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Que se passe t’il au Rojava ? Le Confédéralisme Démocratique y est-il trahi ?

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“Le confédéralisme démocratique est le paradigme contrasté du peuple opprimé. Le confédéralisme démocratique est un paradigme social non-étatique. Il n’est aucunement contrôlé par un état. Dans le même temps, il est le modèle d’organisation culturel d’une nation démocratique.”

“Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la base du peuple. Ses processus de décision reposent sur les communautés. Les plus hauts niveaux de représentation ne servent uniquement qu’à la coordination et la mise en application de la décision des communautés qui envoient des délégués dans les assemblées générales.

~ Abdullah Ocalan ~

 

Lire notre dossier Rojava et notre traduction du “Manifeste du Confédéralisme Démocratique”

Merci à « Bertrand / La Cariatide »

 

Que se passe t’il au Rojava ?

 

Résistance 71

 

15 septembre 2017

 

La révolution sociale du Rojava est-elle en train d’être assassinée par l’empire ?…

Bref récapitualtion pour ceux qui prendraient le train en marche: le Rojava est la province du nord de la Syrie où vit une conséquente population kurde. Sous l’influence politique de transfuges du PKK (Parti Ouvrier Kurde) turc, les Kurdes de Syrie se sont regroupés de manière autonome en appliquant depuis déjà une dizaine d’années un modèle de société égalitaire, géré sur le modèle du Confédéralisme Démocratique (CD, dont l’analyse et le plan général fut écrit en 2011 par le leader du PKK, emprisonné en Turquie: Abdullah Ocalan) et de ses assemblées populaires.

La mise en pratique du CD s’est amplifiée dans la région du Rojava depuis les débuts de l’agression par procuration de l’empire occidental et ses alliés régionaux (Turquie, Jordanie, Israël, Qatar, Arabie Saoudite) sur le peuple syrien afin de s’emparer des ressources naturelles du pays et contrôler l’acheminement du gaz qatari (Exxon-Mobil) vers l’Europe. Ainsi depuis 2012, les milices combattantes de la province autonome kurde du Rojava ont combattu les incursions de l’EIIL (Daesh), libérées les populations Yézidis dans les montagnes des massacres à leur encontre perpétrés par les “djihadistes” de l’armée mercenaire de l’OTAN qu’est Daesh, repoussées les assauts de ces mêmes mercenaires sur la ville principale de Kobané et maintenues actifs les modes de fonctionnements de la société autonome, autogérée et égalitaire mise en place au Rojava par ses populations depuis 2004.

Le CD est le résultat de la profonde réflexion politique d’Abdullah Ocalan, qui à la fin des années 1990 abandonna, ainsi que le PKK, peu à peu l’idéologie marxiste-léniniste ne pouvant mener qu’à la dictature du capitalisme d’état, pour adopter un mode organisationnel directement inspiré du communalisme écologique et municipalisme libertaire, pensé par l’ex-marxiste devenu anarchiste Murray Bookchin et soutenu par sa compagne Janet Biehl, qui s’est rendue au Rojava à plusieurs reprises. Le CD, tel qu’envisagé par Ocalan, est une société fondée sur l’association libre confédérée des communes, où les décisions politiques et économiques sont prises par les conseils et assemblées populaires et où les délégués n’ont aucun pouvoir, seulement le mandat d’expliquer et d’écouter pour rendre compte.

Les circonstances de la guerre en Syrie et les interactions multiples auxquelles ont dû faire face les communautés avec les différents intervenants, a rendu nécessaire la mise en place d’une entité de “communication” issue d’un parti le PYD (2003), branche du PKK turc au Rojava. Techniquement, les cadres du PYD rendent des comptes aux assemblées populaires de leur lieu de fonction.

Avec la poussée et incrustation américaine dans le nord de la Syrie depuis 2015, le Rojava a décidé en 2016 de se donner une constitution de 96 articles, appelée “Contrat Social du Rojava”, qui a été provisoirement mis en application et qui doit être ratifié par une assemblée constituante cette année.

