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Introduction à la philosophie et la pensée amérindienne (Russell Means ~ 1ère Partie)

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Si vous avez oublié les noms des nuages alors vous avez perdu votre chemin (1ère partie)

Une introduction à la pensée et à la philosophie amérindienne  

 

par Russell Means  

 

~ Extraits traduit de l’anglais par Résistance 71 ~    

 

-o-o- Résistance 71 -o-o-  

 

25 Avril 2014  

 

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La loi naturelle

 

Russell Means

 

Traduit de son livre testament “If you’ve forgotten the name of the clouds, you have lost your way”, 2013

 

par Résistance 71

 

Présentation

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

 

Dans la perspective matriarcale, le monde est un endroit nourricier. Un endroit où des cadeaux sont donnés gratuitement. Lorsque les conquistadores espagnols et portugais arrivèrent, les Aztecs et les Incas ne pouvaient pas comprendre pourquoi ces nouveaux arrivants étaient si atteints de la folie de l’or. Tout ce qu’ils avaient à faire étaient de le demander et les Indiens leur auraient donné.

Christophe Colomb écrivit après ses premiers contacts avec les Indiens des Caraïbes, que les natifs de l’endroit étaient si généreux et pacifiques que c’en était une faute. Une faute ? Générosité et pacifisme des fautes, des défauts ? De quel type de monde provenait-il à votre avis ? Du monde de l’inquisition, des âges sombres, de la mort noire. Les Indiens des Amériques allaient se familiariser avec ce monde très bientôt.

Si vous vivez dans un monde où tout ce dont vous avez besoin est disponible de manière gratuite, la veulerie et le goût de la possession paraissent être une forme d’insanité. Pourquoi quelqu’un voudrait-il plus que ce dont il a besoin ? La terre mère procure une abondance quasi illimitée. Tout comme une mère donne à son enfant tout ce dont il/elle a besoin, la Terre fait de même pour ses enfants, les humains comme les autres créatures. Si vous suivez la loi naturelle, vous n’avez pas peur de la mort, vous voyez les cycles naturels de la mort et de la renaissance partout autour de vous, dans vos parents et vos enfants, dans l’engourdissement de l’hiver et les nouvelles feuilles du printemps, la régénération de toute sorte de vie nouvelle. Les anciens du monde indigène ne s’accrochent pas à la vie, ils n’ont pas peur, quand ils deviennent une charge pour la société, ils s’en vont tout simplement. Dans chaque cycle de la nature, tout au long de leur vie, ils ont été les témoins de la mort, de la réincarnation, de la renaissance, la mort et la décomposition se transformer en nouvelle vie et ils savent qu’ils font partie intégrante de ce cycle.

Les détails spécifiques du comment tout ceci se passe ne sont pas importants. Les peuples indigènes ne mentent pas, ils n’inventent pas d’histoire lorsqu’ils ne connaissent pas la réponse complète à une question. Ils ne prétendent ni n’affirment qu’ils savent des choses dont ils n’ont aucun moyen de vraiment savoir. Ils n’écrivent pas les paroles de ceux qui prétendent entendre des voix et proclament ensuite que ceci sont les paroles d’une sorte de “dieu”.. parce que la vie est vécue en équilibre, le langage se développe avec des positifs, pas de négatifs. Il n’y a pas de mot pour dire “mentir” dans la langue Lakota (NdT: une des langues du groupe dit “Sioux”), dans notre langue nous ne sommes pas capables d’insulter quelqu’un ou quelque chose. Dans la loi naturelle, chaque chose a sa place, où est le mal ? Il n’y a pas de mal dans la nature. En vivant par la loi naturelle, nous percevons les choses effectivement au travers de nos sens, nous développons une appréciation pleine et essentielle du monde réel qui nous entoure, de ce que nous expérimentons au quotidien, de la réalité.

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Vivre en suivant la loi naturelle

Russell Means

 

Traduit de son livre testament “If you’ve forgotten the name of the clouds, you have lost your way”, 2012

 

par Résistance 71

 

En tant que chasseurs-cueilleurs, nous observons le renard et l’ours. Lorsqu’ils mangent des baies, ils ne mangent pas toutes les baies sur le même buisson. Lorsque des ours mangent du miel, ils ne détruisent pas les ruches, ils en prennent un peu et continuent leur chemin. Il y en a toujours suffisamment pour permettre une régénération. Nous savons donc bien mieux faire que de vider un bout de terrain de toutes ses sources nourricières. C’est ainsi que vous vivez en suivant la loi naturelle.

