Archive pour steven newcomb anticolonialisme

Résistance au colonialisme: Ferraillage sémantique… de la « conquête » à la « domination » (Steven Newcomb)

Posted in actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 9 septembre 2017 by Résistance 71

A lire en complément: PDF

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

 

Pourquoi le mot de “conquête” est-il considéré comme acceptable et pas celui de “domination”

 

Steven Newcomb

 

31 août 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/conquest-considered-acceptable-domination-not/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La vaste majorité des leaders natifs et des avocats spécialistes de la loi fédérale indienne sont enclins à considérer le mot “domination” comme étant trop vocal et “imposant” pour être utilisé dans leurs analyses des problèmes actuels de nos nations et de nos peuples et aussi trop impoli pour être utilisé dans leurs interactions avec les fonctionnaires du gouvernement des Etats-Unis ou des états les composant. Et pourtant pour une raison inconnue, le mot “conquête” ou l’expression “la conquête” sont traités comme étant typiques et tout à fait normaux.

Je trouve “curieux” que le mot de “conquête” soit jugé acceptable dans les discussions au sujet de la loi fédérale indienne et de sa politique inhérente et que le mot de “domination” ne le soit pas. J’ai une théorie qui implique le fait que le mot “conquête” est subrepticement interprété comme voulant dire que les Etats-Unis sont collectivement parvenus à une victoire sur les nations autochtones à cet endroit et que les Etats-Unis sont donc, un conquérant “victorieux”. Ce sentiment est illustré dans bon nombre d’affaires judiciaires. Le mot “conquête” est un mot qui est traité comme courant, acceptable et sain. Aussi parce que le gouvernement des Etats-Unis ne voient pas le mot “conquête” comme étant une menace, et n’a aucun problème pour l’utiliser. Utiliser ce mot évite de manière utile de cadrer la loi fédérale indienne et sa politique en termes de “domination” des nations natives. (“ce n’est pas une domination, c’est la loi”…)

La présomption ici est que par le moyen d’une “conquête légitime”, les Etats-Unis ont atteint une position valide se positionnant au-dessus et par delà les nations autochtones. Le mot “conquête” est un mot qui assume de manière silencieuse le fait que les Etats-Unis et leur gouvernement existent dans une position supérieure en rapport avec la position “inférieure” des nations et peuples autochtones. Bien malencontreusement, la plupart d’entre nous ne fait rien pour contredire et défier cette vision des choses.

Ceci est également vrai concernant la manière dont certains écrivains ont décrit la colonisation des Amériques à ses débuts. Prenez par exemple le livre d’Anthony Angie “The Fall of the Natural Man” (1977). Padgen dit que “tout le débat sur la légalité des conquêtes” se situent sur le jugement chrétien au sujet de “la nature des Indiens”. Si Padgen avait écrit au sujet de “la légalité de la domination sur les peuples natifs”, son phrasé aurait incontestablement levé des questions comme “Est-ce que la domination d’une personne par une autre ou d’une nation par une autre peut-être “juste” en quelque circonstance ?” Comment parvient-on à la réponse “correcte” à une telle question ?

Recadrer notre discussion au sujet de notre histoire et des circonstances actuelles en termes de “domination” plutôt que de “conquête”, nous permet de questionner: Est-ce “juste” pour une nation ou un peuple d’en envahir un autre ? et ensuite de forcer la nation envahie de vivre sur des générations selon un système imposé de domination ? Bien qu’il soit correct d’utiliser les mots d’”invasion” et de “domination” pour classifier la manière dont les Etats-Unis ont traité nos peuples et nos nations (pensez aux massacres de Washita, de Sand Creek et de Wounded Knee etc…), ceci n’est pas le type de vocabulaire que nous avons l’habitude d’entendre utilisé par les leaders autochtones et les praticiens de la loi fédérale indienne en pays indien, ni du reste dans leurs discussions avec les représentants du gouvernement des Etats-Unis.

Pourquoi donc nos leaders natifs et nos avocats spécialistes ne discutent pas de ce qui a été fait à nos peuples et nations en termes d’invasion et de domination malgré le fait que la loi fédérale indienne US et sa politique sont fondées sur l’affirmation initiale de la chrétienté d’un droit d’invasion et de domination nos nations ? Dans un langage quelque peu masqué ou codé (par exemple avec les mot “d’ascendance” et de “dominion [domination] ultime”) le droit affirmé des Etats-Unis de dominer nos peuples et nations est le plus clairement exprimé dans la décision de la cour suprême dans l’affaire Johnson contre M’Intosh de 1823.

En assumant qu’il est injuste pour une nation ou un peuple d’en envahir un autre et de le dominer, est-ce qu’une invasion injuste et une domination continuelle deviennent éventuellement “justes” après que le temps se soit écoulé ? qui doit décider de la réponse correcte à cette question ? Est-ce qu’un rendu de justice de la cour suprême fondé sur le droit proclamé pour une nation ou un empire de dominer beaucoup d’autres nations et de les tenir sous la prétention de la “conquête” et donc de la domination est une décision valide ? Qui peut le dire ? Dans “The Fall of Natural Man”, Padgen dit que les intellectuels européens des XVème et XVIème siècles avaient leur propre vision de la “structure du monde”. Ces intellectuels concevaient parfaitement que s’ils devaient introduire un “nouvel élément” pauvrement conçu dans cette structure, ceci pourrait bien compromettre la structure du monde entier. En 2017, alors que nous arrivons gentiment au bicentenaire de cette décision dans l’affaire Johnson contre M’Intosh, identifier la loi fédérale indienne et sa politique comme un système de domination est le “nouvel élément” qui crée la renverse potentielle de la structure légale et politique de notre monde et peut l’éloigner des schémas mentaux et comportementaux de domination imposés par les colonisateurs.

Il y a une raison sur le pourquoi les monarchies de la chrétienté occidentale ont assumé un “droit de conquête” sur nos nations autochtones. C’est parce que le mot de “conquête” masque avec succès une affirmation de droit de domination. Les monarchies de la chrétienté avaient pour but de priver nos nations et nos peuples de notre existence libre pré-colombienne, pré-américaine. Affirmer un droit “d’acquérir” (de dominer) les terres et les ressources de nos nations, tout en appelant le résultat final une “conquête”, a fonctionné pour faire paraître la domination résultante comme légale, acceptable et légitime.

Le film “La Mission” (1986) de Roland Joffé (NdT: avec Robert de Niro et Jeremy Irons), illustre parfaitement comment les Indiens furent traités comme la propriété des colons chrétiens. Parce que les penseurs européens qui débattirent du traitement à allouer aux nations autochtones pendant le XVIème siècle cadrèrent leur discussion sur le mot de “conquête”, il y a une question que le film n’adresse pas parce que ceux engagés dans le débat ne l’adressèrent pas non plus. Est-il OK pour une nation d’envahir et de doniner une autre nation puis de déclarer que la domination qui s’en suit est une “conquête” légale ?…

Focaliser sur les prérogatives et les privilèges de la domination que les monarques d’Espagne donnèrent à Colomb, puis ajoutant le mandat (l’ordre) de domination que la pape Alexandre VI accordait aux monarques d’Espagne dans certains décrets pontificaux (NdT: les deux versions de la bulle Inter Caetera de 1493), crée une possibilité unique. Cela crée la possibilité de discuter le désir de la chrétienté et son intention de localiser et de dominer chaque région non-chrétienne de la planète, incluant la notre alors que nos ancêtres vivaient libres de toute domination de la part de la chrétienté.