Or, lorsqu’on lit ce “contrat social” du Rojava (2016) après avoir lu le “Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique” d’A. Ocalan (2011), on se rend très vite compte que le “contrat social” émergeant n’est en rien issus du modèle de CD tel que l’a pensé son fondateur et tel qu’il fut mis en pratique sur le terrain du Rojava, dans les communes autonomes, depuis plus de 10 ans et surtout depuis 2011. Il s’agit en fait de la constitution d’un état sur un modèle occidental centralisé, bien sûr édulcoré et mis au “goût local” avec ses provisions pour la multi-ethnicité et le féminisme, bonnes choses en elles-mêmes, mais noyées dans une structure d’assemblée législative aux mandats non révocables de 4 ans, avec un contrôle de la dite assemblée par un comité soi-disant indépendant mais… néanmoins nommé par l’assemblée, avec des gouverneurs nommés, des commissions, ces conseils supérieurs de l’exécutif, judiciaire, aucune mention faite aux assemblées populaires ; bref à notre sens, une véritable mascarade qui ne mènera à terme qu’à l’établissement d’un état kurde, d’un “Kurdistan Occidental”, sur un modèle politique hiérarchique classique dit “pyramidal”, qui verra les décisions à terme, être prises en haut pour redescendre et être appliquées “en bas”.

De fait, le “contrat social” du Rojava est si éloigné du “Manifeste pour un CD” d’Ocalan, qu’on peut légitimement se demander s’il n’a pas été pondu dans les burlingues de Washington par quelques juristes impérialistes à la solde. Pourquoi donc ?

La vaste région historique du “Kurdistan” s’étale en fait sur 4 pays et leurs frontières modernes: la Turquie (ex-empire Ottoman défait en 1918), la Syrie (dont les frontières modernes sont le résultat du détricotage de l’empire Ottoman au profit de deux autres empires: l’anglais et le français de l’époque), l’Irak (ex-empire Ottoman) et l’Iran et possède sa population endémique à l’endroit depuis le néolithique. Cette région de nos jours est toujours l’enjeu du grand cirque du contrôle géopolitique entre les “grandes puissances” pour des raison d’accès, de communication, de ressources naturelles (gaz et pétrole) et de contrôle des populations au profit de l’entité coloniale sioniste locale. La guerre par procuration en Syrie fait partie d’un aussi vaste projet de déstabilisation de la région au profit de l’empire anglo-américano-sioniste et de ses satellites ; depuis 2011, l’empire y utilise, ainsi qu’en Irak, son armée mercenaire djihadiste de l’EIIL ou Daesh, Ne pouvant évincer militairement le régime de Damas, aidé par la Russie, l’Iran et le Hezbollah, l’empire s’est résolu à une partition de la Syrie, concertée avec ses alliés. Le but de l’empire est de contrôler un couloir de terres allant de l’Iran à la Méditerranée, celui-ci passe par les Kurdistans irakien et syrien. L’affaire se complique dans la mesure où le Kurdistan indépendant irakien n’a absolument rien à voir avec le CD du Rojava. Le Kurdistan irakien est géré depuis l’après Saddam Hussein par un chef de guerre mafieux local du nom de Barzani. Le but de l’empire est de lier les deux entités kurdes du nord. Ceci n’est pas possible dans le contexte du CD, il faut donc court-circuiter le système démocratique en place et y mettre ses pions corrompus qui à terme, s’allieront avec les Kurdes d’Irak.

C’est le but non avoué de cette “constitution / contrat social” de mascarade pour entériner un “sous-état” kurde au nord de la Syrie, sous contrôle de l’empire, qui y installera ses bases militaires et contrôlera les ressources pétrolières via la mafia locale à y établir comme ce fut fait au Kurdistan irakien.

De fait, il devient assez clair que le Confédéralisme Démocratique du Rojava a été trahi, et se retrouve étouffé pas à pas jusqu’à son estompage total au fil du temps au profit d’en entité étatique dont il sera aisé de faire varier le degré de dictature comme dans tout état existant, le tout au profit des intérêts impérialistes et coloniaux occidentaux dans la région. Ceci fait partie du plan impérialiste de partition de la Syrie, état moderne résultant lui-même d’un précédent détricotage colonial et aux “frontières” factices tout comme les états voisins.

