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Changement de paradigme: La révolution anarchiste kurde en Turquie et au Rojava syrien…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 3 juin 2016 by Résistance 71

« Cette société sera composée d’une multitude d’associations, unies entre elles pour tout ce qui réclame un effort commun : fé- dérations de producteurs pour tous les genres de production, agri- cole, industrielle, intellectuelle, artistique, communes pour la consommation, se chargeant de pourvoir à tout ce qui concerne le logement, l’éclairage, le chauffage, l’alimentation, les institutions sanitaires, etc. ; fédérations des communes entre elles, et fédéra- tions des communes avec les groupes de production ; enfin, des groupes plus étendus encore, englobant tout un pays ou même plusieurs pays, et composés de personnes qui travailleront en commun à la satisfaction de ces besoins économiques, intellec- tuels et artistiques, qui ne sont pas limités à un territoire détermi- né. »
~ Pierre Kropotkine ~

“Ces dernières décennies, le peuple kurde a non seulement lutté pour la reconnaissance de son existence par les puissances politiques dominantes, mais aussi pour la libération de sa société de la poigne féodale. Ainsi, cela n’a aucun sens de remplacer les vieilles chaînes par de nouvelles ni même de renforcer la répression. Sans opposition contre la modernité capitaliste il n’y aura aucune place pour la libération des peuples. Voilà pourquoi la création d’un état-nation kurde n’est pas une option pour moi ou le PKK.

L’appel à un état-nation kurde séparé résulte des intérêts de la classe dirigeante ou des intérêts de la bourgeoisie, mais ne reflète en rien les intérêts du peuple car un autre état ne serait que la création d’une injustice supplémentaire et viendrait handicaper plus avant le droit à la liberté.
La solution pour la question kurde de ce fait, a besoin d’être trouvée dans une approche qui va affaiblir la modernité capitaliste ou la repousser. Il y a des raisons historiques, sociales et conjoncturelles, comme le fait que la nation kurde est éclatée dans quatre pays différents (NdT: la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran), ce qui rend absolument indispensable une solution démocratique embrassant tout le peuple. De plus il est notoire que le Moyen-Orient fait l’objet d’un grand déficit en démocratie. De fait un projet démocratique kurde fera avancer la démocratisation du Moyen-Orient de manière générale.
Appelons ce projet démocratique le confédéralisme démocratique.”
~ Abdullah Ocalan, 2011 ~

A lire: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique

 

Le Kurdistan comme société anarchiste

Logan Glitterbomb

30 Avril 2016

url de l’article original:

https://c4ss.org/content/44788

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Lorsqu’on regarde l’histoire pour des exemples d’établissement de sociétés anarchistes, nous pensons souvent aux anarchistes espagnols de Catalogne de 1936, ou aux efforts de l’armée zapatiste au Mexique. Ceci est un exemple de groupes utilisant des tactiques de conflits révolutionnaires armés contre l’État et le capitalisme dans une tentative d’établir une société autonome sans État ici et maintenant. Tandis que la Catalogne (et l’Espagne) anarchiste fut éventuellement écrasée par des forces extérieures, les Zapatistes du Mexique continuent leur lutte, tout en utilisant des méthodes différentes qu’auparavant.

Note de Résistance 71: Il faut ici constater une chose: il ne suffit pas de comprendre et d’analyser seulement des mouvements anarchistes “modernes”, mais aussi d’analyser ce que l’anthropologie politique a appelé les “sociétés primitives” ou sociétés originelles, qui au-delà du temps et des continents, des sociétés amérindiennes, aux sociétés aborigènes d’Australie, en passant par les sociétés celtiques européennes et traditionnelles africaines, et pour finir avec les sociétés de Zomia en Asie du Sud-Est (couvrant les hauts plateaux du Laos, de la Thaïlande, de la Birmanie et quelques provinces chinoises) étaient et sont toutes non seulement des sociétés sans État, mais comme l’a si bien analysé l’anthropologue Pierre Clastres, des sociétés contre l’État qu’elles refusent, tout comme Marcel Mauss en 1925 avait déterminé que ces sociétés étaient aussi contre l’économie et fonctionnaient essentiellement sur le principe ritualisé du don et de la destruction de la richesse accumulée ou perçue comme telle.
Ce qu’il est donc essentiel de comprendre est que ce que nous appelons “anarchie”, mode de fonctionnement de la société sans autorité et sans pouvoir centralisé, n’est non seulement pas nouveau, mais a été le mode de fonctionnement des sociétés humaines pendant des millénaires, avant l’apparition du cancer politico-social qu’est l’État. Nos ancêtres ne l’appelaient simplement pas “anarchie” voilà tout.

Et puis il y a le Partiya Karkerên Kurdistanê (Le Parti des Travailleurs du Kurdistan mieux connu sous son sigle de PKK). Anciennement un parti politique marxiste-léniniste qui s’est battu pour établir un état kurde indépendant appelé le Kurdistan, ce parti sous le leadership d’Abdullah Ocalan, a changé de plateforme politique et de stratégie. Depuis qu’Ocalan est emprisonné en Turquie, il a correspondu avec l’anarchiste américain Murray Bookchin et fut profondément influencé par sa philosophie du municipalisme libertaire. Il a appelé le PKK à adopter la plateforme du Confédéralisme Démocratique et a abandonné sa revendication pour la création d’un état kurde, se faisant en lieu et place l’avocat d’une société sans État.

Le Confédéralisme Démocratique est une structure politique consistant en une confédération de communautés autonomes et indépendantes travaillant ensemble de manière donc confédérée sur la base de la démocratie participatrice directe au niveau local, mettant en place une écologie sociale et un féminisme anarchiste. D’après Ocalan: “le confédéralisme démocratique est ouvert vers d’autres groupes et factions politiques. Il est flexible, multi-culturel, anti-monopole et orienté sur la décision consensuelle.” Ces communautés autonomes sont construites sur les valeurs communalistes et les ressources qui sont partagées entre tous, rendant ainsi l’impôt et la redistribution forcée des ressources, biens et richesses inutiles et obsolètes.

Ils se concentrent sur la création de leur propre système, ignorant totalement l’État dans leur processus de prise de décisions. Ils ne voient aucune nécessité révolutionnaire ni aucune viabilité dans un renversement armé de l’État mais se font au lieu de cela les avocats d’une évacuation pacifique et d’une dissolution graduelle de l’État alors que les communautés locales construisent leur propre système politique pour le remplacer. Néanmoins, ils reconnaissant que l’État et d’autres groupes vont riposter au moyen de la violence et que l’auto-défense est une nécessité. C’est pourquoi les communautés maintiennent un certain nombre de milices populaires décentralisées telles les Yekîneyên Parastina Gel‎ (Les Unités de Protection Populaires, plus connues sous leur sigle d’YPG) et les Yekîneyên Parastina Jin (Unités de Protection Féminines ou YPJ qui terrorisent les terroristes de l’EIIL dans le nord de la Syrie…). Ces efforts sont financés par les communautés au moyen d’évènements culturels, de concerts, de fêtes, de levées de fonds et de commerces indépendants, rendant ce modèle un véritable modèle d’agorisme fonctionnel.

Le modèle de milices YPG/YPJ a remporté énormément de succès jusqu’ici, brisant les lignes de l’EI/Daesh pour sauver des milliers de personnes du peuple Yazidi, un peuple souvent haï et condamné comme des “adorateurs de satan” par l’essentiel de la communauté musulmane, lorsqu’ils furent encerclés sur le Mont Sinjar dans le nord de l’Irak. Egalement, malgré de nombreuses pertes, ces milices populaires défendirent avec succès la ville de Kobané au Rojava syrien lorsque l’EIIL lança un assaut total sur la ville utilisant des chars, des missiles et même des drones. (NdT: d’où vient cet équipement sophistiqué aux mains de l‘EI ? Des Américains via la Turquie, avec une instruction et logistique franco-saudo-israélo-américano-britannique…)

Cette philosophie et ces actions de groupes ont déjà inspiré d’autres à travers le monde pour aider dans la lutte et des socialistes, communalistes, anarchistes, libertaires sont en train de converger vers la zone pour aider le combat du PKK. Les milices populaires YPG et YPJ sont en ce moment en train de se battre pour sécuriser et maintenir une confédération démocratique autonome kurde contre le gouvernement turc et l’EIIL et espèrent pouvoir répandre la philosophie appliquée bien au-delà d’un Kurdistan indépendant sans État. Le PKK a l’espoir que des révolutions de travailleurs unis en confédérations démocratiques se répandront à travers le monde de la même façon que la révolution marxiste-léniniste (NdT: fausse “révolution” renforçant les pouvoirs autoritaires étatiques et de marché. Lénine, comme Marx n’a jamais remis en cause le système de “marché”, il n’a fait qu’instaurer un capitalisme d’État totalitaire et super centralisé, alors même que le premier soviet créé à St Petersbourg en 1905, le fut sur un mode anarchiste. Le “pouvoir aux soviets” que Lénine a trahi dès 1918, était le pouvoir aux conseils ouvriers appelant au confédéralisme… Ocalan s’en est rendu compte et a changé de cap pour embrasser la seule voie populaire et égalitaire possible: la confédération des communes libres qu’il a appelé le Confédéralisme Démocratique) le fit dans le passé. Mais cette fois-ci, ils pensent y parvenir par des moyens bien plus anarchistes. Ce qui se déroule devant nos yeux est une REVOLUTION ANARCHISTE.

Note de Résistance 71: Cet excellent texte nous fait si chaud au cœur. Nous avons tenté d’informer au mieux depuis quelques années maintenant sur la révolution anarchiste en cours au Rojava syrien et dans une partie de la Turquie, mais il faut aussi comprendre certaines choses afin de ne pas se réjouir trop vite.

Le peuple kurde est disséminé un peu de la même façon que le sont les Iroquois en Amérique du Nord. Les Kurdes, qui ont habités cette région du monde depuis des temps immémoriaux, à l’instar des Iroquois, se retrouvent séparés et “parqués” dans les frontières de “nations” dont ils n’ont que faire et dont ils ne sont en rien responsables de leur création, à savoir: la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. De ce fait il n’y a pas d’unité kurde, pire même, il y a antagonisme là où il ne devrait pas y en avoir, résultat de la classique stratégie du “diviser pour mieux régner” mise en place par toutes les nations envahisseuses et occupant les sols.

Ainsi, les Kurdes d’Irak sont-ils payés par les Américains et contrôlent la région pétrolière du nord de l’Irak de manière mafieuse. Le mouvement anarchiste du PKK n’a d’influence pour l’heure qu’en Turquie et dans la région nord de la Syrie appelée le Rojava. A l’heure où nous écrivons ces lignes, il y a un plan mis en place d’infiltration et de division des forces kurdes de cette région. Il y a déjà des infiltrés et des traîtres à la cause qui travaillent au grand jour pour que le Confédéralisme Démocratique ne puisse pas continuer. Il est dans l’intérêt des états tels que la Turquie bien sûr, mais aussi la Syrie, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne pour qu’une telle expérience ne soit jamais un succès. Rappelons-nous de l’Espagne de 1936, la révolution sociale espagnole a été écrasée dans un bain de sang pour préserver avant tout les intérêts des états, ainsi les anarchistes espagnols ont dû lutter non seulement contre les fascistes de Franco aidés par l’Allemagnae nazie et l’Italie fasciste, mais aussi dès 1937 contre les infiltrations du NKVD soviétique dont le pouvoir stalinien voulait éliminer anarchistes et marxistes anti-staliniens représentés en Espagne par les POUM, le tout dans la feinte ignorance de “démocraties” comme la France et le Royaume-Uni, la France fermant ses frontières et parquant les réfugiés espagnols dans des camps en 1939 et durant la première partie de la guerre.

Le Confédéralisme Démocratique kurde est menacé de subir le même sort ! Défendons-le déjà en le faisant plus connaître.

Ce qui se passe au Rojava et en Turquie avec le PKK est d’une IMPORTANCE CAPITALE pour la suite des évènements. Soutenir le PKK et Ocalan aujourd’hui dont la représentante officielle est Asya Abdullah, dont le but n’est pas (plus) de créer un état kurde, mais un confédéralisme démocratique autonome et anti-étatique, ce que quelqu’un comme Thierry Meyssan par exemple, refuse malheureusement de rapporter, puisque pédalant pour les forces étatiques…

A lire sur le sujet pour en savoir plus des turpitudes politiques de l’occident contre les Kurdes, même s’il est important de lire ce que nous avons écrit ci-dessus pour pouvoir aussi désamorcer l’analyse propagandiste conservatrice de Thierry Meyssan sur le sujet:

http://www.voltairenet.org/article192023.html

Le Kurdistan confédéré démocratique: Ce que la Turquie bras armé de l’occident essaie de détruire… la révolution sociale… 2ème partie

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A lire en complément pour mieux comprendre cet article: « Le Confédéralisme Démocratique », manifeste d’Abdullah Öcalan, 2011.

— Résistance 71 —

 

Oui le peuple peut changer quelque chose…

L’expérience kurde du Rojava syrien

 

Zaher Baher

 

28 Octobre 2014

 

url de l’article en français:

http://www.alternativelibertaire.org/?Dossier-Kurdistan-Oui-le-peuple

 

Un reportage de Zaher Baher, du Kurdish Anarchists Forum et du Haringey Solidarity Group (Londres), juillet 2014.

Traduit par Alain KMS, avec Alternative libertaire.

1ère partie
2ème partie

 

L’opposition kurde et chrétienne

Comme je l’ai dit, il y a plus de 20 partis politiques kurdes dans le Rojava. Quelques-uns se sont ralliés à l’auto-administration, mais 16 autres non. Tandis que certains se retiraient de la scène, 12 autres s’unissaient au sein d’une coalition nommée Assemblée patriotique du Kurdistan en Syrie, plus ou moins pro-Barzani, c’est-à-dire dans l’orbite du Parti démocrate kurde (PDK) et du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) en Irak.

Dans les années 1990, le sang a coulé entre le PKK et le PDK. De violents affrontements ont opposé les deux partis au Kurdistan irakien, faisant des milliers de morts. La plaie est encore à vif. Il faut avoir à l’esprit que le gouvernement turc soutenait le PDK dans sa lutte contre le PKK, aux confins de l’Irak et de la Turquie.

Le clan Barzani fait surtout grief à Abdullah Öcalan de se poser comme le leader national de tous les Kurdes.

L’auto-administration démocratique (DSA) mise en place au Kurdistan syrien sous l’égide du PYD et du PKK ne pouvait donc que déplaire à la Turquie et au GRK, son allié.

