnique” des Etats-Unis, ceci en parfaite adéquation et continuité de la politique de Parker ; de fait le drapeau américain est souvent traité comme s’il était le drapeau de toutes nos nations natives de cette terre.

Les Amérindiens votant dans les élections américaines en tant “qu’Américains” avait été prédit par le commissaire Morgan lorsqu’il écrivit: “Les Indiens sont destinés à être absorbés dans la vie nationale, non pas en tant qu’Indiens mais en tant qu’Américains.” Le “vote autochtone” crée la fausse impression que nous avons donné notre consentement libre à l’adhésion au système américain de domination qui nous a été et nous est toujours imposé, à nous, nos peuples et nos nations.

Lutte anti-coloniale: Décoloniser la loi fédérale indienne (Steven Newcomb)

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Que devons-nous faire ? Décoloniser la loi fédérale indienne

 

Steven Newcomb

 

8 Mars 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/03/08/what-shall-we-do-decolonize-us-federal-indian-law

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le documentaire “The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code,” réalisé par Sheldon Wolfchild (Dakota), nous raconte une puissante histoire. Sheldon et moi-même avons créé ce documentaire sur la base de mon livre Païens en terre promise: décoder le doctrine de la découverte”, Fulcrum, 2008 et sur d’autres recherches que j’ai commencées à lire avec les livres de Vine Deloria Jr durant mes années adolescentes au début des années 1970.

Après que les audiences aient visionné le documentaire, elles ont tendance à demander “que pouvons-nous faire ?” A chaque fois qu’on me demande cela ou une autre question similaire, je pense toujours à combien il sera difficile de changer les attitudes, les valeurs et les croyances de la société dominante états-unienne en relation avec nos nations autochtones. Cela est bien plus vite dit que fait. Ce n’est pas comme si le respect pour nos nations puisse être légiférer en existence par exemple.

Toutes les audiences qui regardent “La doctrine de la découverte” sont introduites à un schéma de reconnaissance auquel j’ai travaillé depuis le début de mes recherches. En résultat, le film permet aux gens de voir, de constater les schémas mentaux et comportementaux de la domination chrétienne que l’on peut tracer jusqu’aux documents pontificaux du Vatican datant du XVème siècle et que ceux-ci sont toujours utilisés contre nos peuples et nations originels. Apprendre à reconnaître de tels schémas est très important parce que, comme le dit le dicton, savoir c’est pouvoir. Les personnes qui veulent que les Etats-Unis arrêtent d’utiliser la doctrine de domination ancrée dans la chrétienté contre nos nations ont besoin de savoir pourquoi il est important pour tout le monde sur notre Terre-Mère de défier le “droit” assumé de dominer les autres.

The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code,” montre pourquoi lorsque les hauts-fonctionnaires du gouvernement américain clâment que nos ancêtres “avaient besoin de la civilisation humaine et chrétienne”, ils appelaient en fait pour la domination de nos nations et nos peuples. Les spectateurs du documentaire sont informés que le terme “civilisation” dans ce contexte implique “le passage en force d’un schéma culturel particulier sur une population étrangère” Le mot “passage en force” démontre ici que ce processus implique une certaine forme de coercition et de domination. Comme contre-mesure, je m’assure que le docmentaire parle de nos nations comme celles “originelles et toujours libres de droit de ce continent” de l’Île de la Grande Tortue (Amérique du Nord). En d’autres termes et ce malgré les dires des Etats-Unis et d’autres pays (NdT comme le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et tous les pays d’Amérique Latine…), nos nations continuent d’être libres de droit de toute doctrine de domination imposée par la doctrine chrétienne de la découverte.

Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles nos audiences sont particulièrement choquées au visionnage de ce documentaire La Doctrine de la Découverte. Le film leur enseigne à “voir” les assomptions déshumanisantes qui furent et sont toujours acceptées, comme la vision du pape et autres monarques chrétiens d’avoir “un droit divin” de donner aux monarques chrétiens un “droit” à la domination sur nos nations originelles et sur nos territoires. Le film montre à quel point de telles attitudes ont souvent résulté en des massacres indiscriminés de nos ancêtres, hommes, femmes, enfants, vieillards et même les nourrissons et eurent pour effet direct l’enrichissement éhonté des sociétés chrétiennes qui écrasaient, volaient et pillaient nos territoires nationaux.

Le droit assumé se fondant sur la Génèse de la Bible 1:28, qui dit de subjuguer et de dominer, tout en essayant dans l’ensemble d’éliminer nos peuples et nations par le moyen d’actes génocidaires, fut basé sur certaines comparaisons métaphoriques faites par le monde chrétien. Les chrétiens virent nos nations comme “paiënnes” et “infidèles” ainsi que “barbares”, ainsi donc “sous-humaines”. Ils comparèrent même nos ancêtres à des “bêtes” (bestias en espagnol). Le monde chrétien pensa les territoires de nos nations comme étant dénués du christianisme et donc en cela, en grand besoin de la “civilisation” chrétienne et de sa domination.

De tels schémas de pensée et d’attitude résultèrent des suppositions sur ce que les empires chrétiens puis américain, alors qu’ils procédaient à leurs expansions coloniales hors d’eux-mêmes et au travers du continent des Amériques, avaient parfaitement le droit d’exercer une domination de base chrétienne sur nos peuples et nos nations. Les autochtones qui se considèrent aujourd’hui comme chrétiens pourraient bien vouloir me questionner métaphoriquement alors que je caractérise nos nations comme “païennes”. Prenez la nation Cherokee par exemple, elle pourrait bien dire qu’une fois le christianisme embrassé et adopté, on ne peut plus être considéré comme “païens” correct ? Faux.

Le documentaire “The Doctrine of Discovery” montre que pour que la doctrine de la découverte et sa domination ne s’appliquent pas à nos nations, il aurait fallu qu’elles soient des nations chrétiennes AVANT l’arrivée invasive des chrétiens européens. Les terres qui n’étaient pas déjà habitées par des chrétiens lorsque les chrétiens arrivèrent comme force coloniale étaient bien sujettes à l’affirmation par le monde chrétien d’un droit biblique de subjuguer la terre et de dominer tous les êtres vivant dessus. D’après la doctrine de la domination chrétienne, vous ne pouvez pas devenir chrétien après l’arrivée des chrétiens et utiliser cela pour que votre nation échappe au droit de domination chrétien. Votre adhésion à la chrétienté n’aura pas d’effet rétroactif, parce qu’en tant que non-chrétien, vous étiez considéré par le monde chrétien comme “nullus”, “nul et non avenu”. Le documentaire “The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code” fait reconnaître ces schémas de fonctionnement.

Réflexion faite, quoi de plus clair que le fait que chacune de nos nations autochtones puisse tracer son existence à un temps bien antérieur à celui où les chrétiens ont envahi ce continent ? Qui a t’il de plus clair que le fait que les hommes blancs qui ont siégé dans la Cour Suprême de l’état initialement, aient mentalement créé et imposé certaines idées métaphoriques sur nos nations, des idées qui font que le gouvernement fédéral des Etats-Unis (NdT; et du Canada) assume maintenant que nos nations libres de droit sont obligées d’accepter et d’obéir à la domination qu’on leur inflige ? Le documentaire argumente sur le fait que nous ayions besoin de rejeter de telles affirmations de domination qui sont toujours imposées contre nos nations sur la base de la “supériorité” et de “l’ascendance” chrétienne sur notre culture.

Lorsque le juge de la CS des Etats-Unis John Marshall a dit que ceux-ci avaient adopté le principe du “peuple chrétien” en appliquant le “droit à la découverte” de terres qui étaient habitées par des “païens”, lui en tant que juge, la CS unanime dans sa décision en tant que corps constitué et le gouvernement fédéral des Etats-Unis ont alors mis en application un contexte biblique et une forme de raisonnement contre nos peuples et nos nations originels. Ce schéma biblique de raisonnement au sujet des nations “païennes” non-chrétiennes n’ayant seulement qu’un “droit d’occupation des sols” et une indépendance “dimininuée”, est devenu un précédent établi de la Cour Suprême des Etats-Unis en résultat du verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh en 1823, que le gouvernement des Etats-Unis commença à imposer sur nos nations il y a cent quatre-treize ans.

The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code” est un documentaire qui démontre que nous avons grandement besoin de rejeter l’imposition des Etats-Unis de pensée biblique sur nos nations originelles. Maintenant que feu le juge Antonin Scalia se doit d’être remplacé à la CS, il sera nécessaire au président Obama ou son successeur de nommer un nouveau juge sur le banc. Lorsque confirmé(e), il ou elle sera attendu(e) de prendre des décisions au sujet de nos nations autochtones, utilisant la tradition américaine telle que celle de la “subjugation”, de “l’occupation simple des sols”, de la “conquête”, “conquérir”, “pouvoir plénier” et bien plus encore et ce toujours sur se fera sur cette base de la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination.

Colonialisme occidental et doctrine chrétienne de la découverte… Le documentaire !

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“Une histoire de vérité historique, de spiritualité et de résistance dite au nom des peuples et nations originels de l’Île de la Grande Tortue et de partout ailleurs sur Terre. Nous sommes toujours là et libres de droit.”

~ Sheldon Wolfchild & Steven Newcomb ~

 

La doctrine de la découverte ou démasquer le code de la domination

 

Présentation du documentaire de Sheldon Wolfchild (Lakota) et Steven Newcomb (Shawnee)

 

38 Plus 2 Productions

 

Octobre 2015

 

Source:

http://www.38plus2productions.com/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 Note de Résistance 71: Nous mettons deux bandes annonces en sections commentaires sous l’article. DVD en vente sur le site de 38Plus2 Productions.

Ce documentaire puissant qui fera date “The Doctrine of Discovery: Unmasking The Domination Code” est le résultat des efforts de collaboration du réalisateur et acteur Dakota Sheldon Wolfchild et du juriste co-producteur Steven Newcomb, Shawnee, Lenape. Le film, basé sur le livre résultant de plus de 30 ans de recherches de Steven Newcomb: Pagans in the Promised Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery (Fulcrum, 2008), amène sur le grand écran une histoire incroyable et pourtant si peu connue:

Note de Résistance 71: Le livre de Newcomb a été en grande partie traduit et publié sur ce blog: “Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte”.

Les premiers chrétiens qui ont localisé des terres inhabitées par des chrétiens et peuplées de païens, d’infidèles et de non-croyants donc de sauvages, affirmèrent le droit de s’assujetir un droit de domination. Sur la base exclusive de cet argument au fondemenent religieux, la cour Suprême des Etats-Unis a plus tard défini le titre de propriété des nations et peuples originels comme “n’étant qu’un simple droit d’occupation des sols” sujet à un droit de domination de la part des Etats-Unis. Les premiers “chrétiens” qui clamèrent la “domination ultime”, a dit la Cour Suprême, ont pu retirer la terre des “natifs” qui “étaient des païens”, bien que ceux-ci soient en possession du sol.

Birgil Kill Straight, un leader de la nation Oglala Lakota, fournit une vision de la sagesse traditionnelle et des enseignements des Sept Lois des Oglala Lakota. Le documentaire montre que les enseignements traditionnels des nations et peuples originels forments une alternative au système de domination et de déshumanisation proposé par la chrétienté (empire chrétien).

Le théologien Luis Rivera-Pagán, qui a été interviewé pour ce film, fait remarquer dans son livre: A Violent Evangelism: The Religious and Political Conquest of the Americas (1992), qu’une historiographie précise doit rendre compte des justifications théologiques et religieuses de cette affirmation du droit de domination sur les nations et peuples originels. Rivera-Pagán parle des effets dévastateurs de “la dévaluation absolue d’un être humain”, ou, en d’autres termes de la déshumanisation.

Le film appelle le saint siège au Vatican de révoquer les décrets/bulles pontificaux qui ont mis en marche le système de domination et montre bien que les valeurs et les enseignements des nations originelles sont une voie sacrée pour toute Vie.

Voir deux courtes bandes-annonce ci-dessous…

 Note de Résistance 71 : Ce documentaire a pris près de 8 ans à réaliser après que Sheldon Wolfchild eut fini la lecture du livre de Steven Newcomb et en eut été bouleversé.
La durée de réalisation fut longue, car Woldchild et Newcomb (qui en est le co-producteur) ont refusé toute somme d’argent fédérale ou privée, toute forme de subvention, pour faire ce documentaire, de la sorte, PERSONNE n’a pu contrôler la ligne éditoriale et le résultat final. Le montage final a pris plus d’un an et demi pour maintenir le documentaire dans une durée raisonnable de 60 minutes (61 minutes en fait). Le documentaire est diffusé en salle de cinéma aux Etats-Unis, un DVD est disponible ansi qu’un kit éducatif destiné à l’enseignement comprenant le DVD et deux livrets d’enseignement rédigés par Steven Newcomb. De nombreux professeurs d’enseignement secondaire et tertiaire ont participé aux conférences-débats et vont commencer à enseigner cette origine profonde de l’entreprise coloniale chrétienne débutée au XVème siècle sur ordre et couverture du Vatican qui en fabrica la couverture “légale”, régissant les lois et politiques sur les nations et peuples originels jusqu’à aujourd’hui aux Etats-Unis, au Canada et dans d’autres endroits sur la planète comme toute l’Amérique Latine, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

 Les sept lois Lakota

Woope Sakowin (Sept lois)

  • 1) Wacante Oganake, “Aider, partager, donner, être généreux”.
  • 2) Wowaunsila, “Pitié et compassion”.
  • 3) Wowauonihan, “Respecter et honorer”
  • 4) Wowacintanka, « Patience et Tolérance. »
  • 5) Wowahwala, “Humilité et recherche de l’humilité.”
  • 6) Woohitike, “Être guider par vos principes, être discipliné, brave et courageux.”
  • 7) Woksape, “Compréhension et sagesse”

 

Résistance au colonialisme occidental: Discours de Steven Newcomb (Shawnee) à l’Assemblée Mondiale des Religions (Octobre 2015)

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« Nos nations et peuples originels n’ont pas besoin de réconciliation mais de décolonisation !… »
~ Steven Newcomb ~

 

Discours devant l’Assemblée Mondiale des Religions

 

Steven Newcomb

 

3 Novembre 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/11/03/speech-parliament-worlds-religions

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Salt Lake City, Utah, le 19 Octobre 2015:

 

Bonjour à toutes et à tous,

Je désire rendre hommage aux nations originelles sur la terre desquelles ce bâtiment se dresse aujourd’hui. Je désire honorer les ancêtres qui ont aimé cette terre et l’ont chéri au moyen de cérémonies et de prières traditionnelles, fondées sur leur vision d’un besoin de relations sacrées avec notre terre-mère, avec ses eaux pures et limpides et avec la Vie sous toutes ses formes et manifestations. Je désire honorer l’existence originelle et libre de nos nations et de nos peuples remontant dans la nuit des temps au travers de nos traditions et histoires orales.

Hier j’écoutais avec grand intérêt la session plénière sur le changement climatique. Cela me frappa de réaliser que vouloir travailler sur le changement climatique sans travailler à un changement de paradigme serait une grave erreur. Nous avons besoin d’un changement, d’un glissement de notre attitude et de notre mentalité pour nous écarter enfin du paradigme de domination prévalent, de la déshumanisation, de la veulerie, dont les symptomes sont partout observables sur la planète terre, notre mère à toutes et à tous.