Les chasseurs-cueilleurs ne vident jamais leur supermarché naturel. Ils n’endommagent pas leur environnement de quelque manière que ce soit. La famine n’existe pas chez les chasseurs-cueilleurs parce que les sources de nourriture sont extrêmement variées et ne peuvent pas être épuisées en même temps. Ils savent où est l’eau (NdT: même dans le désert, les travaux de recherche de l’anthropologue américain Marshall Sahlins ont démontré que les sociétés de chasseurs/cueilleurs étaient en fait des sociétés d‘abondance contrairement au mythe perpétré par les anthropologies structuralistes évolutionistes et marxistes pour qui la fausse image du chasseur/cueilleur luttant pour sa survie toujours à la limite de la famine, est une image valorisatrice pour leur idéologie soutenant la société étatique comme étape ultime de l’évolution…). La Terre-Mère est leur corne d’abondance, avec bien des types différents d’animaux, de légumes et de fruits sont à disposition pour toutes les saisons. Les chasseurs-cueilleurs savent également comment stocker la nourriture à la fois sous une forme séchée et en utilisant des caves à racines. Ils connaissaient les plantes bonnes pour la médecine et où les trouver.

Avec si peu de temps à passer pour subvenir à leurs besoins immédiats, ils avaient la liberté de s’occuper d’eux-mêmes et de leurs familles. Ils avaient le temps de se laver, de se brosser les dents, de s’occuper de l’un l’autre, de vivre selon la loi naturelle, sans conflit. Il n’y a pas de conflit dans la loi naturelle des choses, il n’y a pas de mal.

Quand vous y réfléchissez bien, lorsqu’un enfant est né, où est le mal ? Un ours ou un cougar tuant et mangeant ce qu’ils ont l’habitiude de manger, n’est pas plus mal que ce qu’un humain tue pour manger ce qu’il a l’habitude de manger. Nous respectons tout ce qui se trouve dans le monde naturel et que nous utilisons à un moment ou un autre au cours de nos vies. Nous remercions l’arbre que nous coupons pour faire les piquets de nos tipis. Quand vous révérez une plante, les animaux, il est facile de voir qu’il n’y a aucun mal dans la nature.

Chaque bonne pensée est une prière. C’est ce que nous croyons. C’est pourquoi nous n’avons pas d’églises. La vie est une église, l’univers est notre temple. Être conscient de l’existence et du bien-être du “Petit Peuple”, le nom que nous donnons aux insectes, c’est une forme de prière.

Disparition d’un grand résistant qui a perpétué la lutte contre le terrorisme occidental des natifs amérindiens depuis 1492 jusque dans les XXème et XXIème siècles…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 23 octobre 2012 by Résistance 71

Russell Means (1939-2012) activiste Sioux n’est plus

 

“L’univers qui contrôle toute vie a un équilibre mâle, femelle qui est prévalent sur notre grand-mère sacrée: la Terre.

Cet équilibre doit être reconnu et doit devenir le facteur déterminant dans toutes les décisions que chacun prend, qu’elles soient spirituelles, sociales, sanitaires, éducationnelles ou économiques.

Une fois que l’équilibre est devenu une partie intégrante de la vie de chacun, toute plannification, recherche, action directe, et suivi devient une suite logique. Les buts ciblés deviennent des réalités de manière consistante. De bonnes choses arrivent aux bonne personnes, rappelez-vous toujours que le temps est de votre côté.

Mitakuye Oyasin (Nous sommes tous inter-reliés)”

(Russell Means, repose en paix – 10 Novembre 1939~22 Octobre 2012)

 

Les Etats-Unis ne sont qu’une grande réserve indienne et nous sommes tous dedans. Ainsi pensait Russell Means (Oglala, Lakota Sioux), activiste politique légendaire, leader du American Indian Movement (AIM) dans les années 1970, dont il fut un des fondateurs avec son compère Dennis Banks et accessoirement acteur de cinéma (rôle de Chingakook dans “Le Dernier des Mohicans” aux côtés de Daniel Day Lewis). Means mena le blocage du QG du Bureau of Indian Affairs (BIA) à Washington D.C en 1972 et fut un des activistes qui tint tête au gouvernement américain et ses forces de l’ordre à Wounded Knee en 1973 dans la Dakota du Sud, sur le territoire de la réserve de Pine Ridge, au même endroit qui vit le massacre en 1890 de plus de 200 Sioux Lakota, hommes, femmes, enfants et vieillards par le 7ème de cavalerie de l’armée des Etats-Unis.

