Archive pour remodelage moyen-orient

Vision géopolitique: Un remodelage du Moyen-Orient pas prévu au programme oligarchique?

Posted in actualité, colonialisme, France et colonialisme, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 21 avril 2016 by Résistance 71

Point de vue et analyse des plus intéressants de Thierry Meyssan sur l’avenir du Proche et Moyen-Orient…

— Résistance 71 —

 

Le Proche-Orient orphelin

 

Thierry Meyssan

 

19 avril 2016

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article191311.html

 

Le monde change soudainement, mais nous ne le percevons qu’avec un long retard. Thierry Meyssan qui annonçait en 2012 l’arrivée de la Russie en Syrie —qui ne fut visible que trois ans plus tard—, annonce aujourd’hui le retrait des deux Grands du Proche-Orient.

Dans les prochaines années, le Proche-Orient devra régler seul ses problèmes. Les États-Unis qui y imposent leur volonté depuis la Seconde Guerre mondiale et la Russie qui a lutté contre les jihadistes en Syrie n’entendent plus y jouer de rôle majeur. Les peuples de la région, que les puissances coloniales ont infantilisés durant des siècles et dressés les uns contre les autres, doivent aujourd’hui se comporter de manière adulte.

Les deux Grands sont simultanément victimes de graves problèmes économiques.

Washington qui, à l’époque de George W. Bush, avaient ambitionné que le XXIème siècle soit « américain », n’en a plus les moyens. Les États-Unis ont été contraints de laisser une place à la Russie et à la Chine. Ils doivent aujourd’hui concentrer leurs forces en Extrême-Orient, tant qu’ils le peuvent encore.

Le président Barack Obama et ses collaborateurs ont accordé de très longs entretiens à Jeffrey Goldberg qui les a synthétisés dans un interminable article publié par The Atlantic [1]. Ils y exposent la quintessence des sept dernières années à la Maison-Blanche : retenir les Forces armées, ne plus s’engager au Proche-Orient sous aucun prétexte. Le pacte du Quincy, signé par Roosevelt en 1945 et renouvelé pour 60 ans par G.W. Bush en 2005, n’a plus de raison d’être : les États-Unis n’ont plus besoin du pétrole saoudien et perdent leur temps avec des wahhabites incapables de s’adapter au monde moderne. La doctrine Carter de 1980, selon laquelle le Pentagone doit contrôler les champs pétroliers du Proche-Orient et qui a abouti à la création du CentCom, est morte. Si la sécurité d’Israël sera toujours garantie, Tel-Aviv ne doit pas compter sur l’aide US pour tenter de s’étendre du Nil à l’Euphrate.

S’exprimant lors de son show-marathon Ligne directe avec Vladimir Poutine, le président russe a été tout aussi clair [2]. Du fait des sanctions occidentales, son pays a connu l’année dernière une récession de 3,7 % et s’attend à environ 1,8 % l’année prochaine, avant de renouer peut-être avec la croissance. Sachant que la banque centrale n’a que 387 milliards de roubles de capitalisation, la Russie doit être le plus économe possible pour pouvoir survivre à cette tempête.

C’est pourquoi, elle a retiré ses bombardiers de Syrie et ne les y renverra pas. Avant de partir, elle a doté l’Armée arabe syrienne de matériels modernes et l’a formée pour les utiliser. Selon le président Poutine, elle a de quoi reconquérir seule le terrain perdu.

La seule chose qui retient encore la Russie dans la région, c’est la nécessité pour elle —comme pour les États-Unis— de renverser le président Erdoğan avant que sa politique suprémaciste et son instrumentation du terrorisme ne provoquent de catastrophe planétaire. Par conséquent, Moscou et Washington soutiennent aujourd’hui les Kurdes contre lui et si ceux-ci venaient à entrer en conflit avec la Syrie, aucun des deux Grands ne s’en mêlera.