Tout ceci pour expliquer pourquoi le GRK s’oppose au Tev-Dem et à la DSA au Kurdistan syrien. Le PDK se préoccupe beaucoup de ce qui se passe dans le Rojava et, quoiqu’il advienne, cherche à tirer les marrons du feu. Il fournit donc une aide financière et des armes à certains partis locaux, dans l’idée de déstabiliser la région.

Notre rencontre avec les partis d’opposition a duré plus de deux heures, et la majorité d’entre eux étaient là. Nous leur avons demandé quels étaient leurs rapports avec le PYD, la DSA et le Tev-Dem. Sont-ils libres ? Ont-ils eu des militants persécutés ou arrêtés par les YPG-YPJ ? Disposent-ils de la liberté de s’organiser, de manifester ? Et d’autres questions de la sorte. A chaque fois, leur réponse a été : pas d’arrestation, pas de restriction à la liberté de manifester. Mais pas question pour eux de participer à la DSA.

Ils ont trois contentieux avec le PYD et la DSA.

Selon eux le PYD et le Tev-Dem ont trahi le peuple kurde, parce qu’ils ont laissé la moitié de Hesîçe (Hassaké) et une partie de Qamişlo (Kameshli) aux mains du régime de Damas, même si ses forces y sont limitées. Pour eux, cela revient à une compromission avec Bachar el-Assad.

Nous avons suggéré que cette politique “ni paix ni guerre” visait à stabiliser une situation qui a bénéficié à tout le monde dans la région, y compris aux partis d’opposition. Nous leur avons également dit, et ils devaient le savoir mieux que nous, que le PYD pourrait aisément chasser les soldats d’Assad de ces deux villes, au prix de quelques morts, mais la question est : qu’est-ce qui se passe après ?!

Assad ne veut pas renoncer à Hesîçe et, par conséquent, la guerre recommencerait avec son cortège de crimes, de persécutions, de bombardements, de villes et de villages détruits. Cela faciliterait par ailleurs une attaque de Daech ou d’Al Nosra. Cela provoquerait peut-être un affrontement général entre les troupes d’Assad, l’ASL et les organisations terroristes au sein du Rojava, détruisant tout ce qui a été accompli jusqu’ici. Ils n’ont pas répondu à cet argument.

L’opposition ne veut pas participer à la DSA, ni à la prochaine élection, qui aura lieu dans quelques mois si tout va bien. Primo, ils continuent d’accuser le PYD de collaborer avec le régime Assad, sans en apporter la preuve. Secundo, ils estiment que les élections ne seront pas libres puisque le PYD n’est pas un parti démocratique, mais bureaucratique. Pourtant, nous savons qu’il y a à peu près autant de militants du PYD que d’autres partis au sein de la DSA. Nous leur avons dit que s’ils croient dans le processus électoral, ils devraient y participer, pour une DSA plus démocratique et moins bureaucratique. Ils ont accusé le PYD de s’être retiré de la Conférence nationale kurde, impulsée par le GRK en août 2013 à Erbil.

Interrogés par la suite, les militants du PYD et du Tev-Dem ont protesté qu’ils avaient la preuve écrite qu’ils s’étaient engagés dans ce pacte, contrairement à l’opposition.

L’opposition veut mettre sur pieds ses propres milices, mais n’y est pas autorisée par le PYD. Interrogés, le PYD et le Tev-Dem ont confirmé : l’opposition peut avoir ses propres combattants, à la conditon qu’ils soient sous le commandement des YPG-YPJ. Pour eux, la situation est sensible et très tendue. Ils redoutent des heurts armés entre factions, et veulent pas laisser cela advenir. Le PYD dit qu’il ne veut pas reproduire les erreurs commises au Kurdistan irakien où, durant toute la seconde moitié du XXe siècle, des organisations kurdes rivales se sont livrées des combats sanglants.

A la fin, ils nous ont demandé de retourner voir les partis d’opposition pour leur proposer, au nom du PYD et du Tev-Dem, tout ce qu’ils voulaient à l’exception de la liberté de créer leurs propres milices.

Quelques jours plus tard, à Qamişlo, nous avons rencontré, pendant près de trois heures, les leaders de trois partis kurdes : la branche syrienne du PDK (Partiya Demokrat a Kurdistanê li Sûriyê), le Parti du Kurdistan pour la démocratie et l’égalité en Syrie (Partiya Wekhevî ya Demokrat a Kurdî li Sûriyê) et le Parti de la démocratie patriotique kurde en Syrie. Ils ont plus ou moins répété leurs griefs contre la DSA et le Tev-Dem. Nous avons longtemps essayé de les convaincre que s’ils voulaient résoudre la question kurde, il fallait il soient indépendant du GRK et du PDK, et travaillent dans le seul intérêt de la population du Rojava. La plupart du temps, ils sont restés silencieux, sans répondre à nos arguments.

Quelques jours après, nous avons également rencontré les représentants de deux partis chrétiens et l’organisation de jeunesse chrétienne de Qamişlo, qui se participaient pas à la DSA ni au Tev-Dem, mais reconnaissaient qu’ils n’avaient rien contre et approuvaient leur politique. Ils reconnaissaient aussi le mérite des YPG-YPJ qui ont protégé la région contre l’armée syrienne et les groupes terroristes.

Malgré tout, les jeunes militants de Qamişlo n’étaient pas contents de la DSA et du Tev-Dem. Ils se plaignaient du manque d’électricité et de possibilité pour la jeunesse de s’impliquer. Ils cherchent donc une alternative à la DSA et au Tev-Dem car si la situation perdure, disent-ils, il n’y aura d’autre choix que l’émigration vers l’Europe.

Un responsable d’un parti présent à la réunion leur a répondu : « Que dis-tu, fils ? Nous sommes en pleine guerre. Ne voyez-vous pas combien de femmes, d’hommes, de personnes âgées et d’enfants sont tués tous les jours ?!! C’est un sujet grave. Dans cette situation, être au pouvoir n’a pas une grande importance ; nous pouvons utiliser d’autres moyens. Ce qui est important en ce moment c’est : être chez soi sans crainte d’être tué, pouvoir laisser nos enfants jouer dans la rue sans qu’ils soient enlevés ou tués. Nous sommes libres de nos activités, comme d’habitude, personne ne nous en empêche, nous ne sommes ni agressés ni insultés. Nous avons la paix, la liberté et la justice sociale… » Les membres des autres partis approuvèrent.

Avant de quitter la région, nous avons parlé avec des commerçants, des hommes d’affaires et des gens sur le marché. Tout le monde avait une opinion plutôt positive sur la DSA et le Tev-Dem. Ils étaient satisfaient de la paix, de la sécurité et de la liberté et pouvaient gérer leurs activités sans subir l’ingérence d’un parti ou d’un groupe.

La tranchée de la honte

En 2013, avec l’aide du gouvernement irakien, le Gouvernement régional kurde (GRK) a creusé une tranchée de deux mètres de profondeur et de deux mètres de large, sur environ 35 kilomètres de long, le long de la frontière avec le Kurdistan syrien. Les 12 premiers kilomètres ont été réalisés par le GRK, les 18 derniers par Bagdad. Sur la portion restante, le fleuve Tigre constitue un obstacle naturel.

Le KRG et le gouvernement irakien prétendent que la tranchée était une mesure de protection nécessaire à la paix et à la sécurité en Irak, y compris au Kurdistan. Ici, les gens se posent beaucoup de questions sur cette « protection ». Contre qui ? Contre quoi ? Daech ? Mais Daech ne peut pénétrer dans cette partie de la Syrie, gardée par les YPG-YPJ.

La majorité des Kurdes voient en réalité deux raisons à cette tranchée. D’une part, empêcher des réfugiés syriens, mais aussi le PKK et le PYD, d’entrer au Kurdistan irakien ; d’autre part, accroître l’efficacité des sanctions économiques prises contre le Kurdistan syrien pour l’obliger à accepter les conditions du GRK. Toutefois, je pense que les Kurdes de Syrie préfèreront subir la famine plutôt que de passer sous les fourches caudines du GRK. C’est pourquoi, dans tout le Kurdistan, a surnommé cette tranchée la « Tranchée de la honte ».

Les sanctions économiques ont fortement perturbé la vie dans la Cizîrê, où l’on manque de tout : médicaments, argent, médecins, infirmières, enseignants, techniciens et ingénieurs de l’industrie, notamment dans le secteur pétrolier. La Cizîrê, qui a des milliers de tonnes de blé à exporter, est contrainte de vendre son grain 200 à 250 dollars la tonne au gouvernement irakien, alors que celui-ci paie 600 à 700 dollars la tonne quand il l’achète ailleurs.

Dans le Rojava, cette attitude du GRK de Massoud Barzani — qui se qualifie lui-même de grand leader kurde — provoque l’incompréhension. Le 9 mai 2014, une grande manifestation pacifique contre la « Tranchée de la honte » a réuni plusieurs milliers de personnes à Qamişlo, à l’appel du Tev-Dem. On a pu y entendre plusieurs forts discours de différentes organisations, maisons du peuple, groupes et comités. Aucun de ces discours n’a créé de tensions. Les gens se rassemblaient principalement autour de l’idée qu’il fallait rétablir la fraternité, la coopération, et une bonne entente de chaque côté de la frontière, que tous les partis devaient se réconcilier et prononcer des paroles de paix et de liberté. La manifestation s’est achevée en fête de rue avec danses, chansons et hymnes.

Attentes et craintes

Où va le mouvement populaire du Rojava ? C’est difficile à dire, mais cela ne doit pas nous empêcher d’analyser et de réfléchir à son avenir. La victoire ou la défaite complète d’une expérience telle que la région n’en a pas connu depuis longtemps dépend de facteurs internes et externes.

Quoi qu’il arrive, nous devrons y faire face ; ce qui compte, c’est de résister, d’être volontaire et ambitieux, de ne pas capituler, de ne pas se décourager et de croire au changement. Rejeter le système actuel, saisir chaque occasion, cela est plus important, je pense, qu’une victoire temporaire. C’est la clef pour atteindre le but final.

[…]

L’affaiblissement du Tev-Dem

Comme nous l’avons vu, le Tev-Dem est l’âme du mouvement populaire, avec ses groupes, ses comités, ses maisons du peuple. Sans le Tev-Dem, pas d’Auto-administration démocratique (DSA). De façon générale, de l’existence du Tev-Dem dépend l’avenir du Rojava, et du modèle qu’il peut représenter pour l’ensemble de la région.

Il est difficile d’évaluer l’équilibre des forces entre le Tev-Dem et la DSA. J’ai eu le sentiment que quand le pouvoir de la DSA croissait, celui du Tev-Dem diminuait. L’inverse peut être vrai aussi.

J’ai soulevé cette question avec les camarades du Tev-Dem. Ils n’étaient pas d’accord. Ils estiment que plus la DSA sera forte, plus le Tev-Dem sera fort. En effet, ils voient la DSA comme un simple organe exécutif, mettant en œuvre les décisions prises par le Tev-Dem et ses organes. J’ai du mal à fixer mon opinion à ce sujet, l’avenir tranchera.

Le PYD et les structures des partis

Ce sont le PYD et le PKK qui sont derrière le Tev-Dem, et ces deux partis présentent toutes les caractéristiques des grands partis dans cette région du monde : hiérarchie dirigeants-dirigés, tous les ordres descendant du sommet vers la base. Les militants sont peu consultés sur les orientations mais sont très disciplinés, ont des règles des ordres à appliquer, et des relations confidentielles avec différents partis, au pouvoir ou non dans différentes régions du monde.

Et pourtant, le Tev-Dem est tout l’inverse. Beaucoup de ses militants ne sont membres ni du PKK ni du PYD. Ils croient à la révolution par en bas, n’attendent rien de l’État et des autorités, et participent aux réunions où les décisions sont prises souverainement, dans l’intérêt supérieur des habitants. Ensuite, ils demandent à la DSA de mettre en application leurs décisions. Et il y a encore beaucoup d’autres différences entre le PYD-PKK et le Tev-Dem.

La question est : comment se fait le compromis ? Est-ce le Tev-Dem qui suit le PYD-PKK, où bien est-ce eux qui suivent le Tev-Dem ? Qui contrôle qui ?

Je n’ai pas la réponse, je cherche encore, mais je pense qu’on sera bientôt fixés.

Une crainte : la sacralisation de l’idéologie et des idéologues

L’idéologie est un point de vue. Tout voir par le prisme de l’idéologie peut conduire à un désastre, car cela peut donner des réponses toutes faites, et des solutions déconnectées de la réalité. La plupart du temps, les idéologues cherchent le juste mot dans de vieux livres qui ne sont plus pertinents pour comprendre la situation actuelle.

Les idéologues peuvent être dangereux quand ils veulent imposer leurs idées tirées de ces vieux livres. Ils peuvent être bornés, rigides, inflexibles. Ils ne respectent pas les points de vue différents. Ils ont beaucoup de points communs avec les religieux, et certains marxistes ou communistes. Pour résumer, ils croient que l’idéologie, ou la pensée, crée l’insurrection ou les révolutions. Pour des non-idéologues comme quoi, c’est le contraire qui est vrai.

Il est regrettable que j’aie trouvé de nombreux idéologues au sein du PYD et du Tev-Dem, surtout quand nous en sommes venus à parler des idées d’Abdullah Öcalan. Il y a des gens qui ramènent Öcalan à tout propos dans les discussions. Ils ont une confiance totale en lui et, dans une certaine mesure, ils le sacralisent. Que ce soit de la foi ou de la crainte envers le leader, c’est effrayant, et cela ne présage rien de bon. Pour moi, rien ne doit être sacré et tout doit pouvoir être critiqué, et rejeté si besoin.

Le pire, c’est à la Maison des enfants et dans les centres de jeunesse, où les enfants apprennent les idées nouvelles, la révolution et beaucoup de choses positives qu’ils devront savoir pour être utiles à la société. Cependant, en plus, ces enfants apprennent l’idéologie et la pensée d’Öcalan, et à quel point il est le leader du peuple kurde. A mon sens, les enfants ne devraient pas être endoctrinés. On ne devrait pas leur enseigner la religion, la nationalité, la race ou la couleur. Ils devraient avoir leur liberté de conscience et qu’on les laisse tranquille jusqu’à ce qu’à l’âge adulte ils fassent leurs propres choix.

