Archive pour répression gilets jaunes

Gilets Jaunes : Mise en garde sur le rapport entre succès des mouvements de luttes sociales et le « syndrome Haymarket »…

Posted in actualité, altermondialisme, gilets jaunes, militantisme alternatif, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 15 mars 2019 by Résistance 71

“N’oublions pas que l’affaire du Haymarket fut au sujet de la lutte des travailleurs pour parvenir à une meilleure vie, libre du joug du système de l’esclavage salarial. Aujourd’hui les conditions de travail dans le monde sont des plus terribles.”
~ Industrial Workers of the World (IWW) ~

 


16 mars 2019: Résiste !

 

Syndrome Haymarket pour Gilets Jaunes ?

 

Résistance 71

 

15 mars 2019

 

Source information sur l’incident du Haymarket: Howard Zinn “A People’s History of the United States” (1980) et sources diverses

 

Ce samedi 16 mars, demain donc, s’annonce être un évènement de toute première importance tant pour la suite du mouvement des Gilets Jaunes, commencé avec bravoure et une détermination inflexible le 17 novembre 2018, que pour la suite de notre gouvernance sombrant jour après jour dans un pathétisme et un sectarisme jusqu’ici rarement atteint basculant dans un totalitarisme encore feutré, mais gageons que plus pour longtemps avec les lois liberticides scélérates qui bourgeonnent semaine après semaine.
Les enjeux sont importants, des deux côtés, et nous devons nous souvenir et garder présent à l’esprit le modus operandi de tout pouvoir étatique aux abois acculés dans ses derniers retranchements : le recours à un attentat sous faux-drapeau.
Sans doute le meilleur exemple dans un contexte similaire de lutte politico-sociale de grande ampleur, est l’affaire de la place de Haymarket qui eut lieu à Chicago dans l’Illinois le 4 mai 1886.

Rappelons les faits: avec le développement sans précédent aux Etats-Unis et dans le monde de l’exploitation ouvrière par un capitalisme entrant dans sa phase vampirisante, de grands mouvements sociaux firent éruption un peu partout au XIXème siècle. En 1877 se créa aux Etats-Unis le Parti Socialiste du Travail. Le mouvement anarchiste se développa également sur une grande échelle. Les immigrants européens amenèrent avec eux ces idées d’Europe et si ce fut le mouvement socialiste juif qui mena la contestation dans la région de New York, ce furent essentiellement sous l’égide d’immigrants révolutionnaires allemands, alliés à des ouvriers nées sur le sol américains, comme Albert Parsons, que se formèrent des clubs sociaux-révolutionnaires dans la région de Chicago et des grands lacs. En 1883 se tint à Pittsburgh, autre grand bastion ouvrier américain avec Detroit et Chicago, un congrès anarchiste. De ce congrès émana un manifeste qui emprunta au manifeste de Marx et Engels sa formule: “Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !”
A Chicago se créa une nouvelle association l’International Working People’s Association (IWPA) qui eut très rapidement plus de 5000 membres. Cette association eut une grande influence au sein de la Central Labor Union of Chicago ou l’union centrale syndicale de Chicago qui regroupait pas moins de 22 syndicats des différentes corporations ouvrières.
A partir du milieu des années 1880, la situation sociale et la contestation devinrent explosives. En 1885, des mouvements massifs de grèves ébranlèrent le système. Dans tout le pays plus de 11 500 établissements et quelques 400 000 ouvriers se mirent en grève. 11 000 grévistes à Detroit, 25 000 à New York. A Chicago, tout le transport ferrovier s’arrêta.
L’union centrale syndicale de Chicago dirigée par Parsons et Spies, prit de fermes dispositions fin 1885. Le 3 mai 1886 à Chicago, la police tira sur la foule des grévistes devant les ateliers McCormick & Harvester. 4 participants furent tués. Soies écrivit alors “Vengeance ! Aux armes ouvriers !” dans l’Arbeiter Zeitung, le journal bilingue de l’union centrale syndicale.
Une réunion fut décidé pour le lendemain 4 mai, sur la place du Haymarket de Chicago.
3000 personnes s’y rejoignirent. La réunion se déroula normalement et sans incident. Le dernier intervenant parlait à la tribune lorsqu’une bombe artisanale est jetée au dessus de la foule et explose au milieu des forces de police. 66 policiers seront blessés dont 8 mourront plus tard de leurs blessures. Instantanément la police ouvre le feu sur la foule sans discrimination, au moins 4 personnes seront tuées et il y aura plus de 200 blessés.
Sans enquête ni aucunes preuves, la police rafle des centaines de militants et arrête très rapidement 8 leaders anarchistes de Chicago. La loi de l’état de l’Illinois dit que quiconque incite à un meurtre est coupable de ce meurtre. Les seules évidences amenées contre les 8 accusés furent leurs idées politiques, quelques pamphlets de littérature politique ; surtout il est important de savoir qu’aucun des 8 accusés ne se trouvait le 4 mai sur la place du Haymarket, sauf Fielden qui parlait à la tribune au moment où la bombe explosa ! Ils furent condamnés à mort. Leur appel fut refusé, la Cour Suprême déclara n’avoir aucune juridiction en la matière !!…
Cet évènement eut un retentissement mondial. Il y eut des réunions, des marches de dizaines de milliers de personnes en France, en Hollande, en Russie, en Italie, en Allemagne, en Espagne. Des meetings à Londres eurent pour leaders George Bernard Shaw et Pierre Kropotkine.
Un an après leur procès, le 11 novembre 1887 (Vendredi Noir ou Black Friday), 4 des anarchistes qui furent condamnés à mort: Albert Parsons, August Spies, Adolph Fisher et George Engel, furent pendus. Louis Lingg, un charpentier de 21 ans se suicida dans sa cellule, refusant à l’état le “droit” de prendre sa vie.
La marche funèbre de ces martyrs à Chicago se composa de 25 000 personnes en deuil. Le jour du 1er mai, fête du travail dans le monde, fut déclaré férié en grande partie à cause de l’affaire du Haymarket qui devint le symbole de la répression du monde ouvrier et du travail par les chiens de garde du capital.
Il y eut évidence par la suite qu’un homme répondant au nom de Rudolph Schnaubelt, soi-disant anarchiste, était en fait un infiltré et agent provocateur de la police. Il fut engagé pour lancer la bombe qui permit l’arrestation de centaines de personnes dans le milieu ouvrier contestataire et la destruction du leadership du mouvement de la lutte sociale à Chicago.
Il est à noter que dans l’histoire américaine du mouvement de la lutte sociale et révolutionnaire, la réaction est toujours passée par une alliance entre le pouvoir et le milieu de la mafia. Les patrons locaux se sont toujours appuyés sur la mafia locale pour mater les mouvements de grèves, jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale qui vit la pègre de la famille de Lucky Luciano servir de nervis briseurs de grèves notamment dans les ports en Italie et aux Etats-Unis, secteur où la lutte sociale était particulièrement organisée avec les syndicats des dockers. Les luttes et les bagarres furent âpres afin aussi que ne soit pas ralenti le flot des marchandises… légales ou illégales.
Néanmoins, en juin 1893, le gouverneur de l’Illinois John P. Altgeld amnistia les survivants toujours en vie et emprisonnés de l’affaire du Haymarket et condamna officiellement l’ensemble du système judiciaire qui permit cette injustice flagrante. Inutile de dire que cette action politique vit la fin de la carrière politique de ce gouverneur qui ne fut bien entendu, pas réélu.

