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Résistance politique à la sémantique colonialiste étendue à l’ONU

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Les Etats-Unis demandent à l’ONU de reconnaître les “Tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis”

 

Steve Newcomb

 

16 Juin 2014

 

url de l’article:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/06/16/us-calls-un-accord-recognition-us-federally-recognized-tribes

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le 3 Juin, il y a eu une réunion informelle à l’ONU concernant le développement d’un “document d’action orienté de fin de session”. Ce document est planifié pour être adopté de manière officielle par l’assemblée générale de l’ONU à la fin de la réunion pléniaire de haut niveau qui se tiendra en Septembre prochain à New York au QG de l’ONU.

Le 3 juin 2014, une réunion informelle s’est tenue au QG de l’ONU à New York et la porte-parole des Etats-Unis y délivra ce qu’elle a appelé “quelques commentaires du point de vue du gouvernement américain”. La porte-parole des Etats-Unis a dit qu’”en respect de la participation des peuples indigènes aux Nations-Unies, les Etats-Unis ont réitéré de manière consistante leur soutien pour une participation indigène à l’ONU.” Elle a dit:

Nous sommes d’accord avec les peuples indigènes que les arrangements qui existent pour la participation des peuples indigènes aux débats de l’ONU ne sont pas satisfaisants. Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne les tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis. Les tribus reconnue fédéralement par les Etats-Unis sont des gouvernements avec des pouvoirs inhérents d’auto-gouvernance, mais dans le cadre de l’ONU, ces prérogatives caractéristiques ne sont pas reconnues. Nous sommes décidés à trouver une réponse appropriée à ce défi. Nous continuerons à consulter les tribus basées aux Etats-Unis, les organisations indigènes et les états membres pour explorer les options possibles.

Quand nous décortiquons cette déclaration américaine, que voyons-nous ? Les “tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis” ne sont pas reconnues dans “le cadre des nations-Unies”. Une chose est claire: Les Etats-Unis se sont engagés dans un jeu sémantique. La catégorie spécifique américaine “tribus fédéralement reconnues par les US” (et “tribus basées aux Etats-Unis”) est un statut subordonné créé par les Etats-Unis au moyen de la loi fédérale américaine sur les Indiens et de son système idéo-politique raciste et fondé sur la bigoterie religieuse.

Etant donné la préparation vers cette réunion de septembre, qui doit “être connue comme une Conférence Mondiale sur les Peuples Indigènes”, il est impératif que nous restions particulièrement hyper-vigilants. Nous ne devons pas nous laisser embarquer dans un jeu/piège sémantique que nous tend le gouvernement des Etats-Unis. Une autre réunion est programmée pour les 17-18 Juin 2014 au QG de l’ONU à New York.

En plaidant que nos nations et nos peuples originellement libres et indépendants soient reconnus à l’ONU comme “tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis”, les Etats-Unis tentent de trouver un endroit “approprié” à l’ONU pour le système politico-légal de sa loi fédérale sur les Indiens qui a créé la catégorie américaine de “tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis”.

Avec cette approche, ceux-ci remplissent une volonté exprimée dans leur “annonce d’un soutien des Etats-Unis pour la déclaration des droits des peuples indigènes de l’ONU”, émise par le ministère des affaires étrangères en 2010.

Spécifiquement la phrase clef du ministère des AE américain stipule: “… Les Etats-Unis s’engagent à servir de modèle dans la communauté internationale pour la promotion et la protection des droits collectifs des peuples indigènes aussi bien que les droits humains de tous les individus.” Je vois cette nouvelle approche des Etats-Unis comme un effort de nous tromper à accepter l’idée que la loi fédérale américaine sur les Indiens et son système idéologico-politique inhérent se doivent d’être reconnus comme des modèles par l’ONU et normalisés au sein de l’organisation, avec notre “consentement libre, préalable et informé”. A mon avis, nous ne devrions pas assister les Etats-Unis à faire légitimiser internationalement leur système légal et politique de domination.