Le rôle des communes

J’ai déjà expliqué ce qu’étaient les communes. Leur mission doit évoluer. Elles ne peuvent pas rester cantonnées au traitement des problèmes locaux. Elles doivent accroître leur rôle, leurs prérogatives et leurs pouvoirs. Certes, il est vrai que le Rojava est dépourvu d’usines, d’entreprises et d’une véritable infrastructure industrielle. Mais dans la Cizîrê, qui produit surtout du blé, l’agriculture occupe beaucoup de monde dans les petites villes et les villages. Et la région est riche en pétrole, gaz et phosphates, bien que la plupart des gisements soient hors d’usage du fait de la guerre ou du manque d’entretien avant même le soulèvement.

Les communes pourraient donc investir ces domaines, les placer sous contrôle collectif et distribuer leurs produits aux gens en fonction de leurs besoins. Ce qu’il resterait après la distribution pourrait être soit vendu, soit échangé contre du matériel, soit stocké. Si les communes ne s’élèvent pas à ces tâches et se limitent à ce qu’elles font actuellement, évidemment, leur tâche restera inachevée.

En conclusion

Il y a beaucoup de choses à dire sur l’expérience du Rojava, et une foule de points de vue, de droite comme de gauche, des indépendantistes, des trotskistes, des marxistes, des communistes, des socialistes, des anarchistes et des libertaires. Pour ma part, en tant qu’anarchiste, je ne vois pas tout en blanc ou tout en noir, je n’ai pas de solution toute faite, et je ne la cherche jamais dans de vieux livres. Je pense que la réalité et les événements créent les idées et la pensée, pas l’inverse. Je les observe avec l’esprit ouvert, et je m’efforce de les relier entre eux.

Quelques mots importants, cependant, au sujet des insurrections et des révolutions. La révolution ne se limite pas à l’expression d’une colère, elle ne se fait pas sur ordonnance ou sur commande, elle ne survient pas en vingt-quatre heures, n’est pas un coup d’État militaire, bolchevique ou une conjuration politicienne. Elle ne se limite pas au démantèlement de l’infrastructure économique et à l’abolition des classes sociales. Tout cela, c’est le point de vue des gauchistes, des marxistes, des communistes et de leurs partis. Ils voient la révolution ainsi parce qu’ils sont dogmatiques et mécanistes. Pour eux, la révolution et l’abolition des classes signifie le socialisme et la fin de l’histoire.

A mon avis, même si la révolution réussit, le désir d’autorité peut survivre au sein de la famille, dans les entreprises, les usines, les écoles, les universités et d’autres lieux et institutions. A cela peut s’ajouter la persistance des différences hommes-femmes et l’autorité des premiers, même sous le socialisme. En outre, il restera nécessairement un résidu de culture égoïste et cupide, hérité du capitalisme. Tout cela ne peut s’évaporer ou disparaître en peu de temps. Cela peut être une menace pour la révolution.

L’évolution de l’infrastructure économique et la victoire sur la société de classe ne garantissent pas la pérennité de la révolution. Je pense qu’une révolution culturelle, éducative et intellectuelle est nécessaire. Les gens n’aiment pas le système actuel et pensent pouvoir le changer. La tendance à la rébellion, le refus d’être exploité, l’esprit de révolte sont des choses très importantes pour maintenir la flamme de la révolution.

A partir de là, que dire de l’expérience du Rojava ?

Cette expérience dure depuis deux ans et marquera des générations. Les Kurdes de Syrie ont l’esprit rebelle, ils vivent en harmonie, dans une atmosphère de liberté, et s’accoutument à une culture nouvelle : une culture du vivre-ensemble dans la paix et la liberté, une culture de tolérance, de partage, de confiance en soi et de fierté, une culture de dévouement et de solidarité. En même temps, il est vrai que la vie est dure, qu’il y a pénurie de biens de première nécessité, et que le niveau de vie est bas, mais les gens sont accueillants, conviviaux, souriants, attentifs et simples. L’écart entre les riches et les pauvres est faible. Tout cela aide les gens à surmonter les difficultés.

Ensuite, les événements et l’environnement actuels ont changé beaucoup de choses. Ils ne supporteront pas une nouvelle dictature ; ils se battront pour leurs acquis ; ils ne tolèreront pas qu’on décide à leur place. Pour toutes ces raisons, ils résisteront au découragement, se dresseront de nouveau, lutteront pour leurs droits et résisteront au retour de l’ordre ancien.

Certains disent que tant que cette expérience aura Abdullah Öcalan, le PKK et le PYD derrière elle, elle court le risque de prendre fin et d’être remplacée par une dictature. C’est possible en effet. Mais même ainsi, je ne pense pas qu’en Syrie ou au Rojava, les gens puissent, plus longtemps, tolérer une dictature ou un gouvernement de type bolchevique. Nous ne sommes plus à l’époque où le gouvernement de Damas pouvait massacrer 30.000 personnes à Alep en quelques jours. Le monde a changé.

Il me reste à dire que tout ce qui s’est passé dans le Kurdistan syrien n’est pas seulement l’idée d’Öcalan, comme beaucoup le croient. En fait, cette idée est très ancienne, et Öcalan l’a développée en prison, en lisant des centaines de livres, en analysant les expériences et les échecs des mouvements nationalistes et communistes dans la région et dans le reste du monde. La base de tout, c’est qu’il est convaincu que l’État, quelle que soit son nom et sa forme, reste l’État, et ne peut disparaître s’il est remplacé par un autre État. Pour cela, il mérite d’être entendu.

 

Notes:

 

[1] Kurdistana Rojava signifie “Kurdistan occidental”.

[2] Cizîrê est le nom kurde de cette région appelée Djézireh en français, et Al Jazera en arabe.

[3] L’opération Anfal, conduite par Ali Hassan al Majid (« Ali le Chimique ») a duré de février à septembre 1988. Environ 2.000 villages ont été détruits et 182.000 personnes assassinées.

[4] Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) est le principal parti révolutionnaire kurde en Turquie. Il fait référence pour toute la gauche kurde, qu’elle soit en Syrie (PYD) en Iran (PJAK) ou en Irak (PÇDK).

[5] De fait, le Tev-Dem est une coalition d’organisations dont le PYD est le centre de gravité.

[6] Les communes sont des conseils de quartier qui s’efforcent d’organiser la vie sociale (voir le passage qui leur est consacré.

[7] Élue le 21 janvier, l’Assemblée de la Cizîrê compte 101 sièges. La DSA est en fait une sorte de gouvernement autonome, doté de 22 commissions. Le canton de Kobanê a élu ses propres institutions le 22 janvier 2014 ; celui d’Efrîn, le 29 janvier. Lire Lire : « Les Kurdes syriens formeront leur gouvernement » sur Actukurdes.fr, le 10 juillet 2013, et « Syrie : Une ville libérée et 30 ‘djihadistes’ capturés par les Kurdes », le 17 février 2014.

[8] En réalité le “Contrat social” a été promulgué le 6 janvier 2014, donc avant l’élection de l’auto-administration.

[9] La politique de la “ceinture verte” était également dite de la « ceinture arabe ».

[10] En arabe, Al Ḥasaka ; en français, Hassaké.

[11] En arabe, Al Qāmišlī ; en français, Kameshli.

[12] Notamment l’Armée syrienne libre, le front Al Nosra ou l’État islamique.

[13] Un rapport de Human Rights Watch en date du 19 juin 2014 a en réalité signalé des arrestations arbitraires d’opposants politiques au PYD, des exactions commises à l’encontre de détenus et des affaires non élucidées d’enlèvement et de meurtre.

[14] A partir de la fin des annés 1980, Abdullah Öcalan a élaboré la théorie de la « Femme libre », évoquant un « âge d’or » mésopotamien fondé sur le matriarcat. Il ne s’agit pas d’une théorie féministe, mais elle a puissamment contribué à promouvoir la parité dans le mouvement kurde. A ce sujet, lire Grojean Olivier, « Théorie et construction des rapports de genre dans la guérilla kurde de Turquie », Critique internationale 3/ 2013 (N° 60), p. 21-35.

Changement de paradigme politique: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique (Abdullah Ocalan) ~ 2ème partie ~

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Le Confédéralisme Démocratique

Traduction d’extraits et commentaires du manifeste “Democratic Confederalism” d’Abdullah Ocalan, 2011, édition International Initiative

Par

Résistance 71

 

Mars 2016

 

1ère partie

2ème partie

 

Le confédéralisme démocratique et un système politique démocratique

En contraste total avec une compréhension administrative centraliste et bureaucratique de l’exercice du pouvoir politique, le confédéralisme pose un type d’autogestion politique où tous les groupes de la société et toutes les identités culturelles peuvent s’exprimer dans des assemblées locales, dans des conventions générales et des conseils (NdT: Ceci est connu par exemple depuis le XIIème siècle au sein de la confédération des 5 puis 6 nations iroquoises suivant la Grande Loi de la Paix, loi de la terre, Kaiane’reko:wa et même auparavant avec la plus vieille confédération reconnue au monde: celle de l’Islande.). Cette compréhension de la politique et de la démocratie ouvre ce même espace politique à toutes les strates de la société et permet la formation de groupes politiques divers et différents. Ceci sert également à l’intégration politique de la société dans son entièreté. La politique devient une grande partie de la vie quotidienne. Sans politique la crise de l’État ne peut pas être résolue car la crise est alimentée par un manque de représentation de la société politique. Les termes de fédéralisme et d’auto-administration, connus dans les “démocraties libérales” doivent être repensés. Ces termes ne doivent pas être pensés en termes de hiérachisation de l’administration de l’état-nation mais plutôt comme des outils centraux de l’expression sociale et de la participation citoyenne. Ceci poussera naturellement la politisation de la société. Il n’y a aucun besoin de grandes théories politiques ici, ce dont nous avons besoin est de laisser libre-court à l’expression des besoins sociaux en renforçant structurellement l’autonomie des acteurs politico-sociaux et en créant les conditions pour l’organisation de la société dans son entièreté. La création d’un niveau opérationnel où toutes sortes de groupes politiques, sociaux, de communautés rfeligieuses ou de tendances intellectuelles pourront s’exprimer directement dans toutes les prises de décision politique. Ceci peut aussi être appelé la démocratie participative. Plus forte est la participation et au plus puissant est ce type de démocratie.

Là où l’état-nation est en contraste total avec l’idée même de démocratie, voire même en nie l’existence, le confédéralisme démocratique constitue lui, un processus démocratique fluide et continu.

Les acteurs sociaux, qui sont par eux-mêmes des unités fédératives, sont les cellules de la germination de la démocratie participative. Ils peuvent se combiner, s’associer dans de nouveaux groupes et confédérations (associations libres) en rapport avec la situation. Chacune des unités politiques impliquées dans la démocratie participative est essentiellement démocratique.

De cette façon, ce que nous appelons démocratie est l’application des processus démocratiques de prise de décision politique partant du local pour rayonner vers le global et ce dans un cadre de processus politique fluide et continu. Ce processus va affecter la structure de la toile sociale de la société en contraste avec la poussée pour l’homogénéité de l’état-nation, une construction qui ne peut être obtenue que par la force menant ainsi à la perte inhérente de la liberté.

J’ai déjà dit que le niveau local est le niveau où les décisions sont prises. Quoi qu’il en soit, la pensée menant à ces décisions a besoin d’être en ligne et en connexion avec les problèmes globaux et généraux. Nous devons comprendre et intégrer le fait que mêmes les villages et les banlieues urbaines demandes des structures confédérées. Tous les aspects de la société doivent être autogérés et tous les niveaux doivent être libres de participer.

L’auto-defense

Essentiellement, l’état-nation est une entité structurée militairement. Les états-nations sont tous ultimement des produits de toutes sortes de conflits et de guerres internes et externes. Absolument aucun de tous ces états-nations existant, n’est apparu “naturellement”, par lui-même. Invariablement, ils ont un grand nombre de guerres en archives. Ce processus n’est pas limité à leur phase de création, mais plutôt, il construit sur la militarisation de la société entière. Le leadership civil de l’état-nation n’est qu’un ustensile de son appareil militaire. Les démocraties dites libérales vont même plus loin en peignant leurs structures militaires aux couleurs de la démocratie libérale. Cela ne les empêche nullement de rechercher des solutions autoritaires au climax d’une crise qui a été engendrée par le système lui-même. L’exercice fasciste du pouvoir est la nature même de l’état-nation. Le fascisme est la forme la plus pure de l’état-nation.

Cette militarisation ne peut-être repoussée qu’avec l’aide de l’auto-défense. Les sociétés sans aucun mécanisme d’auto-défense perdent leur identité, leur capacité de prise de décision démocratique et leur nature politique. C’est pourquoi l’auto-défense d’une société n’est pas seulement limitée à la dimension militaire. Cela présuppose également la préservation de son identité, de sa propre conscience politique et d’un processus de démocratisation. Alors seulement peut-on parler d’auto-défense.

Sur cette toile de fond, le confédéralisme démocratique peut être appelé un système d’auto-défense de la société. Seulement avec l’aide de réseaux confédérés peut-il y avoir une base pour opposer la domination globale des monopoles et du militarisme de l’état-nation.

Contre le réseau des monopoles, nous devons construire un réseau tout aussi fort de confédérations politico-sociales. Ceci veut dire en particulier que le paradigme social du confédéralisme n’implique aucunement un monopole militaire des forces armées, qui n’ont pour seule tache que d’assurer la sécurité intérieure et extérieure. Elles sont sous le contrôle direct des institutions démocratiques (les assemblées). La société elle-même déterminera leurs devoirs. Une de leurs taches majeure sera la défense de la liberté d’action de la société d’interventions intérieures et extérieures. La composition du leadership militaire doit être déterminée en termes et parties égaux d’à la fois les institutions politiques et les groupes confédérés.

Le confédéralisme démocratique contre la velléité d’hégémonie

Dans le confédéralisme démocratique, il n’y a aucune place pour quelque sorte de volonté hégémonique que ce soit. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’idéologie. L’hégémonie est habituellement un principe qui est suivi par le type classique de civilisation. Les civilisations véritablement démocratiques rejettent les pouvoirs hégémoniques et les idéologies.

[…]

La façon collective de gérer les affaires sociales a besoin de compréhension, de respect des opinions non consentantes ou dissidentes et des méthodes démocratiques de prise de décision. Ceci est en contraste total avec la compréhension de la notion de leadership dans la modernité capitaliste où des décisions bureaucratiques arbitraires du caractère de l’état-nation sont diamétralement opposées avec le leadership démocratique confédéré en ligne avec des fondations éthiques.

Dans le confédéralisme démocratique les institutions de leadership n’ont pas besoin de validation, de légitimation idéologiques. De la sorte, elles n’ont aucune velléité d’obtenir l’hégémonie.

