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Résistance politique: Rojava kurde, compte-rendu de terrain d’une expérience de confédéralisme démocratique

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Lire sous l’article nos deux dossiers sur le Rojava autonome kurde et sur le Confédéralisme Démocratique.

~ Résistance 71 ~

 

Une coopérative de femmes au Rojava

Hawzhin Azeez*

23 janvier 2017

(*) Militante kurde féministe, titulaire d’un doctorat en sciences politiques et relations internationales ; elle est spécialisée dans la reconstruction des sociétés d’après-guerre, dans l’édification de la Nation et la démocratisation.

url de l’article original:
http://www.revue-ballast.fr/cooperative-de-femmes-rojava/

Le Rojava, territoire autonome kurde au nord de la Syrie, suscite l’enthousiasme de nombreux militants de l’émancipation — jusqu’à, pour certains d’entre eux, s’y rendre afin de prendre les armes, comme autrefois face à Franco, contre l’organisation théocratico-fasciste Daech. Le Parti de l’Union démocratique, issu du PKK turc, les branches militaires YPG-YPJ et l’action populaire quotidienne ont en effet de quoi nourrir l’espoir, en cette région ravagée par le fondamentalisme religieux, le despotisme étatique et l’ingérence des puissances internationales : le Rojava promeut, et entend pratiquer, l’autogouvernement des communautés locales, le socialisme démocratique, l’écologisme libertaire et le féminisme — gardons-nous bien sûr de croire à quelque (nouveau) Paradis sur terre, qui plus est par temps de guerre… Hawzhin Azeez, militante kurde et féministe, a fait partie du Conseil de reconstruction de Kobanê : elle participa, une année durant, au redressement de la ville après sa libération. Elle nous conduit aujourd’hui au cœur d’une coopérative de femmes et nous rappelle la nature de leur projet politique, par-delà le présent conflit : s’organiser et se développer dos aux circuits capitalistes. ☰ Par Hawzhin Azeez

Zahra Shexo se penche sur sa machine à coudre et, d’une main méticuleuse et experte, laisse le tissu courir entre ses doigts et sous l’aiguille de la machine. Une douzaine de voix et de rires de femmes se mélange au bruit mécanique et répétitif des machines. Cette salle de couture est une vaste pièce, kaléidoscope de matières, d’échantillons, de fils et d’accessoires aux couleurs variées. Zahra est l’actuelle administratrice de la coopérative textile Amargê, de la ville de Kobanê. Les gens de l’extérieur avaient entendu parler de la révolution du Rojava en 2014, lorsque le groupe terroriste Daech avait tenté de prendre le contrôle de Kobanê. Une bataille épique s’en était suivie. Quoiqu’en sous-nombre et sans l’armement lourd dont leurs opposants disposaient, la résistance tenace des combattants kurdes du YPG et du YPJ parvint à défendre Kobanê ; elle fut libérée le 26 janvier 2015. De nombreux efforts avaient été entrepris dans le nord kurde afin d’implanter des réseaux d’assemblées populaires, avant même les Printemps arabes, les soulèvements de 2011 contre Assad et la révolution du Rojava en 2012 (qui attira la fureur de Daech). La coopérative Amargê en est un bon exemple : créée il y a six ans, elle a toujours eu pour objectif de fournir aux femmes de Kobanê des opportunités économiques. Actuellement, dix-sept d’entre elles y travaillent.

Les réseaux d’assemblées populaires et de coopératives que le peuple du Rojava a mis en place se basent sur le modèle radical du Confédéralisme Démocratique, fondé par le leader kurde Abdullah Öcalan — en prison depuis 1999 et condamné à perpétuité en 2002 —, inspiré, bien avant 2011, par les travaux de l’écologiste américain Murray Bookchin. L’idéologie du Confédéralisme démocratique d’Öcalan comporte trois piliers : une société autonome et démocratique, une écologie durable et l’égalité de genre. Le modèle économique du Rojava s’inscrit dans ce cadre pour mettre en œuvre une économie alternative basée sur un modèle social communautaire. Les coopératives participent d’un réseau autonome d’assemblées populaires dont l’objectif est la liberté pour tous. Ce sont des entreprises autonomes et démocratiques, fondées à l’échelon local, qui visent à répondre aux besoins économiques de la communauté tout en lui proposant des alternatives accessibles. Par exemple, les coopératives de femmes s’efforcent de fabriquer des produits qui soient saisonniers, artisanaux et locaux, souvent vendus sur le marché à des prix plus bas — augmentant dès lors la demande.

Les coopératives sont aussi un lieu d’exercice de pratique démocratique, avec comme principe fondamental « Un membre, une voix » : les profits sont répartis à égalité entre tous les membres, contrairement au système de marché capitaliste, fondé sur la logique de l’investissement (le profit y est proportionnel en fonction des parts détenues dans une affaire). Des milliers de coopératives fonctionnent dans plus de cent pays dans le monde — dont le Royaume-Uni, l’Espagne, le Canada, les États-Unis ou encore l’Inde —, mais, au Rojava, nous en avons une conception quelque peu différente. L’importance du système coopératif tient aux efforts de démocratisation de tous les secteurs de la société, économie comprise. Ainsi, la mise à disposition de moyens et la recherche de nouvelles pistes permettant aux groupes traditionnellement marginalisés — comme les femmes — de participer activement à l’économie locale sont un aspect essentiel de ce modèle démocratique radical. Plus encore, il contribue à installer, à échelle populaire, des pratiques effectives de démocratie, tout en décentralisant et en amoindrissant le pouvoir de contrôle du marché par l’État. Les coopératives permettent à la communauté de produire des biens d’origine locale et d’y créer des emplois, offrant ainsi la possibilité aux travailleurs non-qualifiés d’acquérir des compétences.

Avec la guerre, ses répercussions sur l’économie de la région du Rojava et l’embargo en cours imposé par la Turquie, ce système répond à un problème récurrent rencontré par cette communauté. Les cantons de la Fédération démocratique du Rojava et le nord de la Syrie ont une économie basée sur l’agriculture et l’élevage : les coopératives constituent une forme d’organisation et de développement économique à part entière, contestant les fondements mêmes de la société capitaliste et patriarcale. Au Rojava, les coopératives de femmes sont créées et encadrées par l’organisation fédératrice féminine Kongreya Star (« Congrès Étoile »), qui supervise l’ensemble. Le mouvement des femmes remonte à 2005, alors que la région était encore sous l’autorité du régime de Bachar el-Assad, mais il s’avérait déjà bien organisé lorsque la révolution du Rojava éclata le 19 juillet 2012. Les femmes du Rojava avaient développé une certaine expérience en matière d’auto-organisation ; depuis, elles jouent un rôle prépondérant dans l’organisation de la société : elles dirigent des programmes idéologiques, des conseils, des communes et des coopératives dans les secteurs de l’éducation, de l’économie, de l’autodéfense, des affaires sociales, de la justice, de l’écologie, de l’art… Chaque canton a son quartier général, chaque ville du canton a son propre bureau et son équipe de Kongreya Star — avec l’aide du Conseil économique des femmes, ces équipes soutiennent la création et le fonctionnement des coopératives.

D’après Midya Qamishlou, ingénieure agronome et représentante du Conseil économique des femmes de Qamishlou, il existe une dizaine de coopératives de femmes — dans le textile, la restauration, l’industrie agricole et laitière — dans cette seule ville. Midya note que « les femmes peuvent gagner de 30 000 à 45 000 livres syriennes par mois [soit 75 à 85 euros, ndlr] ». Elle affirme aussi que ces coopératives « permettent aux femmes de prendre confiance en elles et de soutenir leur famille en cette crise économique. Mais le plus important, c’est le rôle qu’elles jouent dans l’effort collectif pour une vie libre pour tous, et en particulier pour les femmes. Elles participent au défi lancé contre la structure patriarcale de la société, en s’assurant de l’instauration d’une égalité. Lorsque les femmes reprennent leur rôle traditionnel de contributrices principales de l’économie, les hommes ne peuvent qu’en prendre conscience et revoir leur perception du rôle des femmes dans la société ». L’une des plus connues, la coopérative Warshin, travaille dans le textile ; Shieler, dans les produits laitiers ; Dastar est un conglomérat de plusieurs petites coopératives de conserves ; Adar est une coopérative boulangère. Selon Midya, un nouveau genre de coopératives voit le jour depuis peu, qui s’éloigne des premiers modes d’organisation : les marchés de femmes, organisés en étals tenus et dirigés par elles, vendant leurs propres produits de fabrication artisanale. L’objectif est d’étendre ces marchés dans toutes les villes du canton de Cezire1. Aujourd’hui, le marché des femmes de Derik est sur le point d’ouvrir ; à Qamishlou et Amude, on en élabore les plans et le futur emplacement.

La communauté s’éloigne ainsi des pratiques capitalistes traditionnelles, encourage les travailleurs à s’émanciper de la figure traditionnelle de l’employeur (et de l’exploitation qui en découle sur le plan des salaires et des conditions de travail), bâtit un endroit où il est possible de s’organiser et développer une conscience idéologique propre. La guerre actuelle contre Daech, les combats constants contre le gouvernement Assad, les bombardements menés par les États-Unis, la Russie et le régime en place, la récente invasion de la Syrie par la Turquie et l’annexion de Jerablus avec le concours de l’Armée syrienne libre — qui compte différents groupes terroristes islamiques — ont conduit à la destruction de centaines de villages, de fermes et de foyers, ont contraint des milliers de personnes à se déplacer. Le taux de chômage s’est mis à augmenter dans la région. Parallèlement, chaque canton a accueilli des milliers de réfugiés de Manbij, Raqqa et Bab, soumettant l’économie locale à une forte pression. Le choix de subvenir aux besoins d’une communauté victime d’un embargo, à qui les pays voisins ont fermé leurs frontières et qui empêchent jusqu’aux convois humanitaires de traverser la zone, a confirmé que ce nouveau modèle est une politique indispensable à la survie et à l’autodéfense de la communauté.

La Société coopérative Kasrek — l’une des plus grandes, située dans la région de Dirbesiye — s’articule autour de plusieurs projets, portant principalement sur la production agricole et l’élevage. Elle regroupe 4 000 personnes : chaque membre a participé au projet à hauteur d’environ 100 dollars en achetant des « parts ». Le gouvernement lui a attribué près de 15 000 hectares de terres où des légumineuses (pois, pois chiches, lentilles), du blé et du cumin ont commencé à être plantés. Dix hectares sont dédiés aux légumes, notamment à des serres pour la culture de tomates, de persil, de concombres, d’ail, d’oignons, de radis, de laitues, d’épinards ou de carottes. Le projet prévoit également des terres destinées au bétail et à des arbres fruitiers, dont des oliviers. Un troupeau de moutons de 1 000 têtes a déjà été acheté — l’objectif étant d’augmenter le cheptel afin de créer à terme une industrie laitière. Pour assurer la pérennité de ce projet, la coopérative a fait l’achat d’engins agricoles et ouvert une clinique vétérinaire. La coopérative Hevgirtin, dans la ville de Tirbispiye, s’avance à grande échelle et regroupe différentes activités : née il y a six mois, elle possède plusieurs antennes dans le canton de Cezire. Son objectif est de fournir à la communauté des vivres à meilleur prix ainsi que d’autres produits de base. Dans la ville d’Hesekê, la première coopérative de femmes a vu le jour en juin 2016, avec le projet de produire du muhammara, une sauce à base de piment rouge. Les coopératives travaillent souvent ensemble ; les produits d’Hesekê sont par exemple vendus dans les coopératives Hevgirtin. La coopérative Amûde assure, quant à elle, la subsistance de plus de 2 000 familles.

Si le modèle coopératif permet de subvenir aux besoins des communautés, l’objectif à long terme des dirigeants de la région est plus complexe. À l’époque du régime de Bachar el-Assad, le gouvernement syrien — à l’instar du Kurdistan Nord en Turquie aujourd’hui — a sciemment appliqué une politique de sous-développement, notamment dans le domaine des infrastructures, de l’éducation et de la santé, créant des dilemmes économiques encore présents. Toutes les grandes industries, les usines et les principaux producteurs étaient établis à l’extérieur du Rojava, essentiellement dans les zones à forte concentration arabe. Le Rojava est donc confronté à un défi continu : le développement de sa capacité économique à long terme. Au vu de l’instabilité actuelle en Syrie et du risque que le conflit se prolonge, conserver son indépendance vis-à-vis du gouvernement et avoir la garantie d’une situation socio-économique opérationnelle s’avère essentiel à la pérennité du Rojava. L’objectif principal est, à l’avenir, d’encourager l’industrialisation sans toutefois ouvrir le marché national aux marchés occidentaux comme il se fait habituellement. Un autre objectif essentiel est de faire en sorte que la région du Rojava ne devienne pas tributaire de ressources extérieures — comme c’est le cas du Kurdistan du Sud, au nord de l’Irak, dont l’économie repose désormais totalement sur le pétrole et donc sur les investisseurs et les marchés étrangers. L’embargo dont le Rojava fait en ce moment l’objet, ainsi que la fermeture des frontières, interdisent l’importation de pétrole, de coton, de blé ou d’autres ressources naturelles produites dans la région. Pour la même raison, il ne dépend pas non plus d’une aide extérieure ; de nombreuses ONG et organisations, qui propagent traditionnellement l’idéologie néolibérale du capitalisme, n’ont pas pu passer la frontière et contaminer la région : la fermeture des frontières du Rojava avec la Turquie et le Kurdistan irakien est peut-être un mal pour un bien… Le Kongreya Star et le Conseil économique continuent pendant ce temps de créer toujours plus de coopératives afin de protéger la société et de résister au capitalisme.

Toutes les photographies de l’article sont de Hawzhin Azeez.

Texte traduit de l’anglais par Cihan Gunes et Maude Morrison, pour Ballast.