En France il n’est pas si loin le temps où le triste Service d’Action “Civique” (SAC) des Pasqua and co agissait comme hommes de main du pouvoir et du patronat, brisant les piquets de grèves et fournissait la main d’œuvre foie jaune en réaction des luttes sociales acharnées et volant au secours d’un système malmené voyant ses profits fondre comme beurre au soleil…

Ainsi donc, pour en revenir à l’actualité qui nous préoccupe, celle des Gilets Jaunes, nous devons garder présent à l’esprit que le pouvoir ne recule devant rien pour mater toute rébellion et dissidence au système oligarchique illégitime et criminel en place.

Devant le succès que sera sans aucun doute la mobilisation gilets Jaunes demain en France et sur Paris, nous devons nous méfier de ce “syndrome du Haymarket” qui veut que mis en difficulté et acculé, tout système étatico-capitaliste cherchant à toujours préserver une illusion démocratique, visera à provoquer un évènement sanglant voire à le faire perpétrer par des hommes de paille à leur insu (par manipulation) ou à l’insu de leur plein gré, selon les circonstances, pour à la fois pouvoir garder l’illusion de la raison morale… de leur répression aveugle s’abattant sur la contestation et dissidence politique, garder le pouvoir usurpé depuis si longtemps, au détriment du plus grand nombre et créer une diversion utile.

Si l’Histoire ne repasse jamais les grands plats… En revanche, elle repasse continuellement les petits !

A bon entendeur…

= = =

Bien des livres ont été publié sur la question, mais le meilleur compte-rendu court sur l’affaire du Haymarket se trouve, à notre sens, sur le site internet syndicaliste des Wobblies, de l’Industrial Workers of the World (IWW), vous pouvez le lire (en anglais) ici:

https://www.iww.org/branches/US/CA/lagmb/lit/haymarket.shtml

Le dernier paragraphe dit ceci: (traduction R71)

“Alors que nous luttons tous pour réaliser notre vision d’un monde juste pour toutes et tous, gardons toujours en mémoire ceux qui sont morts, qui ont sacrifié leurs vies pour notre cause, des gens comme ces maytyrs du Haymarket: Albert Parsons, Adolph Fisher, August Spies, Carl Engel, Louis Lingg. Samuel Fielden, Michael Schwab et Oscar Neebe. Hourra pour l’anarchie ! Hourra pour l’anarchie ! Hourra pour l’anarchie!”

 

Terrorisme d’État: Destruction de la cabane des Gilets Jaunes de Commercy sur ordre du maire… Est-ce bien surprenant de la part d’un larbin ?…

Posted in actualité, altermondialisme, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 14 mars 2019 by Résistance 71


Tout le pouvoir aux Ronds-Points !
Tout le pouvoir aux Cabanes !

 

Destruction de la cabane des Gilets Jaunes de Commercy

 

Manif-Est

 

13 mars 2019

 

url de l’article:

https://manif-est.info/Destruction-de-la-cabane-des-Gilets-Jaunes-de-Commercy-979.html

 

Aujourd’hui, Jérôme Lefevre, le maire de Commercy, s’enfonce dans la violence antidémocratique. Après un référendum local qui a montré que les Commercien-ne-s soutenaient massivement le maintien de la cabane des Gilets Jaunes, il a pourtant ordonné sa destruction.

Pire que cela, il a lui-même participé au démontage de notre cabane montrant ainsi toute l’étendue du mépris qu’il a pour l’opinion de ses concitoyens. De même que pour toutes les cabanes de Gilets Jaunes détruites partout en France, en détruisant ce symbole de la lutte populaire et de la solidarité, le maire de Commercy s’affiche dans la droite ligne du gouvernement Macron.