Aussi imprévu et soudain qu’il soit, le départ des deux Grands est déjà un fait. Il laisse le Proche-Orient orphelin. La nature ayant horreur du vide, l’Arabie saoudite et l’Iran se battent désormais frontalement pour y étendre leur influence.

 

[1] « The Obama Doctrine » (version française ici), Jeffrey Goldberg, The Atlantic (États-Unis) , Voltaire Network, 10 March 2016.

[2] « Прямая линия с Владимиром Путиным » (version anglaise ici), Владимир В. Путин, Сеть Вольтер, 14 апреля 2016.

Le Grand Moyen-Orient du Nouvel Ordre Mondial: Chaos djihadiste mercenaire pour le pipelinenistan…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, économie, colonialisme, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 3 juin 2015 by Résistance 71

Excellente analyse du géopoliticien libanais Amin Hotheit…

— Résistance 71 —

 

Washington veut démembrer les pays du Moyen Orient

 

Amin Hotheit

 

2 Juin 2015

 

url de l’article:

http://french.irib.ir/analyses/articles/item/371304-le-très-sérieux-projet-de-washington-pour-démembrer-les-pays-du-moyen-orient-amin-huteit

 

Selon l’analyste libanais, Amin Hotheit, les Etats-Unis appliquent un complot néocolonialiste, pour démembrer les pays du Moyen-Orient. Dans un article, publié dans le journal syrien, « As-Sora », l’analyste libanais, Amin Huteit, étudie les conséquences des projets néocolonialistes des Etats-Unis, dans la région. Nous reproduisons ici un extrait de cet article.

* * *

Le gouvernement français a, récemment, adopté une position curieuse, pour prévoir que l’Irak et la Syrie avancent sur le chemin, qui les conduira, sans aucun doute, vers la division et le démembrement territorial. Or, auparavant, le gouvernement américain avait parlé, aussi, de la possibilité de la division de l’Etat irakien, de sorte que Washington aurait dû établir des liens avec les trois prochains Etats, qui apparaîtront, en Irak, en dépit de la volonté du gouvernement central de Bagdad, qui s’efforce de sauvegarder l’intégrité territoriale du pays et son unité. Autrement dit, l’application du projet des Etats-Unis, pour démembrer, effectivement, l’Irak, a, déjà, commencé.

Les déclarations et les prises de position des responsables des puissances européennes et des autorités de l’ONU indiquent, aussi, qu’il y a des courants, qui croient que le feu qui brûle, au Moyen-Orient, vise, directement, la survie des Etats et leur survie, et ne sera éteint que, lorsque ces Etats seront divisés et démembrés.

Ces prises de position indiquent, très clairement, à quel point les puissances occidentales se servent de tous leurs leviers régionaux et locaux, pour démembrer les Etats du Moyen-Orient. Mais pourquoi les Occidentaux préconisent-ils que la division des Etats serait la seule voie qui existe, pour rétablir la paix et la sécurité, au Moyen-Orient ? Est-ce une réalité ? Quels en sont les arguments ? Pourquoi l’Occident défend-il cette idée ? Est-il, pratiquement, possible de réaliser ce projet, au niveau des pays de la région ?

Là, il faut rappeler que le projet de la restructuration politique du Moyen-Orient avait été proposé, pour la première fois, en 2006, à l’époque de l’agression militaire d’envergure du régime israélien contre le Liban. A cette époque-là, les Etats-Unis ont avancé la théorie du «chaos constructif», pour la création d’un «Nouveau Moyen-Orient». Ce que les dirigeants américains entendaient par le «chaos constructif», c’était la destruction des structures politiques existantes, par la propagation du chaos, afin que les frontières politiques du Moyen-Orient soient tracées, de nouveau, sur une «terre brûlée», de sorte que la carte de ce nouveau Moyen-Orient soit compatible avec les plans et les intérêts que les Etats-Unis qui se définissent, dans cette partie de la planète.

