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Réflexions sur le changement de paradigme politique à venir : le communisme anarchiste avec Sam Dolgoff 2/2

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, coronavirus CoV19, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 24 février 2022 by Résistance 71

“Dès que l’État n’est plus à même d’imposer l’union forcée, l’union surgit d’elle-même, selon les besoins naturels. Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même.”
~ Pierre Kropotkine ~

L’état n’est pas quelque chose qui peut être détruit par une révolution, mais il est un conditionnement, une certaine relation entre les êtres humains un mode de comportement humain, nous le détruisons en contractant d’autres relations, en nous comportant différemment.
~ Gustav Landauer ~

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Le communisme anarchiste

Sam Dolgoff

1932

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Février 2022

1ère partie

2ème partie

L’administration actuelle de l’industrie contient beaucoup d’exemples de ce principe de corps suggestif. L’association des ingénieurs américains, l’American Association of Railway Managers, des associations commerciales embrassant pratiquement toute partie et phase d’une congrégation industrielle volontaire et discutant des problèmes affectant l’administration et le développement de leurs industries variées. Ils publient des journaux de leur profession, ont des bureaux de recherche etc. Leurs trouvailles ne sont en rien forcées à quiconque ni obligatoires. Ils agissent comme des dépôts d’information pour un bénéfice mutuel. Les problèmes actuels de l’administration de l’industrie doivent être différenciés de la question de l’exploitation de l’industrie. L’administration requiert l’association volontaire des corps d’échange et des groupes dans le but d’échanger des suggestions et d’appliquer des méthodes scientifiques à la production des biens de consommation. La fonction exploiteuse de l’industrie demande une centralisation rigide fondée sur la coercition. Afin d’exploiter, il est nécessaire de maintenir l’ouvrier dans l’ignorance et de maintenir une armée de superviseurs dont la fonction consiste à faire en sorte que la dernière goutte d’énergie soit pompée des ouvriers. Le contrôle et l’initiative exercés par les travailleurs ne peut pas marcher la main dans la main avec leur exploitation.

L’arrêt des fonctions exploiteuses de l’industrie augmente automatiquement le champ de créativité des corps corporatifs. L’énergie et l’ingénuité de l’humanité sont alors dirigées sur des voies constructives. elles ne sont pas dissipées, gaspillées à appliquer ces qualités dans le but de mieux diviser les travailleurs ni d’exploiter l’humanité. En promotion de ces principes, nous étendons les tendances constructrices de l’industrie moderne et e même temps nous éliminons les caractéristiques destructrices si emblématiques de la production capitaliste.

Le problème de la distribution dans une société anarcho-communiste serait résolu avec succès par un système étendu de sociétés de consommateurs, un réseau de coopératives de tous types qui reflèteraient la myriade de besoins de l’humanité. Les coopératives de consommateurs se chargeraient de la distribution. Les coopératives agricoles seraient en charge de suppléer les produits fermiers et laitiers. Les nombreux artisans et de travailleurs manuels qui ne peuvent pas s’intégrer dans le plan général d’une industrie socialisée pourraient se combiner librement en associations. Les sociétés de logement, les associations médicales et de santé publique etc de chaque coopérative seraient fédérées en corps nationaux et internationaux de manière similaire à la structure des syndicats de l’industrie. Les confédérations régionales, nationales et internationales de sociétés coopératives harmoniseraient le travail de ces coopératives si variées. Etant en contact direct des besoins des gens, elles pourraient évaluer avec précision la quantité de produits et commodités consommés et pourraient donc fournir les statistiques adéquates pour une planification pointue de la production en tous secteurs.

Le fait que plus de 50 millions de personnes sont maintenant dans le mouvement coopératif et que ce mouvement a atteint de telles proportions malgré l’opposition farouche de l’État et des capitalistes, sert à illustrer la vitalité intrinsèque du principe de l’association volontaire. La société n’est en fait rien d’autre que le regroupement des individus pour la satisfaction des besoins humains. L’État et les exploiteurs ne sont qu’une forme parasite qui croît sur le corps social, comme un cancer. Les organes variés de production et de distribution se rencontrent et se complémentent dans la commune libre. La commune est l’unité qui reflète l’intérêt de toutes et tous. C’est au travers de la Commune que la connexion entre les associations volontaires variées est mise en place et achevée. La commune, par ses divers corps, planifie la production pour satisfaire ses besoins. Elle utilise toutes les ressources dont elle dispose. Elle vise à éliminer le gâchis. Elle est le bureau d’échange où le service particulier de chacun est mis à la disposition de tous. Dans la commune, “la main de l’usine”, dont la seule fonction dans la société capitaliste est de serrer le boulon 29 deviendrait alors un HUMAIN.