Un autoritarisme borné, une absence totale de considération pour la souffrance du peuple. Face à ces despotes, une seule solution : continuer le mouvement et le renforcer. D’une manière ou d’une autre nous sommes là et y resterons. De toute façon, notre cabane est toujours debout dans nos cœurs. La souffrance, la colère et la solidarité lui servent de murs.

Stop aux injustices !

Stop aux violences d’État !

Stop au mépris des élus !

Vive l’assemblée populaire !

==

Rappel de l’appel des Gilets Jaunes de Commercy:

Le 1er appel des GJ de Commercy

Le second appel des GJ de Commercy

Le texte du 1er appel

Appel de la 1ère assemblée des assemblées

Dossier Gilets Jaunes

 

1er appel des Gilets Jaunes de Commerce:

 

 

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes : Pour l’État, toutes les répressions sont permises…

Posted in actualité, gilets jaunes, militantisme alternatif, politique et social, politique française, presse et média, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 7 mars 2019 by Résistance 71

Une fois de plus, il faut aller sur des médias étrangers pour entendre parler de ce qu’il se passe dans les rues de France…

Devant l’enfumage éhonté des merdias franchouillards et leur refus de dire la vérité, se dressent les RT, Press TV, Al Manar.

Si on nous avait dit ça il y a… 20 ans, on aurait sans doute crié au fou !

O Tempora O Mores ! disait l’autre…

~ Résistance 71 ~

 

 

Acte 16 des Gilets Jaunes: toutes les répressions sont permises

 

Al Manar

 

3 mars 2019

 

url de l’article en français: http://french.almanar.com.lb/1276002

 

Contre les Gilets jaunes qui en étaient le samedi 2 mars à leur Acte 16, toutes les formes de répression sont permises. Celles des policiers et CRS se font plus violentes. Les caméras du compte Facebook pro-Gilets jaunes Born to be Media Rider ne les ratent pas.

Contre les Passants

A Toulouse, elles ont filmé un couple de passants qui s’est fait matraquer par des CRS avec une grande violence. Sans aucun égard pour leur âge. Le couple ne faisait apparemment pas partie des manifestants a et traversé un cordon de CRS qui faisait face aux Gilets jaunes.

Selon Sputnik, on peut voir que la femme s’est arrêtée et a parlé à un CRS. Étant donné que la vidéo a été filmée de très loin, il est impossible d’entendre ce qu’elle lui a dit. Quoi qu’il en soit, elle a été frappée à coups de matraque et projetée au sol. L’homme qui l’accompagnait a tenté de la protéger mais a été lui aussi frappé puis jeté à terre.

Contre les journalistes

La seconde forme est celle qui s’attaque aux journalistes

La deuxième scène qui a touché une journaliste, Stéphanie Roy, a eu lieu à Bordeaux. Elle portait pourtant le brassard.

Elle dit s’être fait frapper à coups de pied et de bouclier par un représentant des forces de l’ordre.

On voit dans la vidéo un policier en train de la faire reculer, alors qu’elle lui répète qu’elle est journaliste.

«Je recule mais vous n’avez pas le droit de me toucher comme ça», crie-t-elle alors que la caméra oscille.

Dans le même temps, une autre journaliste, Elsa Gambin, a révélé sur son compte Twitter qu’un collègue de l’agence Reuters a été visé délibérément par un tir de LBD40.

Arrestations arbitraires

Autre forme de violence, les arrestations arbitraires.

Le Vendredi 1er mars matin, a été arrêté pendant 26 heures un des militants faisant partie du collectif ANV (Action Non-Violente) Cop21, alors que celui-ci avait mené une «action de réquisition» visant à décrocher un portrait d’Emmanuel Macron de la salle de conseil de la mairie de Wittelsheim, dans le département du Haut-Rhin. Un acte destiné à «montrer l’inaction du gouvernement face aux crises climatiques et sociales», selon le collectif sur Facebook.

La répression médiatique

Parmi toutes les formes de répression, la médiatique demeure la plus pernicieuse.Elle est entrée en action dès le premiers jours du mouvement de contestation.

Son dernier acte a été de minimiser le chiffre de participation de l’acte 16. Les médias français ont évoqué 5.600 dans toute la France, alors que le Syndicat France Police-Policiers en a comptabilisé 200.000.

Sur le plateau de la télévision BFM TV, le porte-parole de la liste RIC,  Jérémy Clément s’est vu couper la parole à chaque fois qu’il répondait aux questions qui lui étaient posées.

La semaine passée, la classe sionisante en France s’est acharnée contre ce mouvement, l’accusant d’antisémitisme, parce que l’un de ses manifestants a qualifié un intellectuel connu pour ses positions pro israéliennes et islamophobes, Alain Finkielkraut  de « sale sioniste ».

Un simulacre de démocratie

«Depuis les premières actions, nous voyons la répression se renforcer, mais nous ne nous laisserons pas intimider. Le soutien massif que nous recevons et la détermination des activistes à poursuivre les actions montrent à quel point l’urgence climatique et sociale est un enjeu majeur, pour lequel nous sommes prêts à encourir les risques nécessaires», a déclaré Sylvine Bouffaron, membre d’ANV-COP21 citée dans le communiqué.