Mais, en 2006, l’armée israélienne a été obligée de se retirer du Liban, face à la résistance des combattants du Hezbollah. Par conséquent, les Etats-Unis ont changé de tactique, et ont décidé d’appliquer autrement leur projet d’instaurer le chaos, dans les pays arabes du Moyen-Orient. Aujourd’hui, plus de quatre ans après les événements, connus sous le nom du «Printemps arabe», et malgré les destructions très vastes qu’ont subies, notamment, deux pays arabes, (Irak et Syrie), les Etats-Unis et leurs alliés sont presque sûrs qu’il leur serait impossible de prendre, entièrement, en main le contrôle des événements, au Moyen-Orient. Ils ont compris que les mouvements de la résistance, face à ce projet néocolonialiste, sont très forts, en dépit du taux tragique des destructions et des massacres, dans divers pays de la région. Ces forces de résistance n’ont pas perdu l’initiative, sur le terrain, et gardent leur puissance de manœuvre, de sorte qu’ils rendent impossible la victoire totale des ennemis des peuples de la région. Cette résistance a amené les Etats-Unis et leurs alliés à vouloir appliquer le plan de démembrement des pays de la région d’une autre manière.

Dans les premiers plans, la division du Moyen-Orient devait s’appliquer, par l’apparition de petits Etats faibles, qui devaient se soumettre tous, d’une manière ou d’une autre, sous la domination des dirigeants américains. Mais le nouveau plan consiste à créer des discordes, parmi les gouvernements inféodés aux Etats-Unis, d’une part, et de l’autre, leurs adversaires régionaux, de sorte qu’un conflit permanent s’installe, au niveau de la région. Cela permettra aux Américains de justifier, très facilement, leur présence constante, dans toute la région, sous le prétexte du soutien qu’ils veulent apporter à leurs alliés régionaux, et pour empêcher l’augmentation de l’influence de leurs adversaires.

Ce nouveau plan du démembrement du Moyen-Orient s’appuie sur une logique simple : les Etats-Unis avouent qu’ils n’ont pas assez de forces, pour vaincre, définitivement, et une fois pour toutes, l’axe de la Résistance, dans la région du Moyen-Orient. Cette impuissance avouée signifie que les dirigeants américains ne veulent plus, comme avant, dominer, entièrement, la région, mais qu’ils préfèrent que cette région incontrôlable soit divisée entre des adversaires régionaux : les alliés des Etats-Unis et les adversaires de la domination américaine.

Il est évident qu’en adoptant cette stratégie, les Etats-Unis avouent un échec et l’abandon d’un ancien rêve, pour se résigner à réaliser, seulement, une partie de ses projets, dans la région. Mais ce n’est pas tout, car l’Occident ne veut pas laisser les pays et les peuples qui sortent de sa domination, vivre en paix et en sécurité, pour longtemps. Par contre, ces pays et ces peuples qui sortent de la sphère de l’influence et de la domination américaines, devront être, régulièrement, punis, afin qu’ils se rendent, eux aussi, à long terme.

Si nous y ajoutons l’arriération les régimes politiques, qui proviendront du processus de démembrement, et leur incapacité à créer de véritables structures étatiques, dignes de ce nom, nous pourrons conclure que le résultat de ce nouveau projet de démembrement sera l’apparition des pseudo-Etats, qui seront, éternellement, en conflit les uns contre les autres, pour défendre leurs nouvelles frontières, leurs richesses ou leur valeurs. Ainsi, la guerre sera permanente, dans la région, et cela permettra aux puissances occidentales d’y intervenir, sous divers prétextes, pour piller les richesses des nations, processus, qui sera facilité, en raison des conflits interminables entre les pays du Moyen-Orient.

