Archive pour russel means republique des lakotahs

Disparition d’un grand résistant qui a perpétué la lutte contre le terrorisme occidental des natifs amérindiens depuis 1492 jusque dans les XXème et XXIème siècles…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 23 octobre 2012 by Résistance 71

Russell Means (1939-2012) activiste Sioux n’est plus

 

“L’univers qui contrôle toute vie a un équilibre mâle, femelle qui est prévalent sur notre grand-mère sacrée: la Terre.

Cet équilibre doit être reconnu et doit devenir le facteur déterminant dans toutes les décisions que chacun prend, qu’elles soient spirituelles, sociales, sanitaires, éducationnelles ou économiques.

Une fois que l’équilibre est devenu une partie intégrante de la vie de chacun, toute plannification, recherche, action directe, et suivi devient une suite logique. Les buts ciblés deviennent des réalités de manière consistante. De bonnes choses arrivent aux bonne personnes, rappelez-vous toujours que le temps est de votre côté.

Mitakuye Oyasin (Nous sommes tous inter-reliés)”

(Russell Means, repose en paix – 10 Novembre 1939~22 Octobre 2012)

 

Les Etats-Unis ne sont qu’une grande réserve indienne et nous sommes tous dedans. Ainsi pensait Russell Means (Oglala, Lakota Sioux), activiste politique légendaire, leader du American Indian Movement (AIM) dans les années 1970, dont il fut un des fondateurs avec son compère Dennis Banks et accessoirement acteur de cinéma (rôle de Chingakook dans “Le Dernier des Mohicans” aux côtés de Daniel Day Lewis). Means mena le blocage du QG du Bureau of Indian Affairs (BIA) à Washington D.C en 1972 et fut un des activistes qui tint tête au gouvernement américain et ses forces de l’ordre à Wounded Knee en 1973 dans la Dakota du Sud, sur le territoire de la réserve de Pine Ridge, au même endroit qui vit le massacre en 1890 de plus de 200 Sioux Lakota, hommes, femmes, enfants et vieillards par le 7ème de cavalerie de l’armée des Etats-Unis.

L’Amérindien Russell Means a donné une interview édifiante de 90 minutes expliquant comment les nations natives de l’Amérique du nord et les Américains eux-mêmes de manière générale, sont tous emprisonnés dans une énorme réserve. Means fut le leader de la République des Lakotas, un mouvement politique qui a déclaré son indépendance des Etats-Unis et a refusé de reconnaître l’autorité de ses présidents ou de ses gouvernements, se retirant de manière unilatérale de tous les traités signés avec le gouvernement fédéral et redéfinisant ses frontières, qui couvrent  des milliers de kilomètres carrés entre les états du Dakota du nord, Dakota du sud, le Nebraska, le Wyoming et le Montana.

Means a expliqué comment les Amérindiens ont été mis en esclavage dans des camps de prisonniers de facto ceci étant le résultat de la restriction de leur ressource de nourriture par le gouvernement fédéral et l’application de tactiques colonialistes, un processus qui a maintenant aussi été infligé sur les Etats-Unis dans leur ensemble, ceux-ci sont maintenant devenus une “énorme réserve indienne”, d’après Means.

Means a prévenu que les Américains avaient complètement perdu la capacité de toute pensée critique et que chaque génération devient moins responsable que la précédente et en conséquence moins libre en ignorant un document presque parfait: la constitution, qui est en fait un dérivé des lois natives (n’oublions pas que Benjamin Franklin s’inspira beaucoup de la constitution des nations Haudonosaunee ou iroquoises pour écrire la constitution des Etats-Unis. La constitution iroquoise ou « La grande loi de la paix » existe depuis environ l’an 1000 et est la plus vieille  constitution de l’histoire de l’humanité.). Dans son interview, Means fait la chronique des pertes de libertés depuis les années 1840, année qui marque la naissance des corporations, la déclaration de la loi martiale par Lincoln, jusque vers la fin du XIXème siècle et dans le XXème siècle lorsque le congrès américain “commença à donner le droit aux banques à régner sans partage” et que les intérêts privés commencèrent à imprimer la monnaie et à mettre tout le monde sous la coupe tyrannique de la dette.

