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Commune Internationaliste du Rojava : Quelle est-elle en 2020 et où va t’elle ? Entretien avec des membres du Tekosîna Anarsîst (PDF)

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Résistance 71

4 novembre 2020

De rares nouvelles de l’intérieur du Rojava avec cet entretien en compagnie de membres du groupe Tekosîna Anarsîst (Lutte Anarchiste), que nous avons traduit et publié en deux parties. Jo nous en a fait un superbe PDF.
Cet entretien répond à quelques questions qui se posaient concernant le Confédéralisme Démocratique et la Commune du Rojava. Existaient-ils toujours ? Ont-ils été trahis depuis 2016 ? Qui est en charge et qui y fait quoi ? Réponses, points de vue et perspectives…

Rojava-Entretien-avec-TA
(version PDF, traduction R71)


Commune Internationaliste du Rojava

Confédéralisme Démocratique : Excellent entretien avec des membres de Tekosina Anarsist / Lutte Anarchiste du Rojava… Analyse, compte-rendu de terrain et perspective pour une révolution sociale prise entre le marteau et l’enclume (suite et fin)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 29 octobre 2020 by Résistance 71

 

 

Un an après l’invasion turque du Rojava : un entretien avec des membres du Tekosîna Anarsîst sur la participation anarchiste dans l’expérience révolutionnaire de la Syrie du Nord-Est [2/2]

 

CrimethInc

 

Octobre 2020

url de l’article original :

https://crimethinc.com/2020/10/11/one-year-since-the-turkish-invasion-of-rojava-an-interview-with-tekosina-anarsist-on-anarchist-participation-in-the-revolutionary-experiment-in-northeast-syria

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

 

—Quels scénarios différents pouvez-vous imaginer pour ce qui pourrait se passer dans la région ? Comment peuvent des actions ou des développements en dehors de la région déterminer lequel de ces scénarios pourrait bien se produire ?

Garzan: Il est difficile d’imaginer des scénarios positifs. Il y a beaucoup de facteurs extérieurs qui vont influer sur le développement de la situation, mais je peux penser à trois scénarios possibles.

1- Nous pourrions voir une désescalade progressive du conflit et la stabilisation de la région. Ceci demanderait des négociations entre l’auto-administration et l’état syrien sous médiation russe, parvenant à une sorte de statut d’autonomie. Ceci mènerait probablement le parti d’opposition politique lié au MSD (Meclîsa Sûrîya Demokratîk, l’organe de l’administration autonome travaillant au niveau national syrien) à participer aux élections en Syrie, à pousser pour des réformes démocratiques et de reconnaissance des Kurdes et autres minorités ainsi que de formaliser un degré d’auto-administration du NE de la Syrie.

2- On pourrait bien aussi voir une continuation de l’invasion turque. Ceci pourrait se produire si elle obtient le feu vert pour attaquer Kobané et occuper la ville qui a mis un coup d’arrêt à Daesh, ou peut-être quelques autres villes frontalières comme Dirbesiye ou Derik. L’auto-admnistration ne peut plus permettre à la Turquie d’occuper plus de territoire, donc ce scénario mènerait sans doute à une résistance “sans retenue” contre l’invasion. Ceci mènera aussi à la réorganisation de Daesh si les forces d’occupation parvennent aux prisons où sont détenus les prisonniers de Daesh, ceci déstabilisera plus profondément la région.

3. Dans ce scénario, désiré par les révolutionnaires, le régime Erdogan s’effondre. Il est très possible que la guerre sur bien des fronts produisent une grave crise dans l’état turc. Idéalement, la révolution du Rojava pourrait devenir un modèle pour de pareilles révolutions en Turquie et au Moyen-Orient, ouvrant ainsi la possibilité à un mouvement révolutionnaire bien plus vaste.

Les conflits variés et les dynamiques de pouvoir au Moyen-Orient pourraient ouvrir ou fermer des opportunités pour que l’auto-administration du NE de la Syrie coopère avec différents acteurs de la région. Les états qui ont une population kurde signifiante comme la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie mais aussi le Liban et l’Arménie, vont influencer ces développements, ainsi que les puissances politiques qui ont fait levier sur la situation en Syrie, la Russie et les Etats-Unis. Les prochaines présidentielles en Amérique pourraient bien marquer un changement dans leur politique extérieure. Ce n’est un secret pour personne que Trump et Erdogan n’ont pas seulement des relations personnelles fortes, mais qu’ils sont également associés en affaires. Bien sûr l’opinion publique peut aussi jouer un grand rôle. La résistance du peuple kurde a gagné l’attention des médias et la sympathie tout autour du monde.

Şahîn: Sur beaucoup des facteurs susmentionnés nous n’avons aucun contrôle. Donc, il est important de nous projeter sur notre position dans différents scénarios et ce que cela veut dire pour l’organisation d’aujourd’hui, notre réseau de connexions et notre préparation. Anticiper peut nous aider à déterminer ce que nous allons faire aujourd’hui afin de prendre les bonnes décisions sur les choses qui sont en notre pouvoir et sur lesquelles nous pouvons influer.

Il est essentiel de voir au-delà des possibilités de cette région et agir internationalement. Aucune place au monde qui ose défier la fondation même de l’état-nation, du capitalisme et du patriarcat, peut réussir en étant isolée. La lutte du peuple du Rojava est quelque chose que nous devons traduire, transmettre dans différents contextes. Il ne s’agit pas de faire un copié/collé, mais de traduire, d’adapter. Nos Şehîd, nos camarades qui sont tombé(e)s, sont une grande inspiration pour nous et quand nous parlons de ce sujet, les mots de ş. Helîn Qaraçox (Anna Campbell) résonnent vraiment :

Si nous voulons être victorieux, nous devons admettre que notre combat d’aujourd’hui est un combat pour le tout ou rien. Le temps est venu de la bravoure et de la prise de décision, le temps de la coordination et de l’organisation, c’est le temps de l’action.

Nous désirons voir plus de gens dire qu’ils soutiennent le Rojava ou le YPJ par exemple, apprendre ce que cela veut dire en profondeur, regarder autour d’eux et rechercher leur propre Kobané ; pas au sens littéral, mais en regard des valeurs  que nous avons créées collectivement et le besoin de les défendre. Nous pouvons trouver de tels défis dans bien des aspects de nos vies. Nous avons seulement besoin du désir de changer (incidemment un de nos livres préférés…). Le Rojava ne peut pas survivre seul malgré tout le soutien qu’il reçoit. Une forte implication révolutionnaire doit aussi se développer en parallèle et ce à un niveau global.

—En quoi la présence anarchiste a changé en Syrie au cours des années, du tout début à la formation des  IRPGF et de TA ? Quels développements ou pressions ont causé ces changements ?

Garzan: Des anarchistes sont venus au Rojava inspirés par les idées du mouvement révolutionnaire, l’esprit de la solidarité internationale et la volonté de contribuer à la création d’une société sans État. Au début, tous les internationalistes furent intégrés dans des unités YPG/J, mais au fil du temps, quelques groupes autonomes se formèrent. L’IRPGF  fut le premier groupe anarchiste à publiquement annoncer sa présence au Rojava. Ils étaient focalisés sur l’effort et l’action militaire, le combat contre l’EIIL / Daesh et aussi à produire des matériaux de promotion afin de faire savoir au monde que des anarchistes combattaient au Rojava. Ce fut une étape importante pour donner une visibilité aux anarchistes prenant part à la révolution. Pourtant le IRPGF ne fut pas capable de développer une structure solide pouvant soutenir tout cela et après une année d’activité et une autre année d’inactivité, le mouvement fut officiellement dissous.

Tekoşîna Anarşîst est née avec l’intention d’apprendre la révolution dans une perspective anarchiste et de traduire ces expériences à nos mouvements pas seulement au niveau militaire mais aussi sur les plans idéologique, politique et social.

L’interaction avec d’autres groupes révolutionnaires au Rojava nous a forcé à réfléchir plus profondément sur ce que veut dire l’organisation révolutionnaire, comment nous comprenons ce qu’est l’implication, comment nous conceptualisons une stratégie ayant des buts sur le long terme…

Şahîn: Beaucoup d’anarchistes qui arrivent ici ont déjà des critiques de la base du caractère sub-culturel fondée sur une identité libérale d’un certain anarchisme occidental. Mais quand vous êtes ici, ces critiques s’appliquent quotidiennement sur un plan personnel. C’est une culture très différente et il y a beaucoup de gens et de structures existantes ayant une longue histoire de la lutte Donc notre groupe plutôt petit n’est pas quelque chose d’extraordinaire ici. Nous sommes forcés d’être plus conservateurs dans nos comportements afin de comprendre et d’apprendre les codes sociaux et révolutionnaires locaux ainsi que les conventions, ceci incluant les langues locales et de fonder notre relation sur la confiance plutôt que sur le style de vie.

Ça n’est pas toujours facile, mais cela en vaut la peine. Ce qui est écrit sur votre T-shirt n’a aucune importance (on ne porte pas de T-shirts de toute façon et les gens ici ne parlent pas anglais), ce qui en a est votre façon d’agir quotidiennement, quelles sont les valeurs que vous colportez. Ceci nous amène une profondeur et une sincérité relationnelles que nous avons souvent cherchées là d’où nous venons sans jamais vraiment le trouver. Chaque défi amène de nouvelles réflexions et de nouvelles perspectives, et nous changeons ici en bien des façons. Un des rôles de l’organisation est d’offrir une plateforme commune pour ces réflexions et expériences ainsi la leçon que chaque personne apprend peut devenir une leçon pour toutes et tous, ainsi nous pouvons nous développer de façon plus collective.

La même chose vaut pour notre approche de la connaissance, des capacités, des analyses. Nos camarades qui travaillent avec le mouvement des femmes ne le font pas pour devenir des spécialistes, mais plutôt ils aident au développement de tous, tout comme les camarades qui ont une expertise en médecine de combat. Ils doivent s’assurer que les collectifs s’adaptent et se développent au moins au niveau de base.. Nous nous assurons que tout le monde ait un accès à la théorie, l’idéologie, la philosophie et autres perspectives de manière générale. Avec les projets d’ordre pratique, les gens organisés en groupes de travail deviennent inévitablement plus spécialisés, mais nous devons inclure d’autres camarades et ouvrir l’éducation à tous.

Nous considérons très important d’avoir une organisation qui interagit grandement avec les locaux et les autres groupes, ce de manière quotidienne. Certains camarades vont travailler des mois dans des zones différentes, mais cela sert toujours de base à établir nos perspectives et nos futurs objectifs ensemble. Nous devons aussi préciser que bon nombre d’anarchistes viennent ici sans rejoindre TA ou d’autres structures. TA ne représente pas tous les anarchistes et autres révolutionnaires internationalistes de la région.

Ceren: Au travers de la révolution au Rojava, il y a une chose qui n’a pas changé, la majorité des femmes anarchistes qui viennent ici ne choisissent pas de rejoindre notre structure anarchiste mais de rejoindre les YPJ (Unités de Défense Populaires Féminines), ou autre partie du mouvement ici. Beaucoup de camarades ont vu les approches du mouvement des femmes très compatibles avec leurs visions politiques anarchistes. Je pense que c’est souvent quelque chose qui est sous-estimé par les anarchistes en provenance de là où nous venons, il y a des anarchistes ici, surtout des femmes, dont la politique anarchiste les mène à s’organiser de façon différente de nous.

TA est une structure anarchiste au Rojava. Les tendances anarchistes et les camarades sont présents dans le mouvement lui-même. Les plus grands changements que nous avons vu s’opérer l’ont été en fait en nous-mêmes. Notre collectif a pas mal galéré pour développer une plus profonde compréhension de notre propre politique et aussi des idées et des pratiques du mouvement ici, et nous sommes devenus beaucoup plus proche du mouvement local en bien des points, bien qu’il y ait toujours des différences. Je pense que le mouvement du Rojava est aussi plus en phase de nous comprendre.

—Donnez-nous un compte-rendu de vos expériences avec TA en tant qu’expérience d’intervention et de solidarité anarchistes.

Şahîn: Je crois que la façon dont nous sommes venus ici et avons agis est une expérience anarchiste d’intervention et de solidarité. Nos commentaires ci-dessus devraient clarifier la différence entre charité et solidarité, nous essayons de vivre ici. Au sein de cette solidarité, il y a aussi un espace pour les points de vue critiques et une marge de progression après certains échecs. une chose tangible est sans doute l’approche concernant les camarades homosexuels, queer et trans. Nous pensons essentiel que ces camarades puissent rejoindre l’expérience ici, mais dans le même temps il est aussi très important de comprendre à quel point ce sujet est très sensible ici. De l’expérience passée, nous cherchons à être productif et encourageant, à créer un environnement conducteur d’expérience positive tout en navigant les conditions bien particulières de la région, cela peut parfois être très troublant et ceci n’a pas toujours été approché de la manière la plus raisonnable par certains internationalistes.

[…]

Şahîn: Un autre exemple particulier d’intervention anarchiste et de solidarité serait l’analyse du besoin de médecine de terrain en zone de combat. Nous avons vu qu’au sein de la lutte populaire de laquelle nous apprenons chaque jour, il y a une petit niche que nous pouvons remplir. Nous en avons parlé dans un entretien préalable (previous interview🙂

Nos équipes ne furent pas les premières et pas les seules à travailler comme équipe médicale de combat dans le NE syrien, mais surtout au début, c’était assez rare. En y regardant de plus près nous nous apercevons qu’il y avait trois objectifs avec ce type de travail, apprendre et être prêts à chaque fois que le besoin s’en fait sentir, gagner la confiance au travers de notre travail et apporter de l’aide aux camarades blessés le plus vite possible. Deuxièmement, coopérer avec les forces locales de façon à montrer au travers de la pratique que ceci est un boulot important, poussant pour développer ce rôle au sein des FDS.

Et troisièmement, de voir comment nous pouvions partager des techniques vitales avec des camarades intéressés afin de multiplier ceux capables de faire ce boulot, organiser l’éducation pour d’autres groupes afin de fournir toujours plus d’aide aux premières lignes du front. Nous avons vu que ce n’est pas suffisant d’être un groupe d’infirmiers de combat et que chacun devait être capable d’aider un camarade dans le besoin tout autant que de se soigner soi-même. Nous nous sommes entraînés et des camarades d’autres structures révolutionnaires et récemment pour la première fois, nous avons donné un cours de premiers secours aux forces de la FDS, ce qui fut une étape importante, tout autant que jouissive à effectuer. Ici, chacun est un élève et un enseignant en même temps ; ce que nous apprenons, nous le transmettons les uns aux autres.

—En tant qu’anarchistes, comment décririez-vous les but qui vont amené au Rojava ? A quel point pensez-vous avoir atteint ces objectifs ? Avez-vous noté une quelconque idiotie depuis que vous êtes là ?

Garzan: TA est composé d’anarchistes en provenance de beaucoup d’endroits du monde et ayant des expériences pratiques bien différentes, mais le but a toujours été de soutenir cette révolution et d’en apprendre quelque chose afin d’être toujours plus capables d’organiser des mouvements révolutionnaires dans nos endroits. Ce soutien et cet effort d’apprentissage appartiennent aux buts à court terme et se passe jour après jour et nous pouvons dire que nous apportons notre grain de sel à la construction de cette révolution. Les objectifs à plus long terme devront être analysés plus tard. Maintenant, nous sommes une structure bien plus consolidée au Rojava. Elle est connue ici et au dehors, les anarchistes font partie de la révolution avec d’autres organisations. Mais les idées qui ont inspiré cette révolution vont bien au-delà du Rojava, rassemblant tous ces mouvements révolutionnaires différents afin de se dresser comme Un contre la modernité capitaliste.

Ainsi, l’idée originale de venir, d’apprendre et de retourner est restée la même pour nous. Pour d’autres, les amis que nous avons rencontrés ici, la connexion avec cette société, avec le projet révolutionnaire, mena à faire une reconnaissance plus longue à cette terre et à ces gens. Un endroit comme celui-ci, un territoire autonome où des révolutionnaires venant de partout dans le monde peuvent se rencontrer et discuter librement, offre l’opportunité de mettre en pratique l’idée de construire une société révolutionnaire, avec toutes les contradictions que cela comporte, un endroit pour apprendre et pour développer ensemble la société dont nous avons tous rêvé.

Botan: Beaucoup d’internationalistes viennent ici pour apprendre à quoi ressemble une révolution dans la vie réelle. Beaucoup d’entre nous pensent que c’est important d’amener et d’élever les principes anarchistes que nous voyons cette révolution avoir la capacité d’intégrer et de bénéficier. Beaucoup de gens viennent ici parce qu’ils ne peuvent pas être les témoins inactifs du génocide des Kurdes, des Arméniens et autres peuples. Bien entendu, le rôle des femmes dans la révolution et le point de focalisation sur l’écologie sociale sont largement respectés et attirent bien des participants en provenance de l’occident.

Şahîn: Avec la croissance du collectif et aussi avec les erreurs faites ces dernières trois années, nous y avons réfléchi et avons procédé à quelques changements d’objectifs. Ceci arrive avec l’expérience développée et la capacité de confiance que nous avons construite, ainsi que les possibilités se présentant qui le rendent possible à imaginer. Il y a certains moments de notre passé dont nous ne sommes pas fiers, mais il y a aussi des résultats que nous n’aurions pas pu imaginer 2 ou 3 ans en arrière.

Alors que certains de nos buts prennent une forme plus concrète, ils amènent aussi des défis à plus court-terme. Par exemple, en tant qu’anarchistes, un de nos buts est la libération des genres, la lutte pour la libération des femmes est un des modèles d’inspiration. C’est une chose de la dire, une autre de la mettre en pratique. La population non-mâle doit devenir une force motrice de l’organisation. […]

En tant qu’anarchistes, nous sommes contre l’État, le capitalisme, le patriarcat etc, mais nous sommes plus intéressés de parler de ce que nous soutenons, comment y parvenir, comment le défendre, qu’est-ce que veut dire l’auto-défense populaire au sens plus large et profond. Avec le temps et l’expérience, à la fois positive et négative, nous avons l’intention de distiller des perspectives communes et une direction. Cela veut dire tracer une carte à reculons, visant la destination lointaine, l’utopie, essayent de voir où nous convergeons (tout en apprenons en quoi nous divergeons) et tirer de l’expérience que nous avons de nos expériences personnelles mélangées aux leçons de la vie ici pour créer une analyse commune afin de comprendre ensemble quelle serait la prochaine borne kilométrique que nous devrions atteindre.