Pour Jean, 62 ans, le grand débat est « un simulacre de démocratie ». «Pourquoi on ne lâche pas le morceau ? », s’interroge-t-il avant de poursuivre :

« En voilà une question conne ! Parce que Macron n’a pas bougé d’un millimètre déjà, et parce qu’il croit nous enfumer avec son grand débat. Ce dispositif, c’est un simulacre de démocratie. Car à la fin, de toute façon, le gouvernement ne retiendra que les propositions qui l’arrangent. Nous, on veut le référendum d’initiative citoyenne (RIC). S’il faut faire 150 manifs de plus pour l’obtenir, on les fera ! »

Gilets Jaunes 15ème round et petit bilan dans la France « périphérique » (Le Monde Libertaire)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 23 février 2019 by Résistance 71


Tout le pouvoir aux Ronds-Points !

 

Progrès et régrès

 

Le Monde Libertaire

 

19 février 2019

 

Source: https://monde-libertaire.fr/?article=Progres_et_regres

 

Ce texte a été inspiré par le compte-rendu de 7 heures de manifestation sauvage et libre à Limoges le 8 décembre, paru sur le site La Bogue*, qui s’inscrit dans le mouvement anti-autoritaire local. Des participants à la « journée mondiale du climat » s’y sont mêlés à des Gilets Jaunes et à des usagers venus sauvegarder une ligne régionale. L’évolution des transports, mais aussi des moyens de vivre ensemble, comporte des progrès, mais aussi des régrès, ainsi que l’expliquait Élisée Reclus. 

A pied

François Béranger dans « Tranches de vie » chantait : « Je suis né dans un petit village qui a un nom pas du tout commun, c’est le village de Saint-Martin…« . Le mien c’est Léon le Franc, 12 petites fermes en polyculture-élevage dans la Creuse. Avant ma naissance, mon arrière grand-mère allait à pied au marché à Aubusson (8 km à travers bois) vendre lait, œufs et fromages, tandis que mon père allait à pied à l’école du bourg (4 km à travers bois), bûche sous le bras pour le poêle de sa classe primaire. 

En âne

Enfant, c’était super : j’accompagnais ma grand-mère au marché dans une carriole tirée par une ânesse ravie de recevoir caresses et carottes des amateurs de produits de la ferme. C’était très vivant, beaucoup d’échanges, générations mêlées. Les paysans étaient contents de faire déguster la qualité aux acheteurs, sans passer par un label bio défini par l’État comme aujourd’hui. 

Avec Paulette…

Plus tard j’ai hérité d’une bicyclette. Le facteur, parcourait aussi les villages en vélo. Très content de son métier, partout bien accueilli, il en profitait pour s’entraîner en vue des courses cyclistes du coin. Encouragé à le rejoindre, j’ai eu l’occasion de participer à un critérium dans lequel figurait Poulidor, encore inconnu, qui nous a gentiment mis un tour dans la vue : les parcours très vallonnés de la Creuse expliquent ses qualités de grimpeur.

En train et car

Parti en région parisienne, je retournais régulièrement dans mon village par le train, pour participer aux foins, moissons et batteuses. La mécanisation ayant encore peu touché les campagnes, cela nécessitait un travail collectif (une quarantaine de personnes pour la batteuse). Dans les champs étaient associés humains, nature et animaux, mais aussi humains entre eux, pratiquant l’entraide, d’autant qu’il existait des « communaux » à la disposition de tous.

Bien que située au centre de la France, la Creuse était considérée par l’État comme une zone « périphérique » : loin des premiers de cordée, les paysans étaient mal vus par les dominants depuis leur participation à la Commune de Paris : les « maçons de la Creuse » montés à pied dans la capitale, y résidaient une partie de l’année, travaillant dans le bâtiment. Cet isolement géographique expliquait que, pour revenir au pays, il fallait changer de train en attendant 4 heures la « correspondance », puis prendre un car à Aubusson. Mais je le vivais comme un voyage agréable ne se réduisant pas, comme aujourd’hui, à aller de plus en plus vite du départ à l’arrivée, effaçant rencontres, échanges, paysages changeants, imprévus.

Puis en voiture

Qu’en est-il aujourd’hui ? Aucun train de voyageurs ne circule en Creuse, un seul éleveur reste au village, sur le marché d’Aubusson quelques agriculteurs, survivent de quelques foires annuelles où se croisent les derniers paysans et animaux. Cependant, des couples revenus vivre au pays, des néo-ruraux quittant les villes, s’installent en retapant une ferme bon marché. Ils redonnent vie à ces petits villages dont la démographie était déclinante.L’État considère ces bouseux, ces tout derniers de cordée, comme incapables de traverser la rue du village pour se faire exploiter. De toute façon, GM&S, dernière « grosse » entreprise (270 salariés), est en voie de fermeture : même les exploiteurs quittent la Creuse, préférant faire des profits dans des banlieues déshéritées, voire en Afrique ou en Asie.

Maintenant : Gilet Jaune et colère noire !

Dans des zones rurales ou semi-rurales, dans lesquelles tous les services publics ont disparu, où il faut prendre la voiture, parfois sur plusieurs dizaines de kilomètres, pour faire ses courses, amener les enfants à l’école, faire les démarches administratives, la notion de « progrès » est à relativiser. 

Le mouvement des Gilets Jaunes y a quelquefois aménagé un lieu permanent, pour y recréer du lien, échanger sur leur colère noire et sur la société qui l’a instillée à petit feu dans leur corps et leur esprit. Il est intéressant de constater qu’ils y ont parfois choisi un mode de fonctionnement qui est celui que les anarchistes proposent (AG, mandats, démocratie directe, absence de « chef » ou de porte-parole officiel). Bien sûr, ce mouvement est très diversifié : dans les manifestations, dans les zones urbaines, les manœuvres, venant particulièrement de l’extrême-droite, sont facilitées. Mais quand il s’agit de rester sur place 24 H sur 24, des chômeurs, des précaires en forment le noyau et, dans cette vie collective et solidaire, certains redonnent un sens à leur propre vie.