La ville et la campagne se combinerait pour donner à chaque personne l’opportunité de parvenir à cet équilibre et cette poursuite dans la variété qui revitalise les esprits. L’agriculture et la manufacture d’objets iraient la main dans la main. L’usine viendrait aux gens au lieu que ce soit ls gens qui aillent à elle. La machinerie peut maintenant être disponible pour une production décentralisée.

Il y a une tendance et ce même dans la société capitaliste, à décentraliser la production en établissant des usines complètes partout dans le pays. Ceci a été prouvée une méthode bien plus efficace. Dans une société anarcho-communiste, l’extension la plus totale de ce principe permettrait une bien plus grande autonomie locale. Cela augmenterait de loin la capacité pour la commune de devenir auto-suffisante. Cela simplifierait et faciliterait la tache de la coordination.

L’anarcho-communisme est la seule théorie sociale qui embrasse tout, qui fournit le meilleur développement, le plus complet, du meilleur de l’Homme. Ici, l’humain atteint sa plénitude, sa stature la plus complète (NdT: nous disons que “l’humanité réalise enfin son humanité la plus complète”…) Il est représenté comme un ouvrier, un producteur, dans son usine ou son magasin, comme un consommateur dans ses coopératives, comme les deux dans sa commune et comme un être humain heureux et créatif possédant la liberté de choix et d’action, que seule une société libre peut produire et développer.

III.

Le communisme anarchiste, étant en contradiction directe avec l’institution de l’État, ne peut pas employer les tactiques parlementaires comme moyen vers sa réalisation. Il rejette comme inutile et dangereuse l’idée qu’une série de changements graduels et légaux pourrait amener la chute du capitalisme ou inciter et mettre en place une nouvelle société. La grande lutte dans la première Internationale Ouvrière entre Marx et Bakounine a représenté deux points de vue totalement opposés sur les buts et tactiques de la classe laborieuse. En ce qui concerne les tactiques, ils étaient différents en ces points.

La faction marxienne se faisait l’avocate de l’action politique, c’est à dire d’élire des représentants travailleurs qui soutiendraient de l’intérieur des réformes mineures. Ils croyaient en la centralisation des affaires des corps du travail en une agence unique de direction. Ils se faisaient les avocats de l’alliance entre les syndicats avec un parti politique (NdT : le parti communiste). Ils concevaient l’état socialiste comme le lien nécessaire entre le capitalisme et une société libre.

La faction bakouniniste se faisait l’avocate d’une action politico-économique directe de la classe travailleuse par la grève générale expropriatrice, le sabotage et la résistance armée, ce au travers du pouvoir organisé des masses, comme des syndicats révolutionnaires, des organisations paysannes etc. Ils concevaient le mouvement du travail comme une fédération de travailleurs et de fermiers volontairement associés, possédant une très grande autonomie locale et la fédération de ces unités décentralisées pour une action commune et la solidarité comme étant le mode d’organisation principal et le plus désirable. Ils prenaient en compte le fait que l’État par sa nature profonde est contre-révolutionnaire et réactionnaire et proposaient donc  que les organisations de masse remplacent l’état dans la période transitoire entre l’ancienne et la nouvelle société. L’histoire du mouvement des travailleurs dans tous les pays et dans toutes les périodes, montre à quel point les bakouninistes comprenaient la nature (néfaste) du réformisme. 

Qu’en est-il devenu de ce mouvement réformiste ? Pourquoi ont-ils échoué à se hisser à la hauteur de leur “mission historique” ? Malgré le fait que le mouvement des travailleurs britanniques fut assez fort pour paralyser l’Angleterre au cours d’une grève générale en 1926, nous le voyons de nous jour réduit à mendier, dominé par des politiciens du parti “travailliste” et se faisant l’avocat de politiques réactionnaires. Le mouvement travailliste britannique est en sourdine alors que l’impérialisme britannique écrase leurs compagnons travailleurs en Inde, en Irlande et dans bien d’autres colonies.