Les soutiens de l’empire chrétien utilisèrent la religion chrétienne comme justification de leur effort de triompher sur les “païens” (non chrétiens) afin de subjuguer, profiter et engraisser leurs économies des milliards d’acres des terres et ressources “paiennes”. La décision légale dans l’affaire Johnson contre M’Intosh a émergé de cette idéologie chrétienne et de ce comportement de domination.

Le juge de la CS John Marshall a exprimé cette idée lorsqu’il écrivit au sujet de “L’extravagante prétention de convertir la découverte d’un pays habité [par des païens] en conquête.” (c’est à dire en domination). Voici un point bizarre à cause de la manière dont fonctionne les précédents légaux, à ce jour nos peuples et nations sont toujours définis dans la loi états-unienne comme des “païens”, des “infidèles” et des “sauvages barbares” légalement et justement dominés.

Le chef de la nation Yakama Joe de Goudy est le seul leader élu (NdT: par le truchement de la loi fédérale indienne instituant les “conseils de tribus” élus, système asservi à l’état colonial n’ayant aucune valeur ni reconnaissance légales aux yeux des conseils traditionnels natifs… Il en va de même au Canada) que je connaisse qui a soulevé le problème de la domination des nations autochtones avec des hauts-fonctionnaires du gouvernement fédéral, ainsi que de son inévitable corollaire: la déshumanisation. Jusqu’ici, aucun autre responsable élu des nations natives n’identifie explicitement le système de la loi fédérale indienne comme un système de domination malgré que nous soyons capables de retracer ses origines jusqu’au Vatican, ses bulles pontificales et les chartes royales d’Angleterre.

Par le moyen de Johnson contre M’Intosh et de ses progénitures, les Etats-Unis ont utilisé de tels documents contre nos peuples et nations pendant des générations. D’autres leaders des conseils élus se doivent de rejoindre le chef Goudy pour pointer du doigt l’illégitimité des Etats-Unis dans son affirmation de très longue durée d’un droit de domination sur nos peuples et nos nations autochtones.

Publicités

Résistance au colonialisme: La dictature de la pensée occidentale à l’origine des lois coloniales toujours en vigueur (Steven Newcomb)

Posted in actualité, altermondialisme, canada USA états coloniaux, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 13 juillet 2017 by Résistance 71

A lire, la version PDF de « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte »
(Steven Newcomb, 2009, traduction de larges extraits par Résistance 71)

Pour mieux comprendre la notion de pouvoir et de justice dans le paradigme autochtone: « Un manifeste indigène » (Taiaiake Alfred)

 

L’esprit de l’homme blanc est à l’origine de la soi-disante loi fédérale indienne

 

Steven Newcomb

 

28 juin 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/mind-white-man-origin-us-federal-indian-law/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“Remonter à l’origine de la loi fédérale indienne est une tâche difficile.” – Felix S. Cohen

La loi est un pur produit de l’esprit humain.” – Steven L. Winter

Les concepts et les idées qui constituent la loi fédérale indienne américaine sont issus de là où toutes les idées ont leur origine, dans l’esprit humain. Mais pas n’importe quels humains ont créé ces concepts. Nos ancêtres indigènes n’ont pas créé les idées appelées aujourd’hui la “loi fédérale indienne”. Les descendants des colons européens créèrent les idées que vous lirez si vous prenez par exemple The Handbook of Federal Indian Law, de Felix Cohen. Je ne vois pas très bien pourquoi Cohen a eu des difficultés a comprendre un point clef: l’origine de la loi fédérale indienne est l’esprit de l’homme blanc.

L’esprit occidental, celui de l’homme blanc, a créé les idées qui ont été utilisées et continuent de l’être pour opprimer nos nations originelles. Lorsque les colonisateurs ont envahi nos territoires traditionnels, ils avaient avec eux des penseurs dont le boulot était de planifier et de comploter. Il y a eu de tels penseurs au cours des siècles. Ces esprits brillants étaient formés dès leur plus jeune âge à penser aux meilleurs moyens et pratiques pour phagocyter nos terres et territoires et pour imposer sur nos peuples et nations un vocabulaire limité et des idées qui créeraient un système de réalité dominatrice qui serait utilisé pour dominer et contraindre nos nations. Nous vivons aujourd’hui avec le résultat de cet héritage destructeur.

Nos ancêtres n’avaient pas le bénéfice de connaître en détail  la mentalité des colonisateurs. La plupart de nos ancêtres n’ont pas eu le bénéfice de pouvoir aller lire les archives des colons et, basés sur cette étude, de formuler des arguments en anglais, en français ou en espagnol/portugais, qui pourraient être utilisés pour identifier et fondamentalement défier les grands silences des colonisateurs et leurs assomptions les plus profondément cachées.

Lorsque les membres de nos familles furent forcés, enfants, dans les pensionnats blancs de la domination, la pédagogie du contrôle était faite “pour tuer l’Indien et sauver l’humain en lui”. On leur a appris à imiter et à embrasser le schéma mental du “dieu bénit l’Amérique” du colonisateur plutôt que de défier ces schémas dominateurs. “L’Indien” qui était désigné pour mourir était celui qui avait le plus de chance de défier ces schémas de l’agenda colonisateur de l’homme blanc. Ainsi, le système impérialiste américain de domination voulait dévorer nos ancêtres pendant leur enfance en les forçant dans les entrailles de l’empire (les rendant ainsi colon-isé), de façon à ce qu’ils puissent être “assimilés” (digérés) dans le corps politique de l’empire et finir par vivre tranquillement dans le corps de l’empire, captifs, si on peut dire, du “ventre” de la bête.

Enfants, nos ancêtres furent forcés à incorporer les pensionnats pour Indiens dans un effort de retirer tout ce qui pourrait maintenir nos nations ensemble. Nos nations devaient être et furent démantelées en suivant les coutures. Pour la plupart, nos nations n’étaient même pas référées comme étant des nations ; au lieu de cela, on apprît à nos ancêtres de se référer à la notion de “tribu” au lieu de nation  ou à un bas-ordre de “nations tribales”. Après quelques générations, ce vocabulaire dénaturant est devenu une partie imbriquée de la fabrique même de notre existence colonisée. Nos langues, que nos ancêtres firent évoluer au cours des millénaires devaient être étouffées, suffoquées. Ceci devait se faire en ne laissant pas nos ancêtres “respirer un mot” de leur langue maternelle durant leur enfance. Un système de punition vicieux et psychologiquement endommageant tout autant que ridicule fut mis en place et appliqué à tous ces enfants qui voulaient continuer à parler leur langue maternelle, ce qui était de fait la chose la plus naturelle du monde à faire. Le plan tordu des colonisateurs était de s’assurer que nous ne serions plus capables de parler les mots, de penser ou de connaître les enseignements de nos ancêtres. Dans la plus grande des mesures, ce programme fut un succès, il n’a échoué qu’en quelques circonstances.