Si et quand cela se passera, nous serons alors capables de toujours dire que la loi fédérale américaine sur les Indiens et sa politique résultante est un système de domination imposé à nos nations et à nos peuples contre leur volonté. Ou alors, les Etats-Unis pourront-ils dire que nous sommes en fait ceux qui ont demandés à être “subjugués” et “assujettis” à notre statut sous la loi fédérale sur les Indiens ainsi que sa politique inhérente et que celles-ci doivent être reconnues par l’ONU et ainsi être légitimisées dans l’arène internationale et ce au nom de mettre en application la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU (UNDRIP) ?

La myriade de problèmes provenant de la loi et de la politique fédérales sur les Indiens a mené nos nations, nos leaders spirituels, nos activistes et nos universitaires dans la communauté internationale dans les années 1970. Ils ne se sont pas fait connaître dans l’arène internationale afin de faire reconnaître cette loi et cette politique par l’ONU ; en fait c’est la dernière chose qui leur serait venue à l’esprit, parce que cela est le système même de domination qui a causé tous ces problèmes à nos peuples et nations depuis des siècles.

Le terme technique de métonymie (NdT: nommer un objet pour un autre) éclairera peut-être un peu mieux notre lanterne sur ce qu’il s’est passé lorsque les Etats-Unis ont demandé à l’ONU de reconnaître “les tribus fédéralement reconnues par les Etats-Unis”. Une métonymie est la partie d’un tout. C’est la partie qui implique le tout duquel elle est dérivée. Prenons par exemple l’expression “La Maison Blanche a dit aujourd’hui”, expression souvent citée dans des rapports ou articles de presse. Elle utilise la maison dans laquelle réside le président des Etats-Unis comme “partie” de ce qui “est compris comme” la totalité de la branche exécutive américaine. C’est la partie qui remplace la totalité.

Similairement, “les tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis” est une métonymie (partie) qui représente le contexte entier de la loi fédérale américaine sur les Indiens et son système politique ; “les tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis” est une construction mentale qui émerge des esprits des hommes blancs alors qu’ils ont développé la loi et sa politique inhérente. Le système mental blanc raciste et bigot est à l’origine du concept des “tribus reconnues fédéralement par les Etats-Unis”.

Et pourtant nous voyons des organisations comme le Congrès National des Indiens Américains (NCAI) et l’Indian Law Resource Center (ILRC), tentant, apparemment sans même s’en rendre compte, de trouver une place “appropriée et digne” pour la loi fédérale américaine sur les Indiens et sa politique inhérente aux Nations-Unies et tout cela au nom de l’application des articles de la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU (UNDRIP).

Steven Newcomb (Shawnee, Lenape est le co-fondateur et co-directeur de l’Indigenous Law Institute, auteur du livre: “Pagans in the Promised Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery” (Fulcrum, 2008). Il a étudié les origines conceptuelles de la loi fédérale américaine sur les Indiens et la loi internationale deuis le début de années 1980.

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Résistance politique au colonialisme: Analyse de la falsification historique du Vatican au sujet des bulles papales du XVème siècle (Steven Newcomb)

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— Résistance 71 —

 

Désinformation de la part de la mission d’observation permanente du Saint Siège (Vatican)

 

Steven Newcomb

 

4 Mai 2014

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/05/04/misinformation-permanent-observer-mission-holy-see

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le 27 Avril 2010, la mission d’observation permanente du Saint Siège (Le Vatican) aux Nations-Unies a délivré sa déclaration officielle au sujet de la Doctrine (chrétienne) de la Découverte durant la 9ème session du Forum Permanent de l’ONU sur les problèmes indigènes. La déclaration est un excellent exemple d’obscurantisme et de falsification historique. Voyons donc cela d’un peu plus près.