Vidéo interview de Russel Means (96 min): “Bienvenue dans la réserve” (Welcome to the reservation) en suivant le lien ci-dessous.

La vidéo est en anglais. Il est possible d’activer les sous-titres en français en cliquant sour l’icône “captions”, en sélectionnant d’abord de mettre les sous-titres en anglais, puis de cliquer sur “translate” puis choisir “French, français” dans le menu.

Avertissement: le sous-titrage français est très approximatif…

Lien de la vidéo:

http://www.youtube.com/watch?v=-LA-S64QY3o

Russel Means a publié (avec le journaliste Marvin J. Wolf) en 1995 son autobiographie “Where White Men Fear to Tread” que l’on pourrait traduire par “Là où les hommes blancs ont peur de s’aventurer”, qui raconte de manière franche et sans détours sa vie, son activisme, ses forces et ses faiblesses (qui furent nombreuses de son propre aveu).

Son style franc et direct ne lui a pas fait que des amis, mais il n’en était que plus respectable pour cela.

Là où Gandhi répondait à un journaliste anglais qui lui avait demandé ce qu’il pensait de la civilisation occidentale en lui disant que “c’était une bonne idée”, Russel Means dans son livre disait ceci:

“La meilleure mesure de la civilisation occidentale n’est pas les mathématiques, ou quoi que ce soit dans cette ligne de pensée, ou l’agriculture ou les systèmes politiques ou la théologie ou la philosophie. La ‘civilisation’ dans l’esprit occidental est fait de police et de prison. Elles représentent loi et ordre.”

Autre extrait du livre sur l’arrogance et le racisme blanc envers les afro-américains et les natifs.

“… Nous sommes des attractions touristiques. Jusqu’à ce jour, des femmes, jamais des hommes, viennent vers moi quand je porte mes cheveux en tresses et viennent les tirer. Jusqu’au moment des années 1960 et le Black Power Movement, certaines femmes blanches avaient pour habitude d’attrapper les petits enfants noirs américains et leur caressaient la tête. Elles ne font plus cela maintenant, mais quand elles voient un indien portant ses cheveux en tresses, elles vont aller droit vers lui et vont lui tirer les tresses. Ceci représente une violation de ma personne, et j’ai appris une façon de l’arrêter. Quand une femme s’approche, me prend les tresses et dit: “que c’est mignon”, je lui met la main sur la poitrine et dis: “que c’est mignon !”. Elle ne me touchera plus jamais.”

Hoka Hey Russell tu fus et demeures une inspiration pour beaucoup !

— Résistance 71 —

Résistance politique: lutter contre l’empire de l’intérieur

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , on 17 juin 2011 by Résistance 71

Voici une des raisons essentielles pour laquelle il est impossible de traiter ou de faire confiance aux gouvernements des Etats-Unis d’Amérique. Ils n’ont jamais respecté leurs engagements, et ont bafoué tous les traités auxquels ils étaient liés s’il en allait de l’intérêt de l’oligarchie en place.

Les Etats-Unis sont basés sur le leurre de la « démocratie » et ont été fondés « par une bande d’esclavagistes qui voulaient être libres », comme l’avait très bien résumé le grand humoriste anarchiste américain Georges Carlin.

Le pays est fondé sur le pillage, le mensonge, le génocide, le vol et le seul respect de la loi du plus fort. L’antinomie même de la civilisation et le pourquoi nous vivons des moments historiques actuels dramatiques. L’empire est l’ennemi des peuples, il a créé une mouvance globaliste par et pour l’oligarchie transnationale. Il n’y a pas d’unité aux Etats-Unis concernant la velléité hégémonique de son oligarchie. Il y a une résistance interne farouche, les natifs en font partie. Une certaine frange du haut commandement de l’armée américaine n’est pas d’accord avec ce qui se passe et fuite de plus en plus d’ information. L’empire est miné de l’intérieur comme tous ceux avant lui et la question de sa débâcle n’est pas conditionnelle mais temporelle. La question demeure: quelle sera l’étendue du chaos et de la destruction dans son sillage ?

Notre solidarité et coopération transnationale sera plus forte que les intérêts particuliers du petit nombre.