Peu d’information filtre depuis l’an dernier du Rojava. Nous avons soutenu et soutenons la véritable initiative du  CD du Rojava depuis quelques années et pensons qu’elle devrait être considérée par le peuple syrien et tous les peuples de la région, arabes, turc, assyrien, arménien et autres comme le mode d’interaction et d’organisation sociales pour l’avenir. Puissent les peuples du monde en venir à considérer ces expériences du Rojava, du Chiapas, et celles à plus petite échelle comme à plus grande, comme expériences politiques d’intérêt à adapter dans et pour chaque société. Au demeurant, il nous est impossible de soutenir l’initiative fantoche du “contrat social” du Rojava tel qu’il est mis en place aujourd’hui et qui ne peut mener à terme qu’à l’étatisation, à la centralisation définitive du système politique et économique de cette région qui se veut autonome et sans État et qui verrouillera le peuple de nouveau dans un système à pouvoir divisé, oligarchique et coercitif, principe de la dictature à géométrie variable constitutif de tout état.

Nous remercions en cette occasion de mise au point un de nos lecteurs et commentateur assidu, “La Cariatide / Bertand”, qui par son titillement critique nous a incité à revisiter cette affaire du Rojava au sujet de laquelle les infos fiables se faisaient de plus en plus rares… et pour cause… Ce qui nous laissa assoupis dans ce secteur d’analyse.

C’est en prenant le temps de lire les textes officiels, que peu de gens lisent en fait, qu’on apprend les choses qui permettent, avec le recul nécessaire, de se forger un avis critique.

En l’occurence, nous révisons notre positon sur le Rojava en affirmant toujours avec passion: Vive le Rojava du véritable confédéralisme démocratique ! et dans le même temps: Non à la mascarade étatique pro-impérialiste du “contrat social du Rojava”, trahison dans le fond et dans la forme, sous l’égide yankee, du confédéralisme démocratique tel qu’il a été pensé et doit continuer à être mis en application pour et par le peuple constitué en assemblées populaires seules habilitées à la prise de décision depuis la base, localement, régionalement et confédérativement !

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confederalisme_democratique (Version PDF en français)

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Rojava, Kobané… Le confédéralisme démocratique dont (quasiment) personne ne parle

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Anarchistes contre l’EIIL: La révolution en Syrie dont personne ne parle

 

Gareth Watkins

 

Février 2015

 

url de l’article original:

http://www.cvltnation.com/anarchists-vs-isis-the-revolution-in-syria-nobodys-talking-about/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le Moyen-Orient aujourd’hui est sans doute le dernier endroit où la bien-pensance occidentale chercherait une pensée politique progressiste et encore moins d’y voir ces pensées prendre une tournure pratique de terrain. Notre image de la région est celle de dictateurs, de juntes militaires et de théocraties construites sur les ruines de l’ancien empire Ottoman, ou alors des états creux comme l’Afghanistan et le Pakistan de manière croissante et où tout ce qui réside en dehors du capitole ressemble au monde de Mad Max. L’idée qu’une partie de la région pourrait-être non pas juste libre, mais bien avancée sur le chemin de l’utopie, n’est pas le genre d’opinion que vous trouverez dans les médias de masse.

Mais vous n’êtes pas branchés sur les médias de masse en ce moment n’est-ce pas ?

Le long de la frontière de la Syrie avec la Turquie et le nord de l’Irak, se tient une zone essentiellement kurde ayant une population de l’ordre de 4,6 millions de personnes et où une énorme expérience sociale a pris place au centre d’un feu croisé entre la dictature syrienne (sic), l’insanité collective de l’EIIL et l’hostilité permanente de la Turquie envers l’idée d’une autonomie kurde le tout avec les Etats-Unis et l’OTAN en toile de fond. Le Parti d’Union Démocratique (PYD) et le Conseil National Kurde (CNK) ont établi dans la province du Rojava une société qui mélange une féroce pratique libertaire (il y a des flingues partout = NdT: c’est une guerre civile et ils sont en lutte contre l’EIIL, normal non ?… = et il n’y a absolument aucun impôt, aucun !…) et une pensée anarchiste amicale à la façon du mouvement Occupy ayant une saine dose de féminisme. Tandis que des groupes kurdes, spécifiquement ceux qui sont alliés des Etats-Unis, voudraient établir un jour un état kurde, au Rojava, ils ont court-circuité l’idée d’un état-nation pour aller vers un système plus avancé qu’ils appellent le Confédéralisme Démocratique.