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Le Rojava autonome kurde

Le Confédéralisme Démocratique (Abdullah Öcalan)

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Situation au Rojava syrien: La Turquie et son « opération bouclier de l’Euphrate »… Répression dans le sang du confédéralisme démocratique kurde

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A lire notre dossier sur le Rojava

Texte fondateur d’Abdullah Ocälan: « Le Confédéralisme Démocratique » (2011), traduction Résistance 71

 

Ni État, ni nation, fédéralisme et révolution

 

Groupe Anarchiste C. Cafiero, FAI, Italie

 

Septembre 2016

 

url de l’article original:

http://www.monde-libertaire.fr/?article=Ni_Etat_ni_nation_Federalisme_et_revolution

 

Le 24 septembre dernier des milliers de personnes ont manifesté à Rome en solidarité avec le peuple kurde. Des femmes et des hommes de tous âges, dès les premières heures de la matinée, sont arrivé.e.s de toute l’Italie, du nord au sud et des îles, pour se concentrer sur la place de Porta Pia.

La communauté kurde a ouvert la procession, suivie des mouvements de solidarité venant de différentes régions, des comités de femmes, des associations, les « No TAV » (opposant.e.s à la ligne de train à grande vitesse dans le Val de Suze) et les « No MUOS » (opposant.e.s à la construction d’une base de surveillance militaire satellitaire en Sicile), les centres sociaux, les anarchistes, l’USI-AIT, les syndicats de base, la société civile, tou.te.s ensemble à l’appui de la résistance kurde et aux personnes vivant dans ces territoires. Beaucoup de libertaires, anarchistes fédéré.e.s ou non, ont répondu à l’appel lancé dans les jours précédant par le Groupe Anarchiste C.Cafiero, FAI Rome, et par la Fédération Anarchiste italienne et ont défilé sous la banderole rouge et noire « Pas d’État, pas de Nation, Fédéralisme, Révolution ».

Les drapeaux noirs et rouges de l’IFA et de l’USI-AIT ont accompagné la banderole pendant que la manifestation défilait dans les rues de la ville. Près de l’ambassade de Turquie, des cris de protestation se sont élevés contre le fasciste Erdogan, et les chants de la résistance kurde ont été diffusés par le camion qui a ouvert le défilé. Dans les jours précédant la manifestation il y avait eu à Rome des réunions, des distributions de tracts, des appels avec des mégaphones devant l’office du tourisme de l’ambassade de Turquie, une balade à vélo, des bannières de solidarité sur le pont Garibaldi et des adresses de solidarité envers le peuple kurde ont rempli les murs de la ville.

La manifestation a eu lieu exactement un mois après l’entrée de l’armée turque dans Jarablus (ville en territoire kurdo-syrien). Jarablus est une ville proche de la frontière turco-syrienne et de Kobane, ville libérée en janvier 2015, après 137 jours de siège par l’État islamique.

La ville de Kobane a été libérée par la résistance kurde, partisan et partisanes de l’Unité d’auto-défense du peuple (YPG) et les unités d’auto-défense des femmes (YPJ).

Le 24 août dernier, l’État turc a envahi Jarablus, évidemment d’une manière concertée, puisque à l’arrivée de l’armée turque, l’État islamique venait de quitter la ville.

Une invasion par l’armée turque planifiée donc par l’État turc et l’État islamique dans le but d’écraser dans le sang la révolution à Rojava (Kurdistan syrien). L’État turc a commencé « l’opération Bouclier de l’Euphrate » pour mettre en œuvre la solution finale et l’anéantissement du peuple kurde.

Le projet du génocide des Kurdes et de tous les peuples vivant dans la région du Kurdistan est venu après un an d’effusion de sang et à la guerre, des milliers de civils tués, des centaines de villages, de villes détruites et des exécutions sommaires, des milliers d’évacuations forcées.

Dans les régions de la Turquie à majorité kurde (Bakur), c’est maintenant une guerre ouverte contre la population civile.

Après le coup d’État manqué en Turquie en juillet, Erdogan a renforcé sa dictature et a accru la terreur parmi la population non seulement kurde. La liberté de la presse a été éliminée dans tout le pays. Des journalistes et des avocat.e.s ont été arrêté.e.s.

Des dizaines de milliers d’employé.e.s publics, d’enseignant.e.s, d’universitaires, des objecteurs au service militaire ont été licencié.e.s.

La répression contre des groupes actifs dans les luttes et les mouvements sociaux a augmenté sous le couvert de l’état d’urgence. Les anarchistes, les socialistes, les groupes démocratiques kurdes ont été frappés par les mesures liberticides du gouvernement turc. Même les anarchistes de la DAF (Mouvement anarchiste révolutionnaire) ont été touché.e.s par les mesures répressives et leur journal Meydan a été fermé.

Le projet d’Erdogan de créer une « zone tampon » le long de la frontière turco-syrienne, va de l’avant et c’est le lieu où l’État turc a fait et continue de faire passer l’approvisionnement à l’État islamique.

Le 13 août, la ville de Mambij a été libérée par les Forces démocratiques syriennes (FDS) du contrôle de l’État islamique.

Une étape importante pour la révolution au Rojava (Kurdistan syrien). Ce progrès des Kurdes dans la résistance et dans la défaite de l’État islamique n’a pas été apprécié par le régime turc d’Erdogan et le régime syrien d’Assad.

Avec la révolution à Rojava (Kurdistan syrien) de juillet 2012, le mouvement de libération kurde a créé un système autogestionnaire de conseils dans les quartiers, dans les villages fondé sur le communalisme, l’auto-organisation fédéraliste fondée sur l’écologie, sur l’égalité dans la diversité des peuples, des cultures et des genres.

Le progrès de l’auto-détermination des Kurdes est une menace pour le capitalisme, l’État, le patriarcat, pour les puissances impérialistes et les trafiquants d’armes qui profitent de la guerre.

Sous prétexte d’aider les réfugié.e.s, créé.e.s par une guerre dans laquelle l’État turc est impliqué, l’UE lui a alloué directement 6 milliards d’euros auxquels elle a ajouté, au cours des derniers jours, 348 millions d’euros.

Au Rojava, à Bakur, comme en Italie et dans le reste du monde, la révolution dans une perspective libertaire est le patrimoine de tou.te.s les anarchistes internationalistes.

Changement de paradigme: La révolution anarchiste kurde en Turquie et au Rojava syrien…

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« Cette société sera composée d’une multitude d’associations, unies entre elles pour tout ce qui réclame un effort commun : fé- dérations de producteurs pour tous les genres de production, agri- cole, industrielle, intellectuelle, artistique, communes pour la consommation, se chargeant de pourvoir à tout ce qui concerne le logement, l’éclairage, le chauffage, l’alimentation, les institutions sanitaires, etc. ; fédérations des communes entre elles, et fédéra- tions des communes avec les groupes de production ; enfin, des groupes plus étendus encore, englobant tout un pays ou même plusieurs pays, et composés de personnes qui travailleront en commun à la satisfaction de ces besoins économiques, intellec- tuels et artistiques, qui ne sont pas limités à un territoire détermi- né. »
~ Pierre Kropotkine ~

“Ces dernières décennies, le peuple kurde a non seulement lutté pour la reconnaissance de son existence par les puissances politiques dominantes, mais aussi pour la libération de sa société de la poigne féodale. Ainsi, cela n’a aucun sens de remplacer les vieilles chaînes par de nouvelles ni même de renforcer la répression. Sans opposition contre la modernité capitaliste il n’y aura aucune place pour la libération des peuples. Voilà pourquoi la création d’un état-nation kurde n’est pas une option pour moi ou le PKK.

L’appel à un état-nation kurde séparé résulte des intérêts de la classe dirigeante ou des intérêts de la bourgeoisie, mais ne reflète en rien les intérêts du peuple car un autre état ne serait que la création d’une injustice supplémentaire et viendrait handicaper plus avant le droit à la liberté.
La solution pour la question kurde de ce fait, a besoin d’être trouvée dans une approche qui va affaiblir la modernité capitaliste ou la repousser. Il y a des raisons historiques, sociales et conjoncturelles, comme le fait que la nation kurde est éclatée dans quatre pays différents (NdT: la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran), ce qui rend absolument indispensable une solution démocratique embrassant tout le peuple. De plus il est notoire que le Moyen-Orient fait l’objet d’un grand déficit en démocratie. De fait un projet démocratique kurde fera avancer la démocratisation du Moyen-Orient de manière générale.
Appelons ce projet démocratique le confédéralisme démocratique.”
~ Abdullah Ocalan, 2011 ~

A lire: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique

 

Le Kurdistan comme société anarchiste

Logan Glitterbomb

30 Avril 2016

url de l’article original:

https://c4ss.org/content/44788

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Lorsqu’on regarde l’histoire pour des exemples d’établissement de sociétés anarchistes, nous pensons souvent aux anarchistes espagnols de Catalogne de 1936, ou aux efforts de l’armée zapatiste au Mexique. Ceci est un exemple de groupes utilisant des tactiques de conflits révolutionnaires armés contre l’État et le capitalisme dans une tentative d’établir une société autonome sans État ici et maintenant. Tandis que la Catalogne (et l’Espagne) anarchiste fut éventuellement écrasée par des forces extérieures, les Zapatistes du Mexique continuent leur lutte, tout en utilisant des méthodes différentes qu’auparavant.

Note de Résistance 71: Il faut ici constater une chose: il ne suffit pas de comprendre et d’analyser seulement des mouvements anarchistes “modernes”, mais aussi d’analyser ce que l’anthropologie politique a appelé les “sociétés primitives” ou sociétés originelles, qui au-delà du temps et des continents, des sociétés amérindiennes, aux sociétés aborigènes d’Australie, en passant par les sociétés celtiques européennes et traditionnelles africaines, et pour finir avec les sociétés de Zomia en Asie du Sud-Est (couvrant les hauts plateaux du Laos, de la Thaïlande, de la Birmanie et quelques provinces chinoises) étaient et sont toutes non seulement des sociétés sans État, mais comme l’a si bien analysé l’anthropologue Pierre Clastres, des sociétés contre l’État qu’elles refusent, tout comme Marcel Mauss en 1925 avait déterminé que ces sociétés étaient aussi contre l’économie et fonctionnaient essentiellement sur le principe ritualisé du don et de la destruction de la richesse accumulée ou perçue comme telle.
Ce qu’il est donc essentiel de comprendre est que ce que nous appelons “anarchie”, mode de fonctionnement de la société sans autorité et sans pouvoir centralisé, n’est non seulement pas nouveau, mais a été le mode de fonctionnement des sociétés humaines pendant des millénaires, avant l’apparition du cancer politico-social qu’est l’État. Nos ancêtres ne l’appelaient simplement pas “anarchie” voilà tout.

Et puis il y a le Partiya Karkerên Kurdistanê (Le Parti des Travailleurs du Kurdistan mieux connu sous son sigle de PKK). Anciennement un parti politique marxiste-léniniste qui s’est battu pour établir un état kurde indépendant appelé le Kurdistan, ce parti sous le leadership d’Abdullah Ocalan, a changé de plateforme politique et de stratégie. Depuis qu’Ocalan est emprisonné en Turquie, il a correspondu avec l’anarchiste américain Murray Bookchin et fut profondément influencé par sa philosophie du municipalisme libertaire. Il a appelé le PKK à adopter la plateforme du Confédéralisme Démocratique et a abandonné sa revendication pour la création d’un état kurde, se faisant en lieu et place l’avocat d’une société sans État.

Le Confédéralisme Démocratique est une structure politique consistant en une confédération de communautés autonomes et indépendantes travaillant ensemble de manière donc confédérée sur la base de la démocratie participatrice directe au niveau local, mettant en place une écologie sociale et un féminisme anarchiste. D’après Ocalan: “le confédéralisme démocratique est ouvert vers d’autres groupes et factions politiques. Il est flexible, multi-culturel, anti-monopole et orienté sur la décision consensuelle.” Ces communautés autonomes sont construites sur les valeurs communalistes et les ressources qui sont partagées entre tous, rendant ainsi l’impôt et la redistribution forcée des ressources, biens et richesses inutiles et obsolètes.

Ils se concentrent sur la création de leur propre système, ignorant totalement l’État dans leur processus de prise de décisions. Ils ne voient aucune nécessité révolutionnaire ni aucune viabilité dans un renversement armé de l’État mais se font au lieu de cela les avocats d’une évacuation pacifique et d’une dissolution graduelle de l’État alors que les communautés locales construisent leur propre système politique pour le remplacer. Néanmoins, ils reconnaissant que l’État et d’autres groupes vont riposter au moyen de la violence et que l’auto-défense est une nécessité. C’est pourquoi les communautés maintiennent un certain nombre de milices populaires décentralisées telles les Yekîneyên Parastina Gel‎ (Les Unités de Protection Populaires, plus connues sous leur sigle d’YPG) et les Yekîneyên Parastina Jin (Unités de Protection Féminines ou YPJ qui terrorisent les terroristes de l’EIIL dans le nord de la Syrie…). Ces efforts sont financés par les communautés au moyen d’évènements culturels, de concerts, de fêtes, de levées de fonds et de commerces indépendants, rendant ce modèle un véritable modèle d’agorisme fonctionnel.

