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Résistance politique: Le confédéralisme démocratique kurde du Rojava… une révolution sociale passée sous silence… (Suite)

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Pourquoi un confédéralisme démocratique kurde ?

 

Eden Dersim

 

3 Septembre 2014

 

url de l’article en français:

http://www.actukurde.fr/actualites/682/pourquoi-un-confederalisme-democratique.html

 

Le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) est classé sur la liste noire des Etats-Unis et bien nombre de pays membres de l’OTAN. En effet, en Turquie une guerre presque invisible se poursuit depuis ces 30 dernières années avec les Kurdes faisant plus de 17.500 assassinats politiques simplement classés en « cas non-résolu ».

Fondé en novembre 1978, le PKK est considéré  comme force de défense en aucun cas le PKK attaque. Le PKK lutte également contre le trafic de drogue et le pillage de sites archéologique du Kurdistan

Cependant, il est intéressant de s’intéresser à la ligne politique  du PKK, formulée comme le « confédéralisme démocratique » qui se propose comme une alternative à ce trio: le capitalisme, l’Etat-nation,  l’industrialisme, qui sont remplacés par une «  nation démocratique, une économie communautaire, et  une industrie écologique ».

Il est claire que le capitalisme, l’Etat-nation et  l’industrialisme actuel conduisent l’humanité  à la catastrophe, tant sur le plan économique que social ou environnemental.

Donc, le leader kurde Abdullah Ocalan propose trois projets pour affronter la modernité capitaliste:   d’abord une république démocratique, ensuite une autonomie démocratique, enfin un confédéralisme démocratique et écologique.   Ce dernier projet, soit le confédéralisme démocratique exige une « société démocratique, écologique et l’égalité des sexes ». Si on résume encore,  ce confédéralisme est « la démocratie radicale sans l’Etat. »

Voici quelques rares extraits du livre « Le Confédéralisme-Démocratique » d’Abdullah Ocalan, le leader des Kurdes, emprisonné sur l’Ile d’Imrali depuis 1999 en Turquie à perpétuité pour avoir défendu les droits du peuple Kurde. Son avion s’était fait arrêté au Kenya alors qu’il était en route pour rejoindre Nelson Mandela et y trouver son soutien.

« A l’époque de la formation du PKK, dans les années 1970, le climat politique et idéologique internationale était caractérisé par le monde bipolaire de la Guerre Froide et le conflit entre socialisme et capitalisme. (…) »

« Le PKK n’a jamais considéré la question Kurde comme un simple problème d’ethnicité ou de nationalité. Nous concevions notre mouvement comme un projet visant à libérer et à démocratiser la société.

« Le droit à l’autodétermination des peuples comprend le droit à un Etat propre. La fondation d’un Etat ne permet cependant pas d’augmenter la liberté d’un peuple, et le système des nations Unies, fondé sur les Etats Nations, a démontré son inefficacité. Les Etats-Nations se sont ainsi mis à représenter de sérieux obstacles faces aux évolutions sociales. Le confédéralisme-démocratique est le paradigme inverse, celui des peuples opprimés. Le confédéralisme-démocratique est un paradigme social et non étatique. Il n’est pas contrôlé par un Etat (centrale), il représente les aspects organisationnels et culturels d’une nation démocratique. Le con fédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la population, et ce sont les communautés concernées qui y maîtrisent le processus décisionnel. Les niveaux les plus élevées ne sont présents qu’afin d’assurer la coordination et la mise en oeuvre de la volonté des communautés qui envoient leur déléguées aux assemblées générales. Pour assurer un gain de temps, ils font office à la fois de porte-parole et d’institution exécutive. »

« Les limites entre ce que les tribus considéraient comme leur territoire n’étaient pas encore fixe, le commerce, la culture ou la langue n’étaient donc pas restreints par celles-ci. Longtemps, les frontières territoriales demeurèrent fluctuantes. A peu près partout dans le monde, les structures féodales prédominaient et de temps en temps apparaissaient de monarchies dynastiques ou de grands empires multiethniques, aux frontières changeantes et comprenant différentes langues et communautés religieuses tels que l’Empire romain, l’empire Austro-Hongrois, l’empire Ottoman ou encore l’empire Britannique. »

« Nous reconnûmes également un lien de causalité entre la question Kurde et la domination mondiale imposée par le système capitaliste moderne. Sans remettre en question ce lien, toute solution aurait été impossible. Nous aurions continué à être indépendants, sous de nouvelles formes. »

Pour « résumé », le PKK prône un pouvoir horizontale accessible aux plus près des habitants qu’ils soient arabes, turcs, iraniens, assyriens ou chaldéens et non un pouvoir verticale et centrale inaccessible aux petits peuples et aux habitants même dans leur localité. Il s’agit d’une représentation extrême des minorités et d’une décentralisation extrême jusqu’à effacer le rôle important du Président et cela éviterait bien des problèmes tels que le lobbying ou la corruption.

Malheureusement, les pays occidentaux ne proposent que le modèle de l’Etat Nation comme alternative étatique au peuple Kurde dont le credo serait comme en Turquie à l’époque Kemaliste « uniformiser pour mieux régner ».  Il est hors de question de créer un pan-Kurde comme alternative à la détresse et l’oppression du peuple Kurde en mettant à mal un autre peuple.

Pour illustrer cette idée, en Rojava (Kurdistan de Syrie) qui est autonome depuis 2012, trois cantons ont été créés (canton de Kobane, Jezire et Efrin) et un système de co-maire a été mis en place dans ses cantons prônant la place de la femme. Tous les peuples autochtones sont représentés : Arabes, Assyriens, Chrétiens, Chaldéens, Alaouites et Kurdes.

Au Kurdistan, en Turquie et en Syrie,  une véritable révolution sociale est en marche depuis de nombreuses années, bien qu’aucun média ne semble vouloir s’intéresser à ce phénomène.

Il est évident que si les Kurdes avaient « joué » la carte du nationalisme la région serait le théâtre  de violents affrontements entre ethnies et d’une guerre civile.

Par conséquent, la folie des grandeurs est le fruit de l’imagination des capitalistes et impérialistes et nous pouvons l’observer à travers divers exemples (le Grand Lyon, le Grand Paris, le Grand New -York, la Grande Arménie, le Grand Israël, le Grand Kurdistan …) allant à l’encontre de l’idéologie de base du PKK.

Enfin, il est regrettable qu’aucun géopoliticien qui se dit spécialiste du Moyen-Orient n’ait pu ramener cet aspect primordial sur l’échiquier du Middle-Est.

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Sur Résistance 71:

Le confédéralisme démocratique du Rojava kurde

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Résistance politique: Le confédéralisme démocratique kurde du Rojava… une révolution sociale passée sous silence…

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La dégénérescence des révoltes dans le monde et la révolution kurde

Maxime Azadi

Mars 2014

url de l’article en français:
http://www.actukurde.fr/actualites/631/la-degenerescence-des-revoltes-dans-le-monde-et-la-revolution-kurde.html

 

De Libye en Syrie, en passant par l’Ukraine et Venezuela, nous sommes face à une dégénérescence des révoltes, quand on voit les gouvernements de l’Occcident aux cotés des extrémistes, considérés comme « opposition » ou « alternative », en encourageant la violence et des partis fascistes.

Cette politique qui dénature les révolutions place l’Union Européenne face aux aspirations démocratiques des gens oppressés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il s’agit d’un jeu très dangereux, une approche contraire aux valeurs sur lesquelles cette union a été fondée.

Des aspirations légitimes des peuples pour la liberté et la chute des régimes répressifs, soutenus jadis par les élites de l’Occident, se sont transformées en conflits insolubles, après l’intervention occidentale, qui a provoqué de nouveaux champs de bataille jusqu’aux portes de la Russie et en Amérique Latine, sous l’effet du conflit syrien. Cette défiguration des révoltes est un coup contre les revendications démocratiques et anticapitalistes.