Quand nous parlons du démembrement des pays de la région, tel que les Américains l’imaginent, il faut éviter de croire qu’il s’agirait de l’apparition de nouveaux Etats, plus ou moins indépendants, qui seront, entièrement, autonomes de leurs voisins, ou qu’il s’agirait d’une illusion de fédéralisme des entités, plus ou moins autonome, dans le cadre d’un Etat central. Par contre, le démembrement de la région, tel que les Etats-Unis le préfèrent, correspond à deux modèles différents :

– Il y a, d’abord, le modèle du Kurdistan irakien, c’est-à-dire, une entité, qui garde, apparemment, ses liens avec un gouvernement central. Mais, en réalité, il faut admettre que le Kurdistan irakien est, de facto, un petit Etat indépendant, qui n’est privé que de deux choses, c’est-à-dire, la reconnaissance de son indépendance, par la communauté internationale, et le pouvoir de prendre certaines décisions, de manière tout à fait autonome.

– Il y a, ensuite, le modèle du Liban, c’est-à-dire, la transformation de l’Etat national en un Etat sectaire et ethnique, à l’intérieur duquel les différents groupes s’opposent constamment. Cela signifie que l’Etat a des personnalités et des dirigeants multiples. En ce qui concerne le Liban, les interventions américaines et saoudiennes paralysent, pratiquement, le processus politique normal, à l’intérieur de ce pays. Il est évident que ce modèle libanais peut avoir des variantes différentes les une des autres.

Pour réaliser ce projet, dans la région, les Etats-Unis profitent d’un instrument efficace, c’est-à-dire, Al-Qaïda et ses branches très multiples, comme le Front Al-Nosra, Daesh, et les autres organisations terroristes extrémistes.

Il faut dire, en passant, que les groupes terroristes, comme Daesh et le Front Al-Nosra, ne sont pas des organisations, qui soient capable de créer un Etat, dans le sens habituel du terme, capable d’obtenir la reconnaissance de la communauté internationale. Leur mission et leur fonction se définissent ailleurs : le massacre, la destruction, la haine et le chaos, pour que le terrain devienne favorable au parachèvement des projets régionaux des Etats-Unis et des puissances occidentales, dont le rêve est passé de la «domination totale» à la «domination partielle» d’une région, où les peuples doivent rester dans un état permanent de conflits interminables.

Les peuples du Moyen-Orient doivent savoir que le combat contre cette partition de la région n’est pas moins important que la lutte contre le projet impérial de la domination occidentale sur l’ensemble des pays de la région, comme cela a été le cas, à l’époque du colonialisme. Car le but final du projet du démembrement des pays du Moyen-Orient est d’y instaurer une guerre éternelle et une destruction intérieure.

Il est vrai, peut-être, que les Etats-Unis ont échoué, dans leur projet initial, qui consistait à se servir de leurs forces armées, pour établir leur domination directe et totale sur les nations du Moyen-Orient. Mais, après cet échec, ils n’ont pas abandonné leur projet et ils ont eu recours à l’instrument du terrorisme et de l’extrémisme, pour assurer le même but. C’est dans ce cadre que l’on peut définir la fonction des groupes extrémistes, comme Daesh et le Front Al-Nosra.

Cela dit, la région se trouve, aujourd’hui, devant un plus grand danger, mais il est toujours possible de déjouer ce nouveau complot satanique des puissances occidentales, grâce à la vigilance et la puissance des peuples.

Si, aujourd’hui, nous voyons les forces de l’axe de la Résistance adopter la stratégie de vaincre les terroristes, dans une zone, et de se retirer d’une autre région, il faut savoir que ces tactiques correspondent à la logique du combat des forces de la Résistance, pour neutraliser l’ennemi et empêcher la réalisation des complots des puissances occidentales, qui veulent démembrer les pays de la région et briser toutes les résistances qui y existent.

Il faut, donc, éviter de juger, hâtivement, la décision de l’axe de la Résistance de se retirer devant l’ennemi, sur un front, pour se concentrer, ensuite, sur un autre front, pour combattre l’ennemi.