Le grand mouvement des travailleurs en Allemagne, malgré son nombre, ne peut rien faire face à la menace fasciste (NdT : Dolgoff écrit en 1932 rappelons-le). Tout comme le mouvement identique en Angleterre, il est le jouet du parti traître social-démocrate. Privé de toute initiative et son esprit révolutionnaire au plus bas, ils ont suivi les politiciens qui les ont dupés et ainsi la réaction a prévalu. Il est certain que la guerre mondiale (NdT : la 1ère) n’aurait pas eu lieu si ces syndicats réformistes étaient restés révolutionnaires et libres de l’influence mortelle de l’opportunisme.

Où que nous nous tournons, en Italie, en Espagne, en Allemagne, nous voyons la réaction en selle mener la charge ; la révolution est vaincue. Le plus grand obstacle sur le chemin de la révolution sociale n’a pas tant été les conservateurs que ces grands Judas de “socialistes” qui ne sont en réalité que le dernier rempart du capitalisme.

Le parti communiste allemand est en grande partie responsable de la montée du fascisme. Alors que le besoin vital était un front uni de tous les travailleurs ayant une conscience de classe quelque soit le parti, quand seule la classe travailleuse unie luttant sur le front économique était importante, quand seule la résistance armée des travailleurs aurait pu vaincre la réaction, le parti communiste allemand, par ordre des bureaucrates de Moscou, fit alors un grand pas en arrière. Sachant qu’un front uni était impossible sans eux, les marxistes édictèrent leur loi : régner ou la ruine. Ils insistèrent pour dominer tout le mouvement des travailleurs en Allemagne. Lorsque le mouvement ouvrier refusa d’accepter ce qu’ils appelaient “un front uni”, ce manque d’unité chez les travailleurs donna une suprême occasion aux fascistes de consolider leur force. La situation fut et est toujours des plus critiques. Soit le front uni, soit le fascisme. Les marxistes du parti communiste allemand refusèrent le front uni. Leurs intérêts dans la bureaucratie pesèrent plus lourd que les intérêts de la classe travailleuse.

Même un mouvement révolutionnaire devient inefficace quand il est dominé par une bureaucratie centralisée. Quand le mouvement du travail est dominé par un parti politique, il devient automatiquement le ballon de foot des politiques. Il est clair pour tout le monde sauf pour ceux “qui ne veulent pas voir”, que la chute du capitalisme et la mise en place d’une nouvelle société, ne peuvent pas se produire en utilisant de telles tactiques. Il est clair que l’action politique est un des plus gros handicaps sur la route de la révolution sociale qui s’en vient. Seul un changement fondamental, radical, des relations politiques, économiques et sociales de l’être humain, seule la révolution sociale peut accomplir ce que les réformistes ont toujours échoué à faire. Une révolution sociale n’est pas non plus en soi une garantie que le communisme anarchiste se réalisera. Une telle révolution peut très bien s’arrêter avant la réalisation de ses objectifs, elle peut-être comme un cours d’eau… être détournée de sa route. L’échec à comprendre le but de la révolution, ou un mouvement du travail élevé dans l’école autoritaire et persuadé de tout laisser entre les mains d’un leadership bureaucrate et corrompu, peut très déformer le caractère de la révolution pour en faire quelque chose de dangereux pour le futur progrès de l’humanité.

La révolution russe montre que malgré la lutte héroïque des masses, la révolution a échoué de remplir ses objectifs : la liberté et le bien-être de tous. Les syndicats de travailleurs russes sont devenus des pions entre les mains d’une dictature de parti (communiste). Les masses sont écrasées par le rouleau compresseur “communiste / marxiste”. La révolution a échoué parce que le mouvement des travailleurs n’était pas préparé. Il n’avait pas compris que la délégation de pouvoir entre les mains de l’état voulait simplement dire la mort de la révolution.

Il n’y a aucune trace de quelque grand changement que ce soit, d’une grande victoire du mouvement des travailleurs qui ait été gagnée par des moyens parlementaires. La journée de travail de huit heures, le droit de s’organiser, le droit à la libre parole, furent des triomphes de l’action directe.