Le modèle de milices YPG/YPJ a remporté énormément de succès jusqu’ici, brisant les lignes de l’EI/Daesh pour sauver des milliers de personnes du peuple Yazidi, un peuple souvent haï et condamné comme des “adorateurs de satan” par l’essentiel de la communauté musulmane, lorsqu’ils furent encerclés sur le Mont Sinjar dans le nord de l’Irak. Egalement, malgré de nombreuses pertes, ces milices populaires défendirent avec succès la ville de Kobané au Rojava syrien lorsque l’EIIL lança un assaut total sur la ville utilisant des chars, des missiles et même des drones. (NdT: d’où vient cet équipement sophistiqué aux mains de l‘EI ? Des Américains via la Turquie, avec une instruction et logistique franco-saudo-israélo-américano-britannique…)

Cette philosophie et ces actions de groupes ont déjà inspiré d’autres à travers le monde pour aider dans la lutte et des socialistes, communalistes, anarchistes, libertaires sont en train de converger vers la zone pour aider le combat du PKK. Les milices populaires YPG et YPJ sont en ce moment en train de se battre pour sécuriser et maintenir une confédération démocratique autonome kurde contre le gouvernement turc et l’EIIL et espèrent pouvoir répandre la philosophie appliquée bien au-delà d’un Kurdistan indépendant sans État. Le PKK a l’espoir que des révolutions de travailleurs unis en confédérations démocratiques se répandront à travers le monde de la même façon que la révolution marxiste-léniniste (NdT: fausse “révolution” renforçant les pouvoirs autoritaires étatiques et de marché. Lénine, comme Marx n’a jamais remis en cause le système de “marché”, il n’a fait qu’instaurer un capitalisme d’État totalitaire et super centralisé, alors même que le premier soviet créé à St Petersbourg en 1905, le fut sur un mode anarchiste. Le “pouvoir aux soviets” que Lénine a trahi dès 1918, était le pouvoir aux conseils ouvriers appelant au confédéralisme… Ocalan s’en est rendu compte et a changé de cap pour embrasser la seule voie populaire et égalitaire possible: la confédération des communes libres qu’il a appelé le Confédéralisme Démocratique) le fit dans le passé. Mais cette fois-ci, ils pensent y parvenir par des moyens bien plus anarchistes. Ce qui se déroule devant nos yeux est une REVOLUTION ANARCHISTE.

Note de Résistance 71: Cet excellent texte nous fait si chaud au cœur. Nous avons tenté d’informer au mieux depuis quelques années maintenant sur la révolution anarchiste en cours au Rojava syrien et dans une partie de la Turquie, mais il faut aussi comprendre certaines choses afin de ne pas se réjouir trop vite.

Le peuple kurde est disséminé un peu de la même façon que le sont les Iroquois en Amérique du Nord. Les Kurdes, qui ont habités cette région du monde depuis des temps immémoriaux, à l’instar des Iroquois, se retrouvent séparés et “parqués” dans les frontières de “nations” dont ils n’ont que faire et dont ils ne sont en rien responsables de leur création, à savoir: la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. De ce fait il n’y a pas d’unité kurde, pire même, il y a antagonisme là où il ne devrait pas y en avoir, résultat de la classique stratégie du “diviser pour mieux régner” mise en place par toutes les nations envahisseuses et occupant les sols.

Ainsi, les Kurdes d’Irak sont-ils payés par les Américains et contrôlent la région pétrolière du nord de l’Irak de manière mafieuse. Le mouvement anarchiste du PKK n’a d’influence pour l’heure qu’en Turquie et dans la région nord de la Syrie appelée le Rojava. A l’heure où nous écrivons ces lignes, il y a un plan mis en place d’infiltration et de division des forces kurdes de cette région. Il y a déjà des infiltrés et des traîtres à la cause qui travaillent au grand jour pour que le Confédéralisme Démocratique ne puisse pas continuer. Il est dans l’intérêt des états tels que la Turquie bien sûr, mais aussi la Syrie, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne pour qu’une telle expérience ne soit jamais un succès. Rappelons-nous de l’Espagne de 1936, la révolution sociale espagnole a été écrasée dans un bain de sang pour préserver avant tout les intérêts des états, ainsi les anarchistes espagnols ont dû lutter non seulement contre les fascistes de Franco aidés par l’Allemagnae nazie et l’Italie fasciste, mais aussi dès 1937 contre les infiltrations du NKVD soviétique dont le pouvoir stalinien voulait éliminer anarchistes et marxistes anti-staliniens représentés en Espagne par les POUM, le tout dans la feinte ignorance de “démocraties” comme la France et le Royaume-Uni, la France fermant ses frontières et parquant les réfugiés espagnols dans des camps en 1939 et durant la première partie de la guerre.

Le Confédéralisme Démocratique kurde est menacé de subir le même sort ! Défendons-le déjà en le faisant plus connaître.

Ce qui se passe au Rojava et en Turquie avec le PKK est d’une IMPORTANCE CAPITALE pour la suite des évènements. Soutenir le PKK et Ocalan aujourd’hui dont la représentante officielle est Asya Abdullah, dont le but n’est pas (plus) de créer un état kurde, mais un confédéralisme démocratique autonome et anti-étatique, ce que quelqu’un comme Thierry Meyssan par exemple, refuse malheureusement de rapporter, puisque pédalant pour les forces étatiques…

A lire sur le sujet pour en savoir plus des turpitudes politiques de l’occident contre les Kurdes, même s’il est important de lire ce que nous avons écrit ci-dessus pour pouvoir aussi désamorcer l’analyse propagandiste conservatrice de Thierry Meyssan sur le sujet:

http://www.voltairenet.org/article192023.html

Le Kurdistan confédéré démocratique: Ce que la Turquie bras armé de l’occident essaie de détruire… la révolution sociale… 2ème partie

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état, Uncategorized with tags , , , , , , , , , , , , , , on 2 avril 2016 by Résistance 71

A lire en complément pour mieux comprendre cet article: « Le Confédéralisme Démocratique », manifeste d’Abdullah Öcalan, 2011.

— Résistance 71 —

 

Oui le peuple peut changer quelque chose…

L’expérience kurde du Rojava syrien

 

Zaher Baher

 

28 Octobre 2014

 

url de l’article en français:

http://www.alternativelibertaire.org/?Dossier-Kurdistan-Oui-le-peuple

 

Un reportage de Zaher Baher, du Kurdish Anarchists Forum et du Haringey Solidarity Group (Londres), juillet 2014.

Traduit par Alain KMS, avec Alternative libertaire.

1ère partie
2ème partie

 

L’opposition kurde et chrétienne

Comme je l’ai dit, il y a plus de 20 partis politiques kurdes dans le Rojava. Quelques-uns se sont ralliés à l’auto-administration, mais 16 autres non. Tandis que certains se retiraient de la scène, 12 autres s’unissaient au sein d’une coalition nommée Assemblée patriotique du Kurdistan en Syrie, plus ou moins pro-Barzani, c’est-à-dire dans l’orbite du Parti démocrate kurde (PDK) et du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) en Irak.

Dans les années 1990, le sang a coulé entre le PKK et le PDK. De violents affrontements ont opposé les deux partis au Kurdistan irakien, faisant des milliers de morts. La plaie est encore à vif. Il faut avoir à l’esprit que le gouvernement turc soutenait le PDK dans sa lutte contre le PKK, aux confins de l’Irak et de la Turquie.

Le clan Barzani fait surtout grief à Abdullah Öcalan de se poser comme le leader national de tous les Kurdes.

L’auto-administration démocratique (DSA) mise en place au Kurdistan syrien sous l’égide du PYD et du PKK ne pouvait donc que déplaire à la Turquie et au GRK, son allié.

Tout ceci pour expliquer pourquoi le GRK s’oppose au Tev-Dem et à la DSA au Kurdistan syrien. Le PDK se préoccupe beaucoup de ce qui se passe dans le Rojava et, quoiqu’il advienne, cherche à tirer les marrons du feu. Il fournit donc une aide financière et des armes à certains partis locaux, dans l’idée de déstabiliser la région.

Notre rencontre avec les partis d’opposition a duré plus de deux heures, et la majorité d’entre eux étaient là. Nous leur avons demandé quels étaient leurs rapports avec le PYD, la DSA et le Tev-Dem. Sont-ils libres ? Ont-ils eu des militants persécutés ou arrêtés par les YPG-YPJ ? Disposent-ils de la liberté de s’organiser, de manifester ? Et d’autres questions de la sorte. A chaque fois, leur réponse a été : pas d’arrestation, pas de restriction à la liberté de manifester. Mais pas question pour eux de participer à la DSA.

Ils ont trois contentieux avec le PYD et la DSA.

Selon eux le PYD et le Tev-Dem ont trahi le peuple kurde, parce qu’ils ont laissé la moitié de Hesîçe (Hassaké) et une partie de Qamişlo (Kameshli) aux mains du régime de Damas, même si ses forces y sont limitées. Pour eux, cela revient à une compromission avec Bachar el-Assad.

Nous avons suggéré que cette politique “ni paix ni guerre” visait à stabiliser une situation qui a bénéficié à tout le monde dans la région, y compris aux partis d’opposition. Nous leur avons également dit, et ils devaient le savoir mieux que nous, que le PYD pourrait aisément chasser les soldats d’Assad de ces deux villes, au prix de quelques morts, mais la question est : qu’est-ce qui se passe après ?!

Assad ne veut pas renoncer à Hesîçe et, par conséquent, la guerre recommencerait avec son cortège de crimes, de persécutions, de bombardements, de villes et de villages détruits. Cela faciliterait par ailleurs une attaque de Daech ou d’Al Nosra. Cela provoquerait peut-être un affrontement général entre les troupes d’Assad, l’ASL et les organisations terroristes au sein du Rojava, détruisant tout ce qui a été accompli jusqu’ici. Ils n’ont pas répondu à cet argument.

L’opposition ne veut pas participer à la DSA, ni à la prochaine élection, qui aura lieu dans quelques mois si tout va bien. Primo, ils continuent d’accuser le PYD de collaborer avec le régime Assad, sans en apporter la preuve. Secundo, ils estiment que les élections ne seront pas libres puisque le PYD n’est pas un parti démocratique, mais bureaucratique. Pourtant, nous savons qu’il y a à peu près autant de militants du PYD que d’autres partis au sein de la DSA. Nous leur avons dit que s’ils croient dans le processus électoral, ils devraient y participer, pour une DSA plus démocratique et moins bureaucratique. Ils ont accusé le PYD de s’être retiré de la Conférence nationale kurde, impulsée par le GRK en août 2013 à Erbil.

Interrogés par la suite, les militants du PYD et du Tev-Dem ont protesté qu’ils avaient la preuve écrite qu’ils s’étaient engagés dans ce pacte, contrairement à l’opposition.

L’opposition veut mettre sur pieds ses propres milices, mais n’y est pas autorisée par le PYD. Interrogés, le PYD et le Tev-Dem ont confirmé : l’opposition peut avoir ses propres combattants, à la conditon qu’ils soient sous le commandement des YPG-YPJ. Pour eux, la situation est sensible et très tendue. Ils redoutent des heurts armés entre factions, et veulent pas laisser cela advenir. Le PYD dit qu’il ne veut pas reproduire les erreurs commises au Kurdistan irakien où, durant toute la seconde moitié du XXe siècle, des organisations kurdes rivales se sont livrées des combats sanglants.

A la fin, ils nous ont demandé de retourner voir les partis d’opposition pour leur proposer, au nom du PYD et du Tev-Dem, tout ce qu’ils voulaient à l’exception de la liberté de créer leurs propres milices.

Quelques jours plus tard, à Qamişlo, nous avons rencontré, pendant près de trois heures, les leaders de trois partis kurdes : la branche syrienne du PDK (Partiya Demokrat a Kurdistanê li Sûriyê), le Parti du Kurdistan pour la démocratie et l’égalité en Syrie (Partiya Wekhevî ya Demokrat a Kurdî li Sûriyê) et le Parti de la démocratie patriotique kurde en Syrie. Ils ont plus ou moins répété leurs griefs contre la DSA et le Tev-Dem. Nous avons longtemps essayé de les convaincre que s’ils voulaient résoudre la question kurde, il fallait il soient indépendant du GRK et du PDK, et travaillent dans le seul intérêt de la population du Rojava. La plupart du temps, ils sont restés silencieux, sans répondre à nos arguments.

Quelques jours après, nous avons également rencontré les représentants de deux partis chrétiens et l’organisation de jeunesse chrétienne de Qamişlo, qui se participaient pas à la DSA ni au Tev-Dem, mais reconnaissaient qu’ils n’avaient rien contre et approuvaient leur politique. Ils reconnaissaient aussi le mérite des YPG-YPJ qui ont protégé la région contre l’armée syrienne et les groupes terroristes.

Malgré tout, les jeunes militants de Qamişlo n’étaient pas contents de la DSA et du Tev-Dem. Ils se plaignaient du manque d’électricité et de possibilité pour la jeunesse de s’impliquer. Ils cherchent donc une alternative à la DSA et au Tev-Dem car si la situation perdure, disent-ils, il n’y aura d’autre choix que l’émigration vers l’Europe.

Un responsable d’un parti présent à la réunion leur a répondu : « Que dis-tu, fils ? Nous sommes en pleine guerre. Ne voyez-vous pas combien de femmes, d’hommes, de personnes âgées et d’enfants sont tués tous les jours ?!! C’est un sujet grave. Dans cette situation, être au pouvoir n’a pas une grande importance ; nous pouvons utiliser d’autres moyens. Ce qui est important en ce moment c’est : être chez soi sans crainte d’être tué, pouvoir laisser nos enfants jouer dans la rue sans qu’ils soient enlevés ou tués. Nous sommes libres de nos activités, comme d’habitude, personne ne nous en empêche, nous ne sommes ni agressés ni insultés. Nous avons la paix, la liberté et la justice sociale… » Les membres des autres partis approuvèrent.

Avant de quitter la région, nous avons parlé avec des commerçants, des hommes d’affaires et des gens sur le marché. Tout le monde avait une opinion plutôt positive sur la DSA et le Tev-Dem. Ils étaient satisfaient de la paix, de la sécurité et de la liberté et pouvaient gérer leurs activités sans subir l’ingérence d’un parti ou d’un groupe.

La tranchée de la honte

En 2013, avec l’aide du gouvernement irakien, le Gouvernement régional kurde (GRK) a creusé une tranchée de deux mètres de profondeur et de deux mètres de large, sur environ 35 kilomètres de long, le long de la frontière avec le Kurdistan syrien. Les 12 premiers kilomètres ont été réalisés par le GRK, les 18 derniers par Bagdad. Sur la portion restante, le fleuve Tigre constitue un obstacle naturel.

