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Leçon zapatiste d’autonomie politique dont les Gilets Jaunes devraient s’inspirer…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 16 septembre 2019 by Résistance 71


Zapatistes + Gilets Jaunes = Convergence

 

L’autonomie zapatiste avance et nous interpelle

 

Jérôme Baschet

 

Septembre 2019

 

url de l’article original:

https://www.lavoiedujaguar.net/L-autonomie-zapatiste-avance-et-nous-interpelle

 

Au Chiapas, le mois d’août a apporté une nouvelle réjouissante qui devrait susciter l’intérêt de toutes celles et ceux qu’atterrent l’emballement productiviste et sa spirale destructrice. Dans un contexte pourtant difficile, marqué par la nécessité de défendre leurs territoires face aux mégaprojets très offensifs du nouveau gouvernement mexicain, les zapatistes ont annoncé d’importantes avancées dans la construction de leurs instances d’autogouvernement, ainsi qu’une nouvelle phase d’échanges et d’interactions avec d’autres luttes, au Mexique et ailleurs.

Quatre nouvelles communes autonomes viennent s’ajouter aux vingt-sept qui existaient depuis 1994 et sept nouveaux caracoles [1], avec leurs « conseils de bon gouvernement » respectifs, s’ajoutent aux cinq déjà créés en 2003. Tout en invitant à participer à la construction de ces nouveaux caracoles (selon des modalités qui seront précisés ultérieurement), le même communiqué, signé par le sous-commandant Moisés, porte-parole de l’EZLN, annonce une impressionnante salve de rencontres, nationales et internationales : un Forum pour la défense des territoires et de la Terre-Mère, avec le Congrès national indigène et le Conseil indien de gouvernement, en octobre prochain ; un festival de cinéma « Puy ta Cuxlejaltic », prolongeant une initiative inaugurée en novembre dernier ; plusieurs rencontres consacrées aux arts, dans la suite des « pARTage pour l’humanité » organisés depuis 2016, mais cette fois spécifiques à chaque domaine, en y incluant la littérature ; une nouvelle rencontre pour débattre des sciences (« ConCiencias »), sans oublier, cette fois, les sciences sociales ; d’autres séminaires pour disséquer la Tourmente qui vient, dans le prolongement des débats engagés en 2015 avec « La pensée critique face à l’hydre capitaliste » ; une rencontre internationale des femmes qui luttent, comme celle que les femmes zapatistes avaient organisées seules, et sans la présence des hommes, en mars 2018 dans le caracol de Morelia [2] ; et d’autres initiatives encore à préciser et à imaginer. Enfin, ce même communiqué appelle à reprendre les discussions en vue de former un Réseau planétaire de résistances et de rébellions, permettant échanges et appui mutuel dans le respect de l’hétérogénéité des manières de penser et de lutter. Si de multiples initiatives en la matière sont souhaitables, les zapatistes indiquent que, plutôt que d’organiser une grande rencontre internationale, comme ils l’ont déjà fait par le passé, ils susciteront, cette fois, de petites rencontres « bilatérales » avec des groupes, collectifs et organisations impliquées dans les luttes sœurs, de par le monde.

On pourra être surpris par ces annonces, surtout si l’on se rappelle que, le 31 décembre dernier, les zapatistes avaient opté pour un repli face aux menaces gouvernementales, non sans rappeler leur capacité à défendre leurs territoires en cas d’attaque. Peut-être le premier geste, défensif et militaire, était-il nécessaire pour tenir les menaces à distance et permettre ensuite de faire un pas de plus dans la construction, civile, de l’autonomie. Sans doute fallait-il éviter de s’enfermer dans le piège d’un retrait et d’un silence trop prolongés. En tout cas, on aurait tort de croire que le contexte a profondément changé et que la tension provoquée par les mégaprojets lancés par Andrés Manuel López Obrador est retombée. Au Mexique, les attaques contre les territoires indiens et les assassinats de ceux qui les défendent se poursuivent. Le fait que les nouvelles initiatives zapatistes soient présentées comme une campagne dénommée « Samir Flores est vivant » — du nom de l’un des responsables indiens de la communauté d’Amilcingo (État de Morelos), froidement assassiné en février dernier pour participer à la lutte contre un projet de centrale thermoélectrique — est le rappel explicite de cette situation [3].

Les annonces qui viennent d’être faites sont incontestablement un signe de vitalité de l’autonomie zapatiste, capable de se projeter dans de nouveaux espaces qu’il faudra être en mesure de soutenir et de faire vivre, grâce à l’effort de toutes et de tous, et en particulier des nouvelles générations nées depuis le soulèvement de 1994 (« nous avons grandi et nous sommes devenus plus forts », disent les zapatistes, qui insistent aussi sur le rôle majeur des femmes dans les étapes récentes de l’autonomie). Mais il ne faut pas négliger le fait que cette action aux allures « offensives » (quoique civile) répond aussi à un besoin défensif. Elle est un autre moyen de répondre — par la construction et le renforcement des espaces autonomes — aux menaces qu’impliquent les grands projets du gouvernement mexicain, notamment le très mal nommé « Train maya », le « couloir transocéanique » de l’isthme de Tehuantepec (avec notamment les gigantesques parcs éoliens qui affectent les communautés de la côte Pacifique, et dans lesquels EDF est impliquée) ou encore la généralisation de plantations d’arbres fruitiers qui tentent de pénétrer les régions zapatistes. À cela, il faut ajouter le déploiement de la Garde nationale, corps de maintien de l’ordre militarisé tout juste créé par López Obrador : au total, ce sont onze mille nouveaux effectifs qui doivent prendre position au Chiapas, notamment pour contribuer à l’application des politiques migratoires imposées par les États-Unis (mais on peut remarquer que huit de ses treize bases au Chiapas sont situées dans les régions marquées par la présence zapatiste).

Même si on manque pour le moment d’informations sur la manière dont vont s’organiser les nouveaux « centres de résistance autonome et de rébellion zapatiste » [4] naissants, on peut supposer qu’ils répondent à des situations en partie différentes. Dans les zones où l’autonomie zapatiste est implantée depuis longtemps, de nouveaux caracoles devraient permettre d’en reconfigurer et d’en améliorer l’organisation. L’affirmation n’exclut pas, dans certains cas, un geste de défi : l’un des nouveaux centres va s’implanter à San Quintin, à proximité de l’une des principales installations de l’armée fédérale dans la forêt Lacandone, tandis que le Cideci-Université de la Terre, désormais transformé en caracol, regarde directement vers le monde urbain de San Cristóbal de Las Casas. Dans d’autres cas, l’autonomie s’affirme là où, jusqu’à présent, elle n’était pas explicitement présente, par exemple avec deux nouvelles communes autonomes assez éloignées des principales zones d’influence zapatistes : à Motozintla, près de la frontière guatémaltèque, mise à rude épreuve par les diktats trumpistes, et à Chicomuselo, région secouée par la résistance face à l’exploitation minière. Ailleurs, comme à Amatenango del Valle, de nouveaux centres se forment là où les communautés zapatistes étaient déjà bien implantées, mais sans s’être jusqu’à présent constituées en communes autonomes. Enfin, certaines localisations suggèrent une volonté de favoriser une plus grande interaction entre zapatistes et non-zapatistes dans la construction de l’autonomie — par exemple avec le caracol de Tila, petite ville qui s’est déclarée autonome il y a trois ans, sous l’égide du Congrès national indien.