L’histoire ancienne du mouvement ouvrier américain est bondé d’exemples de militantisme de l’action directe. Les luttes des Chevaliers du Travail, les luttes de l’internationale noire qui culmina avec la tragédie du Haymarket, les luttes des mineurs de la Fédération Occidentale, les luttes de l’I.W.W etc., sont principalement responsables des progrès que le mouvement à fait en Amérique. D’un autre côté, qu’est-ce qui a été fait par l’American Federation of Labor très réformiste ? La dégénération du mouvement du travail moderne n’est jamais si apparent que dans ce qu’il se passe sur le terrain des mines de charbon de l’Illinois. Les pontes de l’United Mine Workers of America ont rejoint les patrons et l’état pour écraser la révolte de la base militante. Quelle importante et réelle victoire a été remportée sans la pression économique directe de la classe ouvrière ? A cette question, l’histoire répond : Aucune !

A la lumière des luttes et des gains sociaux dûment arrachés par les travailleurs du monde entier, la position prise par les communistes anarchistes est fondée et donc absolument justifiée.

Le but de la classe travailleuse doit être la révolution sociale. Les travailleurs doivent être préparés à renverser le capitalisme par la révolution sociale ; doivent être préparés à mener la vie économique du pays lorsqu’il sera temps. Afin de pouvoir le faire,les travailleurs seront obligés de s’organiser en des mouvements de masse comme les syndicats de l’industrie des cartels, des coopératives agraires etc… La solidarité au sein de la classe travailleuse doit être atteinte par la fédérations de corps autonomes en lieu et place d’une centralisation pyramidale du haut vers le bas. Les tactiques doivent correspondre aux buts envisagés. Les masses doivent s’imprégner de l’esprit révolutionnaire, doivent utiliser ces armes que sont la grève générale, le sabotage, la résistance armée, l’expropriation etc… Le mouvement révolutionnaire du travail doit devenir l’avant-garde militante qui par son intelligence et ses actions montrera au reste des masses comment s’entraider, comment établir une nouvelle société. Cette avant-garde militante et active consiste en des organisations de masse des travailleurs et de paysans prenant la place d’un parti bureaucrate et par leurs actions rendant l’État obsolète dans la période transitoire.

La révolution connaîtra le succès dans la mesure où les travailleurs y sont préparés. Cela dépendra beaucoup de la façon dont les idées anarchistes ont été introduites et fait leur chemin dans le corps social. Une période de grande promotion et de lutte révolutionnaire est nécessaire afin d’influencer les masses. En dehors du mouvement du travail, le communisme anarchiste doit être propagé parmi la jeunesse intelligente au moyen de groupes d’étude, de centres de propagande (NdT : nous sommes en 1932, le mot “propagande” n’a pas la connotation péjorative qu’il a aujourd’hui. Le mot signifie simplement “promotion”. Le mot était couramment employé par les anarchistes) et par la dissémination de la littérature. Le domaine de l’éducation, le mouvement coopératif, les ligues anti-guerre, chaque organisation de masse, doivent être investis d’un caractère révolutionnaire. Les anarchistes doivent les transformer en organes du succès de la révolution sociale.

Nous sommes véritablement face à une période monumentale de l’histoire humaine. L’inévitable révolution sociale déterminera les chemins sur lesquels l’humanité évoluera pour longtemps. Tout dépend d’une conception correcte et adéquate de la nature de nos taches et la manière et l’esprit avec lesquels nous les approchons. “Le communisme anarchiste doit être le but de la révolution du vingtième siècle” a dit si justement Pierre Kropotkine.

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Lectures complémentaires :

Pierre Kropotkine 

Gustav Landauer

Errico Malatesta

Michel Bakounine

Pierre Joseph Proudhon

L’illusion démocratique

Rudolf Rocker

Sebastien Faure

Élisée Reclus :  Textes choisis  « Evolution et Revolution »  

Hommage à Pierre Clastres

“L’Etat, cet instrument de coercition aux mains de minorités privilégiées dans la société, dont la fonction est de mettre les larges masses sous le joug de l’exploitation économique et de la tutelle intellectuelle, est l’ennemi juré de tous les rapports directs des hommes entre eux ; il cherchera toujours à ce que ceux-ci ne s’établissent que par l’intermédiaire de ses médiateurs.
Aussi l’histoire de l’Etat est celle de la servitude de l’homme…”
~ Rudolph Rocker, 1919 ~