Il y a plus de cinq siècles, plusieurs papes de Rome, au nom de la chrétienté, ont lâché sur le monde ce paradigme auquel je faisais référence. Cela pourra peut-être vous surprendre d’apprendre que le modèle de domination impérialiste chrétien a été imbriqué dans les lois et les politiques des Etats-Unis d’Amérique ainsi que dans les lois et les politiques de bien des pays comme par exemple le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce code caché de l’empire chrétien (NdT: héritier de l’empire romain) a œuvré pendant plus de cinq siècles vers la dissolution de nos nations originelles sur l’Île de la Grande Tortue (Amérique du Nord) et Abya Yala au Sud.

Les schémas d’idée de domination et la soi-disante découverte chrétienne ont été écrits par des juristes dans la loi fédérale indienne elle-même, où ils demeurent jusqu’à ce jour. Ces idées remontent à des documents pontificaux datant du XVème siècle et aux chartes royales d’Angleterre qui affirmèrent le droit à la domination contre des terres non-chrétiennes, “qui furent inconnues de tous les peuples chrétiens avant cette période”. En 1823, la Cour Suprême des Etats-Unis sanctifia le schéma de la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination avec sa décision dans l’affaire Johnson & Graham’s Lessee contre McIntosh.

Nous pouvons remonter ce schéma d’idées à l’année 1452 lorsque le pape Nicolas V dans son édit/bulle Dum Diversas, dirigea le roi du Portugal à se rendre sur la côte ouest africaine et partout en terres non-chrétiennes afin “d’envahir, de capturer, de vaincre et de subjuguer”… “tous les sarrasins, païens et autres ennemis du Christ”, “de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel” et de “s’emparer de tous leurs biens, propriétés et possessions”. Plusieurs décrets pontificaux ou bulles furent émis en 1493 par le pape Alexandre VI (NdT: Rodrigo Borgia), qui appellèrent à la propagation et l’expansion de l’empire chrétien, imperii Christiani en latin, et appelaient à ce que les “nations barbares” soient subjuguées à la foi et religion chrétiennes. En marge de ceci mais connecté, le 4 Mai 2013, 520 ans après la publication de la bulle papale de Mai 1493, je me suis rendu avec deux de mes amis: Dr Debra Harry de la nation Paiute et l’avocate Sharon Venne de la nation Cri, munis d’une autorisation spéciale aux archives espagnoles des Indes Occidentales se tenant dans la ville de Séville en Espagne pour y consulter deux documents papaux parchemins velum. Le secrétaire royal de l’époque avait fait une annotation particulière au dos d’un des parchemins, stipulant que le document était une concession du pape Alexandre VI pour “ganaran y conquistaron de las Indias.” Ou en français: “gagner et conquérir les Indes”. En d’autres termes, ceci était une concession de domination.

Notre documentaire “The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code,” basé sur mon livre Pagans in the Promised Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery, Fulcrum, 2008, met sous les feux de la rampe les schémas de déshumanisation impliqués dans l’affirmation du droit de la découverte chrétienne et de la domination sur des terres peuplées de soi-disants païens, infidèles et peuples non-baptisés. Ceci est un point d’attention sur lequel nous nous concentrons depuis plus de 20 ans à l’Institut de Droit Indigène (Indigenous Law Institute, dont Steven Newcomb est le co-fondateur)

Mon ami et mentor Birgil Kills Straight est un leader spirituel de la nation Oglala Lakota (Sioux). En 1992, lui et moi avons fondé l’Indigenous Law Institute. En 1993, nous avons participé à l’assemblée des religions mondiales à Chicago. Birgil y parla des Sept Lois Spirituelles des Oceti Sakowin et nous parlâmes de ces bulles pontificales. Nous avons fait part à la communauté mondiale de notre campagne d’appel au pape Jean-Paul II à la répudiation du décret/bulle Inter Caetera de 1493. Notre campagne contre le paradigme de domination et de déshumanisation ainsi que leur institutionalisation dans les lois et les politiques, continue aujourd’hui avec la papauté de François 1er.

Mesdames et messieurs, j’aimerai avoir plus de temps pour approfondir plus en détail, mais devant le peu de temps qui m’ait imparti, je vous laisserai sur cette réflexion: En 1954, le ministère de la justice des Etats-Unis envoya une ordonnance à la Cour Suprême des Etats-Unis, dans laquelle il fut argumenté que les Indiens Tee Hit d’Alaska ne méritaient aucune compensation financière pour la prise du bois sur leurs terres parce que “les nations chrétiennes d’Europe avaient découvert ces terres de païens et d’infidèles”. En 1955, l’année de ma naissance, la Cour Suprême tomba d’accord avec cette argumentation, se référant au Elements of International Law de Henry Wheaton dans lesquels il disait ceci: “Les nations païennes des quatre coins du monde furent les proies, les récompenses et le butin légaux de leurs conquérants civilisés.” Ce schéma de domination chrétienne fut une nouvelle fois soutenu par une décision de la Cour Suprême des Etats-Unis en 2005 dans son rendu de l’affaire City of Sherrill v. Oneida Indian Nation of New York.

Je désire conclure en disant qu’il est grand temps pour les chrétiens et les églises qui pratiquent cette déshumanisation qu’il faut arrêter de mentir au sujet de nos cérémonies traditionnelles. Ils doivent arrêter de dire à notre jeunesse et aux autres, que nos cérémonies sont sataniques ou l’œuvre du diable. Ceci tue bon nombre de nos jeunes qui, privés de leur identité spirituelle et culturelle et dans le sillage du traumatisme généré par les programmes de pensionnats de la domination pour Indiens (aux Etats-Unis et au Canada), mettent prématurément fin à leur vie.

De plus, les gouvernements et les églises doivent commencer à consacrer du temps et des efforts, de l’énergie et de l’argent dans l’assistance à la revitalisation de nos langues, de nos cultures et de nos traditions spirtituelles, les mêmes efforts et énergie consacrés à la destruction de nos places sacrées et de nos cultures en première instance. Nos nations originelles n’ont pas besoin de réconciliation, mais de décolonisation ! Nous et la planète devons cicatriser du traumatisme amené sur nous par ces schémas chroniques et incessants de domination et de veulerie avérées.

Merci à tous les chrétiens et églises chrétiennes qui ont exprimé leur soutien à nos efforts, sachez que nous apprécions cela à sa juste valeur. Nous vous invitons tous à marcher avec nous sur le chemin sacré en honneur du tout premier principe de nos nations originelles: “Respectons la Terre notre Mère et ayons un regard sacré pour tout être vivant. Mettons fin à toute domination. Nous sommes tous inter-reliés. Wanishi.”

Résistance au colonialisme: Vatican, doctrine chrétienne de la découverte et intégration des bulles papales du XVème siècle dans la loi fédérale sur les Indiens…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 10 octobre 2015 by Résistance 71

Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance d’être répudiés.

Il est plus que grand temps de rejoindre nos frères Amérindiens et de mettre un terme à l’ignominie coloniale occidentale qui perdure et cancérise toujours e monde aujourd’hui. Quiconque croit vivre dans un monde « post-colonial » comme la propagande veut nous le faire avaler, est sérieusement naïf et à terme complice des crimes commis par l’occident hier et aujourd’hui.

— Résistance 71 ~

 

Le pape François 1er et les peuples indigènes

 

Steven Newcomb

 

8 Octobre 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/10/08/pope-francis-and-indigenous-peoples

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le 23 Septembre, l’avion du pape François se posait en territoire traditionnel et ancestral de la nation Piskataway (Washington D.C). De là, il voyagea en territoire traditionnel de la nation Lenape (à New York City et à Philadelphie). La visite du pape en Amérique du Nord a été célébrée par les catholiques et par ceux qui admirent sa prise de position sur des affaires comme le changement climatique (anthropique), la pauvreté, les droits des homosexuels, le besoin d’une responsabilité corporatrice et entrepreneuriale et la réforme du Vatican.

Pour ceux d’entre nous qui sont issus des nations “originelles” indiennes de ce sous-continent américain, la visite du pape soulève l’histoire sombre et complexe de l’église catholique dans sa relation avec nos peuples et nations originels. Alors qu’il était en visite en Bolivie au mois de Juillet dernier, le pape François 1er fit allusion au passé houleux avec les nations premières. Dans une déclaration se voulant de contrition, la pape a déclaré: “Je demande humblement le pardon, pas seulement pour les crimes de l’église elle-même, mais aussi pour les crimes commis contre les peuples natifs durant la soi-disant conquête des Amériques.”

Les crimes de l’église contre les peuples indigènes sont très bien illustrés dans bien des documents publiés par le saint siège des décennies avant et peu après le premier voyage de Christophe Colomb. (NdT: Colomb fit 4 voyages sur le continent américain: 1492, 1493, 1498 et 1502, il en partît chaque fois chargé d’esclaves Arawak, Tainos, Caribs etc dont les nations et cultures furent exterminées) Ces documents déclaraient la guerre contre les non-chrétiens/païens où qu’ils se trouvent. En 1452 par exemple, le pape Nicolas V autorisa le roi Alphonse du Portugal de voguer vers l’Afrique et toute autre terre non-chrétienne. Le pape exhorta le monarque portugais à “envahir, capturer, vaincre et subjuguer tous les sarazins et les païens, de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel” et aussi “de prendre et saisir toutes leurs possessions et propriétés.

Une lecture attentive des versions latine et anglaise des documents papaux émis au XVème siècle révèle un fait capital: l’institution catholique du Saint Siège autorisait spécifiquement ce que le pape François a appelé “la soi-disante conquête des Amériques”. En 1493, le pape Alexandre VI (NdT: Rodrigo Borgia…) appela à ce que “les nations barbares” soient dominées, soient “subjuguées”, en tant qu’élément de la “propagation/extension de l’empire chrétien (“imperii Chiristiani propagationem”).

La mention faite par le pape François des “crimes de l’église” se prend dans un sens bien plus profond lorsque nous lisons la version latine de la bulle Inter Caetera du 3 Mai 1493 émise par le pape Alexandre VI/Borgia, qui plaça tout son pouvoir apostolique derrière l’Espagne et sa proposition de “réduire” et de “soumettre” les “îles et terriroires” non-chrétiens, ainsi que “leurs habitants à la règle chrétienne”. Le pape Alexandre VI qualifia la proposition de la couronne espagnole de réduire et de soumettre les nations barbares de “sacrée” et de “méritoire”.

Le 24 Septembre, le New York Times rapportait que le pape François félicitait les Etats-Unis pour leur “dévotion dans la liberté du culte”. Clairement le pontife n’est pas au courant qu’il a fallu attendre 1978 pour que le congrès des Etats-Unis ne passe la loi American Indian Religious Freedom Act. Une telle législation était nécessaire à cause de l’héritage de l’ancienne bulle du Vatican intégrée dans la loi états-unienne. Cette connexion très peu connue et pour cause, fut rendue claire par le juge de la cour suprême Joseph Story dans son Commentaire sur la Constitution des Etats-Unis de 1833. Le chapitre 1 est intitulé: “Origine et titre de propriété des territoires des colonies”. Là, Story établît une connexion directe entre la version latine de la bulle papale de 1493 Inter Caetera et la décision de la cour suprême des Etats-Unis en 1823 dans l’affaire Johnson contre M’Intosh.

Paraphrasant Johnson c. M’Intosh, Story écrivit: “l’autorité papale aussi fut amenée à l’aide de ces grands desseins [de la colonisation chrétienne] et dans le but de renverser le paganisme et de propager la religion catholique, le pape Alexandre VI, dans une bulle émise en 1493, accorda à la couronne de Castille l’entièreté de l’immense territoire découvert alors ou encore à découvrir, aussi loin que ces territoires n’étaient pas déjà possédés par un prince chrétien.

Story a ensuite connecté ce langage papal au “droit de la découverte” exprimé par son patron juge de la cour suprême John Marshall dans la décision de Johnson contre M’Intosh. Jusqu’à ce jour, la décison de la cour suprême dans l’affaire Johnson définit le titre sur la terre original indien de nos nations comme n’étant qu’une “simple occupation des sols” dans la loi états-unienne, sujette à une réquisition de ce que Story a appelé “la domination absolue” comme “un droit acquis par la découverte”. En d’autres termes, la cour suprême des Etats-Unis a affirmé que la “prétention” de la découverte chrétienne sur des terres non-chrétiennes a eu pour résultat l’octroi par les colonisateurs à eux-mêmes d’un droit de domination envers le sol. Le ministère de la justice des Etats-Unis a appliqué cet argument à la cour suprême en 1954 dans l’affaire des Indiens Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis. Dans sa décision émise en 1955, la cour suprême cita “Les éléments de la loi internationale” de Henry Wheaton: “Les nations païennes des autres quartiers du monde étaient le butin légal et la proie de leurs conquérants civilisés.

Le Jeudi 24 Septembre de cette année, le pape François 1er s’est adressé aux deux chambres du Congrès des Etats-Unis et d’après Tim Murphy de la revue “Mother Jones”, François “fit un pas vers la reconnaissance du traitement souvent horrible que les Etats-Unis (et l’église) réservèrent aux Amérindiens,” lorsqu’il déclara: “Ces premiers contacts furent souvent turbulents et violents”, mais il ajouta: “Il est difficile de juger le passé avec les critères du présent.” Un tel langage prend finement à contre-pied le fait que les prédecesseurs de ce pape émirent des documents pontificaux qui appelaient à la propagation de l’empire chrétien et la domination des nations et des peuples au nom de l’évangélisation des païens.

Le pape François et le Congrès des Etats-Unis doivent reconnaître qu’en 2015, le langage de domination des anciens documents (bulles) pontificaux sert de support et de guide pour la loi et politique indienne fédérale des Etats-Unis. Ceci demeure une des manifestations de ce “traitement souvent horrible” de nos nations auquel le pape a fait référence. Il est temps pour le pape François de saisir l’opportunité de reconnaître pleinement devant le monde entier et de répudier les documents (bulles) pontificaux de domination et de déshumanisation desquels ont résulté un héritage incessant d’injustice, de dépossession et de traumatisme pour nos nations et peuples originels de ce continent.

Décoder la Doctrine Chrétienne de la Découverte… Maintenant un documentaire sortant avant la venue du criminel Bergoglio alias François 1er au Pays du Goulag Levant…

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Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance d’être répudiés.

— Résistance 71 ~

 

Décoder la Doctrine de la Découverte: le documentaire de Steven Newcomb sur les écrans de New York

ICTMN

15 Septembre 2015

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/09/15/decoding-doctrine-christian-discovery-newcomb-documentary-screens-nyc-161757

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Note de Résistance 71: Nous mettons la bande annonce du documentaire en section commentaires…

Titre en français: “La Doctrine de la Découverte: Démasquer le code de la Domination”

 

Au soir de la visite du pape François 1er sur l’Île de la Grande Tortue à la fin du mois, un préliminaire est nécessaire et le nouveau documentaire The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code est le parfait véhicule pour examiner comment les vues des anciens chrétiens continuent de façonner les relations entre les peuples indigènes et les descendants des colons occupants européens jusqu’à ce jour.