C’est peut-être ça le progrès ?

* https://labogue.info/spip.php?article325

 

Gilets Jaunes 14ème round: Portrait et destin…

Posted in actualité, altermondialisme, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 17 février 2019 by Résistance 71

 

Portrait et destin des gilets jaunes

 

Theophraste R.

 

12 février 2019

 

url de l’article:

https://www.legrandsoir.info/portrait-et-destin-des-gilets-jaunes-6079.html

 

Les gilets jaunes (qui s’appellent tous Jojo) sont d’extrême gauche, d’extrême droite, récupérés par La France Insoumise, antisémites, anti-migrants, homophobes, misogynes, violents, fumeurs de clopes, manifestants sans autorisation, incendiaires, casseurs, liquidateurs de petits commerces, consommateurs de diésel, énergivores, complotistes, manipulés par les Russes et chiatiques.

Les médias vous ont servi ce désastreux portrait, pas vrai ?

Or, en vérité, les gilets jaunes sont intercepteurs de balles de flash-ball avec leurs yeux ou leurs mâchoires, bloqueurs de grenades avec leurs mains ou leurs pieds, réceptionnistes des matraques avec leur tête, leurs jambes, leurs épaules, leur dos, enfileurs de menottes, gros consommateurs de colliers serflex, amateurs de gaz qui pique aux yeux et aux poumons, peinturlureurs de pavés à l’hémoglobine, voyageurs sans billet dans des fourgons à gyrophare, dormeurs oisifs dans des cellules gratuites, futurs pensionnaires de Fleury-Mérogis où ils ne croiseront ni Benalla, ni les Balkany, ni Guéant.

L’histoire mondiale retiendra cependant qu’ils ont affronté jusqu’à 90 000 policiers (dotés d’armes quasiment létales) pour dire la haine des pauvres envers un président-roitelet, ivre d’orgueil, trop petit pour son palais de l’Elysée d’où il commande qu’on le sauve en frappant, gazant, amputant, condamnant, emprisonnant.

La question est de savoir si les policiers désormais armés de fusils d’assaut tireront sur les manifestants en croyant défendre la République ou bien s’ils mettront crosse en l’air pour ne plus servir un president devenu l’ennemi de son peuple.

Théophraste R. Corédacteur du mémoire (à paraître)  : « Condamnations des policiers de terrain après la chute de Macron.

= = =

« Rendez le pouvoir » est la dernière injonction de l’image d’illustration, c’est devenu LA nécessité au-delà de toute les revendications.
De fait, aucune revendication ne pourra être satisfaite si nous, le peuple, ne récupérons pas le pouvoir pour le rediluer en nous-mêmes au moyen des assemblées populaires et de la mise en place de la Commune des communes, mode de fonctionnement égalitaire de la société des sociétés à venir…
Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et ne sautait y en avoir !
Qu’on se le dise !
~ Résistance 71 ~

Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Francis_Cousin Ce n’est qu’un début…

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

6ème_déclaration_forêt.lacandon

Appel au Socialisme Gustav Landauer

 

Gilets Jaunes 14ème round: Le père Duchesne avec nous !… On lâche rien !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 16 février 2019 by Résistance 71

 

 

Grande joie du père Duchesne

 

A contre Temps

 

12 février 2019

 

Source: http://www.autrefutur.net/Grande-joie-du-pere-Duchesne

 

De voir que les Gilets-Jaunes des départements s’en viennent nombreux à Paris à chaque sabbat, semant la panique parmi les nantis de cette ville confisquée, vérolée, avilie par le commerce, le tourisme et la spéculation foncière la plus éhontée. Grand est l’effroi des boutiquiers qui vendent aux nantis des hardes soyeuses et des colifichets clinquants – qui chacun coûteraient des mois de fatigue et des flots de sueur aux bons bougres des quartiers pauvres.

Plus grande encore, s’il est possible, est la frousse des marchands de boniments – plumitifs salonards ou petites mains du mensonge télévisuel, qui nous font crime de ne point vouloir gémir sous le joug des maîtres de l’or et du négoce. Ah, foutre ! Qu’ils tremblent donc ! Ils en ont de justes motifs, car ils périront bientôt, s’ils ne suivent en hâte leurs maîtres en fuite vers les occultes lupanars dorés, au-delà des mers, où dorment des fortunes amassées en dépouillant le bon peuple. Et où le néant dont ils n’auraient jamais dû surgir se refermera sur leurs vaines existences.

Ils veulent nous persuader, ces larbins de toutes les oligarchies, de rester tranquilles, de désavouer les actes de rébellion qui, depuis quelques semaines, éclatent partout dans le pays – et de souffrir patiemment, au nom de la logique de l’argent, les pires humiliations. On menace, si nous ne rentrons pas dans le rang, de nous interdire la rue, de nous tabasser, de nous mutiler, de nous éborgner, de répandre notre sang.

Les dirigeants de toute obédience, qui ne songent qu’à nous voir croupir à jamais dans la servitude et la misère, prétendent encore et toujours nous priver des richesses immenses que nous et nos parents seuls avons produites. Comme un bétail trop prolifique, nous sommes voués par des technocrates et des rentiers à la précarité et au dénuement, aux maladies et à la décimation.