Il est bien entendu que le point de focalisation du confédéralisme démocratique se situe au niveau local, néanmoins l’organisation du confédéralisme au niveau global n’est en rien exclu. Au contraire, nous avons besoin d’établir une plateforme de sociétés civiles nationales en termes d’une assemblée confédérée afin de nous opposer aux Nations-Unis en tant qu’association des états-nations sous la direction des grandes puissances. De cette façon, nous pourrions obtenir de meilleures décisions en ayant toujours une claire vision sur la paix, l’écologie, la justice et la productivité dans le monde.

Conclusion

Le confédéralisme démocratique peut-être décrit comme une sorte d’auto-administration, d’autogestion, en contraste total avec l’administration de l’état-nation. Mais, sous certaines circonstances, une coexistence pacifique est possible aussi loin que l’état-nation n’interfère pas avec les affaires centrales de l’autogestion. (NdT: On reconnaît ici le principe même du traité Wampum Deux Rangées mis en place par la confédération iroquoise pour gérer les relations entre la confédération et des groupes extérieurs venant en contact, ceci pour dire que le mécanisme de gestion de l’autre existe, il a déjà été mis en place dans l’histoire et fonctionne parfaitement bien, le colonialisme en tant que fonction inhérente de l’État destructeur a cancérisé la société humaine. L’État est un cancer ! ). Toute intervention d’interférence appelerait à une action d’auto-défense de la part de la société civile.

Le confédéralisme démocratique n’est en guerre avec aucun état-nation mais il ne restera pas passif et timide à tout effort d’assimilation. Un renversement révolutionnaire ou la fondation d’un nouvel état ne créent en rien un changement durable et viable. Sur le long terme, liberté et justice ne peuvent être accomplies que par un processus dynamique politique démocratique et confédéré.

Ni le rejet total ni la reconnaissance totale de l’état sont utiles aux efforts démocratiques de la société civile. L’estompage de l’état, particulièrement de l’état-nation, est un processus de long-terme.

L’état sera dépassé lorsque le confédéralisme démocratique aura prouvé ses capacités à résoudre les problèmes en vue des affaires politiques et sociales. Ceci ne veut pas dire que des attaques par l’état-nation doivent être acceptées. Les confédérations démocratiques vont maintenir l’auto-défense et ses forces à tout moment. Les confédérations démocratiques ne seront pas limitées à s’organiser au sein d’un territoire particulier. Elles vont devenir des confédérations au-delà des frontières lorsque les sociétés concernées le désireront.

Les principes du confédéralisme démocratique

  1. Le droit d’auto-détermination des peuples inclut le droit à un état qui leur soit propre. Mais la fondation d’un état n’augmente en rien la liberté des peuples. Le système des Nations-Unies (ONU) qui est basé sur l’état-nation est demeuré inefficace. Dans le même temps, les états-nations sont devenus de sérieux obstacles pour tout développement social. Le confédéralisme démocratique est le paradigme par contraste du peuple opprimé.
  2. Le confédéralisme démocratique est un paradigme politico-social non étatique. Il n’est pas contrôlé par un état. Dans le même temps, le confédéralisme démocratique est le modèle organisationnel culturel d’une nation démocratique.
  3. Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la base du epuple. Ses processus de prises de décisions reposent sur les communautés. De plus hauts niveaux ne servent qu’à la coordination et la mise en place de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués (révocables) aux assemblées générales. Pour une durée et un espace limités, ils sont à la fois les portes-parole et institutions exécutives. Quoi qu’il en soit, la base du pouvoir de décision demeure avec les institutions de la base populaire au sein des communautés.
  4. Au Moyen-Orient, la démocratie ne peut pas être imposée par le système capitaliste et ses puissances impérialistes qui ne font qu’endommager la démocratie. La propagation de la démocratie de la base populaire est élémentaire. C’est la seule approche qui peut s’occuper des divers groupes ethniques, religions et différences de classes actuelles. Cela est aussi en adéquation avec la structure confédérale traditionnelle de la société dans son ensemble.
  5. Le confédéralisme démocratique au Kurdistan est un mouvement anti-nationaliste. Il vise à réaliser le droit d’auto-défense des peuples par l’avancement de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan sans questionner les frontières politiques existantes. Son but n’est absolument pas la formation d’un état-nation kurde, mais le mouvement a l’intention d’établir des structures fédérales en Iran, en Turquie, en Syrie et en Irak, qui seront ouvertes à tous les Kurdes et dans le même temps qui formeront une confédération parapluie pour les quatre parties du Kurdistan.

Les problèmes des peuples au Moyen-Orient et les voies possibles pour une solution

La question nationale n’est pas un fantasme de la modernité capitaliste. Mais quoi qu’il en soit, ce fut cette modernité capitaliste qui imposa cette question à la société. La nation remplaça la communauté religieuse., mais la transition vers une société nationale a besoin de dépasser ceci si la nation ne veut pas demeurer le déguisement des monopoles répressifs.

[…] La méthode pour gérer ce problème ne doit pas être idéologique mais scientifique et pas du domaine de l’état-nation, mais au contraire basé sur le concept de nation démocratique et de communalisme démocratique.

[…] Au lieu de cultiver une concurrence productive, le capital impose des guerres internes et externes au nom de l’état-nation.

La théorie du communalisme serait une alternative au capitalisme. Dans le cadre de nations démocratiques qui ne poussent pas pour des monopoles de pouvoir, cela peut conduire à la paix dans une région qui n’a été que le théâtre de guerres sanglantes et de génocides.

Dans ce contexte, nous pouvons parler de quatre nations majoritaires: arabes, perses, turques et kurdes. Je ne veux pas diviser les nations en majorité et minorité car je ne trouve pas cela très approprié. Mais à cause de considérations démographiques, je parlerai de nations majoritaires. Nous pouvons utiliser le terme de monoritaire dans le même contexte démographique.

  1. Il y a plus de 20 états-nations arabes qui divisent la communauté arabe et endommagent leurs sociétés par des guerres sans fin. […] Un nationalisme tribal motivé religieusement combiné avec une société patriarcale sexiste sont pervasifs à toutes les zones de la société résultant en un conservatisme très particulier et une forme d’obéissance très esclavagiste. Personne ne croit que les Arabes seront capables de trouver une solution nationale arabe à leurs problèmes endogènes. Quoi qu’il en soit, une démocratisation et une approche communaliste pourraient bien apporter une telle solution. Leur faiblesse envers Israël, que les états-nations arabes regardent comme un concurrent, n’est pas seulement le résultat d’un soutien international des puissances hégémoniques [à Israël], mais plutôt est le résultat de fortes institutions communales au sein d’Israël. Au cours du siècle écoulé, la société de la nation arabe a été affaiblie par un nationalisme radical et l’islamisme. Pourtant, s’ils sont capables d’unifier le socialisme communaliste auquel ils ne sont pas du tout étrangers avec la compréhension d’une nation démocratique, alors ils seront capables de trouver une solution sécure de long terme.
  2. Les Turcs et les Turkmens forment une autre nation d’influence. Ils partagent une compréhension idéologique et de pouvoir similaire avec les Arabes. Ils sont de profonds convaincus du bienfondé de l’état-nation et ont de profondes racines religieuses et de nationalisme racial.
    […] Les problèmes nationaux sont complexes. Le pouvoir dérive et se renforce de l’état-nation, d’un nationalisme distinctif et d’une société patriarcale sexiste, créant un environnment social ultra conservateur. La famille y est vue comme la plus petite cellule de l’État. Les communautés turques et turkmens luttent pour le pouvoir. Les autres groupes ethniques sont soumis à une politique de subjugation. Les structures du pouvoir centralisées de l’état-nation turc avec son idéologie officielle très rigide ont empêché jusqu’à aujourd’hui une solution viable à la question kurde. La société a été amenée à penser qu’il n’y a aucune alternative à l’État. (NdT: ceci est également vrai dans toute la société occidentale où les institutions étatiques persuadent les peuples qu’il n’y a non seulement pas d’alternative à l’État, mais que l’État serait la forme organisationnelle la plus “évoluée” pour l’humanité…) Ainsi, il n’y a aucun équilibre entre l’individu et l’état. L’obéissance aveugle est vue comme la plus grande des vertus. […]
    Une confédération démocratique des communautés nationales turques pourrait être une sérieuse contribution à la paix dans le monde et à un système de modernité démocratique.
  3. La société national kurde est très complexe. Dans le monde, les Kurdes sont la plus grande nation sans un état à leur nom. Les Kurdes sont sur leurs terres actuelles depuis le Néolithique.
    La question nationale kurde émerge du fait qu’on leur a toujours nié le droit à une nationalité. Certains ont essayé de les assimiler, de les annihiler et à la fin, simplement de nier leur existence même. Ne pas avoir son propre état possède des avantages et des inconvénients. Ce fut certainement un bénéfice dans la compréhension pour la réalisation de concepts sociaux alternatifs bien au-delà de la modernité capitaliste. La zone d’établissement du peuple kurde est divisée par les frontières de quatre pays (la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran) et se trouve au cœur même d’une très importante région géostratégique, ce qui donne aux Kurdes un gros avantage stratégique. Les Kurdes ne forment pas une société nationale au moyen du pouvoir d’état. Bien qu’il existe aujourd’hui une entité politique kurde dans un “Kurdistan irakien”, ceci n’est pas un état-nation mais plutôt une entité para-étatique.
    Le Kurdistan a aussi été la patrie de minorités arméniennes et aramaïques/araméennes avant que celles-ci ne soient les victimes de génocides (commis par les états-nations). Il y a aussi de petits groupes arabes et turcs. Même aujourd’hui, il y a beaucoup de religions et de croyances différentes vivant côte à côte en terres kurdes. Il y a aussi quelques rudiments de culture tribale et clanique tandis qu’il n’y a pratiquement aucune culture urbaine.
    Toutes ces propriétés sont une grande opportunité pour de nouvelles formations politiques démocratiques ; des coopératives communales dans l’agriculture, mais aussi dans la distribution de l’eau, de l’énergie, sont d’excellents moyens de production. La situation est aussi favorable pour le développement d’une société politique éthique, même l’idéologie patriarcale est moins ancrée ici que dans les sociétés voisines.
    Ceci est bénéfique pour l’établissement d’une société démocratique où la liberté de la femme et l’égalité seront un des principaux piliers. Ceci donne aussi l’opportunité de construire une nation démocratique fondée sur des identités multi-nationales ce qui représente une bien meilleure solution à l’impasse présentée par l’état-nation. L’entité émergente de tout ceci pourrait servir de modèle pour tout le Moyen-Orient et s’étendre dynamiquement dans les pays voisins. Convaincre les pays voisins de ce modèle changera la face et la destinée dub Moyen-Orient et renforcera la chance pour la modernité démocratique de créer une alternative réelle et viable.
  4. Les raisons des problèmes de la nation perse ou iranienne d’aujourd’hui peuvent être trouvées dans les interventions des civilisations historiques et la modernité capitaliste. Bien que leur identité d’origine fut le résultat de la tradition zoroastre et mithraïque, celles-ci furent annulées par un dérivé de l’Islam. Le manichéisme qui émergea de la synthèse du judaïsme, du christianisme et de l’Islam mélangés à la philosophie grecque ne fut pas capable de prévaloir sur l’idéologie de la civilisation officielle. De fait, cela n’alla pas plus loin que de pomponner la tradition de la rébellion. Ceci convertit donc la tradition islamique en une dénomination chi’ite et l’a adopté pour être la dernière idéologie civilisationnelle en date. Des efforts sont faits pour moderniser cette idéologie en passant des éléments de la modernité capitaliste au travers du filtre chi’ite.
    La société iranienne est multi-ethnique et multi-religieuse et possède une très riche culture. Toutes les identités nationales et religieuses du Moyen-Orient peuvent se trouver en Iran. Cette diversité est en contraste marqué avec l’affirmation hégémonique de la théocratie qui cultive un subtil nationalisme religieux et la classe dirigerante ne se recoqueville pas de sa propagande anti-moderniste lorsque cela sert ses intérêts. Des tendances révolutionnaires et démocratiques ont été intégrées par la civilisation traditionnelle. Un régime despotique y gouverne avec perspicacité.
    Malgré un centralisme étatique très fort en Iran, une forme de fédéralisme existe depuis la base populaire. Lorsque des éléments de civilisation démocratique et fédéraliste s’y entrecroisent incluant les Azeris, les Kurdes, les Balouchis, les Arabes et les Turkmens, le projet d’une “Confédération Démocratique d’Iran” peut tout à fait émerger et devenir une solution très attractive. Le mouvement des femmes et les traditions communales joueront ici un rôle spécial et prépondérant.
  5. La question nationale arménienne contient une des plus grandes tragédies que le “progrès” de la modernité capitaliste ait amené au Moyen-Orient. Les Arméniens sont un vieux peuple. Ils partagent bien de leurs installations territoriales avec les Kurdes. Tandis que les Kurdes vivent principalement de l’agriculture et de l’élevage, les Arméniens sont des artisans et des artistes. Tout comme les Kurdes, les Arméniens ont développé une tradition d’auto-défense. Mise à part une très courte période, les Arméniens n’ont jamais fondé d’État. Ils reposent sur la foi chrétienne qui leur donne leur identité et leur foi en la rédemption. A cause de leur religion, ils furent souvent opprimés par la majorité musulmane. Ainsi, le nationalisme émergeant bourgeonna dans la bourgeoisie arménienne. Il y eut très vite de grandes différences avec le nationalisme turc ce qui déboucha sur le génocide des Arméniens par les Turcs. Les Arméniens sont le second groupe culturel avec les juifs vivant dans une diaspora. La création d’un état arménien à l’ouest de l’Azerbaïdjan n’a néanmoins pas résolu la question nationale arménienne. Les conséquences du génocide ne peuvent pas être exprimées par les mots. La quête de leur pays perdu définit leur psychée nationale et est au cœur même de la question arménienne. La situation est aggravée par le fait que ces zones ont été colonisées depuis par d’autres personnes. Tous concepts basés sur un état-nation ne peuvent pas résoudre le problème, offrir une vraie solution. Il n’y a là-bas ni une structure populaire homogène, ni de frontières suffisamment claires comme il est requis dans le système de la modernité capitaliste.
    Ainsi des structures confédérées pourraient bien être la solution pour le peuple arménien. […] Cela leur permettrait de retrouver une place dans la pluralité culturelle moyen-orientale. S’ils se renouvelaient sous une nation arménienne confédérale démocratique, non seuleent continueraient-ils à jouer un rôle historique important au sein de la culture moyen-orientale, mais ils y trouveraient également le vrai chemin de la libération.
  6. Dans les temps modernes, les chrétiens araméens (Assyriens) ont aussi souffert de la même destinée que les Arméniens. Eux aussi sont un des plus vieux peuples du Moyen-Orient. Ils ont partagé une zone teritoriale avec les Kurdes et avec d’autres peuples. Tout comme les Arméniens, ils ont souffert d’une oppression de la part de la majorité musulmane pavant la voie pour un nationalisme araméen de leur bourgeoisie. Les Araméens furent aussi victimes d’un génocide aux mains des Turcs sous les auspices criminels du Comité pour l’Unité et le Progrès fasciste. Des collabos kurdes au régime ont été complices de ce génocide. La question de la société nationale araméenne a ses racines dans la civilisation mais s’est aussi développée plus avant avec le christianisme et les idéologies de la modernité. Pour une solution viable, il est besoin d’un changemement radical des Araméens. Leur véritable salut réside probablement dans leur départ de la mentalité de la civilisation classique et de la modernité capitaliste et en lieu et place, embrasse la civilisation démocratique et renouvelle leur riche mémoire culturelle comme un élément de la modernité démocratique afin qu’ils se reconstruisent comme une “Nation Araméenne Démocratique”.
  7. L’histoire du peuple juif donne aussi une expression de la problématique générale de l’histoire culturelle du Moyen-Orient. La recherche de la toile de fond d’expulsion, de pogroms et de génocide revient à équilibrer les comptes des civilisations. L’ancienne communauté juive a pris les influences des anciennes cultures sumérienne et égyptienne ainsi que que celles des cultures tribales locales. Elle a énormément contribué à la culture moyen-orientale. Comme les Araméens, ils furent les victimes des développement extrèmes de la modernité. Sur cette toile de fond, les intellectuels de descendance juive ont développé un point de vue complexe envers ces affaires.
    […] L’état-nation israélien est en guerre depuis sa création. Le slogan est: œil pour œil. On ne peut pas combattre le feu avec le feu. Même si Israël jouit d’une relative sécurité grâce au soutien international qu’il possède, ceci ne représente en rien une solution durable. Rien ne sera sécure en permanence aussi longtemps qu’on n’aura pas dépassé la modernité capitaliste.
    Le conflit en Palestine démontre que le paradigme de l’état-nation n’est pas une solution viable. Il y a eu trop d’effusion de sang et ce qui demeure est le difficile héritage de problèmes en apparence insolubles. L’exemple israélo-palestinien démontre l’échec total de la modernité capitaliste et le modèle d’état-nation.
    Les Juifs font partie des porteurs de culture du Moyen-Orient. Nier leur droit à l’existence est une attaque sur le Moyen-Orient en tant que tel. Leur transformation en une nation démocratique comme pour les Arméniens et les Araméens rendrait leur participation à une confédération démocratique du Moyen-Orient bien plus facile.
    Le projet pour une “Confédération Démocratique de l’Égée Orientale” serait un point de départ tout à fait positif. Des identités religieuses et nationales au sens strict du terme pourraient bien évoluer en des identités ouvertes et flexibles sous un tel projet. Israël pourrait aussi bien évoluer en une nation plus démocratique et acceptable. Ses voisins devront sans aucun doute participer à cette transformation eux-mêmes.
    Les tensions et les conflits armés du Moyen-Orient rendent la transformation du paradigme politique de la modernité inévitable. Sans cela, une solution aux difficiles problèmes sociaux et aux questions nationales est impossible. La modernité démocratique offre une alternative à ce système actuel qui est absolument incapable de résoudre les problèmes.
  8. L’annihiliation de la culture hellénique en Anatolie (NdT: aussi appelée l’Asie Mineure, qui correspond aujourd’hui au territoire turc oriental, plus de 90% de sa superficie) est une perte qui ne peut pas être compensée. Le nettoyage ethnique qui fut entrepris par à la fois les Turcs et les Grecs dans le premier quart du XXème siècle a laissé sa marque. Aucun état n’a le droit de chasser des peuples de leurs terres ancestrales et de leur région culturelle. Quoi qu’il en soit, les états-nations ont démontré leur inhumanité envers les problèmes politiques et culturels encore et toujours. Les attaques sur les cultures hellénique, araméenne, juive et arménienne montèrent d’un cran alors que l’Islam se répandait sur le Moyen-Orient. Ceci en retour, contribua au déclin de la civilisation moyen-orientale. La culture musulmane n’a jamais été capable de remplir le vide laissé et émergeant. Au XIXème siècle, lorsque la modernité capitaliste s’avança au Moyen-Orient, elle y trouva un désert culturel créé par une érosion culturelle auto-infligée. La diversité culturelle renforce également les mécanismes de défense d’une société. Les monocultures sont moins robustes. Ainsi la conquête du Moyen-Orient ne fut pas difficile. Le projet de nation homogène comme il fut propagé par l’État-nation ne fit qu’avancer leur déclin culturel.
  9. Les groupes ethniques caucasiens (NdT: blancs) ont aussi leurs problèmes sociaux qui ne sont pas insignifiants. Encore et encore ont-ils migré vers le Moyen-Orient et stimulé sa culture. Ils ont contribué de manière incontestable à sa richesse culturelle. L’arrivée de la modernité a presque fait disparaître ces minorités culturelles. Eux aussi trouveraient une place plus qu’adéquate au sein d’une structure confédéraliste démocratique.