Fondé sur le livre de l’avocat, universitaire et contributeur au site Indian Country Today Media Network (ICTMN) Steven Newcomb “Pagans in the Promised Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery” aux éditions Fulcrum, 2008 (NdT: dont de larges extraits ont été traduits et publiés sur Résistance 71, cliquez ici), ce documentaire d’une heure “examine les effets d’une ancienne doctrine remontant à des documents du Vatican publiés par des papes du XVème siècle et qui donnaient les droits de clâmer dominion, à perpétuité, sur des terres non-chrétiennes et sur leurs habitants”, expliquent les réalisateurs dans une déclaration.

La pape rendra visite aux territoires traditionnels des nations Piskataway et Lenape à Washington D.C, New York et Philadelphie du 22 au 27 Septembre courant.

Le documentaire, réalisé par Sheldon Wolfchild (Dakota, Sioux), sera diffusé à 18:30 le Jeudi 17 Septembre aux étudiants et aux membres de la communauté de la Faculté de Droit de Fordham intéressés dans un évènement qui inclura une “grosse section de questions/réponses avec les producteurs de documentaire (dont fait partie Steven Newcomb), au sujet de l’utilisation continue et de l’impact de la doctrine chrétienne de la découverte sur les nations et peuples indigènes”.

La célèbre auteure-compositrice indigène Buffy Sainte-Marie est la narratrice du documentaire qui illustre les façons dont les diktats papaux et royaux de la domination chrétienne infusent nos vies quotidiennes aujourd’hui, spécifiquement avec l’utilisation de précédents légaux établis par la cour suprême des Etats-Unis.

Le langage de ces précédents légaux applique une certitude biblique pré-établie d’un droit à la découverte et à la domination”, disent les producteurs incluant Newcomb.

Voici quelques unes des questions qu’aborderont les producteurs du documentaire avec l’audience en attendance: “Pourquoi les Etats-Unis et d’autres pays continuent-ils d’affirmer un droit de domination sur les nations natives originelles ? Pourquoi les Etats-Unis clâment-ils sur cette base, un droit de “pouvoir plénier” sur ces nations ?

La diffusion et la session de questions/réponses sur le documentaire The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code auront lieu à la faculté de droit de l’université de Fordham, 150 West 62 Street, 3rd floor, Room 3-04, New York, NY 10023.

L’évènement est parrainé par les Fordham University Communication & Media Studies Department et le Professor Stephen Stoll of the Fordham University History Department.

 

Résistance au colonialisme: La voie de la libération pour tous…

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Affaire de métaphores: Vers la libération de nos nations

 

Steven Newcomb

 

6 Juillet 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/07/06/metaphors-matter-toward-liberation-our-nations

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans son livre Metaphors We Live By (1980), (“Les métaphores qui mènent nos vies”), le philosophe Mark Johnson conclut que nous vivons sur la base de métaphores et de schémas métahoriques que nous remarquons à peine. Ceci est dû en grande partie au fait qu’on ne nous enseigne pas de faire attention aux métaphores ou à leurs schémas engendrés. On ne nous enseigne pas l’étendue que ces métaphores et leur processus mental ont sur la constitution de la réalité que nous vivons et l’expérience de nos vies quotidiennes.

Il est rarement noté que la métaphore a été un des moyens principaux des Etats-Unis pour créer un monde à part entière pour nos nations originelles et je le maintiens, toujours libres de droit. Les mots et les idées contenus dans ce qui est typiquement appelé “la loi et politique fédérale indienne” constituent en eux-mêmes tout un monde de relations au pouvoir que les Etats-Unis ont été capables de construire de toute pièce. Au sein de cette structure de pouvoir, les Etats-Unis ont construit très méticuleusement pour nous un endroit “d’ordre inférieur” de subordination où ils désirent maintenir nos nations et nos peuples à perpétuité. Les Etats-Unis ont pour but de nous maintenir dans un mode de vie permanent en conformité avec leur schéma métahorique de domination et de subordination “pour les siècles des siècles, amen” comme disent les chrétiens.

Le monde de captivité sémantique que les intellectuels travaillant pour les Etats-Unis ont travaillé si dur à construire pour y contenir nos peuples et nations, est un endroit métaphorique d’internement qui a une réalité physique lui correspondant. Le monde que nous avons réussi à construire pour nous-mêmes est un monde que nous avons construit au sein du monde confiné de la captivité que les Etats-Unis ont construit pour nous.

Le gouvernement des Etats-Unis a justifié son attitude prédatrice, mortelle et cleptomaniaque contre nos nations sur la base de métaphores dominantes et déshumanisantes par lesquelles il vit. Les Etats-Unis sont un empire établi sur la base d’une métaphore fondatrice de paternité (pensez aux “pères fondateurs”…), d’un grand patriarque blanc qui donna naissance à sa progéniture impérialiste de domination. George Washington l’appelait “notre empire nouveau-né”. E Pluribus Unum ~ La multitude en provenance de l’Un: Un empire et une domination sous le concept de “dieu”.

La Cour Suprême des Etats-Unis a été un très petit groupe d’humains, cependant très puissant, engagé dans un effort de construire et de maintenir un monde métaphorique de captivité pour nos nations. Celles-ci ont été tenues dans ce monde sémantique depuis maintenant plus de deux cents ans.
En conséquence, ce que le juge de la Cour Suprême John Marshall a appelé “ceci, notre empire s’étalant toujours plus avant” a utilisé son système idéologique minutieusement élaboré pour s’approprier des milliers de milliards de dollars dérivés de nos terres, territoires et ressources. Il s’est de la sorte rendu l’empire le plus riche et le plus puissant de la planète, bien qu’il montre maintenant des signes évidents de sucomber à la loi de l’entropie et la seconde loi de la thermodynamique.

En résultante de l’utilisation cognitive par les Etats-Unis de métaphore et de son système idéologique prédateur, le monde dans lequel existe nos nations et peuples originels est en proie à des niveaux épidémiques de suicide, d’abus d’alcool et de drogues, de taux faramineux d’incarcération, de pauvreté chronique, de diabète et autres maladies mortelles ainsi qu’aux effets marquants et durables des efforts génocidaires pour éliminer nos nations en détruisant nos langues, nos cultures, cérémonies, nos pratiques traditionnelles d’éducation des enfants et en volant nos enfants en les socialisant aux “normes américaines” de la société dominante.

Ceux-là et d’autres indicateurs, comme la destruction de nos sites sacrés et de nos endroits de cérémonie signifiants, sont un résultat direct de la Cour Suprême et des autres secteurs du gouvernement des Etats-Unis utilisant des métaphores destructrices contre nos nations sur une base inter-générationnelle. Le résultat de tout ceci a été un processus de destruction du monde de nos nations et un processus de construction d’un monde et d’enrichissement pour les Etats-Unis. De manière plus qu’évidente, les métaphores ont leur importance…

Lorsque des schémas de domination mortels et destructeurs sont appelés “loi” par (doux) euphémisme afin de leur donner une apparence de légitimité, nous avons une responsabilité de défier, de rejeter et de corriger cette mauvaise utilisation du language. Ceci amène au problème d’un autre type de captivité que nous avons besoin de considérer. L’étendue du fait que nos esprits ont été subjugués par des schémas métaphoriques de la suprématie chrétienne comme on le trouve dans le système idéologique appelé lui aussi euphémistiquement la “loi fédérale indienne”.

La société dominante des Etats-Unis a manipulé nos esprits à un tel degré, que de plus en plus de membres de nos peuples considèrent parfaitement normal de “pratiquer” plutôt que de défier, le système métaphorique de la domination chrétienne blanche, qui est si typiquement étiquetée “loi fédérale indiennes des Etats-Unis”. Nous avons des professionnels qui sont dits “pratiquer” une forme de “loi” constituée de schémas métaphoriques qui furent créés par de brillants hommes blancs dans le passé, faits pour être un moyen spécifique de contrôle, de diminution et, sous le label de “d’élimination”, d’éliminer nos nations originelles et toujours libres de droit.

Ceux d’entre nous qui “pratiquent” les schémas idéologiques de domination de la loi de l’homme blanc ignorent simplement les précédents tordus et religieusement bigots de ce système idéologique. Soit ils ne savent pas qu’ils sont là, soit ils prétendent qu’ils ne sont pas là et n’existent pas. Pour une raison inconnue, ils ne semblent pas vouloir questionner et défier le principe et la base selon lesquels les Etats-Unis retiennent nos nations captives.

Il est grand temps de bouger au-delà des platitudes habituelles et nous devons devenir bien plus précis au sujet d’une doctrine de la découverte et de relation de “confiance” ayant pour précédent la domination. Pourquoi le mot “confiance” est-il utilisé pour nommer le précédent de domination/subordination inhérent à la loi fédérale indienne, qui est l’idée que la première puissance chrétienne blanche qui localise des nations païennes bronzées a le droit d’assumer “l’ascendance” et la “domination ultime” (dominion) sur ces nations ? (pour des preuves de ce que j’avance cf par exemple l’affaire Tee-Hit-Ton Indians vs United States, 1954).

Nous avons besoin d’avoir une conversation plus profonde au sujet de la base correcte des relations entre nos nations libres de droit et les Etats-Unis d’Amérique. A quoi ressemble une relation correcte entre deux nations, spécifiquement lorsqu’une d’entre elles a réussi à maintenir durant des générations un système métaphorique de domination sur l’autre qu’elle refuse d’abandonner ?

Ceci soulève la question de savoir s’il y a un “droit de domination” ? Avant de répondre, rappelez-vous que la domination résulte en la déshumanisation, qui résulte en le traumatisme que le théologien Dr. Luis Rivera-Pagan a appelé “la dévaluation absolue de l’être”. Ceci ensuite, mène à une autre question: Y a t’il un droit à la déshumanisation ? Y a t’il un droit pour s’engager dans une dévaluation absolue de quelqu’un ou d’une nation dans leur être même ? Si oui, alors pourquoi n’y a t’il pas de Déclaration des Droits à la Domination et à la Déshumanisation ?

S’il n’y a pas de “droit” à la domination et à la déshumanisation, alors quel est le standard international ou la convention qui fournit la base pour mettre fin à de tels schémas qui affectent non seulement nos nations et nos peuples indigènes mais la planète entière ? Non seulement n’y a t’il pas de fin en vue, mais les schémas destructeurs de domination semblent être plus flagrants que jamais, spécifiquement au soir de l’objectif des Etats-Unis de réaliser leur Domination Totale (NdT: Full Spectrum Dominance, idéologie doctrinaire actuelle énoncée et certifiée conforme des Etats-Unis…) à l’horizon 2020.

Ceci dit, pensez un peu à l’étendue sur laquelle les systèmes politiques, sociaux et économiques du monde sont fondés, sur des métaphores ou des schémas comportementaux de domination et de déshumanisation. De toute évidence, notre lutte pour la libération de nos nations et peuples originels se situe à l’échelle planétaire. Ceci n’est pas seulement pour notre salut que nous devons œuvrer pour mettre fin au système de domination, mais pour le salut de nos enfants, de nos petits-enfants et de nos générations futures. Nous devons développer les métaphores et les schémas de comportement par lesquels nous serons capables de nous libérer.

= Note de Résistance 71 :

Nous ne pouvons qu’approuver cette analyse de Steven Newcomb avec lequel nous devenons de plus en plus “un esprit”. Ce texte, parmi d’autres, peut-être lié à notre analyse de Mai 2013: “Nous sommes tous colonisés” où nous reprenions et développions les analyses de penseurs et de critiques acerbes du colonialisme comme Aimé Césaire, Frantz Fanon, Taiaiake Alfred et Russell Means.

Nous l’avons dit et le répéterons sans cesse: Le plus puissant empire que le monde ait connu de son histoire, l’empire actuel américain, qui étend son hégémonie globale est, et ceci est unique dans l’histoire de l’humanité, un empire de facto SANS TERRE. Tous ses territoires et richesses ont été volées, pillées, usurpées au nom de la doctrine chrétienne de la découverte et des édits papaux Romanus Pontifex et Inter Caetera de 1455 et 1493. Edits criminels qui furent par la suite intégrés dans le système légal de domination de la société dominante au détriment des nations et epuples origienls de la terre.
L’auteur de l’article ci-dessus a étudié profondément l’affaire qu’il a rendu public en 2008 dans un livre: “Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery”, que nous avons en grande partie traduit et publié sur ce blog en quatre parties, que nous vous invitons grandement à lire pour mieux comprendre les tenants et aboutissements de l’affaire.

Le salut de l’humanité passe par la compréhension des peuples occidentaux de ces concepts de domination dont nous sommes également les victimes simplement à un degré divers, pour nous tenir côte à côte dans la lutte anti-oligarchiqie avec nos frères toujours colonisés.

“Paix, Pouvoir et Rectitude” disent les Iroquois.

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ Conclusion ~

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“Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité. Tandis que vous passez votre temps à étudier cette réalité, comme vous le ferez si judicieuseent, nous agirons encore, créant ainsi de nouvelles réalités, que vous pourrez étudier également. C’est de cette façon que les choses vont aller. Nous sommes les acteurs de l’histoire… et vous, vous tous, ne pourrez juste qu’étudier ce que nous faisons.”

~ Karl Rove, conseiller du président George W. Bush, 2002 ~

“… les uns sont plus grands que les autres de par le droit divin de l’inspiration ; ce qui constitue aussitôt une inégalité fixe, constante, pétrifiée. Les plus inspirés doivent être écoutés par les moins inspirés et les moins inspirés par les pas du tout inspirés. Voilà le principe de l’autorité bien établi et avec lui les deux insitutions fondamentales de l’esclavage: l’Église et l’État.”

~ Michel Bakounine ~

“Les pères fondateurs des Etats-Unis sont un gang d’esclavagistes qui a voulu être libre, pour pouvoir continuer à mettre en esclavage l’homme noir , massacrer et voler l’homme rouge.”

~ George Carlin ~

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ Conclusion ~

Éditions Fulcrum, 2008

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Un regard sacré sur tout être vivant

Lorsque le juge de la cour suprême des Etats-Unis John Marshall a appliqué les concepts de Peuple Chrétien et de Païens au sujet de l’indépendance des Amérindiens et du titre de propriété foncier indien sur la terre, il a tissé ces catégories religieuses avec celles des idées de la découverte chrétienne et de la domination, dans le tissu conceptuel de la loi américaine.

Expliquant le concept de la “découverte”, l’érudit et universitaire respecté Hunkpapa Lakota Vine Deloria Jr dit que “avec l’approbation du pape, dans le traité de Tordesilla en 1494 (entre l’Espagne et le Portugal), la doctrine de la découverte fut élargie de façon à ce que toute nation chrétienne puisse “découvrir” des terres auparavant inconnues des Européens et ceux-ci se retrouver immédiatement investis du titre légal de propriété et ce sans aucun regard emvers les droits des habitants existant de l’endroit.” Deloria a très certainement raison avec toutefois une petite retouche nécessaire, petite mais importante: Dans la bulle papale Inter Caetera de 1493, le pape Alexandre VI n’a pas employé le terme d’Européens pour exprimer le “droit de découverte”, mais il a utilisé le terme de “chrétien”. D’après le décret du pape, tout roi, prince ou nation chrétiens peut “découvrir” et assumer la dominantion sur toutes terres auparavant inconnues des chrétiens même si connues des habitants non-chrétiens.