Ceci nous aide à comprendre comment nous focaliser et à choisir des stratégies particulières et les tactiques attenantes. Pas nécessairement un modèle indéfectible, mais avec le temps nous en sommes venus à la conclusion qu’avoir une certaine formalité et des principes communs dans la façon de s’organiser peut nous aider à nommer et à travailler contre les hiérarchies informelles “invisibles” et la stagnation. C’est probablement une antinomie des buts que beaucoup d’entre nous avaient en arrivant ici.

—En quoi vos efforts ont-ils aidé à développer une horizontalité et une autonomie au travers de la société au Rojava ?

Garzan: En premier lieu, nous devons souligner que nous sommes une petite et jeune organisation en comparaison avec la taille et l’historique du mouvement de libération kurde et nous devons être humbles concernant notre capacité d’influence sur ce qui se passe autour de nous. De plus, note point de focalisation étant militaire, cela nous a tenu à l’écart de la société civile au début et les forces armées ne sont pas le meilleur endroit pour expérimenter l’horizontalité. Le temps passant, nous avons été de plus en plus connectés avec la société civile, rencontrant des familles, des voisins et des organisations locales et ce spécifiquement après avoir développé notre capacité à communique en kurmanci, la langue kurde.

Nous comprenons l’autonomie comme autogestion, comme la capacité de subvenir à différents besoins et résoudre des problèmes sans créer une dépendance envers des facteurs extérieurs. Dans le domaine médical, nous travaillons en soutien des hôpitaux et de l’infrastructure médicale et nous en venons à connaître les médecins, les infirmiers et infirmières, les chauffeurs, les cuisiniers. Maintenant nous travaillons sur l’éducatif, partageant ce que nous avons appris ces dernières années et aussi sur un projet de production de masse de garrots bricolés individuellement en coordination avec le comité de santé. Nous avons aussi découvert que bien peu de gens connaissent quelque chose au sujet de l’anarchisme, seuls les plus politisés qui sont curieux au sujet d’autres mouvements politiques. Mais l’horizontalité et l’autonomie ne sont pas propres à l’anarchisme. Bien des camarades et amis que nous avons rencontrés ici sont motivés par ces mêmes valeurs.

Après quelques années ici donc, nous avons mieux appris comment la société civile fonctionne dans cette région. La dynamique patriarcale et les structures de clans familiaux sont très présents et les dynamiques hiérarchiques sont souvent interconnectées mêlées à un sentiment de respect et d’appartenance à la communauté. Dans le même temps, la guerre, la révolution et la lutte de libération ont fait que tout le monde pense au sujet de la politique et de la société. Pour les Kurdes, l’opportunité d’exprimer leur propre identité, de dire ouvertement qu’ils sont kurdes, d’apprendre leur langue à l’école, les a rendu encore plus attentifs et éveillés sur l’oppression dont ils faisaient l’objet. Pour les autres minorités des histoires similaires peuvent être racontées, même si certains pensent maintenant que l’hégémonie arabe a maintenant été remplacée par une hégémonie kurde sans qu’il y ait de grands changements.

Ceci est un vaste sujet avec les Arabes, parce qu’il y a un grand nombre de clans et de groupes parmi la population arabe et la plupart d’entre elle ont aussi subit une grande répression de la part du régime baathiste syrien. Celles qui prennent activement part aux efforts et aux structures de l’auto-administration amènent une grande motivation et un grand espoir pour un futur auto-organisé, sans qu’elles aient pu l’imaginer auparavant. Et pour eux, voir des internationalises comme nous, est toujours une source de plaisir, de joie et de curiosité. Ils nous demandent pourquoi nous sommes venus ici, pourquoi ne retournons-nous pas chez nous, si la Syrie est mieux que nos pays respectifs ? Lorsque nous parlons politique, ils écoutent souvent, comme si on leur racontait des histoires d’autres lieux, d’autres époques. Parfois je me demande s’ils nous écoutent parce qu’is sont vraiment intéressés ou s’ils nous trouvent “exotiques”. Mais avec ceux avec qui nous développons des relations sur le long terme, ils apprennent à nous connaître et à nous faire confiance et nous pouvons construire une relation amicale et des connexions plus profondes.

Ceren: Honnêtement, je ne pense pas que nos efforts aient aidé ou diminué le développement de l’horizontalité et l’autonomie dans la société ici. Mais je peux voir comment la société a approfondi notre compréhension de ces choses. Ceci n’est en rien de nouvelles idées ici. Les principes d’autonomie et l’auto-organisation sont parties intégrantes du Confédéralisme Démocratique, qui est développé quotidiennement en pratique par le peuple devenu totalement impliqué dans l’auto-administration de leurs communautés, ce à différents niveaux et nous apprenons beaucoup des méthodes utilisées par le mouvement et qu’il utilise pour engager les gens dans ce processus et des problèmes et erreurs qui sont aussi survenus. Nous avons remarqué que les pratiques que nous avons apprises du mouvement ici telle que le tekmil (une forme de critique collective) ont été très utiles à briser les hiérarchies informelles dans une certaine mesure et d’adoucir quelques uns des éléments coercitifs de hiérarchie lorsque ce fut nécessaire, de cette façon la hiérarchie ne peut exister au-delà de ce qui est strictement nécessaire.

—Quels facteurs avez-vous vu contribuer au renforcement des structures hiérarchiques de contrôle au Rojava ? Quels éléments de la société ont-ils été les plus résistants à maintenir ou à défendre une véritable horizontalité ?

Mahir: Certaines parties de la société ici ont aussi une mentalité très féodale et patriarcale ce qui veut dire que la société est alors fondée sur des hiérarchies strictes et sur le dogmatisme. L’homme est l’oppresseur au sein de la famille alors que la femme et les enfants sont sous sa coupe et sont obligés de “satisfaire” ses désirs. dans les tribus, il y a aussi une structure hiérarchique… Ici, les gens ont vécu sous l’oppression étatique toute leur vie. Ils ont du faire face à beaucoup de répression afin de créer des modes différents d’organisation. Ils n’avaient pas le droit de s’assembler et de créer des entreprises, d’acheter de la terre ni même de la cultiver, ni de construire leur propre maison. Ils n’avaient l’autorisation que de récolter le blé et de le vendre à l’état. Ceci veut dire que les peuples différents et les minorités étaient empêchés de s’organiser de manière coopérative, ce qui est l’essence même de toute société. Ceci crée quelques problèmes en termes d’auto-organisation et de travail collectif.

D’un autre côté, contre ces hiérarchies, nous avons l’avant-garde de cette révolution : les femmes. Elles en ont assez des hiérarchies et de la domination patriarcale. Elles sont celles qui ont le plus d’énergie pour continuer et pousser plus avant la révolution, mais elles ne sont pas seules. Les ouvriers et les paysans luttent pour créer plus de coopératives et développer celles qui existent déjà, afin de prendre les décisions par eux-mêmes au sujet des récoltes et de savoir qu’en faire. Le comité économique crée beaucoup de coopératives pur les fruits et légumes, pour les masques anti-corona et pour les produits pharmaceutiques. Le système hevserok (un système de co-présidence nécessitant une parité homme/femme) est en place dans chaque structure de l’administration autonome. Il y a un très gros effort pour éviter de construire un monopole du pouvoir pyramidal, créant des forces différentes pour les groupes ethniques variés comme les Sutoro (les forces de sécutité issues des communautés assyriennes et syriaques) ou les HPC (unités de défense populaire de voisinages organisées au niveau municipal local et coordonnées avec les YPG/J).

Il est bon ici de mentionner la méthode de tekmil : critique et auto-critique basée sur une approche horizontale en provenance de la philosophie “hevaltî”. Une approche révolutionnaire de la camaraderie, une façon de non pas se développer soi-même mais de toujours soutenir les camarades dans leur développement, de croire que chacun possède la capacité de changer. Vous valorisez chaque critique que vous recevez de quelque heval que ce soit (camarade) et vous êtes responsable de critiquer chaque camarade en accord avec les mêmes principes et les mêmes valeurs. Vous ne donnez pas plus ou moins de critique selon que vous appréciez ou non la personne. Ceci ne tient aucun compte des responsabilités ou de la position occupée, dans le tekmil, tout le monde est égal, nous partageons les mêmes valeurs et les mêmes buts et utilisons la critique et l’auto-critique pour aller de l’avant.

Şahîn: Le facteur essentiel est toujours l’amitié et la confiance entre camarades, assurant un environnement sain où la critique et l’auto-critique peuvent être présentées si une dynamique hiérarchique se développe. En un mot, hevaltî. Pour être capable de supporter notre heval, nous avons besoin d’empathie, pour nous écouter les uns les autres et comprendre nos perspectives et nos sentiments, de trouver la volonté d’apprendre et de trouver des solutions au lieu de se bloquer sur les obstacles. Pour trouver ces solutions, nous devons aussi être curieux sur ce que nous faisons, nous devons cesser de concevoir l’organisation politique comme une souffrance que nous devons endurer jusqu’à ce que nous atteignons la liberté. Nous devons nous préoccuper de créer la vie que nous voulons vivre ici et maintenant. Nous devons être impliqués non seulement à une certaine auto-discipline, mais aussi être impliqués avec nos camarades et ce pour quoi nous luttons, d’en prendre la responsabilité et de maintenir l’intégrité organisationnelle. Penser et agir de manière collective veut aussi dire être conscient de la dynamique de groupe et d’organisation et ne pas avoir peur des contradictions qui vont inévitablement se produire et à ce moment de donner crédit et valeur au travail des camarades tout en maintenant le moral spécifiquement dans ces temps où c’est le plus difficile à faire. Le comment nous sommes reliés aux autres peut changer nos possibilités d’aller de l’avant.

—Aujourd’hui aux Etats-Unis, il y a beaucoup de discussions au sujet d7une guerre civile potentielle. Que peuvent apprendre les gens autour du monde de l’expérience syrienne de guerre civile ?

Botan: Il y a eu des discussions sur une potentielle guerre civile à venir aux Etats-Unis et il semble que cela atteint une proportion fiévreuse. Je pense qu’il n’est pas réaliste de s’attendre à une lutte pour la terre comme vous le voyez ici en Syrie, les Américains n’ont en général pas la même relation à la terre et les fascistes au pouvoir ont déjà le contrôle total de tout le territoire. Il est plus probable que si une résistance armée voit le jour depuis le bas de la société, ce sera quelque chose de similaire à ce que fut l’Irish Republican Army (IRA) dans les villes d’Irlande ce siècle passé, ce en terme de la majorité de la population. Néanmoins, les communautés ayant le plus de connexion avec la terre sur le sol US et ayant une très forte identité à ce sujet sont les communautés natives américaines. Elles ont une histoire de résistance et ont le potentiel révolutionnaire pour mener à bien une véritable transformation de la société de ce qui est appelé “L’Amérique du Nord”

[Note de R71: Nous partageons bien évidemment cet avis et l’avons exprimé de longue date…]

Şahîn: Une des leçons clef est de ne pas se faire inutilement des ennemis. rechercher les points de convergence, non de conflit, lorsqu’on rencontre et s’organise avec d’autres gens. Je pense que c’est une erreur que de fonder votre politique sur le partage d’un même ennemi, d’une même haine. Restez attentif sur ce qu’est le but de l’essence de votre politique. Pas seulement sur un point de vue stratégique mais aussi, faute de mieux en ce monde, sur un plan philosophique. En fin de compte tout le monde parvient à cette question fondamentale “comment vivre la vie ?” et si nous partageons cela avec ceux et celles avec qui nous vivons et nous organisons, de qui nous apprenons, nous devons avoir quelque chose de plus substantiel que de dire “Nous sommes ici ensemble parce que nous détestons tous Erdogan, Trump, les nazis, le patriarcat, le racisme, et…” Rechercher les choses qui nous connectent avec les gens dont nous partageons la vie, en dehors de tous ces concepts creux tels que “Américains” ou “blancs”, et vivre la plus profonde signification de la joie de vivre (et de lutter) peut permettre aux gens de comprendre que ces choses qui les faisaient détester les autres ne sont pas si importantes après tout.

Encore et encore, l’histoire nous montre que nous n’aurons peut-être jamais toutes les cartes en main pour empêcher une guerre civile. Mais nous ne devons en aucun cas la romantiser, nous devrions agir pour minimiser l’impact et la taille et la force des forces contre lesquelles nous aurons peut–être à lutter. Il est bon d’être prêt, mais ne jamais sous-estimer l’importance de l’organisation sociale tout en bâtissant des réseaux et en aucun cas devons-nous romantiser la guerre.

Ceren: La guerre est l’ultime expression du patriarcat. C’est un jeu où la méthode principale pour bouger les pièces est la coercition. Parfois l7ennemi crée une telle réalité qu’il est nécessaire d’entrer en guerre, mais ce n’est pas quelque chose que nous aimons ou que nous voyons comme un but, c’est quelque chose qui parfois se produit sur le chemin vers la réalisation de notre objectif de réaliser une vie libre. Nous n’avons aucunement peur, ni n’avons honte, ni ne sommes hésitants ou incertains au sujet de la nécessité de l’auto-défense. Notre haine de la guerre ne nous en rend pas moins prêts à la faire pour défendre et lutter pour la liberté et la vie ; en fait, cela aiguise la compréhension de ce que nous faisons. Notre clarté et notre amour de la vie et de la liberté nous distinguent de notre ennemi ; ce sont des choses sacrées et une grande source de force.

Abdullah Ocalan a observé que chaque créature du vivant possède un mécanisme d’auto-défense et les camarades de la montagne vivent si près de la nature et passent leur temps à apprendre de toute la vie qui les entoure. Une grande connaissance au sujet de l’auto-défense est venue des plantes et des animaux. Ce en quoi nous prenons part est un mécanisme d’auto-défense qui fait partie de la fabrique même de la société. Une guerre civile est nécessairement chaotique et n’est pas nécessairement une révolution, mais gagner une guerre ne libère pas non plus une société de la colonisation, du patriarcat et du capitalisme. Ce travail est une lutte constante au sein de nous-mêmes et de la société et c’est une situation où tout le monde doit être sur le pont, éveillé et actif.

Honnêtement, je me fais du souci sur la façon dont cette révolution est souvent comprise là d’où je viens, comme une chose qui est glorieuse, violente et singulière. Une révolution est un processus de cicatrisation, ce qui est rendu beaucoup plus difficile en subissant des attaques constantes. Quand il y a un cessez-le-feu, les avancées que nous faisons dans la révolution sont énormes et lors des temps de grande violence et de menace, nous faisons l’expérience du plus d’échecs et nous nous retrouvons en train de compromettre des choses importantes. Je voudrais recommander que les camarades soient autant excités à construire quelque chose qui vaut la peine d’être défendu qu’ils ne le sont au sujet de l’esthétique de la lutte armée.

La vérité est que la guerre peut épuiser les gens, et quand elle dure suffisamment longtemps, les gens sont de plus en plus fatigués et acceptent des choses qu’ils n’auraient jamais acceptées auparavant, ce simplement dans l’espoir que la guerre se termine. Il y a des gens ici qui pensent à fuir simplement parce qu’ils veulent que leurs enfants puissent vivre sans guerre. Cela demande une forte connexion sociale et une profonde fondation éthique pour qu’une société fasse face à l’ennemi et refuse d’accepter la domination. C’est ce que nous avons appris de cette guerre civile. [NdT: la notion de “guerre civile” en Syrie est à prendre avec des pincettes, c’est un autre sujet, voir nos article sur Résistance 71]

Aussi loin que ce soit réaliste, nous allons construire une vie libre. Comment allons nous y arriver c’est ce que nous nous figurons ensemble, collectivement, chaque jour. Il est irréaliste de sélectionner des méthodes et des approches qui ne sont pas formulées en relation du but ultime de la construction d’une vie libre, ainsi attendez-vous à ce que ces méthodes et approches fassent avancer la lutte pour une vie libre. Si nous voulons la victoire, nous devons nous laisser mener par notre objectif et non pas par nos impulsions ou parce qui nous est familier mais qui n’a pas encore fonctionné. C’est aussi quelque chose que nous apprenons du mouvement ici. Nous devons demeurer ouverts pour toujours essayer de nouvelles choses, de faire des erreurs et d’apprendre de celles-ci. Au-delà de ça je ne me concerne pas trop sur ce qui est réaliste et ce qui ne l’est pas, parce que notre capacité à évaluer de telles choses a été altérée par notre socialisation dans un système qui ne cherche qu’à détruire votre capacité d’imaginer et de croire en toute possibilité en dehors de lui. Je pense que tous les révolutionnaires doivent avoir en ce sens ce grain de folie, nous croyons en l’impossible, ainsi nous changeons ce qui est possible.

—Ces dernières années de lutte, qu’avez-vous appris qui puisse être changé par les armes et ce qui ne peut pas l’être ? Quels sont les avantages et les inconvénients d’organiser des groupes armés qui ont un rôle distinct hors des autres aspects de la vie sociale et de la lutte ?

Şahîn: Ceci en revient encore à la question des exemples et des leçons que nous prenons des YPG et YPJ et de la révolution du Rojava. Il est facile de penser à la libération comme quelque chose qui ne se passe que dans des moments héroïques, sur le champ de bataille. C’est important de s’en rappeler quand ça se produit, mais il y a plus que cela. Un des aspects important de la lutte que les gens ont tendance à moins faire attention est la fabrique sociale qui fournit la fondation de le défense de toute révolte ou lutte de libération. Si on se focalise seulement sur l’entrainement pour la lutte armée et le conflit, si nous analysons les victoires selon d’une perspective militaire, alors nous ne parviendrons pas à des changements plus profonds.

Pour chaque combattant du YPG ou combattante du YPJ, il y a une famille prête à ouvrir sa porte, partager son toit, offrir des couvertures, de la nourriture, tout ce qu’ils ont. Pour chaque entrainement militaire, il y a aussi une éducation idéologique. Pas seulement dans les académies militaires, mais aussi dans la société et dans les espaces autonomes féminins. Tout ceci ne s’est pas produit en un jour et n’est en rien une coïncidence. Il y a tant que nous devons inclure dans notre pensée lorsque nous parlons de liberté et d’auto-défense de la communauté. Certaines de ces choses sont en contradiction les unes avec les autres, ce qui est une raison de plus de s’assurer que nous recherchions les bons outils pour empêcher une masculinité trop prononcée et toxique lorsque nous nous entrainons aux tactiques de terrain.

Le succès demande un engagement complet et sur le long terme pour redéfinir la culture, ceci ne se fera pas en un entrainement. Bon nombre de soldats expérimentés venant d’en dehors de la Syrie sont venus ici et se sont plaints de la “mauvaise organisation militaire” des FDS. Et bien, personne ne pense qu’il n’y a rien à améliorer et d’un point de vue technique quelques unes de ces critiques sont probablement justes. Mais, ils ne sont pas constructifs, parce qu’ils ne montrent aucune volonté d’aller plus loin dans leur compréhension de ce sur quoi la libération ici est basée. Ils viennent avec cette typique mentalité du “blanc colonialiste qui sait tout”, “sauveur” de la situation. Nous conseillerions à quiconque de chercher plus profondément ce sur quoi la révolution du Rojava et le paradigme d’auto-défenses sont fondés, spécifiquement pour les camarades qui sont intéressés ou qui pratiquent la lutte armée, l’entrainement tactique ou l’auto-défense.

Botan: il est aussi très important pour tous ceux qui essaient de comprendre le rôle des armes comment l’utilisation des drones a fondamentalement changé la nature de la guerre ici. Fonder sa compréhension du conflit ici et de la situation tactique sur les images du temps de la bataille de Raqqa par exemple, donne l’impression que le combat se fait essentiellement au moyen d’armes légères. En fait, jusqu’au retrait des Américains, un large facteur qui jouait en notre faveur était la couverture aérienne. Avec le glissement sur le terrain des Américains étant nos alliés et l’ennemi Daesh vers un ennemi turc comme menace principale, la nature des batailles de terrain a changé considérablement. Ceci rend la stratégie, la cohésion et toutes ces choses mentionnées dans les paragraphes précédents, de toute première importance. Il y a ici de moins en moins de place pour dette image iconique du dur à cuire à la Kalachnikov qui veut “combattre le mal” d’une façon très directe et cinématographique, une image qui fut toujours une grande simplification de toute façon.

Ceren: Une arme ne peut pas vous enseigner comment aimer. Il est plus facile d’apprendre à un révolutionnaire comment tirer au fusil que pour un homme qui aime la guerre, les armes et le combat d’apprendre à faire la révolution et ce indépendamment du fait qu’il ou elle soit un bon tireur. Chaque jour de la semaine, je préfèrerait être au front avec un révolutionnaire qui n’a jamais tiré un coup de fusil mais qui comprend avec une clarté totale pourquoi nous luttons et ce que nous défendons, plutôt que d’être avec un militaire plus aguerri mais sans idéologie. Des armes et tout l’entrainement militaire au monde n’apprêtent pas les gens à faire ce qui est nécessaire, pas quand nous défendons une révolution.. Peut-être que dans une armée impérialiste, armes et entrainement sont suffisants, mais nous ne sommes pas dans une armée impérialiste, nous n’avons pas les moyens qu’ils ont, nous, nous avons havaltî. Les armes ne construisent pas une révolution, elles ne sont que partie de sa défense. Sans toutes les parties du système d’auto-défense fonctionnant ensemble, le Rojava ne pourrait pas exister et n’existerait pas.

Une chose intéressante au sujet d’un fusil est qu’il peut produire un effet équilibrant. La plupart des femmes peuvent être physiquement dominées par au moins un homme dans nos vies. Mais un femme avec une AK-47 et la connaissance et le confiance de l’utiliser, dans un système qui soutient le développement de son auto-détermination, et bien, change pas mal de choses… Ce n’est pas suffisant, mais c’est quelque chose. En ce qui concerne les inconvénients à organiser des groupes armés, un des inconvénients est le type de personne qui ont tendance à y venir. Les groupes armés généralement attirent un autre type de personne que les autres groupes de personnes. Les hommes sont socialisés pour avoir une relation de violence qui est finalement destructrice. Ils doivent renverser cette tendance en eux-mêmes. Il y a même pas d’anarchistes qui n’ont pas travaillé sur ce point avant de rejoindre un groupe armé.

Bien des camarades femmes ou non-mâles sont rejetés de ces groupes par une dynamique patriarcale ou ne se présentent pas en première instance parce que tant d’autres projets échoueraient sans le travail invisible qu’ils produisent que bien souvent des hommes n’entreprennent pas car peu glorieux ou pas “sexy”, aussi parce qu’ils n’ont pas eu accès à un processus d’apprentissage d’utilisation des armes qui en fait les aide à progresser au lieu de les déchirer intérieurement. Il est aussi important pour les hommes de regarder sérieusement le fondement de leur politique. Les groupes armés “de gauche” ne peuvent simplement pas être une version “éveillée” du LARPing (NdT: jeu de rôle d’action), ou une façon de faire les mêmes choses que les membres des milices d’extrême-droite, mais avec un vernis esthétique différent. Les aspects armés de l’auto-défense ne doivent jamais être séparés des autres parties de la lutte révolutionnaire.

Une éducation politique et pratique, un amour de la liberté et de la vie et un profond respect pour la liberté des femmes sont absolument essentiels pour tout militant armé. Autrement, que faisons-nous ici ?…

Diyar: Il est aussi important de contraster la connexion que les combattants du Rojava ont avec la société locale, les eux sont indissociables, avec la situation aux Etats-Unis et en occident. Un bon nombre d’espaces anarchistes aux Etats-Unis sont principalement blancs et classe-moyenne, les situant en dehors des espaces des communautés noires et amérindiennes d’où la résistance à l’état américain a surgi historiquement et organiquement. En pratique, bon nombre  de projets d’auto-défenses anarchistes ne défendent quoi que ce soit en dehors de leur sous-espace culturel. Ceci mène à l’existence de projets “spécialisés”, plutôt qu’un moyen réel de “défense de communauté” Ceci ne se manifeste pas seulement dans une dynamique raciale, le développement de groupes spécialisés sert aussi à isoler d’autres anarchistes et membres de cette communauté. Plutôt que de devenir efficace dans les techniques et tactiques d’auto-défense ou d’en faire un acquis commun dans nos cercles, bon nombre de ceux qui s’y impliquent “rejoignent” une organisation armée, ou font de cela leur principal mode d’implication politique.

La concentration aux “Etats-Unis” de construire une “culture des armes de gauche” n’a pas résulté en une culture de l’auto-défense, mais plutôt d’une autre branche d’activisme politique, souvent dominée par les hommes. Pour circonscrire cela, il est important de comprendre ce que nous défendons exactement. A quelle communauté appartenons-nous ? Sans répondre à cette question en théorie et en pratique, nous ne ne pouvons pas faire de progrès vraiment marquant. Nous ne devons pas attendre que cette crise s’approfondisse pour résoudre ces contradictions. Ceci ne veut pas dire “ne vous entrainez pas, ne vous préparez pas” jusqu’à ce que ceci soit résolu, mais vous devriez toujours rechercher à faire de la résolution de ces contradictions une chose tangible à cause de nos méthodes d’entrainement et de préparation et non malgré elles.

—Finalement, avez-vous des conseils pour les gens qui sont passés au travers d’évènements traumatiques au cours de conflit armé et qui tentent de réintégrer leurs communautés ? Qu’avez-vous appris des gens qui ont organisé ou combattu au Rojava et qui sont ensuite retournés chez eux ?

Botan: Il est important pour les amis qui retournent de rester en contact avec les camarades et de rester en contact les uns avec les autres. Il y a eu des cas de suicide parmi ceux qui sont retournés en occident, pas seulement à cause des évènements traumatiques subis mais aussi à cause du manque de l’expérience de vie acquise ici. La modernité capitaliste est cruelle et isolatrice. La connexion aux autres et avoir un espace de communication au sujet de la santé mentale sans en éprouver de honte sont des facteurs clef pour gérer ces problèmes. Il y a un mythe qui veut que la guerre soit l’étalon or de la mesure de tout autre traumatisme. Ceci peut créer une hiérarchie de la souffrance.

Ceren: Quelque chose que nous avons appris de nos amies du mouvement des femmes est qu’une vie en bonne santé est une vie libre et que nous devons rendre des initiatives dans notre vision de la vie libre. Nous nous trouvons souvent dans des situations où nous devons réagir, devons donner une réponse. Malgré cela, une responsabilité que nous ne pouvons pas négliger est de développer pro-activement des façons de vivre qui ne sont pas des réactions au système actuel ou aux circonstances, mais construites plutôt sur des fondations hors du système hégémonique. (NdT: très en phase avec notre “il n’y a pas de solution au sein du sytème et ne saurait y en avoir”…) Nous avons besoin d’une plus profonde compréhension de ce que nous essayons de décrire lorsque nous utilisons des mots comme “traumatisme”. Nous avons besoin de communautés qui soient compatibles avec la vie révolutionnaire. Franchement, l’individualisme et autres formes de libéralisme sont aliénant pour les camarades qui reviennent du Rojava à cause de ce qu’ils ont appris à vivre ici avec leurs camarades.

Nos communautés ont besoin de s’intégrer dans la lutte révolutionnaire pour la liberté. Ce dont on a besoin n’est pas pour le camarade qui retourne chez lui/elle de se réintégrer dans une communauté qui est comme celle qu’il a quittée avant de venir au Rojava. Ce dont on a besoin est d’une réunion de cette communauté et de ce/cette camarade alors qu’ils sont maintenant en développement mutuel.

Nous ne pouvons pas nous changer sans changer le système social dont nous faisons partie. Aucune solution individuelle résoudra les problèmes aussi profonds que ceux auxquels nous faisons face. Il est toujours plus viable et plus révolutionnaire de construire des solutions collectives, gérer de lourds évènements ne fait pas exception. Ici, nous avons vu qu’il était possible pour nous de vivre au travers de choses que nous n’aurions pas imaginer dans d’autres contextes, grâce à la manière dont nous vivons ensemble. Afin de pouvoir faire face aux choses les plus dires et les plus pénibles, nous devons avoir force et résiliance et nos sommes plus forts et plus résiliants lorsque connectés aux autres et partageons une vie collective faire d’amour les uns pour les autres et pour la lutte de la liberté. Des bouquins entiers pourraient être écrits sur hevaltî, ou camaraderie, sans même égratigner la surface de ce que cela veut dire de regarder vos camarades dans les moments les plus durs et de savoir que vous allez lutter ensemble et croire les uns envers les autres jusqu’à la fin. Nous faisons face à tout ensemble, les choses peuvent être un peu chaotiques parfois, mais la lourdeur des choses devient plus légère lorsqu’on porte le fardeau ensemble.

Il y a aussi ce concept de “donner un sens”. Quand des amis tombent şehîd, c’est très dur de ressentir leur perte, mais le sens que nous donnons à leur sacrifice et à ce pour quoi ils se sont battus nous tirent vers l’avant et nous donne plus de force. On ne peut jamais baisser les bras ou devenir fatalistes, lorsque nous nous percevons comme des sujets révolutionnaires, nous avons le pouvoir de changer les choses et pouvons ainsi vivre de notre force. Selon le sens que vous lui donner, chaque personne que cous connaissez qui tombe şehîd, peut devenir destructeur des capacités de la personne à gérer la lutte et sa connexion avec la vie, ou cela peut renforcer la motivation de lutter pour la liberté. Lorsque nous pensons à nos amis tombés au combat, cela nous rappelle le caractère sacré de chaque moment passé avec le/la disparue et avec les camarades en vie, ainsi nous pouvons toujours plus remarquer la présence des autres autour de nous et voir notre propre rôle dans leurs vies et nos responsabilités envers eux et envers le şehîd,

Nous honorons nos camarades en prenant en compte leur lutte. La joie et la douleur existent dans chaque moment, espoir et désespoir, présence et absence… Lequel des deux nous sensibilise t’il le plus ? Qu’honorons-nous et faisons de la place pour ? L’approche que nous avons va aussi affecter nos camarades parce que nos joies et nos peines sont partagées. Si nous ressentons la douleur le plus, nos camarades vont aussi la ressentir, cela s’amplifie et devient plus lourd à supporter. Si nous paniquons, cela peut envoyer une onde de choc vers chacun de nous. Si nous ressentons la joie, le moral se multiplie et nous devons tous plus forts.

Essentiellement, nous conseillerions qu’aucun camarade ne devrait essayer de faire face à ces choses seul. Nous avons besoin d’amour, de but et nous avons besoin de vie commune ayant une forte fondation dans la lutte pour la liberté. Ces choses nous donnent une véritable fondation pour venir à bout de quoi que ce soit.

Tekoşîna Anarşîst, le 9 octobre 2020

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Lectures complémentaires :

Confédéralisme Démocratique

Abdullah Ocalan Confédéralisme Démocratique

Textes fondateurs pour un changement politique radical

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 

Confédéralisme Démocratique du Rojava: De l’État à la démocratie… Anatomie d’un changement de paradigme 1ère partie

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 10 octobre 2019 by Résistance 71

En regard de la situation des Kurdes du Rojava, il est important de comprendre que si de mauvaises décisions de terrain ont été récemment prises, du moins depuis 2016, notamment de faire “alliance” avec les Américains (qui du reste a vraiment pris cette décision?… Les assemblées populaires des communes ?… ou quelques leaders financièrement inféodés, corrompus, par les Américains ?…), ce que représente le Rojava en terme de progrès politique est expliqué ci-dessous, de l’intérieur, dans une chronologie du développement politique du PKK (Parti Ouvrier du Kurdistan) d’origine marxiste, ayant vu le jour en Turquie au milieu des années 1970 et avec son adhésion en 1999 à un modèle de communalisme, municipalisme libertaire, non étatique et non exclusif aux communes kurdes, mais ouvert à tout à chacun, inspiré des travaux de l’ex-marxiste devenu anarchiste américain Murray Bookchin.

Mis en place dès 2005 au Rojava sous la forme de l’organisation du YPG, extension dans la zone du PKK, le confédéralisme démocratique préconisé par Abdullah Öcalan, leader du PKK et prisonnier politique en Turquie, se renforça en 2011 avec le début des troubles en Syrie et la lutte armée contre l’EIIL, armée d’ingérence mercenaire salafiste, financées par le Qatar et l’Arabie Saoudite et aidé logistiquement par la Turquie, les Etats-Unis, Israël, la Grande-Bretagne et la France. N’oublions pas que l’EIIL est une création des Etats-Unis en Irak pour perpétrer la guerre civile et diviser une population dirigée par un gouvernement d’obédience chiite, aidé par l’ennemi juré des Yanks dans la région: l’Iran.

En 2011, Öcalan publia son “Manifeste du Confédéralisme Démocratique”, comme feuille de route politique des communes libres confédérées.

Depuis 2016, un grand flou règne au Rojava, l’EIIL a été vaincu sur le terrain, par les forces kurdes seules jusqu’à récemment, et devant les pressions syrienne mais surtout turque, certains éléments influents pactisèrent avec le fourbe empire américain, plaçant ainsi le Rojava entre le marteau et l’enclume, dans une configuration politique hybride, celle de la “charte du Rojava”, ayant trahi en grande partie le Confédéralisme Démocratique ; ce qui fit dire à Hassan Nasrallah, SG du Hezbollah, en 2018:

Les États-Unis ne font qu’exploiter les Kurdes afin de réaliser leurs plans ; les Américains n’hésiteront à trahir les Kurdes, une fois qu’ils auront fini leur travail …
Nous savons que le Pentagone reçoit un budget de 500 à 700 millions de dollars sous couvert de l’appui aux Kurdes de Syrie…À quoi est destiné ce budget ? Cette somme, devra-t-elle être dépensée pour instaurer la démocratie en Syrie ou pour soutenir les Kurdes qui sont censés tirer la leçon de l’expérience du passé… Vous devez savoir qu’à l’heure actuelle, les États-Unis vous utilisent comme un instrument pour faire avancer leurs plans, y compris le cadre de leur lutte contre la Syrie, l’Iran, la Russie et l’axe de la Résistance. Mais finalement, ils ne se préoccupent que d’assurer leurs propres intérêts. Ils vous vendront tout simplement et vous laisseront seuls. »

Nasrallah avait raison bien entendu, la preuve en est faite depuis quelques jours, mais il y a néanmoins une chose à dire: Il ne peut y avoir de démocratie en Syrie, ni dans toute la région, ni dans le monde, sous l’égide d’un régime politique étatique quel qu’il soit. La voie du futur pour les peuples, l’émancipation et la liberté est celle du Confédéralisme Démocratique, bien compris et intégré par les peuples où qu’ils soient pour servir leurs intérêts en toute autonomie politique.

Le fait est que l’expérience politique du Confédéralisme Démocratique kurde et de toute initiative politique mondiale tendant à mettre l’état et la dictature marchande sur la touche, voient systématiquement une coalition de tous les états se lever pour préserver les intérêts des privilégiés au pouvoir. Aujourd’hui, nous voyons tout le monde, des traîtres yankees, aux Russes en passant par les Iraniens, demander aux Kurdes du Rojava de “s’en remettre à l’autorité du gouvernement syrien”. En cela, cette affaire de l’autonomie confédérale non étatique kurde commence à singulièrement ressembler  à celle menée par les Espagnols entre 1936 et 1939, qui vit une coalition étatique multinationale de l’URSS marxiste à l’Allemagne nazie en passant par l’Italie fasciste et la France “modérée” de Front Populaire ne l’oublions pas, se liguer contre les collectifs autonomes de Catalogne, d’Aragon et du Levant pour éradiquer le seul type d’organisation politique fondamentalement létale pour l’État et les oligarchies en place, la société libre émancipée, qu’on l’appelle “confédéralisme démocratique”, ou quoi que ce soit d’autre. Ils le firent en soutenant directement ou indirectement la réaction franquiste qui finît par l’emporter.

Ce scénario est en train d’être rejoué au Rojava, situé dans le nord de l’actuelle Syrie résultat d’un découpage colonial arbitraire et donc par essence oppresseur, via les rouages étatiques toujours en vigueur. C’est ce qu’a finalement magnifiquement compris le leader du PKK Abdullah Öcalan lorsqu’il émit l’idée du confédéralisme démocratique en 1999.

Pour mieux comprendre la position fondamentale des Kurdes du Rojava et du PKK tel qu’il est pensé depuis 1999 et non pas au travers du prisme des délires propagandistes turcs, occidentaux et moyen-orientaux, il est important de lire ce qui suit, ce texte de la Commune Internationaliste du Rojava, que nous avons scindé en deux parties pour en alléger la lecture.

Vive les Communes Libres Confédérées pour que vive enfin la Société des Sociétés  au Rojava, au Moyen-Orient, partout dans le monde!…

~ Résistance 71 ~

« Quiconque se fie aux Américains ou mise sur les accords conclus avec eux finira par être trahi . c’est le destin de quiconque  voudrait miser sur les Etats-Unis.”
~ Hassan Nasrallah ~

Pour qui en doute… Demandez aux nations originelles amérindiennes ce qu’elles en pensent…

 

 

De l’État à la démocratie: anatomie d’un changement de paradigme

 

Komun

Commune Internationaliste du Rojava

 

Juin 2018

 

Source: https://komun-academy.com/2018/06/27/the-new-paradigm/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~ Octobre 2019 ~

 

1ère partie
2ème partie

 

Le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK, Partiya Karkêren Kurdistan)  a émergé au milieu des années 1970 comme un mouvement de libération nationale, largement inspiré par les idées d’un socialisme réellement existant. Mais, au cours du processus de développement du parti, le fondateur et le leader de ce parti, Abdullah Öcalan, préféra développer une compréhension du socialisme et de la révolution allant au delà de celle, centralisée, trouvée en Russie et en Chine. Au travers de ce processus, le PKK fut transformé d’un petit groupe idéologique en une des forces politiques et militaires les plus puissantes au Moyen-Orient. Tandis que la lutte armée de guérilla qui continue depuis 1984 est une des plus longues et endurantes luttes armées au monde, les zones d’organisation du PKK se sont étendues du nord-Kurdistan aux autres parties du Kurdistan (ouest, est et sud) et englobent les diasporas kurdes de l’Australie aux Etats-Unis en passant par la Russie et l’Europe.

A la fin des années 1990, le PKK est devenu le plus grand et le plus dynamique des mouvements kurdes. Alors que tout ceci prit forme sous l’égide d’un mouvement de libération nationale et une compréhension du socialisme qui fut cadrée lors du processus fondateur du parti ; au début des années 90, Ocalan intensifia ses efforts pour renouveler ses buts idéologiques et organisationnels. Son but fut de développer une nouvelle approche, en particulier avec une critique radicale de la compréhension du socialisme existant et en ouvrant la question de la femme dans la société. Bien que le congrès du PKK en 1995 fit quelques progrès sur ce sujet, il n’y eut pas de changement d’échelle signifiant à ce niveau.

Le PKK entreprit alors une régénération radicale après que son leader et fondateur Abdullah Öcalan fut enlevé au Kenya par l’entremise d’une conspiration internationale et fut livré à la Turquie en 1999. Öcalan, qui est détenu en QHS et en isolation dans la prison de l’île de Imrali en Mer de Marmara depuis le jour de sa capture, a créé un changement de paradigme au PKK au moyen de ses écrits de défense légale soumis à la Cour Européenne des Droits de l’Homme, écrits préparés sur l’île de sa détention. De fait, le seul rare contact qu’Öcalan puisse avoir avec l’extérieur, sont ses contacts, souvent empêchés, avec ses avocats.. Dans les premières années de sa détention, il était autorisé de voir ses avocats une fois par semaine pendant deux heures, temps réduit pas la suite à une heure. Il était aussi autorisé de recevoir la visite de proches pendant une heure une fois par mois. Au cours de ses rencontres hebdomadaires avec ses avocats, Öcalan produisit deux groupes de textes qui formeront l’idéologie fondamentale du parti.

Le premier groupe de textes fut celui de sa défense légale en regard de ses procès en Turquie et à la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH), textes qui étaient manuscrits et passés à ses avocats, ils devinrent une référence idéologique fondamentale pour le PKK. Le second groupe de textes était composé de notes prises par ses avocats lors de leurs rencontres. Ceci fut autorisé jusqu’en 2005, puis interdit, ce qui obligea les avocats à écrire ces notes juste après les réunions. Ces notes furent communiquées au public au travers des chaînes de télévision, des agences de presse et des journaux kurdes. Ces textes de manière générale traitaient de questions politiques spécifiques. Après des années d’obstruction, les réunions d’Öcalan avec ses avocats prirent fin en 2011. Depuis 2014, à part une visite, Öcalan n’a plus la permission même de recevoir les membres de sa famille.

Mais le véritable travail en profondeur qui détermina la transformation idéologique du PKK eut lieu sur une période de douze ans entre 1999 et 2011, fondée sur les textes qui constituèrent sa défense légale, soumise aux tribunaux par Ôcalan. Ces textes peuvent être divisés en deux groupes : ceux soumis aux tribunaux turcs et ceux soumis aux tribunaux européens, en fait à la CEDH de Strasbourg et à un tribunal en Grèce s’occupant de son extradition depuis la Grèce. Ces textes de défense ont été publiés en kurde, en turc et dans d’autres langues. Le premier groupe de ces textes consistent en deux textes fondamentaux: le texte principal envoyé au tribunal d’Imrali et ses appendices soumis à la Cour de Cassation (Haute Cour d’Appel turque) en 1999 et à un tribunal de district d’Urfa en 2001. Les titres, tels qu’ils sont publiés de ces deux textes sont: “‘Resolution Declaration in the Kurdish Question’ and ‘Urfa: a symbol of history, sanctity and malediction in the Tigris-Euphrates basin’.

Quant au second groupe de texte soumis à la CEDH en 2001, la cour d’Athènes en 2003 et à la grande chambre de la CEDH en 2004, il consiste en deux livres de trois volumes. Le titre du premier livre en deux volumes est :  From the Sumerian Priest State towards the People’s Republic I-II’ (2001), le second livre connu sous le vocable de “la défense d’Athènes”, porte le titre : ‘Free Human Defence’ (2003) and ‘To Defend a People’ (2004). Dû au fait d’une autre affaire enregistrée avec la CEDH sur la base qu’il n’y avait pas eu de juste procès, Öcalan prépara une nouvelle défense. Ce travail, définit par Öcalan comme ‘The Problematisation of Capitalist Modernity’ fut publié en turc en cinq volumes entre 2009 et 2012. Ces textes de défense furent publiés par le PKK et furent acceptés en congrès du parti après 1999 comme étant la ligne officielle du PKK.

Öcalan en général résume sa position sur le premier groupe de textes soumis à la cour d’Imrali puis à la Haute Cpur d’Appel de cette façon: “[Pour ma défense], je n’ai pas de vue pour un nationalisme kurde classique ni pour une interprétation de gauche de celui-ci. L’ère s’en est allée bien au-delà de tout cela.” (Ocalan, 1999:10)

Dans le second groupe de textes envoyé à la CEDH, Öcalan approfondit son approche théorique. Le premier des trois volumes s’engage dans une analyse historique de la civilisation, commençant au Moyen-Orient, focalisant sur la civilisation sumérienne comme étant la “première société étatique”. Bien que plus loin dans le livre, Öcalan parle d’autres sociétés et d’autres périodes, son but principal est d’analyser l’État comme étant le “pêché originel” de l’humanité. Ceci est stupéfiant, car il est un leader politique d’une société largement décrite comme “le plus grand peuple du monde sans état”. Quoi qu’il en soit, Öcalan maintint sa critique de l’État, y ajoutant l’expérience du socialisme, disant que la libération ne peut pas être acquise en construisant un état, se faisant au contraire l’avocat du fait que la démocratie devrait être renforcée. Comme sa première défense, ceci fut accepté comme un nouveau manifeste qui prit le titre de “Manifeste pour le Confédéralisme Démocratique” au VIIIème congrès du PKK de Serxwebûn en 2002.

Dans le second volume soumis à la CEDH, Öcalan analyse en détail la société kurde, son histoire et en particulier, le rôle du PKK dans celle-ci. Tout en positionnant la société kurde dans l’histoire de la civilisation, Öcalan la présente comme uns société naturelle ou comme une communauté vis à vis des sociétés à état. Il attribue ce naturalisme à l’existence d’une culture néolithique profonde assumée avoir longtemps continuer dans les tribus kurdes. D’après Öcalan, les société de classe (état) et la modernisation ont amené la ruine aux Kurdes, le PKK devenant ainsi le dernier rempart de résistance à ce processus. Dans ce cadre précis, Öcalan a entrepris de montrer les limites et le point de congestion du PKK. Les restrictions idéologico-politiques de la guerre froide ont conditionné le PKK, même 10 ans après la fin de ce conflit. Avec cette analyse, Öcalan visait à évaluer l’histoire du PKK et à adresser ses erreurs passées.

Dans ses écrits de défense légale à la Cour d’Athènes et à la Grande Chambre de la CEDH, Öcalan transforma ses idées théoriques en une conceptualisation pour une démocratie radicale (NdT: ancrée dans ses racines profondes). Cette idée de démocratie radicale fut développée dans le contexte de trois projets connectés: une répubique démocratique, une autonomie démocratique et un confédéralisme démocratique. Ces trois projets politiques fonctionnent comme “un déterminant stratégique”. En d’autres termes, elles sont des idées et des instruments, moyens par lesquels les demandes politiques des Kurdes sont redéfinies et réarrangées. Cette idée de démocratie radicale est radicale parce qu’elle analyse le concept de démocratie au-delà de la nation et de l’État.

Le concept d’une république démocratique envisage une réforme dans la république turque dans laquelle la citoyenneté est séparée du nationalisme. De cette façon, la démocratie retournera à la “compréhension de la démocratie du début de l’époque moderne” et à son pouvoir radical de transformation. En fait, la démocratie fut formulée au XVIIIème siècle sur la base des droits des citoyens et que chacun gouvernerait chacun. Mais aux XIXème et XXème siècles avec la perte dominante de la notion de démocratie radicale, celle-ci perdit de sa substance et gagna une signification culturelle. Cette veine, qui émergea de la pensée moderne, considéra l’homogénéité culturelle être nécessaire pour l’état moderne et affirma la forme nationaliste de ceci comme étant indispensable.

Cette condition “nationale” de modernité est exclusive et intolérante ; elle ne permet pas une quelconque alternative à ceux qui ne possèdent pas les caractéristiques culturelles “correctes” et ne laissent pas d’autre choix que l’assimilation (réelle ou fictive, superficielle) ou l’émigration. Les autres options dans ce contexte pour l’État en plus de l’assimilation sont le déplacement forcé, le nettoyage ethnique ou le génocide. En Turquie, le kémalisme fut formulé d’un point de vue de projet de modernisation, résultant en des politiques d’assimilation dures et drastiques envers les Kurdes.

Ôcalan, en proposant une république démocratique, se fait l’avocat de la démocratie dans le contexte des droits citoyens.

L’idée de Confédéralisme Démocratique, dans des écrits de sa défense ultérieurs, fut développé avec l’idée d’autonomie démocratique, est défini comme un modèle “d’auto-gouvernement démocratique” (Öcalan, 2008: 32). La démocratie radicale d’Öcalan est intrinsèque au concept de confédéralisme démocratique qui est emprunté à Murray Bookchin. Celui-ci, qui appela son idéologie, le municipalisme, proposa une nouvelle politique radicale. Il reconnut “les origines de la démocratie dans les communautés de villages et dans les tribus” et arriva éventuellement à formuler son projet de Municipalisme Libertaire.

Dans ce projet, Bookchin envisageait la mise en place de structures démocratiques locales comme des “assemblées communales, des réunions de ville et des conseils de voisinages”. Afin de prévenir du danger que ce projet ne s’épuise ou ne soit utilisé que pour des buts purement locaux, Bookchin proposa le principe du confédéralisme. Par ceci il voulait dire “un réseau consistant en des conseils administratifs directement élus par des assemblées de membres ou de délégués de villageois, des villes et même de voisinages pour les grandes villes. Ôcalan fut influencé par ces idées et des principes du confédéralisme, développa une compréhension toute similaire.

En parallèle à son analyse historique de la civilisation fondée sur une critique de l’État, Öcalan insiste également sur les échecs du socialisme existant et des mouvements de libération nationale. Selon lui, les deux tombèrent dans le piège de l’idée de la création d’un état. Au lieu de cela, Öcalan puise dans les influences toujours existantes des valeurs communales de la société néolithique qui n’ont pas été entièrement éradiqués par le développement d’une société hiérarchique fondée sur l’état. Ces valeurs communales peuvent être résumées comme la socialisation fondée sur le genre, une vie en harmonie avec la nature et une société fondée sur le collectivisme et la solidarité. Ceci constitue la base de la compréhension d’Öcalan sur la démocratie prenant la forme du confédéralisme démocratique.

Basé sur ces valeurs, le confédéralisme démocratique est organisé sur quatre niveaux. En bas se situent les communes des villages et des districts. Ces communes sont inter-reliées dans une ville et aussi au niveau régional. Puis il y a les catégories sociales comme les enfants et les femmes. Un autre niveau d’organisation émerge au niveau culturel dans un cadre d’interaction des différents groupes ethniques, religieux et culturels. Le quatrième et dernier niveau est celui des organisations de la société civile. Le confédéralisme démocratique organisera la société au travers d’assemblées au niveau des villages, des villes et des régions, via une organisation horizontale. En d’autres termes, le confédéralisme démocratique se définit comme un modèle “d’auto-gouvernement démocratique”.

D’après Öcalan “ce projet est fondé sur l’auto-gouvernement des communautés locales, de parlements locaux et de congrès plus larges. Les agents directs de cet auto-gouvernement sont les citoyens eux-mêmes et non pas des fonctionnaires d’état.

De ce point de vue, Öcalan insiste constamment pour que la structure confédérale de ce projet n’ait absolument rien à voir avec la “communauté des états membres dirigeant”. Au contraire, le confédéralisme démocratique vise à consolider, à approfondir les communautés fondées sur la démocratie. En plus de cela, il y a un besoin de refaçonner les processus politiques et judiciaires et la structure politique dans le pays. En conséquence,  le modèle d’organisation des gens par delà l’État, c’est définir leur relation avec l’état existant ou l’autorité.

Öcalan propose une république démocratique comme forme de gouvernement à cet égard. Il sera possible de trouver une résolution de la question kurde sous cette forme de gouvernement. Il a ensuite développé le concept d’autonomie démocratique comme une forme de relation. Le confédéralisme démocratique est en même temps un complément de l’autonomie démocratique pour la position des gens sur un plan économique, culturel et social. L’autonomie démocratique exprime la forme de relation avec l’état et ses fonctionnaires. (NdT: ceci est un concept développé par Gustav Landauer dans les années 1910). En ce qui concerne la Turquie, une alternative pour une résolution politique démocratique de la question kurde lui est offerte et cette résolution nécessite la reconnaissance constitutionnelle de l’identité nationale kurde.

Quoi qu’il en soit, cette reconnaissance n’est pas proposée par le PKK comme une façon de dessiner une ligne séparant le système confédéral démocratique kurde et l’état turc. Au lieu de cela, une relation inclusive est envisagée exprimée de la sorte: “l’autonomie démocratique est un concept qui définit le relation avec l’état, cela peut-être réalisé au sein d’un état unitaire ou dans un système fédéral.

Mais cette relation inclusive n’exclut pas une sorte “d’unité” entre les kurdes dispersés dans bien des pays du Moyen-Orient. Comme Öcalan a proposé la mise en place de corps de gouvernement partout au Kurdistan et où les Kurdes vivent, le confédéralisme démocratique deviendra le mécanisme principal pour unifier le Kurdistan et les Kurdes. D’après Öcalan, le mouvement de libération kurde devrait s’attacher à établir un tel système d’auto-gouvernement.

A suivre…

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Lectures complémentaires:

Longue vie au Rojava !… Le texte du Confédéralisme Démocratique

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

6ème_déclaration_forêt.lacandon

kaianerekowa Grande Loi de la Paix

 

Déclaration de la Commune Internationaliste du Rojava à propos de l’invasion turque en cours

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Déclaration de la Commune Internationaliste du Rojava

 

Jour X – Le moment est venu – La guerre a commencé !

Nous appelons à mobilisation, à défendre le Rojava

 

0ctobre 2019

 

Source:

https://internationalistcommune.com/jour-x-le-moment-est-venu-la-guerre-a-commence/

 

Il y a quelques heures, l’État fasciste turc a commencé son opération d’occupation sur les territoires libérés du nord-est de la Syrie.

Des avions de guerre turcs attaquent les villes et villages de Serekaniye et Gire Spi. Qamishlo, Derik et beaucoup d’autres endroits le long de la frontière sont sous le feu de l’artillerie lourde. Les forces d’autodéfense de la Fédération démocratique du Nord-Est de la Syrie réagissent avec sévérité aux attaques des hordes de fascistes, des centaines de milliers de combattants et la population civile à leurs côtés sont prêts à combattre jusqu’au bout. La situation est claire, nous appelons à une résistance mondiale.

Les forces impérialistes ont décidé de déclarer la guerre. Les troupes sur le terrain agitent les drapeaux de la Turquie et de l’État islamique, mais la décision a été prise non seulement à Ankara mais aussi dans les palais de Washington, Moscou, Paris et Berlin.

Depuis le début, la Révolution du Rojava a été une révolution internationaliste. Une révolution pour libérer non seulement la population kurde en Syrie, mais aussi le Moyen-Orient des siècles de colonialisme, d’oppression et de dictature. Et c’est une révolution internationaliste, parce que beaucoup d’internationalistes ont rejoint cette révolution, en première ligne contre l’État islamique et le fascisme turc, nous avons aidé dans les hôpitaux, planté des arbres et travaillé pour construire une société démocratique et écologique, basée sur la libération des femmes. Et de nombreux révolutionnaires se sont joint.es à la lutte dans le monde entier, parce que la révolution en Syrie nous a montré à tous qu’un autre monde n’est pas seulement théoriquement possible, mais qu’il est en train de se construire dans la vie quotidienne.

Aujourd’hui, le moment est venu de montrer ce que nous avons construit au cours des dernières années en termes de camaraderie et d’internationalisme à travers le monde. Aujourd’hui, le moment est venu de remettre l’internationalisme en pratique en défendant la révolution, et à travers elle, nous défendrons nos espoirs, nos souhaits et nos rêves.

Même si nous nous opposons à la deuxième plus grande armée de l’OTAN, avec des milliers de gangs islamistes comme chair à canon, nous savons que derrière cette révolution se cachent des millions de révolutionnaires, ami.es, sœurs et frères. Et avec elles et eux tous, avec vous tous, nous augmenterons notre protestation politique au niveau de la résistance politique, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’exportations d’armes vers la Turquie, jusqu’à ce que le régime fasciste turc soit vaincu.

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A lire:

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

 

Révolution sociale: Info de l’intérieur du Rojava et du Confédéralisme Démocratique pour une convergence des luttes émancipatrices…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 26 septembre 2019 by Résistance 71

Ce texte ci-dessous répond à des questions que bien des gens se posent au sujet du Rojava. Un témoignage de l’intérieur, celui d’un militant combattant français du Rojava (entre 2015 et 2017), qui confirme ce que nous pensions sans avoir d’info plus précise sur la situation, car beaucoup de choses dites et écrites n’étant que propagande. Hébert répond à des questions que nous nous étions posées ici sur ce blog en compagnie d’un lecteur attentif et assidu, « Bernardo », et qui menèrent à quelques discussions des plus intéressantes ; Bernardo que nous remercions au passage pour ses participations actives. Nous lui dédions cette publication.
Il devient impératif de fusionner les luttes émancipatrices de la dictature marchande:
Rojava, Chiapas, Oaxaca, ZAD, Gilets Jaunes, même combat !

A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat cet esclavagisme « moderne » ! Pour que vive la société des sociétés, celle des communes libres confédérées pour le bien commun et le bonheur de toutes et tous.

~ Résistance 71 ~

 

 

Prendre les armes pour la révolution au Rojava, entretien avec André Hébert

 

Revue Ballast

 

Septembre 2019

 

url de l’article original:

https://www.revue-ballast.fr/prendre-les-armes-pour-la-revolution-du-rojava-entretien-avec-andre-hebert/

 

Convoquant la mémoire internationaliste de la guerre d’Espagne, André Hébert a rejoint le Rojava (ou Fédération démocratique de la Syrie du Nord) pour défendre, sous le nom de Firat, la révolution au sein de ses armées. Son livre, Jusqu’à Raqqa, est un journal de guerre : il rend compte des mois passés, entre 2015 et 2017, à lutter contre l’État islamique. Sans haine, écrit-il : il fallait seulement le mettre « hors d’état de nuire ». Mais la fin du califat ne signe pas celle des hostilités. À la faveur d’un pacte conclu avec les États-Unis, Erdoğan vient de renoncer à attaquer une nouvelle fois le Rojava. L’un de ses trois cantons vit déjà sous occupation turque depuis début 2018 : la situation demeure instable pour la révolution communaliste, menacée, en outre, par le nationalisme acharné de Damas — avec qui les autorités kurdes se voient contraintes de négocier. « Mon esprit est peuplé de fantômes, ceux de mes amis morts au combat », écrit-il encore. Nous nous sommes entretenus avec le militant marxiste de 27 ans, qui réside actuellement en France.

Mediapart a récemment publié un article sur les militants internationalistes rentrés du Rojava. Vous le jugez « insultant » et estimez qu’il a « tout l’air d’être une commande de la DGSI ». Comment l’entendre ?

La seule explication que je trouve, c’est qu’il s’agit, pour la rédaction de Mediapart, d’un moyen de remercier ses sources. Elles l’informent sur quantité de sujets : il faut des renvois d’ascenseur de temps en temps. Visiblement, c’en est un. Tout ce papier obéit au schéma narratif du ministère de l’Intérieur depuis des années. Il ne donne à lire que des suppositions, des éléments que la police n’arrive pas à prouver. Mediapart n’a pris aucun recul : leur rédaction a déroulé le tapis rouge à l’argumentaire du pouvoir. Tout en me citant à deux reprises — ce qui ne contrebalance rien. C’est un papier anxiogène et mensonger. Sans parler, dans l’affaire qui me concerne, du fait que Mediapart commet une erreur grossière : la Justice m’a donné raison. Elle m’a rendu mon passeport et m’a indemnisé.

Vous écrivez dans votre livre que, quand bien même la révolution du Rojava trahirait un jour « ses promesses », cela ne salirait en rien l’expérience internationaliste qui fut la vôtre. Est-ce encore une crainte, cette trahison ?

Toute révolution peut être trahie, l’Histoire l’a montré. Sur place, j’ai parfois eu des doutes mais je n’ai jamais cessé de soutenir la cause. C’est d’ailleurs un risque moins présent, aujourd’hui. Même si, pour survivre, les Kurdes doivent passer un accord avec le régime de Bachar el-Assad et négocier, avec les Américains et la Turquie, une zone de sécurité. Un risque existe, à l’avenir, que les YPG/J [branches armées du Parti de l’union démocratique, ndlr] intègrent, le couteau sous la gorge, l’armée syrienne. Ce qui amoindrirait considérablement tous les bienfaits de la révolution. Mais, aujourd’hui, je suis confiant. Ces derniers temps, face à la Turquie, les Kurdes ont clairement fait savoir qu’ils ne céderaient pas les territoires pour lesquels ils ont combattu. Ils n’ont pas l’air de vouloir faire des concessions dangereuses.

Vous insistez sur le caractère tyrannique du régime de Damas. Est-ce une manière de rappeler que Daech n’était pas le seul ennemi ?

La guerre civile syrienne a, assez tôt, débouché sur un statu quo entre le Rojava et le régime syrien. Pour ce dernier, la partie kurde (le nord, donc) ne représentait pas un enjeu vital et stratégique. Même s’il y eut, au début de la guerre civile, des combats entre les Kurdes et le régime (on parle d’un millier de morts), Assad et le Rojava étaient trop occupés à combattre leurs ennemis respectifs pour se combattre eux-mêmes. L’intégralité des gens avec qui j’ai discuté là-bas détestent le régime. Les YPG nous disaient qu’ils étaient, sous les Assad, des citoyens de seconde zone. Que leur langue était méprisée, interdite, qu’ils n’avaient pas de papiers, pas de passeport. Que les secteurs dans lesquels ils vivaient avaient été volontairement sous-développés. Qu’ils avaient difficilement accès aux emplois publics. Bref, les Kurdes sont victimes, depuis longtemps, de discriminations en Syrie. Je voulais rappeler que même si ces deux camps ne sont pas entrés en guerre l’un contre l’autre, il n’existe aucune proximité entre eux.

Certains, à gauche, ont déploré que le Rojava et l’opposition syrienne ne marchent pas main dans la main…

Aux premiers temps de la guerre civile, des unités arabes ont combattu à Kobané, avec des Kurdes, contre Daech. Quand j’étais à Raqqa, mes compagnons d’armes étaient tous arabes. Pratiquement tous avaient servi dans l’Armée syrienne libre avant de rejoindre les Forces démocratiques syriennes. Mais la réponse à votre question est simple : l’opposition à Assad a été complètement noyautée et prise en main par les islamistes. Aucun accord n’était possible avec les YPG/J. À quoi il faut ajouter que la Turquie a entièrement mis la main sur l’opposition à Assad, ajoutant des mercenaires aux islamistes. Tout rapprochement a donc été impossible.

Une autre critique, toujours à gauche, a porté sur l’implication des États-Unis : le Rojava est accusé d’être une base-arrière de l’impérialisme occidental. C’est délirant ?

Complètement. Quand un groupe révolutionnaire a à sa charge la vie de millions de personnes, il se voit aussitôt confronté à la question des puissances impérialistes régionales et internationales. En Syrie, elles sont toutes présentes, et s’affrontent toutes. Les Kurdes ont manœuvré intelligemment. Ils ont joué des rivalités entre les nations. Ils ont fait des alliances de circonstance — pour leur survie, tout simplement. Raisonner en termes de pureté idéologique, c’est une affaire de révolutionnaires européens dans des salons. Quand tant de vies sont en jeu, oui, il faut faire des alliances stratégiques. Au Rojava, tous les gens que j’ai rencontrés savent parfaitement que les Américains ne sont que des alliés de circonstance. Ça s’arrête là.

Vous estimez que les organisations révolutionnaires françaises, qu’elles soient marxistes ou libertaires, n’ont pas été à la hauteur. Qu’elles ont alterné entre une « position équivoque » et un « soutien critique ». Pourquoi cette prudence ?

Ces organisations ont effectivement manqué à leurs devoirs. Elles n’ont pas analysé dans le détail la complexité de la guerre civile syrienne. Elles sont passées à côté de la révolution du Rojava. C’est extrêmement grave. Peut-être existait-il aussi une forme de condescendance : c’est le Moyen-Orient, il y a tout le temps des guerres là-bas, c’est trop compliqué… Soutenir le Rojava impliquait que ces organisations viennent sur place, que ce soit dans le civil ou dans le militaire, pour être acteurs de la révolution et, de retour, transmettre en Europe ce qu’elles y ont appris. Ces organisations se mobilisent contre le capitalisme en France mais elles se sont rendues compte qu’elles n’étaient pas prêtes à aller au bout de leur engagement révolutionnaire. Déficit d’analyse et hypocrisie lâche, donc.

Le Chiapas zapatiste jouit, lui, d’un soutien quasi unanime.

La gauche anticapitaliste se montre également bien moins critique avec la cause palestinienne. Comment l’expliquer ? J’ai encore du mal à l’appréhender rationnellement.

Le fait qu’il existe, en France, une OPA des libéraux sur la « question kurde » ne pèse-t-il pas ? On pense bien sûr à Fourest, Kouchner, BHL

Si, c’est certain. Les Kurdes ont détruit le califat de l’État islamique pour leur propre survie, non pour faire plaisir à l’Occident. On les a dépeints comme les fers de lance de la lutte contre le jihadisme : un certain nombre de personnalités se sont greffées sur eux et ont dénaturé, par leur communication médiatique, le mouvement révolutionnaire. Elles ne parlent pas du socialisme, des communes. Elles n’ont parlé que des femmes contre l’État islamique. Bien sûr que le féminisme est réellement le premier pilier de la révolution — Öcalan [cofondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan, ndlr] écrit noir sur blanc qu’il faut libérer les femmes pour commencer à libérer la société. Mais un cadre du Parti me disait regretter que la communication se fasse, à l’international, uniquement sur cette question, souvent traitée de manière caricaturale. Tout en me disant qu’ils ne pouvaient refuser cette exposition, dans un contexte de survie, d’autant qu’ils n’étaient pas responsables de ce que les Occidentaux retenaient de leur lutte.

Vous évoquez la mémoire de la guerre d’Espagne. Le point commun avec le Rojava, est-ce l’antifascisme ?

Il y a cet aspect. J’utilise le mot « fascisme » parce que la révolution l’utilise pour qualifier ses ennemis. Pour eux, Daech et Erdoğan sont des équivalents des fascismes que nous avons connus en Europe. Ce qui ne signifie pas que je transpose exactement les deux époques et les deux situations. Mais c’est aussi lutter aux côtés de révolutionnaires socialistes et féministes contre cet État ultra-nationaliste, militarisé et policier qu’est la Turquie, ou contre l’obscurantisme ultra-violent qu’est Daech. C’est également de retrouver des gens venus du monde entier, qu’ils soient apoïstes1, communistes ou libertaires, réunis pour le même but et se battant sous une étoile rouge.

Les désaccords historiques entre les marxistes et les anarchistes s’estompent, racontez-vous, sur le terrain. C’est l’un des enseignements de la révolution ?

C’est même l’un des principaux succès du Bataillon international de libération et plus largement des forces armées sur place. Chacun conservait son origine politique et sa grille d’analyse, mais on œuvrait ensemble. Quand on voit l’importance des querelles de chapelles en Europe, leur difficulté à travailler ensemble, c’est ridicule. On passe tellement de temps à discuter de ces divergences… Au Rojava, on était unis. On participait à un mouvement qui est déjà entré dans l’Histoire : on n’avait vraiment pas le temps de se diviser sur des questions idéologiques. Notre urgence, en Europe, c’est le climat ; c’est donc se débarrasser du capitalisme. Il est criminel de nous diviser au lieu d’agir.

Votre ancrage est marxiste. Combattre pour la révolution vous a‑t-il déplacé idéologiquement ?

Je ne dirais pas ça. Mais ça m’a apporté une vision concrète de ce que pourrait être une révolution au XXIe siècle. De voir la pratique, la mise en place des communes, l’introduction de la démocratie dans les forces armées.

D’ailleurs, pourquoi avoir choisi ce nom, Hébert, et pas Saint-Just, Roux, Desmoulins ou Robespierre ?

À vrai dire, ce n’est pas vraiment une référence à l’homme que fut Hébert. J’ai fait des études d’histoire, c’était un simple clin d’œil à la Révolution française. Mais, d’un strict point de vue politique, j’aurais choisi Gracchus Babeuf.

Vous avez salué la décision de François Hollande d’avoir appuyé militairement le Rojava. Venant d’un révolutionnaire, c’est un aveu qui pourra en étonner plus d’un !

Ça peut faire grincer des dents. Mais c’est une réalité objective : l’État français a joué un rôle moteur dans la coalition. La France a connu 130 morts sur son territoire [le 13 novembre 2015, ndlr] ; le pouvoir devait donner le change et montrer à la population qu’il comptait lutter contre Daech. Bien sûr que la décision d’Hollande n’était pas désintéressée. Il n’en reste pas moins que c’était une bonne décision. L’envoi de forces spéciales sur le terrain a été bénéfique. Ce n’est pas parce qu’on est révolutionnaire qu’il faut donner dans la critique stérile et obtuse. Je suis le premier à critiquer la politique impérialiste de mon pays, mais je tiens à faire preuve de cette même lucidité quand il y a de bonnes — mais rares — décisions gouvernementales. Sauf à être malhonnête intellectuellement.

En prenant la plume, vous vouliez toucher qui ?

Je ne veux pas m’adresser aux seuls militants, mais aux Français dans leur ensemble. Je m’inscris dans la stratégie des Kurdes, à savoir parler au plus grand nombre pour avoir un maximum de soutiens — vu la puissance de leurs ennemis, on va au plus utile, on n’est pas des purs. Ce livre permet de donner à voir, pour des gens qui ne sont pas forcément politisés, ce que signifié d’être communiste et internationaliste à notre époque.

La révolution reste « inachevée » par bien des aspects, dites-vous. Les défaillances écologiques sont assez régulièrement pointées. Quel autre chantier majeur voyez-vous pour les prochaines années ?

L’ambition écologique vient au départ du PKK, donc de la Turquie. Sa guérilla se déroule dans les montagnes, en symbiose avec la nature et au cœur de cet équilibre. Sans les comparer, son rapport à l’écologie s’intègre à la lutte à la manière d’un certain nombre de peuples indigènes. Au Rojava, qui est un territoire semi-désertique, c’est un tout autre environnement. Dans une économie de guerre, dans un quotidien sous embargo où toutes les forces sont tournées vers la guerre, l’écologie est en effet l’un des points les moins travaillés. L’autre point majeur, et c’est la critique que j’aurais à formuler, c’est que le Rojava, même si bien des choses ont été accomplies, a tendance à faire primer le politique sur l’économique. Ils ont encadré la propriété privée, ils ont redistribué des terres, et tout ne peut pas se faire d’un coup. Mais il faut que le Rojava tienne ce cap, tienne bon sur les coopératives : c’est ce qui conditionne tout le reste. C’est sans doute ma formation de marxiste… Mais c’est une jeune révolution. Les conditions sont extrêmes. Il faut être patient.

Le culte de la personnalité mis en place autour d’Öcalan est incontestable. Vous le critiquez, tout en expliquant qu’il y a là un « déplacement de religiosité ». C’est-à-dire ?

C’est une hypothèse que je formule. Ça m’a rappelé la Révolution russe : on retirait les portraits du tsar et les icônes religieuses pour les remplacer par les portraits des dirigeants bolcheviks. Un des points les plus admirables de la révolution, c’est cette forme de laïcité — ils ne l’appellent pas comme ça — qu’ils ont instaurée. C’est un travail de fond qu’ils mènent, dans une société extrêmement conservatrice et religieuse. Ils desserrent l’emprise religieuse sur les populations. D’où ce mécanisme inconscient de transfert.

Votre livre s’achève sur un sentiment : la nostalgie. De la fraternité, de la lutte révolutionnaire, des armes ?

Du collectif. De l’unité, du but. On sait qu’on change radicalement les choses, la vie des gens. L’existence, en France, c’est le contraire absolu. C’est la raison de cette nostalgie. Ce but collectif, ça n’a pas de prix. On se lève le matin, on souffre, mais on sait pourquoi on est là, on sait qu’on est utiles. Ça tombe sous le sens, et c’est inestimable.

Jamie Janson, un volontaire britannique engagé dans la lutte armée au Rojava, s’est suicidé il y a quelques jours, de retour chez lui. Vous parlez des vies de combattants comme de « vie[s] sacrifiée[s] »…

Six volontaires se sont suicidés, sur place ou de retour chez eux. En Europe, nous n’avons aucune structure d’encadrement. Les Kurdes sont pris en charge par leur communauté ; nous, nous sommes livrés à nous-mêmes. On est en train, avec des volontaires français, de réfléchir comment on pourrait répondre à ces situations psychologiques. La vie d’un combattant révolutionnaire, c’est la mort violente ou la prison : c’est inévitable. Personne n’est dupe. Nous étions conscients de ce que nous faisions. Si on repart, ce sera en connaissance de cause. Bien sûr qu’on ne décide pas de prendre des armes pour aller n’importe où.

Comment peut se traduire, dans le contexte français, la suite de votre engagement politique ?

Honorer la promesse que nous faisons au Rojava : parler de la révolution. Nous, militants anticapitalistes, avons enfin un modèle qui existe et qui fonctionne à citer en exemple. Il est impératif le défendre par tous les moyens. J’ai encore des choses à régler avec la Justice. Et je sais que nous sommes surveillés : on est un peu radioactifs… Si on s’implique dans une organisation, elle sera sous les radars du ministère de l’Intérieur. J’ai tenu à l’éviter.

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Lectures complémentaires:


Le livre

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

6ème_déclaration_forêt.lacandon

confederalisme_democratique (Rojava)

 


Notre dossier « Rojava »
et « Confédéralisme Démocratique »

 


Réseau de Résistance et de Rébellion International

Résistance et solidarité: Avec le Rojava contre la guerre de la Turquie (Commune Internationaliste du Rojava)

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Réseau Résistance Rébellion International

 

Avec le Rojava contre la guerre de la Turquie

 

Commune Internationaliste du Rojava

 

24 janvier 2019

 

url de l’article:

http://internationalistcommune.com/stand-with-rojava-oppose-turkeys-war/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistsance 71 ~

 

Une fois de plus, la menace d’une autre guerre pointe son nez sur le nord de la Syrie. Les troupes turques et leurs mercenaires islamistes se massent aux frontières de la Fédération Démocratique du Nord de la Syrie qui s’auto-gouverne ; ces régions à prédominance kurde aussi connues sous le nom de Rojava. Les Turcs et leurs sbires se préparent à une invasion qui causera de nombreux morts et le déplacement, la migration, de dizaines voire de centaines de milliers de personnes civiles.

La situation sur le terrain est extrêmement tendue. Les populations de Mandjib et de Kobané ont formé un bouclier humain afin de protester contre l’invasion turque et se sont préparées à la guerre. Les Unités de Défense Populaires et Féminines (YPG et YPJ), tout comme les milices locales ne font pas que défendre leurs terres, mais elles défendent l’espoir. L’espoir d’une vie meilleure qui s’étend bien au-delà de la Syrie du nord. Un espoir qui a inspiré un bon nombre d’internationalistes du monde entier de venir ici au Rojava et de se joindre à la lutte.

Le week-end à venir, ils appelleront pour des journées mondiales d’action commune pour parler et manifester contre la menace de l’invasion turque.

“Sable et mort”

Peu de temps avant Noël, le président Trump a annoncé qu’il ordonnait le retrait des troupes américaines de Syrie, laissant la route libre à une invasion anticipée de longue date du Rojava par la Turquie et ses sbires mercenaires islamistes par procuration. Pourquoi ce changement si soudain de direction ? Depuis l’effondrement de l’URSS, les préoccupations principales des Etats-Unis et de ses alliés de l’OTAN au Moyen-Orient ont été d’affirmer leur contrôle et leur influence et d’affaiblir les positions de la Russie et de l’Iran dans la région. En œuvrant à ces objectifs, les états de l’OTAN ont mené une guerre partout dans la région, ont aidé les groupes terroristes islamistes, ont établi des milices et ont soutenu des régimes dictatoriaux.

Aujourd’hui, cette stratégie est en lambeaux, tandis que la Russie et l’Iran ont réussi à étendre leur influence dans la région. A l’exception d’Israël et de l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis sont relativement seuls maintenant que l’allié de l’OTAN Turquie, elle aussi, tourne le dos à la coalition et recherche activement un rapprochement avec la Russie et l’Iran. A cet égard, il serait logique pour Washington d’essayer d’obtenir un accord avec Ankara pour les ramener dans le moule, sacrifiant la Syrie du Nord dans le processus. D’après Trump, il n’y a pas grand chose à y gagner pour les Etats-Unis de toute façon, mis à part du “sable et la mort”. De manière admise, beaucoup de personnes au sein de l’establishment américain ne voient pas les choses de cette façon., ils ne veulent pas laisser le champ libre à l’Iran ni à la Russie et ils ne veulent pas dépendre exclusivement de la Turquie.

Dès que Trump eut fini d’appeler Erdogan au téléphone, il se retrouva dans la ligne de mire de sévères critiques et a dû rapidement faire marche arrière. Le scenario suivant ne fut pas pour rien dans ce revirement: Bachar al Assad annonça que l’armée syrienne prendrait la place des Etats-Unis, bien entendu avec le soutien de la Russie et de l’Iran.

En réponse à l’annonce surprise de Trump, la France déclara que ses troupes demeureront en Syrie et rapidement, Trump revint sur ses décisions précédentes, disant qu’il était d’accord pour ralentir le processus. Après un attentat suicide revendiqué par l’EIIL/EI, qui tua plusieurs militaires américains à Mandjib le 16 janvier, l’affirmation non vérifiée de Trump disant que l’EI/Daesh avait été vaincu fut encore une fois prouvée fausse. Il apparaît pour l’heure, que les forces de la coalition maintiendront une présence sur le terrain à la fois pour continuer le combat contre l’EIIL et aussi pour protéger leurs alliés kurdes d’une attaque de la Turquie.


Confédéralisme Démocratique

Remonter le temps ?

Est-ce que cela veut dire que le peuple du Rojava et sa révolution sont maintenant en sécurité ? Pas du tout. Ni Assad, ni la Russie, ni aucune des puissances occidentales ne sont concernés par la protection de la population de la Syrie du Nord, ni de la sécurité des Kurdes ou de quelque autre minorité de la région que ce soit et certainement pas préoccupés par la sécurité et la libération des femmes et de la révolution démocratique en cours dans la région du Rojava. Ceci est devenu on ne peut plus évident l’an dernier après l’invasion de la région d’Afrin par l’armée turque et ses alliés des groupes djihadistes, ce avec le consentement à la fois de la Russie et de l’occident.

Cette fois encore, c’est la Russie qui a les cartes en main. S’il devait y avoir un accord entre Moscou et Ankara, alors Poutine pourra ordonner à Assad de se retirer et donner le feu vert à Erdogan pour l’invasion. Cet accord concernerait la situation à Idlib, une des dernières régions de Syrie qui n’a pas encore été ramenée sous le contrôle du régime. Erdogan pourrait être d’accord pour retirer ses groupes islamistes du Front de Libération National (Jabhat al-Wataniya lil-Tahrir) de la région d’Idlib, permettant ainsi une offensive des forces gouvernementales syriennes contre la forteresse islamiste. En retour, Assad offrirait le Rojava à la Turquie.

Bref, le Rojava demeure en très grand danger. Pour imaginer ce qu’une nouvelle guerre ferait aux gens d’ici, il n’y a qu’à regarder la situation dans les régions kurdes du sud-est de la Turquie ou dans la région d’Afrin occupée. Spécifiquement pour les femmes, une occupation par les forces cléricales fascistes serait un vrai désastre. Quant à Afrin, ce serait un retour en arrière et annulerait tout ce qui a été obtenu en termes de libération des femmes.

De nombreux appels contre la guerre ont été lancés ces dernières semaines. La demande est faite pour que les états et les entreprises impliqués dans la guerre en Syrie arrêtent Erdogan et arrêtent de vendre des armes à la Turquie. D’autres demandes suggérèrent d’établir une zone de contrôle aérien contre les avions de guerre turcs. Ces appels sont urgents, mais il est douteux qu’ils soient entendus par les états et les entreprises. S’ils sont entendus, rien ne se fera par gentillesse, mais seulement parce qu’ils seront forcés de le faire. et cela ne se produira pas sans une certaine mise sous pression par la base.

Protéger l’écologie mésopotamienne

“Nous aussi allons défendre le Rojava !” explique un internationaliste français dans une de nos vidéos publiées par la Commune Internationaliste #resistancediaries. La résistance contre le fascisme turque ne se fait pas seulement au Rojava. Quelques douzaines de Kurdes et leurs alliés se sont mis en grève de la faim, en rotation, demandant la fin de la mise à l’isolement du leader du PKK Abdullah Ocalan. Des actions solidaires avec des grèves de la faim ont été organisées dans le monde entier, impliquant à la fois des militants kurdes et des prisonniers politiques turcs, avec en premier lieu la députée HDP Leyla Güven, qui en est à sa 78ème journée de grève de la faim.

Dimanche et lundi prochains sont prévues des actions de solidarité dans des pays autour du monde en plus de la Commune Internationaliste et au groupe activiste féministe allemand Gemeinsam Kämpfen, beaucoup de groupes écologistes ont répondu à l’appel de la campagne du “Rendre le Rojava Vert de Nouveau” et du mouvement écologiste de Mésopotamie, ainsi que d’activistes écologistes du Canada, de groupes anti-chasse britanniques et du mouvement anti-charbon allemand Ende Gelände.

Ces dernières années, un mouvement écologiste divers, coloré et parfois radical a pris racine en Mésopotamie. Ce mouvement a pris naissance suite à la dévastation écologique ayant cours dans toute la région en résultat des guerres impérialistes qui y sont menées, de la négligence environnementale de la politique régionale. La production pétrolière, la construction de barrage hydro-électrique, la déforestation, la désertification et l’énorme chaos écologique dû aux puits de pétrole en feu, du bombardement des usines et de l’utilisation d’armes à munition à l’uranium appauvri pendant les guerres de ces dernières décennies, ne sont juste que quelques exemples de ce marasme écologique.

Ce mouvement est toujours petit, mais il pose des questions très importantes. Les gens de la région ont aussi trouvé des réponses. Dès le début, la révolution sociale du Rojava fut aussi conçue comme une révolution écologique en poursuivant le but d’une société décentralisée auto-gouvernée et en harmonie avec la nature. Le but est de parvenir à établir un système municipal ayant une agriculture, une source d’énergie et unité de recyclage décentralisées. Une vision sociale déjà conçue par des éco-socialistes comme Murray Bookchin.

Révolution et reboisement

Malheureusement, dans bien des cas, ces idéaux ne demeurent que cela: des idéaux. A cause de la terrible situation économique, les embargos et la guerre, les initiatives écologiques sont le plus souvent mises sur la touche. Mais il y a de gros progrès au Rojava, spécifiquement dans le domaine du reboisement. Ces dernières décennies, le gouvernement syrien a coupé dans la région, le peu de forêt qui y restait. Ceci mena à une désertification accrue et à un sévère manque de retenues d’eau. Mais avec la révolution, petit à petit les arbres reviennent.

Ce processus est soutenu par la campagne internationaliste du “Rendre le Rojava Vert de Nouveau”, qui construit une ferme arboricole sur le site de la Commune Internationaliste du Rojava (CIR). Les internationalistes ont déjà replanté des milliers d’arbres et sont construites des stations d’épuration pour l’eau et des centres de traitement des déchets. Des modèles pour le recyclage de l’eau sont en train d’être développés pour les municipalités locales.

Par dessus tout doit-être résolu le problème de manque d’eau, c’est un problème urgent dans tout le nord de la Syrie et au Moyen-Orient au sens large. La guerre du pouvoir dans la région est toujours au sujet de l’eau. Le manque d’eau est devenu un gros problème pour bien des gens. Les paysans ont toujours été dépendants de l’eau des rivières pour l’irrigation, eau qui provient de rivières ayant leurs sources dans le nord de la Turquie avant de redescendre à travers la Syrie et l’Irak.

Erdogan le sait: quiconque contrôle l’eau, contrôle la vie. L’état turc a, depuis bien des années, construit des super barrages hydro-électriques dans le sud-est du pays, comme celui de Hasyankeyf. C’est pourquoi le niveau de l’eau des rivières les plus importantes de la région: l’Euphrate, le Tigris et la Xabur, décroit tout le temps. Des régions entières se désertifient, pas seulement au Rojava mais aussi en Irak.

Il y a quoi qu’il en soit, une solution partielle à ce problème: le reboisement peut singulièrement inverser l’assèchement des sols. Il y a aussi le système de filtrage qui empêche l’eau de se polluer et d’être perdue. La CIR fat aussi des recherches en ce domaine avec le développement d’un système aquifère noir et gris.

Renforcer la résistance

Mais maintenant, même la fragile graine du réveil écologique du Rojava est menacée par la guerre d’Erdogan. Cette guerre pourrait non seulement provoquer de bien grandes misères et souffrances humaines et de destructions matérielles, mais elle pourrait aussi détruire le mode de vie écologique des gens. A Afrin, l’armée turque a mis le feu à des oliveraies pendant son invasion il y a un an.

Non seulement la guerre en Syrie, mais aussi la guerre Iran-Irak et les deux invasions de l’Irak ont causé d’énormes dégâts. Les fumées des brasiers des puits pétroliers allumés lors de l’invasion militaire américaine de l’Irak contenaient des milliers de tonnes de dioxide de soufre, d’oxydes d’azote et  de monoxyde de carbone. De plus, se répandirent des métaux lourds cancérigènes comme le cadmium, le chromium et le plomb. Les bombardements ont touché les usines irakiennes, les raffineries, les oléoducs, les usines d’engrais et chimiques, les barrages et les centrales énergétiques. En résultat, des milliers et des milliers de moutons, de dromadaires moururent de la pollution de l’eau et de l’air.

Dernier cas et non des moindres, les tonnes d’uranium appauvri résultant des munitions tirées et jonchant le territoire continuent de polluer la terre et l’eau aujourd’hui. Jusqu’à aujourd’hui, des milliers d’enfants souffrant de cancers et autres maladies causées par les radiations doivent être hospitalisés en Irak. Tout cela est causé par l’uranium appauvri qui demeure sur place.

Une image similaire semble émerger en Syrie: ces dernières années, des champs pétroliers ont été incendiés encore et encore, des factions belligérantes ont utilisé des agents chimiques comme le sarin ou des agents chimiques incendiaires comme le phosphore blanc. La lutte pour l’eau et la destruction guerrière de la nature nous montrent clairement pourquoi l’écologie et la lutte contre la guerre et l’impérialisme sont inter-reliées. C’est pourquoi tant de groupes soutiennent les actions des 27 et 28 janvier. La guerre d’Erdogan doit être empêchée afin de sauver bien des vies, pour protéger la révolution et pour stopper toujours plus de destruction de l’environnement.

Notre réponse à la menace de la guerre doit être le renforcement de la résistance et les jours d’actions communes montrent dans quelles directions la résistance doit se développer. Cela doit être clair: le nord de la Syrie est l’affaire de toutes et tous. Le Rojava n’est pas seulement une affaire pour le mouvement anti-guerre et pacifiste ou pour les initiatives solidaires autour du Kurdistan. Il concerne tout le monde. Si nous nous comportons intelligemment, nous pouvons retourner les menaces d’Erdogan en des forces progressistes offensives et ainsi connecter entre elles les forces féministes, écologistes, socialistes et libertaires.

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Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Effondrer le colonialisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

Mobilisation Internationaliste pour la (r)évolution sociale, Paris 12 janvier

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Les GJ ne sont pas seuls !

 

Appel à une mobilisation internationaliste lors de la manifestation pour Sakine, Fidan et Leyla

 

Paris-Luttes Infos

 

8 janvier 2019

 

url de l’article: https://paris-luttes.info/pour-une-mobilisation-11427?lang=fr

 

Le 9 janvier 2013, Sakine Cansiz, Fidan Doğan et Leyla Söylemez sont assassinées par un agent du gouvernement fasciste turc en plein Paris. Elles faisaient partie du mouvement révolutionnaire kurde.

Sakine Cansiz, est un symbole de la lutte révolutionnaire au Kurdistan. L’ une des fondatrices du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Emprisonnée dans les geôles turcs durant 12 ans, elle fut battue et torturée. A sa sortie de prison, elle continua de lutter au sein de la guérilla du PKK, puis en Europe pour faire connaître la cause de son peuple. Fidan et Leyla qui sont tombées à ses cotés participaient activement au mouvement kurde en Europe. Ces trois femmes représentaient tout ce qu’un État fasciste comme celui de Recep Tayyip Erdoğan et de son parti l’AKP déteste. C’est pour cela qu’ils ont commandité leurs morts.

Mais la lutte de ces trois femmes ne s’est pas éteinte avec elles. Leur lutte continue dans les montagnes à Qendil, Zagros ou Dersim. Surtout, elle nous montre un exemple pratique de révolution au Rojava. Dans cette région du nord de la Syrie un système politique progressiste et populaire est en train de se construire. La libération des femmes y tient une place majeure. Elles sont à l’avant garde du mouvement révolutionnaire.

En ce moment, cette région est plus que jamais menacée. Après avoir combattu l’État Islamique, les forces révolutionnaires du Rojava sont maintenant sous la menace de la Turquie et de ses alliés islamistes. Des milices formées d’anciens combattants de l’EI et de Al-Qaida sont entrain de préparer l’offensive aux cotés de l’armée Turque. Pendant ce temps les forces impérialistes des États-Unis et de la Russie jouent et s’amusent avec leur alliés locaux afin de se tailler leur part du gâteau.

Tout comme ce que Sakine, Fidan et Leyla représentaient, le Rojava est une menace pour tous les états réactionnaires et pour cette raison il est prit pour cible. En temps que révolutionnaires en Europe nous devons défendre le projet révolutionnaire du Rojava et la mémoire de nos trois camarades qui ont tout donné pour la lutte.

Nous appelons à une mobilisation internationaliste lors de la manifestation à la mémoire de Sakine, Fidan et Leyla , le Samedi 12 janvier à Paris, 10h30 Gare du Nord.

Solidarité révolutionnaire avec les combattant.es au Kurdistan et en Turquie !

Vive la solidarité internationale !

Sehid Namirin !

Secours Rouge Genève

Secours Rouge Belgique

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

Déclaration des Unités de Défenses Féminines du Rojava (décembre 2018)

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Manifeste du Confédéralisme Démocratique

 

Nous défendons le nord syrien et le Rojava parce que nous croyons en un monde sans fascisme et sans patriarcat

 

Déclaration des Unités de Défenses Féminines (YPJ) du Rojava

 

Décembre 2018

 

url de l’article original:

https://www.ypjrojava.org/We-defend-Northern-Syria-and-Rojava-because-we-defend-a-world-without-fascism-and-patriarchy

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Erdogan et les fascistes de l’AKP-MHP ont montré avec les récents bombardements des gens déjà déplacés du camp de Maxmur et des Yazidis au Sengal, leur volonté d’envahir le Rojava / Syrie du Nord et d’introduire le fascisme dans le Kurdistan et au-delà. Depuis longtemps l’état turc a maintenu de fortes connexions avec Daesh / État islamique. Pour nous, il a toujours été clair qu’ils ne sont que les visages différents d’un même ennemi.

Cette unité fasciste de l’état turc, ses mercenaires et Daesh, sont confrontés par les camarades et la société ici en Syrie du Nord et dans tout le Kurdistan. Après l’invasion brutale et sans relâche d’Afrin, l’état turc membre de l’OTAN, menace une fois de plus d’attaquer la zone nord-syrienne, où la révolution sociale fait de grands pas avec ses femmes en première ligne.