Si nous avions à trancher maintenant s’il faut ou non se soulever, la prudence nous imposerait d’y réfléchir à deux fois, tant les moyens que consacrent les hautes castes au maintien de l’ordre sont immenses, tant les liens communautaires qui faisaient autrefois notre force se sont distendus – et tant la confusion des idées est savamment entretenue par les médias. Mais dès lors que le combat s’est déjà engagé, et qu’il s’est engagé à l’initiative d’un adversaire qui rêve de nous clouer le bec pour des générations, nous n’avons d’autre choix que de nous résoudre à la plus piteuse, à la plus douloureuse des défaites ou de nous apprêter à redoubler d’audaces et d’exigences.

Nous pouvons être certains qu’on fait déjà contre nous de nouveaux préparatifs d’enfermement et d’exclusion. Mais ce n’est que par le péril que l’on échappe au péril. Il faut donc employer la force quand l’occasion s’en présente, comme ne manquent jamais de le faire les puissants qui nous traitent comme du purin – car, face aux dangers qui nous menacent, il est plus dangereux de rester courbés et muets que d’essayer d’en venir à bout. Cette occasion, amenée par les vents capricieux de l’histoire, ne la laissons pas s’envoler, si nous voulons enfin nous assurer une existence plus libre et plus heureuse. Les êtres qui désirent mais n’agissent pas engendrent la peste.

Nous savons tous, au fond, que si le bien-être et les plaisirs nous sont à jamais interdits, que si l’ennui et la précarité façonnent notre destin, nous le devons à notre acceptation trop docile de l’ordre des choses. Seuls d’entre nous s’en « sortiront » les serviteurs les plus zélés : tant qu’il y aura du salariat, il n’y en aura jamais assez pour tout le monde, et la vie continuera d’être ce périple angoissé à travers un espace dûment surveillé, clos et bétonné, où s’entre-déchirent les pauvres sous l’œil amusé des maîtres. Les employés fidèles subissent honteusement la tyrannie des horaires et la tristesse des tâches morcelées, en échange de revenus toujours plus maigres. Les autres, chômeurs et précaires, sont plongés dans un dénuement plus grand encore, accablés d’injures, vivant d’aumônes et d’expédients, guettés par l’enfermement et le désespoir absolu. Nous le sentons tous, une telle société ne mérite pas d’exister, et ceux que l’appât du gain ou le goût de la servitude incitent à la défendre doivent être balayés.

Ceux qui fondent leur pouvoir sur la peur vivent eux-mêmes dans la crainte des populations qu’ils dominent et exploitent. Les forces de répression dont ils se sont dotés peuvent se disloquer aussi vite que, naguère, celles des dictatures bureaucratiques – pourvu que la rue fasse pleinement sentir sa propre force. Nous devons donc éviter de les affronter là où l’ennemi nous attend avec toute la puissance de ses armes : ces cortèges-pièges, organisés ou noyautés par les récupérateurs politiques ou syndicaux, dont la connivence avec les prédateurs de l’économie n’est plus à démontrer. Occupons plutôt nos quartiers, nos entreprises, nos écoles. Assiégeons les gens de pouvoir et d’argent en leurs bastions, confinons-les à leurs bunkers. Refusons de dialoguer avec ces experts en fourberies et entamons sans tarder, entre nous, les vrais débats, ceux qui naissent des passions impatientes. La route des excès mène au palais de la sagesse.

= = =

Tout le pouvoir aux Ronds-Points !!

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

 

Gilets Jaunes 14ème round: État, répression et manipulation… La vieille trilogie toujours à l’œuvre !

Posted in actualité, altermondialisme, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 16 février 2019 by Résistance 71

 

Gilets jaunes et manipulations étatiques de la violence : une vieille histoire

 

Régis de Castelnau

 

11 février 2019

 

url de l’article: http://www.comite-valmy.org/spip.php?article10908

 

L’époque est à la dénonciation du « complotisme » concept élastique et désormais complètement galvaudé. Aidé par quelques supplétifs zélés comme le démontre la nouvelle « étude » réalisée par la socialiste « Fondation Jean-Jaurès  », et par les éditocrates habituels, le bloc élitaire au pouvoir en fait deux usages. Tout d’abord disqualifier toute critique de la politique visant à adapter la France à la mondialisation financière et néolibérale, ensuite justifier toutes les atteintes à la liberté d’expression, celles déjà mises en place et celles projetées. Gare à celui qui prête des intentions et des actions au pouvoir, l’anathème tombera sur lui telle la foudre : « complotiste ! ». Depuis le début du mouvement « gilets jaunes » tous les observateurs honnêtes ont été amenés à se poser de beaucoup de questions concernant le comportement des forces de l’ordre dans les manifestations. Certains ont été jusqu’à accuser le ministère de l’intérieur de laisser faire les casseurs dans le but évident de disqualifier le mouvement et de faire peur. Malgré certaines évidences que la multiplication des vidéos a pu établir, ils ont immédiatement été foudroyés, hérétiques et relaps, par l’accusation majeure : «  complotistes ! Comment pouvez-vous imaginer que le pouvoir puisse user de ce genre de comportement contre un mouvement social ? »

Eh bien justement il peut. Et c’est de cela que je peux témoigner.