Résistance politique: Le retour du plan impérialiste du remodelage du Moyen-Orient…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 21 septembre 2014 by Résistance 71

Le retour du plan américain du remodelage du “Moyen-Orient élargi”

 

Thierry Meyssan,

 

20 Septembre 2014

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article185321.html

 

Pendant que la presse occidentale se passionne pour la constitution d’une coalition internationale contre l’Émirat islamique, celui-ci continue sa progression. Thierry Meyssan, qui a souvent expliqué la création de cette organisation terroriste par Washington, ne pense pas que cette coalition mènera d’action décisive, mais qu’au contraire elle l’enkystera au Nord-Est de la Syrie pour déstabiliser tout le monde arabe.

Le président Obama a annoncé, lors d’une allocution télévisée le 10 septembre 2014, la poursuite de la stratégie imposée à son pays par les putschistes du 11 septembre 2001 : le remodelage du « Moyen-Orient élargi » [1].

Ce projet, que l’on croyait abandonné depuis la défaite de Tsahal contre la Résistance libanaise, en 2006, consiste non seulement à diviser les grands États de la région en une multitude de petits États non-viables, mais aussi à les rendre ethniquement homogènes, ce qui suppose de vastes déplacements forcés de population.

Dans un article étonnant, écrit le 13 septembre 2001 pour la revue de l’Armée de terre, Parameters [2], le colonel Ralph Peters observait que Washington n’a rien à craindre de fondamental du terrorisme et qu’il ne doit pas hésiter à en faire usage. Il notait également à propos du projet de remodelage du « Moyen-Orient élargi » (dont il publia les cartes lors de la Commission Baker-Hamilton), que Washington ne doit pas avoir peur du chaos généralisé dans le monde arabe car, en définitive, une fois divisés en micro-États, les arabes n’auront plus d’autres moyens de se défendre de la voracité israélienne que de se tourner vers les États-Unis.

Première partie : expulsion de la population de Gaza

Cet été, la première partie du plan actuel a échoué à Gaza. Alors que les Israéliens avaient transformé une opération de recherche de trois jeunes gens enlevés en expédition visant à déraciner le Hamas, ils reçurent l’ordre du Pentagone de procéder par la force au déplacement de la population du Nord de Gaza vers l’Égypte.

Ce projet (ainsi que l’installation d’une base militaire états-unienne à la frontière soudanaise) avait été initialement proposé à l’Égypte contre rémunération, en 2005, mais le président Hosni Moubarak s’y était opposé. Washington l’a donc contraint à la démission et a placé au pouvoir au Caire la confrérie des Frères musulmans (opération dite du « printemps arabe »). Le président Mohamed Morsi s’engagea quant à lui à réaliser ce plan, mais fut renversé par sa propre armée qui le juge aujourd’hui pour haute trahison.

En juillet-août dernier, tout en prétendant chercher à détruire des tunnels passant sous sa frontière, Israël bombarda depuis la mer des villes entières qu’il réduisit en ruines. De la sorte, il déplaça une partie de la population et « libéra » 44 % du territoire, mais Tel-Aviv et Washington échouèrent à convaincre l’Égypte d’ouvrir sa frontière et à provoquer la fuite des Gazaouis.

Seconde partie : nettoyage ethnique en Irak

La seconde partie de l’opération, en Irak cette fois, est presque entièrement réalisée. L’Émirat islamique a été chargé de nettoyer ethniquement la zone du pays à majorité sunnite de toutes ses minorités. Les chrétiens et les yazidis se sont enfuis tandis que d’autres minorités, comme les shabaks, ont été définitivement anéanties. Washington et ses allies déclarent ne pas être responsables de ce crime contre l’humanité et même le condamner.

Le nettoyage ethnique de la zone sunnite a été coordonné, lors d’une réunion préparatoire à Amman, non seulement entre l’Émirat islamique et les kurdes pro-Israéliens d’Irak, mais aussi avec des officiers anciennement baasistes, écartés du pouvoir par Paul Bremer en 2003, puis maintenus à l’écart [3].