“A quoi sert l’État ?… C’est la protection de l’exploitation, de la spéculation, de la propriété privée, — produit de la spoliation. Le prolétaire, qui n’a que ses bras pour fortune, n’a rien à attendre de l’État ; il n’y trouvera qu’une organisation faite pour empêcher à tout prix son émancipation.
Tout pour le propriétaire fainéant, tout contre le prolétaire travailleur : l’instruction bourgeoise qui dès le bas âge corrompt l’enfant, en lui inculquant les préjugés anti-égalitaires ; l’Église qui trouble le cerveau de la femme ; la loi qui empêche l’échange des idées de solidarité et d’égalité ; l’argent, au besoin, pour corrompre celui qui se fait un apôtre de la solidarité des travailleurs ; la prison et la mitraille à discrétion pour fermer la bouche à ceux qui ne se laissent pas corrompre. Voilà l’État.”

~ Pierre Kropotkine, “Paroles d’un révolté”, 1885 ~

Le peuple consent parce qu’on le persuade de la nécessité de l’autorité ; on lui inculque l’idée que l’homme est mauvais, virulent et trop incompétent pour savoir ce qui est bon pour lui. C’est l’idée fondamentale de tout gouvernement et de toute oppression. Dieu et l’État n’existent et ne sont soutenus que par cette doctrine.”
“L’État n’a pas plus de réalité que n’en ont les dieux ou les diables. Ce ne sont que des reflets, des créations de l’esprit humain, car l’homme, l’individu est la seule réalité. L’État n’est que l’ombre de l’homme, l’ombre de son obscurantisme, de son ignorance et de sa peur.”
“Plus encore, l’esprit de l’homme, de l’individu, est le premier à se rebeller contre l’injustice et l’avilissement; le premier à concevoir l’idée de résistance aux conditions dans lesquelles il se débat. L’individu est le générateur de la pensée libératrice, de même que de l’acte libérateur. Et cela ne concerne pas seulement le combat politique, mais toute la gamme des efforts humains, en tout temps et sous tous les cieux.”
~ Emma Goldman ~

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Réflexions sur le changement de paradigme à venir : le communisme anarchiste (Sam Dolgoff)

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“Qu’est-ce que l’État ? C’est le signe achevé de la division dans la société, en tant qu’il est l’organe séparé du pouvoir politique: la société est désormais divisée entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent. La société n’est plus un Nous indivisé, une totalité une, mais un corps morcelé, un être social hétérogène… »
~ Pierre Clastres ~

“Les deux grandes questions incontournables de l’anthropologie politique sont:
1- Qu’est-ce que le pouvoir politique, c’est à dire qu’est-ce que la société ?
2- Comment et pourquoi passe t’on du pouvoir politique non-coercitif au pouvoir politique coercitif, c’est à dire qu’est-ce que l’histoire ?”
~ Pierre Clastres ~

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Le communisme anarchiste

Sam Dolgoff

1932

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Février 2022

1ère partie

2ème partie

Note de Résistance 71 : Ce texte est inédit en français à notre connaissance…

I.

La chute du capitalisme qui s’approche, comme démontrée par la débâcle économique mondiale, mène les humains à penser à un nouvel ordre social. Il est généralement admis, ce même par les plus conservateurs, que le capitalisme arrive au bout de sa course. La plus grande confusion règne néanmoins sur ce qui doit être fait. Bien des soi-disants remèdes sont proposés, de la plus profonde prière comme recommandé par le pape, au 57 variétés de dictatures comme préconisé par les fascistes, les communistes et les socialistes.

Les remèdes proposés, bien que divergents en bien des aspects, possèdent néanmoins une qualité qui leur est commune. Ils sont tous fondés sur la foi que le gouvernement étatique peut remédier à tous les maux. Ils étendraient les fonctions de l’État. L’État opérerait et contrôlerait les industries, régulerait la distribution des biens de consommation, déterminerait les conditions de travail, monopoliserait les sources de l’information et de la connaissance, les écoles, les journaux, la presse, la radio etc… Il se jetterait à corps perdu dans la vie de tout à chacun. Personne n’oserait questionner son autorité.