La déclaration du Saint Siège clâme que le document pontifical de 1493 “Inter Coetera (sic), en tant que source de droit international.. a été abrogé par le traité de Tordesillas”. Ceci ne parle en rien de ce dont nous avons soulevé depuis 1992: les bulles papales de 1493 et leurs documents précédents, sont la génèse de la domination sur nos nations originelles et les peuples de l’Île de la Grande Tortue de cet hémisphère. Le Saint Siège tente, à notre vue, de faire glisser l’attention du problème de son autorisation de domination sur la question irrelevante de savoir si le document Inter Caetera est une source du droit international.

La déclaration du Saint Siège de 2010 dit également que la “division des terres entre la Castille-Aragon (Espagne) et le Portugal”, fut abrogée par le traité de Tordesillas de 1494.” Après avoir été informé de cet argument, Anthony Padgen, un éminent universitaire spécialiste de cette période historique m’a dit dans un courriel: “Je ne vois pas comment un accord (le traité Tordesillas) entre deux pouvoirs civils pourrait véritablement abroger une bulle papale.”

En y regardant de plus près néanmoins, le Saint Siège ne disait pas que le traité de Tordesillas a abrogé la bulle papale. Le sujet de la phrase du Saint Siège est “la division des terres entre l’Espagne et le Portugal”, qui fut faite par le pape Alexandre VI en 1493. Si le traité de Tordesillas “a abrogé” ou annulé quoi que ce soit, c’est la “division des terres” en rendant discutable le placement du pape quant à la ligne de démarcation de la division des dites terres.

Il y avait toujours une ligne de démarcation entre l’Espagne et le Portugal, mais elle a été déplacée vers un endroit différent à la suite d’un accord par traité civil auquel le pape donna sa bénédiction. La décision de l’Espagne et du Portugal de bouger la ligne de démarcation est ce que le Saint Siège caractérise maintenant apparemment comme une “abrogation” de la division terrestre du pape entre deux pays. Quoi qu’il en soit, abroger un document est “abolir par une action autoritaire, officielle ou formelle”, par le parti qui a créé le document. Clairement, le traité de Tordesillas n’abroge pas la bulle papale Inter Caetera en tant que tel parce que ni l’Espagne ni le Portugal n’était l‘entité qui a émis le document et ces pays n’avaient pas la jurisdiction, le pouvoir légal “d’abroger” un document émis par la pape.

De plus, le Saint Siège a affirmé en 2010 qu’ en tant “que source de loi canon ou loi de l’église… Inter Coetera (re-sic) a aussi été abrogée par les faits…” Le Saint Siège a dit que le document pontifical lui-même a été “abrogé” en tant que “source de droit canon ou ecclésiastique”. Comment cela a t’il pu bien pu se produire ? Une raison donnée fut “la colonisation de l’Amérique du Nord et des Caraïbes par le roi de France”.

Samuel Eliot Morison a écrit à ce sujet dans son “The European Discovery of America: the Northern voyages A.D 500-1600”, New York Oxford University Press, p.341. D’après Morison, en 1533, le roi de France François 1er, le pape Clément VII et l’évêque Le Veneur se sont rencontrés à Marseille pour célébrer le mariage entre un des fils de François 1er et la nièce du pape Catherine de Médicis. Morison dit que ce fut “facile de persuader le saint père de déclare que l’édit d’Alexandre (de 1493) ne s’appliquait qu’aux terres déjà découvertes, pas à celles trouvées plus tard par d’autres souverains. Ainsi, François 1er obtint le feu vert du Vatican (pour d’autres colonisations) et passa le mot à Jacques Cartier.”

C’est pourquoi le Saint Siège se doit de répondre à cette question: “Comment la colonisation française de terres non chrétiennes en Amérique du Nord et dans les Caraïbes, que le pape Clément VII avait approuvé et bénit, a pu “abroger” la bulle papale Inter Caetera “comme source de loi canon ou ecclésiastique”. Elle ne l’a pas pu et ne l’a pas fait.