Confiance zéro et à juste titre !… Les Sioux et l’ensemble des natifs le savent et c’est pourquoi ils luttent pour leur indépendance. Russel Means (72 ans) et la nation Sioux nous donne ici un exemple à suivre. La Republique des Lakotas a été fondée en Décembre 2007 sur la base d’un retrait formel de ses traités de 1851 et 1868 (comme explicité dans l’article traduit ci-dessous). Ceci ne fut pas une « sécession » des Etats-Unis, mais un retrait légal unilatéral de tous les traités comme cela est permis sous la convention de Vienne de 1969 concernant la loi des traités et de laquelle les Etats-Unis d’amérique sont signataires.

« Nous œuvrons pour une totale liberté de manière légale, non violente et non agressive. »
— Russel Means — 

Mitakuye Oyasin (Nous sommes tous inter-reliés)

 

— Résistance 71 —

= = = = –

 

“La force, même dissimulée, porte en elle la résistance”

— Proverbe Lakota (Sioux) —

 

 

Le prochain chapitre

Par Russel Means

 

Le 04 Juin 2011

 

Reproduit depuis Indian Country Today

 

 

Url de l’article original:

http://www.republicoflakotah.com/2011/the-next-chapter/

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistsance 71 ~

 

 

Il y a deux semaines, j’étais à New York avec une délégation de la République des Lakotas afin de saisir l’opportunité de la réunion annuelle du Forum Permanent des Nations Unies sur les Questions Indigènes (UNPFII, du 16 au 27 Mai 2011). Le but principal de cette visite était d’utiliser des alliés passés et présents dans la lutte des nations natives afin de nous aider à visiter un petit groupe sélectionné d’autres nations et leurs ambassadeurs aux Nations-Unies et de discuter du caractère international des traités liant mon peuple des Lakota et les Etats-Unis d’Amérique.

En 1851 et 1868, les nations Lakota, Nakota, Dakota (NdT: Sioux), Cheyenne et Arapaho ont battu militairement les Etats-Uniset ceux-ci ont fait la requête de la paix. Nos nations respectives se sont mis d’accord sur la paix suite aux négociations d’un traité à Fort Laramie. Les traités étaient des instruments internationaux entre deux nations indépendantes, sans ambiguités ni équivoques définissant les territoires des nations natives impliquées, ces territoires couvraient une surface de la taille actuelle du Guatemala.

Depuis le temps de la signature de ce traité, les Lakotas ont insisté pour que les Etats-Unis respectent leurs obligations quant à celui-ci. Notre insistance nous a même conduit jusqu’à la cour suprême des Etats-Unis. Quel n’est pas le ridicule de la situation pour nous, que d’aller vers le violeur de ces traités et de demander à ces mêmes violeurs de se forcer eux-mêmes à respecter leurs propres lois. Comment peut-on laisser règler la dispute d’un contrat international par le violeur du contrat ?

Ce dernier siècle, une chose est devenue très claire, les Etats-Unis voulurent prendre leurs bénéfices de ces traités, mais ils n’ont jamais eu l’intention de respecter les autres provisions des traités. OK, nous avons compris. Les Etats-Unis ne vont sûrement pas commencer à respecter les traités aujourd’hui.

Il y en a quelques uns qui disent: “De toute façon, si nous n’avons pas ce traité, nous n’avons rien.” A ceux-là je dis: “Regardez autour de vous ! Vous n’avez déjà rien ! Vous expérimentez la pire des pauvretés (NdT: les Sioux Lakota sont parmi les nations les plus pauvres du monde avec un revenu moyen de moins de 2 000 Euros par an ou 166 Euros environ par mois. 97% de la population Lakota vit sous le seuil de pauvreté), la pire des santés (NdT: l’espérance de vie d’un homme Lakota dans les réserves et de 36 ans en moyenne), les pires problèmes d’environnement, le pire de tout; de plus ils ont volé votre territoire, votre liberté et votre amour-propre. Réveillez-vous ! Ce que vous agitez autour de vous au nom de la “souveraineté” n’est plus un traité, mais un contrat brisé !”