Mais qu’est-ce que l’autonomie pour les zapatistes ? Loin de toute intention de se séparer du Mexique ou de s’enfermer dans une pure identité indienne, il s’agit pour ces femmes et ces hommes, mayas pour la plupart, de défendre une manière de vivre qu’ils ressentent comme leur, qui s’ancre dans un territoire singulier, préserve les liens de solidarité et d’entraide communautaire, fait valoir le respect du vivant qu’impose l’appartenance des humains à la Terre-Mère. Conscients que les politiques étatiques sont les vecteurs de la normalisation économique néolibérale, des grands projets destructeurs et de l’imposition des logiques de marché (transformation de la propriété sociale de la terre en propriété privée, primat des filières agro-industrielles, essor du consumérisme à travers des politiques de crédit agressives, etc.), ils en ont conclu qu’il n’y avait pas d’autre moyen, pour préserver ce à quoi ils tiennent, que d’entrer en sécession vis-à-vis du monde de l’économie et des institutions étatiques qui le soutiennent. C’est pourquoi ils ont élaboré leurs propres formes d’autogouvernement, avec des assemblées et des instances élues au niveau tant des villages et des communes autonomes que des régions qui en permettent la coordination. C’est pourquoi aussi, malgré d’immenses difficultés matérielles et dans un contexte largement adverse, ils ont créé de toutes pièces leur propre système de justice, de santé et d’éducation.

L’autonomie telle que la conçoivent les zapatistes consiste à se gouverner par soi-même, de sorte que la vie quotidienne s’organise conformément aux choix des habitants concernés. Cela suppose de se tenir à distance des institutions étatiques, désormais subordonnées aux logiques économiques qui entraînent le monde vers sa destruction accélérée. L’autonomie zapatiste récuse donc les cadres de la politique classique, fondée sur le principe de la représentation et centrée sur les partis et la compétition électorale pour le contrôle de l’appareil d’État. Elle déploie une autre politique qui part d’en bas, s’ancre dans les lieux de vie concrets et prend pour base la capacité des personnes ordinaires à s’organiser et à décider par elles-mêmes. Refus de la politique d’en haut et quête d’une politique d’en bas : il semble bien y avoir là un terrain d’affinité avec les aspirations qui se sont fait jour durant le soulèvement des GILETS JAUNES. (NdR71: les majuscules sont rajoutées par nos soins). À l’entrée des territoires zapatistes, de modestes panneaux expliquent : « Ici, le peuple dirige et le gouvernement obéit ». N’est-ce pas là l’expression d’une puissance populaire retrouvée et effectivement manifestée, en flagrant contraste avec la dépossession politique de plus en plus largement éprouvée par les habitants des démocraties représentatives ?

Les raisons ne manquent pas de s’intéresser à l’autonomie zapatiste, patiemment construite au cours des vingt-cinq dernières années. C’est aussi pourquoi l’appel à débattre de la formation d’un réseau planétaire de résistances et de rébellions devrait retenir l’attention de celles et ceux qui ne se résignent pas à la destruction du monde et qui considèrent qu’il n’y a pas d’autre moyen, pour tenter de l’interrompre, que de faire croître nos forces pour affronter l’hydre capitaliste et bloquer les rouages du monde de l’économie.

Notes

[1] Le terme signifie « escargot », la spirale étant très importante dans l’imaginaire maya-zapatiste. Les caracoles sont les centres régionaux de coordination où siègent les conseils de bon gouvernement et où sont réalisées les activités politiques et culturelles associant plusieurs communes autonomes.

[2] Voir « Première rencontre internationale, politique, artistique, sportive et culturelle des femmes qui luttent » (8-10 mars 2018, caracol de Morelia, Chiapas).

[3] « Au Mexique, les zapatistes du Chiapas s’opposent aux grands projets nuisibles ».

[4] Cette dénomination nouvelle englobe à la fois les communes autonomes et les caracoles.

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Lectures complémentaires:

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Effondrer le colonialisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

 

Manifeste pour une Plateforme Autonome Internationale (IAP)

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Qu’est ce que la Plateforme Autonome ?

La Plateforme Autonome se veut créatrice de liens entre individus et organisations révolutionnaires, autour de la destitution de l’idéologie du pouvoir, c’est-à-dire de la domination des un.e.s par les autres, que ce soit sur des critères économiques, sociaux, culturels, religieux, de genre, sexuelles, etc.

Un des objectifs majeurs de cette Plateforme est la création d’espaces révolutionnaires : des espaces de socialisation et d’organisation dans le but de poursuivre un idéal révolutionnaire que l’on sait impossible à atteindre.

Ces espaces ont pour but de s’étendre et de supplanter le monde existant en le destituant, c’est-à-dire en le rendant obsolète. Ils ne doivent en aucun cas être coupé de ces institutions, le repli sur soi ou sur une communauté n’étant pas un acte pouvant conduire à une révolution.

La Plateforme n’est pas un Parti, elle ne donne pas de directive, elle se veut être un organe de coordination des groupes autonomes pour amener à la destitution du monde. Elle n’a pas de forme définitive, et est amenée à se désagréger petit à petit une fois ses objectifs remplis.

Pour rejoindre la plateforme :

 

 

Manifeste pour une plateforme autonome internationale

 

I.A.P (International Autonomous Platform)

 

Juin 2019

 

source de l’article en français: https://interap.noblogs.org/french/

 

[Ce manifeste n’est pas le manifeste de la Plateforme Autonome, car celle-ci n’existe pas encore mais en cours de construction. Il appelle à la constitution de la Plateforme, et tente de définir et d’expliquer son utilité, sa structure possible et ses objectifs.]

« Est révolutionnaire toute action qui conduit effectivement à la révolution ».

L’insurrection n’est pas la révolution. L’émeute n’est pas l’insurrection. Si émeute et insurrection ont des bienfaits du point de vue du renforcement du lien au sein d’un groupe et participe à créer un sentiment de solidarité commun entre les participant.e.s et/ou spectateurs et spectatrices, ces coups d’éclats sont loin d’avoir la portée que nos poèmes et constats théoriques leur donnent. Il faut questionner le potentiel constructif qu’engendre la destruction du point de vue révolutionnaire. Sans lien concret et quotidien entre les gens et les lieux dans lesquels ils évoluent, l’instant insurrectionnel ou émeutier est voué à se reproduire sans autre achèvement qu’une solidarité lointaine qui, si elle fut une grande réussite et un grand pas dans les luttes récentes (de la Loi Travail aux Gilets Jaunes), peine à dépasser son cadre temporel et géographique.