Le KRG et le gouvernement irakien prétendent que la tranchée était une mesure de protection nécessaire à la paix et à la sécurité en Irak, y compris au Kurdistan. Ici, les gens se posent beaucoup de questions sur cette « protection ». Contre qui ? Contre quoi ? Daech ? Mais Daech ne peut pénétrer dans cette partie de la Syrie, gardée par les YPG-YPJ.

La majorité des Kurdes voient en réalité deux raisons à cette tranchée. D’une part, empêcher des réfugiés syriens, mais aussi le PKK et le PYD, d’entrer au Kurdistan irakien ; d’autre part, accroître l’efficacité des sanctions économiques prises contre le Kurdistan syrien pour l’obliger à accepter les conditions du GRK. Toutefois, je pense que les Kurdes de Syrie préfèreront subir la famine plutôt que de passer sous les fourches caudines du GRK. C’est pourquoi, dans tout le Kurdistan, a surnommé cette tranchée la « Tranchée de la honte ».

Les sanctions économiques ont fortement perturbé la vie dans la Cizîrê, où l’on manque de tout : médicaments, argent, médecins, infirmières, enseignants, techniciens et ingénieurs de l’industrie, notamment dans le secteur pétrolier. La Cizîrê, qui a des milliers de tonnes de blé à exporter, est contrainte de vendre son grain 200 à 250 dollars la tonne au gouvernement irakien, alors que celui-ci paie 600 à 700 dollars la tonne quand il l’achète ailleurs.

Dans le Rojava, cette attitude du GRK de Massoud Barzani — qui se qualifie lui-même de grand leader kurde — provoque l’incompréhension. Le 9 mai 2014, une grande manifestation pacifique contre la « Tranchée de la honte » a réuni plusieurs milliers de personnes à Qamişlo, à l’appel du Tev-Dem. On a pu y entendre plusieurs forts discours de différentes organisations, maisons du peuple, groupes et comités. Aucun de ces discours n’a créé de tensions. Les gens se rassemblaient principalement autour de l’idée qu’il fallait rétablir la fraternité, la coopération, et une bonne entente de chaque côté de la frontière, que tous les partis devaient se réconcilier et prononcer des paroles de paix et de liberté. La manifestation s’est achevée en fête de rue avec danses, chansons et hymnes.

Attentes et craintes

Où va le mouvement populaire du Rojava ? C’est difficile à dire, mais cela ne doit pas nous empêcher d’analyser et de réfléchir à son avenir. La victoire ou la défaite complète d’une expérience telle que la région n’en a pas connu depuis longtemps dépend de facteurs internes et externes.

Quoi qu’il arrive, nous devrons y faire face ; ce qui compte, c’est de résister, d’être volontaire et ambitieux, de ne pas capituler, de ne pas se décourager et de croire au changement. Rejeter le système actuel, saisir chaque occasion, cela est plus important, je pense, qu’une victoire temporaire. C’est la clef pour atteindre le but final.

[…]

L’affaiblissement du Tev-Dem

Comme nous l’avons vu, le Tev-Dem est l’âme du mouvement populaire, avec ses groupes, ses comités, ses maisons du peuple. Sans le Tev-Dem, pas d’Auto-administration démocratique (DSA). De façon générale, de l’existence du Tev-Dem dépend l’avenir du Rojava, et du modèle qu’il peut représenter pour l’ensemble de la région.

Il est difficile d’évaluer l’équilibre des forces entre le Tev-Dem et la DSA. J’ai eu le sentiment que quand le pouvoir de la DSA croissait, celui du Tev-Dem diminuait. L’inverse peut être vrai aussi.

J’ai soulevé cette question avec les camarades du Tev-Dem. Ils n’étaient pas d’accord. Ils estiment que plus la DSA sera forte, plus le Tev-Dem sera fort. En effet, ils voient la DSA comme un simple organe exécutif, mettant en œuvre les décisions prises par le Tev-Dem et ses organes. J’ai du mal à fixer mon opinion à ce sujet, l’avenir tranchera.

Le PYD et les structures des partis

Ce sont le PYD et le PKK qui sont derrière le Tev-Dem, et ces deux partis présentent toutes les caractéristiques des grands partis dans cette région du monde : hiérarchie dirigeants-dirigés, tous les ordres descendant du sommet vers la base. Les militants sont peu consultés sur les orientations mais sont très disciplinés, ont des règles des ordres à appliquer, et des relations confidentielles avec différents partis, au pouvoir ou non dans différentes régions du monde.

Et pourtant, le Tev-Dem est tout l’inverse. Beaucoup de ses militants ne sont membres ni du PKK ni du PYD. Ils croient à la révolution par en bas, n’attendent rien de l’État et des autorités, et participent aux réunions où les décisions sont prises souverainement, dans l’intérêt supérieur des habitants. Ensuite, ils demandent à la DSA de mettre en application leurs décisions. Et il y a encore beaucoup d’autres différences entre le PYD-PKK et le Tev-Dem.

La question est : comment se fait le compromis ? Est-ce le Tev-Dem qui suit le PYD-PKK, où bien est-ce eux qui suivent le Tev-Dem ? Qui contrôle qui ?

Je n’ai pas la réponse, je cherche encore, mais je pense qu’on sera bientôt fixés.

Une crainte : la sacralisation de l’idéologie et des idéologues

L’idéologie est un point de vue. Tout voir par le prisme de l’idéologie peut conduire à un désastre, car cela peut donner des réponses toutes faites, et des solutions déconnectées de la réalité. La plupart du temps, les idéologues cherchent le juste mot dans de vieux livres qui ne sont plus pertinents pour comprendre la situation actuelle.

Les idéologues peuvent être dangereux quand ils veulent imposer leurs idées tirées de ces vieux livres. Ils peuvent être bornés, rigides, inflexibles. Ils ne respectent pas les points de vue différents. Ils ont beaucoup de points communs avec les religieux, et certains marxistes ou communistes. Pour résumer, ils croient que l’idéologie, ou la pensée, crée l’insurrection ou les révolutions. Pour des non-idéologues comme quoi, c’est le contraire qui est vrai.

Il est regrettable que j’aie trouvé de nombreux idéologues au sein du PYD et du Tev-Dem, surtout quand nous en sommes venus à parler des idées d’Abdullah Öcalan. Il y a des gens qui ramènent Öcalan à tout propos dans les discussions. Ils ont une confiance totale en lui et, dans une certaine mesure, ils le sacralisent. Que ce soit de la foi ou de la crainte envers le leader, c’est effrayant, et cela ne présage rien de bon. Pour moi, rien ne doit être sacré et tout doit pouvoir être critiqué, et rejeté si besoin.

Le pire, c’est à la Maison des enfants et dans les centres de jeunesse, où les enfants apprennent les idées nouvelles, la révolution et beaucoup de choses positives qu’ils devront savoir pour être utiles à la société. Cependant, en plus, ces enfants apprennent l’idéologie et la pensée d’Öcalan, et à quel point il est le leader du peuple kurde. A mon sens, les enfants ne devraient pas être endoctrinés. On ne devrait pas leur enseigner la religion, la nationalité, la race ou la couleur. Ils devraient avoir leur liberté de conscience et qu’on les laisse tranquille jusqu’à ce qu’à l’âge adulte ils fassent leurs propres choix.

Le rôle des communes

J’ai déjà expliqué ce qu’étaient les communes. Leur mission doit évoluer. Elles ne peuvent pas rester cantonnées au traitement des problèmes locaux. Elles doivent accroître leur rôle, leurs prérogatives et leurs pouvoirs. Certes, il est vrai que le Rojava est dépourvu d’usines, d’entreprises et d’une véritable infrastructure industrielle. Mais dans la Cizîrê, qui produit surtout du blé, l’agriculture occupe beaucoup de monde dans les petites villes et les villages. Et la région est riche en pétrole, gaz et phosphates, bien que la plupart des gisements soient hors d’usage du fait de la guerre ou du manque d’entretien avant même le soulèvement.

Les communes pourraient donc investir ces domaines, les placer sous contrôle collectif et distribuer leurs produits aux gens en fonction de leurs besoins. Ce qu’il resterait après la distribution pourrait être soit vendu, soit échangé contre du matériel, soit stocké. Si les communes ne s’élèvent pas à ces tâches et se limitent à ce qu’elles font actuellement, évidemment, leur tâche restera inachevée.

En conclusion

Il y a beaucoup de choses à dire sur l’expérience du Rojava, et une foule de points de vue, de droite comme de gauche, des indépendantistes, des trotskistes, des marxistes, des communistes, des socialistes, des anarchistes et des libertaires. Pour ma part, en tant qu’anarchiste, je ne vois pas tout en blanc ou tout en noir, je n’ai pas de solution toute faite, et je ne la cherche jamais dans de vieux livres. Je pense que la réalité et les événements créent les idées et la pensée, pas l’inverse. Je les observe avec l’esprit ouvert, et je m’efforce de les relier entre eux.

Quelques mots importants, cependant, au sujet des insurrections et des révolutions. La révolution ne se limite pas à l’expression d’une colère, elle ne se fait pas sur ordonnance ou sur commande, elle ne survient pas en vingt-quatre heures, n’est pas un coup d’État militaire, bolchevique ou une conjuration politicienne. Elle ne se limite pas au démantèlement de l’infrastructure économique et à l’abolition des classes sociales. Tout cela, c’est le point de vue des gauchistes, des marxistes, des communistes et de leurs partis. Ils voient la révolution ainsi parce qu’ils sont dogmatiques et mécanistes. Pour eux, la révolution et l’abolition des classes signifie le socialisme et la fin de l’histoire.

A mon avis, même si la révolution réussit, le désir d’autorité peut survivre au sein de la famille, dans les entreprises, les usines, les écoles, les universités et d’autres lieux et institutions. A cela peut s’ajouter la persistance des différences hommes-femmes et l’autorité des premiers, même sous le socialisme. En outre, il restera nécessairement un résidu de culture égoïste et cupide, hérité du capitalisme. Tout cela ne peut s’évaporer ou disparaître en peu de temps. Cela peut être une menace pour la révolution.

L’évolution de l’infrastructure économique et la victoire sur la société de classe ne garantissent pas la pérennité de la révolution. Je pense qu’une révolution culturelle, éducative et intellectuelle est nécessaire. Les gens n’aiment pas le système actuel et pensent pouvoir le changer. La tendance à la rébellion, le refus d’être exploité, l’esprit de révolte sont des choses très importantes pour maintenir la flamme de la révolution.

A partir de là, que dire de l’expérience du Rojava ?

Cette expérience dure depuis deux ans et marquera des générations. Les Kurdes de Syrie ont l’esprit rebelle, ils vivent en harmonie, dans une atmosphère de liberté, et s’accoutument à une culture nouvelle : une culture du vivre-ensemble dans la paix et la liberté, une culture de tolérance, de partage, de confiance en soi et de fierté, une culture de dévouement et de solidarité. En même temps, il est vrai que la vie est dure, qu’il y a pénurie de biens de première nécessité, et que le niveau de vie est bas, mais les gens sont accueillants, conviviaux, souriants, attentifs et simples. L’écart entre les riches et les pauvres est faible. Tout cela aide les gens à surmonter les difficultés.

Ensuite, les événements et l’environnement actuels ont changé beaucoup de choses. Ils ne supporteront pas une nouvelle dictature ; ils se battront pour leurs acquis ; ils ne tolèreront pas qu’on décide à leur place. Pour toutes ces raisons, ils résisteront au découragement, se dresseront de nouveau, lutteront pour leurs droits et résisteront au retour de l’ordre ancien.

Certains disent que tant que cette expérience aura Abdullah Öcalan, le PKK et le PYD derrière elle, elle court le risque de prendre fin et d’être remplacée par une dictature. C’est possible en effet. Mais même ainsi, je ne pense pas qu’en Syrie ou au Rojava, les gens puissent, plus longtemps, tolérer une dictature ou un gouvernement de type bolchevique. Nous ne sommes plus à l’époque où le gouvernement de Damas pouvait massacrer 30.000 personnes à Alep en quelques jours. Le monde a changé.

Il me reste à dire que tout ce qui s’est passé dans le Kurdistan syrien n’est pas seulement l’idée d’Öcalan, comme beaucoup le croient. En fait, cette idée est très ancienne, et Öcalan l’a développée en prison, en lisant des centaines de livres, en analysant les expériences et les échecs des mouvements nationalistes et communistes dans la région et dans le reste du monde. La base de tout, c’est qu’il est convaincu que l’État, quelle que soit son nom et sa forme, reste l’État, et ne peut disparaître s’il est remplacé par un autre État. Pour cela, il mérite d’être entendu.

 

Notes:

 

[1] Kurdistana Rojava signifie “Kurdistan occidental”.

[2] Cizîrê est le nom kurde de cette région appelée Djézireh en français, et Al Jazera en arabe.

[3] L’opération Anfal, conduite par Ali Hassan al Majid (« Ali le Chimique ») a duré de février à septembre 1988. Environ 2.000 villages ont été détruits et 182.000 personnes assassinées.

[4] Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) est le principal parti révolutionnaire kurde en Turquie. Il fait référence pour toute la gauche kurde, qu’elle soit en Syrie (PYD) en Iran (PJAK) ou en Irak (PÇDK).

[5] De fait, le Tev-Dem est une coalition d’organisations dont le PYD est le centre de gravité.

[6] Les communes sont des conseils de quartier qui s’efforcent d’organiser la vie sociale (voir le passage qui leur est consacré.

[7] Élue le 21 janvier, l’Assemblée de la Cizîrê compte 101 sièges. La DSA est en fait une sorte de gouvernement autonome, doté de 22 commissions. Le canton de Kobanê a élu ses propres institutions le 22 janvier 2014 ; celui d’Efrîn, le 29 janvier. Lire Lire : « Les Kurdes syriens formeront leur gouvernement » sur Actukurdes.fr, le 10 juillet 2013, et « Syrie : Une ville libérée et 30 ‘djihadistes’ capturés par les Kurdes », le 17 février 2014.