Finalement, laissez-moi encore dire que les problèmes fondamentaux du Moyen-Orient sont profondément enracinés dans la civilisation de classes. Elles se sont resserrées avec la crise globale de la modernité capitaliste. Cette modernité et sa domination clâmée ne peut offrir aucune solution sans mentionner l’absence de perspective à très long terme pour la région moyen-orientale.
Le futur est le Confédéralisme Démocratique.

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Note de Résistance 71:

Nous avons trouvé le texte complet en français en ligne, le voici:

« Le Confédéralisme Démocratique », Abdullah Ocalan, 2011

Résistance politique au Moyen-Orient: Les Kurdes du Rojava syrien annoncent la fédéralisation des communes libres…

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Les zones sous contrôle kurde du nord de la Syrie déclarent une fédération

 

RT

 

17 Mars 2016

 

url de l’article original:

https://www.rt.com/news/335951-kurds-federal-system-syria/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La Fédération de la Syrie du Nord sur RT France

 

Les zones contrôlées par les Kurdes en Syrie ont déclaré une région fédéraliste dans le nord de la Syrie, d’après des officiels cités par l’AFP et un témoin de l’agence Reuters.

Idris Nassan, un officiel du directorat des affaires étrangères de Kobané dans la province du Rojava syrien a dit Mercredi que les zone contrôlées par les Kurdes seront nommées la Fédération de la Syrie du Nord et représenteront tous les groupes ethniques vivant sur place.

Discutant avec RT arabe, Nassan a dit que la proposition de fédération a existé depuis le tout début du conflit syrien en 2011.

Les Kurdes de Syrie ont une longue histoire d’opposition et une longue histoire de lutte pour les droits légitimes de leur peuple dans ce pays”, a dit Nassan, expliquant que la lutte nationaliste avait évolué en une forme bien plus élaborée de lutte pour les droits égalitaires de manière générale.

Nassan a insisté sur le fait que la fédéralisation ne veut pas dire que le peuple kurde va emprunter la voie du séparatisme.

Ainsi je crois que les acteurs internationaux, principalement la Russie et les Etats-Unis soutiendront cette approche et se feront les avocats de sa mise en place.” A t’il ajouté.

Le système nouvellement installé est attendu remplacer les cantons autonomes du kurdistan syrien (Rojava).

Ceci intervient après l’exclusion du parti syrien kurde (PYD) des pourparlers politiques de la conférence de Genève ayant pour but de mettre fin au conflit syrien.

L’exclusion est en ligne avec les souhaits de la Turquie, qui voir le parti comme une branche du Parti des Travailleurs Kurdes (PKK). Ankara combat actuellement le PKK dans le sud-est de la Turquie, dans le nord de la Syrie et de l’Irak.

Quoi qu’il en soit, Moscou a fortement insisté pour que les Kurdes soient invités à s’assoir à la table des négociations, suggérant que les laisser à l’écart pourrait mettre en danger l’intégrité du territoire syrien. Staffan de Mistura, l’envoyé de l’ONU pour la Syrie a aussi dit que les Kurdes syriens méritent une place à la table des négociations de Genève.

Pendant ce temps là, la Turquie a dit que toute décision unilatérale visant à déclarer une fédération ne pourrait pas être valide, ajoutant qu’elle soutient l’unité nationale de la Syrie et son intégrité territoriale. Une source au sein du ministère des AE turc a dit à Reuters que la structure administrative de la Syrie sera décidée par tous les Syriens au travers de l’adoption d’une nouvelle constitution.

Les Kurdes syriens contrôlent effectivement une large bande de terres de plus de 400 km le long de la frontière syro-turque, de la frontière avec l’Irak jusqu’à l’Euphrate. Ils contrôlent aussi une section de la frontière du nord-est dans la zone de Afrin.

La déclaration de la fédération arrive au moment où la Turquie continue sa répression sur le PKK en Syrie, dans le nord de l’Irak et dans le sud-est de la Turquie. Des combats s’y tiennent depuis Juillet 2015 après qu’Ankara ait brisé un accord de cesser-le-feu vieux de deux ans.

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Les communes libres kurdes du Rojava syrien

Résistance politique: L’autonomie démocratique kurde, le PKK du marxisme obsolète au Confédéralisme Démocratique… 2ème partie

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Nous nous concentrons en ce moment à présenter plus avant la révolution sociale en cours depuis 2005 dans le Kurdistan du nord-syrien, la province du Rojava. Le PKK (Parti des Travailleurs Kurdes) est passé à la fin des années 1990 d’une ligne marxiste pure obsolète, à une ligne anarchiste que son fondateur emprisonné Abdullah Ocalan a appelé le « Confédéralisme Démocratique ». Nous avons déjà traité du sujet sur ce blog et avons mentionné la similitude du mouvement confédéral kurde issu du PKK avec le mouvement zapatiste du Chiapas au Mexique et l’EZLN, ainsi qu’avec l’ensemble des mouvements de lutte amérindiens.

Nous présenterons le « Confédéralisme Démocratique » kurde plus en détail très bientôt car nous terminons la traduction du Manifeste pour le Confédéralisme Démocratique qu’Abdullah Ocalan a écrit depuis sa prison turque en 2011. Ci-dessous une bonne présentation en 2 parties de la révolution sociale du Rojava syrien datant de 2015.

L’idée de l’obsolescence et du besoin de l’estompage et de l’extinction définitive de l’état-nation se fait entendre de plus en plus par delà les océans et comme l’avait si bien dit Victor Hugo: « Aucune armée ne peut lutter contre une idée dont l’heure est venue. » Hugo était rappelons-le, un grand sympathisant de la Commune de Paris et un des signataires d’une lettre pour faire sortir Pierre Kropotkine de prison. Il aurait sans doute tourné ceci beaucoup mieux:

C’est alors que dans les têtes
Une idée sublime germa
L’État pour sûr obsolète
Devant la nation, s’effaça

— Résistance 71 ~ 

 

L’autonomie démocratique au Rojava et au Bakur

Sarah Caunes et Anouk Colombani

Novembre 2015

url de l’article original en français:

http://www.autogestion.asso.fr/?p=5597

1ère partie
2ème partie

 

  1. Auto-organisation au Rojava

Alors que la révolution syrienne éclate puis se transforme en guerre civile (Note de R71: Non ce n’est pas une guerre civile mais une guerre d’invasion par procuration mais ici n’est pas le sujet…), les Kurdes présents dans le Rojava vont décider de mettre en œuvre ce qu’ils nomment une « troisième voie ». Le PYD s’il n’est pas autorisé en Syrie, a de nombreux militant-e-s sur le terrain, qui œuvrent dans le sens de l’autonomie démocratique depuis plusieurs années. Ce travail et l’existence de leur force d’autodéfense (YPG) vont faciliter l’emprise du PYD sur les régions de peuplement kurde. Ils décrètent trois cantons qui forment le Rojava (Efrin, Kobané, Djezireh) et déclarent l’Autonomie Démocratique en décembre 2013 sur la base d’un « contrat social », expression choisie pour éviter le caractère étatique de « constitution ». Ils créent alors un système d’auto-gouvernement populaire, fondé sur des assemblées communales de voisinage (comprenant plusieurs centaines de ménages chacune), auxquelles n’importe qui peut participer et avec le pouvoir s’exerçant de bas en haut par des députés élus au niveau de la ville et des cantons. Les trois cantons sont unis par ce contrat, mais ne fonctionnent pas nécessairement de la même manière. Le contrat social stipule des principes anti-étatiques, anti-nationalistes, pluriculturels, multilingues et pour l’égalité hommes/femmes. La représentante des « Rojavans », comme les appellent Janet Biehl dans ses carnets de voyage, est une assemblée dénommée le Tev-Dem (Tevgera Civaka Demokratîk). Elle regroupe une centaine de personnes qui sont désignées par les assemblées locales ainsi que les représentant-es de partis et associations de chaque canton. C’est à la fois une assemblée et une coalition. Le Tev-dem a établi des dizaines de comités et groupes dans les quartiers, les villages, les campagnes et les villes avec l’objectif de faire se rencontrer et discuter entre eux-elles les habitant-e-s. Des « maisons du peuple », lieu de sociabilité et d’assemblée, sont créées par quartier.

Tous les paradoxes qui existaient en Turquie se retrouvent ici concernant la place des partis politiques à l’intérieur du mouvement d’auto-organisation. Mais la puissance du mouvement permet de résoudre plus vite les contradictions qui lui sont inhérentes. A contrario, l’état de guerre et l’embargo subit par le Rojava complique les réalisations de la révolution.

Dans ces conditions, voici quelques grands traits, que nous pouvons retenir du projet du Rojava : il n’y a pas d’État. Il n’y a plus de « minorités » au sens où il n’y a pas de caractère national décidé. Chaque langue est reconnue si des citoyens en expriment le besoin. Chaque religion peut être pratiquée mais elle n’intervient pas dans les affaires politiques. L’égalité homme-femme est au centre du projet. Chaque poste à responsabilité, chaque représentation est géré par deux personnes : un homme et une femme. Cela permet à la fois l’égalité des sexes et le contrôle démocratique. Dans les instances représentatives, 40 % sont obligatoirement des femmes. Les femmes ont des assemblées en non-mixité. Elles y traitent des sujets qu’elles estiment les concerner et s’occupent de problèmes concrets comme les violences faites aux femmes. Elles ont aussi créé une force militaire non-mixte qui est aussi une force d’autodéfense contre les violences domestiques, les YPJ.

