Archive pour sémantique colonialiste

Colonialisme, empire, sémantique et hégémonie culturelle (Steven Newcomb)

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Au sujet des idées qui ont émergé de la mentalité envahissante des colonisateurs

 

Steven Newcomb

 

4 août 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/ideas-emerged-invading-mentality-colonizers/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Il y a plusieurs années, j’ai écrit au sujet d’une déclaration faite par L.C. Green dans son livre: The Law of Nations and the New World (1989). Dans une section titrée “Saisies de territoire dans l’Amérique coloniale”, le professeur Green disait qu’il était devenu “de plus en plus commun d’assumer pour les peuples aborigènes et ce depuis la fin de la seconde guerre mondiale, dans une variété de pays incluant le Canada, qu’ils sont les véritables propriétaires souverains des territoires qu’ils occupent.”

En réponse à cette assertion, Green disait que “Les peuples aborigènes (sa propre terminologie) tendent à ignorer le fait que le titre d’état ne dépend pas de la coutume locale ou de la morale, mais de la loi internationale.” Etant donné que le système politique appelé “l’État” est un système de domination. L’expression de Green dans sa phrase “le titre d’état” est en fait plus précisément le “titre de domination”.

Parce que le terme de “souverain” se traduit pas “dominor” en latin, ce qui est “dominateur” en anglais/français, la phrase de Green “les véritables propriétaires souverains” est en fait “les véritables dominateurs” (“dominorum”).

Quoi qu’il en soit, Green a esquivé le fait que les idées qu’il appelle “la loi internationale” ont émergé de l’esprit et du langage de “l’homme blanc” colonisateur. Green semble suggérer que seul l’esprit du colonisateur doit décider si des nations originelles du continent sont “les véritable propriétaires souverains” de leurs territoires traditionnels. Il semble même suggérer plus avant que les colonisateurs envahisseurs ont décidé il y a des générations de cela et que les nations originelles de ce continent ne sont pas les véritables propriétaires souverains de leurs territoires et que nous, peuples natifs, sommes maintenant et pour toujours sellés de cette décision faite par les colons.

Voici comment je lis et interprète l’argumentation de Green: Lorsqu’il s’agit d’évaluer les droits territoriaux des nations originelles et des peuples de ce continent, ces sujets ne seront JAMAIS décidés sur ce que nos ancêtres pensaient eux-mêmes de tout cela. Au lieu de cela, tout sera toujours décidé selon ce que les ancêtres de l’homme blanc pensaient et assumaient. C’est comme si Green disait que les idées de l’homme blanc devront prévaloir de manière PERMANENTE en tant que système de domination exercé sur nos nations et sur leurs territoires.

Pour être précis, Green n’a pas utilisé l’expression “homme blanc” dans ses écrits. Mais il a dit à un moment donné, “il est nécessaire de regarder l’histoire de l’établissement [colonial] vers l’ouest et la base légale de l’appropriation de territoire et de la souveraineté dans la loi internationale.” J’interprète ceci comme voulant dire qu’afin de répondre correctement aux questions au sujet des nations originelles de ce continent, “l’homme blanc” colonisateur doit observer les idées appelées “loi internationale”, créée par ses ancêtres. Green dit de surcroit que “la loi internationale telle qu’on la connaît aujourd’hui” est le résultat du “développement de la pratique des états chrétiens européens”. De manière plus spécifique, ceci réfère à ce qui était connu collectivement à l’époque comme la “chrétienté” ‘“christendom” en anglais ou “domination chrétienne”) ou “la communauté des richesses chrétiennes”,

Il y a une conséquence pour assumer que les nations et peuples natifs sont obligés d’obéir aux idées et aux jugements que les hommes blancs européens chrétiens ont créés il y a longtemps et légués à leurs descendants. Cette obligation assumée interdit les idées et les jugements créés par nos ancêtres, nos nations et nos peuples. Green apparaît dire que seules les idées du colonisateur seront utilisées pour juger si les idées des colonisateurs du passé étaient valides. En d’autres termes,, comme les colonisateurs du passé assumèrent que leurs idées, leurs jugements et leurs arguments étaient valides, nous sommes maintenant obligés d’accepter cette vision que leurs idées et arguments passés étaient et sont valides aujourd’hui, que nous sommes liés par cet état de fait.

Si nous demandons sur quelle base nos nations originelles sont dites obligées d’accepter sans rien dire les idées que l’invasion de l’homme blanc a créé dans le passé, la réponse est en fait assez simple: Les colonisateurs ont mentalement créé la vision [opinion] que leur dieu chrétien a rendu l’homme blanc “supérieur” et destiné à régner sur nos vies en créant tout un système de domination pour nous isoler et nous dominer. Les colons s’attendirent ensuite  à ce que nos ancêtres acceptent l’idée que “l’activité mentale imaginative” des colons fut la cause en quelque sorte de l’obligation de nos ancêtres d’accepter et de se conformer à cette activité mentale imaginative des colons.