[…] Ainsi le document fut écrit afin de protéger les droits de propriété terrienne de tout monarque chrétien, comme par exemple le roi du Portugal, mais pas les droits de propriété terrienne des non-chrétiens qui devaient être “subjugués” afin de “propager l’empire chrétien”.

[…] La doctrine de la découverte est maintenant très bien établie et est une partie intrinsèque de la loi américaine qu’on ne peut donc pas altérer. Il serait de plus, selon l’establishment, “trop tard” pour nous, peuples indiens originels pour nous faire les avocats et partisans du retrait de ce cadre théologique de la “découverte chrétienne” de la loi fédérale indienne. Bien sûr pour la société états-unienne, avancer de tels arguments est prétendre que les nations indigènes à cette terre doivent tout simplement acquiescer à ce précédent de la cour suprême datant de 184 ans et qui a affirmé sur la base de l’histoire (la mythologie) du peuple élu sur la terre promise et sur une croyance vieille de 500 ans qui voudrait que le peuple chrétien possède le droit divin de subjuguer les “païens” et d’assumer contrôle et domination sur leurs terres.

[…] Dire que nous, en tant que peuples indigènes contemporains, ne pourront pas réussir à défier le droit de la découverte chrétienne et de domination dans la loi états-unienne sur le terrain religieux ou autre, est en fait suggérer que la loi fédérale indienne reposera toujours sur une idéologie de subjugation religieuse et que “l’État” (dans ce cas-ci le gouvernement fédéral des Etats-Unis et les États de l’Union) peuvent ainsi considérer les ténets religieux du livre de l’ancien testament biblique (ex: Génèse 1:28 et psaumes 2:8) comme partie intégrante du contexte de fond de la “loi suprême de la terre” aux Etats-Unis.

[…] Pourtant, lorsque vu d’une perspective indigène, comment pouvons-nous en tant que peuple natif, considérer les idées et les pensées appelées loi fédérale indienne avoir une signification légitime pour nous déposséder de nos terres et de nos territoires de manière légitime et de détruire les modes de vie ancestraux et traditionnels de nos peuples et nations respectifs ? Pourquoi devrions-nous accepter tout ceci comme légal ? Pourquoi devrions-nous considérer la bulle papale Inter Caetera et autres édits papaux, être des fondements légitimes de la “loi” des Etats-Unis en relation avec les nations amérindiennes, surtout en considérant l’assomption de la séparation de l’église et de l’État aux Etats-Unis et que le christianisme est supposé ne pas êtte préféré à d’autres religions dans la loi américaine ?

[..] Dans cette perspective, les nations indiennes qui ont accepté la protection des Etats-Unis (par traité) sont autorisées à conserver leur existence libre et indépendante ainsi que leur pleine intégrité territoriale […] Mais les Etats-Unis ont tacitement interprété tous les traités signés avec les Indiens comme partie intégrante du contexte de la doctrine de la découverte et du verdict de l’affaire Johnson. Ainsi la découverte chrétienne et la dominiation résultante servent de contexte dans ce que le gouvernement fédéral utilise pour interpréter les traités entre les Indiens et les Etats-Unis.

Ce livre n’a seulement traité que quelques cas parmi les milliers de décisions légales et statutaires qui ont été prises par le gouvernement fédéral en ce qui concerne les affaires indiennes. Comme Vine Deloria Jr l’a si bien noté: “Tous les efforts de réviser, de systématiser et de comprendre les cas légaux et statutaires concernant les peuples et nations indigènes des Etats-Unis, ont été passés et décidés dans l’ombre de cette doctrine de la découverte.

[…] Dans ce livre, mon but était d’utiliser des résultats de la théorie cognitive pour comprendre et interpréter la mentalité d’empire et de domination, qui a résultée de l’assomption que les peuples et nations originels libres et indépendants au départ sont maintenant sujets au pouvoir plénier et à la domination du gouvernement des Etats-Unis.

Cette même mentalité a aussi occasionné le fait que le peuple indien a perdu devant la cour suprêmes des Etats-Unis plus de 80% des affaires présentées, bien plus souvent que des criminels de droit commun condamnés et cherchant à inverser le verdict à leur encontre.

[…] Comme le dit Mark Johnson avec grande clareté dans son ouvrage “Law Incarnate”: “L’application de la science cognitive au droit repose sur l’assomption suivante: Le droit est une création humaine, de l’esprit humain vivant dans des corps humains, des sociétés humaines, opérant au sein de pratiques culturelles humaines. Et donc, pour comprendre comment fonctionne la loi, on doit savoir comment tous ces aspects de l’expérience et de la pensée humaines fonctionnent. Pour grandement simplifier l’affaire, nous devons savoir comme “l’esprit” fonctionne, et ceci est précisément l’objectif des sciences cognitives.

[…] Les Etats-Unis ont contextuellement été fondés comme “l’empire américain” en se séparant de l’empire britannique. “Nous avons creusé les fondations d’un empire” avait dit George Washington. Il déclara aussi: “Ce n’est que dans notre caractère unifié en tant qu’empire que notre indépendance est reconnue, que notre puissance peut-être reconnue ou notre crédit soutenu au sein des nations étrangères.

Comprendre que les Etats-Unis ont été fondés en tant qu’entreprise impérialiste nous permet de comprendre pourquoi la loi fédérale indienne, commençant avec le verdict de l’affaire Johnson, est plus correctement comprise en termes de modèle du conquérant et en termes des valeurs imbriquées dans des conceptions impériales romaines telles que imperium, dominatio, occupatio, domo, dominus etc…

[…] De 1783 jusqu’à la fin du XIXème siècle, l’empire américain s’est concentré sur l’extension de son contrôle territorial des nations indiennes dans les zones qu’il clâmait en Amérique du Nord. Cela ne fut qu’un amuse-gueule. Les Etats-Unis ont ensuite ardememnt travaillé à saisir une bonne partie du territoire du Mexique, puis s’est étendu dans le Pacifique pendant la guerre américano-espagnole. La politique étrangère américaine se tourna vers le désir de prendre le contrôle de Cuba, de Puerto Rico, des Philippines, de Guam, des Iles Vierges, Hawaii etc… Au cours du XXème siècle, les Etats-Unis ont étendu leur influence impérialiste autour du monde d’une telle manière, qu’il y a maintenant (NdT: en 2008 lorsque fut publié ce livre, bien plus maintenant…) quelques 725 bases militaires américaines réparties en territoires étrangers.

[…] En septembre 2000, un grand changement se fit jour quant à la doctrine avec le Project for a New American Century (PNAC), un think tank localisé à Washington D.C, qui publia un long rapport intitulé: “Rebuilding America’s Defense: Strategy, Forces and Resources for a New Century.” Le projet déclara: “Alors que le XXème siècle tire à sa fin, les Etats-Unis sont la seule super-puissance, combinant une puissance militaire prominente, un leadership technologique mondial et la plus grande économie au monde. Les Etats-Unis n’ont plus de rival et donc leur grande stratégie devrait être de préserver et d’étendre leur position avantageuse aussi loin dans le futur que possible.

[…] Le rapport notait également que “le processus de transformation, même s’il amène des changements révolutionnaires, sera sûrement très long à défaut d’un évènement catastrophique de l’ampleur d’un nouveau Pearl Harbor.” Les attaques sur le WTC et le Pentagone juste un an exactement après que le rapport du PNAC fut publié (Septembre 2000), furent l’évènement catalyseur qui mit en branle une série de changements de grande envergure. Nous en subissons toujours les effets aujourd’hui.

[…] Il y a ce vieux cliché disant que les choses deviennent noires avant l’aube et le retour de la lumière. La voie de sortie de cette sombre période dans laquelle nous nous trouvons en ce moment doit impliquer un changement positif de paradigme cognitif en s’éloignant de la mentalité et des attitudes d’empire et de domination, réflectrices du modèle du Conquérant et du modèle du peuple élu/terre promise de l’ancien testament, incluant la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination énoncée dans le verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh.

[…] En tant que peuples et nations originels de l’Île de la Grande Tortue, nous devons inviter le monde à marcher avec nous côte à côte sur ce merveilleux chemin de la vie en restant centré sur l’enseignement de la loi indigène: Respectez la Terre comme votre mère et portez un regard sacré sur tout être vivant.

Fin

Le livre se termine par 31 pages de notes de chapitres et 11 pages de références bibliographiques.

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Notre conclusion

L’analyse de Newcomb est unique en son genre et nous permet de réellement bien comprendre le cœur du problème colonialiste. Depuis le XVème siècle, la racine profonde de la domination eurocentrique sur le monde est d’ordre religieux même si dans le temps, essentiellement au XIXème siècle et l’expansion de l’empire français sous la IIIème république, et celui de l’empire britannique sous le règne de la reine Victoria, ont vu les objectifs de la conquête glisser du religieux à “l’humanitaire” et à l’universalisme de la culture occidentale “supérieure” s’étant octroyée un devoir de rayonner non plus sur un monde “barbare et païen” mais sur un monde “barbare et ignorant”. La belle affaire !

La notion de conquête, de domination européenne du monde prend sa source dans les bulles papales du XVème siècle qui divisèrent le monde pour sa possession par l’empire de la chrétienté. Il est effarant en effet de constater que l’empire américain actuel est fondé sur une appropriation arbitraire, un vol de terres ne lui appartenant pas, vol qui s’est vu enterriner au fil du temps par la passation de la domination fondée sur des principes fondamentalement racistes d’un empire à un autre. Toujours plus effarant de constater que cette domination ordonnée par des édits du Vatican, a été intégrée dans la loi américaine (et canadienne) par le jeu de la reconnaissance et donc de la validation soi-disant légale d’édits religieux d’un autre temps, le tout dans la logique suprématiste d’une nation qui s’auto-déclare “indispensable” et ayant une “destinée manifeste” de rayonner sur le monde dans le plus pur esprit sectaire des puritains anglicans du Mayflower s’établissant sur la côte Est du “nouveau monde”, créant en Nouvelle-Angleterre, cette “cité sur la colline destinée à rayonner sur le monde”.

La réalité, comme exposé par Newcomb dans cet ouvrage qui fera date, est que tout ceci n’est qu’un leurre, une vaste supercherie criminelle et que l’empire est fondé sur un territoire volé, usurpé au prix du plus grand génocide de l’histoire de l’humanité (les chiffres oscillant entre 50 et 100 millions de morts depuis 1492 selon les sources). Cet empire est “sans terre”, il est nécessaire de déconstruire la fabrication pseudo-légale de son existence pour le forcer à disparaître. Les nations et peuples natifs du continent peuvent le faire, mais ils ont besoin de l’aide d’occidentaux eux-mêmes émancipés de l’idéologie colonialiste qui leur est inculquée et martelée depuis des générations. Notre position est que l’avenir de l’humanité passe par la coopération des peuples occidentaux libérés de l’idéologie mortifère colonialiste se tenant la main dans la main avec leurs frères des peuples indigènes de tous les continents pour se débarrasser du paradigme politique dominant, totalitaire, inégalitaire et fondamentalement raciste actuel pour reconstruire un nouveau paradigme sociétal égalitaire, non-coercitif, non-hiérarchique, au pouvoir dissout dans le peuple, fondé sur le respect des uns pour les autres. L’humain est capable de choses merveilleuses pourvu que l’environnement soit propice. Créons ensemble cet environnment en mettant le modèle politico-économique de l’État et du capitalisme aux oubliettes de l’Histoire, leur seule place légitime et en créant la société des sociétés, l’organisme collectif égalitaire où la véritable préoccupation sera le bonheur harmonieux et partagé sur terre. Rêve, utopie ! Hurlerons certains… Non, un projet politique et social réaliste si on s’en donne VRAIMENT les moyens, ensemble !

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ 4ème partie ~

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“Pendant dix siècles, le christianisme, armé de la toute puissance de l’église et de l’État et sans concurrence aucune de la part de qui que ce fût, put dépraver, abrutir et fausser l’esprit de l’Europe.”
~ Michel Bakounine ~

“L’historien Schlomo Sand nous laisse à l’inévitable conclusion que les juifs contemporains n’ont pas d’origine commune, que leurs origines sémites sont un mythe. Les juifs n’ont absolument aucune origine en Palestine et donc leur action de soi-disant ‘retour’ doit être comprise comme prétexte à une invasion expansionniste tribale.”

~ Gilad Atzmon ~

 

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ 4ème partie ~

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Chapitre 8: Convertir la découverte chrétienne en conquête du paganisme

Dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh, le juge de la Cour suprême des Etats-Unis, John Marshall, écrivit que “les différentes nations d’Europe” n’avaient pas “entièrement” ignoré les droits des nations natives, car les nations d’Europe avaient “respecté les natifs en tant qu’occupants”. Le mot “entièrement” suggère bien sûr que les nations européennes avaient essentiellement ignoré les droits des nations natives, mais simplement pas “entièrement”. Comme nous allons le voir, du point de vue de la cour suprême, les droits des Indiens furent ignorés dans la mesure nécessaire de s’assurer que les nations indiennes fussent placées dans l’incapacité de contredire l’affirmation par les Etats-Unis de leur “domination ultime” sur les terres du continent et leur “titre (de propriété) absolu”.

[…] Le juge dit aussi que les chartes royales illustraient comment le “peuple chrétien” avait assujetti un “droit de prendre possession” des terres indigènes du continent, sur la base de la “découverte”, “nonobstant l’occupation par les natifs, qui étaient des païens”. En d’autres termes, Marshall voyait les chartes royales comme preuves que les monarques chrétiens européens, qui envoyèrent des colonisateurs sur ce continent, étaient en possession d’une autorité gouvernementale (dominion) pour convoyer ou octroyer les terres des “païens”.

[…] Comment cela fut abondamment illustré dans le chapitre 4 de ce livre, en particulier avec le point de vue de Henry Summer Maine au sujet des Indiens comparés “presque universellement aux Canéens de l’ancien testament”, la toile de fond cognitive de Marshall dans l’affaire Johnson est le modèle cognitif du “peuple élu sur la terre promise”: Les monarques chrétiens ou les nations s’arrogeant la “découverte” des terres, le faisaient sous le coup d’un mandat de dieu qui leur avait été donné en tant que ‘peuple élu’, pour localiser, posséder, et occuper les terres païennes ‘promises’. D’après ce modèle mental, dieu est considéré avoir promis la terre aux chrétiens européens et ce n’est donc en conséquence qu’une question de temps avant que les peuples indigènes ne soient extirpés de ces terres. Le juge Joseph Story à son tour, colporta ce sens même d’occupation temporaire des terres par les Indiens, lorsqu’il se référa aux Indiens ayant possession de la terre pour leurs “buts temporaires et fugitifs”.