Puis, le Saint Siège dans sa déclaration de 2010 a affirmé que la bulle papale, document Inter Caetera “a aussi été abrogée par d’autres bulles papales, comme par exemple Sublimis Deus.” Le Saint Siège cita ensuite le document Sublimis Deus de 1537 du pape Paul III comme suit:

“Les Indiens et les autres peuples qui ont pu avoir été découverts plus tard par les chrétiens, ne sont en aucun cas privés de leur liberté ou de leur possession de propriété, et ce alors même qu’ils résident en dehors de la foi de Jesus Christ, et qu’il peuvent et doivent, librement et légitimement, jouir de leur liberté et de la possession de leur propriété, ils ne devront pas non plus être réduits en esclavage ; si le contraire se produisait, ce serait nul et non avenu et n’aurait pas d’incidence.”

Aussi merveilleux ce langage puisse t’il paraître, l’empereur espagnol Charles V ordonna que toutes les copies de la bulle papale Sublimis Deus qui avait atteint la “Nouvelle Espagne” (aux “Amériques”), fussent confisquées et ramenées en Espagne. Le document était lettre morte dans les colonies/dominions de l’Espagne aux “Amériques”. De plus, comme mentionné par le Dr. Luis Rivera-Pagan dans son ouvrage “Violent Evengelism” (1992), le pape Alexandre VI avait, par la bulle de 1493, attribué à perpétuité à l’Espagne un droit de domination en relation des terres non-chrétiennes “découvertes ou à découvrir”. Le don à l’Espagne par la papauté d’un droit de domination (colonisation) en relation aux terres non –chrétiennes découvertes, ne fut pas abrogé par la bulle papale Sublimis Deus, ni non plus le pape Paul III n’eut l’intention d’abroger par le moyen de Sublimis Deus, les dons fait par la papauté au préalable, d’un droit de domination territorial donné à la couronne espagnole.

Les avocats du Saint Siège ne sont manifestement pas des historiens. S’ils l’étaient, ils en sauraient bien plus que cela et n’essaieraient pas d’embobiner les gens à croire que le don par la papauté d’un droit de domination fut “abrogé” en 1537 par le pape Paul III et sa bulle Sublimis Deus. Comme l’a fait remarqué le Dr. Luis Rivera dans son livre de 1992 “A Violent Evangelization”:

“Dans l’arène juridique, les bulles alexandriennes ont maintenu leur caractère d’autorisation, comme montré par la première phrase de la première loi du premier chapitre du troisième livre de “The Compilation of the Leyes de Indias” (1680), qui les reconnaît (les bulles papales) comme la première fondation pour la possession à perpétuité des Amériques par la couronne de Castille:

“Par donation du Saint Siège apostolique et romain… Nous sommes les seigneurs des Indes de l’Ouest, terres et iles et océans découverts ou à découvrir et incorporés à notre couronne royale de Castille.. et nous donnons notre foi et notre parole royale et les rois nos successeurs, de façon à ce qu’elles (les Indes occidentales) ne puissent jamais nous être retirées ou séparées de nous en totalité ou en parties, pour quelque raison ou cause que ce soit.”

Et Rivera conclut: “Cette loi est basée sur les déclarations royales consécutives de Carlos V (Charles V) et Felip II (Philippe II), qui durant le XVIème siècle émirent la doctrine de la domination castillanne à perpétuité sur les peuples hispano-américains. Toutes ces déclarations font allusions aux bulles alexandriennes comme point crucial de référence. “Ainsi, en 1680 les lois des Indes occidentales étaient toujours reconnues das les publications royales espagnoles comme fondées sur le “caractère spécial d’autorisationdes bulles alexandriennes”. Si ces documents du pape Alexandre furent abrogés par le bulle papale de 1537, de manière évidente la monarchie espagnole (Charles V et Philippe II) n’ont pas eu ni lu le memo… voilà pourquoi la monarchie a continué à les utiliser comme fondation même de la loi des Indes occidentales.