Critique de l’émeute : le problème du temps et de l’espace.

Le temps d’abord, car une fois la dispersion de la dernière manif sauvage l’élan est rompu. On recommencera certes la prochaine fois, avec plus ou moins de fulgurance et de réussite, c’est selon, mais on ne dépassera pas le stade dans lequel nous avions laissé la dernière émeute. Casser plus peut avoir un impact important dans l’instant par exemple, comme le démontre l’émeute du samedi 16 Mars qui fut suivi par une forte réaction politico-médiatique ainsi que d’une solidarité très forte du côté des Gilets Jaunes, qui fustigeaient en grande majorité les « black blocks » et autres « casseurs » il y a de cela quelques mois. Cependant, le stade de construction reste le même, ou plutôt, il se cantonne aux mêmes domaines, à savoir une construction lointaine de la solidarité entre personnes et groupes isolé.e.s les un.e.s des autres. Cette affirmation se vérifie dans de nombreux cas de figures, que ce soit pour des mobilisations qui se répètent – un jour par semaine par exemple, ou pour des mobilisations continues sur plusieurs jours. Le G20 d’Hambourg fut, pour beaucoup de militants, un climax phénoménal par exemple. Pendant une semaine entière la ville fut rythmée par nos actions, jusqu’à ce que le quartier de Sankt Pauli devienne la capitale mondiale de l’émeute pour une nuit un vendredi. Aujourd’hui, que reste-t-il de cela, si ce n’est des souvenirs et un romantisme nostalgique ?

L’espace est également un paramètre clé pour comprendre la stagnation de nos actions et de leurs résultats. Nous n’avons pas d’espace révolutionnaire en milieu urbain, si ce n’est l’espace créé par l’émeute, mais qui ne devient jamais au mieux qu’insurrectionnel, cet espace étant cantonné au temps de l’émeute. La rue n’est à nous que lorsque l’on crie qu’elle l’est, et encore, bien souvent elle ne l’est que le temps que prennent les camions de CRS pour se mettre en marche.

Le temps de l’émeute empêche l’espace révolutionnaire de se créer, et créer un temps révolutionnaire nécessite de dépasser l’espace de l’émeute.

Il faut donc construire un autre espace-temps, dans lequel l’émeute et la création de solidarité qui en découle ont bien entendu une place importante, mais dans lequel l’instant de l’émeute dispose d’un avant, d’un pendant et d’un après. Concrètement – pour quitter la théorie rébarbative qui marque bien souvent les organisations en cours de formation, il nous faut des espaces révolutionnaires. Ces espaces sont des groupes et/ou organisations qui occupent des lieux concrets. Des lieux ancrés dans des territoires fermes (bâtiments, quartiers, etc.) et des réseaux de communication (réseaux sociaux, conversations, etc.) permanents dans lesquels se retrouver, se préparer, et échanger ; mais plus important encore, il faut une structure qui relie ces points pour former un seul et même espace, une plateforme révolutionnaire.

Pour reprendre l’exemple du G20 à Hambourg, sans des bâtiments dédiés à la cause qui était la nôtre nous n’aurions jamais pu tenir la ville comme nous l’avons fait. Le Rote Flora – entre autres – et la présence d’organisations dévouées à la transformation d’Hambourg en espace insurrectionnel furent cruciaux pour faire de cette mobilisation un succès, et plus important pour créer une atmosphère pré-révolutionnaire. Cependant, malgré ce niveau important d’organisation, cet espace-temps ne devint jamais révolutionnaire. Le G20 – comme les manifestations contre les réformes libérales, est en effet un « rituel de résistance ».

Ces rituels de résistance sont toutes les actions dont l’objectif est de résister à un ou plusieurs objets politiques sans jamais les dépasser pour amener à un changement politique et social global. Ainsi, si les autonomes ont réussi au cours de ces dernières années à durcir les rituels de résistance, notamment pendant la Loi Travail ou le mouvement des Gilets Jaunes, ces rituels ne sont jamais devenus révolutionnaires. Ils ne pourront d’ailleurs jamais le devenir, tout simplement parce que le socle organisationnel de ces rituels et l’espace-temps qui leur est accordé n’ont pas pour objectif d’amener à une révolution. Ainsi, si les autonomes ont transformé les manifestations, celles-ci les ont grandement influencé en retour, en faisant de l’émeute le pinacle de l’action autonome – du moins en apparence. Si cette réalité est de plus en plus critiquée depuis fin 2016, force est de constater que nous y retournons à chaque fois que de nouvelles manifestations importantes se déroulent. Certes cela permet de « radicaliser » certaines personnes, cependant nombre d’entre nous constatent la dépolitisation de nos cortèges face à l’arrivée d’individus, d’ « alliés », refusant la « politique ». Bref, l’impasse émeutière à son paroxysme.

Pour dépasser cette impasse il faut transformer et/ou remplacer le socle organisationnel qui commande, ainsi que les objectifs qui sont donnés par les « mouvements sociaux ». L’objectif final est la révolution sociale, son socle organisationnel pourrait être la plateforme autonome.

Plateforme : contre la centralité et l’autoritarisme.

Le mot plateforme peut faire peur, car il peut facilement être associé à l’image du parti politique, ou de l’organisation hiérarchisée. Si le fait même de réunir différentes organisations sur une même plateforme implique forcément des contraintes au nom de la responsabilité collective que les groupes seront amenés à définir entre eux, nous rejetons toutes formes de centralité et/ou d’autoritarisme. Le but n’est absolument pas de construire un Secrétariat ou une Centrale qui dirait quoi faire à quel moment, qui donnerait des directives.

Premièrement ces organisations ne sont pas révolutionnaires, jamais une bureaucratie autoritaire ne pourra en effacer une autre, « au mieux » elle la remplacera.

Deuxièmement, aucun groupe autonome ou un tant soit peu porter sur l’autonomie n’acceptera cela, et il serait bien fou de l’accepter.

Troisièmement, dans l’éventualité ou un tel arrangement serait fait, une organisation structurée de cette manière serait contre-productive, réduisant tout ce qui fait la force de l’autonomie.

Quels seraient les objectifs et la forme de cette plateforme si son but n’est pas la coercition ?

Plateforme : briser l’entre soi interpersonnel, ouvrir l’autonomie à tous.