Soyons clairs, si les Etats-Unis décident qu’ils ne vont pas respecter les traités (ainsi qu’ils l’ont déjà fait à maintes reprises), alors il doit y avoir des conséquences pour cette décision, de la même manière que si vous me vendez votre automobile, mais je ne vous donne pas l’argent, je ne vais pas pouvoir garder la voiture sous le prétexte “que j’ai maintenant l’habitude de la conduire”. De la même manière, les Etats-Unis ne doivent pas garder notre territoire simplement parce qu’ils ont autorisé leurs citoyens à nous envahir et à occuper notre terre mère, à bâtir des maisons et des affaires et à voler les richesses et ressources de notre patrie. L’article 37 de la déclaration des Nations-Unies sur les Droits des Populations Natives adresse ce point directement:

Les peuples autochtones ont le droit à la reconnaissance, l’observation et l’application des traités, accords et autres arrangements constructifs conclus avec les États ou leurs successeurs et d’avoir les États honorer et respecter les dits traités, accords ou autres arrangements constructifs. Rien dans cette déclaration ne peut-être interprêté comme diminuant ou éliminant les droits des peuples indigènes contenus dans les traités, accords ou tous autres arrangements constructifs.

Nos traités sont des instruments et documents internationaux et demandent à être appliqués. Si les Etats-Unis n’honorent pas ses obligations, la loi internationale est claire à propos d’un remède équitable pour le non respect des clauses. Sous le principe établi du droit international du inadimplanti non est adimplendum (“une partie n’a pas à respecter ses obligations si l’autre ne respecte pas les siennes”), si une des parties d’un traité refuse de manière persistante de respecter les clauses du traité, alors les parties doivent retourner à leurs positions originelles avant que le traité ne fut signé.

Quand je suis venu à New York pour la première fois en 1975 pour aider à établir le bureau du Conseil International des Traités Indiens aux Nations-Unies, nous étions alors au milieu d’une révolution native. Deux années auparavant, nous avions libéré notre communauté à Wounded Knee et les peuples natifs étaient actifs et revendicateurs. En 1977, nous avions enfoncé les portes des Nations-Unies (NdT: il s’agit ici d’une image évoqué par Russel Means et non pas un acte violent) et demandé nos sièges à la table des nations. Lors donc de ma récente visite aux Nations-Unies, je fus interloqué et attristé de voir ce qu’il s’est passé depuis tout ce temps.

Dans les années qui suivirent 1977, cette révolution que nous avions commencée s’est engluée dans la bureaucatie et le procédurier qui divertissent et mettent au rencart notre droit d’être libre. Des pays comme les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, sortent leurs “natifs” vendus au système comme des marionnettes pour soutenir la politique génocidaire permanente de ces pays. Les révolutionnaires indigènes originels ont été remplacés par des “techniciens” qui acceptent les miettes de leurs envahisseurs, qui continuent à chercher à nous détruire. Les gens expérimentant le génocide ont droit à cinq minutes de parole, sans possibilité d’allongement, puis c’est le tour du blablateur suivant. Il est grand temps de se rappeler les enseignements de nos ancêtres.

Nous avons besoin de renouveler la révolution internationale des natifs, une de celles qui ne demande pas de permission aux envahisseurs de notre terre mère, une révolution qui rappelle le message original de nos ancêtres de ne jamais nous rendre, de ne jamais abandonner, une qui fera avancer nos droits naturels à être libres et un peuple indépendant, avec une personalité internationale, une dignité et un respect. La République des Lakota n’attend pas. Nous avons renouvelé nos stratégies avec d’autres peuples natifs amoureux de liberté, avec des pays comme la Bolivie qui comprennent et soutiennent nos aspirations et avec la société civile internationale. Nous encourageons dès maintenant une nouvelle génération de jeunes natifs de se débarasser de leur cynisme, de mettre leurs talents à l’ouvrage et de prendre leur place dans l’histoire en écrivant  avec nous, le prochain chapitre dans la révolution internationale des peuples indigènes.

 

Russell Means, Oglala/Iynktowan, est chef facilitateur de la République des Lakotah (republicoflakotah.com), et auteur de la biographie Where White Men Fear to Tread (“Là où les hommes blancs ont peur de s’aventurer”)