La délégation du pouvoir entre les mains d’un État omnipotent ne peut pas résoudre les problèmes auxquels fait face la classe des travailleurs, les problèmes d’exploitation, de monopole, d’inégalité, de suppression de l’individu. La bureaucratie d’état constitue une classe en elle-même. Cette classe privilégiée, qui n’est pas engagée dans un travail productif, doit être soutenue par les travailleurs. L’incroyable gâchis, l’inefficacité et la corruption du gouvernement tel qu’exercé de nos jours sont bien connus. A quel point ce fardeau grandirait, à quel point cette bureaucratie se retrancherait toujours plus si les pouvoirs de l’État étaient multipliés par 1000 ?…

La croissance d’une classe bureaucrate ayant des privilèges spéciaux augmentent nécessairement les inégalités. Les intérêts de ceux qui gouvernent et de ceux qui sont gouvernés ne peuvent pas être réconciliés. Les gens qui se retrouvent en permanence réduits à de simples outils entre les mains d’une machine étatique englobant tout se sentiront obligés de bloquer et de mettre en échec le pouvoir toujours plus croissant de la bureaucratie. Les contradictions inhérentes au socialisme d’état, loin d’être résolues par la métaphysique de “l’estompage de l’État”, doivent résulter en une guerre entre la bureaucratie privilégiée et les masses opprimées. Ceci mènerait à une révolution sociale. L’État ne peut en aucun cas mener la vie économique de la société dans l’intérêt de tous. L’État ne peut pas perdre sa caractéristique de classe. L’abolition, la disparition du capitalisme n’est pas suffisante aussi longtemps que l’État et sa bureaucratie sont maintenus.

Le nouvel ordre social se doit d’être fondé sur des principes totalement différents. Le besoin pour une philosophie sociale qui éviterait tous les pièges et obstacles de la centralisation étatique devient de plus en plus pressant face aux tendances toujours plus croissantes vers la dictature d’un type ou d’un autre. L’anarchie est la seule théorie sociale capable de remplir ce besoin. L’anarchie a pour but d’établir une société dans laquelle l’activité économique sera menée par des groupes volontairement associés et des (con)fédérations. Elle a pour but de mettre en place un accord mutuel en lieu et place de la coercition en tant que guide de principe de la vie humaine. Le développement de l’individu devrait être le seul objectif de la vie sociale. Un système social qui ne fournit pas d’objectifs et de moyens pour le développement de l’individu (NdT : et non, l’accumulation de biens et de richesses n’est pas le développement de l’individu…) est un échec. Un système social fondé sur l’oppression et l’exploitation ne peut en aucun cas permettre le développement optimal de l’individu. Ainsi nous pensons que doit être aboli non seulement le capitalisme, mais aussi l’État et toute institution centralisée.

La société est un tout organique intimement connectée et reliée par mille liens. Si un organe ne fonctionne plus, cela va immédiatement en affecter les autres. le très grande complexité et l’interdépendance de la vie sociale mène au communisme. Le communisme est un système dans lequel l’industrie opère pour le bien commun de toute la société. Celle-ci doit être conduite selon le principe du “a chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins”. Aucune personne n’a le droit de monopoliser ce que des générations d’humains ont travaillé pour produire. Les efforts combinés de tous sont nécessaires afin de produire les moyens de vivre, ainsi tout le monde a le droit de partager ce que tout le monde a travaillé à produire. Dans une telle société, il n’y a pas de place pour le privilège, l’inégalité ou la dictature. Le communisme anarchiste combine liberté et égalité. L’une étant indispensable à l’autre.

La vie économique de la société devrait être conduite par ceux qui sont de fait engagés dans l’industrie au travers de coopératives, d’unions industrielles, de fédérations et de sociétés volontaires de toute sorte et de tout objectif. Les besoins de l’humanité sont si variés, les problèmes spécifiques affectant une industrie ou une communauté sont si différents qu’aucun corps social, soit-il un état bureaucrate ou une agence administrative centralisée, ne pourront les adresser de manière efficace et ce même si le gouvernement venait à être impartial et totalement désintéressé ce qui n’est pas et ne peut pas être. Une bureaucratie gouvernementale omnipotente à Washington ne peut pas travailler dans les mines de Pennsylvanie ou forer les puits de pétrole en Oklahoma, ni récolter les fruits en Californie. Seuls les gens qui font le boulot et qui connaissent les ficelles de leurs métiers et affaires dans telle ou telle industrie ou communauté, peuvent résoudre les problèmes qui se posent constamment avec succès. La structure économique doit être basée sur l’autonomie locale la plus complète possible et sur l’action indépendante. La base économique de la société doit correspondre a la vie elle-même, elle doit refléter ses nombreux aspects et ses intérêts variés.