Un but premier de l’organisation est de mettre en relation des gens/militants isolés, afin de renforcer notre camp. L’autonomie a pour elle l’initiative et l’imprévisibilité, accessibles à toutes et tous, du moins en théorie. Car en réalité, nos groupes et organisations sont bien souvent des territoires de socialisation très fermés. Nombre de personnes sont enjointes par ces groupes affinitaires à créer leur propre groupe, ce qui pour une personne n’ayant pas ou très peu de contacts, de théorie et/ou de pratique à son actif est très difficile et démotivant. Ainsi, notre organisation se doit d’être ouverte et de lutter à tout prix contre l’entre soi qui paralyse et finit par détruire la plupart de nos groupes.

Briser l’entre soi interpersonnel, c’est-à-dire celui qui implique les individus eux-mêmes et leur relation les uns aux autres au sein du groupe, est une étape clé dans le combat révolutionnaire. Il faut dépasser le militantisme d’amitié, dépasser le cadre affinitaire de la révolte qui, s’il est très important pour la constitution première des groupes, les limite une fois constitués, ne leur laissant plus que le choix de mourir au gré des dissensions ou des différents chemins que la société fait prendre aux individus. Trop d’organisations et de groupes ont explosé pour des raisons stupides, pour des guerres d’ego qui ne disaient pas leur nom, ou parce que la ou le membre clé avait quitté le groupe. Il ne doit pas y avoir de membre clé, de noyau central qui sous l’apparence d’un fortifiant serait en réalité une faiblesse pouvant mener à la mort du groupe.

Les groupes doivent donc s’ouvrir et aller chercher les individus partout où ils le peuvent, que ce soit dans leurs quartiers ou à des évènements définis. Le faire dans un quartier peut créer un espace de socialisation militant qui peut créer un effet boule de neige, que ce soit par le biais des réseaux de connaissances des gens qui s’intéressent aux groupes, ou par le biais de la construction d’un espace actif par lequel les gens passent. Le faire au cours d’un événement peut permettre de mettre en relation des individus isolés avec les groupes déjà existants dans ou autour de leurs lieux de vie, ou bien de conduire ces mêmes individus à former eux-mêmes des groupes en suivant la même forme d’autonomie ouverte que nous proposons, et en les soutenant dans ce processus.

De plus, tout le monde doit pouvoir participer autant que possible, selon ses capacités. Il est clair que certaines personnes seront plus « actives » que d’autres, pour diverses raisons : économiques, charismatiques, physiques, psychologiques, etc. Mais ces différences de participation doivent être limitées au maximum. Il faut pour cela que tous les individus soient encouragés à participer selon leur capacité, peu importe leur ancienneté ou leur prétendue légitimité militante. En tant que groupes révolutionnaires, les groupes autonomes doivent se rapprocher autant que possible de l’égalité de participation qui transparaîtrait dans la société révolutionnaire. Ce principe est intimement lié à l’idée de pouvoir. Aucun individu ne doit avoir la possibilité de prendre le dessus sur les autres. Ainsi, s’il est tout à fait possible et même nécessaire de déléguer certaines tâches à certaines personnes, le groupe doit effectuer un contrôle permanent sur les actions des individus qui le composent.

Plateforme : briser l’entre soi territorial, construire une solidarité permanente.

Briser l’entre soi territorial est également un élément clé. Si les solidarités intra-nationales et internationales sont des réalités, force est de constater que leurs évènements et leur mise en place sont bien souvent ponctuels – ils ne sont pas fréquents et/ou uniquement symboliques, ils affichent une solidarité mais ne construisent pas au-delà de la simple relation lointaine déjà définie plus haut. Un événement ponctuel peut être illustré par le convoi anarchiste en soutien à Exárcheia en Grèce, et un événement symbolique peut être illustré par une photo prise entre deux groupes qui se sont rencontrés à un moment donné pour échanger ou participer à un événement culturel comme un concert par exemple.

L’objectif est donc une mise en relation continue des individus et groupes autonomes, que ce soit sur un territoire local, régional, national ou à l’international. En procédant ainsi, on s’affranchit du mieux que l’on peut des limites imposées par les frontières, en postulant qu’un autonome opérant d’abord en France n’est pas pour autant un autonome français mais un autonome tout court. De plus, cela induit un élément clé de ce que devra contenir l’idée de responsabilité collective, à savoir que nous devons considérer qu’agir en dehors de notre espace de base est une prérogative de l’autonomie. Le G20 est bien entendu une illustration forte de cela, car il réunit des autonomes de différents espaces. Mais cette réunion est intrinsèquement rituelle.

Construire notre monde aux abords de l’ancien. Pénétrer ses frontières et le destituer. Voilà quel est le sens de la révolution au 21ème siècle.

La forme adoptée par la Plateforme, nous l’avons vu, a pour objectif de s’affranchir en partie des frontières, au moins psychologiquement si ce n’est concrètement. En finir avec l’idéologie du pouvoir ne peut se faire que si dans nos esprits, cette idéologie n’a plus de prise. Il faut donc que nous construisions nos groupes et nos relations dans l’optique d’arriver à ce résultat ; et que ce résultat prenne des formes concrètes dans la lutte révolutionnaire et la solidarité permanente nécessaire à cette lutte. Il ne s’agit pas ici de prétendre construire un modèle de société, c’est-à-dire d’appliquer un plan comme un architecte qui construirait un bâtiment. Il s’agit en réalité de définir un horizon révolutionnaire, et de tout faire pour s’en approcher, tout en gardant toujours à l’esprit que rien de ce qui touche aux sociétés humaines ne sera jamais parfait. La recherche de la perfection a un caractère totalitaire que nous devons refuser à tout prix.

Nous nous mettons ici dans la droite ligne du discours Zapatiste : « preguntando caminamos », ce que nous pourrions essayer de grossièrement traduire par « en nous interrogeant nous marchons ». Nous proposons la forme et les objectifs de la Plateforme autonome par rapport au contexte présent, par rapport aux victoires mais surtout aux défaites de ces dernières années. Si la Plateforme a bel et bien vocation à être une structure décentralisée, et que les différents groupes encourage la participation maximum de tous les individus qui les composent ; si la Plateforme  et ces mêmes groupes désirent éviter d’être corrompus par un pouvoir qui s’immiscerait au fur et à mesure au fil de leurs possibles victoires et/ou défaites ; si la Plateforme et les groupes veulent se diriger vers un horizon révolutionnaire qu’ils savent nécessairement imparfait ; nous nous devons de faire en sorte que cette Plateforme et ces groupes mettent tout en œuvre pour qu’aucune forme définitive et immuable ne puisse émerger.