L’Amérindien Russell Means a donné une interview édifiante de 90 minutes expliquant comment les nations natives de l’Amérique du nord et les Américains eux-mêmes de manière générale, sont tous emprisonnés dans une énorme réserve. Means fut le leader de la République des Lakotas, un mouvement politique qui a déclaré son indépendance des Etats-Unis et a refusé de reconnaître l’autorité de ses présidents ou de ses gouvernements, se retirant de manière unilatérale de tous les traités signés avec le gouvernement fédéral et redéfinisant ses frontières, qui couvrent  des milliers de kilomètres carrés entre les états du Dakota du nord, Dakota du sud, le Nebraska, le Wyoming et le Montana.

Means a expliqué comment les Amérindiens ont été mis en esclavage dans des camps de prisonniers de facto ceci étant le résultat de la restriction de leur ressource de nourriture par le gouvernement fédéral et l’application de tactiques colonialistes, un processus qui a maintenant aussi été infligé sur les Etats-Unis dans leur ensemble, ceux-ci sont maintenant devenus une “énorme réserve indienne”, d’après Means.

Means a prévenu que les Américains avaient complètement perdu la capacité de toute pensée critique et que chaque génération devient moins responsable que la précédente et en conséquence moins libre en ignorant un document presque parfait: la constitution, qui est en fait un dérivé des lois natives (n’oublions pas que Benjamin Franklin s’inspira beaucoup de la constitution des nations Haudonosaunee ou iroquoises pour écrire la constitution des Etats-Unis. La constitution iroquoise ou « La grande loi de la paix » existe depuis environ l’an 1000 et est la plus vieille  constitution de l’histoire de l’humanité.). Dans son interview, Means fait la chronique des pertes de libertés depuis les années 1840, année qui marque la naissance des corporations, la déclaration de la loi martiale par Lincoln, jusque vers la fin du XIXème siècle et dans le XXème siècle lorsque le congrès américain “commença à donner le droit aux banques à régner sans partage” et que les intérêts privés commencèrent à imprimer la monnaie et à mettre tout le monde sous la coupe tyrannique de la dette.

Vidéo interview de Russel Means (96 min): “Bienvenue dans la réserve” (Welcome to the reservation) en suivant le lien ci-dessous.

La vidéo est en anglais. Il est possible d’activer les sous-titres en français en cliquant sour l’icône “captions”, en sélectionnant d’abord de mettre les sous-titres en anglais, puis de cliquer sur “translate” puis choisir “French, français” dans le menu.

Avertissement: le sous-titrage français est très approximatif…

Lien de la vidéo:

http://www.youtube.com/watch?v=-LA-S64QY3o

Russel Means a publié (avec le journaliste Marvin J. Wolf) en 1995 son autobiographie “Where White Men Fear to Tread” que l’on pourrait traduire par “Là où les hommes blancs ont peur de s’aventurer”, qui raconte de manière franche et sans détours sa vie, son activisme, ses forces et ses faiblesses (qui furent nombreuses de son propre aveu).

Son style franc et direct ne lui a pas fait que des amis, mais il n’en était que plus respectable pour cela.

Là où Gandhi répondait à un journaliste anglais qui lui avait demandé ce qu’il pensait de la civilisation occidentale en lui disant que “c’était une bonne idée”, Russel Means dans son livre disait ceci:

“La meilleure mesure de la civilisation occidentale n’est pas les mathématiques, ou quoi que ce soit dans cette ligne de pensée, ou l’agriculture ou les systèmes politiques ou la théologie ou la philosophie. La ‘civilisation’ dans l’esprit occidental est fait de police et de prison. Elles représentent loi et ordre.”

Autre extrait du livre sur l’arrogance et le racisme blanc envers les afro-américains et les natifs.

“… Nous sommes des attractions touristiques. Jusqu’à ce jour, des femmes, jamais des hommes, viennent vers moi quand je porte mes cheveux en tresses et viennent les tirer. Jusqu’au moment des années 1960 et le Black Power Movement, certaines femmes blanches avaient pour habitude d’attrapper les petits enfants noirs américains et leur caressaient la tête. Elles ne font plus cela maintenant, mais quand elles voient un indien portant ses cheveux en tresses, elles vont aller droit vers lui et vont lui tirer les tresses. Ceci représente une violation de ma personne, et j’ai appris une façon de l’arrêter. Quand une femme s’approche, me prend les tresses et dit: “que c’est mignon”, je lui met la main sur la poitrine et dis: “que c’est mignon !”. Elle ne me touchera plus jamais.”

Hoka Hey Russell tu fus et demeures une inspiration pour beaucoup !

— Résistance 71 —