3.1. Auto-organisation des forces armées YPG / YPJ (Yekîneyên Parastina Jinê)

Les YPG / YPJ sont composées en grande partie de la population du Rojava, mais des renforts nombreux-s-es de Qandil et des Kurdes du nord y ont été envoyé-e-s. L’organisation de la lutte armée relève aussi de formes d’auto-organisation, et ce malgré un commandement installé dans les monts Qandil, au QG du KCK. C’est dans ces montagnes que s’effectue la formation militaire qui dure en général trois mois. Cette formation est proche de ce qu’on trouve dans les académies avec, par ailleurs, l’idée de travailler sur l’ego de chacun-e. Les combattant-e-s s’engagent dans une vie collective, qui peut être qualifiée de « camaraderie ». A Qandil, comme au Rojava, il y a une guérilla de femmes et une guérilla mixte. Toute relation amoureuse est proscrite. Les YPG/YPJ fonctionnent par petit groupe, qui décide chacun-e de son coordinateur-trice. Le coordinateur-trice peut changer et son rôle n’implique pas qu’il-elle soit au-dessus des autres. Chaque combattant-e possède ses armes et les entretient. A côté des guérilleros qui s’engagent pour longtemps et sont formés, le Rojava a vu la naissance de combattant-e-s plus « temporaires ». Bien souvent ces personnes ne restent pas plus de deux mois. Aussi les organisations socialistes et révolutionnaires de Turquie ont créé des unités de combat. Enfin, il y a actuellement des Brigades Internationales qui regroupent environ 130 personnes venues du monde entier pour aider à la reconstruction de Kobane, à la logistique, etc. La camaraderie est très présente face à la mort. Les YPG / YPJ n’abandonnent jamais les corps de leurs camarades et de nombreux cimetières pour les martyrs ont vu le jour au Rojava.

3.2. L’éducation dans le Rojava

Dans le projet de l’autonomie démocratique, l’éducation est centrale. D’une part parce que la création d’un système d’éducation auto-organisé permet de soustraire cette question de la tutelle de l’État, permet d’enseigner dans les langues maternelles et de créer des contenus d’enseignement en accord avec l’autonomie démocratique.

Tout le monde (c’est-à-dire filles comme garçons) est obligé d’aller à l’école à partir de l’âge de 6 ans. L’éducation doit pouvoir se faire dans la langue maternelle des enfants. Par ailleurs, de nombreuses académies ont vu le jour à travers la région. Elles sont destinées aux adultes. Le mot académie a été choisi à la place de celui d’université : « Bien que les universités lors de leur création pensaient s’organiser de manière indépendante du système central, aujourd’hui le mot université résonne bien plus avec un lieu de formation de cadres pour les États. Les académies quant à elles sont un espace dans lequel la société construit elle-même sa force intellectuelle. Et elles existent encore comme des lieux dans lesquels sont produits le savoir et les sciences. 1 » déclare Dorşin Akif, qui enseigne à l’académie des femmes et à celle des sciences sociales. L’éducation doit prendre aussi ses distances vis-à-vis d’un modèle étatique et nationaliste. Les académies servent à l’émancipation des individu-e-s et du collectif. C’est flagrant dans le cas des académies des femmes, dans lesquelles toutes les femmes viennent discuter entre elles, suivre des cours ou des formations. Une académie de « droit » existe aussi dans laquelle des discussions sont faites autour d’un modèle de justice axé sur la médiation et non la vengeance de l’État et la punition.

La séparation enseignant-e / étudiant-e n’est pas à proprement parler existante. Il s’agit plutôt de formation auto-organisée. L’apprentissage par cœur et la vérité tout crue y sont plutôt mal vus. Toute personne qui sait quelque chose ou veut présenter quelque chose peut se trouver enseignante. Ces enseignements comprennent à la fois de l’histoire, de l’anthropologie, de la philosophie, une critique du droit. Le modèle des académies de femmes est le mieux connu et le plus abouti actuellement. Les femmes y travaillent les rapports historiques avec les hommes, l’inégalité à travers les siècles. Y sont développées des critiques du système patriarcal, qui dans les théories d’Öcalan fonctionne main dans la main avec l’État. Cet ensemble a même pris un nom : la jinéalogie (formée à partir de « logie » et jîn (femme) / Jiyan (vie)). Mais les académies sont aussi et surtout des espaces où les femmes s’émancipent et apprennent à fonctionner par elles-mêmes et surtout en égal des hommes.

3.3 L’économie

Le Rojava subit un embargo. Son économie est une économie de guerre. Personne ne se fait payer à l’exception de ceux et celles qui continuent à travailler pour l’État syrien. La nourriture est distribuée et chaque espace tente d’avoir un potager, voire des animaux pour faire du fromage notamment. L’économie commence à prendre forme après des mois de flou dus à la guerre essentiellement. Cependant le contrat social institue que « le système économique dans les provinces doit viser à assurer le bien-être général et en particulier l’octroi du financement de la science et de la technologie. Elle visera à garantir les besoins quotidiens des personnes et à assurer une vie digne. Le monopole est interdit par la loi. Les droits des travailleurs et le développement durable sont garantis. » Le Rojava vit en autosuffisance et des coopératives ont été fondées pour assurer les besoins de chacun. Par ailleurs, l’économie est adossée à un autre grand principe du confédéralisme démocratique : l’écologie. La refonte de l’économie est probablement l’un des plus gros chantiers à venir pour la révolution. À la fois pour permettre effectivement une vie digne, mais aussi pour refuser le capitalisme. Les menaces et pressions en cours à la fois de certains partis kurdes, organisés autour du PDK (Irak) et de la communauté internationale augurent d’un combat qui est loin d’être terminé.

Conclusion

Le modèle d’auto-organisation du mouvement kurde a donc aujourd’hui une quinzaine d’années. Sa mise en œuvre a été très rapide, même si elle est encore loin d’être aboutie. Cette auto-organisation repose au Bakur comme au Rojava sur un mouvement populaire de masse, ce qui permet qu’elle s’enrichisse par la pluralité de ceux et celles qui y apportent des choses. Il faut rappeler que pour les Kurdes, les frontières entre les pays sont celles de la colonisation et donc n’ont de réalités qu’oppressives. De nombreuses familles se sont trouvées séparées de part en part de la frontière. La révolution du Rojava a donc un impact sur toute la région et constitue une source d’inspiration. Cela montre aussi qu’il ne s’agit pas d’un modèle figé. L’évolution spectaculaire du PKK et du mouvement kurde depuis 20 ans donne un aperçu des évolutions possibles d’un mouvement dont la force transcende aujourd’hui tout ce que les révolutionnaires critiques et les autogestionnaires auraient pu imaginer.

Il faut noter qu’un troisième congrès existe expérimentant lui aussi l’autonomie démocratique, mais au niveau de la Turquie : le Congrès Démocratique des Peuples (HDK) qui regroupe un certain nombre de syndicats, organisations LGBTI, organisations féministes, collectifs et parti écologistes, une partie des organisations révolutionnaires de Turquie, et le mouvement kurde. Cette évolution constitue un tournant majeur au Moyen-Orient. Mais tant que la guerre durera en Syrie, l’autonomie démocratique sera en danger. Les velléités d’autres groupes de créer un État-nation kurde constitue aussi une menace pour le confédéralisme démocratique. Ce débat concerne à la fois les Kurdes « entre eux-elles » et les gauches du Moyen-Orient. La situation de la région fait que les groupes divers doivent avancer ensemble vers un projet démocratique qui permette à toutes les cultures de vivre. Cet horizon suppose nécessairement la fin des nationalismes et entrent en contradiction avec les nationalismes arabes tout particulièrement.

Pour en savoir plus (biblio) :

AKKAYA Ahmet Hamdi, and JONGERDEN Joost, « Confederalism and Autonomy in Turkey: The Kurdistan Workers’ Party and the Reinvention of Democracy », In The Kurdish Question in Turkey : New Perspectives on Violence, Representation and Reconciliation, ed. Cengiz Gunes and Welat Zeydanlıoğlu, 186–204. Oxon, UK: Routledge.

BOZARSLAN Hamit, La question kurde. États et minorités au Moyen-Orient, Paris, Presses de Sciences po, 1997.

BOZARSLAN Hamit, Le Conflit kurde, Paris, Autrement, 2009.

ÖCALAN Abdullah, La Feuille de route vers les négociations : Carnets de prison, Paris, International Initiative Édition, 2013.

GOLDSTEIN Julien, PIOT Olivier, Kurdistan, la colère d’un peuple sans droits, Paris, Les Petits Matins, 2012.

Résistance politique: L’autonomie démocratique kurde, le PKK du marxisme obsolète au Confédéralisme Démocratique… 1ère partie

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Nous nous concentrons en ce moment à présenter plus avant la révolution sociale en cours depuis 2005 dans le Kurdistan du nord-syrien, la province du Rojava. Le PKK (Parti des Travailleurs Kurdes) est passé à la fin des années 1990 d’une ligne marxiste pure obsolète, à une ligne anarchiste que son fondateur emprisonné Abdullah Ocalan a appelé le « Confédéralisme Démocratique ». Nous avons déjà traité du sujet sur ce blog et avons mentionné la similitude du mouvement confédéral kurde issu du PKK avec le mouvement zapatiste du Chiapas au Mexique et l’EZLN, ainsi qu’avec l’ensemble des mouvements de lutte amérindiens.

Nous présenterons le « Confédéralisme Démocratique » kurde plus en détail très bientôt car nous terminons la traduction du Manifeste pour le Confédéralisme Démocratique qu’Abdullah Ocalan a écrit depuis sa prison turque en 2011. Ci-dessous une bonne présentation en 2 parties de la révolution sociale du Rojava syrien datant de 2015.

L’idée de l’obsolescence et du besoin de l’estompage et de l’extinction définitive de l’état-nation se fait entendre de plus en plus par delà les océans et comme l’avait si bien dit Victor Hugo: « Aucune armée ne peut lutter contre une idée dont l’heure est venue. » Hugo était rappelons-le, un grand sympathisant de la Commune de Paris et un des signataires d’une lettre pour faire sortir Pierre Kropotkine de prison. Il aurait sans doute tourné ceci beaucoup mieux:

C’est alors que dans les têtes
Une idée sublime germa
L’État pour sûr obsolète
Devant la nation s’effaça

— Résistance 71 ~ 

 

L’autonomie démocratique au Rojava et au Bakur

Sarah Caunes et Anouk Colombani

Novembre 2015

url de l’article original en français:

http://www.autogestion.asso.fr/?p=5597

1ère partie
2ème partie

Le Rojava désigne la région historiquement kurde de Syrie. Dans les affres de la révolution syrienne, y est née une forme d’organisation que les habitant-e-s qualifient  de « révolution ». Cette révolution n’arrive pas de n’importe où : elle est le résultat du mouvement kurde de Turquie et des réflexions d’Abdullah Öcalan. L’organisation porte le nom de confédéralisme démocratique.

Traduire vers l’imaginaire politique européen ce qu’est la révolution du Rojava demande de comprendre les bouleversements idéologiques et pratiques qui ont eu lieu depuis une quinzaine d’années au Kurdistan et plus spécifiquement dans la lutte lancée par le PKK à la fin des années 1970. Première précision, on n’y parle pas d’autogestion, mais d’autonomie démocratique, de démocratie radicale et de confédéralisme démocratique.

Les Kurdes, comme entité historique, ont été bafoués du droit à l’autodétermination, alors même qu’il s’agit de leur territoire historique. Ils-elles sont resté-e-s exclu-e-s du concert des États-nations nés dans la première moitié du XXe siècle après que les empires français et britanniques ont trahi la promesse de permettre la création d’un État kurde. Ils se sont alors trouvés séparés entre quatre États : Iran, Irak, Turquie, Syrie, dans lesquels ils ont été opprimés au fil du siècle sous des modalités différentes bien qu’ayant des points communs. De multiples partis kurdes sont nés dans ces pays pour lutter à la libération des Kurdes. La révolution du Rojava est issue à divers niveaux des mouvements politiques kurdes et s’inscrit plus spécifiquement dans le mouvement pour le confédéralisme démocratique. Cependant le mot de peuple pose question dans une région où les États-nations datent de la première moitié du XXe siècle. Le mot de peuple ne se confond pas avec l’État, et encore moins avec la nation. Dans le mouvement, l’appellation kurde tend à être remplacée par celle de peuples du Kurdistan quand il est question du projet politique et du futur.

Le modèle du confédéralisme démocratique (Demokratik Özerklik) repose sur un paradoxe. Il est né dans le carcan du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan) d’inspiration marxiste-léniniste, né en 1978 en Turquie et devenu un parti de lutte armée en 1984. Ses objectifs étaient alors la formation d’un État-nation kurde. Le parti était constitué en avant-garde et fondé sur un fonctionnement hiérarchique. À la fin des années 1990, le mouvement kurde connaît un processus de bilan et de remise en question à la fois du « socialisme réel », critiqué pour son absence de démocratie, et de la forme État-Nation comme mode de résolution des luttes de libération nationale, considéré comme une impasse. C’est de ce processus que va émerger le nouveau paradigme du Confédéralisme Démocratique, dont la révolution du Rojava est l’une des mises en œuvre les plus abouties.

Nous présenterons d’abord la mise en place du confédéralisme démocratique au Kurdistan du nord (celui de Turquie), terre où il naît, à travers le DTK, puis après une re-contextualisation des luttes en Syrie, nous présenterons les avancées des cantons autonomes du Rojava.

  1. La fondation du congrès pour une société démocratique

La Révolution du Rojava est la réalisation la plus avancée d’un projet de société né dans le Kurdistan du nord (Bakur) dénommé « confédéralisme démocratique ». L’idée du confédéralisme démocratique est d’Öcalan, leader du mouvement kurde qui, à la fin des années 1990, va se lancer dans la refonte du modèle démocratique proposée par le mouvement politique kurde. Plusieurs causes peuvent expliquer ce changement. Des raisons contextuelles : l’effondrement de l’Union soviétique et la guerre civile qui dure et touche très durement la population kurde. Des raisons idéologiques : les stratégies et modes d’organisation du marxisme-léninisme sont remis en cause. La structure du parti est elle aussi réformée, pour notamment revenir sur les pratiques de purge, d’auto-critique ou la hiérarchie. D’un autre côté, Öcalan inspiré par un penseur du nom de Murray Bookchin va entreprendre une remise en cause de l’État et de la stratégie de la prise du pouvoir d’État. La libération nationale qui a pour objectif de prendre le pouvoir est écartée comme solution viable.

