Archive pour société contre économie de marché

Pierre Clastres 1977-2017: 40 ans après sa mort, l’héritage d’un anthropologue politique anarchiste (Introduction)

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Hommage à Pierre Clastres anthropologue anarchiste (1934~1977)

 

Résistance 71

 

juin 2017

 

Introduction

 

“Les sociétés primitives n’étaient pas des sociétés de subsistance, mais d’abondance. En outre, dotées de dispositifs politiques, elles n’étaient pas sans État comme le proposait Engels, mais plutôt contre l’État et luttaient contre la division sociale (Clastres). “
~ Marylène Patou-Mathis, paléontologue et directrice de recherche au CNRS ~

“Un autre ethnologue français, Pierre Clastres, a émis, pour les sociétés humaines en général, l’hypothèse que la tendance normale dans un groupe est la résistance collective aux excès de pouvoir. Dans une société encore peu complexe, les notables doivent s’attacher leurs obligés en redistribuant en permanence les richesses qu’ils réussissaient à grande peine à accumuler. Dans une société guerrière où le prestige est lié aux prouesses au combat, les grands guerriers doivent sans cesse remettre leur titre en jeu,  jusqu’au jour où ils finissent par être éliminé. L’émergence des sociétés inégalitaires ne serait donc pas la norme, mais l’exception et le résultat d’un dysfonctionnement de ces mécanismes de contrôle. Finalement les inégalités ne seraient pas naturelles…”
~ Jean-Paul Demoule, archéologue, professeur à Paris I, ex-directeur de l’INRAP ~

Pour le quarantenaire de la disparition de l’anthropologue politique trop méconnu et pourtant si pertinent Pierre Clastres, nous avons compilé ces derniers mois des extraits de ses ouvrages de conclusions de recherches en anthropologie politique. Pierre Clastres s’est spécialisé dans l’étude des sociétés premières, leur mode de fonctionnement politique et a démontré que contrairement à ce que prétend l’anthropologie orthodoxe d’une société humaine passant du stade “sauvage” sans structure politique (étatique) a une organisation achevée étatique, la société humains primordiale et primitive n’est pas seulement une société sans État, mais une société qui refuse l’État et qui est donc contre l’État ; où l’État n’existe pas parce qu’il est impossible. Cette vision est essentielle pour comprendre que l’État n’est en aucun cas l’aboutissement politique de la société humaine, sa plus haute forme d’expression, mais qu’il est au contraire une anomalie, un réalisation contre-nature qui sert les intérêts du plus petit nombre dans une société politiquement divisée (avant même que d’être économiquement divisée, l’économique étant une dérive du politique et de sa division d’une société une et totale en établissant un rapport de dominant à dominé, inexistant parce qu’impossible dans la société première et son communisme primordial.).

Pierre Clastres, anthropologue anarchiste trop tôt disparu, nous laisse un riche héritage dans lequel puiser afin de mieux comprendre la société humaine et le comment nous pouvons, devons sortir du marasme systémique auquel nous a mené le mode d’organisation et de gouvernance étatico-capitaliste dans son “évolution” contre-nature fatale.

Nous publions donc cet hommage au travail de cet anthropologue de renom en 4 parties sur 3 ou 4 semaines. Dès la parution de la 4ème partie, Jo de JBL1960 nous mettra cette compilation sous format PDF téléchargeable gratuitement.

A lire et à diffuser largement sans aucune modération

Bonne lecture à toutes et à tous

R71

1ère partie

2ème parrtie

3ème partie

4ème partie

Pierre Clastres sur Résistance 71

S’immuniser contre le colonialisme et ses opérations psychologiques de dégradation ethnocidaire…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 17 janvier 2015 by Résistance 71

Mettre fin aux attitudes mentales de la colonisation

 

Peter d’Errico

 

6 janvier 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/01/06/ending-mental-attitudes-colonization

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Damian Webster et Emmy Scott posent des questions importantes dans leur article récent “Une défense du traditionalisme” ( article,): Qu’est-ce qu’une personne native qui a réussi ?” “Quel standard essayons-nous d’accomplir ?” “Attendons-nous de nos enfants qu’ils connaissent nos histoires de création du monde, notre discours traditionnel, no chants de cérémonies, de la même manière dont nous nous attendons à ce qu’ils sachent leurs tables de multiplication, les dates importantes de l’histoire ou la constitution des Etats-Unis ?”