[…] Les droits des peuples indigènes ne furent donc pas totalement ignorés, mais furent “dimininués dans une grande mesure”, dans une grande mesure parce que leurs “droits à la souveraineté totale en tant que nations indépendantes, furent nécessairement diminués par le principe fondamental original, celui qui veut que la découverte ait donné le titre exclusif à ceux qui ont fait la découverte.”. Devant l’ampleur de l’existence de la domination des Amérindiens par les Etats-Unis, ceci mena à cette conception du fait de la diminution de la souveraineté des Indiens et de leur indépendance, à cet égard, le point suivant est central à l’argument du présent travail.

La découverte comme “masque” du pouvoir mental de conceptualisation

[…] Ainsi, l’assomption sous-jacente et hautement implausible suggérée par la cour est que la simple arrivée physique des Européens sur le continent des Amériques est ce qui leur a “donné le titre (de propriété) ultime” sur les terres de ce (sous) continent. Pourtant, malgré la très longue présence physique de dizaines de millions de personnes indigènes sur le continent au moment de l’arrivée des Européens, il n’y a aucune raison sensible et apparente de croire que la simple arrivée des Européens auraient pu annihiler la possession des Indiens de façon à donner aux Européens le titre ultime de propriété sur les terres indigènes du continent.

[..] La théorie cognitive nous permet de reconnaître là une affirmation sous-jacente enfouie dans le verdict de Johnson: Les Européens se sont mentalement aloués la domination sur les terres du continent et leur titre de propriété en se conceptualisant imaginairement eux-mêmes comme ayant la domination et le titre sur les terres du continent. Le concept de “découverte” réfère tacitement à la capacité des Européens d’imaginer la possibilité d’une “réalité” particulière et d’agir ensuite avec une énergie intense et répétée sur cette possibilité de l’imaginaire jusqu’à ce que la “réalité” envisionnée se “manifeste” ou “soit construite”. […] NdT: C’est le principe connu du “répéter un mensonge très souvent et il devient vérité…”

La personnification de la découverte dans le verdict de l’affaire Johnson

Un point clef exprimé dans le verdict est que le gouvernement des Etats-Unis a formellement adopté l’argument disant que le “peuple chrétien” avait “découvert” ce continent “païen” et que les “habitants civilisés” des Etats-Unis avaient donc collectivement “maintenus ce pays” sur la base du “droit à la découverte”. Marshall a dit que c’est à la base même du droit de la découverte que tous les états des Etats-Unis “tiennent et assument maintenant le titre (de propriété) par lequel ce pays fut acquis”.

]…] L’utilisation par Marshall du concept de “découverte” est même plus problématique parce que les chrétiens européens n’ont pas découvert ce continent dans le sens de découvrir un endroit qui était inconnu, il ne sont en fait apparus que sur des terres occupées et connues de dizaines de millions de personnes constituant les nations indigènes. Il est donc en cela parfaitement incorrect de dire que les européens auraient découvert des terres “jusque là inconnues”, d’un point de vue euro-centrique, cela ignore totalement la mentalité propre des peuples autochtones et leur conscience toute particulière de leurs propres terres. Il est de fait bien plus correct de dire que les Européens sont arrivés invasivement sur ce continent.
Ce qui est généralement référé à la doctrine de la découverte pourrait en fait être appelée de manière bien plus juste et précise la doctrine de l’arrivée européenne, mieux même: la doctrine de l’invasion européenne chrétienne.

[…] Le pouvoir d’octroyer des terres en possession des Indiens a déjà été exercé précédemment par les nations européennes, nous dit le juge suprême Marshall. Ainsi toutes les nations d’Europe qui ont acquises des terres sur ce continent ont reconnu pour elles-mêmes et on reconnu pour les autres, le droit exclusif des découvreurs chrétiens de s’approprier les terres occupées par les Indiens.

Les Etats-Unis ont-ils adopté la doctrine de la découverte ?

Les Etats-Unis ont-ils adopté ou rejeté le principe de la découverte ?” avait demandé Marshall. En répondant à cette question, le juge de la cour suprême des Etats-Unis suggéra qu’au traité de Paris de 1783 (qui mît fin à la guerre d’indépendance des Etats-Unis), la Grande-Bretagne avait transféré son assertion de domination ultime aux Etats-Unis et que lorsque ce transfert eut lieu, les Etats-Unis commencèrent à utiliser les mêmes arguments que ceux de la découverte chrétienne pour assumer leur propre affirmation de domination sur les territoires indiens de l’Amérique du Nord (NdT: n’oublions pas que le Canada n’existait alors pas, il fut “officiellement” créé en 1867). Ceci fut fait sur la base de cette affirmation de “dominion” ou de “droit de prendre possession”, a dit Marshall, que les Etats-Unis affirmèrent subséquemment avoir le pouvoir et le droit de donner, distribuer les terres qui étaient toujours habitées et en possession légitime des nations indiennes. De surcroît, les Etats-Unis refuseraient de reconnaître que les Indiens possédaient quelque droit que ce soit qui pourrait être en conflit et leur permettre de contrôler la terre à l’encontre des Etats-Unis.

[…] Ainsi, les institutions des Etats-Unis reconnaissaient que la “couronne” britannique avait le titre (complet) et absolu sur les terres et comme il ne peut y avoir qu’un seule titre de propriété “absolu” pour la même chose au même moment, Marshall en conclût alors que les titre des Indiens était moins qu’absolu, et donc moins que “complet”. De l’opinion de la Cour suprême, comme le titre indien n’était pas un titre de dominion/domination, il n’était “juste” qu’un droit “d’occupation des sols” sujet à la domination des premiers “découvreurs” européens chrétiens ou sujet à la “domination” du successeur politique et légal de ces premiers découvreurs, à savoir, les Etats-Unis. […]

Règles de la conquête

Le juge Marshall expliqua que la cour ne faisait qu’appliquer aux Indiens les règles coutumières de la conquête:

La conquête donne un titre que les tribunaux du conquérant ne peuvent pas nier, quelque soit l’opinion privée et spéculative des individus, respectant l’affirmation de justice originale qui a été correctement évaluée. Le gouvernement britannique qui était alors notre gouvernement et dont les droits furent passés aux Etats-Unis, avait affirmé le titre des terres occupées par les Indiens au sein des limites établies par les chartes des colonies britanniques. […] Le titre de propriété de la très vaste portion des terres que nous possédons, y a son origine. Il n’est pas du ressort des tribuanux de ce pays de mettre en question la validité de ce titre, ou d’en soutenir un autre qui lui serait incompatible.

[…] Puis Marshall se lance dans une analyse de la conquête et du rôle du conquérant donnant la fausse impression qu’il appliquait ces règles de la conquête aux Indiens:

Le titre [de propriété] par conquête est acquis et maintenu par la force. Le conquérant en prescrit les limites. […] Le plus souvent, les conquis sont assimilés et incorporés dans la nation victorieuse et deviennent sujets ou citoyens du gouvernement avec lequel ils sont connectés. […]”

Utilisant une mauvaise et fausse description des Indiens comme étant de “féroces sauvages”, Marshall poursuivit pour expliquer pourquoi il était impossible d’appliquer les règles ci-dessus à la conquête des Indiens:

Mais les tribus indiennes habitant ce pays étaient féroces et sauvages, leur occupation était la guerre et leur subsistance dépendait principalement de la forêt. Les laisser en possession de leur pays était laisser le pays à l’état sauvage ; les gouverner en tant que peuples distincts était impossible, parce qu’ils étaient aussi braves et hautement motivés qu’ils étaient féroces et étaient totalement prêts à repousser par les armes toute tentative sur leur indépendance.” […]

Ce fut Marshall lui-même qui, au nom de la cour suprême des Etats-Unis, utilisait le verdict de l’affaire Johnson comme une opportunité pour suggérer une règle nouvelle et totalement différente de la conquête, que les Etats-Unis pourraient utiliser contre les nations indiennes. Quelle fut cette nouvelle règle suggérée par Marshall ? Simplement celle-ci:

Quoi qu’extravagante puisse paraître la prétention de convertir la découverte d’un pays habité en sa conquête, si le principe a été établi en première instance, puis maintenu subséquemment, si un pays a été acquis sous ce principe, si la propriété de la vaste masse de la communauté a ce principe pour origine, alors ce principe devient la loi de la terre et ne peut pas être mis en question.

[…] Marshall reconnait librement qu’une telle prétendue conquête puisse paraître “extravagante” et même être hors du raisonnable. Et pourtant, il dit aussi qu’il peut être possible de justificer cette prétention à la conquête pour plusieurs raisons: d’abord si la conquête prétendue a été établie au préalable puis maintenue, secondo, si le pays a été acquis sur la base de cette prétention de conquête et tertio si la propriété de la vaste masse de la communauté a pour origine la prétendue conquête. Alors la conquête devient la loi et ne peut plus être questionnée.

Ainsi, les Etats-unis prétendraient que les nations indiennes sont les habitants “conquis” de ce continent et qu’elles ne possèdent pas de droit de dominion sur leur propres terres ancestrales, ainsi menant à la “conclusion” que le “titre absolu de propriété” du sol était en possession des premiers chrétiens foulant cette terre ou des successeurs politiques et légaux de ces premiers chrétiens. La théorie résultante de “l’occupation païenne” veut dire que les nations indiennes étaient vues par les Etats-Unis comme ne possédant ni la domination ni le titre absolu des terres du continent et seraient ainsi vues comme étant incapables de transférer le titre absolu à d’autres. Sur cette base, la cour suprême a décidé que les titres de propriétés de la terre détenues par des entreprises étaient nuls et non avenus, car les Indiens n’avaient que le titre d’occupation des sols a vendre dans la mesure où les achats privés de terres aux Indiens n’étaient pas considérés comme valides.. La cour considéra les titres opposés être valides, mais neeanmoins contre le don de terre des Indiens, car cela résultait d’un don des Etats-Unis, qui de manière supposée détenaient le titre de propriété absolu par droit de découverte et de domination chrétienne.

[…] Ainsi de par notre analyse du verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh, nous avons documenté que le concept de découverte comme il est utilisé dans le verdict de l’affaire Johnson veut dire découverte par le peuple chrétien de terres habitées par des “natifs”, qui sont des “païens”. Il s’ensuit que nous pouvons caractériser avec précision la nouvelle règle du juge Marshall comme:

  • Une affaire de prétendre qu’une simple découverte de terres habitées par des “païens” par les chrétiens, était la même chose que la “conquête” desdits “païens”.
  • Que ce prétendu évènement de la découverte a résulté dans la présomption que les Européens chrétiens possédaient automatiquement le “dominion/la domination” ultime sur les peuples indigènes et leurs terres.

Cette règle de prétendue conquête est fondée sur le pouvoir cognitif de l’assomption. Après tout, un des sens du mot “assumer” est … “prétendre”, un autre est “d’approprier ou de s’arroger” comme dans “assumer le droit de ou sur…” Ainsi le verdict de l’affaire Johnson démontre clairement la capacité des officiels du gouvernement des Etats-Unis, comme John Marshall le haut fonctionnaire magistrat, d’imaginer que les Etats-Unis possèdent le “pouvoir plénier” sur les nations indiennes et de clâmer, sur la base de la découverte (chrétienne), un droit de s’approprier les terres indiennes et les ressources naturelles de ce continent pour le bénéfice économique exclusif des Etats-Unis. Par là donc, le verdict dans l’affaire Johnson assume, sur la base d’une règle de prétendue conquête et d’une distinction entre “les peuples chrétiens” et les “païens”, que les Etats-Unis ont le droit de coloniser un continent entier. De l’opinion de la Cour Suprême des Etats-Unis, cette “nouvelle règle” établie est devenue la loi de la terre.

L’écriture de Marshall dans le rendu du verdict de la cour suprême dans l’affaire Johnson contre M’Intosh (1823) est véritablement ingénieux et d’un point de vue indigène, quelque peu diabolique. Il a utilisé la religion chrétienne et le nationalisme chrétien, combinés avec les pouvoirs cognitifs de l’imagination et de l’assomption, pour construire une réalité subjugatrice pour les Indiens d’Amérique du Nord. Plus de 180 ans après que Marshall eut écrit noir sur blanc le rendu du verdict de l’affaire Johnson au nom d’une cour suprême unanime, cette réalité subjugatrice sert toujours de pierre angulaire pour la loi et la politique fédérale indienne. Clairement, la doctrine de la prétendue conquête chrétienne de John Marshall et sa doctrine du prétendu titre chrétien absolu (titre foncier ultime des Etats-Unis) sont deux aspects brillants et néfastes de son héritage judiciaire.

Chapitre 9: Le processus mental de la négation

En catégorisant les peuples indigènes comme païens, le juge Marshall les conceptualisait en termes de ce qu’ils n’étaient pas!

Ceci est un exemple d’assigner les peuples indigènes une catégorie de négation fondée sur un MCI chrétien, qui du point de vue chrétien, suggère inconsciemment tout ce qui est positif, bon et totalement humain. Au contraire, de la même perspective, la catégorie des “païens” sert une fonction cognitive tacite d’un jugement fondé sur la négation: non chrétien, mauvais, négatif, incivilisé, pas totalement humain. A ce titre, le fait d’être “païen” » peut tout aussi bien vouloir dire “ne pas exister”, comme nous le verrons plus loin.

[…]

Res Nullus

James Truslow Adams identifia un tel processus mental de négation lorsqu’il écrivit: “Un païen était considéré comme nullus, de cette façon sa propriété n’avait pas de propriétaire, ainisi le sol américain pouvait être approprié par qui que ce soit la trouvait en premier.” Quelqu’un qui est classifié comme non-existant est, du point de vue de celui que l’a classifié de cette façon, le propriétaire de rien du tout. Ainsi la catégorie “nullus” a servi de but pour assigner mentalement les peuples indigènes dans la catégorie des politiquement inexistants sans concept de nation indépendante contre les nations chrétiennes européennes.

Le terme nullus est dérivé du latin null voulant dire “rien, aucun, invalide et nul (et non avenu)”. Le terme “vide, nul” est dérivé du latin vacuum signifiant “vide”.

[…] Ces processus mentaux étaient empruntés de la Rome antique et de la loi, du droit romains. Un des aspects du droit romain voulait qu’à la déclaration des hostilités, les terres ennemies soient déclarées “nullius” ou “sans propriétaire”. L’ennemi des Romains étaient déclaré n’être “personne” (dans le sens d’inexistant), ce qui voulait dire politiquement inexistant pour l’empire romain. Cet art mental de la guerre rendait subtilement les terres ennemies “vacantes” et donc “ouvertes” à la possession.

Le processus romain pour prendre possession des terres ennemies était connu sous le nom d’ “occupatio” dans le droit romain, ce qui voulait dire occupation de la terre.

Ceci voulait dire “prendre possession d’une terre qui n’appartient à personne et de s’en approprier le titre de propriété.” Le terme romain était “res nullius”, qui avait deux façons de voir la chose: “La propriété n’avait jamais eu de propriétaire et la propriété n’avait plus de propriétaire au moment de l’appropriation”.

[…] D’après Henry Sumner Maine, nous avons le concept romain d’occupatio référant à “l’occupant qui prit possession en premier lieu” ou de “terres nouvellement découvertes”. En accord avec Maine, l’occupatio romain incluait les droits complets de domination, alors que d’après conception de la cour suprême des Etats-Unis, le titre indien d’occupation des sols n’incluait pas la domination/dominion.