Öcalan va inventer deux concepts : celui de modernité capitaliste qui décrit l’état du capitalisme actuel. Cette modernité repose sur le nationalisme, l’exploitation économique, l’individualisme et le patriarcat. Autant de rapports à déconstruire. Le confédéralisme démocratique est pensé comme objection donc alternative à la modernité capitaliste. C’est une organisation par « le peuple lui-même », la voie qui permet de reconnaître la pluralité culturelle, sociale et religieuse des peuples qui vivaient dans cette région. Le confédéralisme démocratique serait une actualisation des formes sociales et des habitudes du Moyen-Orient. Il s’agit de construire une contre-hégémonie au rapport destructeur de l’État-nation, au capitalisme et au patriarcat.

Au Kurdistan du nord, le paradigme de l’autonomie démocratique est tenté d’être expérimenté par l’Union des communautés du Kurdistan (KCK) à partir de 2005, qui est réseau de conseils de village, villes et régions. Entre 2009 et 2011, l’État turc lance les « opérations KCK » et arrête plus de 10 000 personnes pour « appartenance à une organisation terroriste ». Ces arrestations qui visaient des cadres du parti légal, des avocats, des syndicalistes, des étudiant-e-s, des journalistes portent un coup dur à la réalisation de l’autonomie démocratique du Bakur. En 2007 se tenait le congrès pour une société démocratique (DTK). Son objectif était de rassembler les structures qui veulent militer pour une société démocratique. Il s’agit en quelque sorte du « parlement » auto-organisé du Kurdistan du Nord. Il n’a pas de liens avec l’État turc et ne bénéficie d’aucune reconnaissance de sa part.

« Nous voulons nous auto-gouverner en nous organisant dans les différentes parties de la population sous forme d’assemblées. Le DTK est l’assemblée du Kurdistan et fait converger diverses assemblées par quartier ou corporation, ainsi que les mouvements existants. La spécificité de ce système d’autonomie démocratique que nous voulons créer est que ces mécanismes d’assemblées permettent un auto-gouvernement. Dans le système dominant en Turquie, l’existence même des Kurdes est niée. L’enseignement en langue maternelle est interdit par les lois en vigueur. Nous avons comme objectif d’éliminer tous ces interdits. Nous voulons vivre de manière égale, juste et libre avec tous les peuples de Turquie. Nous considérons qu’une constitution démocratique qui s’appuie sur les droits humains universels est une condition indispensable pour que les Kurdes puissent accéder à leur droit. Le DTK se compose des différents partis politiques et organisations de la société civiles et de diverses personnes influentes (comme les chefs religieux). Il s’agit d’un chapeau dans lequel se regroupent diverses organisations. Toutes les décisions prises dans les assemblées générales s’appliquent aux organisations qui le composent. Les gouvernements locaux (municipalités) en sont membres. Le DTK s’est constitué de règles démocratiques. Parmi les 501 délégués, 301 délégués du peuple ont été choisis dans des assemblées. Les 200 autres délégués sont des représentant-es de diverses institutions : membres de partis politiques, d’organisations de la société civile, chefs religieux progressistes, chefs de tribus. Ces deux cents délégués ont été choisis par des élections dans leurs institutions. Le DTK est dirigé par deux co-dirigeants (un homme et une femme) accompagné-es de 11 membres d’un comité de direction élu par l’AG. Tous les deux ans, le DTK se réunit en « congrès ». Ils se réunissent tous les trois mois en AG. L’AG des 501 délégué-es est le lieu central de décision. Le comité de direction applique les décisions. Les décisions sont prises suite au travail de commissions. Chaque commission discute et définit les besoins, fait son compte-rendu. Si la commission en a le besoin, elle soumet une motion à l’AG. La motion est discutée par les 501 délégué-es, puis soumise au vote. Elle est acceptée à la majorité simple. L’AG peut ajouter ou ôter des parties des motions. Le lieu de prise de décisions est cette AG 1. »

La structure du DTK est donc horizontale, mais aussi représentative. Il ne s’agit pas d’en faire une institution « de pouvoir » ou «étatique». Tous les délégués sont révocables et doivent suivre les décisions prises. Personne ne peut décider seul. L’horizontalité s’exerce par les commissions qui sont au centre du travail du DTK. Elles émanent des assemblées locales, mais chaque commission existe aux divers niveaux : quartier, ville, département, région. Ces commissions travaillent sur des sujets liés aux problèmes de la population du Kurdistan. Elles sont au nombre de 14 (sociale, écologie, politique, diplomatie, droit, économie, droits humains, femmes, jeunesse, savoir (recherche et enseignement), peuples et croyances, internationale, soin et santé). Chaque commission a ses propres assemblées et mène ses activités au sein des assemblées.

Malgré le changement de paradigme, il demeure un paradoxe dans le fait qu’une organisation-parti essaye de mettre en place des espaces d’auto-organisation. Comment cohabitent le congrès, les partis légaux ou électoraux et la branche illégale ? Il n’y a pas de liens organiques entre les groupes. Chacun-e paraît intervenir sur un terrain qui lui est propre, quitte parfois à s’opposer entre eux-elles. Par exemple, la gestion des municipalités fait débat parmi de nombreuses assemblées – associations du DTK. Les « montagnes » ont de leur côté la légitimité de la lutte illégale et armée – les guérillas sont perçus comme la protection du peuple, donc des assemblées du DTK – ce qui leur permet de faire de temps à autre des déclarations coup de poing pour recadrer si nécessaire certaines dérives estimées anti-révolutionnaires. Le mouvement se construit donc à la fois dans un rapport de force entre les divers groupes et une cohabitation – co-aide des un-e-s et des autres : si la guérilla défend la population, sans la population, la guérilla ne peut pas survivre. Ainsi tout en occupant aussi le terrain de la politique légale et institutionnelle (parlement et mairies), le mouvement kurde est essentiellement tourné vers la réalisation d’une auto-organisation du peuple.

  1. Quelques éléments sur les Kurdes en Syrie

Rojava signifie ouest en kurde, il désigne la partie ouest du Kurdistan qui se trouve dans les frontières de la Syrie. En Syrie, les régions kurdes ont été la proie d’une politique étatique d’assimilation et de morcellement des territoires kurdes (Hassakeh, Kobane et Efrin) par ce que le régime syrien nommait la politique de la « ceinture arabe » qui commence en 1962 : des populations « arabes » furent déplacées pour créer des villages encerclant les villages kurdes. À travers la loi sur le recensement de 1962, le gouvernement syrien a aussi privé de leur nationalité plus de 300.000 kurdes, créant des apatrides dans leur propre pays, et des personnes sans droits et sans reconnaissance. Paradoxalement la Syrie a aussi été la terre d’accueil du leader kurde Abdullah Öcalan, qui après le début de la lutte armée en 1984 contre la Turquie, s’y réfugia et y forma des camps d’entraînement et ce jusqu’en 1998, date à laquelle il est expulsé de la Syrie par le pouvoir d’Assad, soit un an avant son arrestation. Le régime d’Hafiz El-Assad soutient le PKK, mais aussi le PDK irakien, contre des ennemis communs la Turquie et l’Irak. Les menaces de la Turquie contre la Syrie finissent par avoir raison de la terre d’asile du PKK et la reprise du pouvoir par le fils Bachar El-Assad marque le début d’un conflit ouvert entre les Kurdes et le régime. En 2003, le mouvement kurde se réactive et s’oppose au régime baasiste pour la première fois. En 2003 est créé en Syrie le PYD qui prend le relais du PKK et s’inscrit immédiatement dans le paradigme du confédéralisme démocratique, mais se trouve aussi immédiatement soumis à une répression systématique 2. De surcroît, l’État syrien réagit à la réorganisation politique des Kurdes par des répressions comme celle de 2004 à Qamishlo. Le 12 mars 2004, dans la ville kurde syrienne de Qamishlo, un match de football dégénère en affrontement entre « Arabes » et « Kurdes ». Des supporteurs « arabes » scandaient des slogans en faveur de Saddam Hussein (alors déchu, mais responsable de plusieurs massacres contre des populations kurdes d’Irak). Dans le même match, des hommes commencent à lapider un joueur kurde. Les policiers en civil présents dans le stade tirent sur la foule faisant de nombreux blessés. De nombreux affrontements ont lieu les jours qui suivent, les forces de l’ordre interviennent : le bilan est d’une trentaine de morts, 2000 arrestations, 160 blessés graves, tous étant essentiellement des Kurdes. Après que les forces de l’ordre aient tiré lors d’enterrements des victimes de la répression, la révolte kurde se propage à toute la Syrie. La répression contre les Kurdes s’amplifie encore puis un embargo économique est mis en place par le régime de Damas pour étouffer la zone. Dans la révolution qui éclate en mars 2011, les Kurdes seront très présents dans les soulèvements à travers toute la Syrie. (SEVE, 2012 3)

 

A suivre… Dans la seconde partie, les modes de fonctionnement confédéraliste démocratique

Résistance politique: Le confédéralisme démocratique kurde du Rojava… une révolution sociale passée sous silence… (Suite)

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Pourquoi un confédéralisme démocratique kurde ?

 

Eden Dersim

 

3 Septembre 2014

 

url de l’article en français:

http://www.actukurde.fr/actualites/682/pourquoi-un-confederalisme-democratique.html

 

Le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) est classé sur la liste noire des Etats-Unis et bien nombre de pays membres de l’OTAN. En effet, en Turquie une guerre presque invisible se poursuit depuis ces 30 dernières années avec les Kurdes faisant plus de 17.500 assassinats politiques simplement classés en « cas non-résolu ».

Fondé en novembre 1978, le PKK est considéré  comme force de défense en aucun cas le PKK attaque. Le PKK lutte également contre le trafic de drogue et le pillage de sites archéologique du Kurdistan

Cependant, il est intéressant de s’intéresser à la ligne politique  du PKK, formulée comme le « confédéralisme démocratique » qui se propose comme une alternative à ce trio: le capitalisme, l’Etat-nation,  l’industrialisme, qui sont remplacés par une «  nation démocratique, une économie communautaire, et  une industrie écologique ».

Il est claire que le capitalisme, l’Etat-nation et  l’industrialisme actuel conduisent l’humanité  à la catastrophe, tant sur le plan économique que social ou environnemental.

Donc, le leader kurde Abdullah Ocalan propose trois projets pour affronter la modernité capitaliste:   d’abord une république démocratique, ensuite une autonomie démocratique, enfin un confédéralisme démocratique et écologique.   Ce dernier projet, soit le confédéralisme démocratique exige une « société démocratique, écologique et l’égalité des sexes ». Si on résume encore,  ce confédéralisme est « la démocratie radicale sans l’Etat. »

Voici quelques rares extraits du livre « Le Confédéralisme-Démocratique » d’Abdullah Ocalan, le leader des Kurdes, emprisonné sur l’Ile d’Imrali depuis 1999 en Turquie à perpétuité pour avoir défendu les droits du peuple Kurde. Son avion s’était fait arrêté au Kenya alors qu’il était en route pour rejoindre Nelson Mandela et y trouver son soutien.

« A l’époque de la formation du PKK, dans les années 1970, le climat politique et idéologique internationale était caractérisé par le monde bipolaire de la Guerre Froide et le conflit entre socialisme et capitalisme. (…) »

« Le PKK n’a jamais considéré la question Kurde comme un simple problème d’ethnicité ou de nationalité. Nous concevions notre mouvement comme un projet visant à libérer et à démocratiser la société.

« Le droit à l’autodétermination des peuples comprend le droit à un Etat propre. La fondation d’un Etat ne permet cependant pas d’augmenter la liberté d’un peuple, et le système des nations Unies, fondé sur les Etats Nations, a démontré son inefficacité. Les Etats-Nations se sont ainsi mis à représenter de sérieux obstacles faces aux évolutions sociales. Le confédéralisme-démocratique est le paradigme inverse, celui des peuples opprimés. Le confédéralisme-démocratique est un paradigme social et non étatique. Il n’est pas contrôlé par un Etat (centrale), il représente les aspects organisationnels et culturels d’une nation démocratique. Le con fédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la population, et ce sont les communautés concernées qui y maîtrisent le processus décisionnel. Les niveaux les plus élevées ne sont présents qu’afin d’assurer la coordination et la mise en oeuvre de la volonté des communautés qui envoient leur déléguées aux assemblées générales. Pour assurer un gain de temps, ils font office à la fois de porte-parole et d’institution exécutive. »

« Les limites entre ce que les tribus considéraient comme leur territoire n’étaient pas encore fixe, le commerce, la culture ou la langue n’étaient donc pas restreints par celles-ci. Longtemps, les frontières territoriales demeurèrent fluctuantes. A peu près partout dans le monde, les structures féodales prédominaient et de temps en temps apparaissaient de monarchies dynastiques ou de grands empires multiethniques, aux frontières changeantes et comprenant différentes langues et communautés religieuses tels que l’Empire romain, l’empire Austro-Hongrois, l’empire Ottoman ou encore l’empire Britannique. »

« Nous reconnûmes également un lien de causalité entre la question Kurde et la domination mondiale imposée par le système capitaliste moderne. Sans remettre en question ce lien, toute solution aurait été impossible. Nous aurions continué à être indépendants, sous de nouvelles formes. »

Pour « résumé », le PKK prône un pouvoir horizontale accessible aux plus près des habitants qu’ils soient arabes, turcs, iraniens, assyriens ou chaldéens et non un pouvoir verticale et centrale inaccessible aux petits peuples et aux habitants même dans leur localité. Il s’agit d’une représentation extrême des minorités et d’une décentralisation extrême jusqu’à effacer le rôle important du Président et cela éviterait bien des problèmes tels que le lobbying ou la corruption.

Malheureusement, les pays occidentaux ne proposent que le modèle de l’Etat Nation comme alternative étatique au peuple Kurde dont le credo serait comme en Turquie à l’époque Kemaliste « uniformiser pour mieux régner ».  Il est hors de question de créer un pan-Kurde comme alternative à la détresse et l’oppression du peuple Kurde en mettant à mal un autre peuple.