Ils posent ces questions dans le contexte du requis de la langue navajo qui empêcha Chris Deschene de se présenter à la présidence de la nation Navajo. Webster et Scott ne critiquent par Deschene pour ce qu’il parle plus l’anglais que le navajo, ni ne font problème du fait que l’autre candidat à la présidence, Joe Shirley Jr. professe quant à lui un mélange de croyances chrétiennes et navajos.

Leur défense des valeurs traditionnelles se focalise sur un appel philosophique à l’action, plus grand et plus large qu’une campagne politique spécifique. Comme ils le font justement remarquer, la défense des valeurs traditionnelles confronte la culture de masse, le mercantilisme et fait pression vers l’uniformité. Le système capitaliste rend tout, terres et personnes, sous forme de marchandises à vendre et à acheter.

L’expression “libre-échange” cache le fait que nous ne pouvons pas participer à l’économie de marché à moins d’avoir de l’argent; et le seul moyen d’avoir de l’argent (si vous n’êtes pas né dedans…), imnplique le fait de trouver quelque chose à vendre, alors nous apprenons à nous vendre nous-mêmes. Nous apprenons à cadrer avec les “besoins du marché”.

L’identité devient une marque, plutôt qu’un signe de signification interne, individuel. La pub vous dit: “soyez vous-même”, mais cela est fait pour vendre un produit. L’économie de marché parle d’”individualisme”, mais produit de l’assimilation.

Comme le disent Webster et Scott: “Les hommes et femmes amérindiens souvent coupent leurs cheveux disant que cela est mieux pour trouver un emploi. Nous nous habillons en costume-cravate sans nous poser de questions parce que nous voulons paraître “présentables” dans nos carrières. Mais de quels standards s’agit-il ? Qui détermine ce qui est supposé être présentable ?”

Ils ajoutent: “Nous nous conformons à un système qui a été fait pour nous exclure entièrement. Malgré cette compréhension, nous continuons à permettre aux autres de choisir nos standards. Nous avons besoin de défier ouvertement ces standards imposés.”

L’économie de marché exclut les façons de vivre qui limitent le flot du capital. Quand un peuple défend ses terres contre l’extraction des “ressources” capitalistes, le marché voit un ennemi. Le système de marché ne connaît pas de terre sacrée.

De la même manière, il n’y a pas de place dans le marché pour les relations humaines fondées sur le sacré. Les sociétés traditionnelles gênent le marché, parce qu’elles ne chérissent pas l’argent par dessus tout. (NdT: il est clair quer le “marché”, l’économique est devenu la nouvelle religion avec ses dogmes, ses prophètes, ses “lois”, ses hérétiques, son inquisition et ses piloris/bûchers…). Le marché peut gérer l’artisanat traditionnel et peut faire d’une cérémonie traditionnelle une attraction touristique (NdT: réduire une culture à un folklore commercialisable est une caractéristique de l’ethnocide). Mais lorsqu’un peuple insiste pour le maintien de relations traditionnelles, qui souvent, peut-être même toujours, impliquent le partage des nécessités de la vie, le marché y voit alors un nouvel ennemi.

Le colonialisme vise à imposer le système de marché sur les communautés traditionnelles, à détruire les économies de partage traditionnelles et à forcer les gens à ne pouvoir vivre qu’en vendant leur force de travail. Un principe central du processus d’alotement fut encouragé et soutenu par les missions chrétiennes, celui-ci fut de “civiliser” les Indiens en brisant leurs relations sociales de partage et les forcer à se soumettre à une “auto-suffisance” individuelle. Le programme des pensionnats pour Indiens (aux Etats-Unis et au Canada) avait essentiellement cela pour objectif (NdT: en plus d’éliminer physiquement une bonne partie des générations futures indiennes, créant chez les survivants un traumatisme quasi indélébile… Lavage de cerveau, destruction de la culture, de la langue et peur permanente d’une mort violente = cocktail de destruction psychologique).

