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Confédéralisme Démocratique du Rojava: De l’État à la démocratie… Anatomie d’un changement de paradigme 2ème partie

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 15 octobre 2019 by Résistance 71

La seconde partie nous indique ce qu’est le Confédéralisme Démocratique et comment il s’applique sur le terrain, au Rojava et potentiellement ailleurs…
Pour que voit le jour la Société des Sociétés, à bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat ! Vive la confédération des communes libres volontairement associées !

~ Résistance 71 ~

En résultat [de la colonisation], la terre natale kurde fut divisée et les Kurdes furent forcés de se soumettre à des politiques d’états de déni et de diminution de leur volonté et pouvoir politique. Leurs réalités sociales furent divisées et bientôt ils se perdirent eux-mêmes. Pour subvenir à leurs besoins économiques, ils durent abandonner leur identité et furent démunis de statut légal et d’opportunités contemporaines d’éducation afin de récupérer leur existence idéologique et culturelle fondée sur leur identité. Ce déni d’identité tourna alors sur une question du fait qu’ils ne pouvaient pas vivre librement.
(Abdullah Öcalan)

“Les états sont maintenant des synonymes de chaos, de crise, de ruine et de malheur pour l’humanité. Nous devons nous libérer de cette calamité. Si vivre sous le joug de l’exploitation et de l’oppression n’est pas dans la nature de l’être humain, alors ni l’État, ni le drapeau qui le représente ne peuvent représenter le peuple et la société.”
(Commune Internationaliste du Rojava)

 


Réseau de Résistance & Rébellion International 

 

De l’État à la démocratie: anatomie d’un changement de paradigme

 

Komun

Commune Internationaliste du Rojava

 

Juin 2018

Source: https://komun-academy.com/2018/06/27/the-new-paradigm/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

 

De cette façon, depuis 2005, le PKK et toutes les organisations affiliées ont été restructurés sur la base d’un projet appelé KCK (Union des Communautés du Kurdistan ou Koma Civakên Kurdistan).

Le KCK est une organisation fondée sur la société et créée comme alternative à l’État, elle vise à s’organiser depuis la base sous la formes d’assemblées populaires.Le KCK est un mouvement qui lutte pour former sa propre démocratie, il ne voit pas les états existants comme un modèle, ni ne les voit comme un obstacle. 

Note de R71: Ce lâcher-prise de l’antagonisme est une excellente chose qui ne peut mener qu’à la synthèse politique adéquate, celle de la société des sociétés. Bien entendu, toutes les impostures et dictatures de la marchandise œuvrent et œuvreront contre…

Le but principal dans la formation du KCK est défini comme une lutte pour disséminer la démocratie radicale (fondamentale) sur l’organisation démocratique du peuple et sa capacité à prendre des décisions. La formation du KCK met en place un nouvel instrument qui surpasse la façon de voir étatique des relations sociales. En cela, le confédéralisme démocratique, qui constitue l’idée fondamentale du KCK et de son organisation, est valide partout dans la vie des Kurdes. Ceci inclut l’Irak, où les Kurdes vivent dans une structure d’état fédéral ayant des droits constitutionnels, incluant l’auto-gouvernement.

Il y a deux facteurs clefs dans le projet: une compréhension de la démocratie en tant que pouvoir du peuple, non pas une forme de gouvernement et que l’état et la nation doivent être laissés en dehors de cette compréhension.

Le confédéralisme démocratique est l’organisation du peuple, dans toutes les sphères non-étatiques de la vie. Il correspond à la diminution drastique de l’état existant dans le monde et de la tendance de la société à s’organiser en dehors de structures étatiques pour arranger sa propre vie sociale… Même si l’État fait obstacle, le mouvement de la liberté kurde exercera son droit légitime de s’organiser finalement démocratiquement. Il n’abandonnera définitivement pas ce but en disant: “l’état nous met des bâtons dans les roues”.

En définitive, tandis que la république démocratique est un projet de réforme d’un état, le confédéralisme démocratique et l’autonomie démocratique se situent au-delà de l’État et comprennent une idée politique sans État.

En conséquence, le projet de confédéralisme démocratique est lié au projet de république démocratique et d’après Öcalan, un Kurdistan libre ne peut exister que dans un Moyen-Orient démocratique. (a.g.e 34-5)

Nous avons mentionné que tout en suivant la ligne de développement de la pensée d’Öcalan, se situe l’importance centrale de ces trois concepts inter-reliés: la république démocratique, le confédéralisme démocratique et l’autonomie démocratique. Dans tous ces projets, le concept de démocratie est d’une importance capitale. La compréhension de ce terme a évolué vers plus de radicalité (NdT: une fois encore pris dans son sens de “racine”, d’ancrage profond dans la réalité et non pas dans le sens galvaudé usuel “d’extrémiste”, manipulation sémantique bien utile pour l’oligarchie…) depuis la contradiction entre les traditions démocratique et républicaine. Pour le PKK, la démocratie est un antidote à la structure centralisée de la république turque qui est fondée sur le concept d’état-nation et la version séculière française. L’idée la plus fondamentale de cette approche est que “la centralisation a tué la démocratie”.

Les différences principales entre le projet de république démocratique et le confédéralisme démocratique / autonomie démocratique sont que le point de focalisation de la première se situe sur la définition de l’état et de la citoyenneté tandis que les deux autres focalisent sur le développement d’une alternative à l’état et sur le peuple construisant sa propre organisation. Nous allons ici aborder le sujet du développement d’alternatives à l’État. Au lieu que les projets de confédéralisme et d’autonomie démocratiques ne soient vus comme potentiellement contradictoires vis à vis de l’organisation, il serait mieux de les considérer comme étant ensemble parties d’une stratégie d’harmonisation. Ils donnent une direction politique à la lutte d’aujourd’hui où que soit située l’action du PKK.

Le changement de paradigme qu’a vu le PKK au XXIème siècle a rendu une fière contribution aux vues politiques radicales en ce qui concerne une approche radicalement différente de ces trois aspects de la vie politique : l’état, la classe et le parti et “la politique non-étatique, l’organisation politique en dehors du parti et de thèmes politiques en dehors de la classe.” Du point de vue du PKK, ceci a impliqué une réforme de lui-même en amenant toute une série de transformations. Certaines de ces transformations du PKK et les changements radicaux effectués sur des points comme le droit à l’auto-détermination, la nation, la libération nationale, la violence et les femmes, sont particulièrement marquantes et frappantes.

Le principe d’auto-détermination des nations, qui fut soulevé dans le premier quart du XXème siècle, a laissé sa marque sur le siècle dernier. Les formes d’auto-détermination exprimées à la fois par le leader américain Woodrow Wilson et par le fondateur de l’URSS, Lénine, sont devenues un tremplin fondamental pour bien des luttes de libération et une partie inaliénable du droit international. Mais ce qui ne doit pas être oublié, est cette vérité que l’auto-détermination est en tout premier lieu, un principe d’action défini comme politique.

C’est pourquoi, lorsque le président Wilson a annoncé ce principe au congrès américain le 11 février 1918, il insista ouvertement sur le fait que : “L’auto-détermination n’est pas qu’une simple expression, c’est un principe impératif d’action que les hommes d’état ne pourront ignorer qu’à leur péril.” Ainsi, le PKK, du noyau de ce qui en a émergé dans les années 1970 et plus avant, adressa le principe d’auto-détermination comme principe impératif d’action puisque le peuple kurde avait été privé de tous droits fondamentaux et de libertés et condamnés sur leur terre même à un manque de statut, en retrait même du statut et de la règle coloniaux. Les territoires sur lesquels vivaient traditionnellement le peuple kurde furent divisés entre 4 états-nations (La Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran) dans les années 1920 et les très nombreuses réglementations et politiques coloniales imposées par ces états menèrent le peuple kurde à la ruine. Abdullah Öcalan exprime cet état de fait de la façon suivante:

En résultat, la terre natale kurde fut divisée et les Kurdes furent forcés de se soumettre à des politiques d’états de déni et de diminution de leur volonté et pouvoir politique. Leurs réalités sociales furent divisées et bientôt ils se perdirent eux-mêmes. Pour subvenir à leurs besoins économiques, ils durent abandonner leur identité et furent démunis de statut légal et d’opportunités contemporaines d’éducation afin de récupérer leur existence idéologique et culturelle fondée sur leur identité. Ce déni d’identité tourna alors sur une question du fait qu’ils ne pouvaient pas vivre librement.” (A. Öcalan, Kurdish Question and Democratic Nation Solution, published in Turkish, p.226).

Dans un tel environnement, le PKK a adopté comme guide le droit à l’auto-détermination du peuple kurde comme principe d’action fondamental. Bien sûr, sa conception et son application de ce principe fut lourdement influencé par les caractéristiques idéologiques, politiques et sociales de la période. Après la seconde guerre mondiale, les luttes de libération nationale se déroulèrent dans un système bi-polaire, d’abord au Vietnam et en Algérie, ce qui mena à l’indépendance de bon nombre d’anciennes colonies. Ceci affecta grandement le monde des années 1970. a ce sujet, Öcalan dira ceci plus tard:

Dans cette période des années 50 à 70, lorsque les luttes de libération nationale arrivèrent à leur point culminant et qu’elles eurent pour résultat des états séparés, ceci devint presque le seul modèle valide… En fait, le principe du droit des nations à l’auto-détermination fut en premier lieu exprimé par le président américain Wilson après la 1ère guerre mondiale et fut très lié avec les politiques hégémoniques des Etats-Unis. Lénine, afin de ne pas être en reste devant Wilson et pour gagner le soutien de nations opprimées et des peuples colonisés, radicalisa le même principe et le réduisit au fait de fonder un état indépendant. Une course commença alors entre les deux systèmes.
(The Kurdish Question and the Democratic Nation Solution [Turkish], p. 271-2).

Le PKK a approché l’auto-détermination au sein d’un cadre de compréhension d’un socialisme déjà existant à cette époque, se faisant ainsi l’avocat du modèle de la création d’un état. Mais, à partir du début des années 1990, la critique d’Öcalan de, premièrement, la compréhension du socialisme existant et, plus tard, de l’idéologie même de l’état-nation dans les premières années du nouveau millénaire, ont démontré un renouveau radical de l’approche du PKK sur le sujet. Aujourd’hui, l’auto-détermination est toujours un principe impératif d’action, mais la façon de le mettre en pratique ne passe plus par l’État, mais de mettre ce principe d’auto-gouvernement en mouvement à chaque niveau de la société.

La compréhension de l’autonomie démocratique constitue le cadre principal de cet auto-gouvernement. Les résultats de cette ligne de conduite, basés sur les Kurdes déterminant leur propre destinée sur la base du principe d’auto-gouvernement sans incliner à créer leur propre état séparé, où qu’ils vivent, d’abord et en premier lieu en Turquie, en Irak, en Iran et en Syrie, ont clairement émergé avec les développements historiques en Irak et en Syrie, au cœur même du Moyen-Orient.

En conséquence, le PKK a renversé l’argument de Lénine qu’”il serait erroné d’amener une interprétation différente au droit d’auto-détermination que d’être le droit à un état séparé d’exister.”, disant qu’il serait tout aussi erroné et trompeur de ne voir le droit à l’auto-détermination que comme s’il ne contenait aucune autre signification que ce droit à un état séparé d’exister. Cette vision est aussi corroborée dans l’analyse historique de l’état moderne en tant que projet bourgeois. (Mustafa Karasu, Radical Democracy, 2009).

Une fois de plus, lié à cela, le concept de nation du PKK a aussi été radicalement renouvelé. Au milieu des années 70, lorsque le PKK fut formé, la plupart des mouvements socialistes et de libération nationale étaient sous l’influence de l’idéologie de l’état-nation avec la plus rigide des définitions de ce terme exprimée par Staline. Sa célèbre formule: “Les nations ont une langue, un territoire, une vie économique et une culture en commun”, fut aussi un point de départ pour le PKK. Avec le nouveau paradigme politique, Öcalan critiqua cette formule, développant la définition d’une nation démocratique:

D’abord il est nécessaire de montrer qu’il n’y a pas qu’une seule définition de la nation. Quand un état-nation est fondé, la définition la plus commune est justement d’être un “état-nation”. Si l’élément unificateur est l’économie, alors il est possible de l’appeler nation-marché… On ne peut pas faire la généralisation qu’une nation partage une langue, une culture, un marché, une histoire, ce qui veut dire qu’on ne peut pas rendre absolu une unique compréhension de ce qu’est une nation. Cette compréhension de nation qui fut adoptée par le socialisme existant est contraire à la notion de nation démocratique. Cette définition qui fut développée par Staline en particulier pour l’appliquer à l’URSS, fut en fait une des raisons principales de l’effondrement de celle-ci. Aussi longtemps que la définition de nation, qui est rendue absolue par la modernité capitaliste, n’est pas transcendée, la résolution des questions nationales restera dans une impasse. Le fait que se pose toujours la question nationale avec une intense gravité après 300 ans est intimement lié à cette définition inepte se voulant absolue.” (2012, p.432).

D’après Öcalan: “En ce qui concerne la nation démocratique, c’est une société mutualiste établie par la libre volonté, la libre association d’individus et de communautés. La force unificatrice de la nation démocratique est la volonté d’association libre des individus et des groupes qui décident d’être dans la même nation… a définition de la nation démocratique exprime une vie commune de solidarité de citoyens pluralistes, libres et égaux qui ne sont pas entravés par des frontières politiques rigides, une langue unique, une religion ou une interprétation de l’histoire. Une société démocratique ne peut se réaliser qu’avec un tel modèle de nation.”(p.432).

L’approche de la violence dont l’utilisation stratégique et tactique fut toujours une pierre angulaire de la lutte du PKK est aussi passée par un changement radical. Au départ, l’approche de la violence, “la sage-femme de la société nouvelle”, fut une approche marxiste classique. Dans le processus induit de la révolte, la violence, sous forme de méthode de combat de guérilla, fut une tactique fondamentale de la lutte. A terme, la violence prit même une dimension fanonnienne, gagnant une personnalité existentielle et le rôle de libérateur social et individuel. Mais dans le nouveau paradigme, le PKK n’envisage pas un rôle de la violence au-delà du cadre de la self-defense légitime.
(Legitimate Defence Strategy, 2004).

La plus sévère forme de domination

Aujourd’hui, à la fois l’État et sa version capitaliste moderne, l’état-nation, sont sérieusement mis en question. Il est reconnu que l’état-nation ne profite en rien aux peuples et à l’humanité et qu’il contient même en lui une caractéristique génocidaire qui prépare le terrain pour la disparition de différentes cultures et différentes identités. Dans les circonstances de la règle du profit maximum du capitalisme de l’état-nation et de la modernité capitaliste, tout comme cela mena à la grande douleur des deux guerres mondiales, il a commis autant de crimes contre l’humanité que tous ceux qui ont été commis au cours de l’histoire de l’humanité.

La plus grande preuve de ceci est la disparition, ou la mise au bord de l’extinction de groupes ethniques qui vivaient au Moyen-Orient jusqu’à il y a encore quelques 200 ans. Les peuples arménien et assyro-syrien ont été décimés à cause de cette mentalité. Les Kurdes ont aussi été amenés au bord de l’abîme de la destruction sous la domination incessante des états-nations. Les peuples Alevis, Yazidis, Druze et autres groupes de foi ont été chassés de leurs terres en résultat de cette compréhension du concept. La même chose est arrivée aux peuples circassiens qui furent expulsés des montagnes du Caucase.

Il est trop difficile de comptabiliser tous les maux engendrés par les états-nations ; mais quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas seulement de l’état-nation de la modernité capitaliste, mais tous les États qui sont devenus une charge bien trop lourdes à supporter pour l’humanité. Les premiers problèmes sociaux ont commencé avec la domination masculine sur les femmes et avec ceux s’établissant hiérarchiquement plus haut que les autres, affirmant une domination sur d’autres segments sociaux pour mieux les exploiter. Après tout, l’État a été défini comme un instrument d’oppression des classes dirigeantes de la société. Ceci n’a en rien diminué avec le temps et est devenu une des pires formes de domination jusqu’à ce jour. De fait, l’État-nation est devenu la pire forme de domination.

L’état-nation a atteint la caractéristique d’être une sphère de domination et d’exploitation de la société entière, avec ses frontières, tout comme le patron d’une usine entouré de ses murs. tandis que dans le passé les états ne représentaient que la domination politique, dans l’époque capitaliste, ils se sont développés en une domination totalitaire qui cherche à dominer tous les aspects de la société et d’aller aussi loin que de dominer toutes les cellules de celle-ci.

Avec le système dirigeant de l’état intensifiant les problèmes sociaux, l’État et son gouvernement ont été amenés à être de plus en plus critiqués. Dans le passé, les anarchistes se sont opposés à l’État comme l’origine de tous les maux, graduellement développant des solutions politiques, idéologiques et de paradigme sur une base historique et systémique. Dans le présent, le zénith de l’analyse en ce qui concerne l’état et son gouvernement provient de ceux semblables à Abdullah Öcalan. La grande différence avec celui-ci résidant dans la profondeur de son analyse sur les femmes et l’État. Il a aussi soumis le capitalisme et l’état-nation à une analyse critique compréhensive. L’analyse d’Öcalan sur les femmes en particulier, est de très grande valeur dans la mesure où elle a apronfondi toutes les autres analyses et aidé à atteindre son véritable caractère.

Plus il y a de démocratie, moins il y a d’État : le système confédéral démocratique

Le gouvernement et l’État sont, par essence, une concentration et une intensification du pouvoir, une centralisation. A cet égard, ils sont des facteurs qui sont opposés au peuple. Il ne peut ainsi pas y avoir d’état et de gouvernement qui appartiennent au peuple. Le gouvernement et le peuple ne devraient pas être confondus. Un gouvernement populaire (NdT: de par et pour le peuple) est une démocratie. Ce n’est pas la concentration ni l’intensification du pouvoir, celui-ci étant donné à certains cercles particuliers, mais celui-ci allant à la base, au local, appartenant et retournant au peuple. La démocratie et l’État peuvent coexister pendant un certain temps dans une accommodation, mais ce sont des faits contradictoires par nature. Il y a une formule dialectique qui dit que plus il y a d’État et moins il y a de démocratie et plus il y a de démocratie et moins il y a d’État. Même aujourd’hui, dans l’âge moderniste, avec le capitaliste qui dirige les états, la diminution de l’État est en discussion.

Nous sommes maintenant dans une ère où on peut penser, envisager une vie sans l’État, une société sans (NdT; contre) l’État, sans vie politique, économique, sociale et culturelle dirigée par l’État. L’humanité doit trouver un système qui la libèrera de l’État qui la tyrannise. Nous sommes entrés dans l’ère où nous pouvons penser vivre sans État. Même si les gens peuvent s’accommoder de vivre avec l’Etat un peu plus longtemps, ils doivent atteindre un système politique, social, économique et culturel qui n’aura pas d’État. Ce n’est ni une obligation, ni une fatalité que de vivre sous un régime étatique, car la démocratie exprime la transcendance de l’État. Aujourd’hui, une alternative à l’État est un système confédéral démocratique fondé sur une société démocratique organisée. Le peuple peut se gouverner lui-même dans un système confédéral démocratique sans être exposé à l’oppression et à l’exploitation.

Un système démocratique peut mettre en place un système administratif démocratique où il n’y aura ni exploitation ni oppression. L’État et ses rouages appartiennent aux dirigeants, tandis que le confédéralisme démocratique est le système de fonctionnement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Les états sont maintenant des synonymes de chaos, de crise, de ruine et de malheur pour l’humanité. Nous devons nous libérer de cette calamité. Si vivre sous le joug de l’exploitation et de l’oppression n’est pas dans la nature de l’être humain, alors ni l’État, ni le drapeau qui le représente ne peuvent représenter le peuple et la société.

Öcalan a mis en place le confédéralisme démocratique en le fondant sur une société démocratique organisée comme une alternative viable à l’État et ce pour toutes les sociétés et non pas pour le peuple kurde uniquement. C’est un système qui par sa différence crée une identité unique contrairement à l’état-nation. Toute différence peut parvenir à la liberté avec sa propre identité au sein d’une confédération démocratique. A cet égard, le confédéralisme démocratique représente la vie libre pour tout peuple et toute communauté. Ceci peut aussi être appelé la démocratie complète réalisée. Il ne peut pas y avoir de démocratie dans un système étatique. Qui peut parler de démocratie véritable et complète là où il y a des dirigeants ?

Le temps des peuples

Le confédéralisme démocratique est une alternative viable à l’État. Si nous disons que le temps et l’ère des peuples arrive, cela veut dire que l’ère du confédéralisme démocratique pointe à l’horizon. Au sein d’un état il ne peut y avoir ni démocratie, ni socialisme. L’État ne peut pas être éradiqué en tant qu’état par un état. L’État ne peut être transcendé et mené à l’extinction que par le confédéralisme démocratique. Les peuples ne peuvent pas s’émanciper avec l’État ni atteindre une vraie liberté et une véritable vie démocratique. Les peuples seront libérés par le confédéralisme démocratique.