[…] Le juriste Hinsdale identifia une connexion directe entre le principe de droit romain de res nullius et le verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh, mais avec une connotation religieuse comme nous l’allons voir. […] Hinsdale nota que Maine ne vit pas “que l’application de la doctrine du droit romain au Nouveau Monde des XVIème et XVIIème siècles fut faite par le moyen d’une nouvelle définition de nullus.” En d’autres termes, d’après la lecture d’Hinsdale de Francis Lieber, la signification de la doctrine légale pré romano-chrétienne de nullus, fut changée pendant le soi-disant Âge de la Découverte.

Hinsdale commença son explication de la nouvelle signification de res nullius en notant que “les puissances maritimes de l’époque n’ont pas reconnu les sauvages comme leurs ennemis ni plaidé les droits du conquérant en relation avec leurs prises de terres à l’Ouest.” Hinsdale dit que le juge Marshall pensait que “les possessions anglaises en Amérique ne furent pas assumées en tant que droit de conquête mais par le droit de ‘découverte’ et que ceci fut également le fondement des prises de possession des autres puissances qui se divisèrent le Nouveau Monde.

[…] Développant sur ce point Hinsdale continua:

De manière pratique, la découverte, lorsque consommée par la prise de possession, était conquête, mais théoriquement, c’était quelque chose de très différent. Un ennemi défait dans la bataille était ‘nullus’ d’après le droit romain, mais une autre définition, une plus amène avec la mentalité de l’époque, fut alors adoptée. Cette définition fut fournie par l’église catholique apotholique et romaine.

La nouvelle définition de ‘nullus’ était, un païen, infidèle, incroyant ou une personne non-baptisée. “Le paganisme, qui voulait dire non-baptisé’, dit Dr. Lieber, “retire à l’individu ces droits qui sont une véritable moralité juridique inhérente à chaque être humain.” […] Ainsi cette définition concède que res nullius est la propriété de celui qui découvre, qu’un infidèle est nullus, que le sauvage américain est un infidèle et que l’argument est ainsi complété. Que l’église, dont un des grands devoirs et de protéger le faible et le vulnérable, ait suppléé la moitié de la logique qui a justifié de la ruine et de la mise en esclavage des païens, est une des grandes anomalies de l’histoire.

[…] Ainsi Hinsdale décrivit un processus mental dans lequel nos ancêtres natifs étaient métaphoriquement conceptualisés sur la base (exclusive) de la religion chrétienne, comme étant des païens, des infidèles ou des sauvages non-croyants.

[…] En accord avec ce cadre de réflexion, en catégorisant nos nations natives respectives comme politiquement inexistantes, soit partiellement, soit entièrement, pour manque de baptême chrétien, quelques penseurs chrétiens européens, comme l’a montré Hinsdale, ont étiqueté les terres ancestrales des nations indigènes comme étant “terra nullus”, ou terres vacantes sur lesquelles les chrétiens pouvaient dès lors légitimement affirmer leur “dominion/domination”. Et bien que Francisco de Victoria, qui est considéré comme le père fondateur de la “loi internationale” ou “loi des nations”, fut de l’opinion que les non-chrétiens étaient des humains qui avaient le droit à la liberté, la propriété et à la domination territoriale, ceci ne fut pas le chemin conceptuel suivi par la cour suprême des Etats-Unis dans son verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh en 1823.

Occupation païenne et dominion chrétien

Marshall a dit dans le verdict de l’affaire Johnson que du point de vue de la Grande-Bretagne, “il n’y avait pas de disticntion entre les terres vacantes et les terres occupée par les Indiens.” Pourquoi ? parce que comme Francis Lieber l’avait fait remarquer, d’une perspective chrétienne européenne, les peuples qui n’étaient pas baptisés étaient vus comme manquant “ces droits qu’une véritable moralité juridique considère inhérents à chaque être humain.” Sur cette base conceptuelle et malgré quelques caractéristiques “humaines” que les chrétiens européens considéraient les peuples indigènes avoir, ceci n’empêcha pas un empire chrétien européen de “découvrir” et de clâmer une domination totale sur les nations indigènes et leurs terres.

En catégorisant nos ancêtres comme étant païens et infidèles, les chrétiens européens catégorisaient également nos ancêtres comme moins qu’humains, pareils à des monstres.

[…] Il convient ici de noter que la loi internationale est dite ne s’appliquer qu’à la catégorie unique des croyants de la chrétienté. Ainsi, la loi internationale de la chrétienté et son principe de loi d’occupatio était l’acte de chrétiens ou d’une puissance chrétienne clâmant le droit de prendre possession des terres habitées par des peuples indigènes décrétés par les Européens chrétiens comme étant des païens, des monstres ou moins qu’humains.

[…] Dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson, un “prince ou peuple chrétien” avait “dominion” par droit de “découverte”, mais les “païens” n’avaient aucun droit.

Comme l’a également dit le juge Joseph Story dans son interprétation du verdict de l’affaire Johnson: “En bien des cas, les Indiens furent traités comme des communautés indépendantes, libres de se gouverner elles-mêmes, aussi longtemps que cela n’interférait pas avec les droits primordiaux des Européens découvreurs du continent.

Les Européens chrétiens s’approprient mentalement les nations et territoires indigènes

Avant l’invasion européenne chrétienne du continent, les nations indigènes étaient physiquement et mentalement libres et indépendantes des idées et du jugement de la chrétienté. Une autre façon de dire ceci serait de dire qu’avant la venue des Européens chrétiens sur ce continent avec leur intention de conquérir et de subjuguer, ils n’avaient absolument aucun contrôle des peuples et nations indigènes de l’endroit et ce sur tout le continent des Amériques. Ainsi donc, d’une perspective indigène, l’existence libre et indépendante des nations indigènes peut-être vue comme la base de toutes discussions sur l’existence même des Indiens des Amériques. Le système conceptuel de la loi et de la politique fédérales indiennes est fait pour nier cette réalité de base en prétendant que dès le premier moment où les Européens chrétiens ont posé les yeux sur le continent, l’esprit européen a pris possession de l’existence des peuples et nations indigènes.

[…]

Pourquoi les nations et peuples Indiens continuent d’être légalement libres

[…] Qu’est-ce qui a causé les peuples et nations indigènes de cesser d’être légalement libres et indépendants ?

La réponse est: rien ! Les peuples et nations indigènenes continuent jusqu’à ce jour d’être légalement libres et indépendants des Etats-Unis et de toute activité mentale des officiels et fonctionnaires du gouvernement fédéral. Néanmoins, la loi fédérale indienne est fondée sur l’assomption que le gouvernement des Etats-Unis possède une autorité plénière et une domination légitimes sur les nations amérindiennes sur la seule base de la “prétention extravagante” que le peuple chrétien a découvert des terres païennes pendant la période du soi-disant Âge de la Découverte.

[…] Comme ce livre l’a clairement démontré, le double modèle cognitif idéalisé (MCI) du conquérant et du peuple élu sur la terre promise ont fourni la base pour prétendre qu’une simple présence mentale et physique des Européens chrétiens sur le continent causa le fait que les peuples et nations indigènes ne sont plus libres. Ce point de vue repose sur la présomption suivante:

Dès que les Européens chrétiens eurent envahi l’espace territorial de non-chrétiens, les dits non-chrétiens cessèrent immédiatement d’avoir une “indépendance parfaite”. Pourquoi ? Parce que les païens et les nations païennes doivent respecter la volonté de dieu comme exprimée dans la Génèse 1:28 de l’Ancien Testament. En d’autres termes, c’est par la “volonté de dieu” que les chrétiens exercent et maintiennent une suprématie sur les non-chrétiens en les subjugant et en exerçant une domination sur la terre et tout autre être vivant.

En se présumant inconsciemment comme ayant un droit de pouvoir mental et de jugement sur des “païens”, les chrétiens furent capables de juger les Indiens comme n’étant plus autorisés à continuer de vivre librement et indépendamment. Sur la base d’un point de vue biblique disant qu’au peuple élu est providentiellement assigné la tâche de subjuguer la terre et d’exercer la domination sur tout être vivant, les chrétiens se considèrent comme étant un peuple choisi divinement et obligé de “sauver” les païens en les subjugant, ce qui de manière euphémiste est référé comme étant les “civiliser”. Ceci devait être accompli en scindant les nations païennes pour ensuite convertir les membres de ces nations au christianisme, pour que chaque chrétien individuellement se retrouve soit sujet d’une monarchie européenne ou citoyen d’un état chrétien européen par le biais d’une assimilation progressive. C’est de ce point de vue que les païens sont destinés par dieu à être sauvés et réduits dans la civilisation chrétienne européenne.

Chapitre 10: La théorie des nations chrétiennes: cachée à la vue de tous

[…] Dans son petit livre très utile “Les droits des Tribus Indiennes” (Illinois University Press, 1992), Stephen L. Pevar écrivit: “Bien des gens questionnent le droit du gouvernement fédéral de gouverner les Indiens et croient que les nations indiennes n’ont pas perdu leur indépendance. Le gouvernement des Etats-Unis n’est pas du tout d’accord avec ceci et ses tribunaux ont maintenus de manière consistante le pouvoir du gouvernement fédéral sur les Indiens et son droit de pouvoir intervenir dans leurs affaires.” En soutien de ses commentaires, Pevar cita le verdict de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire Worcester contre l’état de Georgie en 1832 et quelques autres verdicts de cours suprêmes. Il dit alors:

Pour bien des raisons, le congrès pourrait bien avoir tort en présumant qu’il a le droit de gouverner les Indiens. Pour les personnes intéressées à suivre ce sujet, il y a pas mal de sources qui peuvent être consultées. En toute probabilité quoi qu’il en soit, le gouvernement fédéral continuera à exercer son pouvoir sur les nations et tribus indiennes et ce livre rend compte de cette assomption. Le vieil adage qui dit que ‘la force donne le droit’ contrôle la relation entre les Indiens et les Etats-Unis. Le gouvernement fédéral ne leur permettra jamais de vraiment s’auto-gouverner, il ne leur rendra pas non plus leurs terres.” … Pevar identifia également une autre théorie qu’il assure les Etats-Unis avoir utilisé pour justifier de l’assomption du contrôle fédéral sur les Indiens. Une des manières par laquelle la cour suprême a justifié d’un tel contrôle a dit Pevar “est une règle de la loi internationale qui déclare que la découverte et la conquête donnent au conquérant la souveraineté sur la propriété foncière des terres ainsi obtenues.” La citation est directement empruntée du verdict de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire des Indiens Tee Hit Ton contre les Etats-Unis (1955). En d’autres termes: “Aux vainqueurs le butin”. Puis citant le verdict de Johnson contre M’Intosh, Pevar nota que la cour suprême avait décidé “Qu’en vertu de la ‘découverte’ de l’Amérique du Nord par les Européens et la ‘conquête’ de ses habitants, le gouvernement fédéral est autorisé à forcer ses lois sur les personnes et les propriétés au sein des Etats-Unis.

[…] Ce livre a déjà présenté un grand nombre de preuves démontrant la base religieuse de l’assertion par les Etats-Unis d’une autorité sur les peuples et nations indiens du sous-continent… La théorie des nations chrétiennes est une théorie cachée et pourtant officielle développée par les hauts fonctionnaires du gouvernement des Etats-Unis pour expliquer comment les nations indiennes passèrent de libres et indépendantes à être regardées comme être sujettes à l’autorité gouvernementale ultime des Etats-Unis.

En 1835, juste un an avant la publication des “Elements de la loi internationale” de Henry Wheaton, le juge John Catron (sur la base du verdict de l’affaire Johnson) déclara que les Etats-Unis avaient le droit de physiquement forcer les Indiens à être obéissants, ceci basé sur la loi internationale de la chrétienté ou “Loi des Nations”. Cent ving ans après que Catron ait publié son verdict dans l’affaire de l’Etat du Tennessee contre Foreman, le juge de la cour suprême Stanley Reid, écrivant pour une cour majoritaire, utilisa une ligne de raisonnement similaire dans le verdict de l’affaire Tee Hit Ton contre les Etats-Unis, pour affirmer que la découverte chrétienne avait donné aux nations chrétiennes la souveraineté sur la propriété de et le titre de propriété sur les terres indiennes païennes. (NdT: ceci remonte à 1955 et non pas au déluge !!…)

Nous pouvons examiner un extrait du juge Catron dans son rendu de décision de l’affaire l’État du Tennessee contre Foreman. Le juge Catron fut plus tard nommé à la cour suprême des Etats-Unis par le président Andrew Jackson (NdT: sans doute le plus ouvertement raciste de tous les présidents des Etats-Unis…):

Nous maintenons que le principe déclaré au XVème siècle comme ‘loi de la chrétienté’ disant que la découverte donnait la permission d’assumer la souveraineté sur et de gouverner les peuples natifs non convertis (au christianisme) d’Afrique, d’Asie et des Amériques du Nord et du Sud, a été reconnu comme partie de la loi internationale (ou loi des nations), depuis plus de quatre siècles et que ceci est maintenant reconnu par toutes les puissances chrétiennes dans leurs départements politique et judiciaire […] Notre assertion est fondée sur le droit de coercition. Ceci peut-être dénoncé par les moralistes. Notre réponse à cela est que ceci est la loi de la terre. Sans cette assertion et sa mise en place drastique et vigoureuse, nos ancêtres n’auraient jamais pu habiter ce continent. Abandonner ce principe maintenant, serait admettre qu’ils n’étaient que des usurpateurs injustes et que nous-mêmes, succédant à leur autorité usurpée et assertion nulle et non-avenue de posséder et de gouverner le pays, devrions en toute honnêteté l’abandonner, retourner en Europe et laisser les parties subjuguées revenir à l’état sauvage et les terres redevenir des terrains de chasse.

Ci-dessus donc, nous trouvons le juge Catron disant que, durant l’Âge de la Découverte, c’était la Loi de la Chrétienté qui donnait aux puissances chrétiennes “découvrant” de “nouvelles terres” le droit “d’assumer la souveraineté sur et de gouverner les natifs païens non-convertis, non-baptisés et non-chrétiens.” Donc Catron, pour la cour suprême de l’état du Tennessee, a non seulement affirmer que les puissances chrétiennes avaient “le droit de coercition pour l’obéissance” sur les nations indigènes non-chrétiennes, mais encore que ce droit religieux de coercition est validement exercé par le gouvernement des Etats-Unis et est en quelque sorte devenu “la loi de la terre” dans ce pays. Cette théorie au fondement religieux de ce nationalisme chrétien expliqua comment les nations indigènes passèrent de manière supposée à l’état de liberté et d’indépendance à celui d’être considérées sujets de la domination ultime par l’autorité gouvernementale des Etats-Unis et de ses hauts-fonctionnaires. Le juge Catron écrivit ceci dans son rendu du verdict de l’affaire l’état du Tennessee contre Foreman juste 12 ans après que le juge Marshalleut écrit son compte-rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh.