[8] En réalité le “Contrat social” a été promulgué le 6 janvier 2014, donc avant l’élection de l’auto-administration.

[9] La politique de la “ceinture verte” était également dite de la « ceinture arabe ».

[10] En arabe, Al Ḥasaka ; en français, Hassaké.

[11] En arabe, Al Qāmišlī ; en français, Kameshli.

[12] Notamment l’Armée syrienne libre, le front Al Nosra ou l’État islamique.

[13] Un rapport de Human Rights Watch en date du 19 juin 2014 a en réalité signalé des arrestations arbitraires d’opposants politiques au PYD, des exactions commises à l’encontre de détenus et des affaires non élucidées d’enlèvement et de meurtre.

[14] A partir de la fin des annés 1980, Abdullah Öcalan a élaboré la théorie de la « Femme libre », évoquant un « âge d’or » mésopotamien fondé sur le matriarcat. Il ne s’agit pas d’une théorie féministe, mais elle a puissamment contribué à promouvoir la parité dans le mouvement kurde. A ce sujet, lire Grojean Olivier, « Théorie et construction des rapports de genre dans la guérilla kurde de Turquie », Critique internationale 3/ 2013 (N° 60), p. 21-35.

Le Kurdistan confédéré démocratique: Ce que la Turquie bras armé de l’occident essaie de détruire… la révolution sociale…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 31 mars 2016 by Résistance 71

A lire impérativement en complément pour mieux comprendre cet article: « Le Confédéralisme Démocratique », manifeste d’Abdullah Öcalan, 2011.

— Résistance 71 —

 

Oui le peuple peut changer quelque chose…

L’expérience kurde du Rojava syrien

 

Zaher Baher

 

28 Octobre 2014

 

url de l’article en français:

http://www.alternativelibertaire.org/?Dossier-Kurdistan-Oui-le-peuple

 

Un reportage de Zaher Baher, du Kurdish Anarchists Forum et du Haringey Solidarity Group (Londres), juillet 2014.

Traduit par Alain KMS, avec Alternative libertaire.

1ère partie
2ème partie

Le texte ci-dessous est un des rares témoignages sur l’expérience d’auto-organisation populaire du Kurdistan syrien. C’est la raison pour laquelle il était nécessaire de le rendre accessible aux francophones, en dépit de ses lacunes et de certaines confusions. L’auteur n’ayant pu répondre à nos questions, nous avons recoupé certaines informations avec d’autres sources (merci au journaliste Maxime Azadi, d’Actukurde.fr).

Nous avons fait le choix d’utiliser la version kurde des noms de lieu, tout en indiquant, dans certains cas, leur nom en arabe et en français.

L’intégralité du texte est reproduite, à l’exception d’un passage de géopolitique trop long et trop peu pertinent à notre sens. L’ensemble des analyses n’appartiennent qu’à leur auteur, et n’engagent pas Alternative libertaire.

Les notes sont de l’équipe de traduction.

 

En mai 2014, j’ai parcouru pendant quelques semaines le Kurdistan syrien — « le Rojava » [1] — au nord-est du pays, avec un ami. Durant ce séjour, nous avons eu toute latitude pour rencontrer qui nous voulions : femmes, hommes, jeunes, partis politiques. Dans cette région, il y a plus de 20 partis, qu’ils soient étiquetés « kurdes », « chrétiens », ou autres. Quelques-uns participent à l’« auto-administration démocratique » (Democratic Self Administration, DSA) ou « autogestion démocratique » (Democratic Self Management) de la région de la Cizîrê [2].

La Cizîrê est l’un des trois cantons du Rojava. Nous avons également rencontré des partis politiques kurdes et chrétiens qui ne participent pas à l’auto-administration. En outre, nous avons rencontré des responsables de l’auto-administration, membres de divers comités, groupes et communes, ainsi que des hommes d’affaires, des commerçants, des ouvriers, ou de simples badauds sur le marché et dans la rue.

Le contexte

Le Kurdistan est un territoire peuplé d’environ 40 millions d’habitantes et d’habitants, partagé, à la fin de la Première Guerre mondiale, entre l’Irak, la Syrie, l’Iran et la Turquie. Au cours de l’histoire, le peuple kurde a subi des massacres et même un génocide de la part des régimes qui se sont succédé, principalement en Irak et en Turquie. Depuis lors, il a été continuellement opprimé par les gouvernement centraux. En Irak, sous la dictature de Saddam Hussein, les Kurdes ont subi des massacres à l’arme chimique au cours de l’opération Anfal [3].

En Turquie, il n’y a pas si longtemps encore, les Kurdes n’avaient pas le droit de parler leur propre langue, et ils n’étaient reconnus que comme « Turcs des montagnes » – allusion au relief montagneux du Kurdistan de Turquie. En Syrie, la situation des Kurdes était un peu meilleure qu’en Turquie. L’Iran, lui, les reconnaît comme un peuple distinct des Perses et leur a octroyé des droits, mais pas d’autonomie politique.

Après la 1re guerre du Golfe (1991) s’est constitué en Irak un Gouvernement régional du Kurdistan (GRK). Après la 2e guerre du Golfe (2003), l’invasion et l’occupation de l’Irak, le GRK a profité de la situation pour se renforcer et se doter d’une administration, d’un budget et d’une armée – les peshmergas – autonomes. A Bagdad, le gouvernement central n’a pu qu’entériner cette autonomisation et, dans une certaine mesure, l’a même soutenue. Ceci a encouragé les autres parties du Kurdistan, particulièrement en Turquie et en Syrie.

Au cours de cette même année 2003, des Kurdes de Syrie ont fondé le Parti de l’union démocratique (PYD, pour Partiya Yekîtiya Demokrat), qui est venu s’ajouter aux partis et organisations kurdes déjà existants dans la région. La plupart remontaient aux années 1960 mais s’étaient révélées peu efficients en comparaison du rapide développement du PYD.

Le Printemps arabe

Le Printemps arabe a secoué la Syrie au début de 2011 et, au bout de quelque temps, s’est propagé dans les régions de la Cizîrê, de Kobanê et d’Efrîn. La protestation populaire y a été profonde et constante. Elle a contribué au retrait de l’armée des cantons kurdes, à l’exception de certains territoires de la Cizîrê dont nous parlerons plus loin.

Pendant ce temps, se constituait – avec l’appui du PKK [4] et du PYD – le Mouvement de la société démocratique (Tev-Dem, pour Tevgera Civaka Demokratîk), qui a rapidement acquis une solide assise populaire [5]. Après le départ de l’armée et de l’administration syrienne, la situation est devenue chaotique – nous verrons pourquoi – et le Tev-Dem s’est trouvé dans l’obligation de mettre en application son programme avant que les choses n’empirent.

Le programme du Tev-Dem était très fédérateur, et couvrait tous les sujets de société. Beaucoup de gens du peuple, venus de différents milieux – kurde, arabe, musulman, chrétien, assyrien et yézidi – s’y sont impliqués. Son premier travail a été de mettre sur pieds toute une série de groupes, de comités et de communes [6], dans les rues, les quartiers, les villages, les cantons, les petites et les grandes villes.

Leur rôle a été de s’occuper de toutes les questions sociales : les problèmes des femmes, l’économie, l’environnement, l’éducation, la santé, l’entraide, les centres pour les familles endeuillées, le commerce et les affaires, les relations avec les pays étrangers. Des groupes ont même été chargés d’arbitrer les contentieux, pour éviter aux plaignants qui le souhaitaient d’avoir à engager des procédures judiciaires.

Généralement, ces groupes se réunissent chaque semaine pour faire le point sur la situation sociale. Ils ont leur propre représentant dans le conseil du village ou de la ville, nommé « maison du peuple ».

Le Tev-Dem, à mon sens, est un mouvement des plus efficaces, et assume toutes les tâches qu’il s’est fixé. Je pense que les raisons de son succès sont les suivantes :

  1. La volonté, la détermination et l’énergie de gens convaincus qu’ils peuvent changer les choses ;
  2. La participation volontaire d’une majorité de la population, à tous les niveaux, pour assurer la réussite de cette expérience ;
  3. La mise en place d’une de forces défensives reposant sur trois composantes : les Unités de protection populaire (YPG, pour Yekîneyên Parastina Gel), les Unités de protection féminines (YPJ, pour Yekîneyên Parastina Jin) et l’Asayesh (une force mixte présente dans les villes et sur les points de contrôle). En plus de ces trois composantes, il existe une unité spéciale féminine non mixte, pour traiter les questions de violences sexuelles et domestiques.

De ce que j’ai vu, le Kurdistan syrien a suivi – à raison, à mon avis – une voie différente de celle des autres pays touchés par le « Printemps arabe ». Les différences sont flagrantes.

  1. Les pays du « Printemps arabe » ont été bouleversés par de grands événements, et plusieurs ont chassé leurs dictateurs. Mais le « Printemps arabe », dans le cas de l’Egypte, a engendré un gouvernement islamiste, puis une nouvelle dictature militaire. D’autres pays n’ont guère fait mieux. Cela montre la puissance du peuple qui peut, à un moment donné, être le héros de l’histoire, mais n’est pas forcément en mesure d’inscrire son succès dans la durée. C’est l’une des principales différences entre le « Printemps arabe » et le « Printemps kurde » du Rojava, qui pourrait bien durer – et qui dure, en tout cas, jusqu’à présent.
  2. Au Kurdistan syrien, les gens étaient prêts et savaient ce qu’ils voulaient. Que la révolution devait se faire de bas en haut, et non l’inverse. Que ce devait être une révolution sociale, culturelle et éducative autant que politique. Qu’elle devait se faire contre l’Etat, le pouvoir et l’autorité. Que le dernier mot dans les prises de décision devait revenir aux communautés de base. Ce sont les quatre principes du Tev-Dem. On ne peut que saluer ceux et celles qui ont lancé ces grandes idées et les ont mis en pratique, qu’il s’agisse d’Abdullah Öcalan, de ses camarades ou de quiconque. En conséquence, les Kurdes de Syrie ont créé leurs propres institutions pour mener la révolution. Dans les autres pays du « Printemps arabe », les gens n’étaient pas préparés. Ils voulaient certes renverser le gouvernement, mais pas le système. La majorité pensait que la seule révolution possible se faisait au sommet. La création de groupes de base n’a pas été entreprise, hormis par une minorité d’anarchistes et de libertaires.

L’auto-administration démocratique

Après de longs débats et un dur travail, le Tev-Dem a abouti à la conclusion qu’il était nécessaire d’instituer une auto-administration (DSA) dans chaque canton du Rojava (Cizîrê, Kobanê et Efrîn).

A la mi-janvier 2014, l’Assemblée du peuple de Cizîrê a élu sa propre DSA [7], pour mettre en oeuvre les décisions des maisons du peuple du Tev-Dem, et prendre en main une partie des tâches administratives locales — éducation, santé, commerce, défense, justice, etc. La DSA est composée de 22 hommes et femmes ayant chacun deux adjoints (un homme et une femme). Au total, près de la moitié sont des femmes. Des gens de toutes origines, nationalités et confessions peuvent y participer. Cela permet une atmosphère de confiance, détendue et fraternelle.

En peu de temps, cette auto-administration a fourni beaucoup de travail, et a rédigé une Constitution — nommée Contrat social —, une loi sur les transports, une lois sur les partis, et un programme pour le Tev-Dem [8].

La première page du Contrat social stipule que « les territoires de démocratie autogestionnaire n’admettent pas les concepts d’État-nation, d’armée nationale ou de religion d’État, de gestion centralisée et de pouvoir central, mais sont ouvertes à des formes compatibles avec les traditions démocratiques pluralistes, ouvertes à tous les groupes sociaux et toutes les identités culturelles, à la démocratie athénienne, et à l’expression des nationalités à travers leurs organisations. »

Le Contrat social compte de nombreux articles dont quelques uns sont extrêmement importants pour la société, par exemple :

  1. La séparation de l’État et des religions ;
  2. L’interdiction du mariage en dessous de l’âge de 18 ans ;
  3. La protection des droits des femmes et des enfants ;
  4. La prohibition de l’excision ;
  5. La prohibition de la polygamie ;
  6. La révolution doit se faire à la base de la société et être durable ;
  7. La liberté, l’égalité, l’équité et la non-discrimination ;
  8. L’égalité hommes-femmes ;
  9. La reconnaissance de toutes les langues usitées : l’arabe, le kurde et le syriaque sont langues officielles dans la Cizîrê ;
  10. La garantie d’une vie décente aux détenus, afin de faire de la prison un lieu de réhabilitation ;
  11. La reconnaissance du droit d’asile : aucun réfugié ne doit être contraint de partir.

La situation économique de la Cizîrê

La Cizîrê compte plus d’un million d’habitants, kurdes à 80%, mais aussi arabes, chrétiens, tchétchènes, yézidis, turkmènes, assyriens et arméniens. Il y a de nombreux villages arabes et yézidis, ainsi que 43 villages chrétiens.

Dans les années 1960, le régime syrien a appliqué dans les zones kurdes une politique dite « de la ceinture verte » [9], que le parti Baas a poursuivi quand il est arrivé au pouvoir. Elle consistait en une marginalisation des Kurdes sur les plans politique, économique, social et éducatif. L’objectif de la « ceinture verte » était d’implanter une population arabe dans les zones kurdes, en lui distribuant des terres confisquées aux Kurdes. Bref, sous Assad, les Kurdes étaient des citoyens de troisième rang, après les Arabes et les chrétiens.

Une autre politique a été de cantonner la Cizîrê à la production de blé et de pétrole : pas d’usines, d’entreprises ni d’industrie. La Cizîrê produit 70% du blé syrien et est riche en pétrole, gaz et phosphates. La majorité de la population y est employée dans l’agriculture et le petit commerce, et il faut y ajouter les employés de l’éducation, de la santé, des services publics, les militaires et les petits entrepreneurs.