Au moment où nos camarades combattent Daesh à Deir ez Zor, avançant et libérant Hajin, d’autres continuant à attaquer les envahisseurs d’Afrin, nous répondons par un cri de liberté à la menace contre la révolution. Ceci est devenu notre révolution, parce qu’en tant qu’internationalistes, nous avons appris, vu et vécu, que le peuple habitant le nord de la Syrie crée la base pour une société communale libre fondée sur la démocratie organique, l’écologie et l’égalité de genre.

L’opposition au fascisme, au féodalisme, au patriarcat et à toutes les formes d’oppression nous unifie nous les femmes de différents endroits, de différentes cultures et traditions. Nous sommes venues ici pour être confrontées à ce que cela veut dire de construire un processus révolutionnaire d’y prendre part, et de développer tout ce dont il a besoin en le défendant si besoin est.

Ce n’est pas seulement une défense physique mais aussi une défense idéologique. C’est aussi une révolution de femmes ! Le front contre l’oppression est partout.

Les relations politiques et économiques que toute organisation ou tout état maintient avec la Turquie sont de la même manière responsables de cette situation et de la guerre à venir. Un seul exemple réside dans l’état allemand qui vend des chars à la Turquie et qui maintient une “bonne diplomatie” avec les fascistes. Tout ceci contribue à ce que la Turquie continue sa tradition de coloniser et de massacrer les gens.

En tant qu’internationalistes, nous prenons les armes contre l’état turc également à cause de la collaboration d’autres états dans cette guerre. C’est pour cette raison que nous nous opposons au fascisme de manière plus forte pour défendre la révolution du Rojava. Nous partageons la même lutte avec les peuples kurdes, arabes, assyriens, turkmènes et une grande variété d’autres contre le système étatique, le patriarcat et le capitalisme. Les graines d’une vie libre sont déjà en train d’être semées dans le monde entier. Nous développerons une résistance partout. Nous avons besoin que tout le monde, camarades, se sente responsable, non pas à juste attendre la guerre mais à l’empêcher maintenant ! Le temps est venu de se dresser contre le fascisme ! Nos endroits sont nombreux tout autant que nos méthodes dans cette bataille. Garder le silence veut dire être complice, montrons du doigt nos ennemis et ciblons-les, rendons la situation visible de toutes et tous, organisons-nous, commencez à partager et à disséminer les belles idées qui sont la base fondamentale de cette révolution.

En tant que combattantes internationalistes nous pensons que nous devenons des femmes libres lorsque nous faisons face aux attaques de l’ennemi épaule contre épaule ; nous rappelant tous les camarades qui ont combattu pour la liberté jusqu’à la fin, parmi eux des milliers de femmes, notre réponse à ces menaces est celle-ci: Résistance illimitée !

Leur courage et amour pour la vie est un exemple pour nous toutes alors que nous leur emboitons le pas.

Nous vaincrons !

Longue vie à la lutte des peuples pour la liberté !

Longue vie à la résistance du Rojava et du nord-syrien !

Statement of YPJ international

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Textes complémentaires:

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Analyse politique: Redéfinir les termes d’état-nation de de nation démocratique (Commune Internationaliste du Rojava)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 26 décembre 2018 by Résistance 71

 

Discussion sur la redéfinition du terme de “nation démocratique”

 

Komun

 

27 juin 2018

 

url de l’article original:

https://komun-academy.com/2018/06/27/democratic-nation/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“En fait, la liberté et l’égalité obtenues par les nations-états ne sont que pour les monopoles comme cela est prouvé en regardant autour du monde. Les monopoles de pouvoir et de capital ne permettent jamais la véritable égalité n la véritable liberté. Celles-ci ne peuvent être acquises que par la politique démocratique d’une société réellement démocratique et protégées par le moyen de la légitime défense.”

A. Öcalan

Introduction

Dans ce qui suit, la définition apoïste (NdT: selon la pensée d’Ocalan) de nation démocratique, sera discutée ; terme qui peut être particulièrement irritant lorsqu’on connaît les paradigmes anti-nationaliste et anti-étatique du PKK (NdT: au moins depuis le début des années 2000). Pour comprendre l’utilisation de ce terme, nous devons discuter la distinction du terme “état-nation”. Ce qui suit vise à investiguer la profonde différence politique et structurelle entre les termes d’état-nation de nation démocratique, concluant sur le problème de la co-existence.

Le mouvement de libération kurde a, comme c’est bien connu, une fondation anti-étatiste et spécifiquement anti-nationaliste. Dans certains articles seront discutés les deux pierres angulaires suggérées par l’apoïsme révolutionnaire (NdT: “Apo” est le surnom d’Ocalan): le Confédéralisme Démocratique et l’Autonomie Démocratique. Il y a eu un manque flagrant de discussion sur le concept de nation démocratique qui est le modèle alternatif kurde à l’étatisme de la nation. Ce manque est probablement dû au fait que dans les sociétés européennes, le terme de nation est connecté à la fois à l’État et au nationalisme. C’est pourquoi dans cette série d’articles, nous commencerons avec le développement du nationalisme en Europe fournissant son impact sur le Moyen-Orient et reliant le tout au développement du paradigme anti-nationaliste de l’apoïsme. Le second chapitre discutera de l’idéologie politique et sociale du capitalisme et des états-nations, du développement du libéralisme économique et de son impact social.

Dans l’interprétation historique de l’apoïsme, l’antagonisme de la civilisation démocratique et de la civilisation étatique se manifeste de plusieurs façons et se reproduit à des niveaux nouveaux. Cette forme de dialectique se réfléchit dans le conflit entre la civilisation démocratique et la civilisation étatique, une contradiction qui commence avec la première nation opprimée et colonisée, les femmes, à la fin de la période néolithique. Cette lutte sera réfléchie dans la discussion sur le patriarcat et la nation. Puis seront discutées les dimensions et interprétations de la nation démocratique, concluant sur une discussion sur la coexistence ou l’extermination mutuelle des modèles. Le texte n’est pas fait pour être final mais une construction pour le développement et la compréhension de l’impact de la civilisation étatique, du nationalisme et du capitalisme sur la société et la quête d’alternatives.

Chapitre 1: État-nation et nationalisme

Comme la construction idéologique de la nation est une création de l’Europe du XVIIIème siècle, ce terme est maintenant confronté à une redéfinition totale depuis le Moyen-Orient, depuis le Kurdistan, par Abdullah Ocalan. Il déclare que les modèles européens de nation ont créé des siècles de guerres et de génocide et que l’étatisme de la nation est l’expression moderne de la modernité capitaliste. L’apoïsme voit une connexion entre l’étatisme de la nation et l’échec du marxisme-léninisme dans le soi-disant modèle de l’état socialiste et rejette les anciens concepts des mouvements de libération nationale. Il déclare: “L’analyse inadéquate de la question de l’État par l’idéologie socialiste ne fait qu’obscurcir le problème plus avant. Mais ‘avec le “droit aux nations à l’auto-détermination”[2], la vision d’un état pour chaque nation était fondamental pour que le problème s’aggrave toujours plus. “Tandis que la nation démocratique” diffère du vrai socialisme tout comme la doctrine marxiste-léniniste qui la pilote. Elle prend le droit des nations à l’auto-détermination de son enclos comme un droit bourgeois et l’inclut dans le cadre de la démocratie sociétale. En d’autres termes, la question kurde pourrait être résolue sans être contaminée par l’État, sans graviter autour de la poursuite de l’état-nation et sans être forcée dans des solutions au sein de ces catégories, cela pourrait être résolu au sein de modèles de gouvernance démocratique de la société.

Ceci est l’essence de la transformation du PKK,” [3] Ocalan critique vertement l’intégration de la nation avec l’État et le parallèle mêlant l’ethnos et le demos. Les problèmes liés à la nation et l’étatisme, notés par l’apoïsme sont de nature structurelle et peuvent être aussi observés dans le débat international sur l’état-nation. Ephraïm Nimni du Centre for the Study of Ethnic Conflict voit comme conséquence de l’état-nation que “la culture devient une marqueur quasi totalitaire pour l’unité”[4]. D’après l’anthropologue Gellner, la logique ultime du nationalisme est l’assimilation, l’expulsion et l’assassinat (nettoyage ethnique), processus dont nous avons été témoins au XXème siècle comme le schéma de base de la fondation de l’état-nation, demandant une certaine compatibilité entre l’État et la culture pour un fonctionnement politique viable. [5] L’histoire de l’Europe reflète cela très clairement.


Abdullah Ocalan

La perspective de l’état-nation souligne quatre points angulaires: le système de croyance ou religion, la culture, le marché (économique) et le langage. Le développement des états-nations modernes est étroitement connecté au développement du capitalisme moderne et de ses marchés. Les états-nation de l’Europe occidentale ont commencé doucement à remplacer les concepts impériaux du début du XVIème siècle et culminant avec la révolution française, lorsque les rois et les nobles féodaux furent conquis par la bourgeoisie. Devenir une nation devint synonyme de lutter pour des parts de marché. C’est pourquoi les états-nation se sont développés dans un contexte de conquête et de défense de marchés. Les taxes de frontières devaient être abrogées pour mettre fin à la taxation sur le capital de la bourgeoisie possédante.

La bourgeoisie a conquis roi et nobles féodaux dans la révolution de 1789. Ici peut-on voir le glissement entre le concept féodal de “mon peuple” et celui du “peuple” et la lutte pour ce que qui le “peuple” devrait être. Il est assez flagrant de constater que ce ne sont pas les opprimés, les femmes, les exploités qui pilotèrent la révolution française et en furent les vainqueurs mais la bourgeoisie avec son idéologie de libéralisme national, très connecté avec le développement du capitalisme moderne. Les nations commencèrent à se définir comme des secteurs de production et de consommation. Au début, le but fut de protéger la propriété du capital. Peu de temps après sa consolidation commença une expansion très agressive.

La nation définie comme “le peuple” demeura une idéologie liant les administrés et leurs dirigeants, les exploités et leurs exploiteurs. Comme le dit dans un entretien Jeffrey Miley: “le peuple a été utilisé par les gens du pouvoir pour justifier et obtenir un soutien populaire pour leurs projets impérialistes dans bien des pays impérialistes. Ainsi avons-nous vu la Grande-Bretagne en appeler à un concept britannique afin d’obtenir l’aval des classes travailleuses avec le projet impérialiste britannique. Ce fut aussi le cas par exemple en Russie, où un nationalisme d’état fut officiellement promulgué. Ceci est une problématique historique qui culmina en Europe dans la période de l’entre deux guerres avec la montée des fascismes, les acteurs de l’état utilisant ce facteur pour en appeler la nation à la mobilisation de masse des gens.” [6]

La bourgeoisie a développé sa propre littérature, théâtre, musique et forme artistique. Comme souvent dans l’histoire, la culture fut développée comme la négation du vieux et de l’ancien. Il y a eu des critiques du capitalisme mais la croyance dans le progrès a vite dominé les débats. Tous les critiques ne firent que critiquer une partie du système. Les philosophes et intellectuels également: Hegel, Marx et Engels ne critiquèrent pas le système dans sont entièreté mais focalisèrent leur critique sur la production. L’état-nation est une pratique culturelle qui s’impose à toutes les parties de la société. Ocalan compare le développement de l’état-nation devenant une idéologie comme une sorte de substitution à la religion. La sacralité de l’état-nation prend la place du roi par la grâce de dieu. Et les termes utilisés dans le contexte de l’état et de l’économie sont la preuve de ce statut de transformation.

Le PKK en est venu à des conclusions similaires à cause de l’historique de la subjugation au Moyen-Orient sous le nationalisme moderne. Les conséquence destructrices de l’état-nation européen se reflètent dans l’histoire de la région. Bien que l’empire ottoman, avec son idéologie religieuse islamique de légitimité fut différent des modèles européens et régna de manière féodale au travers d’élites régionales plus ou moins autonomes.

Le modèle européen a déjà eu son impact au XIXème siècle sur la région avec la période de réforme dite de Tanzimat entre 1839 et 1876, qui essaya d’établir une forme de centralisme inspirée du modèle français et mena à des révoltes et des massacres spécifiquement dans les émirats kurdes dont les privilèges autonomes avaient été abolis. [7] Au début du XXème siècle le mouvement des Comités ou Union et Progrès (CUO) avec son appel aux idéologies racistes comme le turanisme adaptées du positivisme.

Ce soi-disant turanisme, une idéologie du positivisme, développé aux côtés d’un racisme “scientifique” transformant des catégories linguistiques comme les langues ”aryenne” ou l’alto-uigurienne en une “race ouralo-altaïque” par des nationalistes finlandais ayant des liens de proximité et collaborateurs du Reich allemand culminant dans le génocide de 1,5 millions d’Arméniens entre 1914 et 1916. [8] Ceci montre la proximité du nationalisme turc avec le nationalisme ethnique se développant en Europe au XIXème siècle, spécifiquement suivant la théorie des races.[9]

De manière notoire, le projet impérial allemand du chemin de fer de Baghdad fut construit avec des déportés arméniens utilisés comme esclave dans ce projet sous des conditions mortelles. En résultat de cela, bon nombre des camps de la mort ottomans se trouvaient dans la région qui est aujourd’hui le Rojava.[10]

Le chemin de fer de Baghdad forma du moins partiellement la frontière des états nationaux à venir (NdT: dont la Syrie dans ses frontières modernes après l’éclatement de l’empire ottoman…). Nous pouvons ici clairement voir que le génocide contre les Arméniens n’est pas le résultat d’une politique ottomane mais du développement du nationalisme.[11] Alors que des nations furent définies par les marchés, les Kurdes ne firent pas partie de ce développement, ils n’avaient pas de propriété privée des moyens de production, ainsi fut employé un système colonial. Alors que le développement des états-nation évolua en Europe, l’Orient fut laissé pour compte. Les peuples orientaux n’avaient pas eu la construction bourgeoise et n’étaient donc pas capables, selon le modèle, de se développer en tant que nations.

Le développement des nations s’est produit tardivement en Orient mais les Kurdes n’en firent jamais partie. Dans les décennies qui suivirent nous voyons une politique d’assimilation et d’annihilation  contre la population kurde des deux côtés de la frontière établie par les accords (NdT: coloniaux) Sykes-Picot et la panarabisme des zones kurdes comme l’antithèse du colonialisme français et du turanisme, turquisme au sein des frontières de la (nouvelle) Turquie comme une idéologie d’homogénéité nationale et de supériorité. Le nationalisme de la Turquie fut particulièrement agressif a cause de la faiblesse de la fabrique nationale de la région. Après le 1ère GM et l’effondrement de l’empire ottoman, le Moyen-Orient fut divisé en parties qui étaient favorables aux intérêts des puissances coloniales: la Grande-Bretagne et la France.

Les états nouveaux et instables furent amalgamés de groupes ethniques et religieux variés” observe le politologue turc Haluk Gerger et “des guerres internes s’assureraient qu’ils demeurent dépendants des grandes puissances coloniales.” Les massacres et génocides mentionnés ne furent que quelques exemples mais le monisme de l’état-nation est toujours réfléchi aujourd’hui en Turquie comme avec l’intégration des migrants et le discours de la Leitkultur des pays européens, surtout en Allemagne.

Cette forme d’unitarisme peut se manifester également de manière religieuse ou sectaire. En observant le colonialisme et l’impérialisme britannique à l’œuvre en Irlande, les catégories qui consistent à être catholique ou protestant ont été utilisées de manière similaire ; définissant les identités des oppresseurs et des opprimés. De la même manière, la Turquie utilise le sunnisme pour pousser plus avant son projet impérialiste. Les penseurs de l’état-nation pensant comme ils le font toujours, eurent la haute probabilité de créer une mentalité collective autoritaire, moniste et nationaliste.

Ocalan critique sévèrement ce mode de compréhension:La compréhension qui lie la nation avec un langage commun, une culture, un marché ou une histoire est descriptive de l’état-nation et ne peut pas être généralisée, c’est à dire réduite à une compréhension unique de la nation. Cette compréhension de la nation, qui fut aussi reconnue par le véritable socialisme, est à l’opposé de la nation démocratique. Cette définition, comme développée par Staline pour la Russie soviétique, est une des principales raisons de la dissolution de l’URSS. Si cette définition de la nation, rendue absolue par la modernité capitaliste, n’est pas abandonnée, alors la solution à tous les problèmes nationaux continuera de se heurter à un mur d’impasse. Le fait que les problèmes nationaux ont persisté ces derniers trois cents ans est étroitement lié à cette définition absolutiste inadéquate.”[12]

A suivre…

[1][1] As used in the Turkish and Kurdish language discussion on the ideology developed by the imprisoned chairman of the PKK, Abdullah Öcalan, we use the widely known Kurdish short form of his name “Apo” and connect it with the suffix marking an ideology –ism – in a similar form as the terms Marxism or Trotskyism are used – as Apoism is a political theory developed by a unique thinker and practitioner.

[2] Öcalan, Abdullah, 2016, p. 19

[3] Öcalan, Abdullah, 2016, p. 19-20

[4] Nimni2013: 5

[5] Gellner 1997: 239–240

[6] http://kurdishquestion.com/index.php/kurdistan/dr-jeffrey-miley-a-middle-east-beyond-oppressive-nation-states-and-imperialism-is-possible-rojava.html

[7] McDowall, David, 2004, p. 47ff.

[8] Cf. Gottschlich, J., 2015.

[9] Hanioglu, M.S., 1995,  p.209 f.

[10] Cf. Gottschlich, J., 2015, p. 236ff.

[11] Cf. Gellner, 1997, p. 84.