[…] De plus, en 1955, le verdict de la cour suprême des États-Unis dans l’affaire Tee Hit Ton Indians contre les Etats-Unis, déclara pour la majorité de la cour qu’”un groupe identifiable d’Amérindiens appartenant à la tribu Tlingit des Indiens d’Alaska… n’était pas recevable de quelque compensation que ce soit sous le 5ème amendement de la constitution pour la prise par le gouvernement des Etats-Unis de bois sis sur les terres d’Alaska près du parc national du Tongass, forêt qui appartiendrait aux Indiens Tee Hit Ton.” Le juge Stanley Reed délivra l’opinion de la cour et écrivit ceci sous le libellé de “Titre Indien”:

“[…] Après la conquête, les Indieins furent autorisés à occuper des portions de territoire sur lesquelles ils avaient auparavant exercé une ‘souveraineté’. Ceci n’est pas un droit de propriété mais correspond à un droit d’occupation des sols que le souverain accorde et protège contre l’intrusion de tierces parties, mais ce droit d’occupation peut-être annulé et ces terres pourraient être approriées par le souverain lui-même sans aucune obligation légale et applicable de compenser les Indiens de quoi que ce soit.

Le passage ci-dessus fut écrit avec le modèle du conquérant en tête et sur la base de la présomption que les Amérindiens sont des sujets des processus mentaux des hauts-fonctionnaires du gouvernement fédéral américain. L’expression “après la conquête” est de ce fait très significative.

[…] Ainsi donc la cour suprême semblait vouloir dire qu’après la conquête du sub-continent nord-américain, les Indiens ne furent capables de continuer à occuper les sols de leurs terres ancestrales que si les blancs le leur permettaient.

[…] Ainsi ce fut la vision et l’avis de la cour suprême dans l’affaire des Indiens Tee Hit Ton en suivant les modèles du conquérant et celui du “peuple élu-terre promise”, que la “découverte chrétienne” et la “conquête chrétienne” avaient donné aux “conquérants chrétiens” la souveraineté sur et les titres des terres habitées par ce que Wheaton appelait “les nations païennes des autres quartiers du monde”. Sur cette base, comme le nota le même Wheaton, les droits indiens étaient dits être “subordonnés à ceux des premiers découvreurs chrétiens.” Ceci donc, est une explication plus complète et plus explicite de la théorie des nations chrétiennes qui est en permanence sous-jacente à la loi fédérale indienne, une théorie que la plus grande partie des universitaires et érudits d’aujourd’hui choisissent de totalement ignorer et de laisser en dehors de tout commentaire sur le sujet.

Dans la dernière partie, nous verrons quelle conclusion apporter, celle de Steven Newcomb dans son ouvrage et la notre…

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ 3ème partie ~

Posted in actualité, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 24 mars 2015 by Résistance 71

“La propriété c’est le vol !”

 “Si la propriété est un droit naturel, absolu, imprescriptible et inaliénable, pourquoi donc de tout temps y a t’il eu tant de spéculation sur son origine ?…

Le droit d’OCCUPATION, du PREMIER OCCUPANT, est ce qui résulte de la possession réelle, actuelle et physique d’une chose. J’occupe un lopin de terre, la présomption est donc que j’en suis le propriétaire jusqu’à ce que le contraire soit prouvé […] Grotius nous dit: ‘originellement, toutes choses étaient communes et indivisées, elles étaient la propriété de tous.’ La propriété est fondée en premier lieu sur la guerre et la conquête, puis sur des traités et des accords… Ces traités furent imposés aux plus faibles par les plus forts et dans ce cas ils sont nuls et non avenus… ainsi vivons-nous un état permanent d’iniquité et de fraude.”
~ Pierre Joseph Proudhon,“Qu’est-ce que la propriété ? 1840~

 

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ 3ème partie ~

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Chapitre 7: Johnson contre MacIntosh

L’affaire Johnson & Graham’s Lessee contre McIntosh n’a en fait pas du tout impliqué directement des Amérindiens. L’affaire fut portée devant la justice pour régler une “dispute” entre non-Indiens. Les deux parties clâmant avoir des droits et des doléances rivaux sur la même parcelle de terre dans l’état de l’Illinois. Les évènements initiaux qui menèrent au litige commencèrent juste avant la guerre d’indépendance des Etats-Unis, lorsque deux entreprises immobilières: l’Illinois Land Company et la Wabash Land Company, achetèrent de grosses parcelles de terre aux Indiens. La première vente de terres eu lieu en 1773, lorsque l’Illinois Land Company acheta des terres aux Indiens Illinois (autrement connus sous le nom de Wabash). La seconde vente eu lieu en 1775, lorsque la Wabash Land Company acheta des terres aux Indiens Piankeshaw (autrement connus sous le nom de Kaskaskias). Quatre décennies plus tard, en 1818, le gouvernement des Etats-Unis vendît 4800 Ha de terre à un certain William McIntosh, terres sises dans ce qui devint l’état de l’Illinois. Les terres achetées et occupées par McIntosh étaient dites inclues “dans les limites des terres de l’achat des terres de 1775 aux Indiens Piankeshaws”. Le problème à résoudre pour les différents tribunaux fut celui de savoir qui avait un titre de propriété prédominant sur les terres. Était-ce les compagnies immobilières (qui fusionnèrent après les achats originaux) ou William McIntosh, qui avait acheté sa terre des Etats-Unis ?

L’affaire impliquait tout un tas d’autres questions tangentielles toutes plus intéressantes les unes que les autres comme: Qu’est-ce qu’un titre de propriété ? Quel type de titre de propriété possédait les Indiens en première instance ? Lorsque des sujets britanniques, que ce soient des personnes privées ou des entreprises commerciales, achetaient des terres des nations indiennes, quel type de titre de propriété recevaient alors les acheteurs sujets britanniques ? Est-ce que les spéculateurs fonciers non-indiens qui achetèrent des terres aux Indiens avant l’existence des Etats-Unis d’Amérique, reçurent un titre de propriété valide aussi loin que soient concernées les tribunaux des Etats-Unis ? D’un autre côté, quel type de propriété reçurent les Etats-Unis des Indiens, lorsque le gouvernemnt fédéral acheta leurs terres par traités ? Et lorsqu’il en vint à une concurrence légale entre les anciens sujets britanniques (ou leurs héritiers) qui avaient acheté les terres directement aux Indiens avant que les Etats-Unis ne soient même formés et quelqu’un qui acheta plus tard ces mêmes terres du gouvernement fédéral des Etats-Unis, laquelle des deux parties, de l’opinion de la cour suprême de justice des Etats-Unis, possédait un titre de propriété supérieur à faire valider ?

[…] En conclusion du rendu de la décison de la cour suprême que le juge Marshall écrivit au nom d’une cour unanime, il dit que chaque société a le droit “de prescrire ces règles par lesquelles la propriété peut-être acquise et préservée” et que ce droit ne peut pas être remis en question. La cour en l’occurence a pris sa décision dans cette affaire avec la présomption que les Etats-Unis en tant que société possèdent un droit inquestionable d’établir ses propres règles en regard de l’achat et du maintien de la propriété […]

Le juge Marshall a aussi admis que la cour avait atteint son verdict dans l’affaire Johnson sur la base de concepts injustes, ou sur une injustice, aussi loin que le droit des Indiens soit concerné. De l’opinion de la cour suprême, ce fut la prérogatives des Etats-Unis que de gérer l’affaire Johnson de cette manière et que la cour ne questionnerait pas le droit du gouvernement des Etats-Unis de le faire. Ci-dessous, nous allons voir ce que voulait dire le juge Marshall lorsqu’il se référait à des principes “autres que ceux de la justice abstraite”, à savoir la “découverte” et la “découverte chrétienne”.

L’injustice qui fut appliquée par la cour suprême envers les nations indiennes a tout a voir avec le fait que la cour catégorisa les nations de la manière “nations civilisées” et “nations non-civilisées”. Au tout début de son rendu, le juge Marshall dit que les “nations civilisées” (c’est à dire les nations européennes) possédaient “l’indépendance parfaite”… En vertu de la reconnaissance par la cour que les nations européennes était à la fois des “nations” et qu’elles étaient “civilisées”, la cour leur reconnaissait “l’indépendance parfaite” et la “parfaite souveraineté”.

Au contraire des nations indiennes, qui étaient elle qualifiées par la cour comme “n’étant pas civilisées”. Comme seules les “nations civilisées” chrétiennes européennes étaient reconnues posséder “l’indépendance parfaite”, cela signifiait que les nations indiennes “non-civilisées” étaient reconnues comme ayant un “indépendance imparfaite” et donc de ne pas être indépendantes. Comme nous le verrons plus loin, la cour suprême des Etats-Unis a décidé avec son verdict dans l’affaire Johnson contre M’Intosh que l’indépendance des nations indiennes avait été “diminuée” par la “découverte” du continent par les Européens chrétiens. […]

L’âge de la découverte dans le verdict de l’affaire “Johnson contre McIntosh”

Marshall ouvrit le corps du rendu de justice du verdict de l’affaire Johnson avec la discussion suivante concernant la découverte:

A la découverte de cet immense continent, les grandes nations d’Europe s’empressèrent de s’approprier pour elles-mêmes le plus possible de terres qu’elles purent respectivement acquérir. Cette grandeur de territoire offrait un énorme champ pour l’ambition et l’entreprise de tous ; de plus le caractère et la religion de ses habitants fournissaient une bonne excuse pour considérer les Indiens comme un peuple sur lequel le génie supérieur de l’Europe pouvait affirmer une ascendance.

[…] Les nations européennes avaient justifié leur affirmation de domination (“plus haut pouvoir”) sur le continent basée sur le caractère et la religion des Indiens (“païen”). Considérant que durant l’âge de la découverte, l’Europe occidentale était connue sous le nom de “Chrétienté” (où le christianisme prévaut ou a subjugué avec succès le paganisme), la déclaration de Marshall disant que les Européens avaient affirmé “une ascendance” sur le continent basée sur la religion ne peut-être interprêtée que comme faisant référence au christianisme et au fait que les peuples indigènes n’étaient pas chrétiens. La cour suprême de l’état du Tennessee fournit aussi plus tard, en 1826, une explication similaire dans son verdict de l’affaire Cornet contre Winton:

Pour avoir une vision correcte des règles adoptées et appliquées aux affaires indiennes lorsque des dons furent faits par les rois d’Angleterre sur les terres d’Amérique du Nord, nous devons regarder les opinions qui prévalaient à l’époque en matière de religion. Les pères spirituels de la chrétienté dictèrent la croyance des gens et assumèrent un énorme pouvoir sur ce passage des écritures saintes trouvé dans Matthieu 16:18. En tant que successeur de St Pierre, son don des pays infidèles était considéré scellé dans les cieux et bien entendu, dans la conscience même des chrétiens. Les ténets indiscutables de ceci furent écrit par Lord Coke de Colvin (sic) disant que tous les infidèles sont nos ennemis perpétuels de droit, car il existe une perpétuelle hostilité entre eux, possédés par quelques diables que ce soit et les chrétiens. La vieille loi des nations n’avait pas alors été estompée par la moderne, en ce qui concerne leur conduite envers les pays infidèles. Ce fut pratiqué par toutes les nations de l’antiquité: les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Romains et par les Israélites sous les auspices de Moïse et de Joshua. En accord avec ce qui était permis, ils extirpèrent les habitants des pays qu’ils envahirent, les expulsant de leurs logis ou les tuant ou les réduisant en esclavage, au mieux de leurs intérêts du moment. C’est avec ces opinions religieuses et cette loi des nations pour gouvernement que les Espagnols s’en vinrent aux frontières du Mexique, en possession d’un don qui leur avait été donné par le dépositaire suprême des biens terrestres (le pape), par lequel la totalité du continent des Amériques fut faite sujette de leur domination. Ils appelèrent les nations indigènes à renoncer à leurs erreurs et à la religion de leurs ancêtres afin d’embrasser la seule et unique foi ou de s’abandonner ainsi que leur pays au gouvernement des nouveaux venus. Sous cette loi des nations, ils importèrent des esclaves d’Afrique et consignèrent leurs prisonnier et leurs descendants à un esclavage perpétuel.

Sous ces auspices fut imbriquée la domination européenne sur le sol et les corps des humains, dans les codes de la jurisprudence américaine. Ceci fut tenu pour un titre légal de la plus haute authenticité à travers tout le monde chrétien.

Ainsi, malgré la présence de dizaine de millions d’autochtones vivant déjà au préalable sur ce continent, on nous dit que les monarchies de la chrétienté occidentale ont assumé le droit de régner sur les terres de ce continent “d’en haut” (projection métaphorique de “l’ascendance” décrite…). Marshall a écrit que les Européens ont utilisé le “caractère” indien (sauvage) et la “religion” (païenne ou infidèle, incroyant) comme justification de leur affirmation d’ascendance (de domination) sur le continent. Mais il a aussi fait référence à l’Europe ayant un “génie supérieur”. Ceci est une référence directe et une affirmation que les Européens étaient placés “plus haut” sur l’échelle de l’intelligence que les Indiens et aussi suggère que les Européens, en vertu d’une intelligence “supérieure”, possédaient une plus haute position de pouvoir en relation à la terre du continent et en relation aux peuples indigènes y vivant.

Puis Marshall affirma que les monarques européens se sont convaincus eux-mêmes qu’ils étaient justifiés d’assumer “l’ultime domination” sur les terres nouvellement “découvertes” du continent parce que les Indiens seraient adéquatement compensés par la civilisation européenne et le christianisme. Comme le dit Marshall, les Indiens recevraient la civilisation et le christianisme “en échange” de “l’indépendance illumitée” pour les Européens.

L’emploi par le juge de la cour suprême du concept “d’échange” demande un MCI de transaction commerciale. Une transaction commerciale se doit de toujours être un “échange réciproque” d’une chose pour une autre. Les participants à la transaction sont à la fois donneurs et receveurs. Sur la base de ce modèle, nous pourrions caractériser Marshall comme décrivant la civilisation et le christianisme comme étant des produits donnés ou “offerts” aux Indiens “en échange” d’une “indépendance illimitée” que les monarques européens auraient reçu des Indiens.

Cette mention par Marshall d’un tel “échange” est assez troublante. Après tout il a dépeint les monarques européens comme offrant et recevant, mais il n’a jamais explicitement expliqué ce que les Indiens “donnèrent” de fait, encore moins qu’ils donnèrent une “indépendance illimitée” aux monarques européens Le seul indice que l’on trouve est l’implication par Marshall que les monarques avaient “l’intention” de donner la civilisation et le christianisme aux Indiens comme moyen de “compensation”. Une compensation est faite pour quelque chose qui a été perdu, ou pour une blessure reçue ou pour de dégâts occasionnés. Il y a une partie responsable et cette partie doit compenser la ou les victimes.