Pour illustrer cette idée, en Rojava (Kurdistan de Syrie) qui est autonome depuis 2012, trois cantons ont été créés (canton de Kobane, Jezire et Efrin) et un système de co-maire a été mis en place dans ses cantons prônant la place de la femme. Tous les peuples autochtones sont représentés : Arabes, Assyriens, Chrétiens, Chaldéens, Alaouites et Kurdes.

Au Kurdistan, en Turquie et en Syrie,  une véritable révolution sociale est en marche depuis de nombreuses années, bien qu’aucun média ne semble vouloir s’intéresser à ce phénomène.

Il est évident que si les Kurdes avaient « joué » la carte du nationalisme la région serait le théâtre  de violents affrontements entre ethnies et d’une guerre civile.

Par conséquent, la folie des grandeurs est le fruit de l’imagination des capitalistes et impérialistes et nous pouvons l’observer à travers divers exemples (le Grand Lyon, le Grand Paris, le Grand New -York, la Grande Arménie, le Grand Israël, le Grand Kurdistan …) allant à l’encontre de l’idéologie de base du PKK.

Enfin, il est regrettable qu’aucun géopoliticien qui se dit spécialiste du Moyen-Orient n’ait pu ramener cet aspect primordial sur l’échiquier du Middle-Est.

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Sur Résistance 71:

Le confédéralisme démocratique du Rojava kurde

Résistance politique: Le confédéralisme démocratique kurde du Rojava… une révolution sociale passée sous silence…

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La dégénérescence des révoltes dans le monde et la révolution kurde

Maxime Azadi

Mars 2014

url de l’article en français:
http://www.actukurde.fr/actualites/631/la-degenerescence-des-revoltes-dans-le-monde-et-la-revolution-kurde.html

 

De Libye en Syrie, en passant par l’Ukraine et Venezuela, nous sommes face à une dégénérescence des révoltes, quand on voit les gouvernements de l’Occcident aux cotés des extrémistes, considérés comme « opposition » ou « alternative », en encourageant la violence et des partis fascistes.

Cette politique qui dénature les révolutions place l’Union Européenne face aux aspirations démocratiques des gens oppressés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il s’agit d’un jeu très dangereux, une approche contraire aux valeurs sur lesquelles cette union a été fondée.

Des aspirations légitimes des peuples pour la liberté et la chute des régimes répressifs, soutenus jadis par les élites de l’Occident, se sont transformées en conflits insolubles, après l’intervention occidentale, qui a provoqué de nouveaux champs de bataille jusqu’aux portes de la Russie et en Amérique Latine, sous l’effet du conflit syrien. Cette défiguration des révoltes est un coup contre les revendications démocratiques et anticapitalistes.

L’Union Européen, notamment la France, pays de la révolution de 1789, doit absolument réviser radicalement sa politique étrangère et doit adopter une approche pacifique et démocratique pour résoudre les problèmes, notamment pour faire sortir rapidement la Syrie de ce bain de sang.

Cependant, malgré cette politique qui produit des crises, provoque des tentions entre les peuples, divise les sociétés, encourage les « extrémistes » et les « régimes répressifs », il y a des avancées importantes en vue de créer une vie commune et fraternelle entre les peuples au Moyen-Orient,

KURDISTAN SYRIEN EST LE FUTUR DU MOYEN-ORIENT

Face à la crise mondiale du capitalisme, ce pire malheur que le monde n’a jamais connu, il faut absolument se tourner vers d’autres solutions, d’autres modèles d’administration non-étatiques et une autre politique économique et sociale.

A cet égard, la Syrie devient très importante pour faire une évaluation sur ce qui se passe et tirer les conséquences. C’est en Syrie que se joue le futur du Moyen-Orient. Le conflit syrien représente à la fois l’échec de la politique des gouvernement des pays occidentaux et le besoin d’un nouveau système.

On a vu en Syrie la militarisation de la révolte avec le soutien de l’Occident, et la poursuite de l’oppression de la part du régime d’une part, et les recherches d’une solution pacifique pour construire un pays démocratique d’autre part.

En conséquence, l’opposition syrienne, la Turquie, les Monarchies du Golfe, l’Occident ont échoué. Personne ne peut dire le contraire. Leur politique et leur stratégie qui ignoraient les véritables revendications des peuples de la Syrie ont conduit le pays dans le bain de sang. Ils n’ont jamais proposé une véritable alternative pour remplacer le régime répressif syrien. L’opposition que ces pays soutenaient ont refusé de reconnaitre les droits légitimes kurdes. Les pays occidentaux ont toujours évité de parler de Kurdes et de besoin d’une solution pour une vie commune en Syrie.

Malgré tout et leur inexpérience, les Kurdes ont prouvé une immense réussite en plein d’une guerre horrible, en mettant en œuvre le projet de l’autonomie démocratique. Les Kurdes ont prouvé qu’une troisième voie existe, même militairement sans avoir besoin de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar, ces pays qui ne sont jamais été un modèle pour une révolution et pour la démocratie.

LE MODELE CANTONAL

En janvier, la région kurde a été divisée en trois cantons, soit le canton de Djazira et ceux d’Afrin et Kobani, sur le modèle suisse mais avec une nouvelle perspective moyen-orientale, dans le cadre d’un projet confédéral, élaboré par le leader kurde Abdullah Ocalan, emprisonné en Turquie depuis 1999. Cette expérience montre que de différents peuples peuvent vivre ensemble dans la paix malgré leurs divergences, après des dizaines d’années de l’oppression sous le régime Baas.

Ce modèle inclut tous les composants de la région kurdes dont les arabes, les arméniens, les assyriens, les tchétchènes mais aussi les différentes religions comme l’Islam, le christianisme, le yézidisme etc…

Le canton de Djaziara a adopté trois langues officielles, kurdes, arabe et syriaque. Les vices présidents du canton sont un arabe et une syriaque. Les femmes sont fortement représentées dans les gouvernements de ces trois cantons. Une femme est à la tète du canton d’Afrin.

UN TEST POUR L’OCCIDENT

Aujourd’hui, les Kurdes proposent la stabilité, un modèle démocratique en Syrie, même si on voit toujours que l’Occident et les pays de la région ne veulent pas voir cette expérience. Une approche qui reflète le visage inhumain de la modernité capitaliste face aux drames humanitaires et aux aspirations des peuples. Par ailleurs, le refus du modèle cantonal en Syrie peut également signifier que le modèle suisse n’a pas de valeur.

Au lieu de perdre du temps sur la table posée à Genève par la Russie et l’Amérique, qui exclut les peuples syriens, l’Occident doit renforcer l’expérience kurde qui offre une confédération démocratique et écologique pour la Syrie. Jusqu’ici, on constate que l’Occident ne s’intéresse pas d’une démocratie incluant tous les peuples, mais elle veut refaçonner la Syrie selon ses propres intérêts qui ne sont pas forcement démocratiques.

Les cantons kurdes, le future du Moyen-Orient, attendent une reconnaissance internationale qui mérite. Ces cantons représente non seulement une nouvelle chance pour les gouvernements européens afin de pouvoir gagner la confiance des peuples de la région, mais aussi une chance qui peut corriger une injustice de cent ans faite aux Kurdes.

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Sur Résistance 71:

Rojava et confédéralisme démocratique

Solidarité Kurdistan

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Constitution du collectif « Besançon Solidarité Kurdistan »

Groupe Proudhon Besançon

Fédération Anarchiste

11 janvier 2016

Source:
http://groupe.proudhon-fa.over-blog.com/2016/01/solidarite-kurdistan.html?utm_source=flux&utm_medium=flux-rss&utm_campaign=politics

En Syrie et en Irak, les forces progressistes et révolutionnaires kurdes – en particulier le PKK, les YPG et YPJ – constituent l’une des principales forces de résistance face aux terroristes obscurantistes de Daesh. En première ligne dans les combats, elles parviennent à faire reculer les positions de l’Organisation de l’Etat Islamique, comme à Kobané, Sinjar ou Tel Abyad.

Dans les territoires du Rojava (Kurdistan syrien), libérés par les YPG et YPJ, les peuples de la région ont proclamé en 2013 « l’autonomie démocratique », indépendante du régime dictatorial de Bashar Al-Assad. Ils ont créé un système d’auto-gouvernement contrôlé par des assemblées populaires et basé sur l’égalité des sexes, la défense des minorités ethniques et religieuses, des principes écologistes et anticapitalistes. Ainsi, à travers le combat armé qui oppose dans le Rojava les progressistes kurdes aux soldats de Daesh, ce sont deux projets de société antagonistes qui s’affrontent : l’un obscurantiste, fasciste et totalitaire, l’autre révolutionnaire, démocratique, égalitaire et féministe.

Depuis le début du conflit, les Kurdes doivent cependant faire face à un autre adversaire de taille : l’Etat turc, présidé par Erdogan et son parti l’AKP, qui préfèrent soutenir Daesh plutôt que de voir les forces progressistes kurdes gagner en influence et en autonomie.

Depuis cet été, l’Etat turc a repris ses bombardements contre les positions du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et mène une politique de terreur et de répression sanglante contre les forces progressistes et révolutionnaires. Les journalistes et la presse d’opposition sont muselés, les manifestations hostiles au pouvoir sont attaquées par la police, des milliers de militant.e.s de gauche ou syndicalistes sont emprisonné.e.s, de nombreuses villes et villages kurdes sont assiégés par l’armée et plusieurs centaines de civils ont été assassinés.

Malgré cela, ni la France, ni l’Union Européenne ne s’élèvent contre les multiples crimes et atteintes aux droits humains perpétrés par la Turquie (pays pourtant membre comme la France de l’OTAN et de la coalition militaire internationale en Syrie). Au contraire, en maintenant le PKK sur la liste des organisations terroristes, le gouvernement français est complice de la répression qui frappe les progressistes en Turquie et qui affaiblit la résistance à Daesh. Un accord de coopération policière signé en 2011 entre la France et la Turquie facilite même l’extradition de militant.e.s kurdes réfugié.e.s en France.

A Besançon, plusieurs organisations, qu’elles soient politiques, syndicales ou associatives, ont manifesté ces derniers mois leur solidarité avec les forces progressistes qui combattent l’obscurantisme et le fascisme et qui œuvrent pour la paix au Moyen-Orient. Elles ont décidé de se rassembler pour constituer le collectif Besançon Solidarité Kurdistan, qui se donne comme objectifs de :

– manifester notre solidarité et apporter une aide concrète aux forces progressistes qui luttent au Moyen-Orient,

– obtenir le retrait du PKK de la liste des organisations terroristes et l’abrogation de l’accord de coopération policière entre la France et la Turquie.

Ce collectif, ouvert à toutes les forces progressistes de Besançon et de sa région, rassemble des membres de diverses organisations (voir signataires ci-dessous) et des individu.e.s et citoyen.ne.s non encarté.e.s.

Le collectif appelle d’ores et déjà à un rassemblement de solidarité avec le peuple kurde pour dénoncer les massacres en Turquie, samedi 16 janvier à 15 heures place du 8 septembre.

Premiers signataires : Parti Communiste Français (PCF), Initiative Communiste Ouvrière (ICO), Fédération Anarchiste (FA), Action Populaire (AP), AMEB Solidaires Étudiant.e.s, Collectif Antifasciste de Besançon (CAB), Union de la Jeunesse de Mésopotamie (UJM), …

Contact : b-solidarite-kurdistan@riseup.net

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A lire notre dossier Résistance 71 sur le Rojava syrien et le communalisme démocratique

Moyen-Orient: La révolution sociale dont personne (ou presque…) ne parle parce qu’elle gêne… Le communalisme démocratique autogestionnaire des kurdes du Rojava syrien…

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Le pouvoir au peuple du Rojava (Kurdes syriens)

 

Carne Ross

 

Octobre 2015

 

url de l’article:

https://robertgraham.wordpress.com/2015/12/31/2015-year-in-review/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“Anarchie au Rojava, une révolution libertaire au Moyen-Orient”

 

J’ai visité le Rojava (NdT: province kurde du nord de a Syrie) pour filmer un documentaire au sujet de la chute du modèle démocratique occidental. La région couvre un “coin” substantiel du nord-est de la Syrie et a une population d’environ 3 millions d’habitants, pourtant ce n’est pas facile d’y aller. Le seul passage se fait par un petit bateau ou un vieux ponton grinçant enjambant le fleuve Tigris depuis l’Irak.

La Turquie a fermé sa frontière avec le Rojava, empêchant tout mouvement depuis le Nord, incluant les vivres humanitaires, vers les zones contrôlées par les Kurdes. Au sud, en Irak, le gouvernement régional du Kurdistan ne rend pas l’accès facile, les laisser-passer pour les journalistes ne sont pas évidents et nous dit-on, des visites répétées ne sont pas du tout encouragées.

L’isolation n’est pas seulement physique. La Turquie voit la milice syrienne kurde du YPG qui combat contre l’organisation djihadiste de l’EIIL au Rojava comme étant synonyme de PKK (Parti Ouvrier du Kurdistan), un ennemi de très longue date en Turquie. L’avancée du YPG contre l’EIIL le long de la frontière nord de la Syrie a été stoppée par une déclaration de la Turquie pour une soi-disante “zone tampon” à l’ouest de l’Euphrate entre le ligne de front et le canton contrôlé par les Kurdes de Afrin dans le nord-ouest. Pour les Kurdes, le motif est transparent: empêcher la formation d’une zone de contrôle kurde contigue à la frontière sud de la Turquie.

Le KRG qui collabore avec la Turquie contre le PKK, a aussi été reluctant à soutenir l’YPG, même s’ils partagent un ennemi commun avec l’EIIL. La Turquie a de même fait pression sur les USA pour qu’ils dédaignent les Kurdes syriens, bien que Washington soit plus supportif de ceux-ci récemment, incluant des livraisons d’armes au YPG. Dans le même temps, les Kurdes maintiennent une trêve difficile avec le gouvernement syrien, qui maintient deux petites bases militaires au Rojava, mais qui n’a autrement aucune présence militaire ici, un accord tacite par lequel les Kurdes contrôlent le territoire en échange de ne pas combattre le régime.

Les journalistes qui parviennent à y arriver gravitent naturellement vers la ligne de front comme la ville dévastée de Kobané ; similairement, des photos des jeunes femmes photogéniques qui composent la milice kurde féminine du YPJ, attirent plus les yeux et l’attention que les réunions populaires des villagers qui sont la réalité quotidienne de cette démocratie inovatrice de la base même du peuple. Pourtant, ce sont dans ces assemblées populaires poussiéreuses au travers de toute la région du Rojava que la révolution démocratique se produit effectivement.