Tandis que les médias internationaux rendaient compte de l’avancée de l’Émirat islamique en Irak, les peshmergas du clan Barzani étendaient la province kurde d’Irak de 40 %. Durant cette période, les peshmergas et les djihadistes n’ont pas eu l’occasion de se croiser et ne se sont donc pas combattus : ils se sont partagés l’Irak selon le plan pré-établi en 2001 par l’état-major militaire états-unien. Ce sont les Kurdes turcs et syriens du PKK qui sont entrés en territoire sunnite et ont combattu l’Émirat islamique pour sauver les Yazidis survivants.

La chute de la zone sunnite, tout autant que celle de la zone kurde, n’est pas imputable à des faits d’armes : dans les deux cas, les officiers de l’armée irakienne ont offert le terrain. Ce ralliement n’avait pu être préparé à l’avance que par ceux qui ont organisé l’armée irakienne : les États-Unis. Il a été effectué de la même manière que la prise de Bagdad en 2003. À l’époque une quarantaine de généraux, qui avaient été retournés par la CIA, abandonnèrent leur poste et fuirent aux États-Unis, livrant leur capitale aux envahisseurs.

Pour aussi cruels que les crimes de l’Émirat islamique puissent paraître, ils sont une nécessité pour contraindre les populations non-sunnites à fuir. Non seulement l’Émirat islamique ne s’est pas retourné contre ceux qui l’ont créé, mais il applique à la lettre leur politique, tandis que l’armée régulière US ne pouvait le faire sans être poursuivie pour « crime contre l’humanité ».

Troisième partie : créer un État pirate au Nord-est de la Syrie

La troisième partie de l’opération concerne le Nord-Est de la Syrie. Au moment ou Israël attaquait Gaza, la Turquie asséchait le Nord-Est de la Syrie en détournant les eaux de l’Euphrate. Tandis que l’aviation de l’Otan, basée à Incirlik (Turquie), dispersait à haute altitude un pesticide sur la région. Ce produit chimique, utilisé dans le désert pour éradiquer les criquets pèlerins, stérilise la terre sur laquelle il se dépose. L’ancien grenier à blé de la Syrie est aujourd’hui impropre à la culture.

Il est surprenant que les États-Unis, qui se présentent comme les leaders de la lutte contre la guerre chimique, se permettent de la livrer contre la Syrie tout en accusant ce pays d’en faire usage.

Toujours dans cette période, l’Otan a transporté au Nord-Est de la Syrie des familles chinoises, des musulmans Ouigours parlant le turc. Il s’agit de les former pour déstabiliser ultérieurement la Chine, à la manière dont les combattants d’Oussama Ben Laden furent d’abord réunis contre le gouvernement communiste afghan, puis utilisés en Tchétchénie contre la Russie et au Xinjiang contre la Chine, jusqu’à se heurter à l’Organisation de coopération de Shanghai. Ainsi que l’a observé le politologue Alfredo Jalife, l’Émirat islamique a été créé, certes au Levant et sera chargé de déstabiliser le Moyen-Orient élargi durant les quatre années à venir, mais son objectif ultime est de poursuivre l’œuvre précédente [4].

Seul bémol à ce programme, si l’Organisation de coopération de Shanghai a intégré l’Iran en son sein, comme je l’annonçais, l’Inde a préféré conserver son statut d’observateur. C’est que, pour New Delhi, la division du monde en deux blocs ne peut conduire qu’à la guerre. Aussi, et bien que le Premier ministre Narendra Modi soit un nationaliste hindou et non pas un membre du parti du Congrès, l’Inde a choisi la « position non-alignée » de Jawaharlal Nehru. La création d’« Al-Qaida en guerre sainte dans le sous-continent indien », annoncée le 3 septembre par Ayman al-Zawahiri, sera donc probablement mise en veilleuse.