Ainsi une manière d’interpréter ce langage quelque peu troublant de Marshall, serait de considérer que les Indiens seraient la partie lésée qui méritaient d’être compensée, dédommagée parce que les monarques européens s’étaient aloués à eux-mêmes une “indépendance illimitée” sur le continent ; ce qui handicaperait, minimiserait les Indiens en ne les autorisant pas à maintenir leur propre indépendance. En d’autres termes, les Indiens méritaient d’être dédommagés pour leur perte d’indépendance et de liberté. Et pourtant, l’explication de Marshall devint ironique lorsqu’il suggéra que les Indiens seraient compensés de leur perte d’indépendance par les deux choses qui ont été responsables de cette perte en première instance: la civilisation européenne et le christianisme. Ceci implique qu’une fois le processus “d’échange” complèté, les Indiens perdraient leur indépendance, mais ils auraient été adéquatement dédommagés en recevant la “civilisation européenne, le christianisme et un système de lois coercitives imposées.

[…] Marshall n’a jamais indiqué que les Indiens aient jamais volontairement été d’accord “d’échanger” leur propre indépendance contre la civilisation européenne et le christianisme. Ceci peut-être interprété comme une image conceptuelle. Marshall de manière évidente considérait comme inutile de savoir que les Indiens n’étaient en fait aucunement participants dans cet “échange”. Malgré le désir des Indiens de garder leurs terres et leurs modes de vie traditionnels, le phrasé de Marshall implique que les monarques chrétiens européens avaient conceptuellement “échangé” la civilisation européenne et le christianisme pour l’indépendance indienne. Il a été dès lors nécessaire pour les sujets des monarques de s’engager sur le dur chemin mental et physique de faire de l’indépendance européenne et de la subjugation physique, sociale et culturelle indienne, une réalité.

Le modèle du “peuple élu-terre promise” et le verdict de l’affaire Johnson

[…] Nous avons vu que les nations de la chrétienté ont conceptuellement emprunté au narratif biblique de l’ancien testament, de l’histoire du “peuple élu sur la terre promise” du contexte Moyen-Oriental et l’ont étendu au monde entier. Pour ce faire, elles se sont aventurées dans des voyages de croisades océaniques tout en se voyant comme un nouveau peuple élu, qui sur la base de passages bibliques comme celui de la Génèse 1:28 et psaumes 2:8, furent déterminées à subjuguer la terre et à étendre leur domination à toutes choses et être vivants. Ce sens d’une mission religieuse de croisade afin de christianiser, évangéliser et dominer le monde entier fut un objectif majeur de l’âge de la découverte, ce que le juge Marshall expliqua en tant que rapporteur de la cour suprême des Etats-Unis.

Comme les nations européennes étaient toutes à la recherche de terres sur le même continent, pour éviter “des colonisations conflictuelles et par conséquent des guerres les unes avec les autres”, elles avaient établi entr’elles un “principe”, que toutes devaient reconnaître comme étant la Loi par laquelle le droit d’acquisition de la terre sur le continent fut que “la découverte donnait le titre au gouvernement pour lequel les sujets ou autorités avaient fait la découverte, contre tous les autres gouvernements européens.

L’utilisation par Marshall d’un tel phrasé de “nations européennes” et “gouvernements européens” pourrait mener le lecteur à penser et à conclure que le principe de découverte identifié par Marshall était en fait séculier et non pas religieux. Fort heureusement quoi qu’il en soit, le juge associé à l’affaire Joseph Story, qui siégeait également à la cour suprême au moment du verdict dans l’affaire Johnson contre McIntosh, donna une vision plus profonde de la nature religieuse et de la toile de fond historique du concept de Marshall sur la “découverte”. Story était un ami intime de Marshall…

Voici ce que dit Story, son explication fut d’abord publiée juste 10 ans après que le verdict fut rendu dans l’affaire Johnson (NdT: en 1833 donc), l’utilisation d’expression linguistique séculière comme “nations européennes” pour disctuter du principe de la découverte, pour immédiatement passer à une explication de la “découverte” en termes du pape et en termes de catégorisation religieuse des Indiens comme étant des “païens infidèles”:

“[…] Les Indiens étaient une race sauvage, profondément plongée dans l’ignorance et le paganisme. S’ils n’étaient pas extirpés pour leur manque de religion et de morale juste, ils auraient pu être récupérés de leurs erreurs. Ils étaient voués à se soumettre au génie supérieur de l’Europe et en échangeant leurs habitudes sauvages et dégradantes pour la civilisation et le christianisme, ils devaient alors y gagner bien plus que l’équivalemt pour leurs souffrances et sacrifices. L’autorité papale fut aussi amené au secours de ces grands plans afin de renverser le paganisme et de propager la religion catholique. Alexandre VI, par sa bulle édictée en 1493 (bulle Inter Caetera), donne à la couronne de Castille la totalité de ce très vaste territoire qui venait juste d’être découvert, ou à découvrir, entre les pôles, aussi loin que ces terres n’étaient pas déjà possédées par un prince chrétien.

[…] Story ensuite décrivit “l’autorité papale” et une “bulle papale publiée en 1493” comme contexte du concept de la découverte qu’il allait expliquer. Dans ce document du Vatican dit Story, le Pape accordait “à la couronne de Castille l’entièreté du très vaste territoire découvert, ou à être découvert, entre les pôles, autant que les terres ne furent pas au préalable, possessions d’un prince chrétien.” Quel était le motif de ce don ? D’après Story, une des raisons pour laquelle le pape fit ce don était “pour le but de renverser le paganisme et de propager la religion catholique.” Ainsi, l’histoire que le juge suprême Story utilisa afin de contextualiser le concept de découverte dans l’affaire Johnson avait tout a faire avec quatre bulles papales émises par le pape Alexandre VI en 1493 après que le pape fut mis au courant par le roi Ferdinand et la reine Isabelle que Cristobal Colòn avait réussi à localiser des terres de l’autre côté de l’océan Atlantique. Dans la bulle Inter Caetera du 4 Mai 1493, le pape Alexandre VI déclara être de son désir que les “nations barbares” soient renversées, subjuguées et converties à la foi catholique et la religion chrétienne “pour l’honneur de dieu et pour l’expansion de l’empire chrétien.” Dans la bulle Inter Caetera, la pape déclare que:

“[…] qu’en notre époque spécifiquement, la foi catholique et la religion chrétienne soient exaltées et se développent partout, que l’on s’occupe de la santé des âmes et que les nations barbares soient renversées et amenées à la foi elle-même.
[…] Et afin que vous puissiez entreprendre une telle grande chose avec plus de promptitude et de motivation permises par notre faveur apostolique, nous, de notre plein accord, pas à votre requête ni la requête de quiconque d’autre à votre égard, mais de par notre seule largesse et certaine connaissance et de par la plénitude de notre pouvoir apostolique, par l’autorité de Dieu tout puissant qui nous est transmise par Pierre et le vicaire de Jésus Christ, que nous détenons sur terre, déclarons par la présente, que toutes îles trouvées par vos envoyés et vos capitaines, vous soient attribuées à vous vos héritiers et successeurs, rois de Castille et de Leon, pour toujours, avec l’ensemble des dominions/colonies, villes, camps, places et villages et tous droits, jurisdictions et appartenances de toutes îles et territoires trouvés ou à trouver, découverts ou à découvrir vers l’Ouest et le Sud, en traçant et en établissant une ligne allant du pôle arctique, ci-après nommé le Nord au pôle sud ci après nommé le Sud, sans se soucier si les terres ou les îles découvertes ou à découvrir se situent en direction de l’Inde ou vers quelque autre quartier ; la ligne se situant à cent lieues à l’Ouest et au sud des îles des Açores et du Cap Vert. Avec cette précaution néanmoins qu’aucune de ces îles et de ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, au-delà de cette ligne vers l’Ouest et le Sud, ne soient déjà en possession d’un roi ou d’un prince chrétien au jour de la naissance du Christ notre seigneur de l’an précédent cette années de grâce 1493. Nous vous faisons, appointons vous et vos héritiers et successeurs futurs, roi de celles-ci avec tout pouvoir, autorité et juridiction de toute sorte, avec toutefois cette provision que tout roi ou prince chrétien en possession de ces terres ne puisse en être dépossédé ou être expulsé. De plus, nous vous ordonnons en vertu de la sainte obéissance, qu’employant toute diligence dûe sur place, comme vous l’avez promis et sans que nous doutions de votre obéissance inhérente à votre loyauté et largesse d’esprit royale, vous devrez nommer sur ces terres des hommes d’expérience, obéissants et vivant dans la crainte de Dieu, afin qu’ils instruisent les habitants et les résidents de ces contrées à la foi catholique et à les entraîner à la bonne morale. De plus, quiconque de quelque rang que ce soit, même royal ou impérial, contreviendrait à l’interdiction de se rendre sur ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, sans permission spéciale de votre part ou de vos héritiers et successeurs, pour y faire commerce ou pour toute autre raison que ce soit, se verrait excommunié late sententie ipso facto.
[…] Ne laissons personne contrevenir éhontement à notre recommandation, exhortation, réquisition, don, permission, tâche, constitution, décret, mandat, prohibition et volonté. Quiconque tenterait ceci doit savoir qu’il subira la colère de Dieu tout puissant et des apôtres Pierre et Paul. Édicté à Rome, St Pierre, dans l’année de l’incarnation de notre seigneur mil quatre cent quatre-vingt-treize, le quatrième jour du mois de mai, dans la première année de notre pontificat.

Donné par ordre de notre plus grand saint seigneur, le pape

June. For the referendary,     For J. Bufolinus,

  1. de Mucciarellis.         A. Santoseverino.
  2. Podocatharus.

Comme mentionné dans les chapitres précédents, le saint siège du Vatican avait accordé au Portugal au XVème siècle, le droit de sugjuguer toutes les terres non-chrétiennes le long de la côte occidentale africaine et ailleurs. La bulle papale Dum Diversas émise par le pape Nicolas V pour le roit Alphonse V du Portugal, accordait au roi et à son neveu le prince Henri le navigateur le droit “d’envahir, de capturer, de vaincre et de subjuguer tous les sarrasins, païens et autres ennemis du Christ, de les réduire en esclavage perpétuel et ainsi de prendre possession de tous leurs biens, richesses et propriétés”. Le langage du pape Alexandre dans la bulle Inter Caetera reflète son désir pour le saint siège de voir que le droit du roi du Portugal soit protégé, qu’il puisse garder toutes les terres non-chrétiennes que le Vatican avait auparavant donné au Portugal, tout en s’assurant que le roi Ferdinand d’Espagne et la reine Isabelle reçoivent une grande latitude de pouvoir eux-mêmes posséder et coloniser les terres distantes non-chrétiennes.
Ce qui est important ici est que le juge Story a identifié une bulle papale du Vatican datant de 1493 comme origine du principe de la découverte que son ami et mentor John Marshall avait incorporé dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh. Le Vatican promulga ce principe dans le but religieux de renverser (”subjuguer”) le paganisme et de propager la doctrine de la foi catholique chrétienne.
J’ai indiqué ci-dessous en italique le phrasé identique utilisé par Story en comparaison avec celui de Marshall pour exprimer le principe de la découverte, dont il dit qu’il a pour origine la bulle papale de 1493:
“Alexandre VI, par une bulle émise en 1493, a accordé à la couronne de Castille l’immense territoire alors découvert ou à ietre découvert, entre les pôles, pour autant que ces terres ne soient pas déja en possession d’un prince chrétien. Le principe donc, que la découverte a donné le titre au gouvernement dont les sujets ou ceux qui en avaient l’autorité, contre tous les autres gouvernements européens, ayant été établi (par le don du pape), il devint alors évident, que tout gouvernement dans les limites de ses découvertes excluait toutes autres personnes de tout droit d’acquérir le sol par quelque don que ce soit des natifs. Aucune nation ne souffrirait que ses propres sujets ou ceux d’une autre nation puissent être suspicieux d’un tel titre. Il fut décrété n’être qu’un droit appartenant exclusivement au gouvernement dans sa capacité souveraine de mettre un terme au titre indien sur la terre et de perfectionner sa propre domination sur la terre et d’en disposer comme bon lui semble.”
[…]

La découverte chrétienne dans le verdict de l’affaire Johnson

Ce fut lorsque le juge Marshall examina les chartes royales d’Angleterre dans la décision de l’affaire, qu’il révéla explicitement l’origine religieuse chrétienne du concept de la découverte qu’il avait mentionné au début de son rendu.
Marshall déclara: “Personne de toutes les puissances d’Europe, n’a plus donné son plein accord de principe et ce sans équivoque que l’Angleterre.” Il continua en se référant à une terminologie religieuse spécifique qu’il considérait illustrative de “ce principe” de découverte ; il plaça même en italique dans le texte les mots peuple chrétien pour insister explicitement sur ce point:
“Les documents à ce sujet sont nombreux et très complets. Dès 1496, la monarchie donna une commission aux Cabot père et fils, pour découvrir des pays inconnus des peuples chrétiens et d’en prendre possession au nom du roi d’Angleterre. Deux ans plus tard, John Cabot fit ce voyage et découvrît le (sous) continent de l’Amérique du nord, il en longea les côtes le plus au sud possible jusqu’à la Virginie. C’est à cette découverte que les Anglais tracent leur titre de propriété.”
[…] Puis Marshall insista encore sur la présomption trouvée dans les chartes anglaises qui disaient que le “peuple chrétien” avait le droit de prendre possession des terres, pays “découverts”, pourvu que ces contrées fussent habitées par des “païens” ou non-chrétiens. Ainsi:
“[…] Le droit de découverte donné par cette commission est confiné en ces contrées “inconnues des peuples chrétiens” et à ces pays dont Cabot fut autorisé à prendre possession au nom du roi Henri VII d’Angleterre. Assumant ainsi un droit de prendre possession, nonobstant l’occupation des terres par les peuples natifs, qui étaient païens et en même temps, admettant et reconnaissant le titre de propriété de tout peuple chrétien qui en aurait fait la découverte préalable.
Le même principe de découverte continua à être reconnu. La charte donnée à Sir Humphrey Gilbert en 1578 l’autorise à découvrir et à prendre possession de tels territoires reculés, païens et barbares n’étant pas encore la propriété d’un prince ou d’un peuple chrétien. Cette charte fut ensuite renouvelée pour être donnée à Sir Walter Raleigh dans pratiquement les mêmes termes.”
La répétition des expressions peuple chrétien et prince ou peuple chrétiens et la distinction faite entre les deux catégories de peuple chrétien et de natifs, qui étaiet païens, nous permet de bien saisir le fondement et le contexte religieux de ce concept de découverte. Ceci est aussi pourquoi il est plus précis de se référer à la conception principale qui régit le verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh comme étant celle de la découverte chrétienne que simplement la découverte ou découverte européenne. Le fait que Marshall ait aussi associé le principe de découverte chrétienne avec les affirmations de domination euro-chrétiennes, est illustré par son insistance sur le fait que le roi d’Angleterre donna à John Cabot et à d’autres explorateurs anglais le “droit de prendre possession” des terres barbares et paiennes. L’expression de Marshall droit de prendre possession, dont Thomas Hobbes dit qu’il “est appelé dominion”.
C’est pourquoi la déclaration de Marshall disant que les Anglais ont assumés un “droit de prendre possession” fut une autre façon que de dire, au nom de la cour suprême des Etats-Unis, que les peuples chrétiens avaient assumé la “domination” sur toutes terres non-chrétiennes qu’ils avaient localisées sur le continent nord-américain.

A suivre…