Ceci constitue la ligne politique et idéologique d’Öcalan, son paradigme politique. Ceci constitue sa compréhension de la démocratie, de la liberté et du socialisme. Il ne peut pas y avoir de gouvernement de par et pour le peuple en dehors du Confédéralisme Démocratique.

Partant de ce principe, il est impossible pour les peuples de défendre l’État.

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Lectures complémentaires:

Longue vie au Rojava !… Le texte du Confédéralisme Démocratique

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

6ème_déclaration_forêt.lacandon

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

 


Commune Internationaliste du Rojava

Résistance et solidarité: Avec le Rojava contre la guerre de la Turquie (Commune Internationaliste du Rojava)

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Réseau Résistance Rébellion International

 

Avec le Rojava contre la guerre de la Turquie

 

Commune Internationaliste du Rojava

 

24 janvier 2019

 

url de l’article:

http://internationalistcommune.com/stand-with-rojava-oppose-turkeys-war/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistsance 71 ~

 

Une fois de plus, la menace d’une autre guerre pointe son nez sur le nord de la Syrie. Les troupes turques et leurs mercenaires islamistes se massent aux frontières de la Fédération Démocratique du Nord de la Syrie qui s’auto-gouverne ; ces régions à prédominance kurde aussi connues sous le nom de Rojava. Les Turcs et leurs sbires se préparent à une invasion qui causera de nombreux morts et le déplacement, la migration, de dizaines voire de centaines de milliers de personnes civiles.

La situation sur le terrain est extrêmement tendue. Les populations de Mandjib et de Kobané ont formé un bouclier humain afin de protester contre l’invasion turque et se sont préparées à la guerre. Les Unités de Défense Populaires et Féminines (YPG et YPJ), tout comme les milices locales ne font pas que défendre leurs terres, mais elles défendent l’espoir. L’espoir d’une vie meilleure qui s’étend bien au-delà de la Syrie du nord. Un espoir qui a inspiré un bon nombre d’internationalistes du monde entier de venir ici au Rojava et de se joindre à la lutte.

Le week-end à venir, ils appelleront pour des journées mondiales d’action commune pour parler et manifester contre la menace de l’invasion turque.

“Sable et mort”

Peu de temps avant Noël, le président Trump a annoncé qu’il ordonnait le retrait des troupes américaines de Syrie, laissant la route libre à une invasion anticipée de longue date du Rojava par la Turquie et ses sbires mercenaires islamistes par procuration. Pourquoi ce changement si soudain de direction ? Depuis l’effondrement de l’URSS, les préoccupations principales des Etats-Unis et de ses alliés de l’OTAN au Moyen-Orient ont été d’affirmer leur contrôle et leur influence et d’affaiblir les positions de la Russie et de l’Iran dans la région. En œuvrant à ces objectifs, les états de l’OTAN ont mené une guerre partout dans la région, ont aidé les groupes terroristes islamistes, ont établi des milices et ont soutenu des régimes dictatoriaux.

Aujourd’hui, cette stratégie est en lambeaux, tandis que la Russie et l’Iran ont réussi à étendre leur influence dans la région. A l’exception d’Israël et de l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis sont relativement seuls maintenant que l’allié de l’OTAN Turquie, elle aussi, tourne le dos à la coalition et recherche activement un rapprochement avec la Russie et l’Iran. A cet égard, il serait logique pour Washington d’essayer d’obtenir un accord avec Ankara pour les ramener dans le moule, sacrifiant la Syrie du Nord dans le processus. D’après Trump, il n’y a pas grand chose à y gagner pour les Etats-Unis de toute façon, mis à part du “sable et la mort”. De manière admise, beaucoup de personnes au sein de l’establishment américain ne voient pas les choses de cette façon., ils ne veulent pas laisser le champ libre à l’Iran ni à la Russie et ils ne veulent pas dépendre exclusivement de la Turquie.

Dès que Trump eut fini d’appeler Erdogan au téléphone, il se retrouva dans la ligne de mire de sévères critiques et a dû rapidement faire marche arrière. Le scenario suivant ne fut pas pour rien dans ce revirement: Bachar al Assad annonça que l’armée syrienne prendrait la place des Etats-Unis, bien entendu avec le soutien de la Russie et de l’Iran.

En réponse à l’annonce surprise de Trump, la France déclara que ses troupes demeureront en Syrie et rapidement, Trump revint sur ses décisions précédentes, disant qu’il était d’accord pour ralentir le processus. Après un attentat suicide revendiqué par l’EIIL/EI, qui tua plusieurs militaires américains à Mandjib le 16 janvier, l’affirmation non vérifiée de Trump disant que l’EI/Daesh avait été vaincu fut encore une fois prouvée fausse. Il apparaît pour l’heure, que les forces de la coalition maintiendront une présence sur le terrain à la fois pour continuer le combat contre l’EIIL et aussi pour protéger leurs alliés kurdes d’une attaque de la Turquie.


Confédéralisme Démocratique

Remonter le temps ?

Est-ce que cela veut dire que le peuple du Rojava et sa révolution sont maintenant en sécurité ? Pas du tout. Ni Assad, ni la Russie, ni aucune des puissances occidentales ne sont concernés par la protection de la population de la Syrie du Nord, ni de la sécurité des Kurdes ou de quelque autre minorité de la région que ce soit et certainement pas préoccupés par la sécurité et la libération des femmes et de la révolution démocratique en cours dans la région du Rojava. Ceci est devenu on ne peut plus évident l’an dernier après l’invasion de la région d’Afrin par l’armée turque et ses alliés des groupes djihadistes, ce avec le consentement à la fois de la Russie et de l’occident.

Cette fois encore, c’est la Russie qui a les cartes en main. S’il devait y avoir un accord entre Moscou et Ankara, alors Poutine pourra ordonner à Assad de se retirer et donner le feu vert à Erdogan pour l’invasion. Cet accord concernerait la situation à Idlib, une des dernières régions de Syrie qui n’a pas encore été ramenée sous le contrôle du régime. Erdogan pourrait être d’accord pour retirer ses groupes islamistes du Front de Libération National (Jabhat al-Wataniya lil-Tahrir) de la région d’Idlib, permettant ainsi une offensive des forces gouvernementales syriennes contre la forteresse islamiste. En retour, Assad offrirait le Rojava à la Turquie.

Bref, le Rojava demeure en très grand danger. Pour imaginer ce qu’une nouvelle guerre ferait aux gens d’ici, il n’y a qu’à regarder la situation dans les régions kurdes du sud-est de la Turquie ou dans la région d’Afrin occupée. Spécifiquement pour les femmes, une occupation par les forces cléricales fascistes serait un vrai désastre. Quant à Afrin, ce serait un retour en arrière et annulerait tout ce qui a été obtenu en termes de libération des femmes.

De nombreux appels contre la guerre ont été lancés ces dernières semaines. La demande est faite pour que les états et les entreprises impliqués dans la guerre en Syrie arrêtent Erdogan et arrêtent de vendre des armes à la Turquie. D’autres demandes suggérèrent d’établir une zone de contrôle aérien contre les avions de guerre turcs. Ces appels sont urgents, mais il est douteux qu’ils soient entendus par les états et les entreprises. S’ils sont entendus, rien ne se fera par gentillesse, mais seulement parce qu’ils seront forcés de le faire. et cela ne se produira pas sans une certaine mise sous pression par la base.

Protéger l’écologie mésopotamienne

“Nous aussi allons défendre le Rojava !” explique un internationaliste français dans une de nos vidéos publiées par la Commune Internationaliste #resistancediaries. La résistance contre le fascisme turque ne se fait pas seulement au Rojava. Quelques douzaines de Kurdes et leurs alliés se sont mis en grève de la faim, en rotation, demandant la fin de la mise à l’isolement du leader du PKK Abdullah Ocalan. Des actions solidaires avec des grèves de la faim ont été organisées dans le monde entier, impliquant à la fois des militants kurdes et des prisonniers politiques turcs, avec en premier lieu la députée HDP Leyla Güven, qui en est à sa 78ème journée de grève de la faim.

Dimanche et lundi prochains sont prévues des actions de solidarité dans des pays autour du monde en plus de la Commune Internationaliste et au groupe activiste féministe allemand Gemeinsam Kämpfen, beaucoup de groupes écologistes ont répondu à l’appel de la campagne du “Rendre le Rojava Vert de Nouveau” et du mouvement écologiste de Mésopotamie, ainsi que d’activistes écologistes du Canada, de groupes anti-chasse britanniques et du mouvement anti-charbon allemand Ende Gelände.

Ces dernières années, un mouvement écologiste divers, coloré et parfois radical a pris racine en Mésopotamie. Ce mouvement a pris naissance suite à la dévastation écologique ayant cours dans toute la région en résultat des guerres impérialistes qui y sont menées, de la négligence environnementale de la politique régionale. La production pétrolière, la construction de barrage hydro-électrique, la déforestation, la désertification et l’énorme chaos écologique dû aux puits de pétrole en feu, du bombardement des usines et de l’utilisation d’armes à munition à l’uranium appauvri pendant les guerres de ces dernières décennies, ne sont juste que quelques exemples de ce marasme écologique.

Ce mouvement est toujours petit, mais il pose des questions très importantes. Les gens de la région ont aussi trouvé des réponses. Dès le début, la révolution sociale du Rojava fut aussi conçue comme une révolution écologique en poursuivant le but d’une société décentralisée auto-gouvernée et en harmonie avec la nature. Le but est de parvenir à établir un système municipal ayant une agriculture, une source d’énergie et unité de recyclage décentralisées. Une vision sociale déjà conçue par des éco-socialistes comme Murray Bookchin.

Révolution et reboisement

Malheureusement, dans bien des cas, ces idéaux ne demeurent que cela: des idéaux. A cause de la terrible situation économique, les embargos et la guerre, les initiatives écologiques sont le plus souvent mises sur la touche. Mais il y a de gros progrès au Rojava, spécifiquement dans le domaine du reboisement. Ces dernières décennies, le gouvernement syrien a coupé dans la région, le peu de forêt qui y restait. Ceci mena à une désertification accrue et à un sévère manque de retenues d’eau. Mais avec la révolution, petit à petit les arbres reviennent.

Ce processus est soutenu par la campagne internationaliste du “Rendre le Rojava Vert de Nouveau”, qui construit une ferme arboricole sur le site de la Commune Internationaliste du Rojava (CIR). Les internationalistes ont déjà replanté des milliers d’arbres et sont construites des stations d’épuration pour l’eau et des centres de traitement des déchets. Des modèles pour le recyclage de l’eau sont en train d’être développés pour les municipalités locales.

Par dessus tout doit-être résolu le problème de manque d’eau, c’est un problème urgent dans tout le nord de la Syrie et au Moyen-Orient au sens large. La guerre du pouvoir dans la région est toujours au sujet de l’eau. Le manque d’eau est devenu un gros problème pour bien des gens. Les paysans ont toujours été dépendants de l’eau des rivières pour l’irrigation, eau qui provient de rivières ayant leurs sources dans le nord de la Turquie avant de redescendre à travers la Syrie et l’Irak.

Erdogan le sait: quiconque contrôle l’eau, contrôle la vie. L’état turc a, depuis bien des années, construit des super barrages hydro-électriques dans le sud-est du pays, comme celui de Hasyankeyf. C’est pourquoi le niveau de l’eau des rivières les plus importantes de la région: l’Euphrate, le Tigris et la Xabur, décroit tout le temps. Des régions entières se désertifient, pas seulement au Rojava mais aussi en Irak.

Il y a quoi qu’il en soit, une solution partielle à ce problème: le reboisement peut singulièrement inverser l’assèchement des sols. Il y a aussi le système de filtrage qui empêche l’eau de se polluer et d’être perdue. La CIR fat aussi des recherches en ce domaine avec le développement d’un système aquifère noir et gris.

Renforcer la résistance

Mais maintenant, même la fragile graine du réveil écologique du Rojava est menacée par la guerre d’Erdogan. Cette guerre pourrait non seulement provoquer de bien grandes misères et souffrances humaines et de destructions matérielles, mais elle pourrait aussi détruire le mode de vie écologique des gens. A Afrin, l’armée turque a mis le feu à des oliveraies pendant son invasion il y a un an.

Non seulement la guerre en Syrie, mais aussi la guerre Iran-Irak et les deux invasions de l’Irak ont causé d’énormes dégâts. Les fumées des brasiers des puits pétroliers allumés lors de l’invasion militaire américaine de l’Irak contenaient des milliers de tonnes de dioxide de soufre, d’oxydes d’azote et  de monoxyde de carbone. De plus, se répandirent des métaux lourds cancérigènes comme le cadmium, le chromium et le plomb. Les bombardements ont touché les usines irakiennes, les raffineries, les oléoducs, les usines d’engrais et chimiques, les barrages et les centrales énergétiques. En résultat, des milliers et des milliers de moutons, de dromadaires moururent de la pollution de l’eau et de l’air.

Dernier cas et non des moindres, les tonnes d’uranium appauvri résultant des munitions tirées et jonchant le territoire continuent de polluer la terre et l’eau aujourd’hui. Jusqu’à aujourd’hui, des milliers d’enfants souffrant de cancers et autres maladies causées par les radiations doivent être hospitalisés en Irak. Tout cela est causé par l’uranium appauvri qui demeure sur place.

Une image similaire semble émerger en Syrie: ces dernières années, des champs pétroliers ont été incendiés encore et encore, des factions belligérantes ont utilisé des agents chimiques comme le sarin ou des agents chimiques incendiaires comme le phosphore blanc. La lutte pour l’eau et la destruction guerrière de la nature nous montrent clairement pourquoi l’écologie et la lutte contre la guerre et l’impérialisme sont inter-reliées. C’est pourquoi tant de groupes soutiennent les actions des 27 et 28 janvier. La guerre d’Erdogan doit être empêchée afin de sauver bien des vies, pour protéger la révolution et pour stopper toujours plus de destruction de l’environnement.

Notre réponse à la menace de la guerre doit être le renforcement de la résistance et les jours d’actions communes montrent dans quelles directions la résistance doit se développer. Cela doit être clair: le nord de la Syrie est l’affaire de toutes et tous. Le Rojava n’est pas seulement une affaire pour le mouvement anti-guerre et pacifiste ou pour les initiatives solidaires autour du Kurdistan. Il concerne tout le monde. Si nous nous comportons intelligemment, nous pouvons retourner les menaces d’Erdogan en des forces progressistes offensives et ainsi connecter entre elles les forces féministes, écologistes, socialistes et libertaires.

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Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Effondrer le colonialisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

Les Gilets Jaunes ne sont pas seuls !… Partout des luttes d’émancipation réelle existent, appel de la Commune Internationaliste du Rojava

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 6 janvier 2019 by Résistance 71

… Ci-dessous un texte daté de décembre dernier de la Commune Internationaliste du Rojava (CIR) reconnaissant l’inter-liaison de leur lutte et de celles en cours ailleurs dont celle des Gilets Jaunes de France. Ajoutons la lutte des Zapatistes du sud-mexicain au Chiapas, les communes libres de la province voisine d’Oaxaca, la lutte de la nation Mapuche en Argentine et au Chili, celle des Mohawks à cheval sur deux pays et quelques provinces (états) d’Amérique du Nord, toutes les luttes des peuples colonisés et exploités,  compris le peuple de France.
Cet appel de la Commune Internationaliste du Rojava entre dans le cadre d’une conscience commune pour la lutte émancipatrice que l’humanité a entreprise et qui tend à converger en un Réseau de Résistance et de Rébellion International.
Gilets Jaunes ! Nous ne sommes pas seuls ! le but et le chemin de l’émancipation sociale sont collectifs et communs à l’humanité. C’est ensemble que nous vaincrons !
Mitakuye Oyasin disent nos frères Lakota, nous sommes tous inter-reliés et il est grand temps que nous puisions de nouveau à notre racine commune, celle de notre humanité organique qui seule fait de nous de véritables humains et non pas ces zombies sous contrôle de la dictature de la division politique et de la société marchande.
Gilets Jaunes, Communes du Rojava, Chiapas zapatiste, commune d’Oaxaca, Zomia d’Asie du Sud et du Sud-Est, luttes émancipatrices des peuples opprimés, tout cela est un gigantesque atelier planétaire où nous forgeons pas à pas notre humanité à venir. Le temps de l’oligarchie touche à sa fin. En bons morpions parasites, ils s’accrochent et s’accrocheront, mais inéluctablement, ils sombreront dans les oubliettes de l’humanité en marche, la notre, celle du peuple mondial réalisant son évolution sociale finale. Il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire et il ne saurait y en avoir qu’une nous disait Albert Camus en 1951, elle vient et rien ne l’arrêtera plus…

~ Résistance 71 ~

 

 

A toutes les forces démocratiques: Défendez la Fédération Démocratique du Nord-Est de la Syrie!

Déclaration et appel à l’action de la Commune Internationaliste du Rojava

 

Commune Internationaliste du Rojava

 

20 décembre 2018

 

url de l’article original:

http://internationalistcommune.com/a-toutes-les-forces-democratiques-defendez-la-federation-democratique-du-nord-est-de-la-syrie-declaration-et-appel-a-laction-de-la-commune-internationaliste-du-rojava/

 

Moins d’un an après le début de la guerre criminelle d’agression contre le canton d’Afrin, la population du Nord-Est de la Syrie est à nouveau confrontée à une agression de l’État fasciste turc et de ses alliés islamistes. Les menaces du dictateur turc Recep Tayyip Erdogan ne sont ni des paroles vaines, ni une propagande électorale ni une simple provocation. Les attaques du camp de réfugiés de Maxmur et de plusieurs villages de Shengal le 13 décembre, l’ont rendu une fois de plus limpide. En fait, il s’agit de la dernière expression des aspirations néo-ottomanes expansionnistes du régime AKP-MHP et de l’annonce ouverte d’une guerre meurtrière d’extermination contre la révolution dans le Nord-Est de la Syrie et dans tout le Moyen-Orient.

Depuis le début de la révolution, l’État turc, le régime syrien, les puissances impérialistes avec les États-Unis et la Russie en tête, ont tout mis en œuvre pour étouffer cette révolution. Mais ni les gangs d’islamistes meurtriers, qu’ils soient sous le drapeau d’Al-Nusra, la soi-disante FSA ou le drapeau noir de l’État islamique, ni l’embargo, la réclusion, l’isolement et la guerre d’agression ouverte n’ont pu briser la courageuse résistance de la population.

Au cours des six dernières années de cette lutte, les peuples du Nord-Est de la Syrie, au prix de sacrifices et d’efforts considérables, ont prouvé au monde leur attachement à une vie de liberté. La libération de Raqqa par les Forces Démocratiques Syriennes et l’approche jour après jour de l’anéantissement complèt du califat, marque le début d’une nouvelle phase stratégique en Syrie et dans l’ensemble de la région. Avec la destruction du règne de terreur de l’État Islamique, l’alliance tactico-militaire entre les forces de défense du Nord-Est de la Syrie et les puissances impérialistes placées sous le drapeau de la Coalition Internationale perd de plus en plus de son importance.

Peu importe les contradictions qui peuvent exister entre les pouvoirs hégémoniques régionaux et internationaux, ils sont tous d’accord sur un point: la révolution dans le Nord-Est de la Syrie, sa structure administrative démocratique, la mise en place d’un secteur public écologique et communal et le moteur principal la révolution, la libération des femmes des chaînes millénaires d’un système de domination patriarcal, constitue la plus grande menace pour leurs intérêts hégémoniques et doit être annihilée. Ces dernières années, la révolution de Rojava et du Nord-Est de la Syrie est devenue une source d’espoir sans précédent pour tous ceux et toutes celles qui recherchent une vie au-delà de l’État, du capital et du patriarcat. C’est un phare qui peut montrer aux opprimé.e.s et aux exploité.e.s de cette Terre le moyen de sortir des ténèbres de la modernité capitaliste, et a prouvé une fois pour toutes que la «fin de l’histoire» proclamée par les puissants n’est qu’un pur mensonge. C’est l’exemple vivant que même aujourd’hui, au 21ème siècle, un autre monde est possible.

La guerre d’agression contre Afrin, le soutien international aux massacres des populations civiles, les pluies de bombes de l’OTAN sur nos amis, les chars allemands Leopard, sous les chenilles desquels notre espoir devait être anéanti, ont été la première expression claire du nouveau front impérialiste contre la révolution au Moyen-Orient et un présage de ce à quoi nous devons nous attendre. Les personnes présentes sur place, comme nous-mêmes, ont appris d’Afrin: nous ne pouvons compter uniquement que sur notre propre force. Nous ne donnons aucun crédit aux déclarations des forces internationales et ne ferons appel à personne. Nous avons bien appris à reconnaître nos amis et nos ennemis, et nous savons que nos seuls alliés dans cette lutte peuvent être les forces internationales démocratiques et révolutionnaires, tous ceux et celles qui rêvent d’un monde différent et avec qui nous luttons pour un avenir libre.

Nous appelons tout le monde à se préparer à une nouvelle phase de résistance, d’action et de combat collectif. Tous ceux et celles qui étaient dans la rue pour la défense d’Afrin cette année, qui ont organisé de nombreux comités de solidarité, qui ont fait de la Journée Mondiale pour Afrin une expression de la solidarité mondiale et qui tremblaient avec nous pour chaque mètre, pour chaque rue de Kobanê.