Après 2008, la situation s’est dégradée quand le régime Assad a promulgué un décret spécial interdisant la construction de grands bâtiments, en raison de la situation de guerre larvée dans cette région périphérique et frontalière.

Actuellement, la situation est mauvaise, du fait des sanctions imposées par la Turquie et par le Gouvernement régional du Kurdistan (on verra pourquoi plus loin). Le quotidien dans la Cizîrê est frugal, le niveau de vie est bas, mais ce n’est pas non plus la pauvreté. Les gens, en général, sont heureux de ce qu’ils ont accompli.

On trouve dans le Rojava les biens de première nécessité indispensables à toute société, ce qui est important, au moins pour le moment, pour éviter la famine, se tenir debout et résister aux sanctions de la Turquie et du GRK. Il y a du blé en quantité suffisante pour produire du pain et des pâtisseries. Le pain, du coup, est quasi gratuit.

Le pétrole est lui aussi très bon marché — on l’a « au prix de l’eau », comme on dit là-bas. On utilise le pétrole pour tout : à la maison, pour les véhicules, pour certains équipements industriels. Le Tev-Dem a rouvert certains puits de pétrole et dépôts de raffinage. A l’heure actuelle, la région produit plus de pétrole que ce dont elle a besoin : elle peut donc en exporter mais aussi stocker les surplus.

L’électricité est un problème, parce qu’elle est en bonne partie produite dans la région voisine, contrôlée par l’État islamique (Daech). Par conséquent, les gens n’ont accès à l’électricité que six heures par jours — mais, au moins, elle est gratuite. Le Tev-Dem a amélioré la situation en vendant du diesel à bas prix aux propriétaires de groupes électrogènes, à la condition qu’ils vendent de l’électricité au voisinage à un prix plafonné.

Pour ce qui est de la téléphonie mobile, les appareils captent, selon la zone, soit le réseau du GRK, soit celui de la Turquie. Les lignes terrestres sont sous le contrôle du Tev-Dem et de la DSA, et semblent bien fonctionner. Là encore, c’est gratuit.

En ville, les boutiques et les marchés sont ouverts tôt le matin, jusqu’à 23 heures. On trouve beaucoup de marchandises de contrebande importées des pays voisins. D’autres produits viennent du reste de la Syrie, mais ils coûtent cher, en raison des taxes prélevées par les forces syriennes ou par les différents groupes armés qui contrôlent les circuits d’approvisionnement.

La situation politique dans la Cizîrê

Comme on l’a dit, la majorité des troupes du d’Assad se sont retirées de la région, ne conservant leurs positions que dans certaines localités. Elles tiennent la moitié de la ville principale, Hesîçe [10], face aux YPG-YPJ. Dans la deuxième ville de la région, Qamişlo [11], 6.000 à 7.000 soldats réguliers occupent toujours l’aéroport et une portion du centre-ville autour de la Poste – évitée du coup par la plupart des habitants.

Les deux parties se toisent et évitent de se frotter l’une à l’autre. Je qualifierais cette situation de « ni paix ni guerre ». Il y a certes déjà eu des affrontements, à Hesîçe comme à Qamişlo, avec des morts de chaque côté, mais jusqu’ici, le chef des tribus arabes a oeuvré à maintenir la coexistence.

Le repli de l’armée syrienne profite en fait aux deux parties.

D’un côté, Assad s’épargne un affrontement inévitable avec les Kurdes, et s’exonère d’avoir à défendre la région contre d’autres forces insurgées [12], puisque les YPG s’en chargent. Ses troupes ont ainsi pu se porter sur d’autres fronts, prioritaires pour le régime. Les YPG-YPJ protègeront de toute façon mieux le Rojava – y compris vis-à-vis de la Turquie – que l’armée syrienne.

D’un autre côté, les Kurdes ont tiré de cette situation des avantages substantiels :

  1. Ils ont cessé de combattre le régime Assad, ce qui a garanti la paix et la liberté pour la population, la sécurité de leurs terres et de leurs biens, et a épargné bien des vies.
  2. Le gouvernement continue de verser les salaires des fonctionnaires, bien que la quasi totalité travaillent à présent sous le contrôle de la DSA. Cela améliore évidemment la situation économique.
  3. La population y a gagné en autonomie dans sa vie et dans ses choix, dans le cadre du Tev-Dem et de la DSA. Plus cette situation se prolonge, et plus elle a de chances de s’enraciner.
  4. Les YPG-YPJ ont eu l’occasion par elles-mêmes, d’engager le combat avec les groupes terroristes, en particulier Daech, quand elles l’ont jugé nécessaire.

Dans la Cizîrê, il existe plus de 20 partis au sein des populations kurdes et chrétiennes. La majorité sont opposés au PYD, au Tev-Dem et à la DSA pour des raisons qui leur appartiennent – j’y reviendrai. Ils ont cependant la liberté de mener leurs activités sans aucune restriction [13]. La seule chose qui leur soit interdite, c’est de posséder leur propre milice armée.

Les femmes et leur rôle

Les femmes sont largement acceptées et occupent une place importante, à tous les niveaux du Tev-Dem, du PYD et de la DSA. En vertu du système dit des « codirigeants » et des « coorganisateurs » (joint leaders and joint organizers), chaque direction de bureau, d’administration ou d’unité combattante doit inclure des femmes. En outre, les femmes ont leurs propres forces armées. Au sein des institutions, l’égalité hommes-femmes est complète.

Les femmes sont une force majeure, et sont très impliquées dans toutes les commissions des maisons du peuple, dans les comités, les groupes et les communes. Les femmes du Rojava ne forment pas seulement la moitié de la société : elles sont la moitié la plus efficace et la plus importante car si elles arrêtaient de travailler dans ces comités ou s’en retiraient, la société kurde pourrait bien s’effondrer. Beaucoup de femmes actives dans la politique ou dans la défense ont longtemps combattu avec le PKK dans les montagnes. Elles sont aguerries, résolues, dynamiques, responsables et courageuses.

Dans le Rojava, les femmes sont sacrées, et Abdullah Öcalan et les autres dirigeants du PKK-PYD ont pris très au sérieux leur rôle dans la reconstruction de la société, sous tous ses aspects. Dans la philosophie d’Öcalan, on ne verra le meilleur de la nature humaine que si la société redevient matriarcale, d’une façon moderne bien sûr [14].

Malgré cette situation, et bien que toutes les femmes soient libres, les relations amoureuses et sexuelles sont rares pour les combattantes. Les militantes et les militants que nous avons rencontrés estiment que tout cela — amour, sexualité, relations — n’est pas d’époque car leur investissement dans la révolution passe avant tout. Quand j’ai demandé ce qui advenait lorsque deux combattant.e.s ou deux responsables politiques tombaient amoureux, on m’a répondu que nul ne pouvait l’empêcher, mais qu’il valait mieux qu’elles soient mutées des postes plus appropriés.

Cela ébahira bien des Européens. Comment peut-on vivre sans amour, ni sexe, ni relations amoureuses ? Pour moi, c’est tout à fait compréhensible. Je pense que c’est leur choix et, si les gens sont libres de choisir, alors il doit être respecté.

Néanmoins, si on laisse de côté les unités combattantes, le Tev-Dem et les autres partis, j’ai fait une curieuse observation : je n’ai pas vu une seule femme travaillant dans un magasin, une station-service, un marché, un café ou un restaurant. Pourtant, les femmes et les questions féminines sont bien plus avancées ici qu’au Kurdistan irakien, qui a pourtant disposé de vingt-deux ans pour établir ses propres lois, avec une marge de manœuvre bien supérieure. Ceci dit, on ne peut pas non plus dire qu’il y ait un mouvement de femmes spécifique ou indépendant au Kurdistan syrien.

Les communes

Les communes sont les cellules les plus actives des maisons du peuple. Il y en a partout, qui se réunissent une fois par semaine pour discuter des affaires courantes. Chaque commune est basée dans un quartier, un village ou une ville, et a son propre représentant à la maison du peuple.

Ci-dessous, la définition de la commune, tirée du Manifeste du Tev-Dem, traduit de l’arabe :

Les commes sont les plus petites cellules et les plus actives. En pratique, elles constituent une société prenant en compte la liberté des femmes, l’écologie, et où est instituée la démocratie directe.

Les communes œuvrent à développer et à promouvoir des commissions. Sans rien attendre de l’État, celles-ci cherchent par elles-mêmes des solutions aux questions sociales, politiques, éducatives, de sécurité et d’autodéfense. Les communes instituent leur propre pouvoir en construisant des organismes tels que les communes agricoles dans les villages, mais aussi des communes, coopératives et associations dans les quartiers.

Il faut former des communes dans la rue, les villages et les villes, avec la participation de toutes et tous les habitants. Les communes se réunissent chaque semaine, et prennent leurs décisions au grand jour, avec leurs membres de plus de 16 ans.

Nous sommes allés à une réunion d’une des communes basée dans le quartier de Cornish, à Qamişlo. Il y avait là 16 à 17 personnes, pour la plupart des jeunes femmes. Nous avons pu discuter de façon approfondie de leurs activités et de leurs tâches. Elles nous ont dit qu’il y avait 10 communes dans le quartier, composées chacune de 16 personnes. « Nous agissons un peu comme des travailleurs sociaux, nous ont-elles dit, avec tout ce que ça comporte : rencontrer les gens, assister aux réunions hebdomadaires, démêler les problèmes, veiller à la sécurité et à la tranquillité publique, collecter les ordures, protéger l’environnement et assister à la grande réunion pour débriefer ce qui s’est passé durant la semaine. »

Elles m’ont confirmé que personne, pas même les partis politiques, ne s’ingère dans les décisions prises collectivement, et en ont cité quelques-unes : « Nous souhaitions utiliser une vaste parcelle, dans une zone résidentielle, pour créer un petit parc. Nous avons demandé une aide financière à la mairie. Elle n’avait que 100 dollars à nous donner. Nous avons pris l’argent, et collecté 100 dollars supplémentaires auprès des habitants. » Elles nous ont fait visiter ce parc en nous expliquant : « Beaucoup de gens ont travaillé bénévolement pour terminer le travail, sans dépenser davantage d’argent. »

Elles nous ont donné un autre exemple : « Le maire voulait lancer un projet dans le quartier. Nous lui avons répondu que rien ne se ferait sans qu’on ait, au préalable, recueilli l’assentiment des habitants. Nous avons tenu une réunion, qui a rejeté le projet. Tout le monde n’ayant pas pu venir à la réunion, nous sommes allés maison par maison pour recueillir les opinions. Le rejet du projet a été confirmé à l’unanimité. »

Quand, à leur tour, elles ont voulu savoir s’il existait des structures similaires à Londres, je leur ai répondu qu’il y avait certes plusieurs groupements, mais malheureusement aucun qui ressemble au leur — uni, progressiste et engagé. Bref, je leur ai avoué qu’elles étaient bien plus avancées que nous. Surprise, déception et même frustration de leur part : comment leur région pouvait-elle être à un stade plus avancé qu’un pays qui a connu la révolution industrielle il y a des siècles !

A suivre…

Changement de paradigme politique: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique (Abdullah Ocalan) ~ 2ème partie ~

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Le Confédéralisme Démocratique

Traduction d’extraits et commentaires du manifeste “Democratic Confederalism” d’Abdullah Ocalan, 2011, édition International Initiative

Par

Résistance 71

 

Mars 2016

 

1ère partie

2ème partie

 

Le confédéralisme démocratique et un système politique démocratique

En contraste total avec une compréhension administrative centraliste et bureaucratique de l’exercice du pouvoir politique, le confédéralisme pose un type d’autogestion politique où tous les groupes de la société et toutes les identités culturelles peuvent s’exprimer dans des assemblées locales, dans des conventions générales et des conseils (NdT: Ceci est connu par exemple depuis le XIIème siècle au sein de la confédération des 5 puis 6 nations iroquoises suivant la Grande Loi de la Paix, loi de la terre, Kaiane’reko:wa et même auparavant avec la plus vieille confédération reconnue au monde: celle de l’Islande.). Cette compréhension de la politique et de la démocratie ouvre ce même espace politique à toutes les strates de la société et permet la formation de groupes politiques divers et différents. Ceci sert également à l’intégration politique de la société dans son entièreté. La politique devient une grande partie de la vie quotidienne. Sans politique la crise de l’État ne peut pas être résolue car la crise est alimentée par un manque de représentation de la société politique. Les termes de fédéralisme et d’auto-administration, connus dans les “démocraties libérales” doivent être repensés. Ces termes ne doivent pas être pensés en termes de hiérachisation de l’administration de l’état-nation mais plutôt comme des outils centraux de l’expression sociale et de la participation citoyenne. Ceci poussera naturellement la politisation de la société. Il n’y a aucun besoin de grandes théories politiques ici, ce dont nous avons besoin est de laisser libre-court à l’expression des besoins sociaux en renforçant structurellement l’autonomie des acteurs politico-sociaux et en créant les conditions pour l’organisation de la société dans son entièreté. La création d’un niveau opérationnel où toutes sortes de groupes politiques, sociaux, de communautés rfeligieuses ou de tendances intellectuelles pourront s’exprimer directement dans toutes les prises de décision politique. Ceci peut aussi être appelé la démocratie participative. Plus forte est la participation et au plus puissant est ce type de démocratie.

Là où l’état-nation est en contraste total avec l’idée même de démocratie, voire même en nie l’existence, le confédéralisme démocratique constitue lui, un processus démocratique fluide et continu.

Les acteurs sociaux, qui sont par eux-mêmes des unités fédératives, sont les cellules de la germination de la démocratie participative. Ils peuvent se combiner, s’associer dans de nouveaux groupes et confédérations (associations libres) en rapport avec la situation. Chacune des unités politiques impliquées dans la démocratie participative est essentiellement démocratique.

De cette façon, ce que nous appelons démocratie est l’application des processus démocratiques de prise de décision politique partant du local pour rayonner vers le global et ce dans un cadre de processus politique fluide et continu. Ce processus va affecter la structure de la toile sociale de la société en contraste avec la poussée pour l’homogénéité de l’état-nation, une construction qui ne peut être obtenue que par la force menant ainsi à la perte inhérente de la liberté.

J’ai déjà dit que le niveau local est le niveau où les décisions sont prises. Quoi qu’il en soit, la pensée menant à ces décisions a besoin d’être en ligne et en connexion avec les problèmes globaux et généraux. Nous devons comprendre et intégrer le fait que mêmes les villages et les banlieues urbaines demandes des structures confédérées. Tous les aspects de la société doivent être autogérés et tous les niveaux doivent être libres de participer.

L’auto-defense

Essentiellement, l’état-nation est une entité structurée militairement. Les états-nations sont tous ultimement des produits de toutes sortes de conflits et de guerres internes et externes. Absolument aucun de tous ces états-nations existant, n’est apparu “naturellement”, par lui-même. Invariablement, ils ont un grand nombre de guerres en archives. Ce processus n’est pas limité à leur phase de création, mais plutôt, il construit sur la militarisation de la société entière. Le leadership civil de l’état-nation n’est qu’un ustensile de son appareil militaire. Les démocraties dites libérales vont même plus loin en peignant leurs structures militaires aux couleurs de la démocratie libérale. Cela ne les empêche nullement de rechercher des solutions autoritaires au climax d’une crise qui a été engendrée par le système lui-même. L’exercice fasciste du pouvoir est la nature même de l’état-nation. Le fascisme est la forme la plus pure de l’état-nation.

Cette militarisation ne peut-être repoussée qu’avec l’aide de l’auto-défense. Les sociétés sans aucun mécanisme d’auto-défense perdent leur identité, leur capacité de prise de décision démocratique et leur nature politique. C’est pourquoi l’auto-défense d’une société n’est pas seulement limitée à la dimension militaire. Cela présuppose également la préservation de son identité, de sa propre conscience politique et d’un processus de démocratisation. Alors seulement peut-on parler d’auto-défense.

Sur cette toile de fond, le confédéralisme démocratique peut être appelé un système d’auto-défense de la société. Seulement avec l’aide de réseaux confédérés peut-il y avoir une base pour opposer la domination globale des monopoles et du militarisme de l’état-nation.

Contre le réseau des monopoles, nous devons construire un réseau tout aussi fort de confédérations politico-sociales. Ceci veut dire en particulier que le paradigme social du confédéralisme n’implique aucunement un monopole militaire des forces armées, qui n’ont pour seule tache que d’assurer la sécurité intérieure et extérieure. Elles sont sous le contrôle direct des institutions démocratiques (les assemblées). La société elle-même déterminera leurs devoirs. Une de leurs taches majeure sera la défense de la liberté d’action de la société d’interventions intérieures et extérieures. La composition du leadership militaire doit être déterminée en termes et parties égaux d’à la fois les institutions politiques et les groupes confédérés.

Le confédéralisme démocratique contre la velléité d’hégémonie

Dans le confédéralisme démocratique, il n’y a aucune place pour quelque sorte de volonté hégémonique que ce soit. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’idéologie. L’hégémonie est habituellement un principe qui est suivi par le type classique de civilisation. Les civilisations véritablement démocratiques rejettent les pouvoirs hégémoniques et les idéologies.

[…]

La façon collective de gérer les affaires sociales a besoin de compréhension, de respect des opinions non consentantes ou dissidentes et des méthodes démocratiques de prise de décision. Ceci est en contraste total avec la compréhension de la notion de leadership dans la modernité capitaliste où des décisions bureaucratiques arbitraires du caractère de l’état-nation sont diamétralement opposées avec le leadership démocratique confédéré en ligne avec des fondations éthiques.

Dans le confédéralisme démocratique les institutions de leadership n’ont pas besoin de validation, de légitimation idéologiques. De la sorte, elles n’ont aucune velléité d’obtenir l’hégémonie.

Il est bien entendu que le point de focalisation du confédéralisme démocratique se situe au niveau local, néanmoins l’organisation du confédéralisme au niveau global n’est en rien exclu. Au contraire, nous avons besoin d’établir une plateforme de sociétés civiles nationales en termes d’une assemblée confédérée afin de nous opposer aux Nations-Unis en tant qu’association des états-nations sous la direction des grandes puissances. De cette façon, nous pourrions obtenir de meilleures décisions en ayant toujours une claire vision sur la paix, l’écologie, la justice et la productivité dans le monde.

Conclusion

Le confédéralisme démocratique peut-être décrit comme une sorte d’auto-administration, d’autogestion, en contraste total avec l’administration de l’état-nation. Mais, sous certaines circonstances, une coexistence pacifique est possible aussi loin que l’état-nation n’interfère pas avec les affaires centrales de l’autogestion. (NdT: On reconnaît ici le principe même du traité Wampum Deux Rangées mis en place par la confédération iroquoise pour gérer les relations entre la confédération et des groupes extérieurs venant en contact, ceci pour dire que le mécanisme de gestion de l’autre existe, il a déjà été mis en place dans l’histoire et fonctionne parfaitement bien, le colonialisme en tant que fonction inhérente de l’État destructeur a cancérisé la société humaine. L’État est un cancer ! ). Toute intervention d’interférence appelerait à une action d’auto-défense de la part de la société civile.

Le confédéralisme démocratique n’est en guerre avec aucun état-nation mais il ne restera pas passif et timide à tout effort d’assimilation. Un renversement révolutionnaire ou la fondation d’un nouvel état ne créent en rien un changement durable et viable. Sur le long terme, liberté et justice ne peuvent être accomplies que par un processus dynamique politique démocratique et confédéré.

Ni le rejet total ni la reconnaissance totale de l’état sont utiles aux efforts démocratiques de la société civile. L’estompage de l’état, particulièrement de l’état-nation, est un processus de long-terme.

L’état sera dépassé lorsque le confédéralisme démocratique aura prouvé ses capacités à résoudre les problèmes en vue des affaires politiques et sociales. Ceci ne veut pas dire que des attaques par l’état-nation doivent être acceptées. Les confédérations démocratiques vont maintenir l’auto-défense et ses forces à tout moment. Les confédérations démocratiques ne seront pas limitées à s’organiser au sein d’un territoire particulier. Elles vont devenir des confédérations au-delà des frontières lorsque les sociétés concernées le désireront.

Les principes du confédéralisme démocratique

  1. Le droit d’auto-détermination des peuples inclut le droit à un état qui leur soit propre. Mais la fondation d’un état n’augmente en rien la liberté des peuples. Le système des Nations-Unies (ONU) qui est basé sur l’état-nation est demeuré inefficace. Dans le même temps, les états-nations sont devenus de sérieux obstacles pour tout développement social. Le confédéralisme démocratique est le paradigme par contraste du peuple opprimé.
  2. Le confédéralisme démocratique est un paradigme politico-social non étatique. Il n’est pas contrôlé par un état. Dans le même temps, le confédéralisme démocratique est le modèle organisationnel culturel d’une nation démocratique.
  3. Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la base du epuple. Ses processus de prises de décisions reposent sur les communautés. De plus hauts niveaux ne servent qu’à la coordination et la mise en place de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués (révocables) aux assemblées générales. Pour une durée et un espace limités, ils sont à la fois les portes-parole et institutions exécutives. Quoi qu’il en soit, la base du pouvoir de décision demeure avec les institutions de la base populaire au sein des communautés.
  4. Au Moyen-Orient, la démocratie ne peut pas être imposée par le système capitaliste et ses puissances impérialistes qui ne font qu’endommager la démocratie. La propagation de la démocratie de la base populaire est élémentaire. C’est la seule approche qui peut s’occuper des divers groupes ethniques, religions et différences de classes actuelles. Cela est aussi en adéquation avec la structure confédérale traditionnelle de la société dans son ensemble.
  5. Le confédéralisme démocratique au Kurdistan est un mouvement anti-nationaliste. Il vise à réaliser le droit d’auto-défense des peuples par l’avancement de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan sans questionner les frontières politiques existantes. Son but n’est absolument pas la formation d’un état-nation kurde, mais le mouvement a l’intention d’établir des structures fédérales en Iran, en Turquie, en Syrie et en Irak, qui seront ouvertes à tous les Kurdes et dans le même temps qui formeront une confédération parapluie pour les quatre parties du Kurdistan.

Les problèmes des peuples au Moyen-Orient et les voies possibles pour une solution

La question nationale n’est pas un fantasme de la modernité capitaliste. Mais quoi qu’il en soit, ce fut cette modernité capitaliste qui imposa cette question à la société. La nation remplaça la communauté religieuse., mais la transition vers une société nationale a besoin de dépasser ceci si la nation ne veut pas demeurer le déguisement des monopoles répressifs.

[…] La méthode pour gérer ce problème ne doit pas être idéologique mais scientifique et pas du domaine de l’état-nation, mais au contraire basé sur le concept de nation démocratique et de communalisme démocratique.

[…] Au lieu de cultiver une concurrence productive, le capital impose des guerres internes et externes au nom de l’état-nation.

La théorie du communalisme serait une alternative au capitalisme. Dans le cadre de nations démocratiques qui ne poussent pas pour des monopoles de pouvoir, cela peut conduire à la paix dans une région qui n’a été que le théâtre de guerres sanglantes et de génocides.

Dans ce contexte, nous pouvons parler de quatre nations majoritaires: arabes, perses, turques et kurdes. Je ne veux pas diviser les nations en majorité et minorité car je ne trouve pas cela très approprié. Mais à cause de considérations démographiques, je parlerai de nations majoritaires. Nous pouvons utiliser le terme de monoritaire dans le même contexte démographique.

  1. Il y a plus de 20 états-nations arabes qui divisent la communauté arabe et endommagent leurs sociétés par des guerres sans fin. […] Un nationalisme tribal motivé religieusement combiné avec une société patriarcale sexiste sont pervasifs à toutes les zones de la société résultant en un conservatisme très particulier et une forme d’obéissance très esclavagiste. Personne ne croit que les Arabes seront capables de trouver une solution nationale arabe à leurs problèmes endogènes. Quoi qu’il en soit, une démocratisation et une approche communaliste pourraient bien apporter une telle solution. Leur faiblesse envers Israël, que les états-nations arabes regardent comme un concurrent, n’est pas seulement le résultat d’un soutien international des puissances hégémoniques [à Israël], mais plutôt est le résultat de fortes institutions communales au sein d’Israël. Au cours du siècle écoulé, la société de la nation arabe a été affaiblie par un nationalisme radical et l’islamisme. Pourtant, s’ils sont capables d’unifier le socialisme communaliste auquel ils ne sont pas du tout étrangers avec la compréhension d’une nation démocratique, alors ils seront capables de trouver une solution sécure de long terme.
  2. Les Turcs et les Turkmens forment une autre nation d’influence. Ils partagent une compréhension idéologique et de pouvoir similaire avec les Arabes. Ils sont de profonds convaincus du bienfondé de l’état-nation et ont de profondes racines religieuses et de nationalisme racial.
    […] Les problèmes nationaux sont complexes. Le pouvoir dérive et se renforce de l’état-nation, d’un nationalisme distinctif et d’une société patriarcale sexiste, créant un environnment social ultra conservateur. La famille y est vue comme la plus petite cellule de l’État. Les communautés turques et turkmens luttent pour le pouvoir. Les autres groupes ethniques sont soumis à une politique de subjugation. Les structures du pouvoir centralisées de l’état-nation turc avec son idéologie officielle très rigide ont empêché jusqu’à aujourd’hui une solution viable à la question kurde. La société a été amenée à penser qu’il n’y a aucune alternative à l’État. (NdT: ceci est également vrai dans toute la société occidentale où les institutions étatiques persuadent les peuples qu’il n’y a non seulement pas d’alternative à l’État, mais que l’État serait la forme organisationnelle la plus “évoluée” pour l’humanité…) Ainsi, il n’y a aucun équilibre entre l’individu et l’état. L’obéissance aveugle est vue comme la plus grande des vertus. […]
    Une confédération démocratique des communautés nationales turques pourrait être une sérieuse contribution à la paix dans le monde et à un système de modernité démocratique.
  3. La société national kurde est très complexe. Dans le monde, les Kurdes sont la plus grande nation sans un état à leur nom. Les Kurdes sont sur leurs terres actuelles depuis le Néolithique.
    La question nationale kurde émerge du fait qu’on leur a toujours nié le droit à une nationalité. Certains ont essayé de les assimiler, de les annihiler et à la fin, simplement de nier leur existence même. Ne pas avoir son propre état possède des avantages et des inconvénients. Ce fut certainement un bénéfice dans la compréhension pour la réalisation de concepts sociaux alternatifs bien au-delà de la modernité capitaliste. La zone d’établissement du peuple kurde est divisée par les frontières de quatre pays (la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran) et se trouve au cœur même d’une très importante région géostratégique, ce qui donne aux Kurdes un gros avantage stratégique. Les Kurdes ne forment pas une société nationale au moyen du pouvoir d’état. Bien qu’il existe aujourd’hui une entité politique kurde dans un “Kurdistan irakien”, ceci n’est pas un état-nation mais plutôt une entité para-étatique.
    Le Kurdistan a aussi été la patrie de minorités arméniennes et aramaïques/araméennes avant que celles-ci ne soient les victimes de génocides (commis par les états-nations). Il y a aussi de petits groupes arabes et turcs. Même aujourd’hui, il y a beaucoup de religions et de croyances différentes vivant côte à côte en terres kurdes. Il y a aussi quelques rudiments de culture tribale et clanique tandis qu’il n’y a pratiquement aucune culture urbaine.
    Toutes ces propriétés sont une grande opportunité pour de nouvelles formations politiques démocratiques ; des coopératives communales dans l’agriculture, mais aussi dans la distribution de l’eau, de l’énergie, sont d’excellents moyens de production. La situation est aussi favorable pour le développement d’une société politique éthique, même l’idéologie patriarcale est moins ancrée ici que dans les sociétés voisines.
    Ceci est bénéfique pour l’établissement d’une société démocratique où la liberté de la femme et l’égalité seront un des principaux piliers. Ceci donne aussi l’opportunité de construire une nation démocratique fondée sur des identités multi-nationales ce qui représente une bien meilleure solution à l’impasse présentée par l’état-nation. L’entité émergente de tout ceci pourrait servir de modèle pour tout le Moyen-Orient et s’étendre dynamiquement dans les pays voisins. Convaincre les pays voisins de ce modèle changera la face et la destinée dub Moyen-Orient et renforcera la chance pour la modernité démocratique de créer une alternative réelle et viable.
  4. Les raisons des problèmes de la nation perse ou iranienne d’aujourd’hui peuvent être trouvées dans les interventions des civilisations historiques et la modernité capitaliste. Bien que leur identité d’origine fut le résultat de la tradition zoroastre et mithraïque, celles-ci furent annulées par un dérivé de l’Islam. Le manichéisme qui émergea de la synthèse du judaïsme, du christianisme et de l’Islam mélangés à la philosophie grecque ne fut pas capable de prévaloir sur l’idéologie de la civilisation officielle. De fait, cela n’alla pas plus loin que de pomponner la tradition de la rébellion. Ceci convertit donc la tradition islamique en une dénomination chi’ite et l’a adopté pour être la dernière idéologie civilisationnelle en date. Des efforts sont faits pour moderniser cette idéologie en passant des éléments de la modernité capitaliste au travers du filtre chi’ite.
    La société iranienne est multi-ethnique et multi-religieuse et possède une très riche culture. Toutes les identités nationales et religieuses du Moyen-Orient peuvent se trouver en Iran. Cette diversité est en contraste marqué avec l’affirmation hégémonique de la théocratie qui cultive un subtil nationalisme religieux et la classe dirigerante ne se recoqueville pas de sa propagande anti-moderniste lorsque cela sert ses intérêts. Des tendances révolutionnaires et démocratiques ont été intégrées par la civilisation traditionnelle. Un régime despotique y gouverne avec perspicacité.
    Malgré un centralisme étatique très fort en Iran, une forme de fédéralisme existe depuis la base populaire. Lorsque des éléments de civilisation démocratique et fédéraliste s’y entrecroisent incluant les Azeris, les Kurdes, les Balouchis, les Arabes et les Turkmens, le projet d’une “Confédération Démocratique d’Iran” peut tout à fait émerger et devenir une solution très attractive. Le mouvement des femmes et les traditions communales joueront ici un rôle spécial et prépondérant.
  5. La question nationale arménienne contient une des plus grandes tragédies que le “progrès” de la modernité capitaliste ait amené au Moyen-Orient. Les Arméniens sont un vieux peuple. Ils partagent bien de leurs installations territoriales avec les Kurdes. Tandis que les Kurdes vivent principalement de l’agriculture et de l’élevage, les Arméniens sont des artisans et des artistes. Tout comme les Kurdes, les Arméniens ont développé une tradition d’auto-défense. Mise à part une très courte période, les Arméniens n’ont jamais fondé d’État. Ils reposent sur la foi chrétienne qui leur donne leur identité et leur foi en la rédemption. A cause de leur religion, ils furent souvent opprimés par la majorité musulmane. Ainsi, le nationalisme émergeant bourgeonna dans la bourgeoisie arménienne. Il y eut très vite de grandes différences avec le nationalisme turc ce qui déboucha sur le génocide des Arméniens par les Turcs. Les Arméniens sont le second groupe culturel avec les juifs vivant dans une diaspora. La création d’un état arménien à l’ouest de l’Azerbaïdjan n’a néanmoins pas résolu la question nationale arménienne. Les conséquences du génocide ne peuvent pas être exprimées par les mots. La quête de leur pays perdu définit leur psychée nationale et est au cœur même de la question arménienne. La situation est aggravée par le fait que ces zones ont été colonisées depuis par d’autres personnes. Tous concepts basés sur un état-nation ne peuvent pas résoudre le problème, offrir une vraie solution. Il n’y a là-bas ni une structure populaire homogène, ni de frontières suffisamment claires comme il est requis dans le système de la modernité capitaliste.
    Ainsi des structures confédérées pourraient bien être la solution pour le peuple arménien. […] Cela leur permettrait de retrouver une place dans la pluralité culturelle moyen-orientale. S’ils se renouvelaient sous une nation arménienne confédérale démocratique, non seuleent continueraient-ils à jouer un rôle historique important au sein de la culture moyen-orientale, mais ils y trouveraient également le vrai chemin de la libération.
  6. Dans les temps modernes, les chrétiens araméens (Assyriens) ont aussi souffert de la même destinée que les Arméniens. Eux aussi sont un des plus vieux peuples du Moyen-Orient. Ils ont partagé une zone teritoriale avec les Kurdes et avec d’autres peuples. Tout comme les Arméniens, ils ont souffert d’une oppression de la part de la majorité musulmane pavant la voie pour un nationalisme araméen de leur bourgeoisie. Les Araméens furent aussi victimes d’un génocide aux mains des Turcs sous les auspices criminels du Comité pour l’Unité et le Progrès fasciste. Des collabos kurdes au régime ont été complices de ce génocide. La question de la société nationale araméenne a ses racines dans la civilisation mais s’est aussi développée plus avant avec le christianisme et les idéologies de la modernité. Pour une solution viable, il est besoin d’un changemement radical des Araméens. Leur véritable salut réside probablement dans leur départ de la mentalité de la civilisation classique et de la modernité capitaliste et en lieu et place, embrasse la civilisation démocratique et renouvelle leur riche mémoire culturelle comme un élément de la modernité démocratique afin qu’ils se reconstruisent comme une “Nation Araméenne Démocratique”.
  7. L’histoire du peuple juif donne aussi une expression de la problématique générale de l’histoire culturelle du Moyen-Orient. La recherche de la toile de fond d’expulsion, de pogroms et de génocide revient à équilibrer les comptes des civilisations. L’ancienne communauté juive a pris les influences des anciennes cultures sumérienne et égyptienne ainsi que que celles des cultures tribales locales. Elle a énormément contribué à la culture moyen-orientale. Comme les Araméens, ils furent les victimes des développement extrèmes de la modernité. Sur cette toile de fond, les intellectuels de descendance juive ont développé un point de vue complexe envers ces affaires.
    […] L’état-nation israélien est en guerre depuis sa création. Le slogan est: œil pour œil. On ne peut pas combattre le feu avec le feu. Même si Israël jouit d’une relative sécurité grâce au soutien international qu’il possède, ceci ne représente en rien une solution durable. Rien ne sera sécure en permanence aussi longtemps qu’on n’aura pas dépassé la modernité capitaliste.
    Le conflit en Palestine démontre que le paradigme de l’état-nation n’est pas une solution viable. Il y a eu trop d’effusion de sang et ce qui demeure est le difficile héritage de problèmes en apparence insolubles. L’exemple israélo-palestinien démontre l’échec total de la modernité capitaliste et le modèle d’état-nation.
    Les Juifs font partie des porteurs de culture du Moyen-Orient. Nier leur droit à l’existence est une attaque sur le Moyen-Orient en tant que tel. Leur transformation en une nation démocratique comme pour les Arméniens et les Araméens rendrait leur participation à une confédération démocratique du Moyen-Orient bien plus facile.
    Le projet pour une “Confédération Démocratique de l’Égée Orientale” serait un point de départ tout à fait positif. Des identités religieuses et nationales au sens strict du terme pourraient bien évoluer en des identités ouvertes et flexibles sous un tel projet. Israël pourrait aussi bien évoluer en une nation plus démocratique et acceptable. Ses voisins devront sans aucun doute participer à cette transformation eux-mêmes.
    Les tensions et les conflits armés du Moyen-Orient rendent la transformation du paradigme politique de la modernité inévitable. Sans cela, une solution aux difficiles problèmes sociaux et aux questions nationales est impossible. La modernité démocratique offre une alternative à ce système actuel qui est absolument incapable de résoudre les problèmes.
  8. L’annihiliation de la culture hellénique en Anatolie (NdT: aussi appelée l’Asie Mineure, qui correspond aujourd’hui au territoire turc oriental, plus de 90% de sa superficie) est une perte qui ne peut pas être compensée. Le nettoyage ethnique qui fut entrepris par à la fois les Turcs et les Grecs dans le premier quart du XXème siècle a laissé sa marque. Aucun état n’a le droit de chasser des peuples de leurs terres ancestrales et de leur région culturelle. Quoi qu’il en soit, les états-nations ont démontré leur inhumanité envers les problèmes politiques et culturels encore et toujours. Les attaques sur les cultures hellénique, araméenne, juive et arménienne montèrent d’un cran alors que l’Islam se répandait sur le Moyen-Orient. Ceci en retour, contribua au déclin de la civilisation moyen-orientale. La culture musulmane n’a jamais été capable de remplir le vide laissé et émergeant. Au XIXème siècle, lorsque la modernité capitaliste s’avança au Moyen-Orient, elle y trouva un désert culturel créé par une érosion culturelle auto-infligée. La diversité culturelle renforce également les mécanismes de défense d’une société. Les monocultures sont moins robustes. Ainsi la conquête du Moyen-Orient ne fut pas difficile. Le projet de nation homogène comme il fut propagé par l’État-nation ne fit qu’avancer leur déclin culturel.
  9. Les groupes ethniques caucasiens (NdT: blancs) ont aussi leurs problèmes sociaux qui ne sont pas insignifiants. Encore et encore ont-ils migré vers le Moyen-Orient et stimulé sa culture. Ils ont contribué de manière incontestable à sa richesse culturelle. L’arrivée de la modernité a presque fait disparaître ces minorités culturelles. Eux aussi trouveraient une place plus qu’adéquate au sein d’une structure confédéraliste démocratique.

Finalement, laissez-moi encore dire que les problèmes fondamentaux du Moyen-Orient sont profondément enracinés dans la civilisation de classes. Elles se sont resserrées avec la crise globale de la modernité capitaliste. Cette modernité et sa domination clâmée ne peut offrir aucune solution sans mentionner l’absence de perspective à très long terme pour la région moyen-orientale.
Le futur est le Confédéralisme Démocratique.

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Note de Résistance 71:

Nous avons trouvé le texte complet en français en ligne, le voici:

« Le Confédéralisme Démocratique », Abdullah Ocalan, 2011

Résistance politique au Moyen-Orient: Les Kurdes du Rojava syrien annoncent la fédéralisation des communes libres…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 17 mars 2016 by Résistance 71

Les zones sous contrôle kurde du nord de la Syrie déclarent une fédération

 

RT

 

17 Mars 2016

 

url de l’article original:

https://www.rt.com/news/335951-kurds-federal-system-syria/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La Fédération de la Syrie du Nord sur RT France

 

Les zones contrôlées par les Kurdes en Syrie ont déclaré une région fédéraliste dans le nord de la Syrie, d’après des officiels cités par l’AFP et un témoin de l’agence Reuters.

Idris Nassan, un officiel du directorat des affaires étrangères de Kobané dans la province du Rojava syrien a dit Mercredi que les zone contrôlées par les Kurdes seront nommées la Fédération de la Syrie du Nord et représenteront tous les groupes ethniques vivant sur place.

Discutant avec RT arabe, Nassan a dit que la proposition de fédération a existé depuis le tout début du conflit syrien en 2011.

Les Kurdes de Syrie ont une longue histoire d’opposition et une longue histoire de lutte pour les droits légitimes de leur peuple dans ce pays”, a dit Nassan, expliquant que la lutte nationaliste avait évolué en une forme bien plus élaborée de lutte pour les droits égalitaires de manière générale.

Nassan a insisté sur le fait que la fédéralisation ne veut pas dire que le peuple kurde va emprunter la voie du séparatisme.

Ainsi je crois que les acteurs internationaux, principalement la Russie et les Etats-Unis soutiendront cette approche et se feront les avocats de sa mise en place.” A t’il ajouté.

Le système nouvellement installé est attendu remplacer les cantons autonomes du kurdistan syrien (Rojava).

Ceci intervient après l’exclusion du parti syrien kurde (PYD) des pourparlers politiques de la conférence de Genève ayant pour but de mettre fin au conflit syrien.

L’exclusion est en ligne avec les souhaits de la Turquie, qui voir le parti comme une branche du Parti des Travailleurs Kurdes (PKK). Ankara combat actuellement le PKK dans le sud-est de la Turquie, dans le nord de la Syrie et de l’Irak.

Quoi qu’il en soit, Moscou a fortement insisté pour que les Kurdes soient invités à s’assoir à la table des négociations, suggérant que les laisser à l’écart pourrait mettre en danger l’intégrité du territoire syrien. Staffan de Mistura, l’envoyé de l’ONU pour la Syrie a aussi dit que les Kurdes syriens méritent une place à la table des négociations de Genève.

Pendant ce temps là, la Turquie a dit que toute décision unilatérale visant à déclarer une fédération ne pourrait pas être valide, ajoutant qu’elle soutient l’unité nationale de la Syrie et son intégrité territoriale. Une source au sein du ministère des AE turc a dit à Reuters que la structure administrative de la Syrie sera décidée par tous les Syriens au travers de l’adoption d’une nouvelle constitution.

Les Kurdes syriens contrôlent effectivement une large bande de terres de plus de 400 km le long de la frontière syro-turque, de la frontière avec l’Irak jusqu’à l’Euphrate. Ils contrôlent aussi une section de la frontière du nord-est dans la zone de Afrin.

La déclaration de la fédération arrive au moment où la Turquie continue sa répression sur le PKK en Syrie, dans le nord de l’Irak et dans le sud-est de la Turquie. Des combats s’y tiennent depuis Juillet 2015 après qu’Ankara ait brisé un accord de cesser-le-feu vieux de deux ans.

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Les communes libres kurdes du Rojava syrien