Ceci ne peut être fait que quand chaque groupe et chaque individu est libre de conduire ses affaires en accord avec ses besoins. La décentralisation des fonctions entre les mains de ceux et celles directement concernés assurera la liberté des producteurs et empêchera les monopoles, l’oppression, l’exploitation et l’inefficacité qui sont les caractéristiques distinctives d’institutions centralisées.

Un examen de la société actuelle montrera à quel point l’association volontaire et l’entraide, la coopération, sont responsables de tout ce qui est constructif dans la vie quotidienne moderne. Les sociétés scientifiques volontaires de tout type, sans lesquelles les merveilles de la vie moderne seraient impossibles, les sociétés de l’éducation volontaire, les coopératives de producteurs et de consommateurs, les syndicats, les associations mutuelles, mutualistes et les sociétés de tous types embrassant tous les secteurs de l’activité humaine, sont indispensables à la vie sociale. La vie sociale est impossible sans un accord mutuel. (NdT : non coercitif… L’État IMPOSE un accord mutuel qui préserve la caste dirigeante et les intérêts particuliers, RIEN n’est consensuel…)

Le besoin de coopération mutuelle, d’entraide, est si grand, que même des siècles de gouvernement étatique et d’oppression, de corruption, ont été incapables de s’en débarrasser et de l’écraser. L’histoire récente ne fait que nous rappeler à quel point le gouvernement est incapable et impuissant dans une urgence et que seule la capacité créatrice des masses est capable de répondre à une grande situation de détresse. L’abolition de l’État et du capitalisme délivreront les masses du poids mort de l’exploitation et de l’oppression. Les associations volontaires, augmentées et unifiées par l’impératif de la nécessité mutuelle, seraient enfin libres de se développer. Le génie constructeur de l’humanité régénérerait l’organisme social. La question de la structure économique de la société future sera développée plus avant dans le prochain article, qui s’occupera aussi des tactiques à suivre pour réaliser notre idéal.

II.

Dans l’article précédent, j’ai dit que la grande complexité et l’inter-dépendance de la vie sociale mènent au Communisme.

La production de l’acier par exemple, est dépendante de la production de minerai de fer, de charbon, de machinerie, de transports par voie ferrée, etc. alors que tout cela est impossible sans la production d’acier. La restriction ou la suspension des opérations de toute industrie a des répercussions immédiates sur les autres productions. Les relations harmonieuses d’une industrie avec une autre sont indispensables à la vie sociale. La production d’un article n’est plus la tache d’une personne ou d’un simple artisan, mais est devenue la tache de toute la société. L’évolution de l’industrie montre une tendance distinctive vers la coordination et l’intégration de l’effort humain. Ce changement est bien illustré dans le développement de l’agriculture.

L’agriculture a depuis longtemps cessé de dépendre de méthodes archaïques de culture. L’introduction d’une machinerie économisant la force de travail, les grandes contributions de la chimie dans l’augmentation de la fertilité des sols (NdT : texte écrit en 1932 rappelons-le, le chimique agricole est devenu avec le temps une grande partie du problème d’une nouvelle dépendance et de contrôle…), la facilité accrue de stockage et de transport des denrées périssables, ont rendu possible la mise en culture de grandes zones tout en demandant un minimum de travail humain. De grandes fermes couvrant des milliers d’ha sont bien connues et ne demandent pas de plus amples explications. La rationalisation de l’agriculture est l’arrêt de mort de l’agriculture individuelle et place l’industrie agricole sur le même plan que toute autre par sa technique et son efficacité.