23 mars 1979, la grande provocation

J’ai constaté la présence dans les manifestations de policiers ( ?) sans uniforme, habillés comme des Black blocks, et munis de marteaux sur l’usage desquels on pouvait légitimement s’interroger. Lorsque l’on sait que sous le régime d’Emmanuel Macron n’importe qui peut s’affubler d’un brassard et tabasser des manifestants, sans que la justice ne s’en émeuve beaucoup. J’ai lu force témoignages parlant de la passivité de la police au moment des déprédations et des pillages. J’ai vu que le profil des personnes arrêtées en masse et condamnées lourdement pour des infractions fantaisistes, démontrait qu’il ne s’agissait absolument pas des casseurs habituels qu’en général la police connaît. Alors, j’ai fini par me dire « tiens cela me rappelle quelque chose ».

C’était il y a longtemps, 40 ans précisément au moment des grandes luttes ouvrières qui sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, s’opposaient au démantèlement commencé de la sidérurgie française. La Lorraine et notamment la ville de longwy vivaient une situation de mobilisation populaire intense bénéficiant d’un large soutien dans l’opinion publique. Pour la première fois le monopole d’État de radiodiffusion était battu en brèche par la création de la toute première et illégale «  radio libre » nommée : « Lorraine Cœur d’Acier ». Les organisations syndicales décidèrent d’organiser une grande manifestation à Paris le 23 mars 1979. Celle-ci aurait dû être un grand succès, mais elle fut complètement dévoyée par des violences considérables dont furent accusés les membres d’un groupuscule anarchisant appelé « les autonomes ». Naturellement, les médias ne s’intéressèrent qu’aux violences, pillages et déprédations. Et le pouvoir giscardien par l’intermédiaire du ministre de l’intérieur Christian Bonnet ne se gêna pas pour enfoncer le clou afin de disqualifier le mouvement des sidérurgistes. Sollicité pour défendre des personnes arrêtées à cette occasion, ce fut une totale surprise de constater que parmi elles ne figurait aucun des fameux autonomes que l’on avait pu voir sur les photos de presse. Étaient poursuivis des manifestants paisibles, parfois de simples passants, sur la base de dossiers manifestement fabriqués, ou sur des incriminations fantaisistes, mais en aucun cas des casseurs. Ce qui n’empêcha pas une justice zélée de distribuer des peines considérables qui furent confirmées en appel. Malgré la mobilisation d’un barreau de gauche ou les avocats socialistes avaient encore le souci des libertés publiques. Un autre épisode exactement de même nature eut lieu cette fois-ci à longwy avec la prise d’assaut et la fermeture par la police de la radio libre, provoquant ainsi une manifestation de protestation. Celle-ci fut brutalement réprimée et quelques participants arrêtés. Pour être poursuivis sur la base de dossiers, j’en témoigne, là aussi rigoureusement vides. Les médias, quoique très différents de ceux d’aujourd’hui, en profitèrent à nouveau pour prétendre à la disqualification du mouvement des sidérurgistes.

Quand la CGT enquête

La CGT, prise par surprise par ce dévoiement et saisie de nombreux témoignages entreprit alors un minutieux travail d’enquête à base d’investigations de recueil de photographies et de témoignages qui faisaient apparaître de façon criante les manipulations de la police et la volonté gouvernementale de cette provocation. Le service d’ordre de la CGT procéda d’ailleurs au moment de la manifestation, lui-même à l’interpellation de deux soi-disant « autonomes » pour constater qu’il s’agissait de policiers déguisés. Utilisant ce travail et le complétant avec celui que nous avions nous-mêmes effectués dans la défense des personnes poursuivies, Daniel Voguet, François Salvaing et moi-même avons publié un livre à ce moment-là intitulé : « La Provocation  » qui relatait la façon dont les choses s’étaient déroulées. C’était il y a 40 ans, l’ouvrage a un peu vieilli ainsi que ses auteurs mais d’une certaine façon il reste de d’actualité car il témoigne comment un pouvoir politique confronté à un mouvement social populaire n’a aucun problème pour utiliser manipulations et provocations policières dans le but de le disqualifier. À cela s’ajoute la complaisance de la justice pour jouer sa partition dans l’opération. Si celle-ci fut déjà fort zélée à l’époque, ce qui vient de se produire avec l’incroyable répression de masse des gilets jaunes montre qu’on pouvait faire pire. Je me suis replongé dans la lecture de ce que j’avais écrit il y a 40 ans, ce qui m’a confronté à des bouffées de nostalgie mais aussi à des rappels qui trouvent quand même un drôle d’écho aujourd’hui. Volonté du pouvoir de l’époque d’affaiblir, isoler, et disqualifier la lutte des sidérurgistes, s’attaquer de front à des libertés fondamentales et d’abord au droit de manifestation. Les députés de la majorité refusèrent une commission d’enquête parlementaire, la presse de prendre en compte les preuves fournies par la CGT, et les magistrats acceptèrent de compléter le spectacle policier par un spectacle judiciaire tout aussi dévoyé. À la lumière de ce parallèle avec aujourd’hui, je peux rassurer ceux qui pensent que les gens du pouvoir Macronien n’auraient aucun scrupule à utiliser ce genre de méthodes : ils ne sont pas complotistes ! Pas plus que je ne l’étais il y 40 ans en faisant la démonstration de l’implication du pouvoir étatique de l’époque.

Être réaliste, pas complotiste

J’ajoute pour conclure que dans l’histoire du mouvement ouvrier et social, les provocations policières et judiciaires ont toujours été là. On rappellera que la date du 1er mai fête internationale des travailleurs, a été choisie à cause de ce qui s’est passé le 1er mai 1886 à Chicago. Une grève générale fut lancée pour obtenir la journée de huit heures. Dans une des manifestations qui se déroulaient une bombe sera jetée dans la foule. Sans la moindre preuve quatre dirigeants syndicaux seront condamnés à mort et pendus le 11 novembre 1887. Ils montèrent à l’échafaud en chantant la Marseillaise. En 1893, la révision du procès reconnaîtra l’innocence des inculpés ainsi que la machination policière et judiciaire destinée à briser le mouvement.