 

Dans les cantons du Rojava, il y a un tout petit gouvernement “central” ayant un minimum absolu de 40% de femmes comme déléguées, mais la très grande partie de la journée de travail au quotidien se déroule au niveau local, village par village et rue par rue, où les décisions sont prises. L’architecte principal de ce Confédéralisme Démocratique, Abdullah Ocalan, dit que “l’écologie et le féminisme sont les deux piliers centraux” du système qu’il a aidé à mettre en place, quelque chose de très très éloigné de tout ce que pourraient dire les politiciens occidentaux.
[…] Au Rojava, les hommes qui battent leur femme font face à un ostracisme sans précédent de la part de la communauté, rendant leur vie sociale dans une société hautement connectée et impliquée, virtuellement impossible. En lieu et place d’une police et d’un système carcéral, des “comités de paix” dans chaque communauté travaillent pour désamorcer les cycles de vengeances inter-familiaux en travaillant sur des arrangements consensuels entre les parties impliquées et cela marche parfaitement. (NdT: Cela marche ancestralement de la même façon dans les sociétés sans organe de pouvoir séparé des sociétés amérindiennes, mélanésiennes et africaines…)

La seule partie de l’expérience sociale du Rojava qui a reçue une attention internationale a été le YPJ ou les forces para-militaires exclusivement féminines qui ont combattues, combattent encore et ont vaincu contre les groupes terroristes de l’EIIL et parfois contre l’armée syrienne. (NdT: ce que l’auteur ne dit pas est que depuis plusieurs années, le gouvernement syrien a obtenu un accord avec le PKK, parti ouvrier kurde d’Ocalan anciennement marxiste, mais maintenant anarchiste communaliste et confédéraliste, où il fut conclu que l’état syrien laissait les Kurdes faire pourvu que ceux-ci ne se rebellent pas contre le gouvernement d’Assad. Cet accord tient et s’est consolidé par convergence d’intérêt commun contre l’armée mercenaire djihadiste de l’OTAN qu’est l’EIIL…). Des médias de la presse écrite et audio-visuelle occidentaux ont couvert la bravoure au combat des forces de l’YPJ, toutefois sans expliquer ni montrer de quelles idées elles se revendiquaient ni le sytème qui avait rendu tout cela possible.

Ce fut le YPJ avec sa contre-partie masculine du YPG qui sauvèrent des milliers de Yazidis qui étaient encerclés par les terroristes de l’EIIL sur le Mont Sinjar dans le nord de l’Irak. La communauté Yazidi a la mauvaise fortune d’être presqu’entièrement dans une zone clâmée par l’EI/EIIL et ils ont été une minorité haïe dans le monde musulman depuis un millier d’années, accusés de “culte du diable”. Tandis que les Etats-Unis larguaient des vivres du ciel, les groupes kurdes syriens brisèrent les lignes de l’EIIL et sauvèrent ainsi des dizaines de milliers de vies. Ils ont aussi défendu avec succès la ville de Kobané lorsque l’EIIL lança un assaut total sur la ville de 45 000 habitants avec des chars, des missiles et mêmes des drones (NdT: qui fournit se matos sophistiqué à l’EIIL ?…). Malgré de lourdes pertes, la ville a échappé au contrôle de l’EIIL, même si les villages alentours sont toujours contestés. Les groupes YPJ/G et le mouvement démocratique pour lequel ils combattent sont loin d’être parfaits: ils ont été accusés d’utiliser des soldats enfants et des jeunes filles de 12 ans servent de cuisinières ou de personnel d’entretien pour les membres de l’YPJ et s’entrainent militairement bien qu’elles ne soient pas déployées en zones de combat ; ces groupes sont aussi impliqués avec le parti ouvrier marxiste d’Ocala le PKK, toujours classé parmi les organisations terroristes par certaines nations. L’ancien parti rebelle marxiste-léniniste a aussi eu un passé trouble dans le trafic de drogue et ses connexions avec les services de renseignement turcs.

Malgré tous les obstacles auxquels il doivent faire face, le peuple du Rojava est, aujourd’hui, le seul mouvement de la planète ayant implémenté à grande échelle, une véritable alternative qui marche au système étatique et au capitalisme. Comme les fédérations anarchistes espagnoles et le mouvement zapatiste mexicain du Chiapas avant eux, le peuple du Rojava a choisi l’impossible: créer une nouvelle société tout en combattant en tant que plus petites forces de combat dans une guerre régionale, un numéro de funambule au dessus d’un précipice. Le temps dira s’ils pourront y parvenir.