Là où les structures que nous affrontons se transforment uniquement pour défendre leur base immuable, à savoir les relations de pouvoir – qui sont nécessairement des relations d’oppression nous le précisons, nous devons être capables de changer du tout au tout si le contexte l’exige, que ce soit globalement ou de manière locale, par exemple si notre force prend de l’ampleur ou que la répression se fait plus forte dans certains endroits. L’adaptation est une des clés de la révolution. La Plateforme n’est pas un Parti. Une telle structure empêcherait toute évolution et adaptation contextuelle de la Plateforme à la réalité qui est la sienne, et empêcherait donc toute possibilité de marche révolutionnaire. Ainsi, la Plateforme doit pouvoir changer de forme lorsque le contexte l’impose. Pour cela, aucun pouvoir qui désirerait naturellement survivre ne doit être capable d’émerger. Une Plateforme réellement révolutionnaire doit savoir quand une structure doit évoluer, voire même quand elle doit mourir. D’ailleurs, si la Plateforme réussit à achever ses objectifs, elle n’aura d’autre choix que de disparaître au profit de l’organisation communiste de la société.

Destituer le pouvoir et son idéologie.

Il convient maintenant pour compléter cette ébauche de définition de ce que l’on peut qualifier de Plateforme Autonome par présenter l’ennemi et le moyen de s’en débarrasser. L’ennemi, c’est l’idéologie du pouvoir, et le moyen, c’est la destitution.

Par idéologie du pouvoir nous entendons tout ce qui, depuis les bases philosophiques et théoriques de tous les siècles et de toutes les régions du monde jusqu’aux pratiques maximales ou minimales de tous les siècles et de toutes les régions du monde, construit la domination d’une part de l’humanité sur une autre. La définition et les implications de cette domination sont très larges et englobent des éléments dépassant les limites des structures sociales, la surexploitation de l’environnement étant un bon exemple de domination indirect et de destruction du bien-être de certain.e.s populations et modes de vie au profit d’autres populations et modes de vie. En France et plus largement dans le monde occidental, l’idéologie du pouvoir postule que les structures étatiques protège l’humanité d’elle-même, la coercition et l’ordre étant les clés de la paix. Les contre-exemples à cette idée sont légions, que ce soit au niveau des affaires intérieures ou extérieures, ou bien sur des questions de conflits ou encore de violence quotidienne. Hobbes peut-être perçu comme l’un des plus influents représentants de ce courant philosophique, prisonnier d’une période trouble de l’Histoire, de son héritage philosophique et culturel ainsi que de ses propres peurs irrationnelles, comme c’est encore le cas de beaucoup d’entre nous à l’heure de la Guerre permanente contre le terrorisme. Lutter contre cette idéologie c’est donc lutter contre l’État, mais également contre les autres structures qui précèdent ou découlent de la structure étatique, qu’elles soient de nature économique, culturelle, sociale, de genre, etc.

Par destitution, et comme le laisse présager notre argumentation précédente en faveur de la Plateforme, nous entendons la construction d’un monde perpendiculaire à l’ancien, c’est-à-dire, un monde qui échappe autant que faire se peut à l’emprise philosophique, physique et psychologique de ce dernier de par la déconstruction méthodique de ses présupposés ; mais également, un monde qui croise l’ancien, le transperce et l’efface petit à petit, institution par institution. C’est là que se trouve la possibilité d’une réelle autonomie, et à termes d’une réelle révolution. Concrètement, les réalisations pratiques d’une telle affirmation sont floues, très floues. Mais cela ne doit pas pour autant paraître complètement abstrait et irréalisable. Partie de la déconstruction méthodique de l’influence de l’idéologie du pouvoir est de repenser nos modes de vie, ce qui est déjà engagé depuis longtemps dans les « théories communistes » et affiliées – nous entendons par « communiste » l’horizon révolutionnaire de suppression des dominations et d’avènement de la commune.

  • Récemment, les ZADs démontrent tout le potentiel révolutionnaire et créatif de l’autonomie, malgré leur relatif isolement.
  • Au Chiapas, la construction de structures autonomes a pour but d’effacer au maximum l’État mexicain des territoires Zapatistes, même si le pouvoir est encore très présent dans la structure des municipalités Zapatistes.
  • Au Rojava, la question de la domination et de la centralité du pouvoir est centrale, et le processus engagé, bien que critiquable en de très nombreux points sur les questions d’autonomie, revendique l’atomisation des pouvoirs régionaux dans les communautés, villages et quartiers des territoires tenus par les forces révolutionnaires.
  • Pour donner un exemple issu de l’histoire anarchiste révolutionnaire, la prise de Barcelone par la CNT-FAI suite au coup d’état de Franco ne fut rendu possible que par l’existence d’une structure parallèle à celle de l’État, autour des syndicats et de quartiers ouvriers révolutionnaires.

Cette accumulation d’expériences n’a pas pour but de donner une direction à suivre à ceux qui lisent ce texte, de fantasmer ou idéaliser certaines réalisations, mais à montrer que la déconstruction est déjà en cours, qu’elle est individuelle et collective, ancienne et contemporaine, locale et internationale. Comme énoncer précédemment, chaque contexte définira comment nous nous organiserons pour destituer les institutions qui nous entourent.

Chaque institution et manière de vivre doivent être questionnées une par une, tout en gardant à l’esprit qu’elles sont toutes, d’une manière ou d’une autre, affiliées et/ou co-dépendantes.  Ainsi, questionnons la police, son rôle, ce que son effacement de nos vies apporterait, comment effectivement l’effacer, comment pallier au vide possible que cela créerait dans une société qui n’est pas – et ne sera sans doute jamais – débarrassée de son idéologie de la domination et du pouvoir. Faire de même avec tous les éléments qui constituent les structures qui nous entourent.

Questionner et déconstruire ; construire et destituer ; se questionner encore. Avancer.

Pour résumer, la Plateforme Autonome se veut créatrice de liens entre individus et organisations révolutionnaires, autour de la destitution de l’idéologie du pouvoir, c’est-à-dire de la domination des un.e.s par les autres, que ce soit sur des critères économiques, sociaux, culturels, religieux, de genre, sexuelles, etc.

Un des objectifs majeurs de cette Plateforme est la création d’espaces révolutionnaires : des espaces de socialisation et d’organisation dans le but de poursuivre un idéal révolutionnaire que l’on sait impossible à atteindre.

Ces espaces ont pour but de s’étendre et de supplanter le monde existant en le destituant, c’est-à-dire en le rendant obsolète. Ils ne doivent en aucun cas être coupé des ces institutions, le repli sur soi ou sur une communauté n’étant pas un acte pouvant conduire à une révolution.

La Plateforme n’est pas un Parti, elle ne donne pas de directive, elle se veut être un organe de coordination des groupes autonomes pour amener à la destitution du monde. Elle n’a pas de forme définitive, et est amenée à se désagréger petit à petit une fois ses objectifs remplis.