Parce qu’aujourd’hui règne une acceptation générale des idées et arguments colonisants que les colons européens chrétiens créèrent il y a des siècles, il est typiquement assumé que nous, les peuples natifs, avons hérité de nos ancêtres, une obligation d’accepter servilement les idées et les jugements de domination des colonisateurs. En se référant à ces idées et jugements de l’homme blanc colonisateur comme étant “la loi” ou “la loi internationale”, les descendants actuels des colons ont rendu le système de domination colonial comme étant valide et non questionnable. Ceci veut dire que c’est maintenant à nous de décider comment et sur quelle base allons-nous défier les idées et jugements coloniaux.

Et si nous commencions déjà par montrer qu’il n’existe absolument pas de droit de domination.

= = =

A lire: « Païens en terre promise: décoder la doctrine chrétienne de la découverte »

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Résistance au colonialisme: La perversité sémantique au service de l’exploitation

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Poésie, politique et loi indienne des Etats-Unis

 

Steven Newcomb

 

15 Juin 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/06/15/poetics-politics-and-us-federal-indian-law

 

J’ai récemment lu le livre Writing the Social Text: Poetics and Politics in Social Science Discourse (New York: Aldine de Gruyter, 1992), édité par Richard H. Brown. Dans son chapitre “Poetics, Politics, and Truth,” le professeur Brown parle de la façon dont le “compte positiviste de la connaissance s’est érodé ces dernières décennies” (p.4).

Pendant plus d’un siècle nous dit Brown, “la plupart des penseurs occidentaux ont tenu pour certain que la connaissance pouvait être obtenue avec certitude au travers des observations empiriques et des déductions logiques”. Il continue en disant:

“Pour eux, il y a un monde de faits objectifs gouvernés par des lois de causalité. La découverte de ces lois de causalité permet au théoricien de détailler la réalité de manière précise aux fins de prédiction et de contrôle. Ainsi, la réalité était perçue comme étant indépendante du penseur, qui au travers de l’observation systématique pouvait développer des propositions que l’on pouvait vérifier. Ces proposisitions qui survivaient la confrontation au test de la réalité (test empirique) et qui étaient capables de prédire des évènements en venaient à constituer le corps de la connaissance.”

Quoi qu’il en soit, une vision alternative commença à se développer graduellement. Comme l’explique Brown: “Dans cette vue alternative, les théories ne sont pas un miroir de la réalité ; elles sont le produit d’un artifice humain, qui eux-mêmes font prendre forme à ce que nous pensons être réel et vrai.” Cadrer de fait la théorie comme un artifice humain est proposer qu’une théorie donnée est une création artistique du théoricien. A cet égard, Brown mentionne une “conception de la réalité moulée dans un mode d’élocution humain.” C’est, comme il le fait remarquer fort justement, “un retour à la rhétorique”, que les Grecs anciens définissaient comme l’art de la persuasion.

Ce qui est dit ci-dessus mène donc à une suggestion clef: Les idées typiquement appelées “loi et politique fédérales des Etats-Unis sur les Indiens” sont le résultat des colons utilisant un langage pour maintenir une “conception de la réalité” construite par une “élite” d’hommes blancs dans le passé. C’était leur boulot d’utiliser des idées et des arguments pour construire un système de réalité dans lequel les Etats-Unis et leur gouvernement étaient considérés comme les cadors, existant dans une position de domination en relation à une sous-réalité que cette élite d’hommes blancs construisirent pour induire en captivité nos nations originelles et libres. Ce fut le but des Etats-Unis que de créer un système de persuasion, un système étroitement structuré d’arguments, qui serait passé d’une génération à une autre et par là-même se prouvant être des plus profitable aux Etats-Unis pour continuer à voler nos nations de notre libre existence, de nos territoires et de nos ressources.

Les idées et l’argumentation typiquementt appelés loi et politique fédérales indienne des Etats-Unis sont le résultat de cette utilisation persuasive d’un langage humain dans un effort de subtiliser le pouvoir de nos nations originelles tout en donnant le pouvoir aux Etats-Unis. Ainsi, il devient compréhensible que la persuasion et les techniques de persuasion sont très importantes pour chaque nation originelle, ainsi que pour chaque leader de nos nations et pour chaque personne qui argumente et prend la défense de nos nations originelles. Malgré cela, combien de fois l’importance de la rhétorique (persuasion) a t’elle été identifiée comme critiquement primordiale pour nos nations ? Rarement si cela le fut même un jour.

L’art de la persuasion est très utile pour développer des arguments et pour pouvoir critiquer les arguments de votre opposition. Chacune de nos nations et chacun de nos leaders doivent faire quotidiennement face aux arguments que leur opposent le camp opposé. L’utilisation d’arguments par la société coloniale contre nos nations est incessante et ne s’arrête jamais. Et pourtant, combien de temps passons-nous à analyser et à critiquer les arguements d’en face nous permettant de développer nos propres réponses ?