[12] Öcalan, Abdullah, 2016, p. 19-20

 

Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

JP-Marat_Les_chaines_de_lesclavage_Ed_Fr_1792

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Un monde sans argent: le communisme

Manifeste contre le travail

la-sixta

confederalisme_democratique (Abdullah Ocalan version abrégée)

Appel au Socialisme Gustav Landauer


Notre dossier Rojava

Nouvelles de la Commune Internationaliste du Rojava…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 21 décembre 2018 by Résistance 71

Il n’y avait plus de nouvelles sérieuses filtrant du Rojava depuis un bon moment. Les seules infos disponibles émanant d’entités impérialistes  ou de l’état syrien, il était particulièrement difficile de savoir de quoi il retournait de l’intérieur. Il y a eu une tentative de récupération yankee de la révolution sociale avec depuis 2016 cette affaire de « charte / contrat social du Rojava » qui n’a rien à voir avec le Confédéralisme Démocratique tel que mis en place depuis 2012, à l’instigation de cadres renégats ayant créé un parti et bouffant au râtelier de l’impérialisme occidental.
Depuis quelques mois, des informations plus crédibles parviennent du terrain, certaines sont en anglais que nous nous efforcerons de traduire plus régulièrement en 2019, d’autres sont déjà diffusées en français.
Les nouvelles récentes font état des Yankees qui évacueraient la zone et leurs bases militaires (ce qui demeure à vois s’ils le feront), mais cela serait aussi pour laisser le champ libre à l’attaque impérialiste turque…
Ci-dessous un article d’analyse de la situation au Rojava et de la Commune Internationaliste résultant de la mise en application du Confédéralisme Démocratique tel que prôné par son fondateur Abdullah Ocalan depuis la fin des années 90. Ci dessous également, le texte entier et sa version abrégée en format PDF. La Commune du Rojava, à l’instar des Zapatistes du Chiapas soutiennent le mouvement des Gilets Jaunes. Nous sommes entrés dans le domaine du Réseau de Résistance et de Rébellion International tel qu’envisionné par les Zapatistes !…

~ Résistance 71 ~

Texte intégral du confédéralisme démocratique d’Abdullah Ocalan (2011):

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Notre version abrégée de 2015:

confederalisme_democratique

 

Dépolitiser la liberté: Les tentatives impérialistes de séparer le Rojava d’Ocalan

 

Ali Ciçek

 

14 décembre 2018

 

Source: 

https://komun-academy.com/2018/12/14/depoliticizing-freedom-imperialist-attempts-to-separate-rojava-from-ocalan/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

L’année 2018 a commencé avec une invasion de la Turquie et de ses mercenaires et par l’occupation de la ville d’Afrin au Rojava dand le nord de la Syrie et se termine de manière assez similaire. Alors que des prisonniers kurdes dans les prisons turques et des activistes du monde entier sont en grève de la faim pour la cause d’Abdullah Ocalan, le président turc Erdogan menace une nouvelle fois d’une autre intervention militaire turque à l’Est de l’Euphrate à laquelle la Fédération Démocratique du nord-syrien a répondu par un état d’urgence. Cette année a aussi vu des attaques idéologiques contre le mouvement de liberté kurde, au Kurdistan, aussi bien qu’en Europe, particulièrement en Allemagne.

Afrin, Öcalan et 25 ans d’interdiction du PKK

Observons trois exemples très significatifs de ce qui peut être décrit comme des attaques idéologiques et leurs conséquences. Par exemple, un très grand nombre d’actions de solidarité se sont déroulées pendant les deux mois de la résistance d’Afrin au début de l’année. Beaucoup des slogans qui furent entonnés pendant ces manifestations le furent en faveur de la libération d’Abdullah Ocalan. Je peux me rappeler les réactions de quelques participants de ces manifestations vers le vieux slogan “Bijî Serok Apo” (longue vie au leader Apo) [Apo étant le petit nom affectueux donné à Ocalan].

Ils dirent: “Nous sommes ici pour Afrin et le Rojava. Ne chantons que des slogans ayant un rapport avec cela. Qu’est-ce qu’Ocalan a à voir avec Afrin ?” L’année 2018 a marqué les 25 ans de l’interdiction du PKK (NdT: Parti Ouvrier Kurde d’obédience marxiste jusqu’à la fin des années 90, communaliste libertaire depuis l’emprisonnement de son leader Ocalan en Turquie) en Allemagne, ce pourquoi bon nombre de manifestations furent organisées dans ce pays. Dans les discussions au sujet des formes possibles de protestation pour marquer cet anniversaire et au vu de la criminalisation et de la persécution accrues des activistes kurdes et des structures de solidarité, une tendance se cristallisa en faveur de l’approche suivante: “Ne nous focalisons pas sur le PKK. Le YPG et le YPJ sont plus socialement acceptés en Allemagne. Des actions pour lever l’interdiction des symboles du YPG et du YPJ ont plus de chance de réussir.

L’année a aussi vu un accroissement de la coopération entre les activistes kurdes et les mouvements actifs de gauche en Allemagne. Des discussions communes, des séminaires et des conférences furent organisés au sujet du Confédéralisme Démocratique.

Des centres culturels kurdes furent utilisés comme endroits communs d’éducation. Ces pièces sont souvent décorées de drapeaux kurdes, de portraits d’Ocalan et autres personnalités centrales de la lutte kurde pour la liberté. Voici la réaction d’une personne envers ces drapeaux et portraits d’Ocalan: “Pourquoi accrocherait-on des drapeaux et des photos d’Ocalan, du PKK et du YPG/YPJ les uns à côté des autres ? Ne sont-ce pas ces mêmes images que l’état allemand utilise pour les amalgamer ensemble ?

La bataille entre la modernité démocratique et capitaliste

Beaucoup de discussions se tinrent au sujet de l’occupation d’Afrin et de ses conséquences. La violation flagrante de la loi internationale est une honte pour la “communauté internationale” ; mais la résistance d’Afrin avec ses plus de 1000 combattants tombés démontra aux forces démocratiques, une fois de plus, que le combat du mouvement de la liberté kurde en général et de la révolution du Rojava en particulier, représentent une bataille entre deux visions du monde, entre le socialisme et le capitalisme, entre la modernité démocratique et la modernité capitaliste.

Politiquement, on peut parler de trois lignes ou acteurs dans notre évaluation: d’un côté il y a les puissances hégémoniques comme les Etats-Unis, la Russie et les pays de l’UE ; puis il y a les états-nations régionaux comme la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie et enfin, les communautés locales, les hommes, les femmes, les travailleurs, les identités opprimées et les sections sociétales.

Alors que les deux premiers acteurs sont essentiellement préoccupés à se partager le gâteau moyen-oriental et de s’approprier le plus pour chacun dans le processus, le troisième acteur a des intérêts totalement différents, à savoir la démocratisation et la libération définitive du joug de la détermination étrangère. Il y a donc deux lignes idéologiques majeures: celle des états capitalistes qu’is soient globaux ou régionaux d’un côté et celle des peuples de l’autre, qui pour la première fois sont parvenus à libérer un espace au Rojava pour se déterminer eux-mêmes.

La révolution est-elle en marche ?

Une grande part de la discussion se concentra sur l’alliance tactique militaire de l’Auto-Administration Démocratique en Syrie du Nord avec les Etats-Unis impérialistes. Cette alliance commença avec la résistance de Kobané et atteignit son pic militaire avec la libération de Raqqa. Des spéculations furent émises au sujet du futur du projet démocratique après la bataille de Raqqa, car “l’ennemi commun”, soi-disant “État Islamique” serait bientôt battu. La question se posa: la révolution continuera t’elle son chemin ou sera t’elle intégrée dans le système mondial capitaliste ?

L’ennemi indéfectible des Etats-Unis

Les révolutionnaires du Rojava insistèrent sur leur vision du futur de la région en arborant une immense bannière à l’effigie d’Abdullah Ocalan dans le centre de la ville de Raqqa devant laquelle posèrent des centaines de femmes combattantes des Unités de Défense Féminines (YPJ) afin de déclarer officiellement la libération de la ville en tant que victoire pour toutes les femmes du monde.

Les Etats-Unis réagirent immédiatement par un communiqué du Pentagone qui montrait leur stratégie du long-terme: “Le PKK a été désigné comme une organisation terroriste étrangère par les Etats-Unis depuis 1997 et nous continuons de regarder le PKK comme un agent déstabilisateur dans la région. Les Etats-Unis continuent de soutenir notre allié la Turquie membre de l’OTAN dans sa lutte de plusieurs dizaines d’années contre le PKK et reconnaissent les vies turques perdues dans ce conflit. […] Nous condamnons l’exposition en public de l’effigie du fondateur et leader du PKK Abdullah Ocalan pendant la libération de Raqqa.

Les commentateurs politiques ont interprété cette déclaration des Etats-Unis comme étant essentiellement dirigée vers leur partenaire de l’OTAN, la Turquie. Mais un point de vue considérant les dimensions idéologiques de ce développement nous aidera à comprendre le problème derrière la façade géopolitique. Ce furent ces mêmes Etats-Unis qui, il y a maintenant près de 20 ans, menèrent et exécutèrent cette conspiration internationale contre Abdullah Ocalan. Ocalan, en tant qu’architecte du PKK, du paradigme du Confédéralisme Démocratique et de la révolution du Rojava, personnifie l’ennemi mortel des Etats-Unis.

Ce fut lui qui, après l’effondrement du vrai socialisme et de l’intégration des mouvements de libération nationaux au sein du système étatique, aussi bien après qu’il eut “prophétisé” la “fin de l’histoire”, déclara: “Insister sur le socialisme veut dire insister sur être humain.

En 1991, l’ancien premier ministre turc Bülent Ecevit, a admis après le kidnapping et l’arrestation d’Ocalan qu’il n’avait toujours pas bien compris pourquoi les Etats-Unis l’avaient remis à la Turquie. Ces mots démontrent le rôle mineur que joua la Turquie dans la conspiration internationale contre Ocalan.

Dans le même temps, dans ses travaux de rédaction entrepris depuis son île prison d’Imrali, Ocalan explique en détail que le système capitaliste l’accuse et le condamne dans son identité d’anti-capitaliste.

La seconde étape de la conspiration internationale 

20 ans ont passé depuis le début de cette conspiration internationale. L’emprisonnement d’Ocalan ne fut qu’une dimension du concept de la destruction du PKK.

L’autre dimension fut de tenter de marginaliser la ligne socialiste au sein du PKK, qui se manifestait au travers du personnage d’Ocalan, et ce afin de mettre en exergue et de renforcer ses éléments libéraux. La tentative fut de créer un PKK qui serait dans le moule de la conception américaine du “Moyen-Orient élargi”, un PKK qui se retire de sa lutte de guérilla, soi-disante vieille méthode n’ayant plus cours au XXIème siècle, un PKK qui ne demanderait plus cette question cruciale du “Comment vivre ?…”

La conspiration internationale a échoué en ce sens. Pourtant, au cours de ces 20 années, il y a eu des tentatives constantes d’annihiler le PKK. Une des stratégies principales est de tenter de liquider et de fragmenter le leadership du mouvement kurde.

En parallèle de cette conspiration internationale, des campagnes sous le slogan “Oui au PKK, non à Apo !” furent lancées. Ces tentatives atteignirent un nouveau niveau en 2018, voilà pourquoi nous pouvons nous référer à cette nouvelle étape comme celle de la seconde étape de la conspiration internationale. Mis à part les attaques physiques brutales sur les zones libérées tel le canton d’Afrin ou des campagnes d’assassinats ciblés comme celui du membre du conseil exécutif du KCK Zekî Sengalî en août de cette année à Sengal (Sinjar), par une attaque de drone au travers de la frontière avec l’état turc, nous devons aussi considérer les attaques idéologiques.

L’isolation complète et continue d’Abdullah Ocalan et la tentative de normaliser son emprisonnement sont symboliques de cette seconde étape de la conspiration internationale. En plus vient se greffer la décision des Etats-Unis de mettre des récompenses sur les têtes de trois personnalités importantes de la lutte kurde pour la liberté: Duran Kalkan, Cemil Bayik et Murat Karayilan. Les premiers commentaires en ce qui concerne cette décision américaine ont insisté sur ce que les Etats-Unis voulaient rassurer la Turquie à la lumière de leur coopération avec les forces kurdes.

Mais par essence, l’intention est de mettre en place une solution militaire contre le PKK suivant ce qui fut appelé le modèle de la “solution Tamil” (NdT: au Sri Lanka). Après tout, c’est le PKK et sa vision d’un Moyen-Orient démocratique qui constitue un gros obstacle à la refonte capitaliste et impérialiste de la région. Les Etats-Unis n’essaient même pas de cacher leurs intentions.

Ainsi, le document d’un think tank américain fut publié à la mi-2016, qui formulait on ne peut plus clairement une stratégie pour libéraliser le potentiel révolutionnaire de la région du Rojava. La thèse centrale de cet article stratégique argumente que les acteurs politiques principaux en Syrie du nord, comme le Parti d’Union Démocratique (PYD), doivent être coupés du PKK et de son idéologue Abdullah Ocalan (NdT: d’où sans aucun doute cette traître initiative de la formulation en 2016 de la “charte / contrat social du Rojava”, se voulant un ersatz du confédéralisme démocratique et menée vraisemblablement par des traîtres à la révolution sociale kurde)

L’impérialisme américain a beaucoup d’expériences et de moyens pour asphyxier les mouvements démocratiques ayant des vues et actions anti-capitalistes dans le système des états-nations. La campagne de diffamation envers le PKK et  le moment choisi, les millions de dollars de récompenses sur les têtes des leaders du PKK qui jouissent d’une très grande popularité dans le peuple et la société kurdes ou la réaction des Etats-Unis au déploiement de la bannière à l’effigie d’Ocalan lors de la libération de Raqqa, exprimant que celui-ci n’était en aucun cas une personne respectable, sont tous des aspects qui peuvent être compris dans ce contexte bien particulier.

Le rôle de l’Allemagne

A part les Etats-Unis, des pays comme la Grande-Bretagne, Israël, la Russie, la Grèce et l’Allemagne ont aussi joué un rôle décisif dans la conspiration internationale qui a mené à l’enlèvement d’Abdullah Ocalan en février 1999. Durant cette affaire en Europe, l’Allemagne a émis une interdiction de séjour envers Ocalan.

A cette époque, un mandat d’arrêt allemand contre Ocalan était actif, ce qui aurait demandé son arrestation et extradition vers l’Allemagne en accord avec la loi existante. Mais la loi fut négligée et l’extradition vers l’Allemagne fut refusée. Le gouvernement allemand refusa l’asile à Ocalan et signala aux autres gouvernements européens de faire de même.

Accorder l’asile à Ocalan et le poursuivre judiciairement en Allemagne aurait voulu dire de porter les contradictions historiques et sociales au centre de l’Europe. C’est pourquoi tous les états impliqués jouèrent un rôle distinct dans cette “conspiration internationale”.

Dans cette même veine, l’Allemagne continua de soutenir matériellement l’état turc contre la société kurde, le PKK et l’idée du Confédéralisme Démocratique en 2018. Nous connaissons tous ces images des chars allemands Léopard à Afrin ou le tapis rouge déroulé pour la visite d’Erdogan en Allemagne. Beaucoup a déjà été écrit sur la coopération économique entre l’Allemagne et la Turquie.

Observons donc plus particulièrement la confrontation idéologique de l’Allemagne avec la société kurde et son avant-garde du mouvement de la liberté kurde.

L’histoire des attaques idéologiques contre le mouvement kurde a commencé bien avant l’interdiction maintenant vieille de 25 ans du PKK en Allemagne. L’activiste kurde Mehmet Demir a dit au bureau d’information de Berlin du Civaka Azad:

“La première attaque physique de l’état se produisit en 1986. Le 21 mars 1985, le Front National de Libération du Kurdistan (FNLK) fut formé. Son premier anniversaire qui coïncide avec notre nouvel an, Newroz, devait être célébré au Mercatorhalle dans la ville de Duisbourg. Ce jour là, les autorités allemandes fermèrent les accès autoroute vers la ville.

Les gens qui voulaient se rendre à la première célébration en bus, furent violemment tirés des véhicules et furent mis à terre, face contre le sol alors qu’ils étaient fouillés individuellement. La raison pour cette attaque excessive fut, on l’apprit plus tard, une rumeur au sujet qu’Abdullah Ocalan ferait partie des participants et y ferait un discours.

La division internationale du travail

La guerre et les massacres au Kurdistan, aussi bien que la répression internationale contre le mouvement de la liberté kurde, furent organisés dans le cadre de l’OTAN sous le couvert de maintenir les “relations bilatérales”, ce qui semble être requis par l’alliance OTAN. L’Allemagne fut et continue d’être partie de cette guerre.

Tout comme chaque état joua un rôle différent durant la conspiration internationale il y a 20 ans, la seconde étape qui se déroule maintenant comprend aussi une division internationale du boulot afin d’affaiblir et d’éliminer le mouvement pour la liberté kurde. Tandis que les Etats-Unis interviennent idéologiquement au Moyen-Orient comme nous l’avons décrit ci-dessus, afin d’influencer la société kurde dans sa tentative de l’aliéner du PKK et d’Ocalan, les efforts en Europe et spécifiquement en Allemagne, ciblent la diaspora kurde de l’étranger.

Les exemples mentionnés au début de l’article montrent les tentatives en Allemagne de séparer le PKK d’Ocalan, représentants de la politique auto-confiante kurde ayant des aspirations démocratiques universelles, de la société kurde et de la révolution du Rojava. Même si les méthodes peuvent différer, l’intention demeure essentiellement la même. En comparaison du Moyen-Orient, l’Allemagne utilise des méthodes plus subtiles comme la criminalisation, les interdictions, les campagnes de diffamation et ces deux dernières années, dans le contexte de circulaires du ministère de l’intérieur fédéral, des jeux arbitraires avec la loi allemande pour mettre en place créativement une interdiction du PKK.

Le pouvoir du mouvement pour la liberté kurde, qui lui a permis de contourner et de surmonter la conspiration internationale de 20 ans à son encontre, ainsi que de surmonter tous les concepts d’annihilation qui furent lancés contre lui, repose sur sa confiance en son propre pouvoir et sa forte base sociétale.

Alors qu’il y a presque un an la modernité capitaliste personnifiée par la Turquie a attaqué les résultats démocratiques faits à Afrin, la société kurde passa à l’offensive pour briser l’isolation de la prison d’Imrali avec des implications ratissant très large: avec toutes les grèves de la faim entreprises en parallèle des manifestations civiles, la société kurde dit haut et clair:

“Oui au PKK et oui à Apo !” Avec cette détermination, la société kurde du nord de la Syrie et dans d’autres parties du Kurdistan ainsi que dans la diaspora, va confronter la menace des attaques turques sur le Fédération Démocratique du nord et de l’Est syrien.