Tous ceux et celles qui, en Europe et dans le monde entier, ont clairement exprimé leur colère et leur dégoût pour les ennemis de l’humanité, les bellicistes et les partisans du fascisme turc.

Notre message était et est sans équivoque: si la guerre contre la révolution est internationale, notre résistance l’est aussi. Montrons ensemble que cette révolution est notre combat à tous et à toutes, que le Rojava est notre espoir et notre perspective et que nous défendrons notre avenir ensemble.

Que les attaques aient lieu dans cette phase n’est pas une coïncidence. Le système capitaliste international agit aujourd’hui dans une position de faiblesse. La crise structurelle de la civilisation étatiste ne peut plus être dissimulée et chaque jour de plus en plus de personnes commencent à se lever et à lutter contre ce système oppressif. Nous le voyons dans les rues de France, lors de la manifestation contre le sommet du G20 à Buenos Aires en Argentine, lors de la grève des femmes, du #NiUnaMenos et des manifestations dans la forêt d’Hambach. Les puissances de l’ordre ancien tentent de rester en vie au moyen de l’état d’urgence, du terrorisme d’État et du fascisme à visage découvert, mais leurs jours sont comptés si nous nous organisons et prenons position face aux attaques contre nos vies. Profitons de la force que nous avons tirée de la révolution et intensifions notre combat. Si nous reconnaissons notre puissance commune, nous pourrons envoyer ce système dans les décombres de l’histoire une fois pour toutes. Contre l’offensive de la modernité capitaliste, il est essentiel d’organiser partout la défense et le soulèvement de la modernité démocratique.

Pour nous, Commune Internationaliste du Rojava, une nouvelle phase commence également aujourd’hui. Nous nous sommes réunis au Rojava pour soutenir les structures civiles de cette révolution, apprendre, comprendre et faire avancer ce chantier ensemble avec la population. Comme elle l’est pour les peuples du Rojava, cette guerre nous est imposée. Mais si l’ennemi ne nous laisse pas d’autre choix, nous ne resterons pas les bras croisés, nous contribuerons de toutes nos forces et de toutes nos compétences à la préparation de la résistance et à la défense de la société et de la révolution. Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour apporter notre contribution à cette résistance. Nous serons aux côtés de la population contre l’attaque fasciste. Nous sommes peut-être venu.e.s ici des régions les plus diverses de la Terre avec des visions et des travaux divers, mais cette terre est également devenue notre maison au cours des dernières années. Dans cet esprit, nous participerons également à la mobilisation sociale générale du gouvernement autonome dans le Nord-Est de la Syrie, qui a débuté le 12 décembre.

Tenez vous aussi aux côtés de la révolution, faites entendre votre voix, descendez ensemble dans la rue, rejoignez les comités de solidarité et les groupes de résistance existants et créez-en de nouveaux.

Lancer des actions de désobéissance civile pour sensibiliser à la situation au Rojava et envoyer un clair signe de solidarité.

Épaule contre épaule contre le fascisme!

Longue vie à la solidarité internationale!

La révolution triomphera, le fascisme sera écrasé!

= = =

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Guerre impérialiste au Moyen-Orient: Éclairage nécessaire sur les développements récents de la révolution sociale du Rojava

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 2 janvier 2019 by Résistance 71

Ce texte, initialement publié en allemand, éclaire bien des points demeurées sombres depuis la période 2015-16 et « l’alliance » des Yankees avec les Kurdes. Ce texte sert aussi de mise au point avec ceux qui avaient jeter le bébé avec l’eau du bain concernant la révolution sociale du Rojava. Il montre  qu’il y a eu aussi une divergence au sein des forces kurdes et que les forces proches du PKK et de la révolution sociale n’ont pas perdu le fil de l’enjeu historique, ni n’ont jamais été dupes d’une « alliance tactique » avec l’empire.
De plus ce texte entre parfaitement dans la dynamique de création d’un Réseau de Resistance et de Rébellion International tel que prôné depuis le Chiapas mexicain et la révolution sociale zapatiste.

Il est aussi essentiel de comprendre que le mouvement des Gilets Jaunes en France et les mouvements à venir dans les pays européens font parties de cette dynamique émancipatrice et se doivent de se coordonner pour mettre à bas le système étatico-capitaliste qui nous domine et nous exploite depuis bien trop longtemps maintenant.

Puisse l’année 2019 être l’année de la prise de conscience politique collective et de l’unification des luttes émancipatrices pour que vive une Société des Sociétés organique planétaire.

Voici ce qui nous est dit dans l’excellent petit livre publié par la Commune Internationaliste du Rojava en septembre 2018:
« Les liens entre l’économie de marché, l’exploitation, la destruction de la nature, la guerre et la migration des populations montrent le résultat de ce qui se passe lorsque des systèmes centralisées et hiérarchiques tentent de subjuguer la nature. Une solution qui ignore ces relations, une solution au sein du système existant n’est en rien possible. »

çà vous rappelle quelque chose ?…

~ Résistance 71 ~

 

 

L’impérialisme n’a pas d’amis

 

Peter Schaber 

 

21 décembre 2018

 

du magazine allemand Lower Class Mag

 

source: http://internationalistcommune.com/imperialism-has-no-friends/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Deux stratégies un but: les Etats-Unis et le mouvement kurde en Syrie

an article from lower class mag

La semaine dernière, le président américain Trump a annoncé le retrait des troupes américaines de Syrie (NdT: rappelons que ces troupes étaient sur le sol syrien de manière totalement illégale car non invitée, contrairement aux Russes et autres alliés de la Syrie…), disant que l’EI/Daesh a été battu et que les soldats peuvent maintenant rentrer à la maison, apparaissant de la sorte, toujours aussi confus. Trump a pris cette mesure alors que l’autocrate turc Recep Erdogan intensifiant ses menaces d’annihilation des Kurdes du Rojava, annonçait une nouvelle invasion de la Syrie du nord. Quelques heures plus tôt, nous apprenions que Washington avait accepté de vendre des missiles Patriots à Ankara pour une valeur de 3,5 milliards de dollars, une transaction qui a été sujet à débat depuis bien longtemps. Ainsi, il est apparu qu’un accord compréhensif a été forgé entre les gouvernements de Trump et d’Erdogan. Facile et direct.

Lorsqu’il a fallu évaluer le rôle de l’impérialisme américain en Syrie, alors là bien des commentateurs ont, de manière prévisible, botté en touche. Certains, comme le député allemand du parti de gauche Alexander Neu par exemple, ont pensé que le retrait annoncé par Trump était quelque chose de positif envers la paix. Comme si les Etats-Unis avaient jamais agi contre leurs intérêts sans besoin discernable de le faire !

Des “anti-impérialistes” auto-proclamés dont l’analyse a idéalisé les gouvernements syrien, russe et iranien comme étant altruistes et désintéressés, soutiens du droit international depuis des années, allèrent un pas plus avant, ils souhaitèrent un génocide imminent des Kurdes. N’avaient ils pas averti les Kurdes qu’il n’était jamais bon de coucher avec les Etats-Unis ? Les Kurdes auront ce qu’ils méritent ! Aucun sacrifice de sang n’est assez grand pour les guerriers du clavier si cela peut leur donner raison sur internet ! pourvu, bien entendu, que le sang à payer ne soit pas le leur.

Ceux qui n’ont jamais rien compris à la région ne furent d’ailleurs pas les seuls à s’être plantés. La même chose fut vraie pour bien des soutiens de la révolution du Rojava vociférant depuis le côté plus libéral du spectre politique. Surpris par le vice de nos “amis” américains, ils s’épanchèrent en appels moraux vers les Etats-Unis, comme si les décisions politiques impérialistes dépendaient de la conscience et de l’intégrité.

Le baiser de la mort

Analysons un peu en arrière. Ayant défendu la ville frontalière kurde de Kobané contre l’EI/Daesh, les unités de Protection du Peuple et des Femmes (YPG/YPJ) s’embarquèrent dans une alliance avec des pays étrangers qui étaient aussi intéressés de repousser l’EI. Daesh fut ainsi repoussé peu à peu, ceci occasionna de sévères pertes humaines, spécifiquement au sein des forces kurdes. Alors que la libération des territoires syriens se déroulaient toujours, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) impliquant des membres arabes, assyriens et kurdes au sein de milices, furent mises en place. Les FDS furent référées comme étant “alliées” par les Etats-Unis et dans des proclamations diplomatiques, les FDS décrivirent les Etats-Unis comme étant un “partenaire de valeur”. Il y eut des livraisons d’armes et des soutiens aériens conséquents.

Quoi qu’il en soit, les parties les plus politiquement conscientes de la résistance kurde, c’est à dire ceux s’orientant vers les idées défendues par le Parti des Ouvriers Kurdes (PKK), ne se firent absolument aucune illusion sur cette alliance et ce depuis le départ. Ce fut une “alliance tactique”, dirent-ils, étant parfaitement conscients que les Etats-Unis et le mouvement kurde se situaient à l’opposé des objectifs poursuivis. En janvier 2018, un combattant guerillero kurde influent, Riza Altun, insista une fois de plus sur le fait que “nous sommes engagés dans une lutte anti-impérialiste. Une force anti-impérialiste ne peut pas dire que des impérialistes l’ont trahi.

Tout comme l’impérialisme mondialiste et les états hégémoniques régionaux représentent leur propre position stratégique, le paradigme politique créé par les Kurdes [du Rojava] représente leur ligne claire et leur position bien distincte.

Cette déclaration ne fut jamais suffisante pour les anti-impérialistes en fauteuil. Furieusement, ils combattirent la seule guerre qu’ils aient jamais connue: celle de l’internet. Pour eux, les Kurdes furent des traîtres et des petits soldats de l’impérialisme et ils leur firent savoir sur Facebook et dans des posts de blogs. Mais en fait, Les grandes gueules de l’internet n’eurent même pas à le prendre du PKK, qui incidemment a combattu l’OTAN au Moyen-Orient pendant 40 ans. Il aurait juste fallu savoir ce que l’impérialisme américain avait à dire au sujet de leurs intérêts en regard de cette alliance déséquilibrée. Des articles innombrables publiés par des think-tanks durant les présidences à la fois d’Obama et de Trump en formulent une stratégie claire: Les Etats-Unis doivent s’impliquer dans une double stratégie. Les institutions kurdes du nord de la Syrie doivent être compromises et cooptées par le moyen de concessions et de coercition indirecte (comme par exemple au moyen d’une augmentation des menaces turques). Dans le même temps, la Turquie doit être soutenue dans son combat contre le PKK.

Le but était de retourner le mouvement kurde en une entité par procuration des Etats-Unis de la même manière que le mouvement kurde régional d’extrême-droite irakien de Maoud Barzani. Mais pour y parvenir, il faudra éliminer ou du moins aliéner la colonne vertébrale politique et idéologique du mouvement, à savoir le PKK et sa guérilla de montagnes. Si cette stratégie était couronnée de succès, il n’y aurait même pas besoin d’envahir le Rojava pour y détruire la révolution. Le baiser de la mort des Etats-Unis et de leur impérialisme l’aurait rendue complètement aliénée de ses idées fondatrices et ne serait en rien différente des autres sphères d’influence du Moyen-Orient.

Annihilation militaire

Au début de sa présidence, Donald Trump poursuivit également cette stratégie. Au moins depuis la libération de Raqqa néanmoins, il a transpiré que Washington pourrait opter pour une voie différente pour imposer ses intérêts. Le retour à son vieil allié de confiance, la Turquie, a joué un rôle majeur dans tout ceci, sans doute aussi parce qu’Ankara paraît être en bonne position. Erdogan a savamment exploité le besoin de la Russie de protéger son flanc sud et de contrôler une partie de l’opposition djihadiste armée. Pour Moscou, il fut fondamentalement plus important d’aliéner la Turquie de l’OTAN que de “protéger l’intégrité du territoire syrien”, telle fut la réthorique récitée par la Russie et ses groupies de gauche.

Les antagonismes entre Moscou et Washington qu’Erdogan exploita si finement, furent la raison du pourquoi l’invasion turque de la province nord de la Syrie à Afrin fut tolérée par les deux grandes puissances au début de 2018. A ce moment au plus tard, l’alliance tactique entre les Etats-Unis et le mouvement kurde toucha essentiellement à sa fin.

Naturellement, le côté kurde essaya de maintenir l’alliance aussi longtemps que possible. D’abord, parce que cela faisait plier le désir d’Ankara de l’annihiler ; secundo, parce que la protection aérienne permettait au mouvement kurde de ménager ses forces militaires dans sa lutte contre l’EI/Daesh. Dans le même temps, les Etats-Unis arrêtèrent de manière croissante de camoufler le fait que le temps de leur “partenariat” supposé était imparti. Un haut-cadre du mouvement kurde, Zekî Sengalî, fut la victime d’un assassinat par la Turquie et les Etats-Unis dans les montagnes de Sindjar. Les Etats-Unis mirent à prix les têtes de trois cadres du PKK. La Turquie bombarda le camp de réfugiés de Makhmour. Tout ceci fut le signe avant-coureur de la remise actuelle du nord de la Syrie à la Turquie.

L’annonce du retrait militaire US par Trump, dans le même temps, envoie un signal stratégique très clair: Les troupes américaines n’entendent plus sécuriser ses sphères d’influence en cooptant le mouvement kurde et ses alliés arabes, mais le confronter directement au moyen de son partenaire de l’OTAN, la Turquie. Ceci en revanche ne peut réussir que si les YPG/YPJ sont militairement vaincues Ankara veut s’assurer de cela en commettant un génocide ou du moins en nettoyant ethniquement les zones géographiques relevantes, c’est à dire en déplaçant les populations kurdes. L’idée est de refaire le plan d’Afrin dans les autres cantons du nord-syrien, Jazira et Kobané. Ainsi, la région sera conquise par une coalition des forces armées turques et des dizaines de milliers de djihadistes, puis sera mise sous le contrôle administratif d’Ankara. Pillages, assassinats, viols seront les outils et compagnons de ce processus.

Le facteur subjectif

Le fait que les Etats-Unis font maintenant ce que le PKK a toujours prédit qu’ils feraient ne rend pas pour autant mauvaise cette alliance tactique, ceci ne veut pas non plus dire que tout est perdu. En premier lieu, le retrait US veut dire que les conditions géopolitiques changent. Damas peut être un peu concernée par une zone protégée turque des anciens combattants de l’EI, des groupes d’Al Qaïda et les djihadistes d’usage du nord de la Syrie. De plus, il convient de voir comment réagira la Russie lorsqu’elle réalisera que les petites fissures dans la relation turco-américaine à l’épreuve du temps, ont maintenant été fixées.

Ce qui nous importe le plus, c’est qu’une focalisation géopolitique sur l’équilibre des forces seule n’est jamais suffisante. Politiquement et militairement, le mouvement kurde est un facteur autonome très fort. Il est profondément ancré dans la population et a des millions de supporteurs. Il se prépare pour la défense de ses territoires, de plus le PKK a déjà annoncé que chaque attaque trouvera également sa réponse en territoire turc. Les gains présents ne seront pas abandonnés sans lutter. Quant à nous en occident, nous ne devons pas céder à la résignation ni au désespoir.

Nos amis kurdes nous on dit encore et toujours que les forces de gauche, socialistes et démocratiques internationales sont leurs partenaires stratégiques dans la longue durée. Faisant partie de ces forces, notre tâche est maintenant de porter la lutte dans les pays où nous vivons afin de défendre la révolution sociale du Rojava. Même si nous ne nous en sentons pas la capacité, ceci demeure notre tâche. Personne ne le fera pour nous. Dans les jours et mois à venir, chaque acte public, chaque manifestation, chaque campagne si mineure soit-elle, ont leur importance. Ceci est le travail sur lequel nous devons maintenant nous focaliser ; il est futile de regretter ou de se demander pourquoi ceux qui ne furent jamais nos “amis” ont maintenant cessé d’être nos “amis” aux yeux de tous.

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Textes complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

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James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Effondrer le colonialisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

confederalisme_democratique

 

Analyse politique: Redéfinir les termes d’état-nation de de nation démocratique (Commune Internationaliste du Rojava)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 26 décembre 2018 by Résistance 71

 

Discussion sur la redéfinition du terme de “nation démocratique”

 

Komun

 

27 juin 2018

 

url de l’article original:

https://komun-academy.com/2018/06/27/democratic-nation/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“En fait, la liberté et l’égalité obtenues par les nations-états ne sont que pour les monopoles comme cela est prouvé en regardant autour du monde. Les monopoles de pouvoir et de capital ne permettent jamais la véritable égalité n la véritable liberté. Celles-ci ne peuvent être acquises que par la politique démocratique d’une société réellement démocratique et protégées par le moyen de la légitime défense.”

A. Öcalan

Introduction

Dans ce qui suit, la définition apoïste (NdT: selon la pensée d’Ocalan) de nation démocratique, sera discutée ; terme qui peut être particulièrement irritant lorsqu’on connaît les paradigmes anti-nationaliste et anti-étatique du PKK (NdT: au moins depuis le début des années 2000). Pour comprendre l’utilisation de ce terme, nous devons discuter la distinction du terme “état-nation”. Ce qui suit vise à investiguer la profonde différence politique et structurelle entre les termes d’état-nation de nation démocratique, concluant sur le problème de la co-existence.

Le mouvement de libération kurde a, comme c’est bien connu, une fondation anti-étatiste et spécifiquement anti-nationaliste. Dans certains articles seront discutés les deux pierres angulaires suggérées par l’apoïsme révolutionnaire (NdT: “Apo” est le surnom d’Ocalan): le Confédéralisme Démocratique et l’Autonomie Démocratique. Il y a eu un manque flagrant de discussion sur le concept de nation démocratique qui est le modèle alternatif kurde à l’étatisme de la nation. Ce manque est probablement dû au fait que dans les sociétés européennes, le terme de nation est connecté à la fois à l’État et au nationalisme. C’est pourquoi dans cette série d’articles, nous commencerons avec le développement du nationalisme en Europe fournissant son impact sur le Moyen-Orient et reliant le tout au développement du paradigme anti-nationaliste de l’apoïsme. Le second chapitre discutera de l’idéologie politique et sociale du capitalisme et des états-nations, du développement du libéralisme économique et de son impact social.

Dans l’interprétation historique de l’apoïsme, l’antagonisme de la civilisation démocratique et de la civilisation étatique se manifeste de plusieurs façons et se reproduit à des niveaux nouveaux. Cette forme de dialectique se réfléchit dans le conflit entre la civilisation démocratique et la civilisation étatique, une contradiction qui commence avec la première nation opprimée et colonisée, les femmes, à la fin de la période néolithique. Cette lutte sera réfléchie dans la discussion sur le patriarcat et la nation. Puis seront discutées les dimensions et interprétations de la nation démocratique, concluant sur une discussion sur la coexistence ou l’extermination mutuelle des modèles. Le texte n’est pas fait pour être final mais une construction pour le développement et la compréhension de l’impact de la civilisation étatique, du nationalisme et du capitalisme sur la société et la quête d’alternatives.

Chapitre 1: État-nation et nationalisme

Comme la construction idéologique de la nation est une création de l’Europe du XVIIIème siècle, ce terme est maintenant confronté à une redéfinition totale depuis le Moyen-Orient, depuis le Kurdistan, par Abdullah Ocalan. Il déclare que les modèles européens de nation ont créé des siècles de guerres et de génocide et que l’étatisme de la nation est l’expression moderne de la modernité capitaliste. L’apoïsme voit une connexion entre l’étatisme de la nation et l’échec du marxisme-léninisme dans le soi-disant modèle de l’état socialiste et rejette les anciens concepts des mouvements de libération nationale. Il déclare: “L’analyse inadéquate de la question de l’État par l’idéologie socialiste ne fait qu’obscurcir le problème plus avant. Mais ‘avec le “droit aux nations à l’auto-détermination”[2], la vision d’un état pour chaque nation était fondamental pour que le problème s’aggrave toujours plus. “Tandis que la nation démocratique” diffère du vrai socialisme tout comme la doctrine marxiste-léniniste qui la pilote. Elle prend le droit des nations à l’auto-détermination de son enclos comme un droit bourgeois et l’inclut dans le cadre de la démocratie sociétale. En d’autres termes, la question kurde pourrait être résolue sans être contaminée par l’État, sans graviter autour de la poursuite de l’état-nation et sans être forcée dans des solutions au sein de ces catégories, cela pourrait être résolu au sein de modèles de gouvernance démocratique de la société.

Ceci est l’essence de la transformation du PKK,” [3] Ocalan critique vertement l’intégration de la nation avec l’État et le parallèle mêlant l’ethnos et le demos. Les problèmes liés à la nation et l’étatisme, notés par l’apoïsme sont de nature structurelle et peuvent être aussi observés dans le débat international sur l’état-nation. Ephraïm Nimni du Centre for the Study of Ethnic Conflict voit comme conséquence de l’état-nation que “la culture devient une marqueur quasi totalitaire pour l’unité”[4]. D’après l’anthropologue Gellner, la logique ultime du nationalisme est l’assimilation, l’expulsion et l’assassinat (nettoyage ethnique), processus dont nous avons été témoins au XXème siècle comme le schéma de base de la fondation de l’état-nation, demandant une certaine compatibilité entre l’État et la culture pour un fonctionnement politique viable. [5] L’histoire de l’Europe reflète cela très clairement.