= = =

Lectures complémentaires:

Cette initiative de plateforme rentre tout à fait dans le cadre de proposition de l’EZLN / CNI Réseau de Résistance et de Rébellion International (3RI) dont nous avons relayé le concept ici même il y a quelques mois. Voir la page 3RI
Le temps est venu de la convergence (r)évolutionnaire pour que se mette enfin en place la société émancipée du pouvoir coercitif, de l’état, de la division et de la dictature marchande.
A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !
Pour que vive la Commune des Communes !
~ Résistance 71 ~

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Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Manifeste contre le travail

 

Gilets Jaunes, Chiapas, Oaxaca, Acapatzingo, Rojava, luttes anticoloniales… en marche vers la société des sociétés ! (1ère partie)

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Vers la Société des Sociétés…

Parce qu’il n’y a pas de solution au sein du système
et ne saurait y en avoir…

 

Acapatzingo, Mexique, communauté autonome urbaine 

Un monde nouveau au cœur de l’ancien

 

mardi 2 avril 2019, par Raúl Zibechi

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Acapatzingo-communaute-autonome-urbaine-Un-monde-nouveau-au-coeur-de-l-ancien

 

1ère partie

2ème partie

 

À partir de cette brève description, d’où se détachent deux idées centrales, celle de communauté et celle de culture, j’aimerais revenir sur certains aspects qui me semblent décisifs au moment de créer cet espace communautaire, autonome et en résistance : la transformation des subjectivités, l’organisation interne et les accords qui rendent possible la vie collective, c’est-à-dire les règlements approuvés par toutes les familles qui décident de vivre ensemble. Ces trois aspects sont intimement liés et, si je les isole, c’est uniquement pour examiner chacun d’eux plus en profondeur. Ce que j’essaie de comprendre, c’est comment ils ont pu produire une communauté à partir de la somme des individus.

Les subjectivités se modifient en un long processus d’interactions internes et externes, vers l’intérieur et vers l’extérieur, au cours duquel on voit combien sont importants les moments critiques (répression) et de crise (divisions) qui permettent de déterminer qui nous sommes, ce nous ne voulons pas être, et avec qui nous pouvons et voulons agir. Un beau document semi-interne décrit en détail les parties de ce processus, en mettant l’accent sur « les mandats d’arrêt prononcés contre nos dirigeants, la rupture avec ceux qui étaient nos camarades puis ont trahi les principes de l’organisation pour devenir députés, et les gens qui ont choisi de les suivre parce que, là-bas, ils n’allaient plus avoir à travailler [1] ».

Répressions et trahisons ont engendré du « désenchantement » mais aussi de l’isolement et de l’impuissance, ce qui a obligé ceux qui restaient organisés à travailler davantage dans de mauvaises conditions. Sont évoqués la douleur due aux morts survenues pendant la lutte mais également « les couples détruits, les enfants qui sont partis », l’énorme effort de travail collectif déployé sur le terrain après dix heures passées dans des emplois mal payés et précaires pour assurer leur survie. Cette douleur partagée constitue l’une des forces contribuant à faire exister la communauté. On ne devrait jamais oublier une vérité élémentaire : « Toutes les grands sujets collectifs naissent dans la douleur. [2] »

Les membres du Front populaire Francisco Villa indépendant (FPFVI) et de la communauté Acapatzingo indiquent que la douleur des séparations, de la répression et du dur labeur « a servi à faire le ménage, pour que ne restent que les meilleurs, les plus combatifs, les vrais camarades [3] ». Sans ce ménage, il n’y a rien, il n’y a pas de développement intérieur. Plus encore, sans les trahisons, sans les morts, ils ne seraient pas arrivés là où ils en sont. Rappelons-nous que le mouvement urbain populaire à Mexico a impliqué plus de cent mille familles depuis les années 1970, que le Front créé en 1988 a rassemblé quelque dix mille familles, et que de tout ce flot le FPFVI regroupe aujourd’hui environ mille familles. Les autres sont restées en chemin, se sont dispersées ou intégrées au système en perdant leur autonomie. Cela fait partie de l’apprentissage, de la tragédie de la politique mexicaine actuelle qui nous enseigne que « seule la douleur constitue la conscience [4] ».

La subjectivité s’est transformée lorsqu’ils ont commencé à être en mesure de vaincre « nos propres peurs, de combattre les traumatismes enfouis en nous depuis l’enfance, de rompre avec l’égoïsme, avec l’apathie [5] ». Ce travail intérieur est individuel au sein du collectif, c’est-à-dire en fait ni l’un ni l’autre, la polarité individuel-collectif se brise, s’évanouit sans qu’il y ait confusion, sans que les deux termes disparaissent ; ils ne font que s’évanouir en tant que polarité. Comment ? Dans l’occupation de terres et dans les installations converties en écoles à ciel ouvert, où « les assemblées, la marche, la garde ou les journées de travail se traduisaient en collectivité, en souci d’autrui [6] ». En résumé, je suis dans la mesure où je partage avec l’autre ; je ne suis pas dans la solitude, mais avec les autres. Et c’est au travers des autres que mon individualité peut croître, s’affirmer et exister.

Pour le dire avec les mots d’Eric Hobsbawm, en référence aux ouvriers du début du XXe siècle, l’élément fondamental de leurs vies était « la collectivité, la prééminence du “nous” sur le “moi” », parce qu’ils avaient compris que « les gens comme eux ne pouvaient améliorer leur situation par une action individuelle mais seulement par une action collective », au point que « la vie était, même sous ses aspects les plus agréables, une expérience collective [7] ». Cela explique pourquoi les fuites individuelles sont qualifiées de « trahisons », terme négatif habituellement appliqué aux personnes qui collaborent avec la police en dénonçant leurs camarades. Pour les membres du FPFVI, abandonner la communauté et opter pour la voie individuelle, entrer dans les institutions pour obtenir des postes de représentation électorale ou gagner la confiance personnelle de dirigeants politiques, a le même statut que la délation. Cette option s’accompagne généralement d’une vie plus aisée, comparable à celle que mènent les ennemis des communautés en résistance.

Cette transformation notable de la subjectivité que l’on observe chez les acteurs du mouvement a une racine populaire évidente dans les colonias mexicaines où il existe « naturellement » une culture communautaire. Le Front l’a sauvée, pour éviter qu’elle ne se perde entre les mains du marché, des partis et du patriarcat. « L’objectif le plus important est que le sauvetage et la conservation d’une culture communautaire s’étendent et touchent les familles entières, que les enfants et les jeunes grandissent dans un cadre imprégné de ces valeurs, subversives en soi, dans une société comme celle que nous vivons. [8] »


Réseau Résistance Rébellion International

Il convient de préciser au passage que le Front refuse une conception avant-gardiste selon laquelle la conscience serait apportée de l’extérieur des sujets par les militants des partis. Le sujet des changements existe déjà ; c’est la culture communautaire. Le travail consiste « seulement » à la sauver, l’étendre et la libérer des « préjugés et traumatismes » propres au système comme le racisme et la violence familiale qui « peuvent être combattus par la prévention et la prise en charge communautaire ».