Emmanuel Macron et Christophe Castaner n’en sont pas encore là, heureusement. Mais penser, devant certains événements évidents ou troublants, que la brutale répression qu’ils ont décidée contre le mouvement des gilets jaunes peut faire l’objet de dévoiements et de manipulations, c’est être réaliste, pas complotiste.

Gilets Jaunes et répression étatique… Des experts de l’ONU dénoncent les restrictions à manifester en France…

Posted in actualité, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 16 février 2019 by Résistance 71

Tournure intéressante quand on sait ce que sont l’ONU et l’UE en regard du Nouvel Ordre Mondial oligarchique… D’un autre côté cela peut aussi être un coup de « pub » désespéré à la veille d’élections européennes qui s’annoncent, fort heureusement, désastreuses…
~ Résistance 71 ~

 


L’État… le plus froid des monstres froids

 

Des experts de l’ONU dénoncent les restrictions des droits des manifestants en France

 

Al Manar

 

15 février 2019

 

url de l’article: http://french.almanar.com.lb/1254684

 

Dans la foulée de la condamnation par les députés européens, jeudi 14 février, de l’usage disproportionné de la force par la police pendant les manifestations, sans cependant cibler un État membre, les restrictions «disproportionnées» des droits des manifestants lors des mobilisations des Gilets jaunes ont été dénoncées par des experts de l’ONU.

Le droit de manifester en France a été restreint de manière disproportionnée lors des mobilisations des Gilets jaunes, et Paris devrait revenir sur ses politiques de maintien de l’ordre pour garantir l’exercice des libertés, a indiqué un groupe d’experts des droits de l’homme de l’Onu, dans un communiqué de presse diffusé jeudi 14 février.

Le communiqué déplore des cas graves d’usage excessif de la force depuis le début du mouvement de contestation en novembre 2018.

Selon ses auteurs, «les restrictions imposées aux droits ont également entraîné un nombre élevé d’interpellations et de gardes à vue, des fouilles et confiscations de matériel de manifestants, ainsi que des blessures graves causées par un usage disproportionné d’armes dites « non-létales » telles que les grenades et les lanceurs de balles de défense ou flashballs».

Les experts affirment que garantir l’ordre public et la sécurité dans le cadre de mesures de gestion de foule ou d’encadrement des manifestations implique la nécessité de respecter et de protéger les manifestants qui se rendent pacifiquement à une manifestation pour s’exprimer.

«Il est très inquiétant de constater qu’après des semaines de manifestations, les restrictions et tactiques de gestion des rassemblements et du recours à la force ne se soient pas améliorées», ont-ils ajouté.

«La proposition d’interdiction administrative de manifester, l’établissement de mesures de contrôle supplémentaire et l’imposition de lourdes sanctions constituent de sévères restrictions à la liberté de manifester. Ces dispositions pourraient être appliquées de manière arbitraire et conduire à des dérives extrêmement graves», ont souligné les experts à propos de la loi «anti-casseurs» estimant qu’elle ne serait pas conforme avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont la France est signataire.

Ils trouvent que la France devrait «repenser ses politiques en matière de maintien de l’ordre».

«Nous encourageons les autorités françaises à ouvrir des voies de dialogue afin d’atténuer le niveau de tension et de reconnaître le rôle important et légitime que les mouvements sociaux jouent dans la gouvernance», ont conclu les experts de l’Onu.

Le même jour, les députés européens ont adopté une résolution condamnant l’usage «disproportionné» de la force par la police dans les manifestations, sans cependant cibler un État membre.

Celle-ci, votée par 438 voix pour, 78 contre et 87 abstentions, dénonce «le recours à des interventions violentes et disproportionnées de la part des autorités publiques lors de protestations et de manifestations pacifiques».

= = =

“L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement et le mensonge que voici sort de sa bouche: ‘Moi, l’État, je suis le peuple !’… Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l’État et il le hait comme un mauvais œil et comme un pêché contre les coutumes et les droits… L’État, lui, ment dans tous les idiomes du bien et du mal ; et quoi qu’il dise, il ment et ce qu’il possède il l’a volé. Tout est faux en lui, il mord avec des dents volées, lui qui mord si volontiers. Fausses sont même ses entrailles… ‘Sur Terre il n’est rien de plus grand que moi: je suis le doigt qui crée l’ordre, le doigt de dieu’, voilà ce que hurle ce monstre…
L’Église ? répondis-je, c’est une espèce d’État et c’en est l’espèce la plus mensongère. Cependant, tais-toi donc, chien hypocrite, mieux que personne tu connais ta propre espèce !
Tout comme toi, l’État est un chien hypocrite ; tout comme toi il aime à parler par fumée et hurlement afin de faire croire, tout comme toi, qu’en lui parle le ventre des choses. Car il veut à toute force, l’État, être l’animal le plus important sur terre ; et on le croit.”

~ Friedrich Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra, 1883) ~

“Oui, il a été inventé là une mort pour les multitudes, une mort qui se vante d’être la vie: en vérité un fier service rendu à tous les prédicateurs de mort. J’appelle État le lieu où sont tous ceux qui boivent du poison, qu’ils soient bons ou méchants… État le lieu où le lent suicide de tous s’appelle… la vie.”

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”

~ Friedrich Nietzsche, “De la nouvelle idole” ~