Abdullah Ocalan

La perspective de l’état-nation souligne quatre points angulaires: le système de croyance ou religion, la culture, le marché (économique) et le langage. Le développement des états-nations modernes est étroitement connecté au développement du capitalisme moderne et de ses marchés. Les états-nation de l’Europe occidentale ont commencé doucement à remplacer les concepts impériaux du début du XVIème siècle et culminant avec la révolution française, lorsque les rois et les nobles féodaux furent conquis par la bourgeoisie. Devenir une nation devint synonyme de lutter pour des parts de marché. C’est pourquoi les états-nation se sont développés dans un contexte de conquête et de défense de marchés. Les taxes de frontières devaient être abrogées pour mettre fin à la taxation sur le capital de la bourgeoisie possédante.

La bourgeoisie a conquis roi et nobles féodaux dans la révolution de 1789. Ici peut-on voir le glissement entre le concept féodal de “mon peuple” et celui du “peuple” et la lutte pour ce que qui le “peuple” devrait être. Il est assez flagrant de constater que ce ne sont pas les opprimés, les femmes, les exploités qui pilotèrent la révolution française et en furent les vainqueurs mais la bourgeoisie avec son idéologie de libéralisme national, très connecté avec le développement du capitalisme moderne. Les nations commencèrent à se définir comme des secteurs de production et de consommation. Au début, le but fut de protéger la propriété du capital. Peu de temps après sa consolidation commença une expansion très agressive.

La nation définie comme “le peuple” demeura une idéologie liant les administrés et leurs dirigeants, les exploités et leurs exploiteurs. Comme le dit dans un entretien Jeffrey Miley: “le peuple a été utilisé par les gens du pouvoir pour justifier et obtenir un soutien populaire pour leurs projets impérialistes dans bien des pays impérialistes. Ainsi avons-nous vu la Grande-Bretagne en appeler à un concept britannique afin d’obtenir l’aval des classes travailleuses avec le projet impérialiste britannique. Ce fut aussi le cas par exemple en Russie, où un nationalisme d’état fut officiellement promulgué. Ceci est une problématique historique qui culmina en Europe dans la période de l’entre deux guerres avec la montée des fascismes, les acteurs de l’état utilisant ce facteur pour en appeler la nation à la mobilisation de masse des gens.” [6]

La bourgeoisie a développé sa propre littérature, théâtre, musique et forme artistique. Comme souvent dans l’histoire, la culture fut développée comme la négation du vieux et de l’ancien. Il y a eu des critiques du capitalisme mais la croyance dans le progrès a vite dominé les débats. Tous les critiques ne firent que critiquer une partie du système. Les philosophes et intellectuels également: Hegel, Marx et Engels ne critiquèrent pas le système dans sont entièreté mais focalisèrent leur critique sur la production. L’état-nation est une pratique culturelle qui s’impose à toutes les parties de la société. Ocalan compare le développement de l’état-nation devenant une idéologie comme une sorte de substitution à la religion. La sacralité de l’état-nation prend la place du roi par la grâce de dieu. Et les termes utilisés dans le contexte de l’état et de l’économie sont la preuve de ce statut de transformation.

Le PKK en est venu à des conclusions similaires à cause de l’historique de la subjugation au Moyen-Orient sous le nationalisme moderne. Les conséquence destructrices de l’état-nation européen se reflètent dans l’histoire de la région. Bien que l’empire ottoman, avec son idéologie religieuse islamique de légitimité fut différent des modèles européens et régna de manière féodale au travers d’élites régionales plus ou moins autonomes.

Le modèle européen a déjà eu son impact au XIXème siècle sur la région avec la période de réforme dite de Tanzimat entre 1839 et 1876, qui essaya d’établir une forme de centralisme inspirée du modèle français et mena à des révoltes et des massacres spécifiquement dans les émirats kurdes dont les privilèges autonomes avaient été abolis. [7] Au début du XXème siècle le mouvement des Comités ou Union et Progrès (CUO) avec son appel aux idéologies racistes comme le turanisme adaptées du positivisme.

Ce soi-disant turanisme, une idéologie du positivisme, développé aux côtés d’un racisme “scientifique” transformant des catégories linguistiques comme les langues ”aryenne” ou l’alto-uigurienne en une “race ouralo-altaïque” par des nationalistes finlandais ayant des liens de proximité et collaborateurs du Reich allemand culminant dans le génocide de 1,5 millions d’Arméniens entre 1914 et 1916. [8] Ceci montre la proximité du nationalisme turc avec le nationalisme ethnique se développant en Europe au XIXème siècle, spécifiquement suivant la théorie des races.[9]

De manière notoire, le projet impérial allemand du chemin de fer de Baghdad fut construit avec des déportés arméniens utilisés comme esclave dans ce projet sous des conditions mortelles. En résultat de cela, bon nombre des camps de la mort ottomans se trouvaient dans la région qui est aujourd’hui le Rojava.[10]

Le chemin de fer de Baghdad forma du moins partiellement la frontière des états nationaux à venir (NdT: dont la Syrie dans ses frontières modernes après l’éclatement de l’empire ottoman…). Nous pouvons ici clairement voir que le génocide contre les Arméniens n’est pas le résultat d’une politique ottomane mais du développement du nationalisme.[11] Alors que des nations furent définies par les marchés, les Kurdes ne firent pas partie de ce développement, ils n’avaient pas de propriété privée des moyens de production, ainsi fut employé un système colonial. Alors que le développement des états-nation évolua en Europe, l’Orient fut laissé pour compte. Les peuples orientaux n’avaient pas eu la construction bourgeoise et n’étaient donc pas capables, selon le modèle, de se développer en tant que nations.

Le développement des nations s’est produit tardivement en Orient mais les Kurdes n’en firent jamais partie. Dans les décennies qui suivirent nous voyons une politique d’assimilation et d’annihilation  contre la population kurde des deux côtés de la frontière établie par les accords (NdT: coloniaux) Sykes-Picot et la panarabisme des zones kurdes comme l’antithèse du colonialisme français et du turanisme, turquisme au sein des frontières de la (nouvelle) Turquie comme une idéologie d’homogénéité nationale et de supériorité. Le nationalisme de la Turquie fut particulièrement agressif a cause de la faiblesse de la fabrique nationale de la région. Après le 1ère GM et l’effondrement de l’empire ottoman, le Moyen-Orient fut divisé en parties qui étaient favorables aux intérêts des puissances coloniales: la Grande-Bretagne et la France.

Les états nouveaux et instables furent amalgamés de groupes ethniques et religieux variés” observe le politologue turc Haluk Gerger et “des guerres internes s’assureraient qu’ils demeurent dépendants des grandes puissances coloniales.” Les massacres et génocides mentionnés ne furent que quelques exemples mais le monisme de l’état-nation est toujours réfléchi aujourd’hui en Turquie comme avec l’intégration des migrants et le discours de la Leitkultur des pays européens, surtout en Allemagne.

Cette forme d’unitarisme peut se manifester également de manière religieuse ou sectaire. En observant le colonialisme et l’impérialisme britannique à l’œuvre en Irlande, les catégories qui consistent à être catholique ou protestant ont été utilisées de manière similaire ; définissant les identités des oppresseurs et des opprimés. De la même manière, la Turquie utilise le sunnisme pour pousser plus avant son projet impérialiste. Les penseurs de l’état-nation pensant comme ils le font toujours, eurent la haute probabilité de créer une mentalité collective autoritaire, moniste et nationaliste.

Ocalan critique sévèrement ce mode de compréhension:La compréhension qui lie la nation avec un langage commun, une culture, un marché ou une histoire est descriptive de l’état-nation et ne peut pas être généralisée, c’est à dire réduite à une compréhension unique de la nation. Cette compréhension de la nation, qui fut aussi reconnue par le véritable socialisme, est à l’opposé de la nation démocratique. Cette définition, comme développée par Staline pour la Russie soviétique, est une des principales raisons de la dissolution de l’URSS. Si cette définition de la nation, rendue absolue par la modernité capitaliste, n’est pas abandonnée, alors la solution à tous les problèmes nationaux continuera de se heurter à un mur d’impasse. Le fait que les problèmes nationaux ont persisté ces derniers trois cents ans est étroitement lié à cette définition absolutiste inadéquate.”[12]

A suivre…

[1][1] As used in the Turkish and Kurdish language discussion on the ideology developed by the imprisoned chairman of the PKK, Abdullah Öcalan, we use the widely known Kurdish short form of his name “Apo” and connect it with the suffix marking an ideology –ism – in a similar form as the terms Marxism or Trotskyism are used – as Apoism is a political theory developed by a unique thinker and practitioner.

[2] Öcalan, Abdullah, 2016, p. 19

[3] Öcalan, Abdullah, 2016, p. 19-20

[4] Nimni2013: 5

[5] Gellner 1997: 239–240

[6] http://kurdishquestion.com/index.php/kurdistan/dr-jeffrey-miley-a-middle-east-beyond-oppressive-nation-states-and-imperialism-is-possible-rojava.html

[7] McDowall, David, 2004, p. 47ff.

[8] Cf. Gottschlich, J., 2015.

[9] Hanioglu, M.S., 1995,  p.209 f.

[10] Cf. Gottschlich, J., 2015, p. 236ff.

[11] Cf. Gellner, 1997, p. 84.

[12] Öcalan, Abdullah, 2016, p. 19-20

 

Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

JP-Marat_Les_chaines_de_lesclavage_Ed_Fr_1792

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Un monde sans argent: le communisme

Manifeste contre le travail

la-sixta

confederalisme_democratique (Abdullah Ocalan version abrégée)

Appel au Socialisme Gustav Landauer


Notre dossier Rojava

Nouvelles de la Commune Internationaliste du Rojava…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 21 décembre 2018 by Résistance 71

Il n’y avait plus de nouvelles sérieuses filtrant du Rojava depuis un bon moment. Les seules infos disponibles émanant d’entités impérialistes  ou de l’état syrien, il était particulièrement difficile de savoir de quoi il retournait de l’intérieur. Il y a eu une tentative de récupération yankee de la révolution sociale avec depuis 2016 cette affaire de « charte / contrat social du Rojava » qui n’a rien à voir avec le Confédéralisme Démocratique tel que mis en place depuis 2012, à l’instigation de cadres renégats ayant créé un parti et bouffant au râtelier de l’impérialisme occidental.
Depuis quelques mois, des informations plus crédibles parviennent du terrain, certaines sont en anglais que nous nous efforcerons de traduire plus régulièrement en 2019, d’autres sont déjà diffusées en français.
Les nouvelles récentes font état des Yankees qui évacueraient la zone et leurs bases militaires (ce qui demeure à vois s’ils le feront), mais cela serait aussi pour laisser le champ libre à l’attaque impérialiste turque…
Ci-dessous un article d’analyse de la situation au Rojava et de la Commune Internationaliste résultant de la mise en application du Confédéralisme Démocratique tel que prôné par son fondateur Abdullah Ocalan depuis la fin des années 90. Ci dessous également, le texte entier et sa version abrégée en format PDF. La Commune du Rojava, à l’instar des Zapatistes du Chiapas soutiennent le mouvement des Gilets Jaunes. Nous sommes entrés dans le domaine du Réseau de Résistance et de Rébellion International tel qu’envisionné par les Zapatistes !…

~ Résistance 71 ~

Texte intégral du confédéralisme démocratique d’Abdullah Ocalan (2011):

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Notre version abrégée de 2015:

confederalisme_democratique

 

Dépolitiser la liberté: Les tentatives impérialistes de séparer le Rojava d’Ocalan

 

Ali Ciçek

 

14 décembre 2018

 

Source: 

https://komun-academy.com/2018/12/14/depoliticizing-freedom-imperialist-attempts-to-separate-rojava-from-ocalan/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

L’année 2018 a commencé avec une invasion de la Turquie et de ses mercenaires et par l’occupation de la ville d’Afrin au Rojava dand le nord de la Syrie et se termine de manière assez similaire. Alors que des prisonniers kurdes dans les prisons turques et des activistes du monde entier sont en grève de la faim pour la cause d’Abdullah Ocalan, le président turc Erdogan menace une nouvelle fois d’une autre intervention militaire turque à l’Est de l’Euphrate à laquelle la Fédération Démocratique du nord-syrien a répondu par un état d’urgence. Cette année a aussi vu des attaques idéologiques contre le mouvement de liberté kurde, au Kurdistan, aussi bien qu’en Europe, particulièrement en Allemagne.

Afrin, Öcalan et 25 ans d’interdiction du PKK

Observons trois exemples très significatifs de ce qui peut être décrit comme des attaques idéologiques et leurs conséquences. Par exemple, un très grand nombre d’actions de solidarité se sont déroulées pendant les deux mois de la résistance d’Afrin au début de l’année. Beaucoup des slogans qui furent entonnés pendant ces manifestations le furent en faveur de la libération d’Abdullah Ocalan. Je peux me rappeler les réactions de quelques participants de ces manifestations vers le vieux slogan “Bijî Serok Apo” (longue vie au leader Apo) [Apo étant le petit nom affectueux donné à Ocalan].

Ils dirent: “Nous sommes ici pour Afrin et le Rojava. Ne chantons que des slogans ayant un rapport avec cela. Qu’est-ce qu’Ocalan a à voir avec Afrin ?” L’année 2018 a marqué les 25 ans de l’interdiction du PKK (NdT: Parti Ouvrier Kurde d’obédience marxiste jusqu’à la fin des années 90, communaliste libertaire depuis l’emprisonnement de son leader Ocalan en Turquie) en Allemagne, ce pourquoi bon nombre de manifestations furent organisées dans ce pays. Dans les discussions au sujet des formes possibles de protestation pour marquer cet anniversaire et au vu de la criminalisation et de la persécution accrues des activistes kurdes et des structures de solidarité, une tendance se cristallisa en faveur de l’approche suivante: “Ne nous focalisons pas sur le PKK. Le YPG et le YPJ sont plus socialement acceptés en Allemagne. Des actions pour lever l’interdiction des symboles du YPG et du YPJ ont plus de chance de réussir.

L’année a aussi vu un accroissement de la coopération entre les activistes kurdes et les mouvements actifs de gauche en Allemagne. Des discussions communes, des séminaires et des conférences furent organisés au sujet du Confédéralisme Démocratique.

Des centres culturels kurdes furent utilisés comme endroits communs d’éducation. Ces pièces sont souvent décorées de drapeaux kurdes, de portraits d’Ocalan et autres personnalités centrales de la lutte kurde pour la liberté. Voici la réaction d’une personne envers ces drapeaux et portraits d’Ocalan: “Pourquoi accrocherait-on des drapeaux et des photos d’Ocalan, du PKK et du YPG/YPJ les uns à côté des autres ? Ne sont-ce pas ces mêmes images que l’état allemand utilise pour les amalgamer ensemble ?

La bataille entre la modernité démocratique et capitaliste

Beaucoup de discussions se tinrent au sujet de l’occupation d’Afrin et de ses conséquences. La violation flagrante de la loi internationale est une honte pour la “communauté internationale” ; mais la résistance d’Afrin avec ses plus de 1000 combattants tombés démontra aux forces démocratiques, une fois de plus, que le combat du mouvement de la liberté kurde en général et de la révolution du Rojava en particulier, représentent une bataille entre deux visions du monde, entre le socialisme et le capitalisme, entre la modernité démocratique et la modernité capitaliste.

Politiquement, on peut parler de trois lignes ou acteurs dans notre évaluation: d’un côté il y a les puissances hégémoniques comme les Etats-Unis, la Russie et les pays de l’UE ; puis il y a les états-nations régionaux comme la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie et enfin, les communautés locales, les hommes, les femmes, les travailleurs, les identités opprimées et les sections sociétales.

Alors que les deux premiers acteurs sont essentiellement préoccupés à se partager le gâteau moyen-oriental et de s’approprier le plus pour chacun dans le processus, le troisième acteur a des intérêts totalement différents, à savoir la démocratisation et la libération définitive du joug de la détermination étrangère. Il y a donc deux lignes idéologiques majeures: celle des états capitalistes qu’is soient globaux ou régionaux d’un côté et celle des peuples de l’autre, qui pour la première fois sont parvenus à libérer un espace au Rojava pour se déterminer eux-mêmes.

La révolution est-elle en marche ?

Une grande part de la discussion se concentra sur l’alliance tactique militaire de l’Auto-Administration Démocratique en Syrie du Nord avec les Etats-Unis impérialistes. Cette alliance commença avec la résistance de Kobané et atteignit son pic militaire avec la libération de Raqqa. Des spéculations furent émises au sujet du futur du projet démocratique après la bataille de Raqqa, car “l’ennemi commun”, soi-disant “État Islamique” serait bientôt battu. La question se posa: la révolution continuera t’elle son chemin ou sera t’elle intégrée dans le système mondial capitaliste ?

L’ennemi indéfectible des Etats-Unis

Les révolutionnaires du Rojava insistèrent sur leur vision du futur de la région en arborant une immense bannière à l’effigie d’Abdullah Ocalan dans le centre de la ville de Raqqa devant laquelle posèrent des centaines de femmes combattantes des Unités de Défense Féminines (YPJ) afin de déclarer officiellement la libération de la ville en tant que victoire pour toutes les femmes du monde.

Les Etats-Unis réagirent immédiatement par un communiqué du Pentagone qui montrait leur stratégie du long-terme: “Le PKK a été désigné comme une organisation terroriste étrangère par les Etats-Unis depuis 1997 et nous continuons de regarder le PKK comme un agent déstabilisateur dans la région. Les Etats-Unis continuent de soutenir notre allié la Turquie membre de l’OTAN dans sa lutte de plusieurs dizaines d’années contre le PKK et reconnaissent les vies turques perdues dans ce conflit. […] Nous condamnons l’exposition en public de l’effigie du fondateur et leader du PKK Abdullah Ocalan pendant la libération de Raqqa.

Les commentateurs politiques ont interprété cette déclaration des Etats-Unis comme étant essentiellement dirigée vers leur partenaire de l’OTAN, la Turquie. Mais un point de vue considérant les dimensions idéologiques de ce développement nous aidera à comprendre le problème derrière la façade géopolitique. Ce furent ces mêmes Etats-Unis qui, il y a maintenant près de 20 ans, menèrent et exécutèrent cette conspiration internationale contre Abdullah Ocalan. Ocalan, en tant qu’architecte du PKK, du paradigme du Confédéralisme Démocratique et de la révolution du Rojava, personnifie l’ennemi mortel des Etats-Unis.

Ce fut lui qui, après l’effondrement du vrai socialisme et de l’intégration des mouvements de libération nationaux au sein du système étatique, aussi bien après qu’il eut “prophétisé” la “fin de l’histoire”, déclara: “Insister sur le socialisme veut dire insister sur être humain.

En 1991, l’ancien premier ministre turc Bülent Ecevit, a admis après le kidnapping et l’arrestation d’Ocalan qu’il n’avait toujours pas bien compris pourquoi les Etats-Unis l’avaient remis à la Turquie. Ces mots démontrent le rôle mineur que joua la Turquie dans la conspiration internationale contre Ocalan.

Dans le même temps, dans ses travaux de rédaction entrepris depuis son île prison d’Imrali, Ocalan explique en détail que le système capitaliste l’accuse et le condamne dans son identité d’anti-capitaliste.

La seconde étape de la conspiration internationale 

20 ans ont passé depuis le début de cette conspiration internationale. L’emprisonnement d’Ocalan ne fut qu’une dimension du concept de la destruction du PKK.

L’autre dimension fut de tenter de marginaliser la ligne socialiste au sein du PKK, qui se manifestait au travers du personnage d’Ocalan, et ce afin de mettre en exergue et de renforcer ses éléments libéraux. La tentative fut de créer un PKK qui serait dans le moule de la conception américaine du “Moyen-Orient élargi”, un PKK qui se retire de sa lutte de guérilla, soi-disante vieille méthode n’ayant plus cours au XXIème siècle, un PKK qui ne demanderait plus cette question cruciale du “Comment vivre ?…”

La conspiration internationale a échoué en ce sens. Pourtant, au cours de ces 20 années, il y a eu des tentatives constantes d’annihiler le PKK. Une des stratégies principales est de tenter de liquider et de fragmenter le leadership du mouvement kurde.

En parallèle de cette conspiration internationale, des campagnes sous le slogan “Oui au PKK, non à Apo !” furent lancées. Ces tentatives atteignirent un nouveau niveau en 2018, voilà pourquoi nous pouvons nous référer à cette nouvelle étape comme celle de la seconde étape de la conspiration internationale. Mis à part les attaques physiques brutales sur les zones libérées tel le canton d’Afrin ou des campagnes d’assassinats ciblés comme celui du membre du conseil exécutif du KCK Zekî Sengalî en août de cette année à Sengal (Sinjar), par une attaque de drone au travers de la frontière avec l’état turc, nous devons aussi considérer les attaques idéologiques.

L’isolation complète et continue d’Abdullah Ocalan et la tentative de normaliser son emprisonnement sont symboliques de cette seconde étape de la conspiration internationale. En plus vient se greffer la décision des Etats-Unis de mettre des récompenses sur les têtes de trois personnalités importantes de la lutte kurde pour la liberté: Duran Kalkan, Cemil Bayik et Murat Karayilan. Les premiers commentaires en ce qui concerne cette décision américaine ont insisté sur ce que les Etats-Unis voulaient rassurer la Turquie à la lumière de leur coopération avec les forces kurdes.

Mais par essence, l’intention est de mettre en place une solution militaire contre le PKK suivant ce qui fut appelé le modèle de la “solution Tamil” (NdT: au Sri Lanka). Après tout, c’est le PKK et sa vision d’un Moyen-Orient démocratique qui constitue un gros obstacle à la refonte capitaliste et impérialiste de la région. Les Etats-Unis n’essaient même pas de cacher leurs intentions.

Ainsi, le document d’un think tank américain fut publié à la mi-2016, qui formulait on ne peut plus clairement une stratégie pour libéraliser le potentiel révolutionnaire de la région du Rojava. La thèse centrale de cet article stratégique argumente que les acteurs politiques principaux en Syrie du nord, comme le Parti d’Union Démocratique (PYD), doivent être coupés du PKK et de son idéologue Abdullah Ocalan (NdT: d’où sans aucun doute cette traître initiative de la formulation en 2016 de la “charte / contrat social du Rojava”, se voulant un ersatz du confédéralisme démocratique et menée vraisemblablement par des traîtres à la révolution sociale kurde)

L’impérialisme américain a beaucoup d’expériences et de moyens pour asphyxier les mouvements démocratiques ayant des vues et actions anti-capitalistes dans le système des états-nations. La campagne de diffamation envers le PKK et  le moment choisi, les millions de dollars de récompenses sur les têtes des leaders du PKK qui jouissent d’une très grande popularité dans le peuple et la société kurdes ou la réaction des Etats-Unis au déploiement de la bannière à l’effigie d’Ocalan lors de la libération de Raqqa, exprimant que celui-ci n’était en aucun cas une personne respectable, sont tous des aspects qui peuvent être compris dans ce contexte bien particulier.

Le rôle de l’Allemagne

A part les Etats-Unis, des pays comme la Grande-Bretagne, Israël, la Russie, la Grèce et l’Allemagne ont aussi joué un rôle décisif dans la conspiration internationale qui a mené à l’enlèvement d’Abdullah Ocalan en février 1999. Durant cette affaire en Europe, l’Allemagne a émis une interdiction de séjour envers Ocalan.

A cette époque, un mandat d’arrêt allemand contre Ocalan était actif, ce qui aurait demandé son arrestation et extradition vers l’Allemagne en accord avec la loi existante. Mais la loi fut négligée et l’extradition vers l’Allemagne fut refusée. Le gouvernement allemand refusa l’asile à Ocalan et signala aux autres gouvernements européens de faire de même.

Accorder l’asile à Ocalan et le poursuivre judiciairement en Allemagne aurait voulu dire de porter les contradictions historiques et sociales au centre de l’Europe. C’est pourquoi tous les états impliqués jouèrent un rôle distinct dans cette “conspiration internationale”.

Dans cette même veine, l’Allemagne continua de soutenir matériellement l’état turc contre la société kurde, le PKK et l’idée du Confédéralisme Démocratique en 2018. Nous connaissons tous ces images des chars allemands Léopard à Afrin ou le tapis rouge déroulé pour la visite d’Erdogan en Allemagne. Beaucoup a déjà été écrit sur la coopération économique entre l’Allemagne et la Turquie.

Observons donc plus particulièrement la confrontation idéologique de l’Allemagne avec la société kurde et son avant-garde du mouvement de la liberté kurde.

L’histoire des attaques idéologiques contre le mouvement kurde a commencé bien avant l’interdiction maintenant vieille de 25 ans du PKK en Allemagne. L’activiste kurde Mehmet Demir a dit au bureau d’information de Berlin du Civaka Azad:

“La première attaque physique de l’état se produisit en 1986. Le 21 mars 1985, le Front National de Libération du Kurdistan (FNLK) fut formé. Son premier anniversaire qui coïncide avec notre nouvel an, Newroz, devait être célébré au Mercatorhalle dans la ville de Duisbourg. Ce jour là, les autorités allemandes fermèrent les accès autoroute vers la ville.

Les gens qui voulaient se rendre à la première célébration en bus, furent violemment tirés des véhicules et furent mis à terre, face contre le sol alors qu’ils étaient fouillés individuellement. La raison pour cette attaque excessive fut, on l’apprit plus tard, une rumeur au sujet qu’Abdullah Ocalan ferait partie des participants et y ferait un discours.

La division internationale du travail

La guerre et les massacres au Kurdistan, aussi bien que la répression internationale contre le mouvement de la liberté kurde, furent organisés dans le cadre de l’OTAN sous le couvert de maintenir les “relations bilatérales”, ce qui semble être requis par l’alliance OTAN. L’Allemagne fut et continue d’être partie de cette guerre.

Tout comme chaque état joua un rôle différent durant la conspiration internationale il y a 20 ans, la seconde étape qui se déroule maintenant comprend aussi une division internationale du boulot afin d’affaiblir et d’éliminer le mouvement pour la liberté kurde. Tandis que les Etats-Unis interviennent idéologiquement au Moyen-Orient comme nous l’avons décrit ci-dessus, afin d’influencer la société kurde dans sa tentative de l’aliéner du PKK et d’Ocalan, les efforts en Europe et spécifiquement en Allemagne, ciblent la diaspora kurde de l’étranger.

Les exemples mentionnés au début de l’article montrent les tentatives en Allemagne de séparer le PKK d’Ocalan, représentants de la politique auto-confiante kurde ayant des aspirations démocratiques universelles, de la société kurde et de la révolution du Rojava. Même si les méthodes peuvent différer, l’intention demeure essentiellement la même. En comparaison du Moyen-Orient, l’Allemagne utilise des méthodes plus subtiles comme la criminalisation, les interdictions, les campagnes de diffamation et ces deux dernières années, dans le contexte de circulaires du ministère de l’intérieur fédéral, des jeux arbitraires avec la loi allemande pour mettre en place créativement une interdiction du PKK.

Le pouvoir du mouvement pour la liberté kurde, qui lui a permis de contourner et de surmonter la conspiration internationale de 20 ans à son encontre, ainsi que de surmonter tous les concepts d’annihilation qui furent lancés contre lui, repose sur sa confiance en son propre pouvoir et sa forte base sociétale.

Alors qu’il y a presque un an la modernité capitaliste personnifiée par la Turquie a attaqué les résultats démocratiques faits à Afrin, la société kurde passa à l’offensive pour briser l’isolation de la prison d’Imrali avec des implications ratissant très large: avec toutes les grèves de la faim entreprises en parallèle des manifestations civiles, la société kurde dit haut et clair:

“Oui au PKK et oui à Apo !” Avec cette détermination, la société kurde du nord de la Syrie et dans d’autres parties du Kurdistan ainsi que dans la diaspora, va confronter la menace des attaques turques sur le Fédération Démocratique du nord et de l’Est syrien.

 

Déclaration de solidarité de la Commune Internationaliste du Rojava aux Gilets Jaunes (vidéos et texte)

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Dans l’esprit de la création d’un Réseau de Résistance et de Rébellion International dont le souffle émane du Chiapas zapatiste mexicain, soutien du confédéraclisme démocratique, nous relayons avec grand plaisir cette déclaration de soutien au mouvement des Gilets Jaunes depuis les communes libres confédérées du Rojava dans le nord-syrien. Vous trouverez ci-dessous deux vidéos et le texte en français.

Nous sommes au courant des différents problèmes rencontrés par les populations kurdes vivant en confédéralisme démocratique dans le Nord de la Syrie, alors que certains groupes de leur population se sont vendus à l’impérialisme occidental. Nous ne soutenons en rien les organisations traîtres du “contrat social du Rojava”, mais continuons à soutenir le Confédéralisme Démocratique tel qu’envisagé par Abdullah Ocalan à la fin des années 1990 et dont la Commune Internationaliste est une des représentantes.

Le temps est venu pour une confédération des mouvements de communes libres autogérées, pratiquées au Chiapas, au Rojava et dont les Gilets Jaunes peuvent s’inspirer à l’instar des compagnon(e)s de Commercy dans la Meuse dont nous avons relayé l’appel à la Commune.

A bas l’État, à bas les institutions, à bas la société marchande, à bas l’argent et le salariat ! Pour une société des sociétés, confédération des Communes Libres.

Il n’y a pas de solutions au sein du système et ne saurait y en avoir !

Qu’on se le dise !

Fraternellement à toutes et tous.

Merci à Pierre Bance pour nous avoir communiqué les liens des vidéos.

~ Résistance 71 ~

 

Note aux Gilets Jaunes et à tous ceux intéressés: le site d’où émane la déclaration et la vidéo ci-dessous est multilingue et la plupart des informations sont traduites et publiées en français. Bonne lecture !

 

 

En solidarité avec les Gilets Juanes, déclaration de la Commune Internationaliste du Rojava

 

Commune Internationaliste du Rojava (CIR)

 

Décembre 2018

 

Source: 

http://internationalistcommune.com/en-solidarite-avec-le-gilet-jaunes-declaration-de-la-commune-internationaliste-de-rojava/

Le site en français:

http://internationalistcommune.com/category/lang-other/lang-fre/

 

 

 

Aux gilets jaunes, à celles et ceux qui manifestent, qui sont sur les barricades et blocages, qui occupent leurs lycées et leurs facs, qui sont en grève, qui s’organisent. Nous nous adressons à vous en tant que Commune Internationaliste depuis le Rojava, le Kurdistan de l’Ouest, au Nord de la Syrie.

Nous suivons avec attention depuis plus d’un mois la révolte populaire qui a lieu en France. Nous avons été impressionné.e.s, aussi bien par la détermination des manifestant-e-s que par le niveau de répression policière et étatique. Nous adressons notre solidarité à toutes celles et ceux qui en font les frais. Force à vous, votre résistance est populaire jusqu’ici, où tout le monde espère d’heureux développements, à l’heure où nous sommes ici menacées d’une nouvelle guerre par l’Etat turc.

La France a connu une longue histoire de résistances et soulèvements populaires, qu’on ne saurait réduire à la Révolution française et à Mai 68, mais dans laquelle s’inscrivent aussi les révoltes paysannes du Moyen-Age, toutes les résistances locales, régionales, d’indépendance contre la colonisation par l’état, les mouvements ouvriers, les luttes des travailleurs et travailleuses immigrées, celles des quartiers populaires, les milliers d’années de lutte incessante des femmes contre le système patriarcal.

La Commune de Paris, qui est un exemple de la possibilité de la prise du pouvoir par le peuple est aussi une inspiration majeure pour les révolutionnaires du monde entier.

Dans ce sens, l’appel de Commercy, que nous avons aussi relayé, a été pour nous une source d’espoir et l’un signe que le mouvement pouvait mener à cette « chose très importante, que partout le mouvement des gilets jaunes réclame sous diverses formes, bien au-delà du pouvoir d’achat ! », à ce « pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple. »

C’est ce qui s’expérimente maintenant ici au Rojava, où les différents peuples s’organisent sans état-nation, à partir des assemblées démocratiques des communes, au sein d’un système appelé le confédéralisme démocratique.

Bien sûr, réorganiser une société, sans état, n’est pas une chose facile. Bien sûr cela demande du temps, de l’investissement, de la formation, mais cela peut aussi nous remplir de la joie la plus intense.

Il s’agit de retrouver la manière de vivre librement en tant que société. Des milliers de personnes se souviendront des jours passés sur les ronds-points, les routes, dans les rues, les lycées bloqués, comme des moments particulièrement important et significatifs. Les enfants en parleront pendant des mois. Pourquoi ? Parce que dans ces rassemblements, c’est la société qui surgit de nouveau. Les gens y (re)découvrent ce que cela signifie de vivre communalement.

Pour achever cela, il est plus que jamais nécessaire de briser une fois pour toute le mythe de l’Etat-nation, celui d’une fausse unité républicaine. Il faut abattre les frontières qui nous séparent bien sûr mais aussi retrouver la capacité de revendiquer des identités multiples, immigrées, de faire revivre nos cultures, nos langues « regionalisées ».

Il nous faut aussi, en tant que femmes, reprendre ce qui nous a été volé, faire entendre nos voix, prendre place dans tous les espaces de la société.

Il nous faut aussi construire un autre système économique, socialiste, contrôlé et géré par le peuple, sur la base d’une production coopérative, auto-gerée et écologique, débarrassée de l’exploitation des humain-e-s et de la nature.

Il nous faut enfin, en tant que jeunes, avec notre esprit de résistance, devenir les forces motrices d’un mouvement qui n’acceptera aucune compromission.

Tout le monde à compris que « gagner » ce mouvement ce n’est pas gagner de trompeuses augmentations du SMIC ni de réelles améliorations du pouvoir d’achat. Gagner, c’est dépasser le stade de la revendication et commencer, en s’appuyant sur les structures alternatives existantes, à construire un autre système, d’auto-gouvernement. Gagner c’est faire face aux contradictions. C’est essayer, se tromper, réessayer encore. C’est ne jamais perdre l’espoir que nous pouvons nous émanciper de l’état et des structures d’oppression existantes, que nous pouvons vivre libres.

Solidarité avec les gilets jaunes et toutes celles et ceux qui résistent, en France et partout dans le monde !

A bas le fascisme turc !

Bijî Berxwedana Frensa ! Bijî berxwedana Rojava !

Bijî Rêber Apo !

Jin Jiyan Azadî !

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Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Compilation Howard Zinn

6ème_déclaration_forêt.lacandon

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

Que se passe t’il au Rojava ? Le Confédéralisme Démocratique y est-il trahi ?

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“Le confédéralisme démocratique est le paradigme contrasté du peuple opprimé. Le confédéralisme démocratique est un paradigme social non-étatique. Il n’est aucunement contrôlé par un état. Dans le même temps, il est le modèle d’organisation culturel d’une nation démocratique.”

“Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la base du peuple. Ses processus de décision reposent sur les communautés. Les plus hauts niveaux de représentation ne servent uniquement qu’à la coordination et la mise en application de la décision des communautés qui envoient des délégués dans les assemblées générales.

~ Abdullah Ocalan ~

 

Lire notre dossier Rojava et notre traduction du “Manifeste du Confédéralisme Démocratique”

Merci à « Bertrand / La Cariatide »

 

Que se passe t’il au Rojava ?

 

Résistance 71

 

15 septembre 2017

 

La révolution sociale du Rojava est-elle en train d’être assassinée par l’empire ?…

Bref récapitualtion pour ceux qui prendraient le train en marche: le Rojava est la province du nord de la Syrie où vit une conséquente population kurde. Sous l’influence politique de transfuges du PKK (Parti Ouvrier Kurde) turc, les Kurdes de Syrie se sont regroupés de manière autonome en appliquant depuis déjà une dizaine d’années un modèle de société égalitaire, géré sur le modèle du Confédéralisme Démocratique (CD, dont l’analyse et le plan général fut écrit en 2011 par le leader du PKK, emprisonné en Turquie: Abdullah Ocalan) et de ses assemblées populaires.

La mise en pratique du CD s’est amplifiée dans la région du Rojava depuis les débuts de l’agression par procuration de l’empire occidental et ses alliés régionaux (Turquie, Jordanie, Israël, Qatar, Arabie Saoudite) sur le peuple syrien afin de s’emparer des ressources naturelles du pays et contrôler l’acheminement du gaz qatari (Exxon-Mobil) vers l’Europe. Ainsi depuis 2012, les milices combattantes de la province autonome kurde du Rojava ont combattu les incursions de l’EIIL (Daesh), libérées les populations Yézidis dans les montagnes des massacres à leur encontre perpétrés par les “djihadistes” de l’armée mercenaire de l’OTAN qu’est Daesh, repoussées les assauts de ces mêmes mercenaires sur la ville principale de Kobané et maintenues actifs les modes de fonctionnements de la société autonome, autogérée et égalitaire mise en place au Rojava par ses populations depuis 2004.

Le CD est le résultat de la profonde réflexion politique d’Abdullah Ocalan, qui à la fin des années 1990 abandonna, ainsi que le PKK, peu à peu l’idéologie marxiste-léniniste ne pouvant mener qu’à la dictature du capitalisme d’état, pour adopter un mode organisationnel directement inspiré du communalisme écologique et municipalisme libertaire, pensé par l’ex-marxiste devenu anarchiste Murray Bookchin et soutenu par sa compagne Janet Biehl, qui s’est rendue au Rojava à plusieurs reprises. Le CD, tel qu’envisagé par Ocalan, est une société fondée sur l’association libre confédérée des communes, où les décisions politiques et économiques sont prises par les conseils et assemblées populaires et où les délégués n’ont aucun pouvoir, seulement le mandat d’expliquer et d’écouter pour rendre compte.

Les circonstances de la guerre en Syrie et les interactions multiples auxquelles ont dû faire face les communautés avec les différents intervenants, a rendu nécessaire la mise en place d’une entité de “communication” issue d’un parti le PYD (2003), branche du PKK turc au Rojava. Techniquement, les cadres du PYD rendent des comptes aux assemblées populaires de leur lieu de fonction.

Avec la poussée et incrustation américaine dans le nord de la Syrie depuis 2015, le Rojava a décidé en 2016 de se donner une constitution de 96 articles, appelée “Contrat Social du Rojava”, qui a été provisoirement mis en application et qui doit être ratifié par une assemblée constituante cette année.

Or, lorsqu’on lit ce “contrat social” du Rojava (2016) après avoir lu le “Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique” d’A. Ocalan (2011), on se rend très vite compte que le “contrat social” émergeant n’est en rien issus du modèle de CD tel que l’a pensé son fondateur et tel qu’il fut mis en pratique sur le terrain du Rojava, dans les communes autonomes, depuis plus de 10 ans et surtout depuis 2011. Il s’agit en fait de la constitution d’un état sur un modèle occidental centralisé, bien sûr édulcoré et mis au “goût local” avec ses provisions pour la multi-ethnicité et le féminisme, bonnes choses en elles-mêmes, mais noyées dans une structure d’assemblée législative aux mandats non révocables de 4 ans, avec un contrôle de la dite assemblée par un comité soi-disant indépendant mais… néanmoins nommé par l’assemblée, avec des gouverneurs nommés, des commissions, ces conseils supérieurs de l’exécutif, judiciaire, aucune mention faite aux assemblées populaires ; bref à notre sens, une véritable mascarade qui ne mènera à terme qu’à l’établissement d’un état kurde, d’un “Kurdistan Occidental”, sur un modèle politique hiérarchique classique dit “pyramidal”, qui verra les décisions à terme, être prises en haut pour redescendre et être appliquées “en bas”.

De fait, le “contrat social” du Rojava est si éloigné du “Manifeste pour un CD” d’Ocalan, qu’on peut légitimement se demander s’il n’a pas été pondu dans les burlingues de Washington par quelques juristes impérialistes à la solde. Pourquoi donc ?

La vaste région historique du “Kurdistan” s’étale en fait sur 4 pays et leurs frontières modernes: la Turquie (ex-empire Ottoman défait en 1918), la Syrie (dont les frontières modernes sont le résultat du détricotage de l’empire Ottoman au profit de deux autres empires: l’anglais et le français de l’époque), l’Irak (ex-empire Ottoman) et l’Iran et possède sa population endémique à l’endroit depuis le néolithique. Cette région de nos jours est toujours l’enjeu du grand cirque du contrôle géopolitique entre les “grandes puissances” pour des raison d’accès, de communication, de ressources naturelles (gaz et pétrole) et de contrôle des populations au profit de l’entité coloniale sioniste locale. La guerre par procuration en Syrie fait partie d’un aussi vaste projet de déstabilisation de la région au profit de l’empire anglo-américano-sioniste et de ses satellites ; depuis 2011, l’empire y utilise, ainsi qu’en Irak, son armée mercenaire djihadiste de l’EIIL ou Daesh, Ne pouvant évincer militairement le régime de Damas, aidé par la Russie, l’Iran et le Hezbollah, l’empire s’est résolu à une partition de la Syrie, concertée avec ses alliés. Le but de l’empire est de contrôler un couloir de terres allant de l’Iran à la Méditerranée, celui-ci passe par les Kurdistans irakien et syrien. L’affaire se complique dans la mesure où le Kurdistan indépendant irakien n’a absolument rien à voir avec le CD du Rojava. Le Kurdistan irakien est géré depuis l’après Saddam Hussein par un chef de guerre mafieux local du nom de Barzani. Le but de l’empire est de lier les deux entités kurdes du nord. Ceci n’est pas possible dans le contexte du CD, il faut donc court-circuiter le système démocratique en place et y mettre ses pions corrompus qui à terme, s’allieront avec les Kurdes d’Irak.

C’est le but non avoué de cette “constitution / contrat social” de mascarade pour entériner un “sous-état” kurde au nord de la Syrie, sous contrôle de l’empire, qui y installera ses bases militaires et contrôlera les ressources pétrolières via la mafia locale à y établir comme ce fut fait au Kurdistan irakien.

De fait, il devient assez clair que le Confédéralisme Démocratique du Rojava a été trahi, et se retrouve étouffé pas à pas jusqu’à son estompage total au fil du temps au profit d’en entité étatique dont il sera aisé de faire varier le degré de dictature comme dans tout état existant, le tout au profit des intérêts impérialistes et coloniaux occidentaux dans la région. Ceci fait partie du plan impérialiste de partition de la Syrie, état moderne résultant lui-même d’un précédent détricotage colonial et aux “frontières” factices tout comme les états voisins.

Peu d’information filtre depuis l’an dernier du Rojava. Nous avons soutenu et soutenons la véritable initiative du  CD du Rojava depuis quelques années et pensons qu’elle devrait être considérée par le peuple syrien et tous les peuples de la région, arabes, turc, assyrien, arménien et autres comme le mode d’interaction et d’organisation sociales pour l’avenir. Puissent les peuples du monde en venir à considérer ces expériences du Rojava, du Chiapas, et celles à plus petite échelle comme à plus grande, comme expériences politiques d’intérêt à adapter dans et pour chaque société. Au demeurant, il nous est impossible de soutenir l’initiative fantoche du “contrat social” du Rojava tel qu’il est mis en place aujourd’hui et qui ne peut mener à terme qu’à l’étatisation, à la centralisation définitive du système politique et économique de cette région qui se veut autonome et sans État et qui verrouillera le peuple de nouveau dans un système à pouvoir divisé, oligarchique et coercitif, principe de la dictature à géométrie variable constitutif de tout état.

Nous remercions en cette occasion de mise au point un de nos lecteurs et commentateur assidu, “La Cariatide / Bertand”, qui par son titillement critique nous a incité à revisiter cette affaire du Rojava au sujet de laquelle les infos fiables se faisaient de plus en plus rares… et pour cause… Ce qui nous laissa assoupis dans ce secteur d’analyse.

C’est en prenant le temps de lire les textes officiels, que peu de gens lisent en fait, qu’on apprend les choses qui permettent, avec le recul nécessaire, de se forger un avis critique.

En l’occurence, nous révisons notre positon sur le Rojava en affirmant toujours avec passion: Vive le Rojava du véritable confédéralisme démocratique ! et dans le même temps: Non à la mascarade étatique pro-impérialiste du “contrat social du Rojava”, trahison dans le fond et dans la forme, sous l’égide yankee, du confédéralisme démocratique tel qu’il a été pensé et doit continuer à être mis en application pour et par le peuple constitué en assemblées populaires seules habilitées à la prise de décision depuis la base, localement, régionalement et confédérativement !

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confederalisme_democratique (Version PDF en français)

Rojava syrien et confédéralisme démocratique… Une vision pédagogique de l’intérieur…

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Excellent entretien avec un prof d’anglais bénévole qui a passé plus d’un an au Rojava, province kurde du nord de la Syrie, qui essaie de mettre en place les concepts du Confédéralisme Démocratique tel qu’envisionné par Abdullah Öcalan, le leader kurde du PKK emprisonné en Turquie depuis 1999.
Cet entretien montre de manière la plus objective possible les réussites et les problèmes de cette révolution sociale qu’on voudrait être un modèle, mais qui bataille constamment avec tant de réalités du terrain.
Une vision réaliste qui ne nous aide que mieux à comprendre. Seul le peuple kurde possède la capacité de prendre son destin en main et de mener cette révolution plus avant, si la solidarité s’impose, elle ne doit en aucun cas se transformer en ingérence.
Seuls les peuples pourront s’émanciper par et pour eux-mêmes, les expériences du Rojava et du Chiapas, adaptées à leur environnement politico-culturel particulier, nous donnent quelques clefs supplémentaires.
~ Résistance 71 ~

Pour en savoir plus: lire le “Confédéralisme Démocratique” d’Abdullah Öcalan

 

De retour de la révolution du rojava

Entretien avec Peter Loo (professeur d’anglais bénévole au Rojava)

 

Novara Media / Ballast

 

25 Mars 2017

 

Source:

http://www.revue-ballast.fr/de-retour-de-revolution-rojava/

 

Une révolution socialiste, féministe, pluri-ethnique et écologiste prend forme depuis près de cinq ans : quelque part en Syrie, au nord d’un pays divisé par la guerre, en région autonome kurde : le Rojava. L’anthropologue libertaire américain David Graeber va jusqu’à la qualifier de « l’un des rares points lumineux » de la région et de l’une « des grandes expériences démocratiques du monde ». Les principaux ennemis de la révolution ? Le fascisme théocratique de Daech et l’autocratie turque. Nous suivons avec un vif intérêt l’évolution de la situation et traduisons, pour le lectorat francophone, cet entretien de Peter Loo paru il y a trois mois de cela dans les colonnes du site Novara Media : professeur d’anglais bénévole, il a passé plus d’un an sur place dans le cadre du groupe de solidarité anticapitaliste Plan C Rojava. Et livre, à son retour, une analyse pédagogique de la situation, soucieux des grandes réalisations autant que des limites certaines.

Pourriez-vous d’abord détailler un peu la chronologie de la révolution au Rojava ?

Eh bien, commençons par évoquer rapidement les origines de la révolution. Beaucoup de gens omettent de parler des origines, alors que c’est crucial pour comprendre la dynamique de toute la révolution. Le Parti de l’union démocratique (PYD) qui a mené la révolution était actif dans le nord de la Syrie, ou Kurdistan occidental (Rojava signifie « ouest » en kurmanji) depuis 2003. Avant lui, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), auquel est affilié le PYD, avait l’autorisation du régime d’utiliser la région comme base d’activités contre l’État turc, jusqu’à son expulsion en 1998. Les premières manifestations contre le président syrien Bachar El-Assad ont débuté début 2011 ; au printemps, le PYD a entrepris de se consacrer à l’organisation de la communauté kurde en formant des comités locaux et des unités d’autodéfense — les précurseurs du YPG, ainsi que des forces féminines du YPG. Cela devait constituer la base sociale de la révolution. Mi-juillet 2012, alors que le mouvement social contre El-Assad s’étaient transformé en conflit militaire sanglant impliquant plusieurs puissances étrangères, ces forces d’autodéfense, renforcées par des guérilleros formés par le PKK, expulsèrent les forces du régime de plusieurs villages et villes du Nord. Les forces de défense du PYD prirent alors le contrôle des grandes routes et évincèrent le régime des infrastructures clés — en causant très peu de violences et de victimes.

La géographie a joué évidemment un rôle crucial : les zones à majorité kurde où le PYD pouvait s’organiser furent les premières à se soulever et à expulser les forces du régime. Dans les zones sans forte majorité kurde, les forces d’El-Assad parvinrent à se maintenir. Ici, à Qamishlo, où 20 % environ de la population soutient le régime, il y eut des affrontements violents mais le régime réussit à garder le contrôle de plusieurs bâtiments publics. Juillet 2012 marqua l’émergence du Rojava en tant que force à part dans le conflit syrien. Les cantons qui furent créés se déclarèrent contre El-Assad (quoique plaidant pour une destitution électorale, sans recourir à la force), tout en restant en dehors de la constellation de groupes rebelles syriens en voie de fragmentation. Les relations entre le Rojava et l’Armée syrienne libre — ASL/FSA : les forces militaires initialement formées par les rebelles — sont complexes : les exemples de coopération comme de conflit entre le Rojava et les différentes composantes de l’ASL sont nombreux  depuis le début de la révolution. Ce récit des origines de la révolution en tant qu’insurrection est contesté par ceux qui critiquent la révolution du Rojava et son refus de rejoindre plus largement le soulèvement anti-Assad. Émanant surtout de Grande-Bretagne, ces critiques incluent Robin Yassin-Kassab et Leila al-Shami, les auteurs de Burning Country. Dans cet ouvrage, qui ne parle que brièvement du Rojava, les auteurs affirment que le retrait des forces d’El-Assad avait été « apparemment coordonné » avec le PYD, dont l’arrivée au pouvoir était un fait accompli précédemment accepté par le régime afin de libérer des troupes des missions de surveillance pour leur permettre de combattre les rebelles ailleurs. Ces deux récits sont incompatibles ; j’avoue ne pas avoir de réponse définitive : peut-être que les choses seront plus claires dans les prochains mois, lorsque les relations entre le Rojava et le régime syrien seront éclaircies.

L’argument du fait accompli n’explique pas, pour autant, les victimes militaires des premiers jours, ni pourquoi les hostilités continuent, de façon sporadique. Je ne crois pas en l’existence d’une conspiration. Il semble plus probable que, reconnaissant que la situation politique au Rojava a changé avec l’insurrection, El-Assad a reconsidéré sa position politique concernant cette partie de la Syrie, probablement pour garder ses options ouvertes sur le long terme. Depuis ses débuts, la révolution s’est étendue géographiquement et socialement. Deux de ses trois cantons sont directement reliés (Kobané et Ciziré) et les combats continuent afin qu’ils le soient au canton d’Efrin. Un système basé sur la décentralisation (le système confédéral) et la construction de « communes » au niveau local a été institué ; une organisation économique qui privilégie les coopératives et assure la satisfaction des besoins primaires est en place. Un bouleversement majeur des relations entre les hommes et les femmes est également en cours. Il s’agit d’une des plus passionnantes luttes politiques entreprises de nos jours, à la fois du point de vue de son échelle et de sa portée — d’autant plus impressionnante que le conflit est toujours en cours en Syrie et que les pays voisins affichent leur hostilité vis-à-vis d’elle.

Nous reviendrons sur les relations entre révolution et régime. Ainsi, la révolution a débuté en tant que mouvement dirigé par le PYD principalement soutenu par des Kurdes ?

Exactement. Après ce qu’on pourrait appeler la phase insurrectionnelle de la révolution (consistant à écarter le régime du pouvoir), la phase suivante fut celle de la consolidation politique et de l’application d’un programme politique. Ce programme repose sur trois principes essentiels : un système de démocratie citoyenne (en relation avec les partis politiques officiels et doté d’une certaine forme de représentativité) que l’on appelle « confédéralisme démocratique » ; la révolution des femmes ; un programme écologique — de loin le moins développé des trois aspects pour le moment. Consolider ce programme au-delà du PYD ou de la communauté kurde ont été les tâches immédiates de la révolution. Plusieurs petits partis politiques sont aujourd’hui actifs dans la révolution : ils travaillent ensemble sous le nom de « TEV-DEM » (Mouvement pour une société démocratique). Bien évidemment, tout le monde ne soutient pas ce qu’il se passe. L’ENKS, une coalition de seize partis dominée par Massoud Barzani, le président du gouvernement régional du Kurdistan irakien (GRK), a publiquement critiqué beaucoup de choses qui ont lieu au Rojava. Barzani ne partage pas la vision politique du PYD. Il calque le GRK sur les États pétroliers, comme Dubaï, et applique, en ce moment même, un embargo contre le Rojava, avec son allié turc — ce qui cause toutes sortes de problèmes… En raison de ces tensions, Carl Drott, de l’université d’Oxford, a déclaré : « Parfois, il semble que la seule politique cohérente du KCN [ENKS] est de s’opposer à tout ce que fait le PYD. »

Plus important encore, la révolution a comme priorité de gagner le soutien et la confiance de toutes les communautés présentes au Rojava. Ces communautés — Arabes, Syriaques, Tchétchènes, Arméniens, Turkmènes, etc.— s’impliquent en nombre grandissant au fil du temps, au fur et à mesure qu’elles voient les idées de la révolution (et ses avantages) mises en pratique, de même qu’elles constatent que le régime ne reviendra pas. Les raisons de soutenir la révolution vont des plus politiquement motivées, telles que le souhait d’un Kurdistan libre, la confiance en la politique d’Abdullah Öcalan [le leader emprisonné du PKK, ndlr] et sa vision du confédéralisme et un désir plus concret de paix, de sécurité et de services de base que la révolution apporte à la vie quotidienne. Les YPG et YPJ sont aimés par quasiment tout le monde ici ; ce soutien s’est étendu à l’alliance militaire (les Forces syriennes démocratiques, FSD/SDF) conclue avec d’autres milices progressistes des différentes ethnies de la région. La révolution a démarré du sein de la communauté kurde et le travail à mener pour qu’elle soit soutenue par d’autres communautés est une priorité cruciale. Cela suppose de travailler avec les milliers de réfugiés arabes fuyant le conflit du reste de la Syrie et qui sont empêchés de se rendre en Europe par l’État turc. Une partie de mon travail avec le TEV-DEM consiste à consolider ce soutien des communautés. La communauté syriaque, par exemple, est fortement divisée entre le régime et la révolution, et chaque faction possède ses propres unités militaires et sa propre police. Quand on traverse les quartiers syriaques, cette division saute aux yeux : ici, la rue est pleine de portraits d’El-Assad et de drapeaux du régime ; là, il y a un checkpoint pro-révolution avec des slogans révolutionnaires sur tous les murs.

Abordons la question épineuse des relations entre le régime d’El-Assad et le PYD. En quoi consistent-elles, en résumé ?

Comme je l’ai dit, la révolution n’a pas mis partout le régime à la porte. Ici, à Qamishlo, il est encore présent. Ainsi, lorsqu’Alep a été « libérée » récemment, de bruyantes festivités pour la victoire d’El-Assad ont eu lieu dans certains quartiers — et le régime continue de payer les salaires de certains fonctionnaires, comme les instituteurs. De temps en temps, des escarmouches éclatent dans des villes où le régime est encore présent, comme ici ou à Hasseke. La révolution s’est constituée en tant que force indépendante du large mouvement de rébellion — très diversifié — contre El-Assad. Elle a pu compter sur le soutien de mouvements sociaux étrangers, de partis politiques progressistes, mais également sur celui, plus controversé, de puissances comme les États-Unis et, parfois, de la Russie. Cela a, dans une certaine mesure, empêché El-Assad ou, plus probablement à l’heure actuelle, l’État turc de l’annihiler purement et simplement, bien que la situation soit toujours périlleuse. Aujourd’hui, les positions que va prendre le régime vis-à-vis du Rojava ne sont pas encore claires, et vice-versa. Pour le moment, aucun des deux camps n’a d’avantages militaires probants pour l’emporter sur le terrain. Après la défaite des rebelles, quasiment assurée avec la réoccupation d’Alep, cela peut complètement changer. Par exemple, le YPG et le YPJ, qui défendaient le quartier kurde d’Alep, Sheiq Maqsoud, et qui ont également soutenu les forces d’El-Assad à certains moments de la bataille, se sont désormais retirées, pour ne laisser que les Asayish, la police armée, dans le quartier.

Ces relations avec le régime ont été beaucoup critiquées. Au début du soulèvement syrien, la possibilité d’une large alliance entre Arabes et Kurdes semblait proche mais celle-ci a échoué, pour plusieurs raisons. Parmi celles-ci figurait un chauvinisme arabe latent, fruit de décennies de régime colonial au Rojava, et l’une des causes de la réticence du régime et des rebelles à voir l’autonomie kurde proclamée. La montée en puissance des forces islamistes du côté rebelle a également bloqué une alliance à grande échelle entre révolution Rojava et rebelles. Des accords ont été conclus à échelle locale, avec les forces présentes dans les cantons, comme les FSD, mais une large alliance avec les grandes factions rebelles est restée au point mort. Cette opportunité manquée, si tant est qu’elle fût possible, a probablement déterminé l’issue du reste du conflit.

Les cantons du Rojava ont connu une expansion rapide, particulièrement dans les zones à forte présence arabe. Pourriez-vous nous parler de votre expérience quant à l’accueil des différentes ethnies au sein de la révolution et de la façon dont cela fut perçu ?

Depuis 2015, les zones contrôlées par les cantons se sont largement étendues grâce aux offensives menées par ceux-ci contre Daech. Il est indéniable que cela est d’abord dû à un réseau de cantons, en permanence reliés les uns aux autres. Ces offensives, menées par des forces principalement kurdes sur des régions majoritairement arabes, ont causé quelques problèmes. J’ai eu l’occasion de me rendre sur le front à Salouk en décembre [2016]. L’offensive sur Raqqa faisant reculer la ligne de front, les gens ont été autorisés à retourner dans leurs villages. Les villageois que j’ai rencontrés semblaient globalement pencher en faveur des unités des FSD, avec qui ils entraient en contact. Cependant, tous les villageois ne soutenaient pas les actions en cours, d’autant que beaucoup, nous a-t-on dit, avaient été ou étaient encore des sympathisants de Daech. Nous avons visité un tabur (unité militaire) victime d’un attentat-suicide plus tôt dans l’année ; son auteur était quelqu’un de connu, originaire du village d’à côté. Les zones contrôlées par le système confédéral augmentant, des ajustements ont dû être faits pour accueillir le nombre croissant de participants non-kurdes. J’ai mentionné les FSD comme exemple de coalition militaire multi-ethnique, laquelle a représenté un pas en avant pour la révolution. L’actuelle dénomination officielle de la région, « Système fédéral démocratique de Syrie du Nord », témoigne du projet multi-ethnique que la révolution essaie de construire. On a notamment entendu l’un des coprésidents du système confédéral, Mansur Salem, un Arabe syrien, insister dans un discours récent sur le fait que construire ce soutien multi-ethnique était un défi politique clé pour la révolution.

Dans quelle mesure les « gens ordinaires » s’approprient-ils l’idéologie de la révolution au Rojava ?

Les visiteurs qui s’attendraient à une expérience révolutionnaire transcendantale seront déçus. Un travail exceptionnel y est accompli et il existe une bonne couverture médiatique, produite pour une audience occidentale ; mais, au-delà du front, la manière dont la révolution se manifeste est souvent subtile ou simplement pas aussi développée que ce à quoi on pourrait s’attendre. Diffuser les valeurs de la révolution dans d’autres communautés est un travail en cours. À titre d’exemple, les niveaux les plus élevés du système confédéral, en particulier les villes, sont bien développés, alors que le niveau le plus bas, à savoir la commune — institution de quartier où s’organise la participation la plus directe dans les assemblées politiques et les comités, sur des thèmes politiques —, n’est pas aussi répandu que ce que l’on pourrait croire. Les raisons remontent aux origines de la révolution et à la dynamique de cette phase insurrectionnelle que nous avons évoquée. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce sont les niveaux les plus élevés du système qui tentent de développer les niveaux de base de la participation politique. Une large part du travail est consacrée à accroître la place des communes, numériquement et géographiquement. Cela implique de trouver des ressources matérielles et d’éduquer les gens, dans les communautés locales, sur les valeurs de la révolution, ainsi que sur le fonctionnement, parfois complexe, du système. L’élément le plus visible de la révolution est sans doute le rôle des femmes dans la société.

L’image souvent renvoyée par la révolution est celle de la libération des femmes et du rôle de premier plan des YPJ dans la volonté de transformer les relations de genre. Comment cela affecte-t-il la vie quotidienne au Rojava ? Est-ce vraiment un aspect fondamental du mouvement ?

Une critique de gauche en Europe, comme on peut le voir dans un article récent de Gilles Dauvé, avance que la révolution des femmes au Rojava est limitée aux seules femmes des YPJ. Si c’était le cas, on ne pourrait pas considérer que le Rojava connaît une révolution des femmes. Après tout, l’État israélien enrôle des femmes comme soldats, et Kadhafi était connu pour avoir des gardes du corps féminins. L’histoire est pleine d’exemples de femmes jouant un rôle prépondérant dans les luttes sociales ou les conflits militaires, pour retrouver ensuite une position sociale de soumission une fois les hostilités terminées. Mais ce n’est pas là que s’arrête la révolution des femmes au Rojava. De même qu’elle ne s’arrête pas au 40 % de représentation féminine dans tous les comités, ni à l’égalité en termes de prise de parole (ce qui est en soi un pas qui va au-delà de ce qui se pratique dans la majorité des États occidentaux). Sous toutes ces conquêtes manifestes, il y a le développement long, patient, du mouvement politique des femmes : l’éducation politique pour que les femmes développent leurs capacités, pour que les futures organisatrices prennent confiance en elles ; des actions de (ré)éducation et d’intervention contre les hommes ayant commis des abus ; l’activité des comités de femmes à tous les niveaux du système confédéral ; et le travail infatigable du Kongreya Star (« Congrès des étoiles ») — la forme d’organisation du mouvement des femmes ici.

Encore une fois, ce n’est pas un processus sans accrocs. Ces changements se font dans une société massivement conservatrice où la violence contre les femmes, les meurtres pour l’honneur, les mariages forcés, la différence considérable entre les salaires, ainsi que les caractéristiques habituelles du patriarcat étaient extrêmement courants avant la révolution. Le mouvement travaille dur pour fédérer tout le monde, assurer des positions fermes, prendre des mesures immédiates si nécessaire, ou adopter une approche sur le long terme si cela s’avère plus efficace. À l’image de tout le reste, ici, le mouvement partage des traits communs avec les mouvements occidentaux, mais il conserve de nombreuses différences. Le travail politique qui sous-tend le mouvement des femmes au Rojava est collectivement appelé « jinéologie », qui signifie « la science des femmes ». Öcalan est, sans surprise, un théoricien jinéologiste de premier plan ; il a développé une vaste argumentation consacrée aux racines historiques du patriarcat, qui a renversé une société matriarcale et pacifique. Le capitalisme est considéré comme intrinsèquement patriarcal et Öcalan, qui est la référence principale du mouvement, soutient que « la nécessité d’inverser le rôle des hommes revêt une importance révolutionnaire ».

Certains pans de son argumentation sont plus problématiques pour une partie des féministes occidentales. Par exemple, l’approche jinéologique du genre peut passer pour essentialiste, car elle assigne des caractéristiques définies aux genres. Les féministes queer trouveront cette idéologie très provocante. Les comportements en matière de sexualité sont aussi très différents que ceux en vigueur en Occident : les relations sexuelles entre les cadres sont globalement interdites, et il y a toujours, dans le reste de la société, une forte pression sur la question de l’abstinence jusqu’au mariage. Dans de nombreuses interviews, lorsque la question queer est soulevée, la réponse standard se résume souvent à : « Nous n’avions jamais vu de personne gay au Rojava, avant. » Cette question sera, je l’espère, prise peu à peu en compte — j’ai entendu des rapports selon lesquels des politiques LGBT étaient mises en place dans certaines zones.

Vous dites que la jinéologie ne se conforme pas complètement au féminisme occidental. Peut-on affirmer la même chose pour le mouvement apoïste [ou « confédéralisme démocratique », théorisé par Öcalan, ndlr] en général ?

Oui, absolument. Beaucoup de débats sur le PKK sont construits en réponse à la question « Est-ce une organisation anarchiste ? » : ils tournent en rond parce qu’ils ne parviennent pas à effectuer une analyse concrète du mouvement lui-même. Au même titre que le PKK n’a jamais été, historiquement, une organisation ouvertement marxiste-léniniste, il ne peut pas non plus être qualifié de mouvement anarchiste. Le PKK et ses organisations sœurs s’autodéfinissent comme « apoïstes » — un mouvement construit autour d’Abdullah Öcalan et de ses travaux très… éclectiques. Les mouvements qui se fondent sur sa vision politique sont contradictoires, en particulier après le développement du « nouveau paradigme » qui suivit l’arrestation d’Öcalan en 1999. Ce paradigme a modifié de manière significative de nombreux pans de la vision politique du PKK. Bien que celui-ci ait désormais formellement abandonné la revendication d’un État kurde indépendant et l’ait remplacé par son modèle de confédéralisme démocratique, c’est encore un mouvement hiérarchique, avec une discipline stricte pour les cadres et un culte de la personnalité autour d’Öcalan. Leur conception de la révolution ne s’inscrit pas dans les limites des conceptions des mouvements révolutionnaires classiques, mais se définit comme suit : « Ni l’idée anarchiste de l’abolition de la totalité de l’État immédiatement, ni l’idée communiste de la prise de contrôle de la totalité de l’État immédiatement. Avec le temps, nous organiserons des alternatives pour chaque section de l’État contrôlée par le peuple, et quand elles réussiront, la partie correspondante de l’État sera dissoute. » Par ailleurs, et c’est important, leur critique du capitalisme ou, selon leurs termes, de la modernité capitaliste, est relativement opaque — une opacité que le manque de traduction en anglais de leurs textes ne contribue pas à éclaircir — ; elle n’est aussi certainement pas aussi fondamentale que celle provenant de la tradition marxiste. Bien que le mouvement apoïste intègre de nombreuses valeurs des traditions socialiste et anarchiste, c’est quelque chose de différent et distinct.

Deux autres volontaires internationaux, anarchistes revendiqués, ont publié récemment un article sur le site Plan C. L’article donne une série de raisons pertinentes et majeures sur les freins d’ordre pratique à la mise en œuvre de la solidarité au Rojava, et pour cela il mérite vraiment d’être lu. Il met en avant le fait (non contesté) que travailler au Rojava n’est pas neutre. Les choix des lieux et des personnes avec qui on travaille vont renforcer certains groupes, individus et dynamiques plutôt que d’autres, et on doit en être conscients. Mon interprétation de cette lecture est qu’elle reprend l’argument implicite, commun à beaucoup dans la gauche anti-autoritaire, en faveur du peuple ou des mouvements sociaux plutôt que des partis organisés. Le problème spécifique au Rojava, c’est que le mouvement apoïste a transcendé les limites de ses partis politiques et qu’il est aussi un mouvement social de masse comprenant des éléments d’auto-organisation au-delà des partis. Je dirais que la gauche révolutionnaire devrait soutenir le PYD et les mouvements apoïstes au Moyen-Orient plutôt qu’un « peuple » à la définition floue, et potentiellement fictif. Ils représentent une force progressiste très grande — peut-être la plus grande — au Moyen-Orient, et une large part de leur politique fait écho à la nôtre. Montrer un engagement sérieux dans un réel travail de solidarité aide à fonder le terrain commun à partir duquel on peut créer un dialogue avec ces mouvements. J’adorerais pouvoir débattre avec eux de certains pans de la vision apoïstes (par exemple, les définitions et critiques du capitalisme), mais cela ne peut sans doute se produire que si l’on peut justifier d’une certaine expérience.

Revenons-en aux communes : quelle est leur importance ?

Au niveau local, elles sont très importantes pour résoudre les problèmes mineurs, souligner les problèmes majeurs, et fonctionner comme la courroie de transmission sur le terrain des idées de la révolution. En plus d’organiser les réunions locales et les comités, les niveaux les plus bas du système servent de pôles pour mobiliser les gens sur les questions d’autodéfense, pour les manifestations et les rassemblements. Lorsque nous participons à un événement politique, nous partons d’habitude des Mala Gel (« Maison du peuple » — concrètement : centre social) de notre quartier en bus par grands convois, et lorsque nous organisons des événements, les communes locales sont une ressource vitale pour se connecter directement avec les gens. Je n’ai pas pu étudier suffisamment ce système, complexe, pour pouvoir estimer dans quelle mesure les idées de la base sont entendues plus haut dans le système fédéral, au travers des diverses délégations élues et des comités thématiques. Pour l’anecdote, j’ai rencontré ici un marxiste-léniniste européen convaincu que les anarchistes n’avaient rien compris à la révolution, et que les communes avaient un rôle très accessoire dans le processus. Pour lui, la révolution était dominée par le PYD ; le YPG et le YPJ en étant les bras.Quand il a rencontré l’un des partis marxistes-léninistes internationaux qui réalise ici un travail communautaire solide en promouvant et installant des communes, toute son attitude a changé. Peut-être que certains à gauche sont un peu optimistes sur le développement du système des communes, mais il existe bel et bien et il est en expansion ; nous devons simplement ne pas confondre nos désirs avec les réalités.

L’une des plus importantes interrogations à gauche est: quel type d’économie est en train d’être mise en place ?

La Syrie du Nord a été historiquement sous-développée par le régime syrien, qui l’a traitée comme une colonie intérieure. Les colons arabes étaient encouragés à s’installer autour des exploitations des réserves pétrolières découvertes dans la région. L’autre secteur principal de l’économie, la production agricole, était strictement encadré. Ce qui est désormais le canton d’Efrin a vu au fil du temps ses nombreuses forêts remplacées par des plantations d’oliviers tandis que, dans les années 1970, le régime répandait la rumeur selon laquelle une maladie de la tomate particulièrement vicieuse s’étendait depuis la Turquie, afin d’orienter la conversion de la production agricole du canton de Cizire vers le blé. Pendant l’hiver, conduire dans la campagne du canton de Cizire et de ses champs désertiques à perte de vue est une expérience lugubre. Des efforts sont menés aujourd’hui pour diversifier l’agriculture, pour des raisons à la fois écologiques et économiques. La révolution n’a donc pas hérité de beaucoup de moyens de production à grande échelle. Les quelques sites productifs d’envergure ont été socialisés. Il y a, il me semble, une usine de ciment, des puits de pétrole et, dans le campagne de Manbij, le barrage de Tishrin. Ici, à Qamishlo, on dénombre environ soixante « fabriques » qui emploient chacune au maximum vingt employés. Certaines sont le fait d’initiatives privées, d’autres sont gérées en coopératives. L’organisation du commerce et de la logistique se font aussi à petite échelle au Rojava. Lors de l’expulsion du régime, on comptait peu de larges systèmes logistiques — organisation des transports, ou systèmes de logistique intégrée, que les grandes chaînes de supermarché possèdent — qui pouvaient être socialisés. Le petit réseau ferré est hors service et le régime tient l’aéroport de Qamishlo, qui n’abrite qu’une ligne intérieure vers Damas, avec des trains peu fréquents.

Dans une très bonne interview menée par Janet Biehl, le conseiller pour le développement économique dans le canton de Cizire présente les « trois économies » qui fonctionnent en parallèle au Rojava. Vous pouvez lire l’article vous-même. En bref, il y a l’« économie de guerre », l’« économie ouverte » (c’est-à-dire le secteur privé) et l’« économie sociale ». Pour le moment, l’économie de guerre — le pain et le pétrole subventionnés, par exemple — domine, avec l’économie sociale des coopératives, qui est présentée comme porteuse d’espoir pour l’avenir. Évidemment, le danger est qu’en cas de levée de l’embargo le secteur privé soit de nouveau autorisé — en particulier pour ce qui est des infrastructures coûteuses, comme les raffineries pétrolières et l’industrie lourde —, et que l’économie sociale soit complètement écrasée par cette concurrence. Je ne voudrais pas m’aventurer à prédire l’avenir de l’économie, bien que les défis futurs semblent clairs, mais je trouve décevant que certains, à gauche, n’apportent pas leur soutien à ce qui se passe ici parce que la propriété privée persiste, ainsi que la production marchande et la relation salariale. Cette sorte de purisme du « tout ou rien » provient souvent d’une réflexion très abstraite, très éloignée d’une prise en compte des difficultés d’un changement social concret. Aucune révolution n’a encore réussi à abolir les relations capitalistes — encore moins en l’espace de quelques années, en pleine guerre de proximité internationale et sous embargo ! Bien que la critique de la modernité capitaliste apoïste ne soit certainement pas une critique marxiste, la stratégie économique au Rojava est largement une stratégie progressiste — avec des points d’interrogation quant à l’avenir. Elle mérite notre solidarité. Ne pas apporter notre soutien au prétexte que le capitalisme fonctionnera encore dans un futur plus ou moins prévisible me semble être une vision à bien court terme. Il est intéressant de constater qu’on soutient souvent des luttes sociales non communistes, jusqu’au moment où elles atteignent la capacité de changer significativement le monde, et que, dès lors, nombreux sont ceux qui retirent leur soutien. Il faut adopter une vision à plus long terme du changement social, qui le reconnaisse comme un procès compliqué et contradictoire. Ce n’est pas parce que la révolution ici ne met pas immédiatement en place le communisme que nous ne devons pas la soutenir.

Quelle est la composition dominante des volontaires internationaux ? Avec quelles attentes viennent-ils ; sont-elles confirmées ou déçues ?

En général, les gens qui arrivent ici forment un mélange entre idéalistes et une frange plus réaliste. À un certain moment, à partir des seules sources d’Internet, on pouvait croire que la majorité des volontaires étaient des aventuriers, des gens de gauche bien intentionnés, voire des gens de droite qui n’étaient là que pour combattre Daech. Même si cela a pu être le cas à un moment, ce ne l’est certainement plus aujourd’hui. Les YPG ont remarqué les conceptions et les comportements problématiques de certains de ses volontaires et sont devenus plus sélectifs. Sans surprise, il y a beaucoup de volontaires issus de la diaspora kurde, mais, au-delà, la majorité des volontaires que j’ai rencontrés ou dont j’ai entendu parler sont des gens de gauche. Il y a une présence relativement importante de camarades turcs venus d’organisations marxistes-léninistes ou maoïstes, par exemple. Les autres volontaires sont majoritairement européens ou nord-américains, et ils sont pour la plupart dans des unités militaires, parmi lesquelles un tabur international dévoué — le Bataillon de la liberté internationale. Les gens chez eux ont probablement vu dans les médias certaines des photos géniales prises par la « brigade Bob Crow » anglophone. Du fait des barrières de langage, des difficultés du voyage et de l’identification d’un endroit où la personne peut être utile, il n’y a pas beaucoup de volontaires internationaux dans la société civile. J’espère que cela deviendra plus facile avec le temps. Pour le moment, si les gens veulent être volontaires ici, ils devraient penser à quelles compétences ils détiennent ou peuvent acquérir avant de partir. Par exemple, si les gens sont intéressés, se former pour être professeur d’ESL (anglais comme seconde langue) est un excellent moyen d’être utile : la demande est très importante.

Pensez-vous que la présence de volontaires internationaux est un apport pour le mouvement ?

Il existe des compétences spécifiques pour lesquelles la demande est élevée, pour les équipes médicales, par exemple. Sinon, les volontaires peuvent au minimum travailler à établir des liens entre le Rojava et le reste du monde. Ainsi, les gens ici savent qu’ils ne sont pas seuls et le reste du monde découvre un peu plus ce qui se passe. C’est bien sûr une grande responsabilité, pour ceux qui en ont la compétence, de rapporter ce qu’ils ont vu et de faire le portrait d’une révolution entière à partir de leur expérience. Ceux qui le font doivent tenter d’être honnêtes sur ce qu’ils ont vu, ce qu’ils pensent, et les limites de l’expérience personnelle. Il n’est pas surprenant, quoique décevant, de voir des critiques émanant de certains pans de la gauche qualifier la majorité des volontaires d’« aventuriers orientalistes », d’« islamophobes cachés » ou de « fantaisistes ayant le complexe du héros ». Même si certains rentrent bien dans ces catégories, la plupart des volontaires — en particulier les camarades politiquement actifs qui ont répondu aux appels aux volontaires — ne sont en rien comme cela. Le YPG prend d’ailleurs des mesures pour filtrer et évacuer ces types de volontaires. Il est stupéfiant de constater que même ce qui est considéré comme une valeur historique incontestée du mouvement communiste — l’internationalisme — est la cible d’attaques de la part de ceux qui se considèrent eux-mêmes comme appartenant à la gauche. Il semble qu’il y ait aujourd’hui plus de volontaires de gauche appartenant à des structures préexistantes — ou peut-être utilisent-ils simplement les médias plus efficacement. Quoi qu’il en soit, marteler le fait que c’est une lutte progressiste qui a besoin du soutien de la gauche internationale, et qui se considère comme partie prenante d’un mouvement international, est une tâche politique à laquelle nous pouvons tous participer.

Quel est l’impact le plus significatif de la révolution pour le moment ?

La révolution a libéré le peuple de la région de la domination du régime d’El-Assad et de Daech. Elle a aussi apporté des progrès importants pour ce qui est de la libération des femmes et la démocratie directe. Sur le plan international, la révolution a donné une impulsion massive aux luttes au nord de la frontière à Bakour et en Turquie, ainsi qu’aux révolutionnaires au-delà. Même s’il faut garder la tête froide, il y a de nombreuses leçons à tirer de cette révolution. Au minimum, le Rojava sert à rappeler que la révolution est toujours possible là où des révolutionnaires sont organisés, déterminés, et prêts à risquer leur vie.

Un commentaire final ?

La révolution ne correspond pas ici au fantasme parfait de certains révolutionnaires occidentaux. Cela n’a pas été le soulèvement spontané de l’immense majorité des gens, ils n’ont pas aboli l’État (à supposer que cela soit possible) ou le capitalisme, et il y a encore des problèmes à régler. Malgré le fait que ce n’est pas le communisme ici et maintenant, cette révolution a besoin d’applaudissements et de soutiens. Comme toutes les révolutions, elle n’est pas apparue achevée une fois pour toutes, elle se construit sur le tas, en faisant face à beaucoup d’opposition. Contrairement à de nombreuses révolutions, celle-ci est assez difficile à définir : les étiquettes « anarchiste » ou « révolution sans État » obscurcissent plus qu’elles ne font voir. Ce que nous savons cependant, c’est que cette révolution impulse des formes de démocratie populaires, la libération des femmes et certaines formes d’économie de la solidarité. La vie au Rojava est meilleure pour les gens que dans la plupart des régions du Moyen-Orient. Pour ceux qui sont effrayés de voir des révolutionnaires ayant un réel pouvoir de changer les choses plutôt que de se maintenir à jamais dans la « résistance », je voudrais citer Murray Bookchin (dont l’influence sur la lutte ici est clairement exagérée dans certains milieux) : « Les anarchistes peuvent appeler à l’abolition de l’État, mais une coercition d’une certaine forme sera nécessaire pour prévenir le retour de l’État bourgeois en pleine force et avec une terreur débridée. Le fait qu’une organisation libertaire échoue, du fait de la peur déplacée de créer un “État”, à prendre le pouvoir quand elle le peut, avec le soutien des masses révolutionnaires, est au mieux de la confusion, au pire une perte totale de ses nerfs. »

Ceux qui adoptent une position d’ultragauche au Rojava, et qui placent la révolution hors de portée, mettent plus en évidence les faiblesses de leur propre positionnement politique que celles de la révolution qui se met en place ici. Une vraie révolution est une masse de contradictions dont la plupart doivent être affrontées à mesure qu’elles apparaissent. Ce qui fait qu’il est particulièrement important pour la gauche libertaire de soutenir cette révolution, c’est qu’elle affronte ces contradictions sans en passer par la dictature d’un parti politique. Il y a d’autres moyens pour la gauche d’exprimer sa solidarité avec le Rojava, et la lutte plus large dont il est un des éléments dans la région, que d’écrire des articles et de partager des trucs sur Facebook. Diffuser des informations sur ce qui se passe ici est bien sûr important, mais les exigences des organisations politiques qui soutiennent la révolution ici, et qui en ont la capacité, sont bien plus élevées. En Grande-Bretagne, par exemple, le groupe de solidarité pour le Rojava du Plan C travaille avec des structures dirigées par des Kurdes, qui organisent des débats et des manifestations ; il a rassemblé de l’argent, notamment pour un bus-école et du matériel médical, et envoie maintenant des volontaires pour faire du travail civil. Il y a quelques groupes de solidarité kurdes qui travaillent dur en Grande-Bretagne également, qui font du très bon travail. Si on les compare à avec des campagnes de solidarité au long cours comme les campagnes de solidarité pour la Palestine, les campagnes de solidarité des Kurdes sont encore très jeunes au Royaume-Uni. L’intensification massive du rôle contre-révolutionnaire de la Turquie, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières, susceptible de s’étendre à l’Irak cette année, augmente encore la nécessité de cette solidarité. Des structures nationales efficaces de solidarité doivent être rejointes ou créées, et fédérées à un niveau international. C’est un peu cliché, mais nous ne pouvons pas oublier ce slogan : « La solidarité n’est pas un mot, c’est une arme. »

 

Titre original : « A real revolution is a mass of contradictions: Interview with a Rojava Volunteer », 01 février 2017 — traduit de l’anglais, pour Ballast, par Jean Ganesh et Farid Belkhatir

Au lieu de la mascarade politique proposée… Intéressez-vous au Confédéralisme Démocratique: l’exemple du Rojava kurde

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 11 mars 2017 by Résistance 71

… parce qu’il n’y a pas de solutions au sein du système ! qu’il n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais ! Boycott du vote qui n’est que la validation pseudo-citoyenne du consensus du statu quo oligarchique. Notre rapport à l’État est un rapport de soumission inutile. Changeons notre attitude ! Union pour une résurgence de la nature sociale profonde et universelle humaine, celle de la société des sociétés…

~ Résistance 71 ~

 

“Il est souvent dit que l’etat-nation se préoccupe de la destinée des gens du commun. Ceci est faux. Il est plutôt le gouverneur national du système capitaliste mondial, un vassal de la modernité capitaliste qui est plus intriqué dans les structures dominantes du capital que nous ne tendons à le dire généralement: c’est une colonie du capital et ce indépendamment du nationalisme avec lequel il se présente, il sert de la même manière les processus capitalistes d’exploitation. Il n’y a aucune autre explication pour la redistribution des plus horribles des guerres menées par la modernité capitaliste. Ainsi donc, par là-même, l’état-nation n’est pas avec les peuples, il est au contraire un ennemi des peuples !”
~ Abbdullah Öcalan ~

A lire: “Le confédéralisme démocratique”, Abdullah Öcalan, 2011

 

Le confédéralisme démocratique du Rojava

 

Entretien avec l’historien Raphaël Lebrujah

 

Octobre 2016

 

Source:

http://lagueuleouverte.info/Le-confederalisme-democratique-du-Rojava

 

Dans le Kurdistan syrien, un peuple enclavé, isolé, mais éduqué et responsable construit une nouvelle société tout en luttant efficacement contre DAECH. Une pratique concrète d’écologie sociale.

Au Kurdistan syrien(1), trois provinces forment une région appelée Rojava ; il s’y déroule aujourd’hui une expérience sociale originale et passionnante. Occultée, dans son contenu, hormis son aspect « vitrine » (des femmes font la guerre en première ligne), par la plupart des médias grand public , cette expérience n’a pas eu d’équivalent dans le monde depuis le Chiapas (au Mexique à partir de 1994), voire pour de très courtes périodes pendant la Guerre d’Espagne ou la Commune de Paris. Cette expérience unique de « municipalisme libertaire » a été théorisée par Murray Bookchin (2), elle est portée, depuis 2012, par le projet politique mis en place par le PYD (Parti d’union démocratique). Ce projet est fondé sur celui du PKK, plus particulièrement de son leader historique et charismatique, toujours emprisonné, Abdullah Ocalan. 
Notre rencontre avec Raphael Lebrujah, jeune historien revenu de ce pays, une fin d’après-midi de mi-septembre , près de la Place de la République, non loin de l’endroit où se tenait « Nuit debout », incendie de printemps quasi réduit en cendres maintenant, nous précise l’historique et nous fait vivre cette actualité, non sans rapport justement avec ce qui aurait pu/pourrait se jouer à « Nuit debout » : la mise en place d’une société parallèle sans Etat.