Second point : l’organisation du Front est axée sur les tâches de sauvetage et de consolidation de la communauté. D’un côté, il y a la structure organisationnelle, de l’autre, ce que cette organisation fait. La base est toujours la même : les brigades formées par vingt-cinq familles, tant sur des sites comme Acapatzingo que dans les occupations et les installations. Chaque brigade nomme des responsables pour les commissions, habituellement au nombre de quatre : presse, culture, surveillance et maintenance. Acapatzingo compte vingt-huit brigades ; ailleurs, leur nombre varie beaucoup en fonction du nombre de familles. À leur tour, les commissions, dont les membres tournent, nomment des représentants au conseil général de toute l’installation où se retrouvent des représentants de toutes les brigades.

« L’idée des brigades est qu’elles permettent de constituer des cellules dans lesquelles les gens peuvent tisser des liens, et les commissions sont des courroies de transmission qui fonctionnent dans les deux sens, vers l’organisation et vers les familles, ce qui permet de faire un meilleur travail », explique Enrique Reynoso [9]. Dans les brigades on ne manque pas de temps ni de confiance interpersonnelle, pour approfondir tous les sujets. Celui de la participation à l’Autre Campagne [10] a été débattu en réunion dans chacune des brigades. Ensuite se tient une assemblée générale (mensuelle à Acapatzingo, hebdomadaire sur d’autres sites), instance suprême pour la prise de décisions.

Il est important de voir de plus près ce qui se passe dans les brigades, parce qu’elles sont au cœur de l’organisation territoriale et à la base de l’organisation générale, tout en étant aussi le noyau de la communauté. Durant leurs réunions, chaque famille détient une voix. On y débat des sujets les plus importants, comme les règlements du site qui ont été examinés dans chacune des brigades et révisés jusqu’à ce que toutes tombent d’accord. En cas de conflit, la brigade intervient, même s’il s’agit d’un problème domestique, et elle peut demander, si la situation est grave, l’intervention de la commission de surveillance, voire du conseil général. Chaque brigade se charge une fois par mois de la sécurité du site ; toutefois, la surveillance dont on parle n’a pas le sens traditionnel de contrôle mais prend appui sur l’autoprotection communautaire et revêt, par conséquent, une dimension éducative forte. « La commission de surveillance ne peut être la police du site », explique Reynoso, « parce que ce serait reproduire le pouvoir de l’État [11] ».

La commission de surveillance a également pour rôle de marquer et fixer la limite entre l’intérieur et l’extérieur, de dire qui peut entrer et qui ne le peut pas. C’est là un aspect central de l’autonomie, peut-être le plus important. L’autonomie nécessite d’établir un contour physique et politique qui différencie l’espace intérieur de l’extérieur, et empêche le corps autonome de se diluer dans son environnement. Ainsi fonctionnent les systèmes vivants, en créant un périmètre qui délimite le territoire où s’effectuent les interactions, en permettant à l’ensemble de fonctionner comme une unité [12].

C’est le même système de « clôture » qui fonctionne dans les communautés zapatistes. Grâce à lui, se créent à l’intérieur du périmètre des liens différents de ceux qui se tissent à l’extérieur, ce qui donne au système ses caractéristiques propres. Mais ce n’est pas un système fermé ; il possède de multiples liens avec l’extérieur. La communauté d’Acapatzingo travaille activement avec le quartier où elle est implantée : la commission de surveillance a contribué à créer des comités de voisins dans le quartier avec lesquels sont organisés des cours sur la sécurité du quartier et sur le comportement à tenir en cas d’expulsions, que le quartier rétribue avec des vivres. Ces comités ont donné dans les écoles des conférences sur la sécurité pour les jeunes et, grâce à la radio, ils ont établi des liens avec les commerçants qui diffusent leurs annonces grâce à l’émetteur radio communautaire. Quelques jeunes du quartier participent aussi à des émissions. « Nous restons animés par une utopie qui ne consiste pas à créer un îlot mais un espace ouvert capable de contaminer la société », explique Reynoso [13]. Sur les autres sites, presque tous situés dans la zone de Pantitlán, les collectifs du Front tissent des liens avec le quartier surtout à l’occasion du carnaval et d’autres fêtes qu’ils organisent avec les voisins.

Depuis qu’ils participent à l’Autre Campagne, les membres du FPFVI encouragent à s’organiser les chauffeurs de minibus déplacés par l’ouverture de nouvelles sections du métro, les commerçants du secteur informel et les wagonniers [14] qui vendent à l’intérieur du métro. Ils ont réussi à organiser dix lignes de transport et à rassembler trois organisations de commerçants du secteur informel, comptant trois mille adhérents chacune, comme aussi des artisans et des cireurs de chaussures, entre autres, au sein de l’Alliance mexicaine d’organisations sociales (AMOS), active dans la partie orientale de la ville et qui compte quelque quinze mille membres. Ils participent en outre au Réseau de résistances autonomes anticapitalistes avec une dizaine d’organisations de tout le pays.

L’une des tâches centrales que s’est fixées l’organisation, peut-être la plus importante, est d’inclure la formation dans le cadre d’un projet culturel ou de culture alternative. Durant ses vingt ans d’existence, elle a bénéficié du soutien d’étudiants universitaires et de professionnels qui ont mené ce travail culturel. Avant même l’occupation du site où s’est installée la communauté, le travail culturel occupait déjà une place importante. Aux débuts du Front, sur le site d’El Molino, la coopérative Huasipungo s’est proposé de créer un centre pédagogique pour former des enseignants d’école maternelle, projet qui s’est ensuite traduit par un accord avec le syndicat des enseignants, car la zone comptait peu d’écoles et les enfants des installations faisaient l’objet de discriminations. Conjuguées à la projection de films, aux ateliers de sérigraphie et aux activités sportives, ces initiatives ont préfiguré, il y a deux décennies, ce qui allait devenir le « projet culturel ».

En 1999, deux ans après la division à l’origine du Front « indépendant », des liens sont établis avec des universitaires en grève des facultés de psychologie et de sciences exactes, avec des professeurs et des étudiants de l’Université pédagogique, des groupes musicaux et culturels, au moment où commençait la construction des logements à La Polvorilla. La commission de la culture d’Acapatzingo a canalisé ces liens pour consolider les actions déjà en cours comme le Club du livre, le Centre de première éducation (CEI) et les espaces d’alphabétisation, de niveaux primaire et secondaire [15].

À son troisième congrès, le Front décide que l’« une des priorités de l’organisation est d’élaborer un projet culturel […] dans le but de créer les conditions nécessaires au changement et à la transformation de cette société [16] ». Dans un premier temps, le CEI travaille avec des mères célibataires, et le Centre pédagogique pour le développement intégral des intelligences (CEPPEDII) en soutien scolaire ; les universitaires montent des « consultations du samedi » pendant quatre ans pour développer la créativité des enfants, un ciné-club voit le jour et la radio communautaire commence à émettre comme un « atelier de radio klaxon », en plus des espaces d’alphabétisation pour adultes.