La croissance du fermage, l’incapacité du paysan à payer de lourds impôts et les hypothèques imposées par les capitalistes et l’état, placent la terre entre les mains des banquiers, laissant les paysans dépossédés dans la même position que tous les autres employés, travailleurs salariés. Les intérêts banquiers créent de grandes fermes opérant selon le principe de la production de masse. S’il existe un conflit d’intérêt entre le petit propriétaire terrien et l’ouvrier industriel, cet antagonisme est liquidé par la rationalisation de l’agriculture et l’expropriation de la terre pour la mettre entre les mains de la même classe qui contrôle les autres industries de base. Le développement actuel de la société est dû à l’inter-dépendance de l’industrie. Les relations naturelles entre les producteurs et les consommateurs sont déformées et avilies par la production à des fins de profit en lieu et place d’une production utilitaire. La contradiction entre la propriété privée et le monopole et la nature sociale de la production est un des principaux facteurs de la rupture et de l’effondrement du capitalisme. La société doit posséder et contrôler l’industrie. La société est appelée à adopter le communisme comme forme économique de la nouvelle société.

La production sous l’anarcho-communisme sera conduite par les travailleurs eux-mêmes au travers de leurs organisations propres. Les travailleurs seront organisés en unions industrielles. L’unité de base de production sera le conseil ouvrier d’usine en charge de l’administration et de la coordination. Des réunions fréquentes entre les ouvriers et le comité de l’usine (NdT: mandat tournant et révocable) donneront le bénéfice de l’expérience aux ouvriers pour une meilleure exécution de travail à faire. La rotation des ouvriers dans le comité permettra une meilleure compréhension des problèmes de production et empêchera la possibilité pour qu’un groupe ne monopolise les fonctions organisationnelles.

La pleine autonomie locale caractériserait chaque unité de production. L’abolition d’un système centralisé, d’une institution coercitive et de l’inévitable abus de pouvoir engendré, l’abolition du salariat, l’abolition de l’inégalité et du privilège, détruira les motivations principales de l’oppression. Les comités d’usine n’agiront qu’en capacité de conseiller. Aucune agence ne peut mieux savoir au sujet de la production que ceux qui font le travail sur le terrain. N’ayant plus aucune crainte d’être viré par “le patron”, que celui-ci soit une personne privée ou l’état et ayant tout à gagner d’une administration efficace, les ouvriers seraient obligés de bien faire en regard de leurs intérêts communs à toutes et tous et à coopérer adéquatement les uns avec les autres.

Les conseils d’usine d’une industrie donnée éliraient des représentants à une fédération régionale des conseils ouvriers de leur industrie. Ces conseils régionaux coordonneraient le travail pour cette zone. Ils choisiraient des délégués pour un conseil national et international. Les fonctions de ces corps seraient de suggérer méthodes et moyens d’améliorer la qualité et la quantité du travail, de mettre en place des écoles techniques, de rassembler et de publier des statistiques, de faire des expériences etc… Le congrès des syndicats régionaux ou nationaux n’agiraient, comme les conseils ouvriers, que dans une capacité de conseillers. Ils n’auraient aucun pouvoir de forcer quelque groupe que ce soit d’obéir à leurs suggestions pas plus que des associations scientifiques ne peuvent forcer ses membres d’accepter leurs trouvailles. elles ne font que les soumettre pour discussion. L’acceptation de leurs conclusions ne dépend exclusivement que de leur validité.

A suivre…

« Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni titre, ni la science, ni la vertu. Être gouverné, c’est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C’est sous prétexte d’utilité publique et au nom de l’intérêt général être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre réclamation, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. »
~ Pierre-Joseph Proudhon ~

“Oui, il a été inventé là une mort pour les multitudes, une mort qui se vante d’être la vie: en vérité un fier service rendu à tous les prédicateurs de mort. J’appelle État le lieu où sont tous ceux qui boivent du poison, qu’ils soient bons ou méchants… État le lieu où le lent suicide de tous s’appelle… la vie.”
“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”
~ Friedrich Nietzsche, “De la nouvelle idole” ~

Lectures complémentaires :

Du chemin de la société vers son humanité réalisée (Résistance 71)

La Commune de Paris (Pierre Kropotkine)

La Commune de Paris et la notion d’État (Michel Bakounine)

Appel au socialisme (Gustav Landauer)

Le monde nouveau (Pierre Besnard)

Écrits choisis (Errico Malatesta)

Que faire ? (Résistance 71)

Anarchie de la théorie à la pratique (Rudolf Rocker)

Pourquoi suis-je anarchiste (Zénon)

Les Zones Autonomes Temporaires (Hakim Bey)

Contre les guerres de l’avoir la guerre de l’être (Guerre de Classe)

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