A cause de l’héritage de ces pensionnats de la domination, le cliché de “devoir obtenir une éducation” ne veut jamais dire d’avoir besoin d’apprendre le langage et le système de connaissance traditionnel de nos propres nations pré-américaines. Cela veut dire “vous devez obtenir une éducation d’homme blanc” en apprenant à penser de la même manière que dans le système occidental des colonisateurs, en adhérant au système de la domination fédérale sur les Indiens (érigée en “loi”). Personne n’a encore expliqué comment maîtriser et maintenir le système de domination des idées utilisé contre nos nations, est supposé les libérer.

Aujourd’hui, malgré tout ce qui s’est passé, nous avons le bénéfice de la connaissance interne [du système de domination]. Nous avons l’avantage de pouvoir lire et analyser les archives historiques de la structure de l’argumentaire de l’homme blanc ainsi que de ses processus mentaux. Nous avons la capacité d’utiliser la théorie cognitive, qui explique les opérations de l’esprit humain, d’examiner les concepts et les idées qui font et constituent le système de domination de la loi fédérale indienne américaine qui a été et continue d’être utilisé contre nos peuples et nations originels.

Le système fédéral indien de la domination des Etats-Unis assume que nos nations et nos peuples sont sujets, doivent obéir à l’esprit de l’homme blanc ; mais si nous demandons “sur quelle base assumez-vous que nos nations doivent être sujettes à l’esprit de l’homme blanc ?” La réponse qui revient en boucle est : “sur la base de l’esprit de l’homme blanc.Comment nous sommes-nous donc retrouvés dans cet imbroglio dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui ? Simple. L’esprit de l’homme blanc a été capable de construire des idées et des arguments qui ont été utilisés pour donner l’impression [l’illusion] que nos nations sont de droit, sujettes à l’esprit (NdT: et donc à la domination) de l’homme blanc. Si nous ne faisons aucun effort pour défier ce raisonnement, alors nous nous sommes simplement résignés à notre propre destinée de dominés.

Si nous nous laissons mentalement conditionner à vivre nos vies selon le schéma conceptuel de l’homme blanc, nous continuerons à être mentalement emprisonné dans ce système conceptuel, qui continuera à être appelé “la loi”. Notre rechignement à défier les activités mentales de l’homme blanc a eu pour résultat que nous traitions les idées prévalantes de l’homme blanc comme “loi”. C’est “leur loi”. Alors que nos peuples et nations commencèrent à utiliser l’anglais comme langue principale de communication avec dans le même temps nos propres langues qui étaient réprimées et effacées au sein des pensionnats pour Indiens, nous internalisions dans nos esprits les assomptions très dominatrices qui sont toujours utilisées aujourd’hui pour dénaturer et retirer leur pouvoir à nos nations.

Nous avons besoin d’une approche différente et d’un genre différent de conversation au sujet du système de la loi fédérale indienne de domination, une approche qui questionne et défie la plus basique des assomptions qui dit que nos peuples et nations sont sujets à l’esprit de l’homme blanc par le simple fait que celui-ci a pensé de telle façon et parce qu’il l’a affirmé sur la base de la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination.

Résistance au colonialisme: Nations indigènes et domination politique (Steven Newcomb)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, canada USA états coloniaux, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 1 avril 2017 by Résistance 71

« En point de départ, je suggèrerais de conceptualiser ce qu’on pourrait appeler l’anarcho-indigénisme […] Le mot indigène qui évoque l’enracinement spirituel et culturel dans cette terre et la lutte pour la justice et la liberté d’Onkwe’hon:weh ; combiné au mouvement politique et philosophique qui est fondamentalement anti-institutionnel, radicalement démocratique et dévoué à prendre action afin d’amener le changement: l’anarchisme. »
~ Taiaiake Alfred, 2005 ~

A lire également: « La grande loi du changement », Taiaiake Alfred (extrait de son livre « Wasase », traduction R71)

et « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte » (traduction R71)

 

La souveraineté indigène et la subordination politique de nos nations

La véritable signification de la souveraineté indigène n’est pas ce que nous en savons ou croyons savoir

 

Steven Newcomb

 

27 mars 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/indigenous-sovereignty-political-subordination-nations/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La langue anglaise est profondément problématique pour les nations originelles de l’Île de la Grande Tortue (“Amérique du Nord”). En toute précaution, nous ne devrions pas assumer que nous comprenons un mot particulier simplement parce qu’il est devenu un terme coutumier de l’art. Un exemple probant est le mot “souveraineté”, un terme qu’on dit avoir été inventé par l’absolutiste et philosophe politique français Jean Bodin, qui a défini alors sa signification comme étant “la suprématie sur des citoyens ou des sujets sans restriction de la loi.

En d’autres termes, ceux appelés “citoyens” ou “sujets” sont considérés “sujets” aux “lois du souverain”. Mais, “le souverain” est vu comme “le sujet d’aucune loi” parce qu’il est mentalement imaginé comme existant “au dessus” ou “a un niveau supérieur” de tout le monde et de toute chose. Comme c’est un concept ou une idée qui n’existe pas pas physiquement, il vaut ici d’être noté que “le souverain” n’existe pas physiquement “au dessus” ou “à un niveau supérieur” de tout le monde et de toute chose. Néanmoins, ceux qui agissent au nom du “souverain” sont capables d’exercer un degré de force en relation à ceux qui sont désignés être citoyens ou sujets, ceci résultant parfois en de terribles ou mortelles conséquences pour ceux contre qui cette force est exercée.

On peut illustrer ceci avec les sites de massacres de l’époque jusqu’à l’utilisation traumatique des forces de police militarisées de nos jours à Standing Rock, dans un effort pour l’état “souverain” d’utiliser la force qui accompagne la “souveraineté” quand il veut imposer sa volonté pour les intérêts banquiers et corporatistes coloniaux.
Dans son livre “Captives of Sovereignty” (2011), le philosophe politique Jonathan Havercroft note que des philosophes politiques tels Hannah Arendt, Michel Foucault, Giorgio Agamben, Michael Hardt et Antonio Negri concourrent pour dire que la “souveraineté” est, comme le dit Agamben, “une forme injuste de domination qui limite la liberté humaine”. De ce point de vue, il devient raisonnable de dire que placer le mot “indigène” devant celu de “souveraineté”, résulte en l’idée d’une “forme indigène de domination qui limite la liberté humaine”. Pourtant, je ne connais personne impliqué dans la défense des droits des nations et peuples indigènes, qui travaille pour un droit de domination autochtone. Ceci veut pourtant dire qu’il y a une confusion à la base qui n’est pas adressée.

C’est aussi plus compliqué que cela. Dans le contexte des Nations-Unies, le terme “indigène” veut dire originellement libre mais maintenant existant sous une dominance ou domination. Ceci contredit directement le sens de “souveraineté”, à savoir qui est au dessus de tout le monde et de toute chose. Il est impossible pour quelque chose qui est dit au dessus de tout et de tout le monde, d’exister aussi sous la domination d’un pouvoir politique.

Ainsi, l’expression “souveraineté indigène” est un oxymore ; c’est la combinaison de deux termes qui s’auto-excluent, qui s’annulent l’un l’autre. C’est incohérent. La même chose vaut pour l’expression “souveraineté tribale” dans le contexte de la loi et de la politique fédérales indiennes, invoquant la “souveraineté tribale” dans un effort d’être du bon côté de la lutte, mais ceci est équivalent à dire “ne pas être souverain”, parce que le mot “tribal” indique que c’est une forme moindre ou non-suprème de “suprématie”, ce qui est un non sens.

Au nom des nations originelles de l’Île de la Grande Tortue, les gens ont tenté de combiner un terme indiquant une identité politique subordonnée: “indigène”, avec une identité politique suprêmement dominante: “souveraineté”. Ils ont fait cela dans un effort de nous libérer d’une subordination politique imposée à tort. Ils ont fait cela dans un effort de libérer nos nations et peuples d’une position conceptuellement imposée qui est faite pour exister sous la domination du pouvoir de l’état et de son affirmation au droit de domination.

Ce que la plupart d’entre nous n’ont pas remarqué est l’impossibilité d’être libéré d’une identité politique subordonnée en continuant d’invoquer une identité politique subordonnée. Utiliser le mot “souveraineté” précédé du mot “indigène” n’enlève pas ni n’élève le niveau de subordination politique, cela ne fait que renforcer la subordination. De plus, comme mentionné ci-dessus, cela adopte le concept de domination elle-mieme comme un mondèle d’existence qui contredit en tous points nos systèmes realtionnels traditionnels.

Nous avons tenté de nous défendre contre ceux qui affirment une “souveraineté” sur nous au nom de concepts tels que ceux de la “couronne”, des “Etats-Unis”, du “Canada”, de “L’État” et autres catégories de domination. Mais quoi qu’il en soit, le système conceptuel dominant utilisé pour nous défendre a été fait de façon à ce que tout défi au système renforce ces catégories de domination. Le défier au nom de la “souveraineté indigène”, c’est en fait le renforcer, ne pas le défier est le renforcer. Vous êtes baisés si vous le faites et baisés si vous ne le faites pas, la classique double-liaison.

Une alternative est d’approcher notre défense conceptuellement, ce qui veut dire de nommer et de directement défier le Code de la domination à sa source, afin de défier ses racines profondes. Faire cela revient à travailler depuis la position qui affirme qu’il n’y a aucun droit à la domination ni aucun droit corollaire à la déshumanisation. Ceux qui autrefois considéraient l’esclavage comme étant une institution sacro-sainte utilisèrent aussi un code de domination, un système de rationalisation (idées + arguments) afin de le justifier. (NdT: comme la rédaction de “codes noirs” par exemple pour la France sous Louis XIV et sous le 1er empire, car n’oublions pas que Napoléon a rétabli officiellement l’esclavage que la révolution avait aboli… L’abolition officielle définitive datant de 1848, c’est à dire il y à moins de 170 ans pour la France… “pays des lumières et de la liberté”… qui dans la foulée augmenta son empire colonial…) Ceux qui défièrent l’esclavage ne furent couronnés de succès que lorsqu’ils attaquèrent la fondation conceptuelle de la domination: le concept de dire que certaines personnes ont un droit de domination sur d’autres.

Ceux qui officient maintenant la loi et politique fédérale indienne pour le gouvernement des Etats-Unis sur la base de catégories de domination, ont un système de ratinalisation pour justifier l’affirmation par les Etats-Unis d’un “droit de domination chrétienne” sur nos nations, Un “droit” faussement appelé “conquête”. Ce système de rationalisation a été clairement stipulé dans le verdict et son rendu de l’affaire Johnson c. M’Intosh, Cour Suprême des Etats-Unis sous l’autorité du juge John Marshall, 1823.

Le défi auquel nous avons maintenant à faire face est celui de libérer nos esprits de la confusion qui résulte du point très mal et peu compris qui dit que le terme de “souveraineté” est une forme de domination et le terme “indigène” veut dire “existant sous une forme de domination”. Ainsi la souveraineté indigène est une forme de souveraineté sous un système de domination. Pour nous libérer, nous devons d’abord libérer nos esprits.

Résistance au colonialisme: Steven Newcomb rencontre le pape François à Rome dans le cadre de la remise de la déclaration de la Longue Marche sur Rome…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 13 mai 2016 by Résistance 71

Face à face avec le pape François 1er pour la révocation de la bulle pontificale Inter Caetera

Steven Newcomb

6 Mai 2016

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/05/06/face-face-pope-francis-get-inter-caetera-papal-bull-revoked-164399?page=0%2C0

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Le 4 Mai 1493, le pape Alexandre VI (NdT: Rodrigo Borgia, père de Cesare et Lucrèce Borgia…) a émis la bulle pontificale Inter Caetera qui appela les nations non-chrétiennes à être réduites et subjuguées (“barbare nationes deprimantur”). Le 4 Mai 2013, 200 ans après que notre grand leader Shawnee Tecumseh fusse tué sur le champ de bataille le 5 Octobre 1813, la Dr Debra Harry (nation Paiute), Sharon Venne (nation Cree, traité 6) et moi-même, avons vu deux parchemins originaux de la bulle pontificale aux archives générales des Indes occidentales de Séville en Espagne.

Le 4 Mai 2016, j’ai eu la très rare opportunité de demander en personne, sur la place St Pierre de Rome, au pape de révoquer formellement ce document. Nos plus de 20 ans d’effort pour faire révoquer ce décret pontifical en tant que document représentatif d’une série de documents, n’est pas du tout un pas vers ce qui a été appelé à tort une “réconciliation”, mais vers une décolonisation et une rectification. C’est une action visant à mettre fin au système de domination linguistique que le pape Alexandre VI a dirigé contre nos ancêtres non-chrétiens, nos nations originelles libres et qui fut un langage et un héritage de dévastation et d’oppression qui perdurent à ce jour.

D’après l’utilisation du concept de la “Terre-Mère” par le pape François dans sa déclaration encyclique “Laudato Si”, dans sa déclaration de contrition en Bolivie sur le traitement terrible enduré par les nations originelles et infligé par l’église catholique et d’autres forces coloniales, ainsi que dans ses appels variés pour la réforme, le pape François est le parfait candidat pour une révocation de la série de bulles pontificales de domination. L’archevêque Silvano Tomasi du Conseil Pontifical pour la Justice et la Paix a rencontré notre groupe durant deux heures, une délégation très variée de nations originelles qui se sont réuni pour l’évènement de la Longue Marche sur Rome afin d’y discuter de l’appel toujours en cours pour la révocation des bulles pontificales, démarche qui commença avec l’Institut Légal Indigène et ses efforts en ce sens dès 1992. La Longue Marche sur Rome s’est terminée à Florence et à Rome du 30 Avril au 4 Mai 2016.

Après avoir dit une brève prière dans notre langue Lenape, j’ai dit au pape: “Pape François voici un livre que j’ai écrit au sujet de la bulle pontificale Inter Caetera du 4 Mai 1493 (NdT: “Païens en Terre Promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte”, dont nous avons traduit de très larges extraits que l’on peut lire ici...). Aujourd’hui il y a 523 ans depuis que ce document a été publié, appelant pour la domination de nos nations originelles et des peuples de l’Île de la Grande Tortue ainsi que toutes les autres nations non-chrétiennes sur la planète. Ce document pontifical a été très destructeur pour nos nations et nos peuples depuis plus de cinq siècles. Nous vous appelons à révoquer formellement ce document afin que vous puissiez libérer l’esprit de cette énergie négative que le Vatican a placé sur nous.” Le pape François a répondu: “Je vais le lire.” J’ai poursuivi: “Merci. Voici une déclaration que nous avons compilée. Je vous remercie grandement d’avoir accepté de nous rencontrer.”

Cela fait 24 ans que Birgil Kill Straight, un chef traditionnel de la nation Oglala Lakota et moi-même avons commencé notre effort de voir la bulle pontificale révoquée. Birgil avait arrangé pour que nous voyagions avec des alliés italiens dans une tournée conférencière dans les villes du nord de l’Italie. Maintenant nous avons formellement délivré cet appel à la révocation directement au cœur et à l’esprit du pape François, qui a choisi son nom de pape en honneur de St François d’Assise, quelqu’un qui s’identifiait avec révérence à la nature et aux animaux.

Birgil et moi sommes allés à Assisi en Italie vers le milieu des années 1990, lorsque Birgil fut approché pour faire partie d’une équipe de rédaction du préambule de la Charte de la Terre. Il fut invité par le père polonais Perzywozny à s’assoir avec d’éminents universitaires de cette équipe de rédaction. Birgil amena avec lui un essai qu’il avait écrit au sujet des cérémonies traditionnelles Oglala ainsi que leur spiritualité. Il expliqua par implication que l’église catholique n’avait pas réussi dans sa tentative de détruire la langue et les traditions cérémonielles du peuple Oglala Lakota et que par le moyen de ces deux aspects de leur existence, ils communiquaient toujours avec les animaux tout comme il est dit que St François d’Assise le faisait. Le père Perzywozny fut très peu réceptif à ce message, mais les scientifiques eux ne le furent pas, tant ils comprenaient la condition délabrée dans laquelle se trouvait et se trouve toujours notre Terre-Mère et Ô combien important sont devenus les enseignements centrés sur le respect de la Terre. De là Birgil s’en fut au Vatican où il y rencontra le pape Jean-Paul II.

Dans son encyclique Laudato Si (lettre encyclique sur la maintenance de notre maison commune), le pape François a déclaré: “Bien qu’il soit vrai que nous, chrétiens, avons certaines fois mal interprêté les écritures, nous devons de nos jours rejeter la notion que notre être créé à l’image de dieu et à qui fut donné la domination sur terre justifie une domination absolue sur toutes les autres créatures.Il n’y a pas de meilleur exemple de l’affirnation par l’église que la chrétienté possède le droit absolu de domination sur les non-chrétiens que le phrasé trouvé dans les bulles du pape Nicolas V. Il y exhortait le roi Alphonse du Portugal “d’envahir, de capturer, de vaincre, de subjuguer tous les sarazins, païens et ennemis du christ et de réduire leurs personnes en perpétuel esclavage ainsi que de saisir tous leurs biens et propriétés.” Les bulles pontificales de 1493 contiennent le même type de langage et de système de domination et de déshumanisation. Elles utilisent les mots d’empire, de domination, de subjugation, de réduction et nous vivons toujours aujourd’hui sous les effets et circonstances drastiques de cet horrible système sémantique.

Nous avons proposé à l’archevêque Tomasi qu’une conférence internationale se tienne ayant pour trait un dialogue continu spécialement focalisé sur les thèmes de la domination et de la déshumanisation, ainsi que l’examen détaillé du langage de domination employé dans les bulles pontificales en question. Je lui ai dit “sauf votre respect, il y a beaucoup de votre histoire que vous ne connaissez pas.Je lui ai demandé s’il avait déjà lu les bulles pontificales auxquelles nous faisons référence. Il a dit que non . Je l’ai alors informé en grand détail de la nature de ces documents.

J’ai dit à l’archevêque Tomasi qu’une fois que ces idées et comportements ont été institutionnalisés en lois et politiques, l’Église ne peut simplement plus évoquer le concile de Vatican II par exemple et ne pas regarder en arrière et prendre responsabilité pour les ruines laissées dans le sillage de ces bulles pontificales de la domination. Aussi que l’Institut de Droit Indigène est concerné, ce travail n’est pas au sujet de la “réconciliation”, un euphémisme du système sémantique de domination pour parfaire et continuer le but des colons de nous assimiler et de nous incorporer dans leur corps politique de l’État. Les bulles pontificales et la domination des pensionnats pour Indiens (NdT: à la fois aux Etats-Unis et au Canada), ont eu pour intention de nous incorporer et de nous absorber dans leur système colonial. Les bulles démontrent un mensonge de base trouvé dans le concept de “vérité et réconciliation”: Les archives historiques ne montrent aucune “bonne relation” ou “amitié préalable” avec les oppresseurs devant être restaurées. Ainsi, sous la surface, réside la signification cachée de la “vérité et du mensonge”.

Ce travail et cette démarche sont à propos de la libération de nos nations et de nos peuples des schémas comportementaux et d’un système sémantique de domination. C’est au sujet de la restauration et de la cicatrisation de nos nations et de nos peuples fondées sur notre amour et la connexion spirituelle à la terre, nos langues, nos endroits sacrés et cérémonieux et notre existence originale libre et indépendante en tant que nations remontant bien avant la notion même du temps occidental.

Lutte anti-coloniale: Décoloniser la loi fédérale indienne (Steven Newcomb)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 14 mars 2016 by Résistance 71

Que devons-nous faire ? Décoloniser la loi fédérale indienne

 

Steven Newcomb

 

8 Mars 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/03/08/what-shall-we-do-decolonize-us-federal-indian-law

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le documentaire “The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code,” réalisé par Sheldon Wolfchild (Dakota), nous raconte une puissante histoire. Sheldon et moi-même avons créé ce documentaire sur la base de mon livre Païens en terre promise: décoder le doctrine de la découverte”, Fulcrum, 2008 et sur d’autres recherches que j’ai commencées à lire avec les livres de Vine Deloria Jr durant mes années adolescentes au début des années 1970.

Après que les audiences aient visionné le documentaire, elles ont tendance à demander “que pouvons-nous faire ?” A chaque fois qu’on me demande cela ou une autre question similaire, je pense toujours à combien il sera difficile de changer les attitudes, les valeurs et les croyances de la société dominante états-unienne en relation avec nos nations autochtones. Cela est bien plus vite dit que fait. Ce n’est pas comme si le respect pour nos nations puisse être légiférer en existence par exemple.

Toutes les audiences qui regardent “La doctrine de la découverte” sont introduites à un schéma de reconnaissance auquel j’ai travaillé depuis le début de mes recherches. En résultat, le film permet aux gens de voir, de constater les schémas mentaux et comportementaux de la domination chrétienne que l’on peut tracer jusqu’aux documents pontificaux du Vatican datant du XVème siècle et que ceux-ci sont toujours utilisés contre nos peuples et nations originels. Apprendre à reconnaître de tels schémas est très important parce que, comme le dit le dicton, savoir c’est pouvoir. Les personnes qui veulent que les Etats-Unis arrêtent d’utiliser la doctrine de domination ancrée dans la chrétienté contre nos nations ont besoin de savoir pourquoi il est important pour tout le monde sur notre Terre-Mère de défier le “droit” assumé de dominer les autres.

The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code,” montre pourquoi lorsque les hauts-fonctionnaires du gouvernement américain clâment que nos ancêtres “avaient besoin de la civilisation humaine et chrétienne”, ils appelaient en fait pour la domination de nos nations et nos peuples. Les spectateurs du documentaire sont informés que le terme “civilisation” dans ce contexte implique “le passage en force d’un schéma culturel particulier sur une population étrangère” Le mot “passage en force” démontre ici que ce processus implique une certaine forme de coercition et de domination. Comme contre-mesure, je m’assure que le docmentaire parle de nos nations comme celles “originelles et toujours libres de droit de ce continent” de l’Île de la Grande Tortue (Amérique du Nord). En d’autres termes et ce malgré les dires des Etats-Unis et d’autres pays (NdT comme le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et tous les pays d’Amérique Latine…), nos nations continuent d’être libres de droit de toute doctrine de domination imposée par la doctrine chrétienne de la découverte.

Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles nos audiences sont particulièrement choquées au visionnage de ce documentaire La Doctrine de la Découverte. Le film leur enseigne à “voir” les assomptions déshumanisantes qui furent et sont toujours acceptées, comme la vision du pape et autres monarques chrétiens d’avoir “un droit divin” de donner aux monarques chrétiens un “droit” à la domination sur nos nations originelles et sur nos territoires. Le film montre à quel point de telles attitudes ont souvent résulté en des massacres indiscriminés de nos ancêtres, hommes, femmes, enfants, vieillards et même les nourrissons et eurent pour effet direct l’enrichissement éhonté des sociétés chrétiennes qui écrasaient, volaient et pillaient nos territoires nationaux.

Le droit assumé se fondant sur la Génèse de la Bible 1:28, qui dit de subjuguer et de dominer, tout en essayant dans l’ensemble d’éliminer nos peuples et nations par le moyen d’actes génocidaires, fut basé sur certaines comparaisons métaphoriques faites par le monde chrétien. Les chrétiens virent nos nations comme “paiënnes” et “infidèles” ainsi que “barbares”, ainsi donc “sous-humaines”. Ils comparèrent même nos ancêtres à des “bêtes” (bestias en espagnol). Le monde chrétien pensa les territoires de nos nations comme étant dénués du christianisme et donc en cela, en grand besoin de la “civilisation” chrétienne et de sa domination.

De tels schémas de pensée et d’attitude résultèrent des suppositions sur ce que les empires chrétiens puis américain, alors qu’ils procédaient à leurs expansions coloniales hors d’eux-mêmes et au travers du continent des Amériques, avaient parfaitement le droit d’exercer une domination de base chrétienne sur nos peuples et nos nations. Les autochtones qui se considèrent aujourd’hui comme chrétiens pourraient bien vouloir me questionner métaphoriquement alors que je caractérise nos nations comme “païennes”. Prenez la nation Cherokee par exemple, elle pourrait bien dire qu’une fois le christianisme embrassé et adopté, on ne peut plus être considéré comme “païens” correct ? Faux.

Le documentaire “The Doctrine of Discovery” montre que pour que la doctrine de la découverte et sa domination ne s’appliquent pas à nos nations, il aurait fallu qu’elles soient des nations chrétiennes AVANT l’arrivée invasive des chrétiens européens. Les terres qui n’étaient pas déjà habitées par des chrétiens lorsque les chrétiens arrivèrent comme force coloniale étaient bien sujettes à l’affirmation par le monde chrétien d’un droit biblique de subjuguer la terre et de dominer tous les êtres vivant dessus. D’après la doctrine de la domination chrétienne, vous ne pouvez pas devenir chrétien après l’arrivée des chrétiens et utiliser cela pour que votre nation échappe au droit de domination chrétien. Votre adhésion à la chrétienté n’aura pas d’effet rétroactif, parce qu’en tant que non-chrétien, vous étiez considéré par le monde chrétien comme “nullus”, “nul et non avenu”. Le documentaire “The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code” fait reconnaître ces schémas de fonctionnement.

Réflexion faite, quoi de plus clair que le fait que chacune de nos nations autochtones puisse tracer son existence à un temps bien antérieur à celui où les chrétiens ont envahi ce continent ? Qui a t’il de plus clair que le fait que les hommes blancs qui ont siégé dans la Cour Suprême de l’état initialement, aient mentalement créé et imposé certaines idées métaphoriques sur nos nations, des idées qui font que le gouvernement fédéral des Etats-Unis (NdT; et du Canada) assume maintenant que nos nations libres de droit sont obligées d’accepter et d’obéir à la domination qu’on leur inflige ? Le documentaire argumente sur le fait que nous ayions besoin de rejeter de telles affirmations de domination qui sont toujours imposées contre nos nations sur la base de la “supériorité” et de “l’ascendance” chrétienne sur notre culture.

Lorsque le juge de la CS des Etats-Unis John Marshall a dit que ceux-ci avaient adopté le principe du “peuple chrétien” en appliquant le “droit à la découverte” de terres qui étaient habitées par des “païens”, lui en tant que juge, la CS unanime dans sa décision en tant que corps constitué et le gouvernement fédéral des Etats-Unis ont alors mis en application un contexte biblique et une forme de raisonnement contre nos peuples et nos nations originels. Ce schéma biblique de raisonnement au sujet des nations “païennes” non-chrétiennes n’ayant seulement qu’un “droit d’occupation des sols” et une indépendance “dimininuée”, est devenu un précédent établi de la Cour Suprême des Etats-Unis en résultat du verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh en 1823, que le gouvernement des Etats-Unis commença à imposer sur nos nations il y a cent quatre-treize ans.

The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code” est un documentaire qui démontre que nous avons grandement besoin de rejeter l’imposition des Etats-Unis de pensée biblique sur nos nations originelles. Maintenant que feu le juge Antonin Scalia se doit d’être remplacé à la CS, il sera nécessaire au président Obama ou son successeur de nommer un nouveau juge sur le banc. Lorsque confirmé(e), il ou elle sera attendu(e) de prendre des décisions au sujet de nos nations autochtones, utilisant la tradition américaine telle que celle de la “subjugation”, de “l’occupation simple des sols”, de la “conquête”, “conquérir”, “pouvoir plénier” et bien plus encore et ce toujours sur se fera sur cette base de la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination.

Résistance au colonialisme occidental: Discours de Steven Newcomb (Shawnee) à l’Assemblée Mondiale des Religions (Octobre 2015)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 10 novembre 2015 by Résistance 71

« Nos nations et peuples originels n’ont pas besoin de réconciliation mais de décolonisation !… »
~ Steven Newcomb ~

 

Discours devant l’Assemblée Mondiale des Religions

 

Steven Newcomb

 

3 Novembre 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/11/03/speech-parliament-worlds-religions

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Salt Lake City, Utah, le 19 Octobre 2015:

 

Bonjour à toutes et à tous,

Je désire rendre hommage aux nations originelles sur la terre desquelles ce bâtiment se dresse aujourd’hui. Je désire honorer les ancêtres qui ont aimé cette terre et l’ont chéri au moyen de cérémonies et de prières traditionnelles, fondées sur leur vision d’un besoin de relations sacrées avec notre terre-mère, avec ses eaux pures et limpides et avec la Vie sous toutes ses formes et manifestations. Je désire honorer l’existence originelle et libre de nos nations et de nos peuples remontant dans la nuit des temps au travers de nos traditions et histoires orales.

Hier j’écoutais avec grand intérêt la session plénière sur le changement climatique. Cela me frappa de réaliser que vouloir travailler sur le changement climatique sans travailler à un changement de paradigme serait une grave erreur. Nous avons besoin d’un changement, d’un glissement de notre attitude et de notre mentalité pour nous écarter enfin du paradigme de domination prévalent, de la déshumanisation, de la veulerie, dont les symptomes sont partout observables sur la planète terre, notre mère à toutes et à tous.

Il y a plus de cinq siècles, plusieurs papes de Rome, au nom de la chrétienté, ont lâché sur le monde ce paradigme auquel je faisais référence. Cela pourra peut-être vous surprendre d’apprendre que le modèle de domination impérialiste chrétien a été imbriqué dans les lois et les politiques des Etats-Unis d’Amérique ainsi que dans les lois et les politiques de bien des pays comme par exemple le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce code caché de l’empire chrétien (NdT: héritier de l’empire romain) a œuvré pendant plus de cinq siècles vers la dissolution de nos nations originelles sur l’Île de la Grande Tortue (Amérique du Nord) et Abya Yala au Sud.

Les schémas d’idée de domination et la soi-disante découverte chrétienne ont été écrits par des juristes dans la loi fédérale indienne elle-même, où ils demeurent jusqu’à ce jour. Ces idées remontent à des documents pontificaux datant du XVème siècle et aux chartes royales d’Angleterre qui affirmèrent le droit à la domination contre des terres non-chrétiennes, “qui furent inconnues de tous les peuples chrétiens avant cette période”. En 1823, la Cour Suprême des Etats-Unis sanctifia le schéma de la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination avec sa décision dans l’affaire Johnson & Graham’s Lessee contre McIntosh.

Nous pouvons remonter ce schéma d’idées à l’année 1452 lorsque le pape Nicolas V dans son édit/bulle Dum Diversas, dirigea le roi du Portugal à se rendre sur la côte ouest africaine et partout en terres non-chrétiennes afin “d’envahir, de capturer, de vaincre et de subjuguer”… “tous les sarrasins, païens et autres ennemis du Christ”, “de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel” et de “s’emparer de tous leurs biens, propriétés et possessions”. Plusieurs décrets pontificaux ou bulles furent émis en 1493 par le pape Alexandre VI (NdT: Rodrigo Borgia), qui appellèrent à la propagation et l’expansion de l’empire chrétien, imperii Christiani en latin, et appelaient à ce que les “nations barbares” soient subjuguées à la foi et religion chrétiennes. En marge de ceci mais connecté, le 4 Mai 2013, 520 ans après la publication de la bulle papale de Mai 1493, je me suis rendu avec deux de mes amis: Dr Debra Harry de la nation Paiute et l’avocate Sharon Venne de la nation Cri, munis d’une autorisation spéciale aux archives espagnoles des Indes Occidentales se tenant dans la ville de Séville en Espagne pour y consulter deux documents papaux parchemins velum. Le secrétaire royal de l’époque avait fait une annotation particulière au dos d’un des parchemins, stipulant que le document était une concession du pape Alexandre VI pour “ganaran y conquistaron de las Indias.” Ou en français: “gagner et conquérir les Indes”. En d’autres termes, ceci était une concession de domination.

Notre documentaire “The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code,” basé sur mon livre Pagans in the Promised Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery, Fulcrum, 2008, met sous les feux de la rampe les schémas de déshumanisation impliqués dans l’affirmation du droit de la découverte chrétienne et de la domination sur des terres peuplées de soi-disants païens, infidèles et peuples non-baptisés. Ceci est un point d’attention sur lequel nous nous concentrons depuis plus de 20 ans à l’Institut de Droit Indigène (Indigenous Law Institute, dont Steven Newcomb est le co-fondateur)

Mon ami et mentor Birgil Kills Straight est un leader spirituel de la nation Oglala Lakota (Sioux). En 1992, lui et moi avons fondé l’Indigenous Law Institute. En 1993, nous avons participé à l’assemblée des religions mondiales à Chicago. Birgil y parla des Sept Lois Spirituelles des Oceti Sakowin et nous parlâmes de ces bulles pontificales. Nous avons fait part à la communauté mondiale de notre campagne d’appel au pape Jean-Paul II à la répudiation du décret/bulle Inter Caetera de 1493. Notre campagne contre le paradigme de domination et de déshumanisation ainsi que leur institutionalisation dans les lois et les politiques, continue aujourd’hui avec la papauté de François 1er.

Mesdames et messieurs, j’aimerai avoir plus de temps pour approfondir plus en détail, mais devant le peu de temps qui m’ait imparti, je vous laisserai sur cette réflexion: En 1954, le ministère de la justice des Etats-Unis envoya une ordonnance à la Cour Suprême des Etats-Unis, dans laquelle il fut argumenté que les Indiens Tee Hit d’Alaska ne méritaient aucune compensation financière pour la prise du bois sur leurs terres parce que “les nations chrétiennes d’Europe avaient découvert ces terres de païens et d’infidèles”. En 1955, l’année de ma naissance, la Cour Suprême tomba d’accord avec cette argumentation, se référant au Elements of International Law de Henry Wheaton dans lesquels il disait ceci: “Les nations païennes des quatre coins du monde furent les proies, les récompenses et le butin légaux de leurs conquérants civilisés.” Ce schéma de domination chrétienne fut une nouvelle fois soutenu par une décision de la Cour Suprême des Etats-Unis en 2005 dans son rendu de l’affaire City of Sherrill v. Oneida Indian Nation of New York.

Je désire conclure en disant qu’il est grand temps pour les chrétiens et les églises qui pratiquent cette déshumanisation qu’il faut arrêter de mentir au sujet de nos cérémonies traditionnelles. Ils doivent arrêter de dire à notre jeunesse et aux autres, que nos cérémonies sont sataniques ou l’œuvre du diable. Ceci tue bon nombre de nos jeunes qui, privés de leur identité spirituelle et culturelle et dans le sillage du traumatisme généré par les programmes de pensionnats de la domination pour Indiens (aux Etats-Unis et au Canada), mettent prématurément fin à leur vie.

De plus, les gouvernements et les églises doivent commencer à consacrer du temps et des efforts, de l’énergie et de l’argent dans l’assistance à la revitalisation de nos langues, de nos cultures et de nos traditions spirtituelles, les mêmes efforts et énergie consacrés à la destruction de nos places sacrées et de nos cultures en première instance. Nos nations originelles n’ont pas besoin de réconciliation, mais de décolonisation ! Nous et la planète devons cicatriser du traumatisme amené sur nous par ces schémas chroniques et incessants de domination et de veulerie avérées.

Merci à tous les chrétiens et églises chrétiennes qui ont exprimé leur soutien à nos efforts, sachez que nous apprécions cela à sa juste valeur. Nous vous invitons tous à marcher avec nous sur le chemin sacré en honneur du tout premier principe de nos nations originelles: “Respectons la Terre notre Mère et ayons un regard sacré pour tout être vivant. Mettons fin à toute domination. Nous sommes tous inter-reliés. Wanishi.”

Résistance au colonialisme occidental: Décoder la sémantique colonialiste…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 31 octobre 2015 by Résistance 71

Au sujet de remplacer le jour de Colomb par le jour des peuples dominés

 

Steven Newcomb

 

27 Octobre 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/10/27/replacing-columbus-day-dominated-peoples-day

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Une tendance notoire a émergé ces récentes années alors que de plus en plus de villes aux Etats-Unis laissent tomber les festivités du “jour de Christophe Colomb” (Colombus Day) en faveur d’une “journée des peuples indigènes”. Ce changement de terminologie est considéré être une grande amélioration par ceux qui savent que la journée de Colomb représente une expansion brutale et sanglante de l’empire et de la colonisation. Ce jour représente de fait la décimation de nos ancêtres et la dévastation de nos nations et de nos peuples. Ce jour représente un héritage du génocide.

Une des façons de caractériser l’héritage de Colomb est ceci: Lorsque que Colomb appela cette première île “découverte” du nom de “San Salvador”, qui veut dire Saint Sauveur en espagnol, il commença à utiliser le processus d’utilisation de l’imagination humaine pour imposer des métaphores de domination de la chrétienté occidentale sur nos nations, nos ancêtres, et nos terres. Le système imposé des métaphores de la chrétienté et le bain de sang qui en résulta peuvent aussi être compris comme un système de domination et de déshumanisation mis en place par les gens de la chrétienté pour faire avancer le modèle impérialiste de domination chrétien. Maintenant on nous dit qu’une des façons de tourner le dos à ce maudit et sombre héritage est de changer le nom de ce jour férié nommé après le “saint patron” si on veut de cette histoire de mort et de colonisation, Christophe Colomb.

Avant que nous bougions plus avant dans la direction d’un “jour des peuples indigènes”, il serait peut-être bon et sage de nous rappeler de l’avertissement que nous avait donné le poète et philosophe Dakota John Trudell au sujet de ce qu’il se passe lorsque, “ils changent le nom et nous traitent de la même façon”. La fondation existante du système continue sans fléchir parce que le changement de nom n’est qu’une petite révision de surface (NdT: encore une “réforme”, une de ces inepties faites pour toujours donner l’illusion du changement et de l’amélioration alors qu’en fait ce n’est toujours que cela: une illusion…)

Question: Pourquoi encourageons-nous les villes américaines à abandonner le “jour de Colomb” et à adopter “le jour des peuples indigènes” ? Réponse possible: Parce que nous sommes contre le système de domination que Colomb et toute la chrétienté ont imposé de manière invasive et destructrice sur nos peuples et nos nations ; le système en résultant de domination est chronique et perdure jusqu’à nos jours.

Et bien, si cela est le cas, pourrait-on demander, pourquoi alors aussi utiliser la métaphore “indigène” pour nous nommer nous-mêmes ? Cette métaphore, venue de la terminologie de l’ONU, ne fait juste que renforcer, plutôt que de défier, le système métaphorique de domination imposé sur nos peuples et nations originels. Fondé sur la manière dont le mot “indigène” est défini par l’ONU, nous ne faisons qu’abandonner le “jour de Colomb” en faveur de l’idée bien camouflée du “jour des peuples dominés”.

Permettez-moi d’expliquer ceci.

Dans le contexte des Nations-Unies et de l’arène internationale, les peuples indigènes sont conçus, en accord avec une définition reconnue officiellement, comme ayant été à un moment donné des peuples (nations) distinctes. Puis, “des personnes d’une culture différente ou d’origines ethniques différentes arrivèrent sur place (en l’occurence, ici sur le continent des Amériques) d’autres endroits du monde, les subjuguèrent par conquête, développement colonial ou tout autre moyen, les réduisant à une situation non-dominante ou coloniale.” (Khan and Talal, Indigenous Peoples: A Global Quest for Justice (1987).

Pensez à la dévastation morale à laquelle durent faire face nos ancêtres et nos nations après avoir été forcés d’une existence pré-indigène (pré-domination) à une existence de dominés, de colonisés. Pendant très longtemps, nos peuples et nations ont vécu de manière indépendante, libre et non contraints à une domination étrangère. Puis, soudainement, nos ancêtres et nos nations furent envahis et graduellement “subjugués”, “réduits” par les puissances dominatrices “à une situation non-dominante ou coloniale”. Les colonisateurs ont alors commencé à considérer nos nations et nos ancêtres comme étant des peuples et nations dominés, ce qui veut dire voués à vivre “sous la botte” des colonisateurs et pour utiliser une expression tout aussi métaphorique. “ils nous ont marché dessus.”

Eventuellement, les colonisateurs commencèrent à utiliser les “peuples colonisés” et les “peuples indigènes” comme des expressions synonymes.
Parce qu’aucune de ces deux expressions n’ont amené le concept de “domination” en point de focalisation, le mot “dominés” ne fut pas détecté et fut utilisé par nous comme un moyen de défier le système de la société dominante et ses métaphores de domination.

Se faire nommer “indigènes” c’est se faire nommer en termes de l’opposé de l’existence originelle libre de nos nations et de nos ancêtres. Se faire nommer “indigène” dans le contexte de l’ONU c’est se faire nommer en termes de ce qui est considéré être venu après que notre droit à une existence libre et indépendante fut supposément terminé par le “processus de civilisation”, à savoir d’avoir été violemment et sémantiquement soumis aux métaphores de la chrétienté (de l’empire colonial chrétien). La mission de la chrétienté fut d’utiliser des processus de domination afin d’œuvrer en vue de la dissolution complète, c’est à dire de l’élimination, de nos nations libres et indépendantes.

L’utilisation de l’expression “non-dominant(e)” par Khan et Talal attire notre attention sur une supposition qui a guidé les “États”. D’après cette supposition, le système métaphorique de domination de la chrétienté est maintenant dominant et nos peuples et nations sont maintenant métaphoriquememt voués à exister “sous” ou “en dessous” ce système bien au point de métaphores. La définition de “non-dominant” est appliquée à nos nations et nos peuples parce que nous sommes voués à l’assujettissement de manière permanente par un système de domination bien fait et effectif.

Si nous sommes véritablement sérieux au sujet de notre libération en décolonisant (en défaisant la domination sur) nos esprits, alors nous devons regarder bien plus profondément ce système de langage utilisé par les colonisateurs et son système métaphorique. Car c’est au moyen de ce système de langage que le colonisateur tisse la toile linguistique et métaphorique de son empire de domination. Nous ne pouvons pas prendre la terminologie colonialiste pour argent comptant. L’approche la plus confortable et la plus immédiate n’est pas la meilleure approche pour notre libération.

Nous devons nous engager dans la tâche mentale difficile d’interpréter les mots, les textes, les métaphores des colonisateurs afin de mettre en évidence les vérités profondes cachées. Voici un point de conclusion que je désirerais faire: le “jour des peuples et des nations originels” est en tout point préférable à l’expression “jour des peuples indigènes”. Mais quoi qu’il en soit, si vous vous sentez complètement en adéquation avec “le jour des peuples indigènes”, alors utilisons l’expression “jours des peuples dominés” de façon à ce que l’image du système de domination dont nous avons besoin de nous libérer soit claire et absolument sans ambiguité aucune.

Si nous utilisons des mots et expressions qui ne servent qu’à renforcer le cadre déjà existant de domination, qu’avons-nous donc fait ? A quoi sommes-nous parvenus ? Nous devons commencer à utiliser un langage qui identifie le cadre de référence et amène au bon niveau de conscience tout en même temps défiant sa fausse affirmation de légitimité. Nous pourrions utiliser l’expression “jour des peuples dominés” de manière ironique afin de montrer au monde que le système de domination est toujours utilisé contre nous, tout en argumentant sur le fait qu’il n’y a pas de “droit à la domination”. En d’autres termes, nos nations ont toujours le droit inhérent d’exister librement et indépendamment de toute domination et de toute déshumanisation.