L’Union Européen, notamment la France, pays de la révolution de 1789, doit absolument réviser radicalement sa politique étrangère et doit adopter une approche pacifique et démocratique pour résoudre les problèmes, notamment pour faire sortir rapidement la Syrie de ce bain de sang.

Cependant, malgré cette politique qui produit des crises, provoque des tentions entre les peuples, divise les sociétés, encourage les « extrémistes » et les « régimes répressifs », il y a des avancées importantes en vue de créer une vie commune et fraternelle entre les peuples au Moyen-Orient,

KURDISTAN SYRIEN EST LE FUTUR DU MOYEN-ORIENT

Face à la crise mondiale du capitalisme, ce pire malheur que le monde n’a jamais connu, il faut absolument se tourner vers d’autres solutions, d’autres modèles d’administration non-étatiques et une autre politique économique et sociale.

A cet égard, la Syrie devient très importante pour faire une évaluation sur ce qui se passe et tirer les conséquences. C’est en Syrie que se joue le futur du Moyen-Orient. Le conflit syrien représente à la fois l’échec de la politique des gouvernement des pays occidentaux et le besoin d’un nouveau système.

On a vu en Syrie la militarisation de la révolte avec le soutien de l’Occident, et la poursuite de l’oppression de la part du régime d’une part, et les recherches d’une solution pacifique pour construire un pays démocratique d’autre part.

En conséquence, l’opposition syrienne, la Turquie, les Monarchies du Golfe, l’Occident ont échoué. Personne ne peut dire le contraire. Leur politique et leur stratégie qui ignoraient les véritables revendications des peuples de la Syrie ont conduit le pays dans le bain de sang. Ils n’ont jamais proposé une véritable alternative pour remplacer le régime répressif syrien. L’opposition que ces pays soutenaient ont refusé de reconnaitre les droits légitimes kurdes. Les pays occidentaux ont toujours évité de parler de Kurdes et de besoin d’une solution pour une vie commune en Syrie.

Malgré tout et leur inexpérience, les Kurdes ont prouvé une immense réussite en plein d’une guerre horrible, en mettant en œuvre le projet de l’autonomie démocratique. Les Kurdes ont prouvé qu’une troisième voie existe, même militairement sans avoir besoin de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar, ces pays qui ne sont jamais été un modèle pour une révolution et pour la démocratie.

LE MODELE CANTONAL

En janvier, la région kurde a été divisée en trois cantons, soit le canton de Djazira et ceux d’Afrin et Kobani, sur le modèle suisse mais avec une nouvelle perspective moyen-orientale, dans le cadre d’un projet confédéral, élaboré par le leader kurde Abdullah Ocalan, emprisonné en Turquie depuis 1999. Cette expérience montre que de différents peuples peuvent vivre ensemble dans la paix malgré leurs divergences, après des dizaines d’années de l’oppression sous le régime Baas.

Ce modèle inclut tous les composants de la région kurdes dont les arabes, les arméniens, les assyriens, les tchétchènes mais aussi les différentes religions comme l’Islam, le christianisme, le yézidisme etc…

Le canton de Djaziara a adopté trois langues officielles, kurdes, arabe et syriaque. Les vices présidents du canton sont un arabe et une syriaque. Les femmes sont fortement représentées dans les gouvernements de ces trois cantons. Une femme est à la tète du canton d’Afrin.

UN TEST POUR L’OCCIDENT

Aujourd’hui, les Kurdes proposent la stabilité, un modèle démocratique en Syrie, même si on voit toujours que l’Occident et les pays de la région ne veulent pas voir cette expérience. Une approche qui reflète le visage inhumain de la modernité capitaliste face aux drames humanitaires et aux aspirations des peuples. Par ailleurs, le refus du modèle cantonal en Syrie peut également signifier que le modèle suisse n’a pas de valeur.

Au lieu de perdre du temps sur la table posée à Genève par la Russie et l’Amérique, qui exclut les peuples syriens, l’Occident doit renforcer l’expérience kurde qui offre une confédération démocratique et écologique pour la Syrie. Jusqu’ici, on constate que l’Occident ne s’intéresse pas d’une démocratie incluant tous les peuples, mais elle veut refaçonner la Syrie selon ses propres intérêts qui ne sont pas forcement démocratiques.

Les cantons kurdes, le future du Moyen-Orient, attendent une reconnaissance internationale qui mérite. Ces cantons représente non seulement une nouvelle chance pour les gouvernements européens afin de pouvoir gagner la confiance des peuples de la région, mais aussi une chance qui peut corriger une injustice de cent ans faite aux Kurdes.

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Sur Résistance 71:

Rojava et confédéralisme démocratique

Solidarité Kurdistan

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Constitution du collectif « Besançon Solidarité Kurdistan »

Groupe Proudhon Besançon

Fédération Anarchiste

11 janvier 2016

Source:
http://groupe.proudhon-fa.over-blog.com/2016/01/solidarite-kurdistan.html?utm_source=flux&utm_medium=flux-rss&utm_campaign=politics

En Syrie et en Irak, les forces progressistes et révolutionnaires kurdes – en particulier le PKK, les YPG et YPJ – constituent l’une des principales forces de résistance face aux terroristes obscurantistes de Daesh. En première ligne dans les combats, elles parviennent à faire reculer les positions de l’Organisation de l’Etat Islamique, comme à Kobané, Sinjar ou Tel Abyad.

Dans les territoires du Rojava (Kurdistan syrien), libérés par les YPG et YPJ, les peuples de la région ont proclamé en 2013 « l’autonomie démocratique », indépendante du régime dictatorial de Bashar Al-Assad. Ils ont créé un système d’auto-gouvernement contrôlé par des assemblées populaires et basé sur l’égalité des sexes, la défense des minorités ethniques et religieuses, des principes écologistes et anticapitalistes. Ainsi, à travers le combat armé qui oppose dans le Rojava les progressistes kurdes aux soldats de Daesh, ce sont deux projets de société antagonistes qui s’affrontent : l’un obscurantiste, fasciste et totalitaire, l’autre révolutionnaire, démocratique, égalitaire et féministe.

Depuis le début du conflit, les Kurdes doivent cependant faire face à un autre adversaire de taille : l’Etat turc, présidé par Erdogan et son parti l’AKP, qui préfèrent soutenir Daesh plutôt que de voir les forces progressistes kurdes gagner en influence et en autonomie.

Depuis cet été, l’Etat turc a repris ses bombardements contre les positions du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et mène une politique de terreur et de répression sanglante contre les forces progressistes et révolutionnaires. Les journalistes et la presse d’opposition sont muselés, les manifestations hostiles au pouvoir sont attaquées par la police, des milliers de militant.e.s de gauche ou syndicalistes sont emprisonné.e.s, de nombreuses villes et villages kurdes sont assiégés par l’armée et plusieurs centaines de civils ont été assassinés.

Malgré cela, ni la France, ni l’Union Européenne ne s’élèvent contre les multiples crimes et atteintes aux droits humains perpétrés par la Turquie (pays pourtant membre comme la France de l’OTAN et de la coalition militaire internationale en Syrie). Au contraire, en maintenant le PKK sur la liste des organisations terroristes, le gouvernement français est complice de la répression qui frappe les progressistes en Turquie et qui affaiblit la résistance à Daesh. Un accord de coopération policière signé en 2011 entre la France et la Turquie facilite même l’extradition de militant.e.s kurdes réfugié.e.s en France.

A Besançon, plusieurs organisations, qu’elles soient politiques, syndicales ou associatives, ont manifesté ces derniers mois leur solidarité avec les forces progressistes qui combattent l’obscurantisme et le fascisme et qui œuvrent pour la paix au Moyen-Orient. Elles ont décidé de se rassembler pour constituer le collectif Besançon Solidarité Kurdistan, qui se donne comme objectifs de :

– manifester notre solidarité et apporter une aide concrète aux forces progressistes qui luttent au Moyen-Orient,

– obtenir le retrait du PKK de la liste des organisations terroristes et l’abrogation de l’accord de coopération policière entre la France et la Turquie.

Ce collectif, ouvert à toutes les forces progressistes de Besançon et de sa région, rassemble des membres de diverses organisations (voir signataires ci-dessous) et des individu.e.s et citoyen.ne.s non encarté.e.s.

Le collectif appelle d’ores et déjà à un rassemblement de solidarité avec le peuple kurde pour dénoncer les massacres en Turquie, samedi 16 janvier à 15 heures place du 8 septembre.

Premiers signataires : Parti Communiste Français (PCF), Initiative Communiste Ouvrière (ICO), Fédération Anarchiste (FA), Action Populaire (AP), AMEB Solidaires Étudiant.e.s, Collectif Antifasciste de Besançon (CAB), Union de la Jeunesse de Mésopotamie (UJM), …

Contact : b-solidarite-kurdistan@riseup.net

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A lire notre dossier Résistance 71 sur le Rojava syrien et le communalisme démocratique

Moyen-Orient: La révolution sociale dont personne (ou presque…) ne parle parce qu’elle gêne… Le communalisme démocratique autogestionnaire des kurdes du Rojava syrien…

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Le pouvoir au peuple du Rojava (Kurdes syriens)

 

Carne Ross

 

Octobre 2015

 

url de l’article:

https://robertgraham.wordpress.com/2015/12/31/2015-year-in-review/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“Anarchie au Rojava, une révolution libertaire au Moyen-Orient”

 

J’ai visité le Rojava (NdT: province kurde du nord de a Syrie) pour filmer un documentaire au sujet de la chute du modèle démocratique occidental. La région couvre un “coin” substantiel du nord-est de la Syrie et a une population d’environ 3 millions d’habitants, pourtant ce n’est pas facile d’y aller. Le seul passage se fait par un petit bateau ou un vieux ponton grinçant enjambant le fleuve Tigris depuis l’Irak.

La Turquie a fermé sa frontière avec le Rojava, empêchant tout mouvement depuis le Nord, incluant les vivres humanitaires, vers les zones contrôlées par les Kurdes. Au sud, en Irak, le gouvernement régional du Kurdistan ne rend pas l’accès facile, les laisser-passer pour les journalistes ne sont pas évidents et nous dit-on, des visites répétées ne sont pas du tout encouragées.

L’isolation n’est pas seulement physique. La Turquie voit la milice syrienne kurde du YPG qui combat contre l’organisation djihadiste de l’EIIL au Rojava comme étant synonyme de PKK (Parti Ouvrier du Kurdistan), un ennemi de très longue date en Turquie. L’avancée du YPG contre l’EIIL le long de la frontière nord de la Syrie a été stoppée par une déclaration de la Turquie pour une soi-disante “zone tampon” à l’ouest de l’Euphrate entre le ligne de front et le canton contrôlé par les Kurdes de Afrin dans le nord-ouest. Pour les Kurdes, le motif est transparent: empêcher la formation d’une zone de contrôle kurde contigue à la frontière sud de la Turquie.

Le KRG qui collabore avec la Turquie contre le PKK, a aussi été reluctant à soutenir l’YPG, même s’ils partagent un ennemi commun avec l’EIIL. La Turquie a de même fait pression sur les USA pour qu’ils dédaignent les Kurdes syriens, bien que Washington soit plus supportif de ceux-ci récemment, incluant des livraisons d’armes au YPG. Dans le même temps, les Kurdes maintiennent une trêve difficile avec le gouvernement syrien, qui maintient deux petites bases militaires au Rojava, mais qui n’a autrement aucune présence militaire ici, un accord tacite par lequel les Kurdes contrôlent le territoire en échange de ne pas combattre le régime.

Les journalistes qui parviennent à y arriver gravitent naturellement vers la ligne de front comme la ville dévastée de Kobané ; similairement, des photos des jeunes femmes photogéniques qui composent la milice kurde féminine du YPJ, attirent plus les yeux et l’attention que les réunions populaires des villagers qui sont la réalité quotidienne de cette démocratie inovatrice de la base même du peuple. Pourtant, ce sont dans ces assemblées populaires poussiéreuses au travers de toute la région du Rojava que la révolution démocratique se produit effectivement.

Résistance politique et action directe: Le communalisme autogestionnaire kurde du Rojava vu de l’intérieur…

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« Quand des gens qui sont des administrateurs en arrivent à prendre des décisions politiques en sus, les fondations d’un État ont été creusées: une élite est entrée dans le processus d’usurper aux citoyens le pouvoir décisionnaire. »
~ Janet Biehl ~

« Il n’y a qu’une seule manière de dépasser le pouvoir de l’État selon Gustav Landauer, c’est par la croissance d’une véritable structure politique organique, par l’union des personnes et des familles de différentes communautés en associations volontaires et rien d’autre qui détruisent l’État en le déplaçant… »
~ Larry Gambone ~

 

Une épistémologie de la liberté, entretien avec un jeune kurde

 

Eleanor Finley, Sherhaad Naaima

 

2 Novembre 2015

 

url de l’article en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Une-epistemologie-de-la-liberte

 

« Tant que le Moyen-Orient ne dépassera pas l’État-nation, il ne pourra jamais devenir une région en paix »

Kobané, août 2015. Interview de Sherhad Naaima, jeune révolutionnaire qui livre un bref récit de ses expériences et réflexions sur la révolution du Rojava, l’écologie sociale et la récente trahison du mouvement kurde en Turquie.

Comment grandit-on dans l’ouest du Kurdistan ? Que fait ta famille ?

Je suis né en 1991 dans une famille kurde, dans un village situé en dehors de Kobané. Kobané fait partie de la province administrative d’Alep en Syrie. Mon père est un travailleur, mais comme il ne trouvait pas d’emploi à Kobané, nous avons déménagé à Damas. Là-bas, j’ai étudié la littérature anglaise à l’université de Damas et mon frère aîné est devenu journaliste. Lorsque la guerre et la violence ont éclaté, nous avons abandonné nos études et sommes revenus dans notre village.

À Kobané, le PYD [1] a essayé de mettre en place des communautés autogérées par des assemblées de démocratie directe. Peux-tu nous décrire cela ?

En 2011, les gens se sont révoltés contre la dictature du président [Assad] et ont revendiqué plus de libertés. Les Kurdes ont également pris part à cette révolution, malgré le fait que les solutions proposées par les groupes de l’opposition marginalisaient les Kurdes et leur niaient toute solution possible. C’est pourquoi le PYD a pris une « troisième voie » dans la révolution, ce qui signifiait que nous ne soutenions ni le régime syrien ni l’opposition, car ils ont tous les deux la même mentalité qui nie les droits des Kurdes.

En 2012, les Kurdes ont réussi à expulser les forces de sécurité syriennes hors des régions kurdes. Afin de combler le vide consécutif à ce retrait, le PYD a proposé de créer un nouveau modèle d’auto-administration. C’est le modèle qui fonctionne dans tout le Kurdistan occidental (Rojava, Kurdistan syrien), dans les trois cantons de Cizîrê, Kobané et Afrin. Ce type d’administration peut être qualifié d’administration politique non étatique, parce qu’il ne gouverne pas, il administre. La prise de décision part d’en bas (le peuple) vers le haut. Tous les gens peuvent s’exprimer directement dans les assemblées locales qui sont ouvertes à tous les partis politiques et à toutes les ethnies. L’écologie et le féminisme sont aussi des piliers importants.