Bien que le régime de pensionnats pour Indiens ne domine plus l’éducation des Amérindiens, la mission “civilisatrice” n’en continue pas moins, sous d’autres déguisements. Comme le disent Webster et Scott: “Nous continuons à pousser l’éducation occidentale sur nos enfants année après année, comme cela nous fut imposé et à ceux avant nous également. On dit souvent qu’il faut connaître son ennemi si on veut le battre, le battre à son propre jeu. Nous pouvons le comprendre, mais qu’en est-il de l’autre côté ? Nous connaissons sans doute très bien notre ennemi maintenant, mais nous connaissons-nous nous-mêmes si bien ?”

Webster et Scott concluent: “Ce serait une forte affirmation pour nos générations futures si nous dédiions autant d’effort au succès de nos institutions tribales que nous en avons dédié à celles de l’occident.”

Leur appel fait écho aux mots de Patrice Lumumba, un des grands leaders anti-coloniaux du XXème siècle, qui mena le mouvement d’indépendance du Congo contre la Belgique et qui fut élu premier ministre du Congo. Le gouvernement de Lumumba ne survécu que douze semaines, tandis qu’un rival qui avait comploté avec les Belges pour prendre le contrôle des énormes ressources minières du pays, le chassa du pouvoir. La CIA et le MI6 britannique furent tous deux impliqués dans l’assassinat de Lumumba dans une de ces manœuvres de la guerre froide au sein des anciennes colonies européennes.

Une des déclarations les plus célèbres que fît Lumumba fut celle de la session d’ouverture du congrès pan-africain du mois d’Août 1960, où il expliqua que “peu importe les standards de vie qu’expérimentent les colonisés”… la lutte anti-coloniales allait “restaurer la dignité des peuples.” Il ajouta: “Notre objectif est de restaurer les valeurs culturelles, philosophiques, éthiques et sociales de l’Afrique et de protéger nos ressources.” (NdT: par cette simple phrase, tout comme Sankara après lui, il était devenu un ennemi du “marché” et signait par là-même, son arrêt de mort…)

Webster et Scott parlent d’une voix similairement forte, appelant les peuples natifs “à maintenir qui nous sommes et demeurer distincts dans nos nations.”

Lumumba avait décrit l’effort pour défaire le colonialisme, ce à quoi se réfèrent Webster et Scott en tant que “dédication au succès dans nos propres institutions autochtones”, disant “nous… devons réviser tout ce que nous avons fait, et devons repenser absolument tout par nous-mêmes… Nous savions que nous devrions réviser les méthodes qui ont été forcées sur nous et par-dessus tout redécouvrir notre nous-même intime et nous débarrasser des attitudes mentales et habitudes complexes où la colonisation nous a enfermé depuis des siècles.”

Qu’il en soit ainsi.

Peter d’Errico est diplômé de la Yale Law School en 1968. Il a été membre du cabinet d’avocats de Dinebeiina Nahiilna Be Agaditahe Navajo Legal Services, 1968-1970, à Shiprock. Il a été professeur de droit à l’University of Massachusetts, Amherst, 1970-2002. Il est aujourd’hui consultant légal sur les affaires indiennes.

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A lire sur le même sujet:

Taiaiake Alfred, Mohawk, professeur de sciences politiques et chaire du programme sur la gouvernance indigène de l’université de Victoria, Colombie-Britannique, Canada, traduit par nos soins:

https://resistance71.wordpress.com/2014/09/05/resistance-au-fleau-de-lhumanite-solutions-anti-coloniales-pour-une-decolonisation-de-lempire-1ere-partie-taiaike-alfred/

https://resistance71.wordpress.com/2014/09/10/resistance-au-fleau-de-lhumanite-solutions-anti-coloniales-pour-une-decolonisation-de-lempire-2eme-partie-taiaike-alfred/

https://resistance71.wordpress.com/2014/02/21/resistance-contre-le-colonialisme-au-xxieme-siecle-la-resurgence-indigene/

https://resistance71.wordpress.com/2013/12/13/colonialisme-dhier-et-daujourdhui-en-sortir-par-et-pour-les-peuples-analyse-taiaiake-alfred/

Notre dossier: “Colonialisme et luttes indigènes”

https://resistance71.wordpress.com/colonialisme-luttes-indigenes/