Le Nord-Est de la Syrie est une terre idéale pour devenir un État pirate. En effet, la population qui y reste est organisée en tribus, qui souvent se déplacent dans le désert vers l’Arabie saoudite. Or, les seuls États que l’Otan est parvenue à détruire sont l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et le Nord-Est de la Syrie, c’est-à-dire exclusivement des sociétés tribales. L’Otan a, par contre, échoué dans tous les autres États qu’il a tenté de détruire (la Tunisie, l’Égypte et bien sûr le reste de la Syrie). En achetant quelques chefs de tribu, Washington peut espérer que l’Émirat islamique contrôle cette région, quelque soit la volonté de ses habitants.

Al-Qaïda et l’Émirat islamique

Au passage, notons que la distinction entre Al-Qaïda et l’Émirat islamique semble très artificielle. Au cours des derniers mois, on a beaucoup dit et écrit que les projets des deux organisations étaient fondamentalement différents : le premier prêchant le djihad mondial et le second la réalisation immédiate du califat dans une partie du monde seulement. Or, dans sa vidéo du 3 septembre, l’émir d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, a fixé comme objectif d’instaurer un califat en Birmanie, au Bangladesh et dans certaines parties de l’Inde. Il n’en reste pas moins vrai que si l’Émirat islamique est une scission d’Al-Qaïda, il en diffère par sa capacité à recruter et à administrer les territoires qu’il contrôle. Il dispose en effet en son sein de deux services nouveaux : un cabinet de relations publiques, qui publie des vidéos et des rapports d’activités comme une multinationale états-unienne, et des administrateurs civils, équivalent de préfets. La seule école militaire au monde qui forme à la fois et uniquement des chargés de communication et des administrateurs civils, c’est celle de l’armée de terre US à Fort Bragg.

La suite du plan

Dans les mois à venir, le Kurdistan devrait exiger et obtenir son indépendance, tandis que l’Émirat islamique sera repoussé en Syrie par une vaste coalition constituée à l’initiative des États-Unis. Logiquement, les sunnites irakiens refuseront alors de retomber sous l’autorité de Bagdad et demanderont leur indépendance.

Dans le cas où ils l’obtiendraient, Washington imposera une monarchie et confiera le trône à la famille hachémite. Le prince Ali et son épouse, la princesse Rym (fille de Lakhdar Brahimi et ancienne présentatrice de CNN) en deviendraient les souverains.

En échange, la Jordanie adopterait le projet de loi plusieurs fois rejeté selon lequel il accorderait sa nationalité aux habitants de Gaza. Le Royaume ayant rejoint le Conseil de coopération du Golfe, les Gazaouis pourraient alors quitter leur pays pour travailler en Arabie saoudite ou aux Émirats en tant que Jordaniens (et pas en tant que Palestiniens). La question du transfert de population seraient alors réglée avec le temps.

Cependant, ce plan cynique pourrait être bousculé par la Russie. Moscou vient en effet d’annoncer qu’il n’avait pas besoin d’attendre la réunion du Conseil de sécurité qui va débattre de la lutte contre l’Émirat islamique pour le combattre.

 

[1] Comme celles de Middle East et de « Proche-Orient », la notion de « Moyen-Orient élargi » n’a aucune réalité géographique, c’est juste une appellation coloniale de plus. Les régions géographiques sont le Maghreb, le Levant (ou Machreq), le Golfe et le sous-continent indien, chacune ayant sa propre culture.

[2] “Stability, America’s Ennemy”, Ralph Peters, Parameters, Winter 2001-02, pp. 5-20.

[3] « Révélations du PKK sur l’attaque de l’ÉIIL et la création du « Kurdistan », Réseau Voltaire, 8 juillet 2014. »

[4] « Un djihad mondial contre les BRICS ? », par Alfredo Jalife-Rahme, Traduction Arnaud Bréart, La Jornada (Mexique), Réseau Voltaire, 18 juillet 2014.