As-tu participé aux assemblées ? Comment se sont-elles répandues, quelle dimension ont-elles ?

Tout d’abord, les gens ont construit les assemblées locales dans tous les domaines, économiques, éducatifs, culturels, sociaux, services publics et de sécurité. Ces assemblées ont été mises en place par l’élection directe et l’expérience de cette politique démocratique a fait qu’elle est devenue une part de la vie de tous. J’ai participé à ces assemblées en traduisant des articles et des comptes rendus de l’anglais vers l’arabe quand je vivais à Kobané.

Il est aussi important de noter que les sociétés qui ne disposent pas d’un mécanisme d’autodéfense perdent leur identité et leur capacité de prise de décision démocratique ainsi que leur caractère politique. C’est pourquoi, afin de protéger ces assemblées, les Unités de protection du peuple (YPG) ont été créées. Cette armée du peuple fonctionne comme une rose qui se protège elle-même avec ses épines ; elle est composée localement par des hommes et des femmes et est placée sous le contrôle des assemblées démocratiques. La différence entre cela et une armée est que ces unités ne sont pas composées seulement d’une partie de la société mais par tous ses membres. Parce que, si un seul parti contrôlait l’armée, ce serait comme mettre un morceau de foie devant un chat affamé.

Comment as-tu pris connaissance de l’écologie sociale ?

En 1999, lorsqu’Öcalan [2] a été enlevé au Kenya, ce fut un tournant dans ma vie. Au début, ce fut une expérience très déprimante. Mais à cause de cette expérience, je me suis intéressé à la politique et j’ai pris conscience de la question kurde. Après l’enlèvement d’Öcalan et son incarcération à l’isolement sur l’île d’Imrali, il a commencé à étudier les pensées philosophiques et politiques afin de trouver une solution pacifique à la question kurde. Là, en prison, il a étudié et a été influencé par de grands penseurs et philosophes comme Murray Bookchin, Immanuel Wallerstein, V. Gordon Childe, Fernand Braudel, Friedrich Nietzsche, Michel Foucault et l’École de Francfort. Quand j’ai lu des livres qu’Öcalan a écrits en prison, je me suis familiarisé avec les idées de ces penseurs qui l’avaient influencé, surtout Bookchin parce qu’il offrait une solution et une alternative qu’Öcalan recherchait. Ainsi les idées de Bookchin ont gagné en popularité dans le Moyen-Orient par l’intermédiaire du PKK en Turquie et du PYD en Syrie. Cependant, il n’est pas très connu ici parce que ses livres ne sont pas traduits en arabe.

Selon toi, quelle est la principale contribution de l’écologie sociale au mouvement kurde ?

Au cours des deux derniers siècles, le nationalisme et la tendance en faveur des États-nations a nourri les sociétés du Moyen-Orient. Cette forme d’État, qui vise à la monopolisation de tous les processus sociaux, a été imposée dans le Moyen-Orient par la modernité capitaliste. Comme le paradigme de l’État-nation vise à créer une identité nationale unique, une identité culturelle unique et une seule religion unifiée, la diversité et la pluralité doivent être détruites. Cette approche a conduit à l’assimilation et au génocide de toutes sortes de traditions spirituelles, intellectuelles et culturelles.

Mais, cette forme d’État ne pourra jamais résoudre les problèmes du Moyen-Orient parce que le Moyen-Orient est multiethnique, multiculturel et multiconfessionnel. Dans le passé, le mouvement kurde cherchait à créer un État-nation kurde séparé, mais, après avoir lu les idées de Bookchin, cette idéologie a changé. Les Kurdes ont pris conscience que le paradigme de l’État-nation n’a pas de sens, car ils ne veulent pas remplacer les anciennes chaînes par de nouvelles ni même contribuer éventuellement à augmenter la répression. L’écologie sociale débouche sur le communalisme (l’aspect politique de la philosophie de Bookchin) comme une alternative à l’État-nation. Maintenant, les Kurdes du Rojava mettent le communalisme en pratique. Plus le communalisme se renforcera, plus l’État-nation sera affaibli, car tant que le Moyen-Orient ne dépassera pas ce paradigme de l’État-nation, il ne pourra jamais devenir une région en paix.

Pourquoi la Turquie a-t-elle « trahi » l’accord de cessez-le-feu avec les Kurdes ?

Pour comprendre pourquoi la Turquie, avec l’aide des États-Unis et de l’OTAN, vise maintenant le mouvement de libération kurde, nous devons revenir sur l’histoire de l’État turc. Entre 1960 et 1970, quand la gauche était forte et largement répandue en Turquie, les États-Unis et l’OTAN ont établi et soutenu un nouveau modèle en Turquie, qu’Öcalan appelait la « Turquicité verte ». Ce modèle était un mariage du nationalisme turc et de l’autoritarisme islamique. Plus tard, il engendra un fils appelé AKP, Parti de la justice et du développement (dirigé par le président turc Erdoğan). Son principal objectif était de combattre et d’écraser les processus de gauche en Turquie et dans le Moyen-Orient. Maintenant, l’AKP ne vise pas seulement l’opposition kurde, mais aussi la gauche, en particulier la gauche qui a une théorie cohérente et qui peut représenter une alternative démocratique au Moyen-Orient. La gauche internationale doit être consciente de cela.

Comment les différences internes entre Kurdes se manifestent-elles à l’Ouest ? Barzani en Irak et le PYD en Syrie sont largement soutenus par les États-Unis et ses partenaires internationaux, tandis que le PKK en Turquie est « diabolisé » pour vouloir mettre en place le même genre d’autonomie.

Les différences internes au sein de la communauté kurde peuvent être comprises en deux parties. Pour une part — le PYD et le PKK — agissent contre le capitalisme et pour essayer de parvenir à un modèle démocratique en démantelant la mentalité étatiste. Ce nouveau modèle est alimenté par l’héritage des penseurs et des philosophies de la liberté à travers l’histoire. L’autre partie, représentée par Barzani, accepte le paradigme de l’État-nation et cherche des réponses dans les limites du capitalisme. Donc, la différence est idéologique. Il est également important de mentionner que le PKK et le PYD ont encore des caractéristiques autoritaires qui doivent être dépassées par une lecture attentive de l’œuvre d’Öcalan et d’autres penseurs anarchistes.

Pourquoi la gauche en Occident n’offre-t-elle pas plus de soutien à la lutte kurde ?

Je pense que la gauche fonctionne et agit dans les limites de l’épistémologie capitaliste (le scientisme, l’orientalisme, le réductionnisme, l’eurocentrisme, le positivisme, etc.). Cette épistémologie est fondée sur la distinction sujet-objet et se reflète dans diverses dichotomies telles que corps et esprit, est-ouest, blanc et noir, nord et sud, etc. Dans de telles distinctions, la hiérarchie et l’exploitation de la nature et de la société ont gagné en puissance par rapport aux époques précédentes de l’histoire. C’est pourquoi la gauche occidentale aborde la question kurde avec une épistémologie capitaliste, et à cause de cela, elle passe à côté d’une compréhension approfondie de la question kurde. Une autre cause est que la gauche est souvent fragmentée, désorganisée, qu’elle a perdu son caractère contre-systémique, et qu’elle se retrouve dans l’incapacité de développer une théorie cohérente et rationnelle en mesure d’unifier la lutte et de proposer une alternative au système capitaliste. Il est très triste de dire que la gauche est de gauche dans son cœur mais capitaliste dans son esprit parce qu’ils se sont lourdement remplis d’un tas de conceptions capitalistes.

Peux-tu donner un exemple de ça ?

Oui. Beaucoup d’Américains et d’Européens de gauche n’ont-ils pas été surpris par les femmes combattantes kurdes ?

C’est parce que dans leur esprit, le Moyen-Orient est encore « en arrière » et cette dualité entre l’Est et l’Ouest est à la racine de l’orientalisme. Pour surmonter cela, nous devons voir la société comme un développement organique. L’histoire est une rivière, elle ne peut pas être coupée. Nous n’avons pas d’Est ou d’Ouest, mais plutôt une histoire qui bouge, se déplace et conserve en elle toutes les cultures humaines. Pour rompre avec l’épistémologie capitaliste, la gauche doit plonger plus profondément dans l’histoire cachée et redonner vie à ses propres traditions de liberté et avec l’idée d’une utopie de la liberté. Ils doivent construire une théorie holistique à partir de l’unité des sciences naturelles et des sciences sociales. Cette nouvelle théorie, qui pourrait s’appeler « épistémologie de la liberté » pourrait servir comme une contre-connaissance à l’épistémologie capitaliste.

Interview réalisée par Eleanor Finley,
de l’Institut pour l’écologie sociale

Source : Institute for Social Ecology
Traduction : MP

Notes

[1] PYD, Parti de l’union démocratique.

[2] Abdullah Öcalan, connu sous le nom d’Apo, est l’un des fondateurs et le dirigeant du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, Partiya Karkêren Kurdistan).

Organisation politique contre l’État: L’exemple du confédéralisme démocratique kurde du Rojava…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 12 octobre 2015 by Résistance 71

L’autonomie démocratique au Rojava et au Bakur

 

Par Sarah Caunes et Anouk Colombani*

 

10 Octobre 2015

 

url de l’article:

http://alterautogestion.blogspot.jp/2015/10/lautonomie-democratique-au-rojava-et-au_10.html#more

 

Merci aux rédactrices de leur accord pour la publication de cet article sur ce blog.

 

Le Rojava désigne la région historiquement kurde de Syrie. Dans les affres de la révolution syrienne, y est née une forme d’organisation que les habitant-e-s par « révolution ». Cette révolution n’arrive pas de n’importe où, elle est le résultat du mouvement kurde de Turquie et des réflexions d’A. Öcalan. L’organisation porte le nom de confédéralisme démocratique.

Traduire vers l’imaginaire politique européen ce qu’est la révolution du Rojava demande de comprendre les bouleversements idéologiques et pratiques qui ont eu lieu depuis une quinzaine au Kurdistan et plus spécifiquement dans la lutte lancée par le PKK à la fin des années 1970. Première précision, on n’y parle pas d’autogestion, mais d’autonomie démocratique, de démocratie radicale et de confédéralisme démocratique.

Les Kurdes, comme entité historique, ont été bafoués du droit à l’autodétermination, alors même qu’il s’agit de leur territoire historique. Ils-elles sont resté-e-s exclu-e-s du concert des États-nations nées dans la première moitié du XXe siècle après que les empires français et britanniques aient trahi la promesse de permettre la création d’un État kurde. Ils se sont alors trouvés séparés entre quatre États : Iran, Irak, Turquie, Syrie, dans lesquels ils ont été opprimés au fil du siècle sous des modalités différentes bien qu’ayant des points communs. De multiples partis kurdes sont nés dans ces pays pour lutter à la libération des Kurdes. La révolution du Rojava est issue à divers niveaux des mouvements politiques kurdes et s’inscrit plus spécifique dans le mouvement pour le confédéralisme démocratique. Cependant le mot de peuple pose question dans une région où les État-nation datent de la première moitié du XXe siècle. Le mot de peuple ne se confond pas avec l’État, et encore moins avec la nation. Dans le mouvement, l’appellation kurde tend à être remplacée par celle de peuples du Kurdistan quand il est question du projet politique et du futur.

Le modèle du confédéralisme démocratique (Demokratik Özerklik) repose sur un paradoxe. Il est né dans le carcan du marxiste-léniniste PKK (parti des travailleurs du Kurdistan), né en 1978 en Turquie et devenu un parti de lutte armée en 1984. Ses objectifs étaient alors la formation d’un État-nation kurde. Le parti était constitué en avant-garde et fondé sur un fonctionnement hiérarchique. À la fin des années 1990, le mouvement kurde connaît un processus de bilan et de remise en questions à la fois du « socialisme réel » critiqué pour son absence de démocratie et de la forme État-Nation comme mode de résolution des luttes de libération nationale, considéré comme une impasse. C’est de ce processus que va émerger le nouveau paradigme du Confédéralisme Démocratique, dont la révolution du Rojava est l’une des mises en œuvre les plus abouties.

Nous présenterons d’abord la mise en place du confédéralisme démocratique au Kurdistan du nord (celui de Turquie), terre où il nait, à travers le DTK, puis après une re-contextualisation des luttes en Syrie, nous présenterons les avancées des cantons autonomes du Rojava.

  1. La fondation du congrès pour une société démocratique

La Révolution du Rojava est la réalisation la plus avancée d’un projet de société né dans le Kurdistan du nord (Bakur) dénommé « confédéralisme démocratique ». L’idée du confédéralisme démocratique est d’Öcalan, leader du mouvement kurde qui, à la fin des années 1990, va se lancer dans la refonte du modèle démocratique proposée par le mouvement politique kurde. Plusieurs causes peuvent participer à expliquer ce changement. Des raisons contextuelles : l’effondrement de l’Union soviétique et la guerre civile qui dure et touche très durement la population kurde. Des raisons idéologiques : les stratégies et modes d’organisation du marxisme-léninisme sont remis en cause. La structure du parti est elle-aussi réformée, pour notamment revenir sur les pratiques de purge, d’auto-critique ou la hiérarchie. D’un autre côté, Öcalan inspiré par un penseur du nom de Murray Bookchin va entreprendre une remise en cause de l’État et de la stratégie de la prise du pouvoir d’État. La libération nationale qui a pour objectif de prendre le pouvoir est écartée comme solution viable.

Öcalan va inventer deux concepts : celui de modernité capitaliste qui décrit l’état du capitalisme actuel. Cette modernité repose sur le nationalisme, l’exploitation économique, l’individualisme et le patriarcat. Autant de rapports à déconstruire. Le confédéralisme démocratique est pensé comme objection donc alternative à la modernité capitaliste. C’est une organisation par « le peuple lui-même », la voie qui permet de reconnaître la pluralité culturelle, sociale et religieuse des peuples qui vivaient dans cette région. Le confédéralisme démocratique serait une actualisation des formes sociales et des habitudes du Moyen – Orient. Il s’agit de construire une contre-hégémonie au rapport destructeur de l’État-nation, au capitalisme et au patriarcat.

Au Kurdistan du nord, le paradigme de l’autonomie démocratique est tenté d’être expérimenté par l’Union des communautés du Kurdistan (KCK) à partir de 2005, qui est réseau de conseils de village, villes et régions. Entre 2009 et 2011, l’État turc lance les « opérations KCK » et arrête plus de 10 000 personnes pour « appartenance à une organisation terroriste ». Ces arrestations visaient des cadres du parti légal, des avocats, des syndicalistes, des étudiant-e-s, des journalistes portent un coup dur à la réalisation de l’autonomie démocratique du Bakur. En 2007 était le congrès pour une société démocratique (DTK). Son objectif était de rassembler les structures qui veulent militer pour une société démocratique. Il s’agit en quelque sorte du « parlement » auto-organisé du Kurdistan du Nord. Il n’a pas de liens avec l’État turc et ne bénéficie d’aucune reconnaissance de sa part.

« Nous voulons nous auto-gouverner en nous organisant dans les différentes parties de la population sous formes d’assemblée. Le DTK est l’assemblée du Kurdistan et fait converger diverses assemblées par quartier ou corporation, ainsi que les mouvements existants. La spécificité de ce système d’autonomie démocratique que nous voulons créer est que ces mécanismes d’assemblées permettent un auto-gouvernement. Dans le système dominant en Turquie, l’existence même des Kurdes est niée. L’enseignement en langue maternelle est interdit par les lois en vigueur. Nous avons comme objectif d’éliminer tous ces interdits. Nous voulons vivre de manière égale, juste et libre avec tous les peuples de Turquie. Nous considérons qu’une constitution démocratique qui s’appuie sur les droits humains universels est une condition indispensable pour que les Kurdes puissent accéder à leur droit. Le DTK se compose des différents partis politiques et organisations de la société civiles et de diverses personnes influentes (comme les chefs religieux). Il s’agit d’un chapeau dans lequel se regroupe diverses organisations. Toutes les décisions prises dans les assemblées générales s’appliquent aux organisations qui le composent. Les gouvernements locaux (municipalités) en sont membres. Le DTK s’est constitué de règles démocratiques. 501 délégués dont 301 délégués du peuple, qui ont été choisis dans des assemblées. Les 200 autres délégués sont des représentant-es de diverses institutions : membres de partis politiques, d’organisations de la société civile, chefs religieux progressistes, chefs de tribus. Ces deux cents délégués ont été choisis par des élections dans leurs institutions. Le DTK est dirigé par deux co-dirigeants (un homme et une femme) accompagné-es de 11 membres d’un comité de direction élu par l’AG. Tous les deux ans, le DTK se réunit en « congrès ». Ils se réunissent tous les trois mois en AG. L’AG des 501 délégué-es est le lieu central de décision. Le comité de direction applique les décisions. Les décisions sont prises suite au travail de commissions. Chaque commission discute et définit les besoins, fait son compte-rendu. Si la commission en a le besoin, elle soumet une motion à l’AG. La motion est discutée par les 501 délégué-es, puis soumise au vote. Elle est acceptée à la majorité simple. L’AG peut ajouter ou ôter des parties des motions. Le lieu de prise de décisions est cette AG[1]. »

La structure du DTK est donc horizontale, mais aussi représentative. Il ne s’agit pas d’en faire une institution « de pouvoir » ou «étatique». Tous les délégués sont révocables et doivent suivre les décisions prises. Personne ne peut décider seul. L’horizontalité s’exerce par les commissions qui sont au centre du travail du DTK. Elles émanent des assemblées locales, mais chaque commission existe aux divers niveaux : quartier, ville, département, région. Ces commissions travaillent sur des sujets liés aux problèmes de la population du Kurdistan. Elles sont au nombre de 14 (sociale, écologie, politique, diplomatie, droit, économie, droits humains, femmes, jeunesse, savoir (recherche et enseignement), peuples et croyances, internationale, soin et santé). Chaque commission a ses propres assemblées et mène ses activités au sein des assemblées.

Malgré le changement de paradigme, il demeure un paradoxe dans le fait qu’une organisation-parti essaye de mettre en place des espaces d’auto-organisation. Comment cohabitent le congrès, les partis légaux ou électoraux et la branche illégale ? Il n’y a pas de liens organiques entre les groupes. Chacun-e paraît intervenir sur un terrain qui lui est propre, quitte parfois à s’opposer entre eux-elles. Par exemple, la gestion des municipalités fait débat parmi de nombreuses assemblées – associations du DTK. Les « montagnes » ont de leur côté la légitimité de la lutte illégale et armée – les guérillas sont perçus comme la protection du peuple, donc des assemblées du DTK – ce qui leur permet de faire de temps à autre des déclarations coup de poing pour recadrer si nécessaire certaines dérives estimées anti-révolutionnaires. Le mouvement se construit donc à la fois dans un rapport de force entre les divers groupes et une cohabitation – co-aide des un-e-s et des autres : si la guérilla défend la population, sans la population, la guérilla ne peut pas survivre. Ainsi tout en occupant aussi le terrain de la politique légale et institutionnelle (parlement et mairies), le mouvement kurde est essentiellement tourné vers la réalisation d’une auto-organisation du peuple.

  1. Quelques éléments sur les Kurdes en Syrie

Rojava signifie ouest en kurde, il désigne la partie ouest du Kurdistan qui se trouve dans les frontières de la Syrie. En Syrie, les régions kurdes ont été la proie d’une politique étatique d’assimilation et de morcellement des territoires kurdes (Hassakeh, Kobane et Efrin) par ce que le régime syrien nommait la politique de la « ceinture arabe » qui commence en 1962 : des populations « arabes » furent déplacées pour créer des villages encerclant les villages kurdes. A travers la loi sur le recensement de 1962, le gouvernement syrien a aussi privé de leur nationalité plus de 300 000 kurdes, créant des apatrides dans leur propre pays, et des personnes sans droits et sans reconnaissance. Paradoxalement la Syrie a aussi été la terre d’accueil du leader kurde Abdullah Öcalan, qui après le début de la lutte armée en 1984 contre la Turquie, s’y réfugia et y forma des camps d’entraînement et ce jusque 1998, date à laquelle il est expulsé de la Syrie par le pouvoir de Assad, soit un an avant son arrestation. Le régime d’Hafiz El-Assad soutient le PKK, mais aussi le PDK irakien, contre des ennemis communs la Turquie et l’Irak. Les menaces de la Turquie contre la Syrie finissent par avoir raison de la terre d’asile du PKK et la reprise du pouvoir par le fils Bachar El-Assad marque le début d’un conflit ouvert entre les Kurdes et le régime. En 2003, le mouvement kurde se réactive et s’oppose au régime baassiste pour la première fois. En 2003 est créé en Syrie le PYD qui prend le relais du PKK et s’inscrit immédiatement dans le paradigme du confédéralisme démocratique, mais se trouve aussi immédiatement soumis à une répression systématique[2]. De surcroît, l’État syrien réagit à la réorganisation politique des Kurdes par des répressions comme celle de 2004 à Qamishlo. Le 12 mars 2004, dans la ville kurde syrienne de Qamishlo, un match de football dégénère en affrontement entre « Arabes » et « Kurdes ». Des supporteurs « arabes » scandaient des slogans en faveur de Saddam Hussein (alors déchu, mais responsable de plusieurs massacres contre des populations kurdes d’Irak). Dans le même match, des hommes commencent à lapider un joueur kurde. Les policiers en civil présents dans le stade tirent sur la foule faisant de nombreux blessés. De nombreux affrontements ont lieu les jours qui suivent, les forces de l’ordre interviennent : le bilan est d’une trentaine de morts, 2000 arrestations, 160 blessés graves, tous étant essentiellement des Kurdes. Après que les forces de l’ordre aient tiré lors d’enterrements des victimes de la répression, la révolte kurde se propage à toute la Syrie. La répression contre les Kurdes s’amplifie encore puis un embargo économique est mis en place par le régime de Damas pour étouffer la zone. Dans la révolution qui éclate en mars 2011, les Kurdes seront très présents dans les soulèvements à travers toute la Syrie. [SEVE, 2012[3]]

  1. Auto-organisation au Rojava

Alors que la révolution syrienne éclate puis se transforme en guerre civile, les Kurdes présents dans le Rojava vont décider de mettre en œuvre ce qu’ils nomment une « troisième voie ». Le PYD s’il n’est pas autorisé en Syrie, a de nombreux militant-e-s sur le terrain, qui œuvre dans le sens de l’autonomie démocratique depuis plusieurs années. Ce travail et l’existence de leur force d’autodéfense (YPG) vont faciliter l’emprise du PYD sur les régions de peuplement kurde. Ils décrètent trois cantons qui forment le Rojava (Efrin, Kobané, Djezireh) et déclarent l’Autonomie Démocratique en décembre 2013 sur la base d’un « contrat social », expression choisie pour éviter le caractère étatique de « constitution ». Ils créent alors un système d’auto-gouvernement populaire, fondé sur des assemblées communales de voisinage (comprenant plusieurs centaines de ménages chacune), auxquelles n’importe qui peut participer et avec le pouvoir s’exerçant de bas en haut par des députés élus au niveau de la ville et des cantons. Les trois cantons sont unis par ce contrat, mais ne fonctionnent pas nécessairement de la même manière. Le contrat social stipule des principes anti-étatiques, anti-nationalistes, pluriculturels, multilingues et pour l’égalité hommes/femmes. La représentante des « Rojavans », comme les appellent Janet Biehl dans ses carnets de voyage, est une assemblée dénommée le Tev-Dem (Tevgera Civaka Demokratîk). Elle regroupe une centaine de personnes qui sont désignées par les assemblées locales ainsi que les représentant-es de partis et associations de chaque canton. C’est à la fois une assemblée et une coalition. Le Tev-dem a établi des dizaines de comités et groupes dans les quartiers, les villages, les campagnes et les villes avec l’objectif de faire se rencontrer et discuter entre eux-elles les habitant-e-s. Des « maisons du peuple », lieu de sociabilité et d’assemblée, sont créés par quartier.

Tous les paradoxes qui existaient en Turquie se retrouvent ici concernant la place des partis politiques à l’intérieur du mouvement d’auto-organisation. Mais la puissance du mouvement permet de résoudre plus vite les contradictions qui lui sont inhérentes. A contrario, l’état de guerre et l’embargo subit par le Rojava complique les réalisations de la révolution.

Dans ces conditions, voici quelques grands traits, que nous pouvons retenir du projet du Rojava : il n’y a pas d’État. Il n’y a plus de « minorités » au sens où il n’y a pas de caractère national décidé. Chaque langue est reconnue si des citoyens en expriment le besoin. Chaque religion peut être pratiquée mais elle n’intervient pas dans les affaires politiques. L’égalité homme-femme est au centre du projet. Chaque poste à responsabilité, chaque représentation est gérée par deux personnes : un homme et une femme. Cela permet à la fois l’égalité des sexes et le contrôle démocratique. Dans les instances représentatives, 40 % sont obligatoirement des femmes. Les femmes ont des assemblées en non-mixité. Elles y traitent des sujets qu’elles estiment les concerner et s’occupent de problèmes concrets comme les violences faites aux femmes. Elles ont aussi créées une force militaire non-mixte qui est aussi une force d’autodéfense contre les violences domestiques, les YPJ.

3.1. Auto-organisation des forces armées YPG / YPJ (Yekîneyên Parastina Jinê)

Les YPG / YPJ sont composées en grande partie de la population du Rojava, mais des renforts nombreux-s-es de Qandil et des Kurdes du nord y ont été envoyé-e-s. L’organisation de la lutte armée relève aussi de formes d’auto-organisation, et ce malgré un commandement installé dans les monts Qandil, au QG du KCK. C’est dans ces montagnes que s’effectue la formation militaire qui dure en général trois mois. Cette formation est proche de ce qu’on trouve dans les académies avec, par ailleurs, l’idée de travailler sur l’ego de chacun-e. Les combattant-e-s s’engagent dans une vie collective, qui peut être qualifiée de « camaraderie ». A Qandil, comme au Rojava, il y a une guérilla de femmes et une guérilla mixte. Toute relation amoureuse est proscrite. Les YPG/YPJ fonctionnent par petit groupe, qui décide chacun-e de son coordinateur-trice. Le coordinateur-trice peut changer et son rôle n’implique pas qu’il-elle soit au-dessus des autres. Chaque combattant.e possède ses armes et les entretient. A côté des guérilleros qui s’engagent pour longtemps et sont formés, le Rojava a vu la naissance de combattant-e-s plus « temporaires ». Bien souvent ces personnes ne restent pas plus de deux mois. Aussi les organisations socialistes et révolutionnaires de Turquie ont créé des unités de combat. Enfin, il y a actuellement des Brigades Internationales qui regroupent environ 130 personnes venues du monde entier pour aider à la reconstruction de Kobane, à la logistique, etc. La camaraderie est très présente face à la mort. Les YPG / YPJ n’abandonnent jamais les corps de leurs camarades et de nombreux cimetières pour les martyrs ont vu le jour au Rojava.

3.2. L’éducation dans le Rojava

Dans le projet de l’autonomie démocratique, l’éducation est centrale. D’une part parce que la création d’un système d’éducation auto-organisé permet de soustraire cette question de la tutelle de l’État, permet d’enseigner dans les langues maternelles et de créer des contenus d’enseignement en accord avec l’autonomie démocratique.

Tout le monde (c’est-à-dire filles comme garçons) est obligé d’aller à l’école à partir de l’âge de 6 ans. L’éducation doit pouvoir se faire dans la langue maternelle des enfants. Par ailleurs, de nombreuses académies ont vu le jour à travers la région. Elles sont destinées aux adultes. Le mot académie a été choisi à la place de celui d’université : « Bien que les universités lors de leur création pensaient s’organiser de manière indépendante du système central, aujourd’hui le mot université résonne bien plus avec un lieu de formation de cadres pour les États. Les académies quant à elles sont un espace dans lequel la société construit elle-même sa force intellectuelle. Et elles existent encore comme des lieux dans lesquels sont produits le savoir et les sciences.[4] » déclare Dorşin Akif, qui enseigne à l’académie des femmes et à celle des sciences sociales. L’éducation doit prendre aussi ses distances vis-à-vis d’un modèle étatique et nationaliste. Les académies servent à l’émancipation des individu-e-s et du collectif. C’est flagrant dans le cas des académies des femmes, dans lesquels toutes les femmes viennent discuter entre elles, suivre des cours ou des formations. Une académie de « droit » existe aussi dans laquelle des discussions sont faites autour d’un modèle de justice axé sur la médiation et non la vengeance de l’État et la punition.

La séparation enseignant-e / étudiant-e n’est pas à proprement parlée existante. Il s’agit plutôt de formation auto-organisée. L’apprentissage par cœur et la vérité tout crue y sont plutôt mal vus. Toute personne qui sait quelque chose ou veut présenter quelque chose peut se trouver enseignante. Ces enseignements comprennent à la fois de l’histoire, de l’anthropologie, de la philosophie, une critique du droit. Le modèle des académies de femmes est le mieux connu et le plus abouti actuellement. Les femmes y travaillent les rapports historiques avec les hommes, l’inégalité à travers les siècles. Y sont développées des critiques du système patriarcal, qui dans les théories d’Öcalan fonctionne main dans la main avec l’État. Cet ensemble a même pris un nom : la jinéalogie (formée à partir de « logie » et jîn (femme) / Jiyan (vie)). Mais les académies sont aussi et surtout des espaces où les femmes s’émancipent et apprennent à fonctionner par elles-mêmes et surtout en égal des hommes.

3.3 L’économie

Le Rojava subit un embargo. Son économie est une économie de guerre. Personne ne se fait payer à l’exception de ceux et celles qui continuent à travailler pour l’État syrien. La nourriture est distribuée et chaque espace tente d’avoir un potager, voire des animaux pour faire du fromage notamment. L’économie commence à prendre forme après des mois de flou dus à la guerre essentiellement. Cependant le contrat social institue que « le système économique dans les provinces doit viser à assurer le bien-être général et en particulier l’octroi du financement de la science et de la technologie. Elle visera à garantir les besoins quotidiens des personnes et à assurer une vie digne. Le monopole est interdit par la loi. Les droits des travailleurs et le développement durable sont garantis. » Le Rojava vit en autosuffisance et des coopératives ont été fondées pour assurer les besoins de chacun. Par ailleurs, l’économie est adossée à un autre grand principe du confédéralisme démocratique : l’écologie. La refonte de l’économie est probablement l’un des plus gros chantiers à venir pour la révolution. A la fois pour permettre effectivement une vie digne, mais aussi pour refuser le capitalisme. Les menaces et pressions en cours à la fois de certains partis kurde, organisés autour du PDK (Irak) et de la communauté internationale augurent d’un combat qui est loin d’être terminé.

Conclusion

Le modèle d’auto-organisation du mouvement kurde a donc aujourd’hui une quinzaine d’années, sa mise en œuvre a été très rapide, même si elle est encore loin d’être aboutie. Cette auto-organisation repose au Bakur comme au Rojava sur un mouvement populaire de masse, ce qui permet qu’elle s’enrichisse par la pluralité de ceux et celles qui y apportent des choses. Il faut rappeler que pour les Kurdes, les frontières entre les pays sont celles de la colonisation, donc n’ont de réalité qu’oppressive. De nombreuses familles se sont trouvé séparées de part en part de la frontière. La révolution du Rojava a donc un impact sur toute la région et constitue une source d’inspiration. Cela montre aussi qu’il ne s’agit pas d’un modèle figé. L’évolution spectaculaire du PKK et du mouvement kurde depuis 20 ans donne un aperçu des évolutions possibles d’un mouvement dont la force transcende aujourd’hui tout ce que les révolutionnaires critiques et les autogestionnaires auraient pu imaginer.

Il faut noter qu’un troisième congrès existe expérimentant lui aussi l’autonomie démocratique, mais au niveau de la Turquie : le Congrès Démocratique des Peuples (HDK) qui regroupe un certain nombre de syndicats, organisations LGBTI, organisations féministes, collectifs et parti écologistes, une partie des organisations révolutionnaires de Turquie, et le mouvement kurde. Cette évolution constitue un tournant majeur au Moyen-Orient. Mais tant que la guerre durera en Syrie, l’autonomie démocratique sera en danger. Les velléités d’autres groupes de créer un État-nation kurde constitue aussi une menace pour le confédéralisme démocratique. Ce débat concerne à la fois les Kurdes « entre eux-elles » et les gauches du Moyen-Orient. La situation de la région fait que les groupes divers doivent avancer ensemble vers un projet démocratique qui permette à toutes les cultures de vivre. Cet horizon suppose nécessairement la fin des nationalismes et entrent en contradiction avec les nationalismes arabes tout particulièrement.

Sarah Caunes et Anouk Colombani sont membres de Solidaires Etudiants.

Impérialisme au Moyen-Orient: Les Kurdes une fois de plus trahis par l’occident… La France trahie par le pays du goulag levant…

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La véritable cible de cette énième trahison des Kurdes par l’occident est le confédéralisme communaliste et democratique du Rojava (nord de la Syrie) et la peur viscérale de la Turquie et de l’occident de voir prendre racine et s’étendre un mode de gestion politico-social autogestionnaire, répudiant et n’ayant pas besoin de l’État dans une zone géopolitique si sensible aux turpitudes de l’empire.

Tout comme il fallut la coalition des états fascistes brun (Espagne franquiste, Allemagne hitlérienne et Italie mussolinienne) et fasciste rouge (URSS stalinienne), ainsi que la complicité de république dite modérée (France) et monarchie constitutionnelle (Royaume-Uni) pour venir à bout de la révolution sociale libertaire espagnole de 1936-39 prenant ses origines dans un développement anarchiste de la société espagnole depuis 1868, nous assistons à un bis repetita de la manœuvre pour étouffer et massacrer les communes autonomes et progressistes du Rojava sous couvert d’une guerre par proxy d’invasion de la Syrie et de l’Irak par la légion mercenaire pseudo-djihadiste de l’OTAN qu’est l’EIIL/EI et sa nébuleuse « nosratique ».

Pathétique non ?

— Résistance 71 —

 

La France en colère contre Obama

 

IRIB

 

6 Août 2015

 

url de l’artticle:

http://french.irib.ir/analyses/articles/item/377556-la-france-en-colère-contre-obama

 

Des sources diplomatiques, à Paris, ont révélé que le Président français, François  Hollande, et son ministre des A.E, Laurent Fabius, étaient en colère contre les politiques du Président américain, Barak Obama, à l’égard du dossier nucléaire iranien, notant que l’irritation des responsables français s’était exacerbée, à la suite du feu vert donné par Washington à Ankara, pour déclencher une guerre contre les Kurdes, en Turquie, en Syrie et en Irak. On affirme que la France considérait les Kurdes comme des alliés sûrs et stratégiques, dans la région. Une source diplomatique, interviewée par Al-Ahednews, a indiqué que le Président Obama avait levé la couverture des Kurdes et permis à Erdogan de lancer une offensive contre eux, en contrepartie de la permission aux avions de l’OTAN, notamment, américains, d’utiliser la base aérienne d’Incirlik, pour mener des raids contre l’organisation «Daech», en Irak et en Syrie.

Selon la source, les services de renseignements français avaient envoyé un rapport à l’Elysée, selon lequel la Turquie ne mènera pas de raids contre «Daech», mais exploitera l’accord avec les Etats-Unis, pour pilonner les postes des Kurdes, qui combattent «Daech», en Syrie et en Irak. «La France a envoyé, en 2014, des experts militaires, afin d’aider les Kurdes, à Arbil et Sinjar. Ces experts  poursuivent, toujours, leur mission, dans le Kurdistan de l’Irak, où la France offre un grand soutien aux forces kurdes, notamment, dans le domaine des renseignements. En effet, la France fournit à ces forces les images prises par satellites des postes de «Daech» et de ses mouvements, en Syrie et en Irak, affirme la source française. Et de poursuivre que les images fournies par la France aux Kurdes, durant la bataille de Kobané, ont joué un rôle déterminant, dans la résistance des Kurdes, dans la ville.

Toujours, selon les sources françaises, les relations franco-turques témoignent de tensions, depuis plus de trois ans. Des tensions que les deux parties ont réussi à cacher, en raison de leur hostilité commune à la Syrie et à son président. On ajoute que le dossier grec a accentué les différends entre Paris et Ankara, surtout, que la dernière était insatisfaite du rôle français, dans le sauvetage de la Grèce de la faillite, et dans la contestation du désir allemand d’expulser Athènes de l’Union Européenne. En effet, la Turquie considère la Grèce et la Bulgarie, comme l’entrave devant son acceptation, au sein de l’UE. Pour cette raison, elle guettait l’expulsion de la Grèce de l’Union. Mais la France a déployé de grands efforts, afin de maintenir l’adhésion de la Grèce à l’UE. Et Ankara estime que la raison de cette position française était la crainte, voire, la conviction française, selon laquelle l’Allemagne pourrait remplacer la Grèce, par la Turquie, vu les relations historiques entre les deux pays, datant de la première guerre mondiale. Par contre, une grande diaspora kurde habite, en France, où le PKK possède des propriétés et des sièges importants, tout comme dans la partie française de Bruxelles, où est installé le commandement politique du parti, dans l’Outre-mer.

C’est à partir de ces données que la France considère les Kurdes comme ses principaux alliés, en Irak, en Syrie et en Turquie. D’après les sources françaises, les rapports des SR ont, récemment, affirmé que les Kurdes sont la seule force militaire capable de combattre «Daech», en Syrie, au moment où les relations franco-irakiennes sont, toujours, otages de l’engagement français, dans la politique saoudienne, et de l’attitude négative  contre l’Iran. Un fait qui rend les Kurdes de l’Irak, comme l’allié de base de la France, incapable  de s’allier à «Daech». D’ailleurs, on écarte la possibilité d’un changement des positions françaises, dans la prochaine période, en dépit de l’accord nucléaire entre l’Iran et l’occident, de la visite du ministre français, à Téhéran, et de l’invitation adressée à Rohani de visiter Paris. En conclusion, les sources françaises  affirment que les différends  et les problèmes politiques nécessitent du temps, pour que la confiance soit instaurée entre les parties concernées.

 

Source : Al-Ahednews