Le droit et la politique sont primordialement rhétoriques. Ceci étant dit, comment pouvons-nous gérer efficacement les arguments constituant la loi et la politique fédérale indienne sans comprendre l’art de la persuasion et de travailler continuellement afin de perfectionner notre capacité dans cette discipline ? Étudier la loi fédérale sur les Indiens comme une expression de “leur loi” n’est pas pareil que de l’étudier comme une expression de rhétorique (statégie persuasive) du point de vue de notre propre perspective. Une raison de cadrer la société dominante comme étant dominante est à cause de son utilisation très adroite de la persuasion (rhétorique) de telles façons que cela maintienne l’image mentale des Etats-Unis existant au-dessus de nos nations et de nos territoires toujours libres de plein droit.

Bien de ce que nos nations et nos peuples ont appris à traiter et expérimenter comme “réalité”, fut d’abord construit par une “élite” d’hommes blancs dans le passé sur la base d’arguments persuasifs faits sur notre existence par des hommes et des femmes de la société coloniale. Graduellement, sur une période de plusieurs générations, de plus en plus de gens de nos peuples ont accepté les idées que nos ancêtres opposaient en tout. De plus en plus d’idées que notre peuple considérait auparavant comme faux ont été acceptées comme vraies par de plus en plus de gens de nos peuples.

Quel exemple avons-nous de notre peuple acceptant comme “vrai” le discours persuasif de l’homme blanc ? Un tel exemple réside dans l’idée que les “droits” de nos nations furent “diminués” par un droit supposé (mais fictif) de domination (de “domination ultime”) résultant de la découverte chrétienne. Le mensonge d’une telle diminution de droit, qui fut en premier lieu construit par le juge de la cour suprême des Etats-Unis John Marshall, n’a que très rarement si jamais, été mis en doute par les avocats travaillant pour nos nations. Pourquoi ? Le mensonge de cette “diminution” de notre droit à une existence libre et indépendante, basé sur la déclaration péremptoire de la “découverte” par un “peuple chrétien” de terres non-chrétiennes, a pris l’apparence d’une “réalité” persuasive qui passe inaperçue et de fait est le plus souvent non mise à l’épreuve et défiée.

La plupart de la rhétorique de la société dominante a été élaborée par les tribunaux des Etats-Unis dans une atmosphère élitiste de quasi huis-clos, sans que nous n’ayions jamais pu développer un contre-argument effectif et efficace. La société des états internationaux où la domination est considérée comme acquise, a développé un corps complet d’arguments pour soutenir leur affirmation de domination légale sur nos nations. C’est un corps argumentaire à qui on a donné l’apparence d’être bien au-delà de notre compétence et de notre contrôle.

Le juge Marshall a contribué à cette attitude lorsqu’il écrivit dans son rendu de l’affaire Nation Cherokee contre l’état de Géorgie en 1831 (NdT: soit 8 ans après son rendu de l’affaire Johnson contre M’Intosh): “Nous assumons sans équivoque un titre [de propriété] de leurs terres et ce de manière indépendante de leur volonté.” Donc quelle est notre réponse ? Et pourquoi une réponse n’est jamais parvenue du leadership de nos nations de l’Île de la Grande Tortue et des autres nations originelles ?

Si nous devions créer un contre-argument pour défier cette affirmation de droit à la domination par les Etats-Unis, ou le Canada ou l’Australie ou la Nouvelle-Zélande ou tout autre état exerçant une domination (NdT: pourquoi Newcomb ne cite t’il pas Israël ici ?… Nous le faisons donc…), quel serait ce contre-argument ?
En voici un pour commencer: “Vous argumentez que vos ancêtres ont ‘découvert’ et rituellement affirmé le contrôle sur nos ancêtres et sur les vastes territoires de nos nations ? Vous argumentez plus avant que ce droit vous provient d’une permission qui vous fut accordée par un quelconque monarque étranger immigrant vivant à des miliiers et des milliers de miles nautiques de nos nations ? et vous argumentez de surcroît que vous avez hérité de ce droit à la domination comme précédent en leg de vos ancêtres pour l’utiliser contre nos nations à perpétuité ? Et bien, nous savons tous que vos ancêtres n’étaient rien d’autre que des hors-la-loi de vos systèmes légaux originels. Leurs affirmations erronées d’un quelconque droit de domination sur nos nations et nos ancêtres sont nulles et non avenues. Ces prétentions pseudo-légales furent fondées sur la violation flagrante de notre système légal originel. Le “droit de domination” n’existe pas, c’est une fiction, à plus forte raison un qui émanerait de l’affirmation d’un tel droit par des nations de la chrétienté (empire) contre nos nations non-chrétiennes et ce sur la base du christianisme.