La Gueule Ouverte : Bonjour Raphaël, avant tout, peux-tu nous dire comment un parti marxiste-léniniste, comme le PKK, façon Staline (c’est en tout cas sous ce jour qu’il était présenté jusqu’ici et encore parfois) a pu devenir communaliste, selon la théorie de Bookchin ?

C’est toute une histoire, ça ne s’est pas fait en un jour ! Fondé en 1978, le PKK était, à la base, un parti marxiste léniniste classique. Mais dès ses prémisses, depuis 1972, ses animateurs n’étaient pas des léninistes « puristes » car ils accordaient une grande importance à la liberté individuelle, malgré une propension à tuer leurs propres opposants de l’ »aile gauche » trotskiste du parti – on est léniniste ou on ne l’est pas ! Tiers-mondiste, soutenu d’abord par plusieurs Etats dont l’URSS, la Grèce et l’Arménie puis par la Syrie et le Liban où des militants du PKK auront des camps d’entraînement dès 1978, avant de se battre du côté des Palestiniens au Liban en 1984, le PKK a fini par étendre la guérilla en Turquie. Il est vite déclaré « groupe terroriste » par la communauté internationale, ce qui va l’isoler. 
Née sur les ruines de l’Empire Ottoman en 1923, la Turquie est très centraliste et jacobine. Ses fondateurs, liés à la Franc-Maçonnerie du Grand Orient de France, puissante sous la IIIe République, suivaient le même principe simple « une langue, une nation, un peuple, un Etat », un principe qui avait guidé la nation française sur la voie de l’intégration plus ou moins forcée des minorités de la métropole comme par exemple la bretonne ou l’occitane… Mais la Turquie est bien plus polyethnique que la France- il y a 70 ethnies- et elle n’a jamais pu résoudre le problème kurde qu’elle s’est mise en tête, dès le début, de traiter par la répression, et donc ce fut réprimer ce parti, très populaire chez les Kurdes, le PKK. L’obsession assimilatrice de l’Etat turc dirigé alors par une junte militaire qui bloque toute solution politique, échoue continuellement et le PKK se met en guerre, estimant que les Kurdes sont colonisés. Cependant très vite, le PKK va se trouver dans une impasse militaire et dans un grand isolement politique et international. 
Les années 90 sont très dures pour les Kurdes : après les gazages en 1988 de villages par le régime de Damas – l’opération Anfal avait fait 200 000 morts- arrive la chute de l’URSS et le soutien de l’OTAN accru à la Turquie qui, pour soumettre la population kurde va implanter des supplétifs kurdes, les « gardes de villages », servant dans les régions très rurales du Kurdistan à combattre le PKK. La répression est terrible, le PKK et les Kurdes sont très isolés, des villages kurdes sont soumis, d’autres rasés – d’où des exodes massifs de population. Les Turcs ont voulu exterminer la culture kurde en parquant les Kurdes dans des villes, dans des espaces urbains très concentrés. Ils l’ont très mal vécu. 
Dans la même période, Ocalan est emprisonné en 1998, suite à une incroyable souricière montée au Kenya, où Ocalan était à ce moment-là, par la CIA, le Mossad et l’Armée turque réunis… il est condamné à mort, mais la possibilité d’une adhésion de la Turquie à l’Union Européenne lui sauve la tête : il est simplement emprisonné et il continue son activité politique en prison. On peut s’étonner qu’il n’ait pas été liquidé discrètement mais il semble que, pour le pouvoir d’Ankara, la détention d’Ocalan soit aussi un moyen de pression sur les Kurdes.
Parallèlement, dans le PKK, dès 1992, avec le soutien d’Ocalan, la question des femmes est en train de mûrir, la place de la femme va devenir autonome. Elles fondent leur propre organisation armée et en 1995, elles deviennent indépendantes dans le parti. On parle d’un « parti dans le parti ». La principale instigatrice en est Sakine Cansiz, qui a été assassinée à Paris en 2013. Les femmes vont, par exemple, pouvoir décider de leurs propres opérations militaires sans l’aval des hommes. Ocalan lui-même veut que les hommes fassent les tâches ménagères pour que les femmes puissent se former. Ils-elles ont une idée pour les hommes : « il faut tuer l’homme en nous. »
Elles-ils finissent par créer une « science des femmes » qui est la la Jineolojî, en 2011, un savoir par les femmes pour les femmes. Il y a des côtés essentialistes, en s’inspirant d’auteures féministes radicales, mais pas seulement : on veut aussi retourner à une vie « naturelle », la dimension écologique y est prégnante.

La Gueule Ouverte : Comment cela se passe-t-il, concrètement, la mise en place de ce régime, le « confédéralisme démocratique », ainsi appelé par Ocalan, et le type de société en cours de réalisation au Rojava, la région autonome kurde du nord de la Syrie ? Le Rojava – rappelons-le – est en guerre contre Daech mais en paix avec le régime de Bachar El Assad.

L’abandon du léninisme par le PKK, à partir de 1995, et l’élaboration, sous l’impulsion d’Ocalan (3), qui lit en prison Murray Bookchin (et surtout correspond avec lui, par son avocat), du Confédéralisme démocratique est sans précédent dans l’histoire du mouvement social.

Note de Résistance 71: Ceci n’est pas tout à fait exact, en effet toute la formation politique et sociale clandestine de 1983 à 1994 qui a mené à l’éclosion et l’avènement du mouvement (néo)zapatiste du Chiapas au Mexique, a aussi dû abandonner le marxisme-léninisme de base pour totalement s’adapter aux conditions indigènes des peuples de descendance Maya de la région. Cette mesure fut tout à l’honneur des théoriciens venus aider les populations locales dont le sub Marcos faisat déjà partie. C’est par l’ajustement de leur modèle politique rigide vers une gouvernance d’assemblée totalement décentralisée que le Chiapas zapatiste est devenu un succès et un modèle social.
Ainsi l’EZLN est passé très très rapidement d’un fond marxiste-maoïste (le modèle politique initial ayant été plus proche de celui du “Sentier Lumineux” péruvien) à un modèle anarcho-indigéniste sans aucune structure centralisée et où le pouvoir est redilué dans le peuple via les assemblées de bon gouvernement dans les Caracoles. Ceci correspond de fait au mode de gouvernance ancestral des populations autochtones. Le 1er janvier 1994 a vu les zapatistes sortir de l’ombre et rester dans la lumière de la gouvernance populaire depuis. Cela fait maintenant 23 ans que la région autonome zapatiste du Chiapas montre l’exemple au monde au gré de ses succès et réalisations politico-sociales.
Le Rojava syrien est aujourd’hui, depuis 2012 et les évènements en Syrie, un autre espoir d’avènement du confédéralisme démocratique. Nous le disons et le répétons, le changement de paradigme politico-social est une question de volonté dans notre changement d’attitude envers les institutions qui nous gouvernent. Il suffit de dire NON ! d’abord idividuellement, puis très rapidement collectivement au gré de la résurgence du communisme primordial qui est partie intégrante de la nature humaine. La société étatique et son apogée capitaliste est une perversion de la nature humaine, son cancer arrivé en phase terminale.

Le PKK abandonne dès lors le centralisme et l’idée de prendre le pouvoir. 
Se mettent en place au Rojava des comités de base, des comités de quartiers, des comités municipaux, pour chaque commune et des comités de cantons. Il y a quatre niveaux et cette démocratie est décentralisée au maximum. L’idée est que plus on règle un problème au niveau local, avec les compétences locales, mieux cela se passe. C’est bien le principe de subsidiarité, celui de la « compétence suffisante ». Il n’y a pas d’instance supérieure : il n’y a plus d’Etat. Mais il y a des échanges commerciaux entre les communes du Rojava, même pendant la guerre. C’est que le Rojava existe et ce qui compte, avant la religion, pour les Kurdes, c’est bien l’identité kurde, une appartenance commune qui rassemble au-delà de considérations ethniques ou religieuses très diverses, foisonnantes même au Rojava. Cette identité s’actualise pour les Kurdes de cette région dans ce projet politique et une nouvelle façon de vivre. Et cette identité intègre, par la force des choses, des non-Kurdes car les Kurdes eux-même peuvent être minoritaires dans certains villages. C’est bien cette autonomie – et non pas indépendance d’un Etat kurde- qui permet cette ouverture aux non-Kurdes.
Il peut y avoir des conseils en dehors de ces conseils, par exemple des conseils de femmes qui vont s’organiser quand il y a une oppression sexiste. Le conseil sera alors non mixte, avec des personnes concernées. De même, des conseils de chrétiens, s’il y a une oppression de chrétiens… des conseils de jeunes aussi. Chacun a le droit de créer sa « commune », il existe même un « conseil du cinéma » !
Un principe très fort est qu’aucune politique n’a de légitimité démocratique si elle n’a été proposée, discutée et décidée directement par le peuple, et non par de quelconques représentants ou substituts. Ce sont les personnes concernées qui décident. C’est seulement l’administration de ces directives politiques qui peut être confiée à des conseils, des commissions ou des collectifs d’individus qualifiés, éventuellement élus, qui exécutent le mandat populaire sous contrôle public et en rendant des comptes aux assemblées qui prennent les décisions… Et si ces élus n’exécutent pas le contrat, ils peuvent être révoqués, bien évidemment, c’est tout à fait le contraire de la démocratie « représentative » qui est, pour le tout-venant occidental : « la démocratie » – car il n’en connait pas d’autre. C’est tout à fait l’idée de Bookchin, mise en pratique, et le PKK devient en quelque sorte libertaire. Mais tout s’est mis en place progressivement, d’abord par l’éducation des militants qui vont lire énormément, tout en intégrant de nouveaux auteurs à leur corpus idéologique, Bookchin en premier lieu mais également Bakounine, Rosa Luxembourg, révolutionnaire très populaire, une figure martyre – entre parenthèses il y a tout un culte des femmes « martyres », dont la combattante kurde Zilan, morte en 1996 – et, ils lisent aussi, ce qui est plus surprenant, Noam Chomsky et des structuralistes comme Michel Foucault. Le travail intellectuel, et aussi la musique – et les chants collectifs, c’est quelque chose que de les voir chanter en groupes ! – sont très investis par les Kurdes : chaque association a une « commission culture ».
Ces principes se traduisent par des résultats tout à fait impressionnants en terme d’organisation sociale. Et les combattants, ce sont, pour moi, des « moines-soldats » : ils se battent et ils étudient !

La Gueule Ouverte : c’est important, cette question des femmes, tu parlais d’un culte des martyres. Rosa Luxembourg, en effet, fut une femme politique remarquable, parce qu’elle proposait un point de vue dissident marqué par sa position de femme – rappelons qu’elle a été de celles/ceux qui ont proposé une approche marxiste-conseilliste, très horizontale et égalitaire, en opposition au léninisme -. Malgré le cliché qui intéresse nombre de journalistes, celui des « femmes combattantes », il y a un point nodal ici : la combinaison entre la lutte philosophico-sociale pour l’égalité entre femmes et hommes, à partir de la place « traditionnelle » des femmes autour de la vie et des ses différentes expressions (procréation, éducation, cuisine, ménage…) et la guerre militaire contre Daech ? Et dans ce cadre, il y aurait donc accord entre hommes et femmes ?

Le mouvement d’émancipation des femmes dans le PKK se voit comme quelque chose de collaboratif : elles doivent lutter contre les oppressions des hommes mais aussi dans l’esprit de les éduquer à ne pas être des oppresseurs. A mon avis, c’est différent d’un féminisme occidental que j’appelle « oppositionnel » c’est à dire un féminisme qui dénonce à juste titre les causes des oppressions mais les mecs, chez nous, ne sont pas formés à ça. C’est un problème que je constate. Alors qu’au PKK, il y a une collaboration entre les sexes. 
Donc devenu d’inspiration libertaire, le PKK est contre la formation d’un Etat-nation car Ocalan a pris acte de l’échec de toutes les guerres de décolonisation sur la base de l’indépendance nationale. Ceci dans la mesure où, arrivés au pouvoir, les libérateurs d’hier se font vite oppresseurs d’ethnies minoritaires. On l’a vu dans le cas de l’Algérie indépendante, cela peut être parlant pour les Français très liés à cette colonisation : on a vu que les Berbères ont vite été réprimés dès 1962 par le FLN arrivé au pouvoir. Mais c’est le cas de toutes les expériences de libération nationale. 
Il y a aussi une autocritique très vive de Ocalan, à partir de 1995 avec cet abandon total du léninisme, cette critique très forte qu’ils avaient fait de la violence envers leurs propres opposants et il critique cette idée de prendre le pouvoir, malgré, et c’est paradoxal, cette tentation qui pourrait être la leur car le PKK est bien une organisation armée. 
Ce qui est le plus étonnant c’est bien que, maintenant, au Rojava, la violence est toujours la dernière solution, et qu’elle est,autant que possible, évitée. Le PYD est très respectueux des droits fondamentaux, et même des droits de minorités très réactionnaires, bourgeoises, de minorités voulant le retour du patriarcat, et opposées au régime et à la collectivisation. Ils ont par exemple le droit, et ils le prennent, d’organiser des manifestations contre le régime. Et même, la collectivisation n’est pas une collectivisation au sens habituel du terme. Il s’agit d’une collectivisation où l’argent ne va pas être centralisé : il va bien rester au niveau de la Commune. Et des compromis sont faits avec les petits propriétaires qui vont participer à la gestion de la Commune : impliqués, ils n’ont pas l’impression d’être spoliés mais bien de participer. Il y a une volonté de discuter avec tous les acteurs, y compris ceux qui ne sont pas du tout d’accord avec vous, pour faire fonctionner la société : on pourrait dire qu’on y pratique une « culture du dissensus ». Cette volonté de discuter se concrétise aussi dans la guerre menée contre DAECH – l’Etat Islamique est soutenu soit dit en passant par la Turquie ! – et dans les capacités qu’ont les Kurdes à créer et nouer des alliances locales avec des tribus qui s’allient d’habitude avec les Islamistes, à réaliser même des renversements d’alliance. Et paradoxalement, l’enclavement du Rojava et la dure guerre en cours contre DAECH n’a pas porté le régime à se durcir contre ses opposants : la peine de mort y est toujours abolie et l’emprisonnement maximal est de 20 ans. On aurait pu craindre tout autre chose, pensez donc aux dérives passées par exemple dans l’URSS isolée d’après la Révolution de 1917, mais ce n’est pas le seul cas !… Isolé, en guerre, le Rojava a renforcé ses pratiques libertaires. Les Kurdes ne pratiquent pas d’exécutions sommaires, ne torturent pas leurs prisonniers et ne commettent pas d’exactions. Les combattant-e-s peuvent même dans certains cas, refuser des ordres et déposer leur commandant s’il ne satisfait pas à certaines exigences.

***
Voilà qui est bien enthousiasmant ! Mais nous, Alain, Christian et Patrick, les trois compères de « La gueule ouverte » qui échangeons, ce soir-là, avec Raphaël Lebrujah, nous méfions de l’illusion lyrique. Il y a, tout intuitivement, une contradiction, au moins apparente, entre les pratiques libertaires et les pratiques de guerre qui exigent une discipline drastique, nous semble-t-il, encore que nous n’en soyons pas des spécialistes, c’est le moins que l’on puisse dire. Il faudrait aller y voir de plus près.
Le Rojava, c’est loin et c’est intéressant, passionnant même : une utopie en marche ? En écoutant Raphaël, beaucoup de questions se posent à nous. Nous entendons bien plus qu’un « son de cloche », c’est un avis sans doute éclairé (4) mais il nous faudrait vraiment voir cela de plus près, par nous-mêmes. Sur la question de la peine de mort, par exemple : que faire si des comités locaux décident de transgresser la loi commune ? Plus globalement et fondamentalement, jusqu’où va l’autonomie des conseils ? En regardant chez nous, en France et en Europe, des expériences de ce type sont, à moindre échelle, déjà en place ici et il est sans doute plus efficace d’aller voir et d’agir à quelques pas de chez nous, par exemple à Notre-Dame-des-Landes.
…

Comment s’inspirer de ce modèle pour créer des zones d’autonomie en France ou en Europe, dans des conditions hors d’une guerre « chaude » ? La question se pose à nous, elle est posée à Raphaël et nous devisons dans ce sens. Pour nous tous, c’est une question majeure.

Il y a des différences structurelles évidentes : le Rojava est une région agricole, et une région pauvre, même si elle est considérée comme le « grenier » de la Syrie. Le gros de la classe moyenne a quitté le Rojava. Mais le Rojava n’est pas une région misérable, on y mange à sa faim. Peu centralisée et peu technologique, elle a tout d’une région possiblement « résiliente ». Il n’en va pas de même en France, pays moderne, citadin, avec une agriculture industrielle, un pays où les habitants ne connaissent que la démocratie représentative. Il faudrait de considérables changements dans les représentations sociales autour de la démocratie et plus encore dans les pratiques quotidiennes pour que la grande majorité des gens aillent jusqu’à prendre leur destin en main. Le semi-échec de « Nuit debout » le montre. Outre la population qui a participé quotidiennement aux commissions de « Nuit debout », ce mouvement est resté jusqu’ici minoritaire dans le pays et le feu n’a pas pris, même si des « Nuit Debout » sont nées dans nombre de villes françaises et européennes. Peut-être en irait-il ainsi de tout pays connecté à la mégamachine mondialiste, avec une classe moyenne importante et dans lequel le système de protection sociale fonctionne encore relativement ? Par contre, la région autonome du Rojava est tout autre, et isolée, coupée du monde, sous embargo. Mais le pire n’est pas sûr, les changements radicaux sont toujours le fait de minorités, selon la sociologue fameuse Margareth Mead. 
En France, ce modèle de fonctionnement social s’actualise d’ailleurs, ou s’en rapproche au moins par bien des aspects, dans divers lieux, qui se veulent permanents, si l’on examine l’autogestion des ZAD (zones à défendre), comme Notre-Dame-des Landes ou d’autres lieux construits en sociétés parallèles. Des lieux menacés, dans leur pérennité, par le pouvoir en place qui les supporte s’il ne peut les faire évacuer. On y trouve naturellement une population dont le projet est bien de vivre indépendamment du pouvoir en place et de l’Etat français, de construire une société sans reproduire des structures de pouvoir, sans doute de vivre d’une manière à la fois nouvelle et ancienne, à inventer au quotidien. Dans une proximité avec le Rojava, cette population se distancie des circuits et des réseaux habituels et se déconnecte volontairement du broyeur libéral. 
L’idée et le slogan « Zad partout » s’apparentent bien à un projet de « communalisme », un projet qui se forge dans des expériences concrètes. Il s’agit peut-être du seul véritable projet politique alternatif aujourd’hui.

Notes et références :

(1) le Kurdistan est à cheval sur 4 états : la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran

(2) Murray Bookchin (1921-2006) (bibliographie trouvée sur wikipédia) : 
Murray Bookchin (trad. Helen Arnold et Daniel Blanchard), Pour une société écologique  : Recueil de textes et préface inédite de l’auteur, Paris, Christian Bourgois ed, 1976 (ISBN 2267000350).
Murray Bookchin, Une société à refaire : vers une écologie de la liberté, Montréal, Éditions Écosociéte, 2011 (réimpr. 1992) (ISBN 9782923165561).
Murray Bookchin, Sociobiologie ou écologie sociale, Lyon, Atelier de création libertaire, 1999 (réimpr. 1993) (ISBN 9782905691682, lire en ligne).
Murray Bookchin et Dave Foreman, Quelle écologie radicale ? : écologie sociale et écologie profonde en débat, Lyon, Atelier de création libertaire/Silence, 1994 (ISBN 9782905691279, lire en ligne).
Murray Bookchin, Pour un municipalisme libertaire, Lyon, Ed. Atelier de création libertaire, 1er janvier 2003 (ISBN 9782905691880 et 2905691883, lire en ligne).
Murray Bookchin (préf. Hervé Kempf), Qu’est-ce que l’écologie sociale, Lyon, Éditions Atelier de création libertaire, 2012 (réimpr. 2003) (1re éd. 1989) (ISBN 9782351040584, lire en ligne).
Au-delà de la rareté – L’anarchisme dans une société d’abondance, textes pionniers 1965-70, présentation Vincent Gerber, Écosociété, 2016, 280 p., (ISBN 9782897192396), texte intégral.

(3) Abdullah Ocalan : Le confédéralisme démocratique (2011) – dont le PDF est d’accès libre de droits sur internet. Ici : http://www.freedom-for-ocalan.com/francais/Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique.pdf

(4) Raphaël Lebrujah : blog sur médiapart. https://blogs.mediapart.fr/laterreur/blog?page=4