A suivre…

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes 6ème round… De la nécessité de la coordination des luttes émancipatrices de la planète

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, guerre iran, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 23 décembre 2018 by Résistance 71

“Oui, il a été inventé là une mort pour les multitudes, une mort qui se vante d’être la vie: en vérité un fier service rendu à tous les prédicateurs de mort. J’appelle État le lieu où sont tous ceux qui boivent du poison, qu’ils soient bons ou méchants… État le lieu où le lent suicide de tous s’appelle… la vie.”

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”

~ Friedrich Nietzsche, “De la nouvelle idole” ~

 

 

De la nécessité de la coordination des luttes émancipatrices de la planète

 

Résistance 71

 

23 décembre 2018

 

Nous venons de vivre le 6ème round du mouvement des Gilets Jaunes, qui à juste titre, ne s’est plus focalisé sur Paris et continue ses actions décentralisées, partout. Alors bien entendu, tous les participant(e)s au mouvement pensent essentiellement à leur action immédiate se voulant déterminante pour leur vie, leur bien-être et l’amélioration du futur de leurs enfants et petits-enfants, mais ces revendications, au-delà de leur urgence conjoncturelle, ne sont-elles pas aussi des revendications clâmées à travers le monde par tous les peuples opprimés, le notre inclus ? En cela notre lutte n’est-elle pas universelle par delà l’espace-temps et notre relation ancestrale ?

Le mouvement a récemment reçu le soutien inconditionnel des Zapatistes du Chiapas et de la Commune Internationaliste du Rojava, ce qui nous amène à réfléchir avec les compas zapatistes sur une nécessité de coordination des résistances et des rébellions planétaires.

A notre humble niveau d’information et de diffusion alternatives nous tentons de relier les points (chauds) entre eux par le fil conducteur énoncé dans notre “Manifeste pour la Société des Sociétés”, à savoir notre point commun à tous, nous rendant complémentaires les uns les autres dans le grand tout organique de la société humaine: notre lutte (trop) localisée pour l’émancipation finale afin de vivre dans un monde juste et égalitaire répondant à la simple devise: “A chacun selon ses capacités. à chacun selon ses besoins”, où il n’y aura plus de place pour l’inégalité et l’injustice, ni pour les classes oppresseurs/capitalistes, opprimés/travailleurs exploités.

Le mouvement des Gilets Jaunes depuis novembre 2018, rejoint, à sa manière et en répondant à une réalité historique à la fois locale et universelle, un vaste réseau de mouvements émancipateurs déjà en lutte dans le monde, pour certains depuis bien des années. Nommons ici dans une liste bien entendu non exhaustive, le mouvement néo-zapatiste du Chiapas au Mexique et ses communes libres de bon gouvernement populaire, les communes voisines de la province d’Oaxaca, la lutte politique du Conseil National Indigène du Mexique, la lutte de la nation Mapuche artificiellement divisée entre le Chili et l’Argentine, les luttes anti-colonialistes des nations originelles d’Amérique du Nord sur l’ensemble des territoires usurpés par les entités coloniales que sont les Etats-Unis d’Amérique et le Canada et dont nous relayons régulièrement depuis des années une des puissantes voix en la forme de celle de la nation Mohawk, elle aussi artificiellement divisée entre deux états coloniaux et leurs provinces à frontières fictives, la Commune Internationaliste du Rojava (région kurde nord-syrienne) par l’adoption d’un Confédéralisme Démocratique adaptable dans sa forme à bien des situations politico-sociales à d’autres nations moyen-orientales et au-delà, action émancipatrice d’un peuple kurde lui aussi partagé par des frontières fictives résultant de guerres coloniales dont ils n’ont fait que subir les aléas historiques..

Si notre point commun à toutes et tous est la lutte incessante pour l’émancipation finale du carcan et de l’oppression représentés de nos jours, par le système de contrôle des populations étatico-capitaliste, il est aussi évident que nous sommes tous bien différents dans nos modes de vie et nos cultures respectives, ce qui ne nous empêche néanmoins pas, au-delà des idées fabriquées de la propagande étatiste et des frontières tout aussi factices qu’obsolètes pour nous diviser, de lutter pour l’heure séparément, et de nous rejoindre sur une ligne émancipatrice universelle, puisque inhérente à la nature même de notre humanité. Nous débarrasser de l’oppression est la marche vers l’humanisation de toutes et tous, y compris celle des oppresseurs d’aujourd’hui. En cela, nous sommes complémentaires dans notre substance sociale organique et devons agir en accord avec cette convergence d’intérêt dans la complémentarité de nos rapports socio-culturels, hors antagonisme et en lâchant-prise de cette illusion démocratique que sont les concepts manipulés de “démocratie”, “d’état”, “d’économie de marché”, de “marchandise” et “d’argent”.

A cet effet, les Zapatistes du Chiapas ont émis il y a quelques mois le projet d’une coordination internationale, transnationale devrait-on plutôt dire, des luttes et rébellions en un Réseau de Résistance et de Rébellion International ou 3RI. Nous nous en sommes fait l’écho et le relais entre autres entités alternatives, car nous pensons que cela constitue la prochaine étape nécessaire au mouvement émancipateur planétaire.

Il est important que nous comprenions et acceptions toutes et tous une chose simple et claire, déjà acceptée par les luttes mentionnées ci-dessus, par delà l’espace et le temps:

-[]- Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! -[]-

Y croire toujours est une utopie réformiste (dont fait partie, en France, la revendication pour le RIC…) qui nous fait perdre un temps précieux, mis à profit bien entendu par l’oligarchie pour toujours plus nous tromper, nous diviser et nous opprimer plus avant.

L’évidence qui doit sauter au yeux est la suivante:

Gilets Jaunes, Zapatistes, Communards d’Oaxaca, Mapuche, Mohawk, Lakota, Kanaks, Rojavistes kurdes et internationalistes, ainsi que tout autre mouvement de lutte émancipatrice de l’ordre oppresseur étatico-capitaliste où que ce soit dans le monde = MÊME COMBAT

Dans cette optique, rejoignons nos compagnon(e)s de lutte planétaire pour l’émancipation politico-sociale finale dans le lâcher-prise avec l’illusion démocratique qui nous est gavée à longueur de temps ; reconnaissons notre universalité dans la lutte, notre vaste complémentarité dans notre diversité culturelle et abandonnons les antagonismes factices et induits forcés sur nous par la caste des oppresseurs pour qui seule la capacité de pouvoir et de contrôle compte afin de maintenir leur paradigme du privilège.

Pour une solidarité transnationale dans la lutte émancipatrice !

A bas l’État !

A bas la société marchande !

A bas l’argent et le salariat !

Pour que vivent les Communes Libres et par elles, la Société des Sociétés !

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération: